Trois mois.

Avec l'aide de Stefan et Abby, et en douze semaines, Caroline avait accompli quasiment tous les points de sa liste, à l'exception de deux. Elle n'aurait pas pu être plus heureuse. Elle se sentait à nouveau elle-même, et c'était merveilleux. Elle, Stefan et Abby avait embarqué à bord du premier avion à destination des Etats-Unis, où Caroline pourrait enfin mettre le train en marche et se retrouver. Après avoir démissionné et réglé son histoire avec Stefan, l'amusement avait commencé.

De choses un peu folles comme sauter à l'élastique du pont de Brooklyn à perdre quelques milliers de dollars à Las Vegas, en passant par donner un toast mémorable au mariage d'inconnus, Caroline avait libéré son côté déluré, et elle s'était souvenue de la personne qu'elle était, à Mystic Falls. Oui, là-bas, elle était cette fille. Celle qui prenait des risques, qui ravalait sa fierté juste pour faire quelque chose dont elle se souviendrait toute sa vie. Ces trois mois lui avaient appris que cette Caroline vivait toujours en elle, et qu'elle brûlait de déployer à nouveau ses ailes.

Elle avait assisté à la première de Twilight déguisée en Harry Potter, comme promis, et elle avait offert également son entière garde-robe à une œuvre caritative qui venaient en aide aux femmes battues. Elle avait ri des regards mauvais qu'on lui avait lancés quand elle s'était mise dans la file d'attente pour le film dans son costume – ça lui avait rappelé à quel point elle était téméraire. Quant à la donation ? Elle avait finalement été capable d'admettre qu'elle était bien plus que ses vêtements. Si elle pouvait aider une autre femme à se sentir belle alors qu'elle était constamment rabaissée par quelqu'un dans sa vie, alors pourquoi ne pas le faire ?

Elle et Abby avaient même tenté le speed-dating, même si ce n'était pas sur la liste, et elle avait réalisé qu'elle était très chanceuse de déjà avoir un homme avec qui elle était sur la même longueur d'onde, si bien qu'aucun de ces rendez-vous n'avait été important.

L'accomplissement dont elle était le plus fière n'avait rien à voir avec une quelconque décision un peu folle, ni avec le fait de dépenser trop d'argent, de sortir avec des inconnus ou rien d'autre du genre.

Le numéro sept voulait que Caroline soit capable de se regarder dans un miroir et de dire qu'elle s'aimait, en le pensant vraiment.

Ça avait été le plus dur à réaliser, mais ça avait aussi été le plus gratifiant. Un jour elle s'était réveillée dans la chambre qu'elle, Stefan et Abby partageaient dans un hôtel de Baltimore. C'était le lendemain de sa donation, et elle avait enfin été capable de se regarder dans le miroir de la salle de bains en souriant, même si elle n'avait plus aucune de ses fringues à la mode. Elle s'était sentie comme un prisonnier libéré de ses chaînes.

Elle avait observé ses boucles blondes emmêlées et ses yeux bleu intense. Elle avait pris une profonde inspiration et n'avait pas pu retenir le sourire qui naissait sur ses lèvres alors qu'elle fixait son reflet en lui déclarant son amour de toutes ses forces. Elle était enfin en paix avec elle-même, et ce sentiment courait dans ses veines comme aucun autre – Caroline était convaincue qu'elle était la personne la plus heureuse sur terre. Exception faite de la nouvelle propriétaire de sa paire de Jimmy Choo préférée.

Cette révélation était peut-être survenue un peu trop tôt dans la matinée, ceci dit, à six heures du matin, pour être exact. D'une, ça avait réveillée Abby en sursaut, et de deux, Stefan avait frappé à la porte de la salle de bains pour s'assurer que tout allait bien. La réponse qu'elle lui avait donné ? Tout allait parfaitement bien. Enfin, Presque parfaitement bien.

Elle était très tentée de téléphoner à Damon – pour lui parler de ce qu'elle avait fait, des choses qu'elle avait vues, de celle qu'elle était devenue. Elle avait envie qu'il soit fier d'elle, parce que, pour une fois, elle était fière d'elle-même. Elle n'aurait rien fait de tout ça sans lui, et elle espérait qu'elle pourrait le remercier pour cette nouvelle perception de la vie et d'elle-même.

Enfin, Caroline s'aimait. Et elle était prête à l'aimer, lui aussi.

Même si elle ignorait totalement où il se trouvait ou ce qu'il faisait, elle s'était dit qu'elle décrocherait son téléphone pour l'appeler aussitôt qu'elle serait rentrée à Mystic Falls. Peut-être qu'il accepterait d'interrompre un moment le truc complètement démentiel qu'il était certainement en train de faire – comme nager avec des requins ou courir après des tornades. Elle mourait d'envie de le voir.

