"She paints her fingers with the close precision,

He starts to notice empty bottles of gin,

And takes a moment to assess the sins she's paid for,"

Panic at the Disco, The Ballad of Mona Lisa

« Tu sais, je ne suis pas contre le fait de boire pendant la journée, mais étant donné qu'il est 10h, je crois qu'il est un peu trop tôt pour un Happy Hour, » dit Damon en entrant dans la chambre, fraîchement sorti de la douche, une serviette nouée à la taille.

Caroline leva les yeux vers lui. Elle était assise au centre de leur lit king size, blottie sous le duvet rouge. Elle buvait du whiskey directement à la bouteille. Elle posa son téléphone portable, faisant de son mieux pour cacher sa consternation.

« Caroline. S'il te plait, appelle-moi. »

Elle avait commis l'erreur d'ouvrir le texto de Stefan au lieu de l'effacer comme elle le faisait depuis un moment maintenant. La culpabilité la rongeait.

43 jours étaient passés (oui, elle comptait !) depuis son rendez-vous avec Stefan, et elle n'avait toujours rien dit à Damon. Elle avait la sensation d'être sur le point d'exploser, mais chaque fois qu'elle tentait d'être honnête, quelque chose venait la distraire.

Se faire les ongles, ou rester tard au bureau pour éviter de passer trop de temps avec Damon. Ou encore, prétendre qu'elle était trop occupée pour parler de leur couple, parce qu'il était absolument vital qu'elle regarde tous les épisodes Supernatural qu'elle avait manqués. Ce genre de choses. Sa culpabilité la dévorait de l'intérieur.

« Je n'ai pas le droit de boire un coup de temps en temps ? » demanda-t-elle d'un ton aussi pétillant que possible, alors que Damon choisissait ses vêtements pour la journée.

« Je suppose que ce n'est pas grave d'être ivre avant le petit déjeuner du dimanche, » fit-il avec un sourire narquois, provoquant un soupir de Caroline.

Damon était dans l'ignorance la plus totale, du moins il prétendait l'être. Caroline pensait qu'une part de lui refusait d'admettre que quelque chose n'allait pas depuis leur dispute d'il y a 43 jours. Au lieu d'y faire face, il se montrait attentionné : il lui offrait des roses sans raison, il cuisinait ses pâtes favorites une fois par semaine.

Il faisait de son mieux, vraiment; ça la rendait heureuse et triste à la fois. Elle était heureuse pour des raisons évidentes : Damon Salvatore faisait de son mieux – pour elle. Il n'agissait pas comme un personnage de comédie romantique, mais ses intentions étaient sincères, elle le savait. Elle était triste parce qu'elle, en revanche, échouait lamentablement. Il faisait des efforts pour lui offrir tout ce qu'elle attendait de lui, et elle était incapable de faire mieux que forcer un sourire alors qu'elle n'avait qu'une seule envie, fondre en larmes.

Comment en était-elle arrivée là ?

Damon était habillé maintenant. Il s'installa au bord du lit et la regarda poser la bouteille.

« Qu'est-ce que tu as envie de faire aujourd'hui ? » demanda-t-il elle haussa les épaules.

Elle n'avait envie de rien, pour être honnête. Elle ne méritait pas de faire quoi que ce soit tant qu'il serait si parfait et qu'elle serait aux prises avec elle-même. Quand elle et Damon avaient emménagé à Londres l'an dernier, elle imaginait que ce serait parfait – les magasins, les gens, tout. Il avait trouvé ce superbe appartement dans un quartier sympathique, et il s'était même souvenu du « besoin » de Caroline d'avoir des plans de travail en granite. Il l'avait comprise.

Alors, comment les choses en était-elle arrivées là ? Comment ça avait commencé ?

Elle avait tué Carol Lockwood, deux ans auparavant.

Pour sa défense, elle était vraiment hors d'elle et Ms. Lockwood ne comprenait pas. Caroline était amoureuse de Tyler, qui l'aimait aussi, mais sa mère ne voulait pas qu'ils soient ensemble. Ils étaient des Roméo et Juliette surnaturels.

Carol avait clairement pris position quand elle avait tenté de planter un pieu dans le cœur de Caroline cette dernière avait agi purement en état de légitime défense en brisant la nuque de Carol pour éviter sa propre mort. Inutile de dire que ça avait fortement porté préjudice à sa relation avec Tyler.

Le regard dans ses yeux quand il avait découvert sa mère morte dans les bras de Caroline était une chose qu'elle espérait ne plus jamais revoir. C'était un regard plein de rage une rage incontrôlable, folle.

