Une fois de plus, il se réveilla pour aller en cours. Une fois de plus, il eut envie de se rendormir.

Je n'ai vraiment pas envie de me lever aujourd'hui.

Tout en bâillant, Len s'étira et se frotta les yeux. Au moins, c'était déjà le milieu de la semaine et, dans deux jours tout au plus, songea-t-il, il pourrait dormir tout l'après-midi si cela lui chantait.

Plutôt de bonne humeur, il se prépara pour les cours, et salua sa sœur jumelle tandis qu'il descendait à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Pour une fois, il ne s'attarda pas à l'observer, à fixer ses cheveux ébouriffés par la nuit ou son sourire encore ensommeillé.

Toutes ses pensées étaient tournées vers quelqu'un dont les cheveux vert sarcelle et les yeux rappelaient la couleur d'une luxuriante forêt d'été. Quelqu'un qu'il désirait. Ardemment.

Une fois en cours, il la verrait et ferait n'importe quoi pour obtenir ce qu'il voulait d'elle. Voyait-il un problème à désirer son corps de cette façon-là ?

Bien sûr que non. Il était Len Kagamine.

Et Len Kagamine obtenait toujours ce qu'il désirait. Les moyens employés importaient peu, du moment qu'il finissait par satisfaire ses désirs.

Et ces désirs consistaient précisément à avoir Miku Hatsune, nue, sur un lit avec lui.

Enfin, pas obligatoirement sur un lit.

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Len attendait dans la salle de classe, légèrement ensommeillé tandis qu'il patientait avant l'arrivée de Miku. Il avait fait le trajet seul, comme d'habitude – puisque Rin s'était rendue en cours avec Kaito, comme elle le faisait toujours depuis qu'ils sortaient ensemble.

Len avait toujours trouvé ça agaçant. Mais à présent, cela lui semblait bien futile et il expulsa cette pensée de son esprit. Des choses plus importantes requéraient son attention.

Il entendit une voix familière, douce et innocente flotter près de la porte d'entrée de la classe et il se redressa sur sa chaise, impatient de voir Miku arriver.

Mais un rire, grave et évidemment masculin lui répondit et les yeux de Len se plissèrent, méfiants. Cela ressemblait étrangement à la voix de …

Gakupo ? Sûrement pas.

Miku et Gakupo entrèrent ensemble et il lui sembla qu'elle avait ri à une de ses plaisanteries. Len remarqua leur main enlacées et lorsque quelqu'un bouscula accidentellement la jeune fille, Gakupo la serra contre lui en dévisageant l'importun.

Merde.

C'était pour le moins … inattendu.

Il était déçu mais en même temps, il savait qu'il devait se réjouir. Gakupo avait enfin une petite-amie. Cela faisait une éternité qu'il en pinçait pour Miku, se souvint-il.

Mais Len ne s'attendait pas à ce sentiment de … jalousie, de frustration qui l'envahissait. C'était stupide.

À mes yeux, elle n'est rien d'autre qu'une jolie fille et je n'ai pas le droit de me sentir jaloux. Ou possessif. Je ne sors pas avec elle.

À moins qu'il le veuille réellement. Mais il ne le pouvait pas.

Ne lui avait-elle pas dit qu'elle ne voulait pas être considérée comme sa deuxième option ? Et même si elle devenait sa petite-amie, Len devait admettre qu'elle resterait bel et bien une deuxième option.

Une minute. « Petite-amie » ? Depuis quand songeait-il à avoir une petite-amie ? Une partenaire pour le sexe, d'accord mais une petite-amie ?

Quelque chose ne tournait pas rond chez lui aujourd'hui.

D'autant plus qu'il lui fallait montrer de la joie pour Miku et Gakupo. Ils avaient l'air heureux ensemble mais … il était incapable de manifester de l'enthousiasme. Ni même de faire semblant d'en ressentir.

« Len, » salua Gakupo avec un sourire en rejoignant sa table. Miku lui tenait toujours la main et lui souriait timidement et bordel, ce sourire le rendit furieux. Il tenta de se contenir.

« Gakupo, » dit-il, la voix blanche. « Nouvelle copine ? »

« Depuis hier soir. » Gakupo embrassa le front de Miku. Au bruit léger de ses lèvres, Len se sentit soudain capable de l'étrangler de ses propres mains.

Hier soir ? Après qu'elle lui a avoué vouloir être une priorité ? Alors que représentait-il ? N'était-il donc rien pour Miku ?

Comment avait-elle pu sauter sur Gakupo aussi rapidement ?

