"I used to sit back and watch the pouring rain,

I used to wish to be back home again,

I hadn't the strength then, I hadn' the chance to reveal it,

But it's all in your hands, When do we begin?"

-Guster, Mona Lisa

« Tu sais, on a pas vraiment de bars à la mode par ici, mais j'ai entendu dire que le Mystic Grill, c'est génial, » entendit Damon. Il se retourna pour faire face à Alaric qui se dirigeait vers lui avec un grand sourire. Le vampire sourit en allant vers lui, ses valises à la main.

« Alaric Saltzman, dans mes bras, sale type, » fit Damon d'un air taquin en acceptant l'accolade d'Alaric.

Damon avait quitté Londres comme il l'avait dit, et le seul endroit où il lui semblait logique d'aller, c'était chez lui, à Mystic Falls. Alors il était là, deux semaines plus tard, à l'Aéroport International de Richmond après un long vol qui avait conduit à un introspection inévitable, ainsi qu'à quelques verres de trop. Quand il avait téléphoné à Alaric le jour de sa rupture avec Caroline, son ami s'était révélé un précieux soutien quant à sa décision de rentrer pour un moment – il savait qu'il en avait besoin.

Alaric était exactement comme dans ses souvenirs : les mêmes yeux, les mêmes cheveux d'un blond cendré – il n'avait pas l'air d'avoir pris une ride. La seule différence, c'est qu'il avait troqué ses chemises de flanelle pour des chemises à col américain, et ses bottes pour d'élégantes chaussures de ville.

« Regarde toi, t'as l'air tellement…British, » dit Alaric en riant alors que Damon lui adressait un signe du majeur. « Quoi ? Ce n'est pas une mauvaise chose, tu es…très élégant, » concéda Alaric, ce qui fit rire Damon.

« Je pourrais dire la même chose de toi, Ric. Depuis quand t'es si métrosexuel ? »

« Métrosexuel ? Je croyais que ça s'appelait s'habiller comme un adulte, » plaisanta-t-il alors qu'ils se dirigeaient vers la voiture d'Alaric et qu'il ouvrait le coffre pour ranger les affaires de Damon. « Je me suis dit qu'on pourrait déjeuner et aller boire quelques verres ? Comme au bon vieux temps ? » demanda Alaric.

« Tu es en train de me proposer un rendez-vous, Ric ? » rigola Damon. Alaric rit en refermant le coffre et s'installa au volant.

« Ouais, ne dis pas à ma chérie qu'elle a de la compétition, hein. »

« Pff, j'ai toujours été un sérieux concurrent, » dit Damon en s'installant côté passager. Alaric rit et mit la voiture en route. « En parlant d'elle, entre autres choses, comment ça va à la pension ? »

Alaric poussa un soupir.

« Tout ca bien, Damon et j'aime vivre là-bas, mais… »

« Mais ? »

« Eh ben, disons que Bonnie…a redécoré. Ça ne ressemble plus vraiment à une garçonnière… »

« Elle s'est débarrassée de mon bar ? »

« C'est possible… » fit Alaric et la mâchoire de Damon se décrocha.

« Cette femme, c'est le diable en personne, je te le dis, » répondit Damon et Alaric haussa les épaules. « T'es d'accord en plus. »

« Elle est un peu…tendue parfois. Mais elle ne pense pas à mal. Je veux dire, elle veut vraiment des enfants, Damon. Alors elle transforme la maison pour qu'elle soit prête à les accueillir, » dit Alaric.

« Hmm. Alors ça veut dire que vous allez arriver à faire des enfants, toi et Bonnie ? »

« Hey ! Je ne divulge jamais ce genre d'infos, » fit Alaric avec un clin d'œil et Damon eut un haut-le-cœur forcé.

« Oh, ça suffit. J'essaie encore de me faire à l'idée que toi et la petite sorcière soyez ensemble, alors pas besoin de parler de ça, » dit Damon, faisant sourire Alaric. « Il faut que je le voie pour le croire. »

« Bon, je zappe cette conversation. On a qu'à parler de toi et Caroline, » proposa Alaric et Damon poussa un soupir.

Caroline.

Il ne lui avait pas parlé depuis leur rupture. Il n'avait même pas tenté de la joindre, c'était encore trop frais et il ne voulait pas être envahissant. S'il voulait que ça marche, il fallait qu'ils soient vraiment séparés. C'est pour ça que ça lui semblait évident de revenir en Virginie.

« Je n'ai pas eu de nouvelles, » dit-il un peu sèchement.

« Elle est toujours à Londres ? » demanda Alaric. Damon haussa les épaules.

