"How can I just let go, if your eyes say yes,

But you won't fall in love?

If I were a painter, you would be my Mona Lisa,

If I were a scientist, baby, I'd find the right chemistry,

So say yes to me, and I keep hanging on,

'Till you say yes to me, say yes to me, say yes"

-Robin Thicke, Mona Lisa

« Elle se comporte très bizarrement, Ric, » dit Damon alors qu'il pressait le téléphone contre son oreille en s'installant sur le canapé du salon.

Il entendit son ami de longue date soupirer de l'autre côté de la ligne.

« Et tu crois que ça a un rapport avec Stefan ? » demanda Alaric.

« C'est sûr. Tu vois une autre raison pour qu'elle m'évite ? »

« J'en sais rien, Damon. Elle a un travail, et ce genre de choses prend du temps et de l'énergie, au cas où tu aurais oublié. »

« Je ne sais même pas pourquoi elle travaille. Je suis en vie depuis Dieu sait quand, on est à l'aise de ce côté-là. »

« Elle ne veut pas vivre à tes crochets. C'est de Caroline qu'on parle, Damon. Tu crois vraiment qu'elle va rester à la maison toute la journée avec toi ? »

« Et pourquoi pas ? Je suis marrant, » dit Damon, faisant rire Alaric.

« D'habitude, boire du bourbon ne correspond pas à la définition de 'marrant' pour une femme, Damon. Et je doute qu'emménager à Londres ait éveillé chez elle une passion soudaine pour la Champions League. »

« Voilà pourquoi toi, tu devrais emménager ici, frangin. Ou au moins, venir me voir. J'ai besoin d'un ami qui ait envie de faire des trucs de mecs, et elle, elle aurait besoin d'une copine qui ne ressemble en rien à cette garce de fashionista avec qui elle traine en ce moment. Cette fille a une mauvaise influence, » confia Damon, faisant rire Alaric une fois encore.

« Eh ben, merci Damon ! Faudra que je dise ça à ma copine que malgré la haine immense que tu leur portes, à elle et à ses semblables, tu juges qu'elle est de meilleure compagnie que la garce fashionista. Elle sera ravie de savoir que Caroline ne l'a pas remplacée – peut-être même qu'elle va l'appeler. »

« Sans rire, elle pourrait ? Il faut vraiment que je découvre ce qui cloche chez ma petite amie, et ta fiancée était quand même sa meilleure amie. En parlant de ça, comment elle va ? Vous avez mis en route des bébés surnaturels dont je pourrais être le parrain ? » demanda Damon et Alaric poussa un soupir.

« Non. Bonnie et moi, on a pas encore d'enfants. C'est bizarre que je me sois toujours pas fait à ce qu'elle soit la meilleure amie d'Elena ? Et une de mes anciennes élèves ? Et qu'elle ait seulement 20 ans ? J'ai l'impression d'être un sale tordu, parfois. »

« Toi, tu es tordu ? Mon âge a trois chiffres, Ric, et celui de Caroline en es loin. La vie éternelle, c'est encore un concept abstrait pour elle, » avoua Damon. « En plus, Jeremy t'a un peu jeté Bonnie dans les bras avec ses histoires de fantômes. Elle avait besoin d'un type sain d'esprit…c'était toi qui s'en rapprochait le plus là-bas, » railla Damon.

« Presque sain d'esprit. Ça me plait. »

« Tant mieux, mon vieux. Si seulement je pouvais dire la même chose à mon sujet… »

« Pose-lui la question, Damon, si tu crois vraiment que c'est Stefan le problème. Ou mieux, comporte-toi comme un mec et demande à ton frère. Si ce n'est pas lui, continue d'essayer, avec elle. Montre-lui que tu l'aimes jusqu'à ce que tu sois capable de le dire. C'est ce que tu as de mieux à faire, » conseilla Alaric. Damon soupira.

Le problème, c'était que sa relation avec son frère était en mauvais état, et ce, depuis un bon moment.

« J'aurais pas pensé que le jour viendrait où je t'appellerais pour des conseils de couple. C'était moi le tombeur de nous deux, tu te souviens ? »

« Je me souviens. Et pendant que tu jouais les tombeurs, moi je m'occupais de mon ex-femme vampire, de la mort de ma petite amie vampire, et puis de mon attirance soudaine pour une sorcière qui sortait avec celui que je considère comme mon fils. Sorcière qui est devenue ma fiancée par un joyeux coup du sort. Eh oui, Damon, moi je vivais dans le monde réel, » dit Ric, et Damon rit cette fois.

