Il m'a été demandé si les phrases écrites en début de chapitre m'appartenaient et si elles pouvaient être réutilisées. Je préfère répondre ici qu'en mp afin de dissiper les doutes chez mes lecteurs : lorsqu'elles sont balisées entre guillemets et qu'il est écrit le nom de leur auteur et la provenance, il s'agit évidemment d'une citation. Vous pouvez donc les réutiliser comme bon vous semble puisqu'elles ne m'appartiennent aucunement (dans la mesure où je n'emprunte pas de phrases à des auteurs amateurs : lorsque vous voyez qu'il s'agit d'un auteur de fanfiction, c'est à cette personne qu'il faudra demander l'autorisation, comme je l'aurais fait au préalable.)!
Quand les guillemets sont absents, cela dit, et qu'il n'y a pas d'auteur ou d'origine signifiée, c'est qu'elles sont de moi. Dans ce cas là, il faut m'envoyer un mp pour me prévenir que vous souhaitez l'utiliser et à quelles fins. Je réponds toujours très rapidement aux mps et je préfère qu'on me demande l'autorisation. Je vous remercie.
En espérant vous avoir éclairé =) !
Bonne lecture.
Chapitre III
Ne va pas brûler tes ailes, mouche aveugle. Garde-toi bien des flammes qui me dévorent, et reviens lorsqu'elles se seront abreuvées du reste de mon corps. Je t'accueillerais en ami, en frère.
Chuter de la tour d'astronomie n'aurait pas pris autant de temps. Il semblait que rien ne pourrait jamais arrêter sa course vers l'obscurité.
Pourtant un sursaut l'arrêta, comme la pétrifiant dans l'espace. Elle se redressa brusquement en ouvrant les yeux. Aussitôt, sa vue se troubla et elle s'effondra à nouveau en arrière : une masse moelleuse l'y accueillit.
Elle eut beaucoup de mal à réussir à concentrer sa vision mais celle-ci accepta enfin de se plier à sa volonté et les formes floues s'habillèrent de contours plus précis.
Avait-elle fait un rêve ? Quelle heure était-il ? Le soleil était haut dans le ciel.
Un mal de crâne lui transperçait la tête de tous côtés et ses membres semblaient tous très engourdis : des fourmis les parcouraient tous, y laissant des empreintes désagréables et une sensation de froid et de chaud entremêlés. La bouche pâteuse, elle se redressa calmement et essaya d'attraper le verre d'eau posé sur sa table de nuit. Sa main vint le saisir mais quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu'elle se rendit compte qu'il lui était complètement impossible de serrer les doigts autour du gobelet.
Il se renversa sur sa table de nuit, noyant son syllabaire Lunerousse et sa baguette magique qui, emportée par le flot roula par terre, sous le lit. Le verre finit par s'éclater sur le parquet, malgré tous les efforts d'Hermione pour le redresser.
Par Merlin, que se passait-il ? Etait-elle malade ? Sa tête était tellement embrumée.
Sa porte s'ouvrit, laissant entrer une grande silhouette habillée de noir.
- Je vois que vous êtes réveillée, miss Granger.
Rogue.
- Monsieur ?, baragouina-t-elle, la voix faible.
- Les remontrances seront pour plus tard, sachez-le. Vous n'y échapperez pas. Pour l'instant, restez allongée.
En un coup de baguette, il répara le verre et enleva toute trace d'eau de la table de nuit. Il s'éclipsa ensuite pour réapparaitre quelques secondes plus tard, une bouteille à la main.
- Voici une décoction. J'imagine que si vous le pouviez, vous lèveriez la main pour me demander de quoi elle se compose, ironisa-t-il d'une voix froide.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?, murmura-t-elle enfin sans relever la raillerie du professeur. Je ne comprends pas.
- Vous avez été mordue par Malefoy la nuit dernière.
L'évidence s'imposa à elle avec une brutalité qui assourdit presque son crâne.
- Il s'est arrêté à temps, et est venu aussitôt me voir pour m'expliquer les faits. Le professeur MacGonagall n'est pas au courant de tout ceci et je vous prierais de bien vouloir vous taire à ce sujet pour le moment. Bien. Buvez, dit-il en portant directement la bouteille à ses lèvres.
Elle n'eut pas d'autre choix que celui de s'y résoudre. La potion avait un très bon gout, ce qui était étonnant, mais elle fut surtout surprise par son épaisseur. Une chaleur agréable se répandait dans ses extrémités, apaisait son crâne et semblait remplir ses membres comme de l'air aurait gonflé un ballon.
- Mélange d'alcool de sauge, de whisky pur-feu, de sucre, d'extrait de frêne et de cassis pour calmer les douleurs, d'aubépine pour les problèmes de cœur et de vigne rouge pour les jambes lourdes. De la valériane, du coquelicot pour apaiser votre tête, de la passiflore et du houblon pour vous accorder un repos réparateur bien plus rapide et enfin… un gout myrtille, pour que vous ayez envie de finir la bouteille.
Hermione, bercée par la liste des ingrédients, buvait au goulot comme un enfant boit au biberon. Cela faisait tant de bien…
Bientôt, elle eut vidé la bouteille et eut la force de la tendre à son professeur.
- Merci.
- Vous voilà finalement prête à m'écouter…
Rogue alla reporter la bouteille dans la salle commune –elle supposait- et revint avec une assiette fumante contenant uniquement des tranches d'entrecôtes encore saignantes.
- Vous devrez toutes les manger, je compte sur vous, dit-il en déposant l'assiette sur la table de nuit.
Il resta ensuite silencieux pendant quelques secondes alors qu'Hermione, affamée, attrapait l'assiette et commençait à couper les bouts en petits morceau avec ses couverts.
- Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ?
En pleine mastication, Hermione préféra ne pas répondre. Elle savait à quoi il faisait allusion mais elle ne comprenait pas en quoi cela était si grave.
- Vous avez incité un vampire à vous mordre. Vous êtes coupable pénalement d'incitation à la morsure non consentie.