« Autant que je sache. Elle a Abby, là-bas, et Stefan, je suppose… » fit-il sans terminer sa phrase.

Alaric poussa un soupir. Rien qu'au changement d'ambiance dans la voiture, il pouvait deviner que Damon était mal à l'aise à la simple mention du nom de son frère.

« Elle ne va retourner vers lui, Damon. Tu le sais, non ? Elle serait bête de gâcher ce qu'il y a entre vous. »

« J'aimerais en être aussi sûr que toi, Ric. Tu crois que j'ai pris la bonne décision ? » demanda Damon. Il jeta un œil à Alaric qui restait concentré sur la route alors qu'il empruntait la voie rapide vers Mystic Falls.

« Oui, je pense. C'est dur, mais parfois il faut se séparer pour mieux se retrouver. Puis Caroline, elle est jeune, Damon. C'était vraiment mature de ta part de t'en rendre compte et de prendre tes distances. Ça ne te ressemble pas, d'ailleurs, » railla Alaric et Damon lui frappa le bras. « Quoi ? »

« Je suis tout à fait capable d'être mature. Je paie les factures et je fais même le ménage, » fit remarquer Damon, faisait rire son ami. « J'ai même nettoyé les vitres à l'appartement. Figure-toi que Damon Salvatore n'est pas du genre à nettoyer les vitres. »

« Quoi, c'est tout ? » fit Ric. Damon rit et haussa les épaules. « Tu l'aimes vraiment, hein ? »

Damon se tourna vers son ami avec un sourire plein d'espoir qui disait tout mieux que des mots. Il était amoureux de Caroline, et même s'il se mettrait des claques pour avoir mis si longtemps à l'admettre, c'était vraiment un soulagement d'être enfin capable de le dire. Il l'aimait – et il espérait qu'elle l'aimait assez pour vouloir faire marcher leur relation.

Il regarda dehors en réalisant qu'ils seraient arrivés dans quelques minutes. Tout était exactement comme à son départ – les arbres, les maisons, tout. C'était réconfortant de se trouver en terrain familier après avoir été loin si longtemps.

« Alors, quoi de neuf par ici ? » demanda Damon et Alaric se mordit la lèvre en réfléchissant.

« Ben, à part que toi et Elena n'êtes plus là, pas grand-chose. Le shériff Forbes est maintenant le Maire Forbes, Bonnie adore être une jeune diplômée. Tyler, Jeremy et Matt sont colocs à l'Université de Virginie. Tout est vieux comme le monde, » dit Ric et Damon acquiesça.

« Tout le monde grandit, » dit Damon alors qu'ils se garaient.

« Ouais. C'est bon d'être chez soi. »


Quand elle ouvrit la porte, Abby se trouvait là avec deux sacs kraft entre les bras, son sac à main accroché à l'épaule.

« Désolée d'être en retard, je me suis arrêtée au marché pour t'acheter quelques trucs. Avant que tu me dises que tu n'as pas besoin de manger, moi, j'en ai besoin si j'viens ici aussi souvent, » piailla la rousse, et Caroline soupira en l'aidant avec les courses.

Caroline avait attendu impatiemment l'arrivée d'Abby. Maintenant que Damon n'était plus là, la seule chose qu'elle détestait plus que la raison de son départ, c'était être seule.

« Non, ça va, Ab', j'espérais juste que tu ne m'avais pas lâchée, » dit Caroline d'un air reconnaissant et l'autre jeune femme se mit à rire.

« Pour aller voir qui ? Prince Stefan ? Tu sais que je peux pas le sentir, » répondit Abby.

« Ce n'est pas lui que tu détestes. Tu détestes ce qui s'est passé entre lui et moi. Tu sais bien qu'il est complètement ton genre Abby, » dit Caroline. La rouquine se tourna pour lui faire face.

« C'est clair, je le déteste pour ce qu'il t'a fait et si tu penses une seconde à te remettre avec lui pendant que Damon n'est pas là, j'te décapite dans ton sommeil, ma petite, » menaça Abby, faisant rire Caroline.

« Pas de souci de ce côté-là, mes sentiments pour Stefan, c'était rien, juste des sentiments. Je ne referai pas la même bêtise, » promit Caroline.

Abby ouvrit le paquet de thé et sortir deux sachets.

« Tant mieux, parce que ça m'ennuierait de tuer ma meilleure amie. Vampire ou pas, » fit-elle avec un clin d'œil, et Caroline sourit.