« Touché, Ric. En plein dans le mille. »


« Qu'est-ce que tu fous ? » entendit Caroline. Elle leva les yeux de l'écran de son ordinateur et rencontra de grands yeux gris. « Tu fais un diagramme de Venn ? Pour et Contre ? »

Caroline ferma le programme précipitamment et posa devant elle le tableur sur lequel elle était supposée travailler.

« Salut Abby, » dit-elle doucement, et la rousse qui se tenait en face d'elle pencha la tête en regardant Caroline d'un air étrange.

« Tu es très calme aujourd'hui. Tout comme hier… comme ces deux derniers mois. Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Abby, tirant sa chaise pour la rapprocher de Caroline en la regardant droit dans les yeux.

Elle ne mentait pas – Caroline était affreusement calme, surtout pour quelqu'un qui avait décroché le travail de ses rêves : assistante d'une découvreuse de talent dans l'agence de mannequins numéro 1 de Londres. C'est là qu'elle avait rencontré Abby, une Londonienne de 22 ans, attachée de presse. Elles travaillaient pour la même agence, elles étaient voisines de bureau.

Entre elles, ça avait « pris » tout de suite.

Abby était intelligente et drôle. Sa vivacité d'esprit parvenait à concurrencer celle de Caroline. Elle mesurait 1m80; elle avait les cheveux longs, des yeux de braise, des jambes parfaites et une peau de pêche – elle ressemblait plus au genre de fille à tomber que l'agence engageait comme mannequin qu'à une attachée de presse. Abby était une reine de la nuit, et Caroline se sentait banale en comparaison, en réalisant qu'elle n'était pas la socialista qu'elle pensait. Elle avait finalement trouvé chaussure à son pied.

Abby était vraiment d'excellente compagnie et elle comblait le manque affectif que Caroline luttait pour oublier.

« J'en ai par-dessus la tête en ce moment, des délais à tenir et encore des délais, » mentit Caroline, et Abby haussa les sourcils.

« Sers-toi de ta vitesse de vampire pour lire plus vite, » solutionna-t-elle et Caroline lui fit signe de se taire. « Mais quoi ? Ces branleurs n'en ont rien à foutre de notre conversation, » dit Abby et Caroline soupira en jetant un œil autour d'elle.

Abby avait raison et c'était une chance pour elle. Abby avait pour fâcheuse habitude de ne pas se montrer aussi discrète que Caroline aurait souhaité et elle aurait déjà révélé sa nature de vampire il y a bien trois mois si quelqu'un se préoccupait de ce qu'elles avaient à se dire.

Mais ce n'était pas le cas. Les joies du monde de la mode.

Caroline faisait confiance à Abby. Même si elle manquait un peu de tact. Elle avait pris ça très bien quand elle avait appris que Damon et Caroline étaient des vampires – enfin, après s'être écrié « Putain de merde ! » cinq fois de suite en ayant vu les crocs de Caroline.

« On sort ce soir, pour te changer les idées. Clapham ? » proposa Abby et Caroline secoua la tête.

« Oh non, je ne mets plus les pieds à Clapham, » dit Caroline.

« Quoi ? Tu adores Clapham ! » rétorqua Abby et Caroline poussa un grognement.

Elle aurait certainement dû préciser que non seulement elle ne mettrait plus les pieds à Clapham, mais qu'en plus, elle ne s'enverrait plus en l'air avec une certaine personne qui vivait là-bas.

« C'est Damon qui se remet à t'étouffer ? Tu sais, je ne comprends vraiment pas le problème de ce garçon avec le fait de se balader hors de Chelsea la nuit. Non mais tu te rends compte, un vampire qui a peur de se faire agresser ! »

« Il … a ses raisons de ne pas vouloir que j'aille là-bas, » fut tout ce que Caroline put dire.

Une très bonne raison, avec des yeux vert rêveurs.

Caroline voulait parler à Abby de cette histoire avec Stefan. Elle voulait lui dire que ce n'était pas juste dans la tête de Damon, et qu'elle était responsable des doutes de son petit ami au sujet de la relation qu'elle entretenait avec son frère. Elle ne savait simplement pas par où commencer.

Salut, je suis une traînée et j'ai couché avec le frère de mon copain, qui se trouve être amoureux de moi, tout ça parce que mon copain m'avait contrariée. Tu veux qu'on soit copines ?