La jeune fille avala le morceau de viande avant de répondre.
- Professeur, croyez bien que je suis désolée mais il me semble bien que la législation autorise les morsures d'adultes consentants envers adultes consentants. Je ne l'ai pas forcé.
- Je crois que l'on ne se comprend pas très bien, miss Granger. Nous sommes dans une école ! Il a mordu un élève, donc : que ce soit consenti de votre part ou non ne change rien au fait que vous n'avez pas le droit de décider si oui ou non, vous pouvez être mordue dans un établissement scolaire privé, où le règlement stipule bien que de manière concrète, aucun mal ne doit être fait à un étudiant, par un autre étudiant.
- Je-
- Taisez-vous ! Selon le code d'utilisation des baguettes magiques, article-trois, aucune créature non-humaine n'est autorisée à détenir une baguette magique ! Comprenez-vous cela ? Monsieur Malefoy n'a aucunement le droit d'étudier dans cette école, ni de tenir une baguette : il ne devrait se contenter que de la magie propre à son espèce !
En outre, le fait de vous faire mordre engendre une dépendance, mais aussi est -dans les faits- contradictoire à la législation magique et aux règlements des établissements scolaires de ce monde. Il n'y a rien de pire que d'être en infraction pour un vampire : on peut lui retirer tout droit de vivre en société. Pire, l'enfermer à Azkaban jusqu'à ce qu'il meure de faim.
- Le Règlement concernant le traitement des créatures partiellement humaines, stipule quant à lui de l'exception faite aux humains-sorciers devenus vampires au cours de leur scolarité ! Il a le droit d'utiliser sa baguette !
- Cette loi n'est pas encore passée !
- Elle est proposée depuis des années ! Je suis sûre de pouvoir même trouver des procès où elle a été appliquée par les assemblées ! Il n'a pas demandé sa transformation, et moi j'ai consenti à la morsure ! Si tout cela reste secret, il n'aura jamais de problèmes.
Il était impossible de mener un débat avec Hermione Granger.
- Par Merlin, vous êtes une insupportable insolente !
- Vous dîtes cela parce que vous savez que je n'ai pas aussi tort que vous souhaiteriez le penser.
Le professeur disparut dans un tourbillon de capes. Hermione se sentait assez mal : elle n'avait jamais tenu tête comme cela à un professeur… Surtout Rogue. Le souvenir de sa confrontation avec Trelawney en troisième année lui revint en mémoire. Cela ne l'égaya pas mais l'incita tout de même à penser qu'elle avait bien fait de réagir comme elle l'avait fait. Au fond, Rogue avait certainement voulu l'effrayer car il savait que cela aurait pu très mal tourner. Et ce n'était pas faux après tout.
Elle porta ses doigts à son cou et effleura les entailles. Elles se sentaient à peine, comme deux petites coupures, très fines. Incroyable qu'une telle douleur ait pu se sentir avec ces deux petites égratignures. Il avait vraiment fait exprès de la faire souffrir… Comme si tout en cédant, il voulait la dissuader à jamais de l'autoriser à nouveau à la mordre.
Elle finit la viande dans son assiette et décida de se lever : elle portait les mêmes vêtements que la veille et une bonne douche lui ferait du bien. Elle se déshabilla lentement, enfilant ensuite un peignoir et se rendit dans la salle-de-bain munie de ses affaires de toilette.
Malefoy était allongé sur le canapé, un livre entre les doigts. Cette posture nonchalante laissait suggérer qu'il n'avait pas quitté sa place depuis de nombreuses heures. Il avait dû certainement entendre l'intégralité de sa discussion avec Rogue…
- Bonjour, lança-t-elle cordialement sans laisser la gêne perler dans sa voix.
Il ne répondit pas, ce qui était peu étonnant, et elle le laissa à sa lecture, pénétrant dans la salle d'eau.
Elle décida de prendre une douche plutôt qu'un bain. Cette dernière lui fit un bien fou et elle y passa un sacré bout de temps. Trois quarts d'heure plus tard, elle en sortait, vivifiée et détendue. Curieusement, elle avait encore faim. Lorsqu'elle consulta la pendule dans la salle commune, tout en fermant la porte de la salle-de-bain derrière elle, elle s'aperçut qu'il était déjà dix-huit heures. Le repas commencerait dans une demi-heure –pour ceux qui désiraient manger tôt-
Elle retourna dans sa chambre s'habiller, jetant au passage un autre coup d'œil à Malefoy qui cette fois-ci la regarda aussi. Leur échange silencieux ne dura quelques secondes mais Hermione put percevoir une lueur étrange dans son regard. Envie, restriction et même un peu d'appréhension.
La jeune fille lui adressa un petit sourire engageant avant de fermer la porte derrière elle. Elle devait lui montrer que cela ne devait pas être bizarre entre eux même si cela l'était, évidemment.
Le regard fixé sur la porte, Drago Malefoy soupira lourdement.
Il ne pouvait la revoir sans y songer à nouveau : son corps tordu de douleur et de plaisir sur le sol, se cambrant, comme sous l'effet d'un sort. Ses yeux fermés, la sueur sur son front, sa bouche haletante et son visage grimaçant. Les cris qu'elle avait poussés résonnaient encore dans son crâne. Et le moment où le plaisir avait pris l'ascendant sur tout le reste. Il sentit une chaleur familière fourmiller dans son bas-ventre et ses joues, le souvenir de sa jouissance en crescendo s'imposant à son esprit.
La vérité, c'était que c'était la première vierge qu'il mordait et que cela avait été incomparable à tout ce qu'il avait pu gouter auparavant. Le sang qu'il avait ingurgité lui faisait un drôle d'effet : il avait l'impression d'avoir rajeuni, d'être plus… timide… ?
Bref, il y avait en lui le monstre et l'enfant de douze ans. Et le vrai lui, perdu entre les deux, perdu dans le sang de Granger.
