"Mona Lisa, Mona Lisa, men have named you,
You're so like that lady with the mystic smile,
Is it only 'cause you're lonely they have blamed you,
For that Mona Lisa strangeness in your smile?"
-Brian Setzer, Mona Lisa
« C'est sympa, ici, » dit Caroline avant de boire une gorgée de sa limonade. Elle posa les yeux sur Stefan, puis admira la décoration de la terrasse à laquelle il l'avait emmenée déjeuner.
« Ils ne servent pas de sang, mais je suis sûr que le curry va te plaire, » murmura Stefan avec un sourire en désignant l'assiette de Caroline. Elle haussa les sourcils. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il.
« Alors c'est là que tu emmènes toutes tes conquêtes ? » s'enquit-elle en croisant les bras. Il but une gorgée de bière avant de répondre.
« Tu n'es pas une conquête, Caroline. »
« Alors pourquoi tu te pointes à mon boulot, Stefan ? ça ressemble légèrement à du harcèlement, tu ne trouves pas ?
« Tu ne réponds pas au téléphone, et je ne peux pas vraiment venir chez toi à l'improviste, Caroline. Je ne suis pas sûr que ça plaise à ton petit ami passif-agressif, » répondit-il, provoquant un soupir.
Il n'avait pas entièrement tort.
« Ecoute, je suis désolée d'avoir été un injoignable, d'accord ? C'est juste qu'avec le boulot et… »
« Caroline, ça suffit. Ne me racontes pas les mêmes salades qu'à mon frère. Je suis un grand garçon, tu sais. » Elle inspira profondément et se redressa dans son siège. « Comment ça va, entre vous ? »
« ça va bien, Stefan. Vraiment très bien, » insista-t-elle. « Ce n'est pas ce que tu voulais entendre ? »
Stefan laissa échapper un rire en attrapant sa fourchette avant de la plonger dans son assiette de riz.
« Si, Caroline. Je suis ravi que tu sois enfin heureuse. Je voulais m'assurer que tu allais bien. J'ai dû vraiment faire quelque chose de travers pour que tu ne répondes même pas à mes sms… »
« Mais non, Stefan. Tu n'as rien fait de mal, c'est juste que – j'ai déconné, vraiment déconné en couchant avec toi et j'ai du mal à admettre que j'ai pu me planter à ce point-là, » dit-elle sur un ton léger, bien plus léger qu'elle ne se sentait.
« Je sais bien que tu dis que ce n'est pas de ma faute, mais je m'en veux. Vraiment. Je te mets toujours dans des situations impossibles entre Damon et moi. Ça va sans dire mais c'est que je tiens vraiment beaucoup à toi, » dit-il le plus honnêtement du monde.
« C'est pas grave, Stefan », dit-elle. Il continua de l'observer attentivement.
« Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vu, Caro, mais être près de toi, ça me rappelle mes sentiments. »
Caroline prit une bouchée de son repas et resta silencieuse quelques instants. Stefan avait changé, c'était une chose certaine, et parfois, elle ne savait pas trop comment l'aborder. Il était vraiment rentré dans le stéréotype du beau ténébreux. Il irradiait de confiance en lui, et sa voix était chargée de sex-appeal, de sorte que même les conversations comme celles-ci étaient tendues. Plus elle passait de temps avec lui, plus elle se sentait attirée par ce nouvel aspect de sa personnalité. L'aspect qu'Elena détestait. Damon aussi, d'ailleurs.
On aurait dit qu'elle était la seule à comprendre et à accepter qu'il ne soit plus le gentil petit Stefan. Elle se demandait si elle s'accrochait autant à lui parce qu'elle voyait un peu d'elle en lui : imparfaite, déchirée, blessée. Elle se passionnait toujours pour les causes perdues, à ceci près qu'elle ne le considérait pas comme tel. Elle pensait simplement qu'il souffrait, et même si elle aussi, elle avait la conviction de pouvoir l'aider.