Elle avait pleuré pendant des jours entiers, réfléchissant à ce qu'elle avait fait, consciente qu'elle aurait très bien pu maîtriser Carol sans pour autant la tuer. Elle avait fait du mal à Tyler – la seule personne qui se souciait vraiment d'elle, sans penser à Elena comme tous les autres.

Quand le chagrin de Caroline s'était évaporé, elle n'avait éprouvé aucun remords.

Carol Lockwood avait tenté de la tuer. Elle ne l'avait pas tuée simplement par plaisir. Damon partageait ce point de vue, mais ça n'avait pas effacé la tension qui s'était installée entre elle et leur cercle d'amis.

La situation empira quand Caroline et Damon finirent par ramener Stefan, après avoir trouvé le moyen de se débarrasser de Klaus une bonne fois pour toutes. Un peu de sorcellerie, Elijah et le reste des Originels s'étaient révélés très utile quand il s'était agi de planter les derniers clous dans le cercueil de Klaus.

Ils allèrent tout d'abord chez Elena, naturellement. Damon avait interdit à l'humaine de prendre part à l'Opération « Kill Klaus », alors elle avait dû rester chez elle, à espérer leur retour. Ses yeux s'étaient écarquillés quand elle avait ouvert la porte et s'était trouvée nez à nez avec Stefan. Il avait les mains pleines de sang, sa chemise était en lambeaux, ses yeux étaient plein de larmes.

Caroline et Damon avaient regardé Elena se jeter au cou de son petit ami en sanglotant, alors qu'il restait planté là, immobile – certainement choqué de s'en être sorti vivant.

L'hybride était mort – ils étaient maintenant tous libres de retourner à leurs vies respectives. Et merde, s'était dit Caroline. Elena était en sécurité, tout comme Stefan, enfin – pourquoi aurait-elle besoin de rester ? Elle s'était tellement éloignée de tout le monde, Elena et Bonnie y compris. Pourquoi rester ?

Ce jour-là, elle avait décidé de quitter Mystic Falls – elle ne voulait plus faire semblant d'avoir des remords, et elle ne voulait pas regarder l'amour d'Elena et Stefan devenir encore plus « incroyable » alors qu'elle venait de perdre ses chances de vivre une histoire « décente ».

Elle avait prévu de partir seule, de n'emporter rien d'autre que ses chaussures favorites dans un sac et de prendre l'avion pour une destination lointaine, où elle n'aurait plus besoin de se justifier en permanence. Le destin avait fait que Damon voulait la même chose – ne plus se justifier. Elle savait pourquoi. Ils n'en parlaient jamais.

Il avait fait ses bagages et l'avait suivie jusqu'à l'aéroport le plus proche. C'est là qu'avait commencé leur épopée.

De New York à San Diego, de Paris à Sydney – ils avaient tout vu. Elle avait monté des éléphants en Thaïlande et mangé autant de penne que possible en Italie. Elle voulait voir le monde, et Damon était devenu sa boussole.

C'était des mois plus tard, alors qu'ils visitaient l'Espagne, qu'elle avait commencé à admettre ses sentiments pour lui. Elle avait toujours pensé qu'il n'était rien d'autre qu'un crétin, méchant, arrogant et égocentrique (et il l'était toujours), mais d'autres aspects de sa personnalité commencèrent à se faire voir.

Il lui prouva qu'il pouvait être intelligent à Dubaï, attentionné au Kenya, serein à Tokyo. Il n'était pas mal non plus en maillot de bain, au bord de l'eau à Bali.

Elle n'avait été prête à accepter ses sentiments qu'à leur arrivée à Madrid. Elle était têtue, et même si elle le savait, elle ne voulait pas l'admettre. Elle ne voulait pas apprécier Damon, mais elle commençait à comprendre que ce n'était pas vraiment un choix.

Il l'avait suivie alors que les autres, non. Il y avait aussi ce lien du sang entre eux, qui s'intensifiait à mesure qu'ils passaient du temps ensemble.

Après moult débats intérieurs, elle avait sauté le pas.

Elle l'avait embrassé au Parc du Retiro après une longue journée de marche et de visites. Il avait été surpris, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il lui avait rendu son baiser. Les bras de Caroline s'étaient enroulés autour des épaules de Damon et elle l'avait embrassée avec une envie non dissimulée, savourant son vague goût de menthe poivrée et de vin alors qu'il l'enlaçait à la taille, laissant ses doigts errer sur les hanches de la jeune fille, même après qu'ils aient cessé de s'embrasser.