Elle sortit de sa chambre, habillée d'une jupe grise, d'un collant perle opaque et d'une chemise d'écolière. Quoi qu'il arrive, Hermione Granger ne changeait jamais de style vestimentaire.
- A propos d'hier…, commença-t-elle sans savoir quoi ajouter.
- Je suis désolé. Je n'ai pas su me contrôler, avoua-t-il, la voix tout de même froide.
Il s'était redressé, dos à elle, les mains dans ses poches. Elle contourna le canapé et posa doucement sa main sur son omoplate.
- C'est normal que cela fasse si mal ?
Malefoy pencha sa tête sur le côté, de sorte à la sentir dans ses périphériques.
- Je ne me suis pas retenu. J'avais envie que tu souffres.
- Je l'ai senti.
Elle retira sa main et quitta la salle sans prolonger la conversation. La jeune sorcière sentait qu'il avait envie d'être seul et il détestait qu'on lui impose une présence lorsqu'il était dans cet état d'esprit.
Il resta debout, immobile, les yeux fixés sur la sortie qu'elle venait d'emprunter.
Hermione Granger compliquait toujours tout.
Les jours passèrent sans qu'il n'y ait aucune discussion. Bientôt, Harry, Ron et Ginny revinrent du terrier. Pour Hermione, ce fut la bouffée d'air. Ils eurent beaucoup de plaisir à se retrouver.
Quand Ginny lui demanda s'il s'était passé des choses pendant les vacances, Hermione ne sut que répondre et lui adressa un simple sourire. Elle détestait mentir mais la situation l'exigeait.
- J'ai juste révisé, avait-elle éludé. Et toi alors, c'est toi qui devrais avoir des choses intéressantes à me raconter, l'avait-elle taquinée autant par curiosité que pour changer de sujet.
Ginny, rougissante, lui avait alors raconté les quelques situations embarrassantes qui s'étaient produites avec Ron ou même avec Molly Weasley.
Elles avaient passé toute la soirée à se raconter des histoires et à rire comme des folles.
Hermione se sentait bien mieux : elle était plus à même de gérer la situation à présent que les autres étaient revenus. Ils étaient un autre monde dans lequel elle pouvait se plonger pour respirer. Pourtant depuis quelques temps, elle se demandait si laisser Malefoy seul à ce point n'était pas un petit peu égoïste.
Le mois de novembre touchait à sa fin. Les nuits s'installaient de plus en plus tôt, et le temps se faisait moins clément. Hermione passait ses après-midi et soirées dans la salle commune des Gryffondors ou dans la bibliothèque. Ensuite, soit elle revenait à ses appartements directement, soit elle faisait sa ronde avant.
Ils se croisaient toujours en coups de vent et n'avaient aucun mot l'un pour l'autre. Ils se saluaient parfois, quand les circonstances l'exigeaient, mais les regards ne duraient jamais plus de quelques secondes. S'était installée une gêne désagréable entre eux. Ils partageaient un secret qui les déshabillaient tous les deux face à l'autre lorsqu'ils s'échangeaient un coup d'œil.
Drago restait courtois, lui tenait des portes, la laissait passer, ne provoquait jamais d'esclandre et évitait un maximum de rester à l'appartement. Parfois, elle regardait ses poignets avec insistance et voyait sous le tissu fin de ses chemises d'affreuses marques.
Elle ne comprenait pas comment cela était-il possible ? Les canines qui l'avaient mordue n'avaient laissé que des traces presque invisibles sur son cou, et elles avaient disparu depuis longtemps à présent. Mais les siennes avaient toujours été profondes et épaisses. Ces temps-ci peut-être encore davantage, comme s'il était en colère contre lui-même.
Hermione ne demandait rien, le saluait toujours, au moins d'un hochement de tête poli. Elle lui souriait timidement parfois, mais tout semblait trop forcé pour être sincère. Parfois, il s'endormait sur le canapé –excessivement rare- et elle le recouvrait d'un plaid, se trouvant ridicule de penser qu'un vampire pouvait craindre le froid.
Rogue avait accepté de les séparer en tant que binômes en potions ce qui les arrangeait bien sans les arranger pour autant. Lorsqu'ils entendaient le professeur parler à l'autre, ils se tendaient toujours, même si personne ne pouvait le remarquer.
Seul Blaise Zabini semblait dépité de leur manège. Il les avait quitté "joviaux" et à présent, cette espèce de fossé les séparait. Quelque chose s'était produit, il en était sûr. Mais il avait la curieuse sensation que rien de ce qu'il pourrait dire ou faire ne démêlerait la situation. Alors il ne fit rien à part quelques allusions parfois… Il savait que cela exaspérait Drago mais il ne pouvait pas rester les bras complètement croisés.
- Bon sang, je ne trouve rien sur les Noirs des Hébrides…, se plaint Malefoy en laissant sa tête retomber en arrière.
- Ceux qui ont pris la spécialité dragons en histoire de la magie ont dû les voir… Pourquoi tu ne demanderais pas à Granger ?
Ils étaient à la bibliothèque et certains élèves leur lancèrent des regards désapprobateurs. Pas seulement parce qu'ils parlaient dans un lieu où les conversations étaient formellement proscrites, mais peut-être davantage parce qu'ils étaient eux.
Drago se redressa sans dire un mot, glaçant du regard ceux qui se risquaient encore à les dévisager. Curieusement, il était désormais plus que convaincu qu'il parviendrait à trouver des renseignements lui-même.
Blaise soupira, les yeux fixés sur la neige qui chutait dehors. Merlin, ce qu'il pouvait détester le climat écossais, parfois…
- T'es sérieux, Drago ? A ce point… ?, craqua-t-il finalement en comprenant que son ami s'était résolu à avoir une mauvaise note plutôt que d'aller demander ses cours à Granger. Mais bordel, tu vas me dire ce qu'il s'est passé ?
Le blond croisa les bras sur la table et y plongea sa tête.
