"Ain't nothing that stays the same, I won't ask it of you,
Just that burgundy smile you wore yesterday, say you won't ever lose
I've been down, I've been worse, Mona Lisa,
Came in last, came in first,
But it all gathers dirt, Mona Lisa,
Before you bathe in the light."
-Grant Lee Phillips, Mona Lisa
Numéro huit : Stefan Salvatore.
Caroline fixait le nom sur la feuille de papier froissé, comme si elle s'attendait à ce qu'il prenne vie et qu'il lui dise quelque chose – n'importe quoi – au sujet de ce qui arriverait quand elle lui parlerait. Elle savait que le numéro huit de sa liste était important. En fait, il était presque aussi important que le reste. Et ça ne signifiait pas pour autant qu'elle savait ce qu'elle faisait. Et si ça lui explosait en pleine figure ?
Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir.
La sonnette retentit, et elle expira profondément en pliant le papier avec attention avant de le mettre dans sa poche, pour le garder en sûreté.
C'était maintenant ou jamais.
Caroline se leva et se dirigea vers la porte, légèrement tremblante. Elle ne pouvait qu'espérer que ça se passe mieux que l'intuition qu'elle en avait. Quand elle ouvrit la porte, elle le vit – les yeux vert électriques, les cheveux bruns parfaits, et la peau douce et mate. Stefan sourit et elle se mordilla la lèvre.
« Hey, » dit-elle en tentant de garder un ton léger alors qu'il entrait et qu'elle refermait derrière lui.
« Tu as dit que tu voulais me voir ? » demanda-t-il. Elle hocha la tête.
Elle avait envoyé un SMS à Stefan la veille après sa tournée des bars avec Abby, et peut-être bien qu'elle était un peu pompette quand elle lui avait demandé de passer à l'appartement. Mais même hébétée par l'alcool, elle savait que c'était une chose à faire – le numéro huit allait être le plus dur à accomplir.
Depuis le départ de Damon, elle n'avait pas eu trop de nouvelles de Stefan. Elle se serait attendue à l'inverse : puisque Damon n'était plus là, elle s'attendait à ce qu'il la courtise de plus belle, et qu'il lui rende le choix plus facile alors qu'elle réalisait la nature de ses sentiments pour les deux frères. Mais il s'était fait discret sans prévenir. Et Caroline était convaincue d'être dingue, parce que ça n'avait eu pour effet qu'embrouiller encore plus ses pensées au lieu de la soulager.
« Je te sers quelque chose ? » demanda-t-elle et Stefan secoua la tête poliment.
« Non, ça va, merci, » dit-il. « C'était comment ta soirée avec Abby ? » demanda-t-il après un court silence. Il s'installa sur le canapé et Caroline avec lui.
« J'ai oublié la moitié de la soirée, » répondit-elle et Stefan rit.
« Je crois qu'on peut donc dire que ça a été un succès. »
Caroline sourit, même si ses mains tremblaient. Il fallait couper court à cette conversation inutile. Elle s'approcha de Stefan et lui prit les mains, les serrant aussi fort qu'elle pouvait. Stefan baissa les yeux vers leurs mains, puis les releva pour rencontrer ceux de Caroline d'un air intrigué.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il calmement. Elle hocha la tête, même si elle était certaine qu'il la sentait trembler. « Tu peux me dire ce qui ne va pas, Caroline. Si c'est à propos de Damon… »
« C'est à propos de toi, » le coupa-t-elle, et il attendit qu'elle poursuive. « Là, tout de suite, Stefan, il ne s'agit que de toi, » répéta-t-elle.
« Pourquoi ? » demanda-t-il simplement sans jamais se détourner de ses yeux bleu clair.
Caroline poussa un soupir.
« Est-ce que tu m'aimes Stefan ? Ou est-ce que tu aimes juste l'idée de faire du mal à ton frère ? » demanda-t-elle abruptement en lui lâchant les mains. Il eut l'air surpris par les mots s'échappant de ses lèvres rosées.
« Sérieusement, Caroline ? »
« C'est une question simple, Stefan, » répondit-elle et il soupira.
« Je t'aime toi, Caroline. Comme depuis toujours, » confia-t-il et Caroline garda le silence. « Et je sais – je sais que c'est mal, et que tu aimes Damon et que je ne devrais même pas penser à toi comme ça parce que c'est mon frère, mais il y a quelque chose en moi contre quoi je ne peux pas lutter, et ça me pousse vers toi. Et je sais que je vous ai causé beaucoup de problèmes à tous les deux, mais je ne peux pas lutter contre mes sentiments, » ajouta-t-il d'une voix blanche.