« C'était pour quoi ? » demanda Damon avec ce sourire suffisant qui était sa marque de fabrique, masquant sa surprise.

« Je croyais qu'on ne posait pas de questions, » sourit-elle.

Il haussa les épaules et initia le baiser, cette fois.

C'était parce qu'elle voulait quelque chose d'incroyable. Les choses incroyables duraient toujours. Et elle n'était pas certaine qu'elle voulait que Damon soit son « toujours », mais elle voulait quelque chose d'incroyable. Qu'y avait-il de plus incroyable que parcourir le monde avec un homme dont elle était en train de tomber amoureuse ?

Après une bonne année de tour du monde et de moments incroyables avec Damon, ils s'étaient finalement installés à Londres. Londres, parce qu'elle adorait la mode, l'accent britannique, et le côté « incroyablement incroyable » que ce nom évoquait. Toutes les raisons superficielles, en somme.

A ce moment-là, Damon était en quelque sorte son « petit ami » - du moins, c'est ce qu'elle pensait. Ils ne parlaient jamais vraiment de ce que ça voulait dire quand il la prenait dans ses bras le soir sans réclamer de sexe, ou quand il lui disait qu'elle était jolie alors qu'elle n'était même pas maquillée.

Il se comportait comme un vrai petit ami.

Les choses se passèrent bien pendant un moment, et commencèrent à devenir plus sérieuses quand ils cessèrent d'utiliser leurs chambres séparées. Il se mit à décliner les invitations des filles de Londres pour passer du temps avec sa fille de Virginie. Elle était heureuse, lui aussi – et ils ne se posaient toujours pas de questions.

Tout se gâta un soir alors que Caroline fut tirée de son sommeil par des coups frappés à la porte de leur appartement à trois heures dix du matin.

Elle se tira du lit et se prépara à faire face à un voleur, parce que oui, les voleurs tapent aux portes à Londres, mais elle se trouva face à quelqu'un qui lui vola autre chose : son souffle.

« Stefan ? Qu'est-ce que tu- » commença-t-elle et il se pencha sans attendre pour la prendre dans ses bras, sans un mot.

C'était fini entre Elena et lui, et puisque tout le monde avait quitté Mystic Falls, Caroline était la seule amie qui lui restait, à l'entendre. Elle savait que c'était la vérité.

Elle lui fit un chocolat chaud et l'écouta se confier pendant des heures sur ce qui n'avait pas marché avec Elena. Les raisons habituelles – elle avait cessé de l'aimer.

Le cœur de Caroline se brisa alors qu'il lui racontait tout ça, avec une honnêteté désarmante. Elle savait exactement pourquoi Elena avait cessé de l'aimer : il n'était plus le même, après tout ce qu'il avait vécu aux côtés de Klaus. Elena ne lui portait pas un amour inconditionnel et cette idée mettait Caroline en colère.

Elena avait gâché ses chances d'avoir une histoire d'amour incroyable.

Et elle allait continuer à gâcher sa vie pendant un moment.

Caroline reprit ses esprits quand Damon reprit la parole après un long silence.

« Est-ce que ça va ? » demanda-t-il d'un air intrigué elle inspira profondément et hocha la tête.

« Oui, je suis juste fatiguée. »

Ce n'était pas un mensonge.

Damon prit le visage de Caroline entre ses mains et la regarda attentivement, comme s'il cherchait des traces de son mensonge. Au lieu de ça, il posa délicatement ses lèvres sur les siennes et elle soupira d'aise quand il s'éloigna.

« Sortons un peu. Je t'emmènerai acheter des chaussures tu sais à quel point je déteste ça, » rappela-t-il avant de l'embrasser à nouveau elle eut un petit rire.

« Je sais. Tu n'as pas besoin de m'acheter des chaussures, Damon. Je ne suis pas une croqueuse de diamants, » répondit-elle en se redressant un peu, et il l'entoura de ses bras.

« Depuis quand ? » fit-il avec un sourire moqueur et elle lui donna une tape sur le bras. « Je rigole, Blondi-Caroline, » dit-il d'une voix traînante.

C'était dans des moments comme ça qu'elle aimait Damon – complètement, irrévocablement, à cent pour cent. C'était dans des moments comme celui d'il y a 43 jours qu'elle aimerait qu'il puisse dire qu'il l'aime, lui aussi. C'était dans des moments comme maintenant qu'elle espérait, qu'elle priait pour que les mots lui échappent – elle se sentirait bien mieux. Mais ça n'arrivait jamais.

Et ces moments-là, c'étaient ceux qui la conduisaient à Stefan.