- Pas envie d'en parler, marmonna-t-il, presque inaudible.
- Ça fait des semaines que t'es dans un état pathétique, alors que t'en aies envie ou non, je te suggère de le faire…, chuchota furieusement Blaise en ignorant complètement les regards d'un groupe de Serdaigles de cinquième année lui faisant signe de se taire.
- Lâche l'affaire, Blaise ! Je n'ai pas envie de parler d'elle.
- Que tu le veuilles où non, mec, tu vas cracher le morceau !, s'énerva à présent Blaise.
Il attrapa le devoir à moitié entamé de Drago sur les sauriens volants de Grande-Bretagne et le suspendit dans les airs. Le blond le regarda faire, l'air stupéfait.
- Qu'est-ce que tu fous… ? C'est presque deux heures de travail…, s'exclama Drago à mi-voix, l'air exaspéré.
- Je le crame si tu ne me dis pas ce qu'il s'est passé, annonça fièrement Zabini en pointant sa baguette sur le parchemin.
- Fais ce que tu veux, mec. J'ai rien à dire.
Le Serpentard ramassa ses affaires et quitta la bibliothèque sous les yeux furibonds et peureux des autres élèves. Blaise reposa le devoir sur la table et soupira à en faire s'effondrer les rayonnages. Les Serdaigles lui firent les gros yeux et il leur adressa cette fois un magnifique signe obscène avant de quitter lui-même la salle.
Si Drago ne voulait pas se laisser faire, il lui fallait employer les grands moyens.
- Hermione, tu le croiras jamais mais il y a un Serpentard qui t'attend dehors…, vint s'exclamer un sixième année au beau milieu de sa conversation avec Harry, Ron et Ginny…
Ils échangèrent tous un regard alors que le cœur d'Hermione se serrait. Était-ce lui ? Était-il enfin prêt à avoir cette discussion ? Voulait-il s'excuser ? L'engueuler ? Voulait-il partir ?
Son cœur se serra encore davantage.
Voulait-il la mordre à nouveau… ? Une impression sourde envahit son estomac, comme un serpent chaud glissant entre ses entrailles.
Elle finit par se lever et s'excusa à ses amis pour quelques instants. Lorsqu'elle sortit de la salle commune et qu'elle croisa le regard du Serpentard en question, ses épaules s'affaissèrent.
- Zabini, constata-t-elle en faisant de son mieux pour cacher sa déception… Peine perdue.
- Désolé de ne pas être blond, railla l'Africain en secouant les courtes dreadlocks qu'il portait depuis deux semaines.
Hermione lui adressa un sourire contrit et passa sa main sur son front, gênée d'avoir été percée à jour.
- Que puis-je faire pour t'aider ?
- Je veux que tu m'expliques ce qui s'est passé entre Drago et toi, annonça-t-il sans faire de détours.
Il n'allait pas prendre son temps : ce n'était pas son genre d'être hypocrite et doucereux. Hermione, quant à elle, sentit son cœur faire des bonds dans sa poitrine. Drago. Elle n'avait pas entendu ce nom depuis des lustres.
- … Et… Je voulais te demander si tu pouvais me prêter ton devoir sur les Noirs des Hébrides… ?
Cet ajout eut au moins le mérite de la faire rire et de la détendre.
- Je comprendrais si tu n'avais pas envie d'en parler, mais si tu pouvais quand même le faire… C'est une tombe, à ce sujet, plaisanta-t-il sans trop croire à l'effet comique de son jeu de mot. Tu n'en as peut-être rien à faire mais je vais te donner mon avis. Laisser les choses telles quelles est vraiment une sale idée. Il a l'air mort pour de bon, le bougre.
- Viens, répondit simplement la jeune fille en lui faisant signe de la suivre. On ne peut pas en parler ici…
Blaise s'exécuta et commença à la suivre dans le long couloir. A l'extrémité de ce dernier, une ombre les regardait partir tous les deux, l'expression interdite.
Ils s'installèrent dans la cour, près d'une fontaine gelée. La neige fondue fit déraper Hermione mais Blaise la rattrapa par le bras.
- Bah alors, Granger, tu ne tiens plus sur tes pattes… ?
- J'ai glissé, répondit-elle simplement.
- J'ai remarqué.
Hermione prit sa respiration avec appréhension. Par où commencer ? Comment aborder le sujet de manière claire, sans pour autant être trop directe… Mais sans noyer le poisson non plus.
Visiblement, Zabini la laissait réfléchir car il avait compris qu'il était l'heure de cesser les plaisanteries. La conversation qu'ils allaient avoir allait être sérieuse. Pourquoi prendre la peine de s'éloigner d'une écoute gênante jusqu'à sortir du château pour ne pas prendre de risque ? La condition de Drago avait tout à voir avec ce qu'elle avait à lui dire… Il fallait donc prendre la chose au sérieux.
La Gryffondor, fatiguée de réfléchir à la meilleure méthode pour expliquer ce qui s'était produit, se lança sans filet.
- Il m'a mordue.
Les yeux de Blaise s'écarquillèrent aussitôt et il manqua de s'étouffer avec sa propre salive.
- Je lui ai demandé de le faire, justifia Hermione dans la seconde. Je voulais lui prouver quelque chose… Et il voulait me prouver quelque chose aussi alors, il a accepté, pour cette fois.
Le Serpentard se massa l'arrête nasale de ses doigts gantés, l'air préoccupé.
- J'ai été très affaiblie mais il a su s'arrêter avant que mon état ne devienne grave. Je sais que c'est quelque chose d'excessivement difficile étant donné ma condition, ajouta-t-elle en jetant un coup d'œil entendu à Blaise. Malgré cela, je crois qu'il s'en est voulu aussitôt. Rogue m'a soignée et nous nous sommes disputés à ce sujet. Je sais qu'il a tout entendu. Je suis allée essayer de lui parler…
- Attends, tu t'es disputée avec qui ? Rogue ou Malefoy ?