Elle le regarda dans les yeux et vit celui qui l'avait faite craquer à son arrivée à Mystic Falls. Elle vit celui qui était ensuite devenu son meilleur ami, et celui sur qui elle pouvait compter pour s'occuper d'elle quand personne d'autre ne le faisait. Elle vit celui dont elle ne s'était jamais vraiment remise avant de quitter Mystic Falls. Elle vit celui qui avait changé pour tous les autres, mais qui était resté la seule constante dans sa vie. Elle vit celui qui éveillait en elle autant d'amour que de haine.
Caroline inspira doucement et Stefan ne rompit jamais leur contact visuel. Elle posa une main sur sa joue et effleura sa peau avec son pouce tandis qu'il la regardait, dans l'expectative.
« Embrasse-moi, Stefan, » dit-elle doucement et il garda son expression stoïque.
Les yeux de Caroline le suppliaient de céder, alors il céda. Stefan se pencha et ses lèvres rencontrèrent celle de Caroline avec une certaine hésitation – elle inspira profondément. Sa main libre se posa sur la deuxième joue de Stefan alors qu'il continuait de l'embrasser. Elle soupira alors qu'un tourbillon de pensées lui traversèrent l'esprit – une en particulier se distinguait, attendant simplement de franchir ses lèvres.
Ses doigts s'agrippèrent plus fort. Leurs langues se caressaient en parfaite harmonie – comme la première fois qu'ils s'étaient embrassés avant d'aller plus loin. Stefan s'agrippa à elle et intensifia encore le baiser. Son souffle contre les lèvres de Caroline s'éternisa alors qu'elle se séparait doucement de lui et croisait son regard sérieux. Caroline passa les doigts dans les cheveux bruns de Stefan, et il ferma les yeux. Il savait ce qu'elle allait dire.
« Je…je n'ai rien ressenti, » avoua-t-elle et il hocha la tête en ouvrant les yeux.
Elle savait qu'il n'avait rien ressenti non plus.
« Qu'est-ce qui a changé ? » demanda-t-il et Caroline se contenta de garder le silence en le regardant se faire à l'idée que les sentiments – ou l'absence de sentiment- entre eux venaient d'être révélés.
Elle lui caressa le cou et se mordilla la lèvre.
« Tu aimes ton frère plus que tu ne m'aimes moi, » proposa-t-elle et il soupira en digérant ses mots. « Et même si je t'aime, Stefan, ce ne sera jamais de la même manière. »
Stefan baissa les yeux avant de les relever vers Caroline. Elle l'observa tandis que les larmes lui montaient aux yeux et elle sentit immédiatement les siennes arriver. Bien assez tôt, elle pleurait et avait un goût salé sur les lèvres.
« Comment je me suis autant perdu, Caroline ? » finit-il par demande, les jours inondées de larmes qui ne faisaient que donner à Caroline envie de pleurer encore plus.
Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle avait vu Stefan pleurer, même en cherchant. Même quand il venait d'arriver à Londres, le cœur brisé par sa rupture avec Elena, pas une seule larme n'avait coulé. C'était rafraîchissant, dans toute la beauté tragique du moment – il acceptait d'avoir des sentiments à nouveau, et cette fois, envers la bonne personne : Damon.
« Comme nous tous, Stefan, » expliqua-t-elle et il rit en secouant la tête, fermant les yeux à nouveau.
« Pourquoi j'ai – pourquoi j'ai fait ça à Damon ? » demanda-t-il de manière rhétorique. « J'ai risqué ma vie pour lui, Caroline, pour qu'il vive. Si je lui ai sauvé la vie, pourquoi est-ce que j'en fais tant pour le faire souffrir ? »
Les pouces de Caroline effleurèrent doucement les joues de Stefan.
« Il n'y a que toi qui aies la réponse à cette question, Stefan. Mais je sais que vous vous aimez. Vous avez géré l'équivalent d'une éternité de souffrance parce que vous avez laissé des femmes, moi incluse, se mettre entre vous. Quand est-ce que ça va s'arrêter ? » demanda Caroline. Stefan soupira bruyamment en croisant son regard.
C'était une bonne question – quand ce cercle vicieux prendrait-il fin ?
