« Tu connais le chemin jusque chez moi maintenant, pas vrai ? Je ne veux pas attendre comme la dernière fois. »

Miku fit un léger bond lorsque la voix de velours de Len caressa son oreille. Elle leva les yeux vers lui tandis qu'il la toisait de haut, une lueur narquoise dans le regard. Elle déglutit et acquiesça.

« Très bien. Retrouve-moi là-bas tout-à-l'heure. Envoie-moi un message quand tu seras sur le point d'arriver. » Sur ce, il disparut, presque trop vite pour que les yeux de la jeune fille puissent le suivrent. Elle tressaillit.

Il n'avait pas l'air d'éprouver la moindre jalousie, il semblait juste ne pas vouloir gaspiller son temps à lui parler. Son cœur se serra. Son plan s'était-il retourné contre elle ?

Gakupo, voûté sur la chaise à côté d'elle, lui tapota le front du bout des doigts. « Ne prends pas un air si déprimé, Miku. Tout ça ne plaît pas à Len. Fais-moi confiance, je le connais. Si je m'étais montré avec une autre fille, il ne se serait pas comporté aussi froidement. »

« Mais il ne me décroche pas un mot, » soupira Miku. « Et si je lui avouais qu'on n'est pas vraiment ensemble ? Je préfèrerais une amitié avec lui que rien du tout. »

Quoiqu'être son amie et le voir avec une autre fille risquait de lui déchirer le cœur davantage que lorsqu'elle se contentait de l'admirer à distance.

Je ne sais vraiment pas quoi faire. Pourquoi ai-je si peu d'expérience dans ce domaine ?

Peut-être parce que Len était le seul pour qui elle ait jamais eu des sentiments ?

« Ne lui dis rien, » insista Gakupo. « Vois d'abord comment il se comporte tout-à-l'heure. S'il t'ignore … ma foi, ce sera peut-être le moment d'employer des mesures plus drastiques que d'essayer de l'agacer. »

« Qu'est ce que tu entends par 'plus drastiques' ? » demanda Miku, méfiante. Les yeux de Gakupo se mirent à luire et Miku songea qu'elle ne voulait pas en savoir plus.

« Quelqu'un pourrait répandre une rumeur disant que tu m'as invité chez toi et que nous avons eu des rapports bien plus intimes que d'habitude. Connaissant cette école, la rumeur deviendra disproportionnée et atteindra les oreilles de Len. »

« Non. » Miku frissonna. « Je ne risquerai pas ma réputation, pas même pour Len. J'ai une dignité, tu sais, » ajouta-t-elle, l'air sérieux.

Gakupo se mit à rire. Elle se demanda comment il faisait pour trouver quelque chose de comique dans la moindre situation. « Je plaisante, Miku. Len n'est pas du genre à prêter attention aux ragots. Il ne croit que ce qu'il voit ou entend par lui-même. »

Miku baissa la tête. « Merci, Gakupo … mais pourquoi est-ce que tu m'aides ? »

« Je pense que tu es la bonne pour Len. Il lui faut quelqu'un dont il pourrait prendre soin, tu vois. Toute sa vie, c'est Rin qui s'est occupée de lui. Il faut qu'il apprenne à devenir plus responsable. Et … il suffit de voir comment il te regarde. Tu l'attires, il refuse simplement de l'admettre. »

Son cœur s'emballa en entendant Gakupo. « Je ne suis peut-être un simple divertissement pour lui. Il en sait tellement plus que moi sur tout. À ses yeux, je ne suis sûrement qu'une gamine qui panique face à tout ce qui lui est inconnu. »

Gakupo grogna : « Ne te rabaisse pas, Hatsune. Tu lui plais vraiment. Je ne l'ai jamais vu s'adresser à une fille comme il s'adresse à toi, même celles qu'il connaît intimement. Je suis son ami, je sais de quoi je parle. Tu ne me fais pas confiance ? »

« Si mais … j'ai du mal à y croire. »

Gakupo et se redressa sur sa chaise. Il se pencha pour poser une main sur son épaule, ses longs cheveux violets encadrant son visage.

« Va le voir et attends de voir ce qu'il veut, Hatsune. Tu pourrais être surprise. »

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Len ne répondit pas à son message et Miku lâcha un soupir en rangeant son portable dans sa poche. Elle arrivait près de chez lui et venait de lui envoyer un message avant d'arriver, comme il le lui avait demandé.

Bon, elle ne pouvait pas le forcer à répondre s'il n'en avait pas envie. Comment le pourrait-elle ? Elle n'avait aucune influence sur lui – d'ailleurs, elle n'était rien pour lui.

Malheureusement.

Miku s'arrêta en arrivant devant la maison de Len. Il l'attendait près du portail et lui rendait son regard, ses yeux bleus indéchiffrables. « Salut. »

Elle ne sut quoi dire et marmonna un « salut » en baissant les yeux vers le sol. Elle crut un instant entendre un léger gloussement mais lorsqu'elle osa glisser un regard vers lui, il était aussi impassible qu'auparavant.

« Vas-y, entre, » l'invita-t-il d'une voix neutre en lui ouvrant le portail. Elle lui emboîta le pas, curieuse de savoir s'il éprouvait de la colère envers elle. Il n'avait pas l'air très content et elle se demanda ce qu'elle avait bien pu faire pour le contrarier ainsi.

Len la précéda en montant les escaliers jusqu'à sa chambre puis, sans un mot, redescendit. Miku déglutit, entra dans la pièce et, à défaut de savoir où se mettre, s'assit sur la même chaise que la veille.