Aucune chance que ça marche. Alors Caroline s'en tint à l'excuse selon laquelle Damon détestait les bars à Clapham. Comme s'il pouvait détester quelque chose qui impliquait de l'alcool.

Abby finit par se taire quelques minutes et Caroline se remit au travail pour être interrompue à nouveau.

« Oh, waouh, » murmura Abby.

« Quoi ? » demanda Caroline sans lever les yeux de son écran.

« Canon à 10 heures, » dit doucement Abby. « Un nouveau mannequin, je suppose. »

Caroline leva les yeux et son estomac se tordit quand elle aperçut Stefan discuter avec la secrétaire, qui lui indiqua la direction de Caroline. Quand il lui fit signe de la main, elle cessa de respirer.

« Et il te fait signe, à toi ? C'est qui, ce mec ? » s'extasia Abby – Caroline sentit sa gorge se nouer.

Elle ne lui avait ni rendu visite ni parlé depuis cette fameuse nuit.

« Le frère de Damon, Stefan, » dit-elle doucement et Abby haussa les sourcils à nouveau.

« Que Dieu bénisse leurs parents, » roucoula-t-elle et Caroline lui donna une tape dans le bras. « Quoi ? Il est super beau. Tu te le tapes? » demanda-t-elle franchement et les yeux de Caroline s'écarquillèrent.

« Quoi ? Pourquoi tu me demandes un truc pareil ? »

« J'sais pas, comme ça. En tout cas, si la réponse est non, tu devrais corriger ça. »

Caroline lui jeta un regard mauvais, qui aurait conduit inévitablement à ce qu'elle finisse par étrangler Abby, mais Stefan apparut à son bureau, interrompant ses pensées meurtrières. Il avait le sourire – il avait tout entendu, et elle le savait.

« Stefan, salut. Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle nerveusement.

« J'étais dans le coin. Ça te dit, un déjeuner ? » fit-il et elle jeta un œil à sa montre.

C'était bien l'heure de déjeuner – mais loin d'elle l'idée de le lui dire.

« Normalement je t'aurais dit oui, mais j'ai des tas de choses à faire-, » commença-t-elle, rapidement coupée par Abby.

« Je peux m'en occuper, Caroline. J'ai terminé, moi, » dit-elle avec un sourire éclatant.

« Voilà qui tombe bien, » sourit Stefan. « Je vous remercie, euh… »

« Abby. Abby Stewart, » répondit la rousse en lui serrant la main – il souriait.

« Stefan Salvatore. »

« J'ai entendu dire, oui, » fit Abby avec un sourire en coin qui fit grimacer Caroline.

Stefan devait arrêter de se montrer tellement charmant, et Abby, tellement…aux abois.

« Bon, je vais déjeuner, » dit-elle en levant les yeux au ciel – son amie se contenta de sourire.

« Profites-en, ma chérie. Ravie de vous avoir rencontré, Stefan, » dit-elle avec un signe de la main. Il lui rendit son salut alors que Caroline attrapait son manteau et son sac en cuir, s'apprêtant à le suivre dehors.

Elle sentit une myriade d'yeux se poser sur elle alors qu'elle marchait derrière lui, mais personne ne la regardait, elle, bien sûr. Voilà ce qui arrivait quand on se promenait au bras de Stefan Salvatore.


Damon attrapa son portable et commença à composer le numéro, mais s'arrêta. Qu'allait-il bien pouvoir lui dire, après tout ce temps ? Les choses ne n'étaient pas exactement bien passées la dernière fois qu'il avait eu une conversation avec Stefan. A vrai dire, son poing avait terminé en collision avec la mâchoire de son frère. Pour sa défense, Stefan s'était comporté comme un petit con arrogant, et pour autant que Damon sache, il n'y avait de place que pour un seul petit con arrogant dans la vie de Caroline. Et ce con, c'était lui.

Après que Stefan en ait eu fini avec Klaus, ils s'attendaient tous à ce qu'il redevienne normal – à savoir qu'il se remette au sang animal. Il ne l'avait pas fait.

Non seulement il avait continué à boire du sang humain, mais en plus, il n'était jamais redevenu lui-même. Il était un peu plus mordant, un peu plus condescendant. On aurait dit qu'il était en colère contre lui-même pour ce qu'il avait fait avec Klaus. Damon comprenait cette attitude – il savait bien que le frère dont il avait l'habitude, sombre et doutant de lui, ne referait pas surface si facilement, mais il espérait son retour. Il espérait que Stefan n'était pas parti pour toujours.