« Aujourd'hui. Je veux retrouver mon frère, » dit Stefan. Caroline hocha la tête.
« Oui, moi aussi. »
Stefan passa une main dans ses boucles blondes. Quelques larmes séchaient encore sur ses joues et il sourit. C'était un sourire pur, et même s'il avait les yeux humides et le front plissé, c'était un sourire. Caroline en était ravie.
« Il reviendra vers toi, tu sais. »
Ces mots dans la bouche de Stefan sonnaient tellement encourageants, tellement réconfortants – exactement comme il les pensait. Elle se rappela que l'ancien Stefan aurait été tout aussi compatissant. Elle vit celui qui l'aimait assez pour la laisser partir, et qui aimait suffisamment son frère pour ne pas se mettre en travers de son bonheur. Voilà qui était réellement Stefan Salvatore – pas l'éventreur, ni le post-éventreur, ni le dur à cuire ou même l'homme amer et plein de rancœur qu'il était devenu après tout ce qu'il avait vécu. Enfin, il se comportait normalement, et c'était exactement ce dont elle avait besoin.
C'était Stefan, et il resterait à jamais l'homme parfait : celui qui avait toujours les bons mots, et qui aurait pu, à l'aide de son charme, mette n'importe qui dans son lit. Mais aussi parfait qu'il était, ou qu'il s'efforçait d'être, il ne serait jamais celui qu'il lui fallait. L'embrasser et n'avoir rien ressenti avait ôté un poids de ses épaules et lui avait rappelé pour qui elle avait fait tout ça.
Damon, l'imparfait. Qui disait toujours ce qui ne fallait pas, et qui faisait encore pire. Ses imperfections, elle les voyait comme une beauté, et elle commençait à croire que personne d'autre ne pourrait lui faire ressentir de telles choses. Son rire, son sourire narquois, cette manière arrogante qu'il avait de lui donner des ordres qu'elle ne suivait jamais, même si elle savait qu'il avait raison – c'était son Damon, parfaitement imparfait et elle en était amoureuse.
Et c'était un amour extraordinaire.
« Il reviendra vers toi aussi, » sourit-elle quand elle se sortit de ses pensées. Elle vit dans ses yeux une lueur d'espoir nouvelle, que même l'ancien Stefan n'aurait pu égaler.
« Est-ce qu'on a un plan pour en arriver là ? » demanda-t-il.
Caroline sentit un sourire en coin naître sur ses lèvres alors qu'elle sortait de sa poche la petite feuille. Elle la tendit à Stefan, qui la déplia d'un air perplexe. Il lut attentivement les mots gribouillés.
« Je t'interdis de te moquer, » le prévint-il mais ce fut en vain dès qu'il eut posé les yeux sur le numéro deux.
« Porter un déguisement Harry Potter à la première d'un film Twilight ? » lut-il avant d'éclater de rire. « Tu te rends compte que c'est un motif valable d'agression ? »
Caroline rit et leva les mains en signe de défense.
« Ecoute, ça fait un bail que j'ai envie de remettre des fous furieux à leur place ! Abby m'a demandé si je scintillais à cause de ce film. Sans oublier qu'elle croit qu'on joue au baseball quand il fait orage ! C'est tellement idiot ! Au moins, je n'ai jamais eu à justifier mon style de vie à cause de Harry Potter, » répondit-il. Stefan secoua la tête.
« Bien sûr, je préfère la Team Dumbledore plutôt que la Team Jacob, » sourit-il. Elle lui donna une tape dans le bras alors qu'il continuait à parcourir la feuille du regard. « Numéro huit : Stefan Salvatore. Je suppose qu'on peut rayer celui-là, » dit-il et elle sourit.
« Tu le prends bien pour quelqu'un qui vient de se faire briser le cœur, » fit-elle remarquer. Il hocha la tête.
« Je crois que les types taciturnes ont l'habitude. Sérieusement, je le prends nettement mieux que toi quand je t'ai repoussée à Mystic Falls lors de notre première rencontre, » dit Stefan et Caroline rit en se prenant la tête entre les mains.
« Tu avais été vraiment méchant. Mais tu vois, une méchanceté classe. Jamais on ne m'avait repoussée avec tant de charme, » dit-elle et il sourit.