- Rogue… Donc, je suis allée essayer de parler à Malefoy par la suite, mais la discussion n'a pas vraiment abouti. Nous n'étions pas d'humeur à en discuter, je crois… Puis finalement, nous avons repoussé la discussion et comme nous ne l'avions pas eu, nous ne pouvions plus vraiment nous parler normalement… Même si ça n'avait jamais vraiment été le cas de toute manière… Donc… Enfin bon… Je ne sais pas quoi faire…
- Tu te soucies beaucoup de lui, je me trompe ?
Hermione ne répondit pas tout de suite.
- Toi aussi.
- C'est mon ami, après tout…, expliqua Blaise, l'air de dire que lui avait une véritable raison de s'en faire.
- C'est mon ami aussi, protesta-t-elle avec une toute petite voix.
Le Serpentard lui sourit gentiment.
- Pourquoi ne lui dis-tu pas que tu tiens à lui ?, proposa-t-il, un peu écœuré lui-même d'employer ce langage de fille.
- Il va rire de moi, évidemment, répondit aussitôt Hermione, la voix amusée. Comme si tu ne le connaissais pas.
Blaise rigola un peu, hochant affirmativement la tête en regardant les alentours.
- Je ne suis pas sûr que ce soit si mal, finit-il par dire, plongeant ses yeux malicieux dans les siens. Tu es mignonne, Granger.
Elle rougit jusqu'aux oreilles.
- Pour une Gryffondor, ajouta-t-il finalement, avec un sourire espiègle.
Hermione afficha un grand sourire et leva les yeux au ciel.
- Je suis sûr que tu peux prendre soin de lui à ta façon. En tant qu'amie, évidemment, dit-il, ne laissant aucunement percevoir l'accent ironique qui résonnait jusqu'au fond de son crâne.
Il la laissa là, un peu choquée par sa dernière réplique. Lorsqu'il passa l'entrée du couloir extérieur pour pénétrer dans l'aile principale du château, il s'arrêta quelques secondes et ses lèvres esquissèrent un rictus malicieux.
- Tu m'en dois une, l'Albinos.
Les bras croisés, le dos nonchalamment posé contre le mur, Drago Malefoy ouvrit les yeux pour adresser à son acolyte un regard moqueur et un sourire narquois.
Hermione pénétra dans la salle commune une heure du matin passée. Elle avait déambulé dans le château pendant près d'une heure et demi en pensant à des choses et d'autres. La cheminée brûlait encore allègrement, probablement à cause d'un sort lancé par Drago.
Ce dernier était d'ailleurs allongé sur le canapé, un livre posé sur la tête, comme pour se cacher de la lumière vive dégagée par les flammes. Le voir lui faisait toujours une sorte de pincement au cœur. Elle s'approcha de lui, le couvant de son ombre sans vraiment le vouloir. Elle s'agenouilla à ses côtés, le regardant dormir quelques instants. Il était si paisible, ainsi.
Son bras pendait jusqu'au sol, les boutons de manchette détachés comme à son habitude. Alors, le plus doucement possible, elle attrapa son poignet et le délesta petit à petit du tissu blanc qui le recouvrait.
Les morsures étaient extrêmement vives et sa peau semblait ne pas vouloir retrouver sa couleur pâle originelle. Ce n'est qu'après un certain temps d'observation qu'elle remarqua que la marque des ténèbres se trouvait sous toutes les cicatrices.
Il n'avait pas choisi cet avant-bras au hasard. Toutes ces mutilations étaient volontaires. Il voulait la faire disparaitre de son corps.
Des larmes vinrent immédiatement lui brouiller les yeux.
Là devant elle se trouvait la preuve irréfutable qu'il se haïssait assez pour s'infliger du mal. Quelques gouttes roulèrent sur ses joues, venant se fondre dans la manche retroussée du bras du Serpentard.
Elle essaya, à défaut de pouvoir s'en empêcher, de sangloter le plus silencieusement possible. Lentement, elle relâcha son étreinte sur son bras et se redressa pour se rendre dans sa chambre, mais quelque chose attrapa brusquement son propre poignet.
Elle n'osa pas se retourner, de peur de croiser des yeux en colère, mais il quitta le canapé et se tint derrière elle sans pour autant la relâcher. Doucement, il la tourna vers lui. Elle regardait droit devant elle et ses yeux se fixèrent sur ses épaules.
Lentement, elle osa lever les yeux vers lui, croisant d'abord sa bouche et son nez fin et droit. Elle finit par heurter son regard métallique, presque impassible.
Imperceptiblement, elle serra la main qui la retenait. Leurs yeux restèrent longuement liés dans un regard incompréhensible mais intense, jusqu'à ce qu'elle se mette sur la pointe des pieds, déposant ses lèvres contre les siennes.
Pendant de longues secondes embarrassantes, il ne se passa rien. Elle recula alors un peu, détachant ses lèvres des siennes… Mais il retint sa tête et l'embrassa à son tour. Elle se laissa emporter, comme trop lointaine pour pouvoir réagir. Les mouvements de ces lèvres étrangères contre les siennes l'emmenaient ailleurs.
Ils se séparèrent, doucement, et un long moment passa avant qu'elle n'ouvre à nouveau les yeux. Drago semblait crispé. Elle comprit aussitôt pourquoi lorsqu'elle vit ses mâchoires aussi serrées. Hermione lui adressa alors un sourire et serra sa main encore plus fort, cette fois sans la moindre gêne. Leurs doigts s'entrelacèrent et elle rapprocha à nouveau sa bouche de celle du jeune homme.
Leurs lèvres s'écartèrent, laissant leurs langues se trouver avec douceur. Elle sentait deux pointes la chatouiller parfois mais elle n'y prêta aucune attention, préférant caresser tendrement la langue de Drago.