Elle avait été surprise qu'il devienne le genre d'homme qui n'avait aucun scrupule à flirter avec elle, qu'ils soient en présente de Damon ou pas, et elle n'aurait jamais pu imaginer qu'il soit du genre à lui prendre la main pour l'entraîner sur la piste de danse lors de leurs nombreuses sorties. Elle n'aurait jamais imaginé que Stefan change. Mais il avait changé, et il ne lui facilitait pas les choses.
« Ne crois pas que tu sois responsable, Stefan, » dit-elle finalement. « On ne peut pas vraiment dire que j'ai débarqué chez toi pour jouer aux échecs, » dit-elle en se remémorant cette fameuse nuit. Il sourit d'un air complice.
Il savait bien que ce n'était pas le cas.
« Je t'aurais battue aux échecs, » répondit-il et elle rit doucement.
Ça lui manquait d'être amie avec Stefan, de pouvoir rire avec lui. Ça lui manquait parce que c'était si simple.
« Alors, on est amis, Stefan? Genre, de vrais amis, qui ne vont pas coucher ensemble dans le dos de mon petit ami ? » demanda-t-elle.
« On peut être tout ce que tu veux qu'on soit, Caroline, » répondit-il doucement, et elle remarqua la lueur dans ses yeux – celle qui faisait manquer un battement à son cœur.
« Ce n'est pas une réponse, ça, Stefan, » rétorqua-t-elle, le faisait rire.
« Je sais. Je sais très exactement ce que j'ai dit. Et je comprends tout à fait que tu sois 'avec' Damon, donc…Je vais…te laisser tranquille. Si on veut. »
« Si on veut ? »
« N'empêche que je t'aime beaucoup, Caroline. En fait, c'est plus que ça, et ce genre de choses ne disparaît pas en claquant des doigts. Mais je ne vais pas te forcer à choisir, » dit-il et elle continua de le dévisager. « Sache seulement que je serai toujours là pour toi, » dit-il et elle fit tambouriner ses doigts sur son menton.
Il n'allait pas laisser tomber.
« Tu vas lui dire ? » demanda-t-elle – il soupira.
« Non, Caroline. Même si ça me semble très tentant de le faire souffrir d'une manière ou d'une autre… »
« C'est ton frère. Et tu sais bien qu'il s'en veut pour Elena, Stefan. »
« Oh, oui, j'en suis persuadé, » répondit Stefan d'un air incrédule.
« Tu crois que je devrais lui dire ? » demanda-t-elle, sentant une soudaine vague de culpabilité l'envahir à cette seule pensée.
« Oui, je pense. Je crois que s'il doit l'apprendre, c'est par toi. » Elle croisa les doigts devant elle et garda le silence.
« Et si je ne lui dis rien ? » tenta-t-elle pour évaluer la réaction de Stefan.
« Je dirais que tu joues avec le feu, Caroline. »
Elle soupira. Elle ne voulait pas poursuivre cette conversation.
« Tu as tapé dans l'œil à Abby, tu sais, » dit-elle brusquement. Il lui jeta un regard surpris et prit une gorgée de sa boisson.
« La rouquine ? »
« Oui, elle t'a trouvé littéralement à tomber, » dit Caroline. Stefan passa la main dans sa chevelure noisette, sans rien dire. Elle ne parvenait pas à deviner à quoi il pensait, malgré son sourire. « Tu devrais passer un peu de temps avec elle. »
« Oui, peut-être bien, » se contenta-t-il de répondre avant de terminer sa bière.
Quelques jours après son entrevue avec Stefan, Caroline tentait toujours de décider quel était le bon choix. Si elle avouait tout à Damon, non seulement il perdrait complètement les pédales, mais il risquait de s'en prendre à son frère. Elle imaginait quelle serait l'expression de son visage, et elle tentait de toutes ses forces de l'effacer ensuite – c'était trop dur. D'un autre côté, elle ne savait pas combien de temps encore elle pourrait supporter de se sentir si coupable. Elle se demandait si ça irait mieux un jour.
Caroline entra dans leur appartement, et elle sentit tout de suite l'odeur de poulet grillé et de légumes vapeur. Il lui préparait le dîner ? Bien sûr, juste au moment où elle se demandait si oui ou non, elle devrait lui annoncer qu'elle méritait le prix de la Traînée de l'année.
