"Do you smile to tempt a lover, Mona Lisa ?
Or is this your way to hide a broken heart?
Are you warm, are you real, Mona Lisa?
Or just a cold and lonely work of art?"
Nat King Cole, Mona Lisa
« Où tu étais ? » demanda Damon en fermant la porte derrière Caroline alors qu'elle entrait dans leur appartement. Elle accrocha son trench-coat marron au porte-manteau, en silence.
« Dehors, » concéda-t-elle, et Damon haussa les sourcils.
« J'essaie de te joindre depuis des heures, je m'inquiétais, » rétorqua-t-il tandis qu'elle le contournait après avoir ôté ses chaussures à talons. Elle garda le silence en se dirigeant vers la cuisine et sortit une bouilloire pour se faire du thé. « Tu ne devrais pas te balader dans Londres si tard, Caroline, » dit-il en la rejoignant. Il s'assit sur le plan de travail qui trônait au milieu de la pièce, faisant claquer ses doigts sur le comptoir en granite.
« On vit à Chelsea, Damon, ce n'est pas exactement un quartier mal famé. Et puis, je suis un vampire, je crois que je m'en sortirai, » marmonna-t-elle; il soupira.
Il ne faisait aucun doute qu'elle l'exaspérait.
Caroline s'adossa au comptoir pour attendre que son eau soit à ébullition tandis que Damon l'observait attentivement. Ses yeux bleus se fixèrent sur elle alors qu'elle croisait les bras sur son chemisier rouge.
« Tu es allée où ? » demanda-t-il finalement, brisant le silence assourdissant qui s'était installé entre eux.
« A Clapham, » dit-elle; il se redressa soudainement.
« Tu étais avec Stefan ? » demanda-t-il d'une voix légèrement haut-perchée et elle haussa les épaules avec nonchalance.
« Qu'est-ce que ça peut te faire ? J'ai le droit d'avoir des amis, non ? Toi, tu en as, » répondit Caroline. La bouilloire siffla et elle l'ôta de son socle.
« Stefan ne veut pas que de l'amitié, tu le sais. Depuis qu'il est arrivé ici-»
« Tu te comportes comme un petit ami complètement détaché. D'ailleurs, est-ce que je peux encore t'appeler 'petit ami' ? » fit-elle un peu durement.
« Arrête, Caroline. Tu sais que je veux qu'on soit ensemble. C'est juste que je ne peux pas-»
« Que tu ne veux pas oublier Elena, » acheva-t-elle avec colère en se servant son thé avant de quitter la pièce.
« Je n'ai jamais dit ça, Caroline. Tu recommences à me faire dire ce que je n'ai pas dit, » répond Damon en calquant ses pas sur ceux de la jeune femme, la suivant dans leur chambre.
Elle rit et s'arrêta pour lui faire face.
« Tu n'as pas besoin de le dire, Damon ! C'est clair comme de l'eau de roche ! Je t'aime, et toi, tu l'aimes encore. Ça fait deux ans que je suis partie, Damon. Deux ans que j'ai tué la mère de Tyler parce qu'elle m'avait attaquée. Deux ans que tu m'as dit que ça irait mieux, qu'on pouvait s'en aller. Tu aurais dû rester là-bas si tu voulais vraiment être avec elle ! » hurla-t-elle alors que lui se taisait. « Je t'ai aidé à sauver Stefan de Klaus. J'ai pris soin de toi quand elle t'a brisé le cœur en retournant avec lui. J'ai pris soin de lui quand elle l'a quitté. J'ai essayé d'améliorer ta relation avec ton frère – j'ai tout fait, Damon. Elle, elle n'a rien fait du tout, elle t'a laissé partir ! Et qu'est-ce que j'ai en retour ? Toi qui me dis « on ne peut pas faire ça » parce que tu es toujours amoureux d'elle. Toi, qui vas la voir à Providence alors que tu aurais dû être ici avec moi. Toi qui-»
« Réalise que j'ai commis beaucoup d'erreurs. Bon sang, Caroline, je ne gagnerai jamais avec toi ! Tu veux de l'honnêteté et quand tu l'as, tu me détestes ! » cria-t-il à son tour alors qu'elle se taisait. « J'ai essayé, vraiment essayé d'être le meilleur petit ami possible, Caroline. J'ai fait tout ce que tu m'as demandé, mais tu continues de trouver des raisons de tout gâcher ! On dirait que tu n'as pas envie que ça marche entre nous. »
Elle secoua la tête quand elle sentit les larmes lui monter, et elle posa sa tasse de thé sur la commode.
« Est-ce que tu m'aimes, Damon ? » demanda-t-elle; il soupira. « Dis-le-moi : oui ou non, est-ce que tu m'aimes ? Parce que si tu n'es même pas capable de le dire, ça ne marchera jamais. »
« Ce n'est pas aussi simple, et tu le sais, Caroline. »
« Mais pour Elena, c'est simple, pas vrai ? » demanda-t-elle avec mordant. Il laissa échapper un grognement de frustration en secouant la tête puis se détourna d'elle. « C'est parce que je t'ai dit que je t'aimais que tout ça a commencé. Le fait que tu ne partages même pas mes sentiments… »
« Mais je partage tes sentiments, et notre relation compte pour moi, contrairement à ce que tu crois. Sinon, je ne serais pas là. Est-ce que c'est si terrible que je ne le dise que quand je le penserai vraiment, Caroline ? Est-ce que c'est si terrible qu'après qu'Elena m'ait donné de faux espoirs avant de me jeter comme une vieille chaussette, j'aie peur d'éprouver ce genre de sentiments ? Ce n'est pas normal que je veuille être prudent, pour la première fois de ma vie ? » demanda-t-il.