La seconde main de ce dernier se perdit dans les cheveux désordonnés mais doux de la jeune fille, la pressant davantage contre sa bouche. Le baiser se fit alors plus brusque et langoureux. Passionné. Ses doigts glissèrent de sa chevelure jusque dans son dos, s'apposant dans le creux de ses reins et la pressant davantage contre son torse. Son buste féminin vint s'écraser contre ses pectoraux alors qu'il relançait encore une fois la danse lascive de leurs lèvres. Les mains d'Hermione vinrent se déposer sur ses épaules tandis qu'elle se mettait à nouveau sur la pointe de ses pieds pour l'embrasser avec davantage de ferveur.
Puis, finalement, le baiser se fit de plus en plus calme, de plus en plus tendre, et leurs langues se quittèrent pour laisser leurs lèvres se confronter avec davantage de lenteur et de sensualité. Ils se séparèrent quelques instants plus tard, leurs nez se caressant doucement.
Hermione frotta ses lèvres l'une contre l'autre, s'écartant de lui timidement. Les yeux fixés sur le sol, elle rejoint sa chambre alors qu'un sourire éclatant se dessinait sur son visage.
Il la laissa partir, la suivant d'un regard amusé et malicieux. Lorsqu'elle ferma la porte derrière elle, il l'entendit très clairement s'appuyer contre et se laisser glisser en son long. Un sourire investit ses traits et il rentra dans sa propre chambre, de bonne humeur pour une fois.
Elle l'avait embrassé. Et il s'était laissé faire.
Hermione enfouit sa tête dans son oreiller, rouge à en faire pâlir un coquelicot. Pourquoi était-il si contente à propos du fait que le garçon qu'elle avait embrassé s'était tout bonnement laissé faire ?
Peut-être parce que ce garçon était un iceberg, un abysse impénétrable et qu'il ne s'était pas –pour une fois- moqué d'elle. Et mieux encore, il avait répondu à son baiser. Comme si, lui aussi, avait voulu lui transmettre de la tendresse, ou du moins un sentiment à travers ce geste que ne partageaient que des personnes s'attirant mutuellement.
Le garçon était un vampire : il était donc mort. Elle avait embrassé un mort. Quelque part, cette pensée l'effrayait un peu, mais dans ce monde fou, que cela pouvait-il bien signifier ?
Elle était contente de l'avoir fait, même fière d'elle d'avoir osé. C'était elle qui avait fait le premier pas et quelque part, elle savait qu'il n'en aurait jamais été autrement. C'était sans doute pour ça qu'elle était si heureuse d'y être parvenue : ne pas avoir essuyé de refus ou de rejet avait été la récompense pour son audace.
Nous étions début janvier. Bien des jours s'étaient écoulés depuis le baiser. Hermione rougissait à chaque fois que le souvenir lui revenait en mémoire. Un autre elle s'était emparé de son corps : jamais elle n'aurait cru qu'elle oserait faire une telle chose. Il s'agissait de Drago Malefoy après tout. Leurs rapports avaient tellement changé que cela l'étourdissait…
Pourtant, depuis le baiser, il ne s'était rien passé. Il n'y avait pas eu de discussion et très peu de rencontres : les vacances de Noël étaient arrivées si vite et Hermione n'était pas restée au château. Elle l'avait d'ailleurs un peu regretté car elle ignorait complètement ce que le blond avait fait durant son absence. Peut-être était-il descendu dans les villages en contrebas, peut-être avait-il saigné des gens dans le silence et la pénombre de la nuit. Peut-être était-il reparti aussi vite, sans un bruit, laissant sa proie endormie et inconsciente de ce qui venait de lui arriver.
Il n'aurait tué personne. Elle en était sûre. Pourtant, elle avait tout de même passé ses vacances à scruter chaque fait divers des journaux sorciers.
S'il avait su cela, il se serait probablement énervé : elle se mêlait toujours de ce qui ne la regardait pas. Il aurait peut-être été vexé également qu'elle ne lui fasse pas confiance mais comme ils n'avaient pas discuté de tout ça… Il ne lui avait rien promis, après tout.
En tout cas, elle entrait présentement dans la salle commune, la malle devant elle. Il n'y avait personne.
Évidemment.
Hermione conduit ses bagages dans sa chambre avant de s'asseoir sur son lit en soupirant. Ses yeux balayèrent les alentours : sa chambre, son odeur… Son silence.
Il fallait qu'elle profite de ces lieux. A tout prix. Son cœur battait tellement plus vite en leur sein. Les paupières closes, elle s'appuya sur une des colonnes en coin du lit. Nous étions déjà en janvier... Il ne restait plus que la moitié de l'année. Cette pensée l'accabla.
- Revenue, Granger… ?
Cette voix.
Elle ouvrit brusquement les yeux, se retrouvant face à un Drago nonchalamment adossé à l'embrasure de sa porte. Les mains dans les poches, il regardait par la fenêtre de sa chambre.
- Perspicace, Malefoy, se moqua-t-elle gentiment.
Il reporta son regard sur elle en esquissant un rictus.
- Tu as passé de bonnes vacances ?, s'enquit-elle.
Son sourire s'agrandit alors qu'il se redressait pour mieux se ré-appuyer contre le mur, cette fois-ci se mettant face à elle.
- Silencieuses, finit-il par dire au bout d'un certain temps.
Y-avait-il un sous-entendu ? Des vacances certes silencieuses du fait de la vacuité du château, mais des vacances également silencieuses car elle avait quitté leurs appartements ? Était-ce un adjectif mélioratif ou péjoratif ? Que voulait-il dire ?
Il remarqua son trouble et s'en amusa.
- Aucune plume ne grattant un parchemin jusqu'à se fendre en deux. Aucun soupir. Aucune chansonnette idiote le matin. Aucune semi-injure chuchotée après un grand bruit. Pas de grand bruit non plus, d'ailleurs. Aucun rire… Aucun ronflement…, énumérait-il en la perforant des yeux.
Hermione sentaient ses mains refroidir à mesure des mots qu'il prononçait. Il avait toujours le don de la déstabiliser.
- Je ne ronfle pas, fut la seule chose qu'elle put répondre.