Même s'il se nourrissait de poches de sang, et que donc, il ne chassait pas les êtres humains, ça ne plaisait pas à Elena. Elle disait qu'elle était tombée amoureuse de lui parce qu'il n'était pas comme ça. C'était sûrement la raison la plus importante de leur séparation et la raison principale pour laquelle Stefan avait atterri à Londres.

Au début, les choses se passaient bien entre les deux frères. Ce n'était pas parfait, mais c'était bien. Il aurait bien fallu parler du fait que Damon et Elena avaient flirté alors que Stefan faisait tout pour sauver la vie de son frère, mais ils avaient décidé d'éviter cette conversation. Inutile de parler d'Elena alors qu'ils l'avaient tous les deux perdue.

Stefan venait tous les dimanches. Il aidait Caroline et Damon à cuisiner le dîner. Tous les trois, ils commençaient à former une jolie petite famille. Jusqu'à ce que Damon commence à remarquer des choses qui ne lui plaisaient pas.

Par exemple, les regards en coin que Caroline et Stefan échangeaient à table. Ou la manière dont Stefan la serrait un peu trop fort dans ses bras chaque fois qu'il lui disait bonne nuit. Ça avait peut-être à voir avec cette fois où la main de Stefan avait « accidentellement » touché celle de Caroline en parlant d'un moment drôle du film qu'ils regardaient. Des regards, des étreintes, des contacts physiques non justifiés. Tout ça mettait Damon très mal à l'aise, et Stefan en était conscient.

Damon se disait que c'était sa punition pour avoir couché avec Elena pendant l'absence de Stefan. Il avait décidé de mettre les choses au point avec son frère un soir, alors que Caroline passait la soirée avec des collègues de travail.

« Il y a une raison valable pour que tu passes ton temps à flirter avec ma petite amie ? » demanda Damon. Stefan haussa les sourcils.

« Je te demande pardon ? »

« Ne fais pas l'idiot, Saint Stefan. Tu craques pour Caroline, pas vrai, » fit Damon en leur servant deux verres de bourbon, et en tendant un à son frère.

Stefan avait un sourire en coin alors qu'il sirotait une gorgée de son verre. Il regarda Damon droit dans les yeux.

« Moi, flirter avec ta petite amie ? Ce genre de choses n'arrive jamais entre nous, » railla-t-il.

« N'est-ce pas ? » fit Damon avec dédain.

Stefan sourit en prenant une autre gorgée de son verre, qu'il agita lentement.

« Caroline est une fille bien, Damon, et je n'ose même pas rêver de lui donner de faux espoirs. Pas comme toi, tu le fais, » dit Stefan et Damon fronça les sourcils.

« Quoi ? »

« Tu ne l'aimes pas, Damon, je le sais. »

« Tu ne sais rien du tout ! tu n'as aucune idée de ce que j'ai vécu avec elle dans l'année qui vient de s'écouler. »

Stefan se mit à rire avant de vider son verre d'un trait et de reporter son attention sur Damon.

« C'est désagréable, hein, de voir ton frère tourner autour de ta copine. Ça t'énerve, pas vrai, » dit-il en se levant. Damon ne détourna pas le regard.

« Ecoute, je m'en veux au sujet d'Elena, vraiment. Mais si tu fais ça pour te venger –»

« Pas du tout. Je tiens à elle, Damon. Peut-être même plus que toi, » répondit Stefan. Damon lui jeta un regard noir avant de l'envoyer valser dans le mur le plus proche.

« Je t'interdis de tout gâcher, Stefan. »

Son frère avait un sourire narquois aux lèvres.

« Oh, je ne ferai rien, Damon. Je suis sûr que tu y arriveras très bien tout seul, » rétorqua-t-il, masquant à peine son amusement.

C'était à ce moment-là que Damon l'avait frappé. Il se souvenait parfaitement de la colère qu'avaient provoqué en lui les mots de Stefan. Ces mots, et ce sourire narquois qui n'avait pas disparu malgré le coup de poing en pleine mâchoire. Puis, Stefan avait prononcé une phrase qui était marquée au fer rouge dans l'esprit de Damon.

« Tu as fait la plus grosse erreur de ta vie en me sauvant de Klaus. »

Damon n'avait jamais pris son frère plus au sérieux. Hésitant, il remit son portable dans sa poche et poussa un long soupir. Peut-être qu'il valait mieux éviter de parler de tout ça avec Stefan.