Il était maintenant plus de vingt deux heures. Le soleil était couché depuis bien longtemps et avait laissé la place à une lune plus tout à fait pleine. Je descendis silencieusement les marches de l'entrée et déboutonnai au passage le haut de ma chemise d'uniforme qui, depuis le début de la soirée, m'empêchait de respirer correctement. Ces uniformes, quelles enflures ! Enfin, avec du recul, on peut au moins remarquer qu'ils permettent aux préféts d'arborer fièrement leurs insignes et à James Potter, entre autres, de montrer à tout le monde que cette année, il avait été nommé capitaine de l'équipe de quidditch des Gryffys, dont je fais partie, d'ailleurs. Incroyable mais vrai !

Je suis batteuse, ce qui est assez étonnant pour une fille, m'a-t-on dit. Moi, ça me convient parfaitement, je ne changerais pour rien au monde ! Attrapeur ou gardien, ça me disait pas grand-chose, entre rester pratiquement immobile à les regarder les autres jouer et parcourir le terrain à la recherche d'une minuscule petite balle, je n'ai choisi aucun des deux et préfère de loin taper dans des cognards. Paraît que ça défoule ... Poursuiveur ? Hum oui, je n'aurais pas dit non. Le truc, c'est qu'il faut faire beaucoup de passes et moi, le collectif, vous l'aurez peut-être remarqué, c'est pas mon truc !

- « Se balader la nuit toute seule n'est pas très recommandé pour les Gryffondors ... C'est beaucoup trop dangereux, c'est vrai ! »

Je relève la tête et jette un coup d'œil autour de moi, constatant que mine de rien, j'avais bien avancé dans le parc. Le lac était, à présent, à peine à deux pas. Enfin bref, là n'est pas vraiment la question.

- « Si par dangereux, tu entends risquer de rencontrer des horreurs, genre toi, qui pourraient bien me faire mourir d'une crise cardiaque vu l'ampleur de leur mocheté, oui, tu as raison, c'est très dangereux. »

Bellatrix Black, une folle dingue ! Sûrement la pire de tous les Serpentards. Avec son air sournois qu'elle a en permanence sur les visages et ses sourires démoniaques, certains lui trouvent un air de folle mais, à d'autres ! Bella Black plaît beaucoup et plus particulièrement aux septièmes années. De toute manière, les années inférieures, elle s'en fiche, si ce n'est pour recruter parmi eux de futurs mangemorts, prêts à tout pour rejoindre la cause de Voldemort ... Les autres, elle les élimine, sans plus de cérémonies ...

Ah oui, d'ailleurs, Voldemort, je ne vous en ai pas encore parler ... Enfin, parler est un bien grand mot ! On ne parle pas de Voldemort, on murmure. Et on ne prononce sûrement pas son nom, sous peine de voir les personnes en face de soi sursauter, crier d'effroi et faire d'autres choses plus ou moins étonnantes. Pourtant, je les comprends, ces personnes. Voldemort est un homme cruel, enfin si l'on peut dire qu'il y a au fond de lui quelque chose d'encore humain. Après tous les meurtres qu'il a commis, on pourrait effectivement se demander si Vous-Savez-Qui est humain ... Dans la société actuelle, il fait peur à tout le monde et ce phénomène de terreur collectif ne va qu'en s'amplifiant. Revenons donc à Black, la cousine de Sirius soi dit en passant. La jeune brune fait partie des mangemorts de Voldemort, avec toute sa bande de Serpentards. Celle-ci justement a décidé qu'il était temps de me répondre.

- « Parce que tu crois peut-être que tu vaux mieux que nous, Alters ? »

Ah tiens, elle connaît mon nom ! Pourquoi ? Je l'intéresse ?