« Oui, Damon, c'est terrible. Parce que je ne devrais pas avoir à payer pour les erreurs d'Elena, » rétorqua-t-elle alors qu'elle tentait de quitter la pièce. Il s'interposa. « Pousse-toi, » ordonna-t-elle et il mordilla sa lèvre inférieure en secouant la tête.
« Non. Tu as épuisé ton quota de fuites autorisées par jour, » fit-il d'un air déterminé.
Furieuse, elle croisa son regard et tenta de le pousser, sans succès.
« Ote-toi de mon chemin, Damon, » siffla-t-elle entre ses dents, et il croisa les bras.
« Hors de question, Blondie, » dit-il en détachant les syllabes, et elle grogna.
Elle le détestait. Elle le détestait encore plus quand il l'appelait Blondie.
Caroline fit une dernière tentative pour le pousser et il la saisit par les épaules avant de la pousser contre le mur, de l'autre côté de la pièce. Elle souffla bruyamment alors que les yeux bleus de Damon la détaillaient alors que ses cheveux bruns s'emmêlaient sur son front. Ses doigts agrippèrent la peau de Caroline avec force et il ne cilla même pas quand elle tenta de dégager ses bras.
Elle détestait qu'il soit tellement plus fort qu'elle. Elle détestait ce sourire satisfait qu'il avait quand il réalisait qu'elle allait cesser de lutter, parce qu'elle était consciente de n'avoir aucune chance. Elle détestait que ces yeux la tiennent captive même après qu'il l'ait lâchée.
Elle le détestait.
« Donne-moi une chance de t'aimer, Caroline. Je t'en prie, » dit-il après un long moment. Elle le regardait silencieusement, tremblante de colère. « Je veux tomber amoureux de toi, » avoua Damon. Elle eut un petit rire moqueur.
Elle détestait qu'il soit capable de se montrer si gentil, surtout quand elle était en colère.
« S'il te plait ? » murmura-t-il. Elle le fixait toujours, l'air renfrogné.
Non. Elle refusait de céder. Elle se jura de ne pas céder.
Elle commença à s'éloigner mais Damon la rattrapa, plaçant ses mains contre le mur, de part et d'autre d'elle. Les manches de sa chemise noire remontèrent sur ses bras et elle jeta un coup d'œil rapide aux puissants biceps qui l'entouraient. Elle soupira bruyamment en reportant son regard sur le visage de Damon, qui la regardait avec un air très sérieux.
Elle détestait qu'il soit si beau.
Il posa doucement ses lèvres sur les siennes, et elle faillit protester vigoureusement. Faillit, seulement, car elle en était incapable. Les lèvres chaudes de Damon sur les siennes engloutirent tous les doutes, les menaces vides de sens et les insultes qu'elle lui aurait adressés. Son baiser la fit taire, comme toujours.
Très vite, les mains de Damon retenaient les siennes contre le mur alors qu'il l'embrassait encore, plus passionnément – ses lèvres, ses joues, sa mâchoire, son cou.
Elle détestait que ses baisers la rendent tremblante. Ça lui rappelait leur premier baiser après avoir quitté Mystic Falls leur premier baiser à Madrid, avant qu'ils n'emménagent à Londres.
Les mains de Damon dévalèrent son chemisier et il commença à le déboutonner alors que le souffle de la jeune fille lui chatouillait la nuque.
Elle voulait lui dire. Elle voulait vraiment lui avouer ce qu'elle avait fait avec son frère, à peine quelques heures plus tôt – il fallait qu'elle lui dise.
« Damon, » commença-t-elle, mais il posa l'index sur ses lèvres en plongeant son regard dans le sien. Ce fut presque comme s'il l'avait contrainte à se taire par l'hypnose. Alors elle garda le silence.
Damon arracha son chemisier et le jeta au sol dans un mouvement souple, se débarrassant de sa chemise au passage. Il l'attira à lui doucement et elle se laissa aller alors qu'il l'embrassait dans le cou, luttant contre les soupirs qui lui échappaient.
Elle ne pouvait pas décemment partager un autre moment torride avec un Salvatore aujourd'hui. C'était hors de question.
« Damon, » fit-elle à nouveau, et elle se retrouva coincée sous son corps, sur leur lit, alors qu'il se dépatouillait avec sa jupe, puis qu'il défaisait la ceinture de son pantalon.
« Tais-toi, Barbie, à moins de crier mon prénom, » lui souffla-t-il à l'oreille et elle sentit un frisson lui parcourir le corps quand leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau.
Elle entendit le bruit du pantalon tombant sur le parquais.
Les mains de Damon remontèrent le long des jambes de Caroline et elle frémit alors qu'il déposait une ligne de baisers le long de son buste avant qu'il ne s'attaque à ses sous-vêtements. Avec les dents.
La haine qu'elle ressentait jusque-là commença à s'évaporer, et il s'en rendit compte quand le corps de la jeune femme se détendit et que sans un mot, elle cessa de lutter.
Chaque geste lui donnait envie de plus, et elle lui prit les cheveux en hissant une jambe autour de sa taille.
Elle l'aimait. Elle l'aimerait toujours. Même si Stefan était son poison à elle, Damon était son addiction.
Et ce n'était que le sommet de l'iceberg.