« Je suis content pour toi, Gakupo. Toi aussi, Miku. Soyez heureux ensemble, vous et votre relation merdique. » Même aux oreilles de Len, ces propos ne semblaient pas sincères. Gakupo tressaillit.

« Tu n'es qu'un enfoiré qui devrait apprendre à contrôler ses humeurs, tu le sais ça ? Vas-tu finir pas te trouver une véritable copine ? Tu as toujours été seul. »

Miku le dévisagea et Len ne sut pas quoi dire. « Eh bien … je me sens pas prêt à m'engager dans une relation pour le moment. »

« Vraiment, Len ? » demanda lentement Miku, les yeux fourmillant d'un million de questions, auquelles il ignorait quoi répondre. Gakupo lui lança un regard inquisiteur mais ne dit rien.

Le couple tourna les talons, et Len fixa leurs dos qui s'éloignaient, se sentant soudain envahi par un drôle de vide.

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Au moment de la pause déjeuner, Len remarqua soudain l'absence de Gakupo et Miku. Curieux, il sortit dans le couloir à leur recherche, et lorsqu'il entendit de légers bruits venant d'une salle de classe vide, il y jeta un coup d'oeil.

Ce qu'il y vit lui donna l'impression de recevoir un poignard dans le dos.

Miku était assise sur une table, ses longues jambes bien dessinées serrées autour de la taille de Gakupo. Les bras de la jeune fille durcissaient leur étreinte, ses yeux étaient fermés de plaisir sous leur baiser, encore plus passionné que ceux que Len lui avait donné –

Len s'écarta de la porte entrouverte, haletant. Il agrippa furieusement ses cheveux, incapable d'oublier cette expression de contentement et de plaisir sur le visage de la jeune fille.

Il avait embrassé ces lèvres. Et il les avaient désirées ardemment, il avait désiré leur saveur. Pourquoi Gakupo était-il autorisé à y goûter ?

Qu'avait-il fait de si mal ? Pourquoi ne voulait-elle pas de lui ? Et comment était-il possible que Gakupo lui soit supérieur ?

« Elle sera à moi, d'une façon ou d'une autre. »

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Miku recula, cherchant son souffle. Les doigts de Gakupo se glissèrent dans ses longs cheveux, ses yeux bleu sombre emplis d'un drôle de mélange d'amusement et de curiosité. « Ce n'est pas toi qui croyait qu'embrasser aspirait l'âme ? » la taquina-t-il.

« Peut-être, » répondit-elle en haussant les épaules, puis elle glissa souplement de la table. Il lui sourit et posa la main sur son épaule.

« C'est de cette façon que tu dois embrasser si tu veux garder Len. Il est connu pour être très doué dans ce domaine – non pas que j'en ai fait l'expérience moi-même, » frissonna-t-il. « J'aime à penser que je suis meilleur que lui. »

Miku esquissa un sourire. « Vous vous débrouillez bien tous les deux. »

Gakupo avait bel et bien des sentiments pour elle, il le lui avait avoué la veille au soir mais après qu'elle lui avait confié ce qu'elle ressentait pour Len, il n'avait pas insisté.

Il lui avait même suggeré d'essayer de rendre Len jaloux et après mûre réflexion, Miku avait approuvé cette idée.

Cela dit, elle n'était pas sûre que cela puisse fonctionner.

En échange de son aide, Gakupo lui avait réclamé un baiser et Miku avait accepté. Elle ne le voyait que comme un moyen de paiement, et de toute façon, Gakupo l'avait déjà embrassée auparavant.

À cette époque, elle avait cru qu'il essayait de lui arracher son âme à travers son baiser. À présent plus expérimentée, elle se rendait compte qu'elle avait eu tort.

Main dans la main, ils sortirent de la salle et elle aperçut Len, debout prêt du distributeur d'eau, en train de se servir un gobelet. Elle s'arrêta pour l'admirer, observa ses mèches blondes onduler sur son front tandis qu'il se penchait pour se servir.

Il se releva et, en la voyant, ses yeux bleus s'assombrirent et il devint instanément froid et distant. « Miku. N'oublie pas que tu viens chez moi tout-à-l'heure. » Il hocha la tête en croisant Gakupo et se mit à flâner dans le couloir.

Miku se tourna vers Gakupo, qui haussa les épaules. « Tu vois, comment je te l'ai dit, » commença-t-il avec une lueur d'amusement dans les yeux, « Len est incapable masquer ce qu'il ressent. »