- « Sans doute. Je ne me suis jamais posé la question ... Jusque là, il m'a semblé évident que je valais mieux que la plupart d'entre vous. Une petite bande foireuse de mangemorts qui préférer détester les moldus, qui au passage ne peuvent absolument pas se défendre contre les sorciers, et se prosterner devant un espèce de serpent mal tourné ... Oh non, en effet, je ne suis rien à côté de vous ! »

Bien sur que je suis ironique, bien sur que je vaux mille fois mieux qu'eux. Doholov, un cinquième année au visage recouvert d'acné, passe devant Black et sort sa baguette violemment. Ouh, il me fait presque peur, le petit garçon ... Bellatrix a une réaction un peu similaire à la mienne sur ce coup-là. Elle hausse les sourcils, en regardant Doholov qui si il était idiot, chose dont je ne doute plus, et le contourne, reprenant ainsi sa place de « chef ». Elle sort alors sa baguette et je fais de même, rassemblant dans mon esprit tous les sortilèges qui pourraient éventuellement s'avérer utiles.

- « Tu ferais mieux de te taire, pour une fois, Alters ! Tu ne sais visiblement rien de la vie !

- Toi non plus, si tu veux mon avis.

- J'en sais beaucoup plus sur toi que tu n'en sais sur moi, navrée de te l'apprendre.

- Crois ce que tu veux, Black ! Et surtout, ne sois pas navrée ! »

Elle a craqué Bella ou quoi ? Depuis quand elle sait des choses sur moi ? J'ai jamais rien eu à cacher, moi ... De quoi elle parle ? Bon, en tout cas, je peux décréter ce soir que Bellatrix Black est aussi emmerdant que son cousin, passez moi l'expression ! Je me retourne, après l'avoir dévisager quelques instants de mon regard de la mort qui tue, et envisage de retourner aux dortoirs, juste histoire de reposer mes yeux. Bah oui, après avoir revu toutes ces mochetés d'un coup, il faut bien que mes yeux se reposent.

Et PAFFF ! OUAILLEEEEEE ! Un de ces foutus Serpentards vient de me lancer un maléfice de croche pied. Hum, j'aurais du m'en douter, un serpentard attaque toujours par derrière. Je me relève d'un bond et fait volte face, fixant l'un après l'autre les membres de la petite bande silencieuse. Bella me sourit, d'un air plus mauvais que jamais. Doholov fixe la baguette de Black, ses petits yeux ne cessant de cligner bêtement. Plus loin, assises par terre, trois personnes regardent l'échange silencieusement. En premier lieu, Narcissa Black, la cadette de Bellatrix, me regarde d'un air désintéressé, tapotant en rythme son genou avec son index, ayant l'air plus que jamais de s'ennuyer ferme. A côté d'elle, Regulus Black, la copie conforme de son frère Sirius, se tient droit, un air supérieur accroché au visage. C'est fou ce qu'il ressemble à son frère ! Les mêmes yeux, les mêmes cheveux, le même regard hautain ... La seule chose qui change, c'est sans aucun doute que Regulus est moins beau. Il n'a ni le charisme, ni la désinvolture naturelle de Sirius. Il ne lui arrive pas du tout à la cheville ... Mais, qu'est ce qui me prend ? Je deviens complètement tarée, c'est Bellatrix qui m'a jeté un sort ou quoi ? Trouver Black beau ? Pouaaa ... Je frissonne, horrifiée de mon point de vue sur Black que je viens découvrir. En réalité, non, je ne frissonne pas pour ça, je viens tout juste de voir le dernier Serpentard présent. Vêtu uniquement de noir et de vert très foncé, je ne l'avais même pas remarqué et pourtant, Severus Rogue est bien là, en personne, assis par terre, son nez gras fourré dans son livre de potions. Ses yeux, cependant, ne regardent plus le livre abîmé. Il attend tout simplement, ses pupilles aussi noirs que ses vêtements allant de moi à Bella sans arrêt. On dirait presque qu'il regarde un match de tannis, enfin vous savez ce sport moldu où deux joueurs se lancent des objets qui ressemblent à des canaris chacun leur tour. Enfin bref, je m'écarte ... Pour tout vous dire, je n'ai plus vraiment de doute, c'est bien Bellatrix Black qui m'a lancé le maléfice responsable de ma chute.