Elle suspendit son manteau et Damon la rejoint dans le salon avec un sourire enfantin et un tablier autour de la taille. Caroline sentit son cœur se serrer de plus belle.
« C'est à quelle occasion tout ça ? » demanda-t-elle faiblement alors qu'il la prenait par les mains pour la conduire dans la cuisine. Et est-ce qu'il y aura du sang ? Je meurs de faim. Elle jeta un œil autour d'elle et sa faim disparut alors que son cœur s'emballait.
Des bougies, des fleurs, une table impeccable et une bouteille de vin rouge.
« Damon, » commença-t-elle. Il l'attira dans ses bras et l'étreignit – elle posa la tête sur son épaule.
« Je sais que notre 'anniversaire', ou peu importe le nom que vous les nanas vous donnez à ce genre de trucs, c'est demain, mais je me suis dit que je pouvais prendre un peu d'avance. J'ai vu Pretty Woman plusieurs fois, et entre deux haut-le-cœur face à toute cette guimauve, je crois que j'ai su en tirer les bonnes leçons, » mumura-t-il. Elle sentit ses yeux s'emplir de larmes tout en riant.
« Tu as vu ce film ? Et maintenant, tu me prends pour une prostituée ? » demanda-t-elle. Il haussa les sourcils.
« Non, même si tu es sûrement mon péché mignon le plus coûteux, » répondit-il sur le ton de la plaisanterie et elle secoua la tête. « Et le plus fougueux. Et le plus beau, aussi… »
« Tu es en train de devenir tout ce que tu détestes, Damon : un cliché de comédies romantiques sur pattes, » répondit-elle contre son torse, le faisant rire.
« Pathétique, pas vrai ? » fit-il. Il sortir une petite télécommande de sa poche et appuya sur plusieurs boutons. « Attention, ô dame de mon cœur – ce n'est pas fini. »
Caroline entendit soudain des effluves d'une chanson jazz s'échapper des baffles de la chaîne hifi et elle leva les yeux vers lui tandis qu'il l'enlaçait à la taille, les entraînant dans une danse langoureuse.
« Depuis quand tu es aussi charmant ? »
Il sourit de cette manière si particulière qui lui faisait trembler les jambes, mais son regard se fit soudain sérieux.
« Je ne suis pas charmant, Caroline. Je suis un con arrogant, limite égocentrique et qui évite les attaches. »
« Limite ? »
« Tu ne m'aides pas, là, » dit-il doucement et elle hocha la tête. « Je ne serai jamais le Prince Charmant. Je serai toujours le mec qui fait ce qu'il ne faut pas, et qui dit des horreurs parce qu'il est en colère. Mais je sais aussi ce que je veux être d'autre, » commence-t-il. Elle lève les yeux vers lui.
« Et qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle d'une petite voix.
« Je veux être à toi, Caroline – je n'ai jamais rien désiré autant. Et je suis désolé de t'avoir laissée ici quand tu as dit que tu m'aimais, et d'être allé voir Elena. C'était vraiment nul et très 'Damon' et tout le bla bla, mais il fallait que je sache, » dit-il.
« Que tu saches quoi ? »
C'était le moment qu'elle redoutait tant. Quand Damon avait fait ses valises ce jour-là et qu'il avait pris l'avion pour les Etats-Unis pour aller à Providence, Rhode Island, pour voir Elena, elle s'était sentie au plus mal. Il avait dit qu'il « avait besoin de temps » et elle lui en avait donné, mais elle avait souffert chaque jour de savoir qu'il était parti à cause d'elle.
Il avait fini par revenir, mais il ne lui avait jamais dit ce qui s'était passé exactement, avec Elena. Honnêtement, elle ne voulait pas le savoir. Elle savait simplement qu'il était de retour, et qu'il lui appartenait. Jusqu'à aujourd'hui, il ne lui avait donné aucune explication.