« Je crois qu'Abby a maîtrisé mon art. Elle m'a dit que j'étais l'homme le plus séduisait avec qui elle avait eu le plaisir de sortir, et qu'elle avait du mal à croire que je sois un tel gentleman. Mais quand je lui ai demandé de la revoir, elle a dit 'En fait, tu as aussi le plus gros salopard avec qui je suis jamais sortie, donc, même pas en rêve, M. Salvatore', » répondit Stefan en imitant à la perfection l'accent britannique de la rouquine, ce qui fit éclater de rire Caroline.
Il avait mis en plein dans le mille.
« Ah, cette Abby, » dit Caroline avant d'entendre frapper à la porte. « Puisqu'on en parle…ne te fâche pas, mais je lui ai demandé de passer après notre conversation. J'étais sûre que je serai à ramasser à la petite cuillère, ce qui est un peu le cas, » dit-elle en allant ouvrir la porte. Il sourit.
« Caroline, chérie, j'ai du vin et des chocolats ! » fit Abby.
« Je crois que c'est le moment pour le salopard de s'en aller, » commença Stefan alors que Caroline ouvrait la porte. Quand Abby entra, elle posa immédiatement les yeux sur lui. « Je m'en allais, je t'assure, » dit-il en levant les mains.
« Stefan, assieds-toi, » ordonna Caroline en se tournant vers Abby. « Tout va bien, mais du vin et des chocolats, ça me paraît super ! »
Abby lui jeta un regard intrigué mais décida de ne rien dire. Elle ne manquerait pour rien au monde une occasion de se montrer impolie envers le vampire aux yeux verts.
« Est-ce que le Prince Stefan aime le Pinot Grigio ? » demanda Abby en jetant un œil vers lui. « Ça n'a pas le même goût que la copine de ton frère, mais c'est tout aussi bon, » raila-t-elle. Stefan haussa les sourcils.
« Le grigio, ça me va très bien, je m'en fais plus pour la compagnie… » blagua-t-il.
Abby eut un rire jaune et Caroline s'interposa immédiatement.
« Abby, Stefan, vous êtes mes meilleurs amis et j'apprécierais vraiment que vous vous entendiez. Ça me faciliterait vraiment la vie, » dit-elle d'un air le plus enjoué possible.
Abby plissa les lèvres et Stefan soupira.
« Je suis désolé, Abby. C'est un plaisir de te revoir, vraiment, » dit-il sincèrement. Elle croisa les bras en posant ses courses sur la table basse.
« Je sais, » dit-elle sèchement. Stefan rit – il n'avait jamais rencontré quelqu'un qui le déteste tant.
« Abby, sois gentille… » gronda Caroline. La rouquine émit un grognement.
« Bon, d'accord. C'est sympa de te revoir aussi, Stefan, » dit-elle doucement, provoquant un sourire de Caroline. « Et…je suis ravie que tu prennes si bien ta défaite, parce que sinon, j'aurais été forcée de te tuer pendant ton sommeil, » dit-elle joyeusement.
Stefan fronça les sourcils.
« C'est comme ça que tu es gentille ? » demanda-t-il en croisant les bras – Abby haussa les sourcils avec un sourire narquois.
« On n'aura pas mieux, » répondit Caroline avant de se diriger vers la cuisine pour sortir des verres à vin.
Ça allait être une longue soirée.
« Quelles sont les chances pour qu'Elena revienne juste la semaine où je suis là aussi ? » demanda Damon en posant les bouteilles de whisky, de scotch, de gin et de bourbon sur l'étagère dans le salon. Alaric soupira.
« A peu près nulles. Elle n'a même pas dit à Bonnie qu'elle arrivait – c'est les vacances de Printemps, apparemment, ce qui veut dire… »
« Que Tyler, Jeremy et Matt ne vont pas tarder à se pointer aussi. Génial. Apparemment j'ai lancé une mode et tout le monde a besoin de rentrer à la maison, » dit Damon.
Alaric poussa le distributeur de boisson dans l'espace qui lui était réservé.
« Toutes les excuses sont bonnes pour faire la fête, je suppose. En parlant de ça…. Bonnie va péter un plomb, » sourit Alaric et Damon rit en admirant leur œuvre.
« Personne ne lui a dit que c'était cool de virer mon mini-bar. C'est donc logique qu'on en installe un vrai à la place, avec des bières pression et tout le toutim, » sourit-il. Alaric secoua la tête.
« Je reste vivre avec elle après, moi. Merci de me laisser ça sur les bras, » répondit-il.