- « Expelliarmus ! »

Je n'ai pas hésité et rattrape trois baguettes dans ma main. Seul Black et Rogue ont su retenir la leur. Je balance les autres à terre et défit Bella du regard.

- « Attaquer par derrière ... J'aurais au moins pu penser que le serpent s'était entourer de gens un minimum courageux ... »

Oups ... Peut-être que ça, je n'aurais pas du ... En effet, la réaction de Bellatrix ne se fait pas attendre.

- « Stupéfix !

- Protego ! »

Le duel est serré et le restera sans doute. A défaut d'être intelligente, Black, avec une baguette, est très douée. Je balance tous les sorts qui me sortent de la tête. J'essaie même Recurvite, le sort de nettoyage, qui n'a d'effet que de faire sortir des bulles de savons des oreilles de Rogue. Il est vrai qu'il avait besoin d'un petit lavage ... Les maléfices fusent et chacune notre tour, on s'en prend plein la gueule. Les autres ne sont, heureusement, pas assez débiles pour nous séparer. J'envoie un « Tarentallegra » bien sentie à Black et Clac ! En un bruissement presque inaudible, ma baguette ainsi que celle de Bellatrix nous sautent des mains. C'est Rogue ! Cet imbécile vient de nous désarmer. Moi et Bellatrix nous tournons vers lui et lui lançons un regard de tueuses. C'est pas grave, sans baguettes, c'est bien aussi !

Je saute sur Bella, avant que celle-ci n'ai eu idée de le faire et lui envoie un coup de poing mémorable dans le visage. Elle tombe en arrière et je tombe avec elle. Malgré le choc, elle ne perd pas le nord et me balance son poing en pleine figure, m'ouvrant la lèvre avec plus ou moins de violence. Je sens le sang chaud couler le long de mon menton et ce goût répugnant dans ma bouche. Je l'essuie rapidement avec le revers de la main et me relance sur la brune, attrapant ses poignets pour essayer de la bloquer. A ce moment là, je me sens propulsée en arrière et ...

- « Miss Alters ! Miss Black ! Arrêtez cela tout de suite ! Je croyais pourtant vous avoir prévenu, Alters ! »

Et merde ! MacGonagall accoure vers nous, le visage déformé par la colère. Comme ça, elle fait vraiment peur. Quand elle se retourne vers moi, je me recule encore un peu et croyez-moi, à ma place, vous en auriez fait de même ! Avec ses yeux exorbités et la puissance de sa voix décuplée par la colère, elle fait peur à voir !

- « Que se passe t-il ici et que faites vous à l'extérieur du château, en dehors des heures autorisées ? Je veux une explication ! Et tout de suite ! »

J'avale ma salive. Euh ...

- « Bien, je vois que personne n'a d'explications plausibles à me fournir ! Miss Alters, j'enlève vingt points à Gryffondor et je veux vous voir demain soir à dix neuf heures dans mon bureau, vous passerez les soirs des deux semaines à venir en retenue. Quand à vous, Miss Black, j'enlève également vingt points à Serpentard et vous aurez l'amabilité, j'imagine, de vous rendre également demain dans mon bureau. Une semaine suffira. Quand aux autres, les deux Black, Doholov et Rogue, ça ferait soixante points en moins pour Serpentard. Je vous rappelle que sortir hors des heures autorisées est un acte totalement illégale ! Vous m'avez compris ? »

J'essaie de faire le moins de bruit possible en me relevant, histoire de ne pas faire de bruit au risque de l'énerver encore plus. Tant pis, je respirerais quand elle sera partie parce que là, je n'ose plus ...

- « A présent, vous filez dans vos dortoirs ! TOUT DE SUITE ! »

Oh oh oh, vaut mieux pas rester là plus longtemps ! J'attrape ma baguette sur le sol et prend rapidement la direction du château, devançant le groupe de Serpentards.