« Il fallait que je sois sûr de ne plus être à elle, Caroline. Et je m'en suis rendu compte à la seconde où je l'ai vue – ce n'était pas ce que je voulais et il fallait que je gère ces sentiments. »
« Et qu'est-ce que ça t'a appris ? »
« Que quand je tombe amoureux, je tombe la tête la première. Je ne sais pas faire les choses à moitié et je ne crois pas que je pourrai arrêter de t'aimer si je m'autoriser à tomber amoureux de toi. J'en ai fini avec Elena, et je te dirai tout ce que tu veux savoir sur ce qui s'est passé quand je lui ai rendu visite. Mais j'ai besoin que tu sois cent pour cent honnête avec moi si tu ne peux pas gérer ça, parce que j'ai assez cherché, Caroline. C'est toi – je ne veux que toi, » dit-il.
Elle regarda au plus profond de ses yeux bleu acier et frémit à ses mots. Le poids du monde semblait peser sur ses épaules.
Cent pour cent honnête.
Elle sentit les mains de Damon remonter à son visage alors qu'il continuait de la fixer intensément. Il était sérieux – c'est ce qu'elle voulait depuis le début.
Et là, c'était le moment pour elle, de le blesser plus que les mots ne pourraient jamais le dire.
« Damon, je… » commença-t-elle mais il posa un doigt sur ses lèvres.
« La seule chose que je veux savoir, que j'ai besoin de savoir, Caroline, c'est que tu veux tout ça autant que moi, » l'interrompit-il.
« Oh oui, tu n'as pas idée à quel point, » murmura-t-elle alors qu'une larme roulait le long de sa joue.
Il lui sourit et l'attira plus près de lui alors que leurs lèvres se frôlèrent, provoquant comme un choc électrique en elle. Les mains de Damon allèrent se perdre dans ses boucles blondes alors qu'elle croisa à nouveau son regard.
« Mais il faut que je te parle de quelque chose, Damon, » dit-elle doucement alors qu'il commençait à l'embrasser de nouveau, les mains sur son corsage.
« Quoi ? Tu te sens d'humeur pour un jeu de rôle Pretty Woman ? » demanda-t-il sur un air taquin e et elle soupira contre ses lèvres alors qu'il l'attirait à nouveau dans ses bras, prenant le dessus.
Ses mains sur ses hanches et ses lèvres sur son épaule ne lui facilitaient vraiment pas les choses.
« Je croyais qu'on allait dîner, » dit-elle doucement et il lui mordilla affectueusement le cou, entre autres caresses.
« On devrait passer directement au dessert, » murmura-t-il et avant qu'elle ne puisse protester, elle laissa échapper un petit cri alors que Damon la soulevait sans la moindre difficulté et la porta jusqu'au salon, où il la posa sur le canapé.
« Je ne suis pas parfaite non plus, Damon, » dit-elle entre deux baisers, alors qu'il enlevait sa chemise et déboutonnait celle de Caroline. « Je fais des erreurs, j'en ai déjà fait, » dit-elle doucement. Il la regarda droit dans les yeux.
Elle était convaincue que ces yeux exerçaient sur elle une force proche de la gravité.
« Mais est-ce que tu m'aimes ? » demanda-t-il et elle soupira avant de hocher la tête. « C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. Oublie tout le reste, et contente-toi de m'aimer, Caroline. C'est tout ce qui compte. »
C'était ce qu'elle comptait faire. Elle l'aida à la défaire de son chemisier violet et l'envoya valser par terre. Caroline défit la ceinture de Damon et il se débarrassa de son jean alors que les doigts de la jeune fille laissa une traînée de caresses le long de ses jambes.
Il lui prit les mains et entrelaça leurs doigts alors qu'elle faisait de son mieux pour garder le contrôle de sa respiration, tout en se perdant dans ses yeux.
Les cheveux sombres de Damon lui tombaient sur le front et la peau pâle était inhabituellement chaude contre celle de Caroline. Elle pourrait le fixer comme ça toute la journée, s'il le fallait. Sans hésité, il était l'être le plus beau qu'elle connaissait et la simple pensée de le perdre la mettait dans un était indescriptible.
Caroline libéra ses mains et les posa dans le cou de Damon, l'attirant plus près pour un baiser fougueux, lui arrachant un gémissement.
Elle ne pouvait pas le perdre. Elle l'aimerait sans relâche et rien ne viendrait changer ça.
Pas même Stefan Salvatore.