« Je suis sûre que tu serais un vampire génial, Abby. »

« C'est clair, parce que je planterai un pieu dans le cœur de Stefan dès que j'en aurai l'occasion, » plaisanta-t-elle, Caroline rit encore. « T'as eu des nouvelles de Damon ? »

Caroline poussa un soupir et secoua la tête. C'était dur sans lui, mais après avoir passé cinq jours d'affilée à pleurer, elle s'était dit qu'elle pouvait y arriver. Elle allait arriver à se retrouver.

« Je veux juste savoir s'il va bien, » dit Caroline et Abby lui fit un sourire rassurant.

« Je suis sûre que oui, Caro. Ne t'inquiète pas autant pour lui – il faut que tu…sortes, que tu t'amuses ! C'est bien ce qu'il voulait, non ? » demanda Abby et Caroline approuva silencieusement. « Oh mon Dieu ! Ce sera comme dans ce film de Julia Roberts, 'Eat, Pray, Love' ! » s'exclama Abby d'un air ravi, et Caroline rit.

« Pas vraiment… »

« Si, carrément ! On a qu'à aller en Italie, en Inde et à Bali ! »

« Déjà fait, » rit Caroline. Abby leva les yeux au ciel.

« Okay, on a qu'à être ennuyeuses à mourir et rester ici, » bouda-t-elle et Caroline secoua la tête.

« Je ne veux pas être ennuyeuse… »

« Alors ne le sois pas ! Profite de cette opportunité, Caro, » encouragea-t-elle.

Caroline savait qu'elle avait raison – c'était ce que voulait Damon. Il voulait qu'elle sorte, et pas qu'elle s'enferme pendant son absence. Il voulait qu'elle vive sa vie, et qu'elle lui prouve qu'elle pouvait s'en sortir sans lui. Caroline savait qu'elle ne pouvait ni être en paix avec Damon ou l'aimer, tant qu'elle ne serait pas d'abord en paix avec elle-même ou qu'elle ne s'aimerait pas.

« Okay, » dit-elle, essayant d'être optimiste. « Qu'est-ce qu'on fait ce soir ? »

Abby tapa des mains et laissa échapper un gloussement qui fit rire Caroline.

« Tournée des bars, bien sûr, » dit-elle.

Caroline approuva en expirant profondément. Elle sortir un bout de papier de sa poche.

« J'ai fait une liste, » dit Caroline et Abby haussa un sourcil alors que la blonde lui tendait la feuille. « Je vais suivre les conseils de Damon à la lettre. »

« Comment ? » demanda Abby, curieuse et elle se mit à lire le titre. « Une liste de dernières volontés ? »

« Les choses que je veux faire avant de mourir, enfin bon, juste des choses que j'ai envie de faire, » dit Caroline et Abby lui jeta un regard incrédule.

« Tu veux sauter à l'élastique du pont de Brooklyn et perdre au moins mille dollars à Las Vegas ? » piailla Abby.

« Quoi, c'est pas bien ? » fit Caroline en se rongeant les ongles.

« Non, Caroline, c'est génial ! Ces 10 choses…si tu crois que ça peut t'aider, alors j'suis contente. Faudra que tu demandes des vacances et… »

« Numéro 4, » dit Caroline, renvoyant Caroline à la feuille de papier.

Quitte ton boulot, parce que tu détestes le monde de la mode.

« Tu démissionnes ? »

« J'ai commencé la liste il y a longtemps, » confessa Caroline et Abby se précipita pour la serrer dans ses bras, à sa grande surprise.

« Oh, Caro, j'suis tellement contente. Tu détestais ce boulot, et j'avais peur que tu restes juste à cause de moi. »

Abby avait raison – Caroline avait supporté ce monde-là si longtemps uniquement pour son amie. Mais elle s'était rendue compte que si elle et Abby était si proches, ça ne comptait pas qu'elle démissionne ou pas.

« Alors tu ne crois pas que cette liste est stupide, ou irresponsable ? » demanda Caroline avec un sourire et Abby rit de bon cœur.

« Qu'est-ce qu'on s'en fout de ce que je pense ! Tout ça, ça ne concerne que toi et ce qui est bon pour ton âme. » Caroline soupira. Abby avait raison. Il fallait qu'elle fasse des choses pour elle, et elle allait commencer tout de suite. « Je crois que tu devrais commencer avec le plus dur – le numéro 8, » dit Abby en lâchant son amie. Caroline soupira.

Elle savait très bien ce qu'était le numéro 8.

« Mon problème avec Stefan – je sais. »

« Quant au numéro 10, je peux t'aider pour les autres, mais je suis sûre que tu veux garder celui-là pour Damon, » fit-elle avec un clin d'œil et Caroline approuva.

Le numéro 10, c'était le plus spécial de la liste.

« T'es prête à te lancer, Abby ? » demanda Caroline et la rouquine recula de quelques pas pour la dévisager avec un sourire.