Je les haïrais toute ma vie, ces satanés Serpents ! Deux semaines de retenues, je n'y crois pas !! Et, les essais de quidditch alors ? Et, les bêtises qu'on devait préparer avec les filles ? Elle y a pensé à ça, MacGo ? Oh et puis merde, ma mère !

Elle va être prévenue, j'en doute pas ! Oh non ... je l'entends encore ce matin me dire de ne pas faire de bêtises ! Alors que j'arrive aux escaliers qui mènent au hall, je vois la directrice de maison des rouge et or me dépasser. Derrière, j'entends distinctement les pas lourds des Serpentards qui se sont approchés.

- « Allez, tous dans les dortoirs ! Si je revois l'un ou l'autre d'entre vous à un endroit où il ne devrait pas être, croyez moi bien, la sanction sera beaucoup plus sévère ! »

Plus sévère ? Genre quoi ? Nous envoyé à Askaban ? Je me vois très bien entre deux meurtriers. Ca risque d'être assez ironique comme situation. Imaginez la scène : « - Et toi, pour quoi t'a pris ? – Oh euh ... J'ai dépassé le couvre feu ... » Hum oui, vraiment très amusant ! Enfin, je m'écarte encore un peu de mon sujet. Je reprends mes esprits et constate, avec une joie bien dissimulée que je suis déjà arrivée au deuxième étage. On n'y voit plus rien dans ces couloirs. En plus, ma lèvre, à moitié explosée, me fait hyper mal. J'allume ma baguette et fait un bond de trois mètres en arrière, étouffant un cri au passage.

- « Vous auriez du savoir que votre place n'était pas ici, mademoiselle ! »

Je ne réponds rien, tentant vainement de calmer le cœur qui bat très fort dans ma poitrine comme si il voulait transpercer ma cage thoracique, pour s'envoler vers de nouvelles aventures ! Le nouveau professeur de DCFM me surplombe d'un moins cinquante centimètres et le voir apparaître devant moi comme ça m'a quelque peu surprise, vous n'en doutez pas ! Sa voix que je n'avais pourtant jamais entendue auparavant, me rappelle quelque chose. Mais quoi ? Je ne saurais pas le dire ... Je fronce les sourcils et chasse cette idée de ma tête.

- « Ca n'est pas la peine de me punir, Monsieur. Le professeur MacGonagall s'en ai déjà donnée la peine. »

Aïeheuhhh ! Cette lèvre me fait décidément très mal. Je porte rapidement ma main à ma bouche et relève les yeux vers lui. Ce prof me dérange. Avec lui, je ne suis pas très à l'aise. Ce n'est pas étonnant, vu la façon dont il me dévisage. J'ai l'étrange impression qu'il lit en moi comme dans un chaudron rouillé !

- « Bien, bien ... Dans ce cas, allez tout de suite vous coucher !

- C'est ce que je faisais, professeur ! »

Je lui fait un signe rapide de la tête et le dépasse, partant vers mon dortoir et espérant au passage rapidement retrouver mon lit douillet qui, lui, ne me veut aucun mal ! Et pourtant, moi qui croyais en avoir fini pour la soirée entends le professeur me rappeler de sa voix rauque et grave. Je fais volte face pour le regarder dans les yeux, sentant une mèche de mes cheveux se coller à ma lèvre ensanglantée.

- « Un conseil, Alters. Restez à bonne distance des Serpentards. »

Alors qu'il vient à peine de prononcer le dernier mot, il se retourne et part dans le sens opposé, silencieusement. Moi, je n'ai absolument pas bougé. J'encaisse et essaie juste de comprendre pourquoi il m'a dit ça et ce que ça signifie. C'est quoi, d'abord ? Une menace ? Un simple conseil ? Je n'en sais absolument rien mais, en entendant la tonalité de voix qu'il a employé, j'aurais dit une menace ...

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« Ceux qui ne savent pas où ils vont sont surpris d'arriver ailleurs. »