« C'était ton choix, pas le mien. Et puis…si je te disais qu'il se pourrait bien que je pense à me réinstaller en Virginie ? » demanda Damon. Alaric cessa de donner des coups de marteau et leva les yeux.
« Quoi ? Tu reviens à Mystic Falls ? »
Damon haussa les épaules en triposant un robinet encore non fixé.
« J'sais pas, ça me parait logique, Ric. Elle me manque cette satanée ville. » Les yeux d'Alaric se firent ronds. « Quoi ? »
« Rien, mec, je serais super content que tu reviennes – c'est pas pareil sans toi. Mais … et Caroline ? »
Damon poussa un soupir. Il pensait à Caroline tous les jours, se demandait ce qu'elle faisait, et si elle aussi pensait à lui. Il se sentait mieux à Mystic Falls qu'à Londres car il avait l'impression d'être à sa place. Mais au bout du compte, il savait que sa place était avec elle, peu importe où elle se trouvait.
« Je ne lui ai pas parlé, Ric, et qui sait combien de temps ça lui prendra de me trouver. Je me dis que je devrais…vivre ma vie pendant un temps. C'est ce que je lui ai dit de faire, et j'sais pas, j'me sens bien ici, » avoua-t-il. Alaric approuva. « Je ne dis pas que je n'y retournerai jamais. J'ai simplement besoin d'être ici, pour l'instant. »
« Dans ce cas, bienvenue à la maison, mon pote, » dit Alaric. Damon sourit en lui donnant une tape sur l'épaule.
« Eh ben, Ric, mon accueil n'était pas si enthousiaste, » entendirent-ils.
Damon leva les yeux et vit Elena entrer dans le salon avec une tasse de café, ses longs cheveux bruns attachés en queue de cheval. Elle portait un short qui dévoilait ses longues jambes, et un chemisier à manques asymétriques. Elle était toujours comme dans le souvenir de Damon, sauf qu'elle avait mûri.
« Elena, je ne t'avais pas vue, » répondit Alaric. Elle lui sourit chaleureusement, ainsi qu'à Damon. Ça lui rappelait le sourire qu'elle avait si souvent quand ils étaient « ensemble ». Cette pensée le fit grimacer.
« Qu'est-ce que vous faites ? » demanda-t-elle avec un sourcil haussé alors que Damon vissait le dernier robinet à bière et qu'Alaric s'époussetait les mains.
« On a fait un bar pour Bonnie. Je me suis dit qu'elle aurait besoin d'un coup à boire de temps en temps après être devenue Super-Maman, » sourit Damon. Elena rit en passant sa main sur le comptoir.
« Comme c'est gentil. Elle va vous tuer tous les deux, » dit Elena et Alaric secoua la tête.
« Elle ne peut pas me tuer. J'ai ma chevalière, » dit-il en agitant sa main.
« Moi, elle n'oserait pas me tuer. Je suis bien trop mignon, » fit Damon avec un clin d'œil. Elena sourit et soutint son regard pendant une second de trop.
Etrange.
« Je vais me changer pour le dîner, » dit Alaric, percevant clairement la tension.
Il frappa dans ses mains et se dirigea vers l'étage rapidement, abandonnant Damon en première ligne. Tu parles d'un acolyte fidèle. Il avait fait clairement comprendre à Damon, dès l'arrivée d'Elena, que c'était lui seul de la remettre à sa place si elle franchissait la ligne. Damon l'avait maudit de se comporter en adulte.
Damon attrapa un verre vide et Elena lui jeta un regard suspicieux alors qu'il ouvrait une des bouteilles.
« Un verre ? » demanda-t-il et elle hocha la tête.
« Un gin, s'il te plait, » dit-elle et Damon haussa les sourcils en attrapant un autre verre.
« Je ne pensais pas que tu étais du genre à boire du gin, » dit-il. Elle haussa les épaules en s'installant sur un tabouret haut.
« La fac, ça change tout, » dit-elle doucement.
Comme le fait d'être dans un triangle amoureux avec deux frères vampire.
« Comme ça va, dans ta super fac Ivy League de Rhode Island ? Je ne crois pas avoir été inscrit à Brown, » dit-il en se remémorant ses années d'université.
« C'est super, je m'y plais beaucoup. Mais ça ne manque d'être ici la plupart du temps, » avoua-t-elle alors qu'il lui tendait son verre.