« Non, Caroline, la question est : est-ce que toi, tu es prête ? »

Elle allait se lancer et elle ne ferait pas machine arrière.


Damon engloutit un shot de whisky et posa le verre vite sur le comptoir alors que Alaric faisait une grimace en reposant son propre verre. Le Grill – Damon ne se souvenait pas quand il était venu ici pour la dernière fois, mais il était ravi que ça n'ait pas trop changé en deux ans : le bar, le jeu de fléchettes, les tables de billards et la foule – tout était intact.

Mis à part ce que Alaric lui avait dit plus tôt, il était ravi que Mystic Falls soit restée la même – il avait besoin d'une certaine constance à laquelle se raccrocher pour traverser cette période difficile avec Caroline. Il n'arrêtait pas de penser à elle et même s'il n'était parti que depuis peu, il mourait d'envie de la revoir. Il espérait simplement qu'elle voudrait toujours de lui une fois que le moment serait venu – Stefan était toujours un sérieux concurrent, et il était sûr que Caroline était consciente d'avoir d'autres options. Des options qui, elles, ne quittaient pas la ville.

Il fallait qu'il arrête de ressasser tout ça – il s'en sortirait, et priait celui qui était là-haut (ou qui n'y était pas d'ailleurs) qu'elle s'en sorte aussi.

« C'est pas bizarre de boire un coup avec tes anciens élèves ? » demanda Damon comme pour se sortir de ses pensées. Il commanda deux autres verres.

Alaric lui avait promis une belle cuite ce soir.

« On dirait que je ne buvais pas déjà devant eux ou avec eux avant, » répondit Alaric et Damon rit.

Ce n'était pas faux. Alaric n'était pas exactement un citoyen modèle. Damon appréciait les imperfections de son meilleur ami.

« Où est Bonnie ? Je sais qu'elle a attendu de faire voir son petit visage mesquin toute la journée, » dit Damon et Alaric haussa les épaules en regardant sa montre.

« Elle devrait déjà être là, elle a fini de bosser il y a une heure. Je suis sûre qu'elle va arriver. Elle ne manquerait pas une occasion de se disputer avec toi, » dit Alaric et Damon saisit son verre.

« Peut-être qu'elle s'est rendu compte que t'étais vieux et qu'elle s'est enfuie. »

« Tu peux parler ! T'es un ancêtre comparé à moi. Que tu te sapes avec des fringues à la mode de Londres ou pas, » dit Alaric avant de boire une gorgée, et Damon sourit.

Juste à ce moment-là, il vit la sorcière en question entrer dans le bar – elle avait l'air plutôt pressée et se dirigeait vers eux à toute vitesse. Il haussa un sourcil.

« Y'a le feu ou quoi ? » demanda Damon quand elle les rejoignit, et les yeux verts de Bonnie se posèrent sur lui.

« Oui, tout va bien ? » demanda Alaric en prenant les mains de Bonnie dans les siennes. Il la regardait avec un air de plus en plus inquiet.

Damon observait la dynamique entre eux. Ils étaient adorables – il avait envie de vomir.

« J'ai essayé de lui dire de ne pas venir ici, mais elle a débarqué à la maison et elle était déjà en route avant que je puisse l'arrêter. Tout ce que j'ai pu faire, c'est arriver ici avant elle, » dit Bonnie à bout de souffle en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille.

Alaric s'enfonça sur son tabouret.

« Une seconde, de qui on parle, là ? » demanda Damon, perdu quant à ce qui se passait sous ses yeux. Bonnie leva vers lui des yeux pleins d'excuses, pour la première fois de sa vie.

Avant qu'il puisse lui lancer une pique à ce sujet, il entendit une fois familière l'appeler et alors qu'elle s'approchait rapidement, elle jeta ses bras autour de ses épaules avant qu'il n'ait eu le temps de dire « ouf ». Une odeur de cerise envahit son odorat alors qu'elle s'accrochait à lui et il poussa un soupir.

Elle avait toujours la même odeur. Et merde – voilà une constante dont il se serait bien passé.

« Je n'étais pas sûre de te revoir un jour, » fit la fille joyeusement et il jeta un regard à Alaric qui les observait, visiblement aussi stressé de Damon à cet instant précis.

Bonnie plissa les lèvres et poussa un long soupir.

Damon se dégagea de son étreinte et ses yeux marron chocolat plongèrent dans les siens. Exactement comme dans son souvenir. Ses cheveux bruns avaient encore poussé, et son sourire s'était élargi. Elle le regardait d'un air rêveur et lui saisit les mains.

« Elena, c'est sympa te voir, » dit doucement Damon.