- Aucune énumération d'ingrédients magiques, aucune crise de nerf due à la perte d'un bouquin racorni…, la coupa-t-il, indolent. Aucun sermon…
Il fit un pas vers elle.
- Aucun «Malefoy… ?» et aucun «Malefoy !».
Le Serpentard arriva jusqu'à elle. Elle se mit debout mais cela n'eut aucun effet : il la dépassait toujours d'une bonne tête et demi.
- … Et moi… Je t'ai manqué ?
Son cœur loupa un battement. Elle ne sut pas quoi répondre et resta muette devant cette question. Sa gorge s'asséchait de secondes en secondes... Comme pour la déboussoler davantage, il attrapa une de ses mèches de cheveux et se mit à jouer avec. Il s'amusa même à pencher son visage vers le sien, comme pour se rapprocher de son cou. Le silence durait, la rendant toujours plus mal à l'aise.
- Tu vas finir par me vexer, Granger…, lui murmura-t-il dans le creux de l'oreille.
- Ça ne fera pas de mal à ton égo, répliqua-t-elle, les yeux vissés au sol.
Il ricana. Elle releva la tête tandis qu'il s'écartait quelque peu, une envie inexplicable de croiser à nouveau ses iris polaires. Mais il n'y avait plus personne devant elle. Juste sa chambre vide.
Cela lui fichait toujours un coup au cœur lorsqu'il faisait ça : son cerveau mettait de nombreuses et longues secondes avant de comprendre qu'il n'avait pas disparu, qu'il était juste parti.
- Merlin, ce que je peux détester quand il fait ça, marmonna-t-elle en fermant la porte de sa chambre d'un coup de baguette.
Elle n'avait pas vraiment changé : toujours aussi blanche, toujours aussi fine. Ses doigts se pliaient de la même manière. Son poignet, quant à lui, n'avait jamais été aussi dévasté. Tout le prolongement de son avant-bras était recouvert de marques plus horrifiques les unes que les autres. Il laissa retomber lourdement son membre sur le matelas, les yeux fixés sur le toit de son lit à colonnes.
Et dire que le château était encore silencieux quelques heures avant. Le train avait ramené son lot d'élèves... comme à chaque retour de vacances. Il avait beau s'en moquer, ces deux dernières semaines de calme disparaissaient peu à peu comme un rêve brouillé par la trivialité du réveil.
Et elle, alors ? Qu'en était-il ? Faisait-elle partie de la masse ? Pouvait-il considérer son retour comme un problème ? Ce n'était pas comme s'il l'avait attendue, ou quelque chose du genre. Pourtant, la revoir n'avait pas été désagréable. Il y avait sans doute beaucoup d'explications à cela. D'abord, elle portait probablement la plus belle fragrance qu'il lui ait été donné de sentir. Secondement, elle avait cette adorable certitude de parvenir à cacher son trouble lorsque ce dernier était plus que flagrant à ses yeux. Et il savait exactement comment la perturber davantage. C'était un jeu qui lui avait manqué. Et voilà ce qu'était le troisième point. C'était précisément cela : le jeu du chat et de la souris.
C'était peut-être plus que ça… ? Il n'avait fait de mal à personne durant son absence, sans savoir ce qui l'en empêchait vraiment. Il n'était pas dépendant, ni ne traitait avec tant d'importance ou de sérieux les sermons qu'elle lui faisait à répétition. Pourtant…
Il se releva de son matelas et se dirigea vers la fenêtre : le soleil commencerait sa lente descente dans une quinzaine de minutes. Comme d'habitude, il enfila une veste pour ne pas éveiller les soupçons et sortit de la salle commune. Cette dernière était vide. Rapidement, il en sortit et dévala les escaliers du château pour se retrouver dehors le plus vite possible. Lorsqu'il arriva en bas des marches, il sentit une odeur fruitée féminine venir dans sa direction.
Janna Lorett, Poufsouffle. Adorable proie s'il en était… Aussi pucelle qu'Hermione… Il se fit note à lui-même qu'il y avait bien trop de vierges en septième-année à Poudlard. S'il n'avait pas été ce qu'il était à présent, il y aurait remédié avec grand plaisir.
Drago l'étudia silencieusement alors qu'elle cherchait quelque chose dans sa besace. Sans comprendre comment il était parvenu à cette conclusion, il se rendit compte qu'elle sentait bien moins bon que sa proie favorite. Cela était sûrement dû au fait qu'il avait passé des mois à sentir Hermione… Qu'il avait passé des jours à se languir de la gouter et qu'il l'avait finalement fait. Et qu'il en voulait encore, sans pouvoir s'en empêcher. C'était ça, juste une habitude obsessionnelle qui disparaitrait avec le temps.
Janna leva les yeux vers lui et esquissa une mine apeurée et dégoutée. Il y avait ça, aussi.
Il n'y avait que Blaise et Hermione pour le regarder comme quelqu'un de normal. Et encore, ces deux là avaient peut-être encore davantage de mérite car ils savaient ce que la jeune Lorett ignorait : ce qui l'aurait peut-être fait prendre ses jambes à son cou.
Drago lui adressa un regard froid et la Poufsouffle perdit son air répugné pour ne conserver qu'un visage terrifié.
- Quoi ?, demanda-t-il abruptement.
Elle fit non de la tête, ce qui ne répondait pas vraiment à la question, et décampa rapidement. Le Serpentard soupira et poursuivit sa route.
Merlin, que le retour des élèves l'ennuyait.
Hermione était presque allongée à terre, le nez collé à une strie de la pierre. Elle murmurait de magnifiques jurons. Comment était-il possible pour un humain d'être aussi maladroit ? Mystère et lutins de Cornouailles.