« Je t'aime, Caroline, » dit-il alors qu'elle se tenait près de la porte, prête à quitter son appartement.

Elle se retourna et lui jeta un regard curieux.

« Pardon ? » fut tout ce qu'elle réussit à dire malgré sa gorge sèche.

Stefan fit un pas en avant et posa les mains sur les siennes, plongeant son regard dans celui de la jeune femme.

« Tu m'as entendu, Caroline. Je t'aime, » répéta-t-il avec conviction et sans la moindre trace de peur.

Elle secoua la tête – tout ça n'avait aucun sens. Il aimait Elena, il se remettait d'un cœur brisé, il ne savait pas ce qu'il disait.

« Tu es fou, » elle commença à reculer, mais il l'attira de nouveau à lui.

« Ça fait combien de temps que tu es juste sous mon nez, Caroline ? Pourquoi je ne l'ai pas vu plus tôt ? » lui demanda-t-il en la regardant intensément.

Elle secoua la tête.

« Parce qu'il n'y a rien entre nous, Stefan… »

« Il y a tout entre nous, Caroline, » contra-t-il doucement.

« Il faut que je m'en aille, » dit-il rapidement, arrachant ses mains de celles de Stefan et courant presque jusqu'à la porte.

Non. Il n'était pas sensé tomber amoureux – pas d'elle, en tout cas. Elle était supposée lui trouver une Londonienne belle et intelligente, et il était supposé oublier Elena sans le moindre mal. Elle était supposée être son amie et sa confidente, point final. Ça ne faisait pas partie du plan qu'il tombe amoureux de sa thérapeute ouverte 24 heures sur 24.

Il n'était pas non plus supposé aimer les blondes.

« Je t'aime plus que lui. Ça je peux te le jurer. »

C'était la dernière chose qu'elle avait entendue avant de claquer la porte. Elle était rentrée immédiatement et avait trouvé Damon sur le canapé, en train de regarder un épisode de télé-réalité.

Elle éteignit la télévision et se planta en face de lui. L'expression de son visage était indéchiffrable mais son corps la trahissait : elle était nerveuse et stressée par la question qu'elle s'apprêtait à lui poser.

« Oui ? » fit-il prudemment, remarquant que quelque chose clochait.

« Je t'aime, Damon. Et toi, tu m'aimes ? » lâcha-t-elle; elle vit son visage pâlir alors qu'il s'enfonçait dans la plus totale confusion.

C'était la première fois qu'elle prononçait ces mots, et ce n'était pas par choix, c'était par peur. Elle craignait devoir l'admettre alors que lui ne ressentait pas la même chose.

« On peut savoir ce qui te prend ? » demanda-t-il et elle secoua la tête.

« Contente-toi de me répondre, » répondit-elle Damon se leva et l'observa attentivement, s'approchant pour croiser son regard.

« Je…t'apprécie, Caroline, ça ne fait aucun doute dans ma tête. »

« Mais tu ne m'aimes pas ? »

Il y eut un long silence alors qu'elle regardait Damon se creuser la tête pour trouver les mots juste, pour la première fois de sa vie.

« Je ne veux pas te mentir, » murmura-t-il et elle sentit les larmes lui monter aux yeux. « Caroline, s'il te plaît… »

Elle se détourna de lui et s'éloigna il la rattrapa par la main.

« Damon, lâche-moi. »

« Pourquoi tu me demandes ça ? Depuis quand ça compte entre nous, ce genre de choses ? »

« Ça a toujours compté, » fut tout ce qu'elle put dire en se libérant de son étreinte et en se dirigeant vers sa chambre.

Sa propre chambre, seule.

« Si tu ne sors pas du lit, je vais aller faire les courses, » dit Damon et elle leva les yeux vers lui.

« C'est bon, je reste là, » le rassura-t-elle.

Damon acquiesça et posa un baiser sur son front avant de quitter la pièce malgré ses réticences. Aussitôt qu'il fut parti, elle eut l'impression que son monde s'écroulait.

Son téléphone vibra à nouveau et elle s'en saisit en étudiant les mots qui s'affichaient sur l'écran.

Je ne renoncerai pas à toi, Caroline.

Elle soupira et relit le message encore une fois, avant de l'effacer. Stefan n'allait pas la laisser s'en sortir si facilement.

NdA: J'espère que vous avez aimé les flashbacks expliquant un peu plus ce qui se passe. A venir, des informations sur Damon et Stefan, ainsi que quelques petites choses qui vont compliquer la vie à Miss Forbes.