La chambre semblait nettement plus propre à présent. Les boîtes de repas à emporter avaient disparu, de même que les vêtements qui traînaient sur le sol. Et malgré quelques plis, le lit avait été fait.

Avait-il fait ce ménage parce qu'elle devait venir ? Ce léger espoir flotta dans son esprit mais elle l'en expulsa. Non, c'était peu problable.

Len revint, plus vite qu'elle ne l'avait cru. Il mangeait une banane. « Désolé. C'est mon en-cas après les cours. Tu en veux une ? »

Miku secoua la tête et il haussa les épaules. « Comme tu devais venir, j'ai nettoyé ma chambre. C'est plus propre, maintenant ? »

Il avait donc réellement fait cela à cause de sa venue. Il dût apercevoir la surprise flotter sur son visage car il haussa à nouveau les épaules en évitant son regard. « Je ne voulais pas que tu penses que j'étais un malpropre. »

« Je n'ai jamais pensé que tu en étais un, » les mots s'étaient échappés de sa bouche sans qu'elle soit parvenue à les retenir. Il haussa les sourcils, vaguement amusé.

« Si tu le dis, » il extirpa de sa poche les familières lunettes rouges. « Où est-ce qu'on s'était arrêtés ? »

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« J'ai fini, » annonça Miku en achevant la dernière question. Len esquissa un sourire, semblant aussi fatigué qu'elle l'était elle-même.

« Bien, » dit-il, l'air absent. Miku tressaillit. Pendant tout ce temps, il s'était montré tout à fait poli mais distant. Était-il en colère contre elle ? Ou acceptait-il l'idée qu'elle aime réellement Gakupo ?

« Pourquoi es-tu si froid avec moi ? » Elle devait avoir énoncé la question à voix haute car il se raidit en levant les yeux vers elle.

« Ce n'est pas le cas, » répondit-il, un peu trop fort. « Après tout, nous ne sommes que des camarades de classe. Pas vrai ? Peut-on seulement se considérer comme des amis, Hatsune ? »

« Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas être amis ? » murmura-t-elle, incapable de retenir ses mots.

Au delà de la douleur qu'elle éprouvait se cachait un désir viscéral de connaître la vérité – pourquoi n'était-elle pas assez bien pour lui ? Pourquoi n'était-elle pas digne d'un mot doux, d'un regard pénétrant comme il en offrant à tant d'autres ?

La glace dans ses yeux bleus sembla se briser. « Comment le pourrait-on ? » cracha-t-il. « Alors que tu es la petite-amie de Gakupo. » Il insista lourdement sur le terme 'petite-amie'. Miku cligna des yeux.

« Et alors ? C'est ton ami, après tout. »

« Voilà pourquoi on ne peut pas être amis, toi et moi ! » répliqua-t-il en hurlant presque, perdant tout son sang-froid.

« Pourquoi pas ? Qu'est-ce que tu as contre Gakupo ? » exigea Miku. Et qu'est-ce qui n'allait pas chez Len ?

Il baissa la tête, refusant d'affronter son regard. « Ça n'a rien à voir avec Gakupo, » dit-il doucement, faisant un surprenant contraste avec son cri précédent. « C'est moi, Miku. Je ne supporte pas de te voir avec lui. »

Miku écarquilla les yeux. « Len … » dit-elle d'une voix douce. Il ne releva pas la tête mais elle continua néanmoins. « Tu es jaloux ? »

« Je ne sais pas, » dit-il en haussant les épaules d'un air impuissant. « Peut-être. » Il lui lança enfin un regard, ses yeux bleus hantés. « Oui. C'est vrai. »

Miku ne réflechit plus. Elle savait que si elle pensait trop, elle n'aurait plus le courage d'agir alors elle se pencha vers lui et pressa ses lèvres hésitantes contre les siennes.

Il lui rendit son baiser avec un doux gémissement, ses mains glissant des ses cheveux. Il l'attira contre lui, sur ses jambes et elle n'en fut que ravie, ainsi capable de passer ses doigts dans ses mèches blondes et soyeuses.

Len ne songea pas un instant aux conséquences de ses actes ou à ce que Gakupo pouvait en penser. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il voulait Miku et qu'il l'aurait.

Elle murmura son prénom et cela sonna comme de la musique à ses oreilles. Il recula son visage, se sentant fiévreux. « Je te veux, » lui chuchota-t-il à l'oreille en la sentant frémir contre lui. « Je veux te connaître, Miku, de toutes les façons possibles. »

Il s'attendit à ce qu'elle l'arrête et il ne fut pas déçu. Elle recula, les yeux écarquillés et coassa, « Où tu veux en venir ? »

« Tu sais où je veux en venir, » murmura-t-il, plein sous-entendus. Elle haleta, visiblement choquée et intriguée en même temps.

« Je ne vois vraiment pas » dit-elle, toujours assise sur lui. Len haussa les épaules et repoussa les cheveux de Miku de son visage. Il lui fit comprendre qu'il voulait se lever et elle le laissa faire.

Il se dirigea tanquillement vers la porte. « Si tu ne veux pas Miku, je ne te forcerai pas … » Il tourna la poignée, en comptant lentement dans sa tête. Un, deux, trois …

« Non, Len. Reviens. » lança-elle doucement.

Il se retourna, sachant que dans ses yeux se lisaient son désir, incommensurable. « Tu l'as demandé, Miku. » dit-il doucement. « Ne reviens pas sur ta parole. »