« Comme tout le monde, » répondit-il. Elle hocha la tête et but une gorgée.
« Et toi, comment ça va, Damon, depuis que tu…es venu me voir ? » demanda Elena. Il soupira.
Quand il était allé lui rendre visite à Providence, il n'allait vraiment pas bien moralement. Il ne parlait pas beaucoup, et il se nourrissait à peine. Il se sentait affaibli après avoir tout simplement quitté Caroline, et plus Elena tentait de lui en parler, plus il la repoussait, jusqu'à ce qu'il finisse par se convaincre qu'il n'avait plus aucun sentiment pour elle – du moins, plus de la même nature qu'auparavant. Elena était restée optimiste malgré son attitude détestable et elle lui avait même offert un toit pour aussi longtemps qu'il voulait.
Il avait refusé.
Il savait qu'être auprès d'Elena lui ferait du tort, ainsi qu'à Caroline, et même à Stefan. Il ne voulait plus être avec elle non plus, même si sa présence le réconfortait. ça ne suffisait pas – elle n'était pas Caroline.
« Tout va bien, je suis toujours un dur à cuir, tu connais la chanson, » dit-il et elle sourit.
« Comment va Caroline ? Où elle est ? » demanda Elena et il posa les mains sur le bar.
Il s'était dit que Bonnie aurait répondu à cette question avec ses commérages. Il les maudit, elle et Alaric, d'être si adultes.
« On…fait une pause. Pour l'instant, » dit-il et Elena eut l'air surprise puis elle fit une moue boudeuse. Il s'attendait presque à ce que ça la réjouisse étant donné qu'il l'avait quittée pour rejoindre Caroline.
« Je suis désolée de l'apprendre, » dit-elle et Damon but une gorgée de son verre.
« Je suis un grand vampire, Elena. Pas besoin de ta compassion, » répondit-il. Elle plissa les lèvres et prit la main libre de Damon dans la sienne, la serrant fermement.
« D'accord, pas de compassion, » dit-elle. Il baissa les yeux vers sa main qu'elle serrait alors qu'elle traçait avec son pouce de grands cercles sur son poignet. Il recroisa son regard.
Qu'est-ce qu'elle fout ?
Damon dégagea rapidement sa main et s'éclaircit la gorge alors que Bonnie entrait dans le salon toujours vêtue de sa veste, et son sac à l'épaule. Ses yeux s'élargirent.
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda-t-elle en désignant le bar. Damon lui fit un grand sourire.
« Mon cadeau de retour à la maison. Tu aimes ? »
« Je déteste. »
« Dommage, » railla-t-il. Bonnie laissa échapper un grognement en secouant la tête. Elle se tourna vers Elena.
« Tu étais au courant, toi ? » demanda la sorcière en tapant du pied. Elena leva les mains.
« Témoin innocent, Bon', j'te jure. »
Damon eut un petit rire moqueur. Elena n'était jamais innocente.
« On peut le garder, s'il te plaît ? Je te promets que Ric se conduira bien, » dit Damon avec un haussement de sourcils suggestif. Bonnie leva les yeux au ciel.
« N'oubliez pas de nettoyer après vous. Je vais préparer le dîner et je ne veux pas m'inquiéter de quoi que ce soit d'autre ce soir, » dit-elle et Damon acquiesça.
« J'apprécie que la Brigade de Répression du Fun tolère une légère entorse au règlement, » appela-t-il après Bonnie alors qu'elle s'en allait.
« Ouais, c'est ça. La Brigade de Répression du Fun va boire une tasse de café et faire de son mieux pour se retenir de t'empoissonner ce soir, » répondit Bonnie.
Damon l'entendit faire les cent pas dans la cuisine et guetta le bruit du placard qui s'ouvrait. Il sourit.
« Qu'est-ce que tu as encore fait? » demanda Elena avec curiosité. Damon ne dit rien et Bonnie hurla de dégoût quelques secondes plus tard.
« Tu as échangé le sucre et le sel ? Je vais te tuer, Damon ! »
Elena haussa les sourcils et le sourire narquois de Damon s'agrandit.
« Tu ne croyais pas sérieusement que ce bar était la seule blague qu'on allait te faire, avec Alaric, si ? » répondit-il.
Alaric revint dans le living room avec de nouveaux vêtements. En entendant Bonnie se scandaliser, il sourit. Lui et Damon échangèrent une accolade.
« C'est bon d'être à la maison, » sourit Damon.