En perfectionnant sa maîtrise du sort d'allègement, elle avait lâché sa baguette. Les mouvements du sort était certes compliqués à exécuter et ce n'était pas la première fois qu'elle échouait mais cette fois-ci, la baguette était tombée sur le sol et avait roulé jusque dans un interstice des plus improbables. Il lui était à présent complètement impossible de l'en extraire malgré tout ses efforts. Elle avait tout essayé : crayons trop fins, doigts trop courts… Elle avait voulu essayer avec le tisonnier de la cheminée mais elle avait trop peur d'abîmer sa baguette… Alors elle se retrouvait à quatre-pattes, le nez au sol, trop frileuse pour s'allonger complètement sur les dalles glacées de la salle commune.
- Je ne vais jamais y arriver, Merlin…, gémit-elle en essayant tant bien que mal d'évaluer à combien de centimètres s'était bloquée la baguette entre les lourds et grands pavés de pierre.
L'œil appuyé contre la striure, le front sur la surface froide, elle prononçait des sorts qui refusaient de marcher : d'habitude, les baguettes tressautaient un peu mais son inertie semblait confirmer le fait qu'elle était bel-et-bien bloquée.
- Qu'est-ce que tu fous, Granger… ?
Elle se pétrifia littéralement. Drago était derrière elle, probablement consterné par son actuelle position… Elle se rassit prestement, se retournant vers lui. Elle étudia alors le visage du Serpentard pour y déceler la moindre moquerie. Évidemment, il avait son sourire en coin habituel, à ceci près que ce dernier semblait un peu… scabreux. Elle eut pour seule réaction de rougir comme une pauvre tomate.
- J'ai fait tomber ma baguette, bredouilla-t-elle maladroitement.
- Où ça ? Montre-moi encore, tu veux ?, la railla-t-il avant de hausser les sourcils d'un air allusif.
Hermione fit ce qu'elle put pour conserver un visage digne, ferme et concentré. Elle se rendit bien vite compte que de toute manière, les battements de son cœur n'allaient pas le tromper.
- Elle est coincée, là, expliqua-t-elle en montrant l'interstice coupable.
Il se rapprocha d'elle en esquissant un sourire.
- Tu sais… Dire à son prédateur qu'on a perdu sa seule arme contre lui n'est pas très sage…
Ce n'était plus des battements : c'était à présent des soubresauts. Elle déglutit difficilement alors qu'il s'accroupissait devant elle, son regard toujours plongé dans le sien.
- Tu n'es pas « mon prédateur »…, finit-elle par répondre, la gorge sèche.
Drago ne répondit pas, préférant sourire moqueusement.
- Aide-moi, ordonna-t-elle finalement.
- A tes ordres, Granger, se moqua-t-il. Que puis-je faire pour seoir à votre altesse ?
- Tu n'as pas une idée de ce qu'on pourrait faire ?
- Oh… Si… J'ai plein d'idées.
Elle vira au cramoisi en comprenant son sous-entendu.
- Pour ma baguette…, précisa-t-elle, de plus en plus troublée.
- Bien sûr, pour ta baguette…, confirma-t-il en laissant son rictus s'agrandir.
- Arrête de te moquer de moi, Malefoy, le sermonna-t-elle. Prête-moi plutôt ta baguette magique pour qu'on puisse faire sortir la mienne de ce trou.
Drago sembla réprimer un rire. Elle lui donna un coup sur l'épaule.
- Ma parole, tu ne penses qu'à ça, souffla-t-elle, décomposée.
Il ne répondit pas, faisant apparaitre sa baguette magique dans la poche intérieure de sa veste en écartant le pan de celle-ci d'un simple mouvement. Il paraissait clair qu'il ne comptait pas la lui tendre… Évidemment.
Alors, lentement, Hermione se pencha en avant vers lui en déglutissant d'appréhension. Au moment où elle allait prendre la baguette, ses doigts heurtèrent le vide. Il avait disparu. Elle n'eut pas le temps d'esquisser le moindre mouvement, ni même de formuler une seule pensée.
Tout ce qu'elle réussit à comprendre, certainement grâce à son instinct, c'est qu'elle était à nouveau à quatre pattes et qu'il était à nouveau derrière elle.
Il adorait faire ça.
Son torse se colla presque à son dos et son bras lui frôla la hanche. Il se penchait sur elle, et de manière si suggestive qu'elle crut qu'elle allait fondre de honte sur place. Il lui tendait la baguette, par-dessus son épaule : elle abandonna sa prise sur le sol, se redressant un peu et se maudissant de se coller davantage à lui. Ses doigts attrapèrent la baguette mais il ne semblait pas vouloir véritablement la lui céder. Elle tira davantage mais il rapprocha sa bouche de son oreille.
- Un mot magique ?
Elle hésita très sérieusement à le frapper.
- S'il te plait… ?
Il ricana et lui céda la baguette. Il ne se releva pas pour autant. L'avoir derrière elle était plus que perturbant : sentir son souffle contre sa joue n'arrangeait rien à la situation… C'était… Électrisant. Dangereux.
La main tremblante, elle fit un mouvement de baguette et extrait en un clin d'œil sa propre baguette d'entre les dalles. Elle la récupéra et tendit à nouveau sa baguette à Drago. Il ne la prit pas tout de suite.
- … Merci, finit-elle par murmurer, comprenant qu'il ne s'en irait qu'à la condition de ce mot.
- Mais de rien, Granger. C'était un plaisir.
Il rangea sa baguette dans sa veste à nouveau, et posa sa main sur le flanc d'Hermione, comme pour s'aider à se redresser.
Ah le vil serpent… Comme s'il avait besoin d'en rajouter.
C'est quand il passa son bras sous son ventre pour la relever à son tour qu'elle crut qu'elle allait sombrer dans l'inconscience. Il la remit sur ses pieds, prit tout son temps pour ôter son bras de son buste, et finit par partir en direction de sa chambre, comme si de rien n'était.
- C'est toujours un plaisir d'aider les pucelles en détresse, ajouta-t-il avant de fermer la porte.
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Comment je suis demandeuse... (ooooooh !)
Sans rancune, amours de ma vie :
Allez, je ne vous hais point.