« Tu es prête ? » entendit Caroline. Elle leva les yeux de sa liste et sourit.

Stefan était appuyé dans l'encadrement de la porte de sa chambre, dans le dernier bed & breakfast où ils s'étaient arrêtés à Richmond, Virginie. Il croisa les bras et lui sourit en entrant dans la chambre. Il s'installa au bord de son lit. Ses yeux rencontrèrent ceux de Caroline et elle mordit sa lèvre délicatement.

« Je suis nerveuse, » confia-t-elle et Stefan haussa les sourcils.

« Toi ? Nerveuse ? Je ne crois pas que les filles qui sautent du pont de Brooklyn ont le droit d'être nerveuses, » plaisanta-t-il et elle lui donna une tape dans le bras en voyant son sourire moqueur.

Stefan avait été génial avec elle ces trois derniers mois. Il l'avait aidée à maîtriser ses nerfs et à s'accepter. Il semblait avoir enfin accepté le fait qu'ils ne seraient jamais ensemble, et il en faisait son parti. Parfois, il était silencieux et boudeur, mais son attitude s'éloignait assez vite de la mélancolie, et il avait fini par laisser s'en aller ce qui restait de peine dans son cœur.

Caroline l'avait même convaincu de sortir avec des inconnues pendant leurs virées à New York et Las Vegas. Et il avait apprécié ces rendez-vous.

Stefan n'était pas exactement redevenu comme avant, mais il était une bien meilleure version de lui-même. Il était bien plus spontané, moins réservé, et comble, il était un peu grand fêtard que Caroline et Abby réunies.

Il vivait enfin sa vie, et Caroline était heureuse pour lui. Cependant, elle voyait bien que son frère lui manquait désespérément, et qu'il avait hâte de le revoir afin d'arranger les choses entre eux. Stefan était enfin heureux, lui aussi, et elle pensait sincèrement que les choses étaient faites pour être ainsi.

Caroline regarda dans ses yeux verts et elle rit presque en réalisant qu'un milliard de mots lui venaient quand elle posait les yeux sur Stefan Salvatore. Courageux, attentionné, lunatique, arrogant, sensible, fort et boudeur étaient parmi les premiers. Après tout ce qu'ils avaient vécu – les conversations, les baisers, le sexe, les disputes, les déceptions, et les larmes – elle le considérait toujours comme un des meilleurs amis qu'elle n'aurait jamais, et une des personnes les plus fortes qu'elle connaisse. Elle se considérait chanceuse, non seulement de l'avoir dans sa vie, mais en plus d'avoir son frère comme amour de sa vie.

« Merci, Stefan, d'avoir fait ça avec moi alors que tu aurais pu te défiler après ce qui s'est passé entre nous, » dit-elle enfin. Stefan sourit en se rapprochant d'elle.

Elle ne ressentait que de la chaleur et de la complicité quand elle le regardait – il lui donnait l'impression d'être à sa place. Elle avait besoin de rentrer.

« Qu'est-ce que je pourrais bien faire d'autre que te protéger, Caroline ? Je t'ai bien promis de ne rien laisser t'arriver, il y a longtemps, » dit-il et elle sourit.

« C'est vrai. Je me souviens aussi que j'avais du sang séché dans mes cheveux pendant des jours après ça, » se souvint-elle et il rit en se rappelant avoir trouvé Caroline à la fête foraine cette nuit-là, et avoir essuyé le sang de son visage dans les toilettes alors qu'elle pleurait à chaudes larmes. Ce n'était vraiment pas drôle sur le moment, mais le commentaire que venait d'e faire Caroline présentait la situation sous un tout nouvel angle.

« Tu as vraiment mûri, Caroline. Tu n'es plus du tout la fille psychorigide, angoissée et survoltée pour qui je te prenais à une époque, » dit-il. Elle sourit. « Tu es forte, Caroline. Et tu es merveilleuse – une femme merveilleuse, dont le sourire illumine la pièce. Mon frère…il mérite quelqu'un comme toi, Caroline, et j'espère sincèrement que je vivrai une relation comme la vôtre un jour, » dit Stefan. Elle plissa les lèvres pour cacher son sourire, sans grand succès.

Caroline jeta ses bras autour du cou de Stefan et le serra fort. Il rit alors qu'elle le serrait si fort, si fort qu'il pouvait à peine parler. Comment était-il possible que cette petite fille soit si forte ? Elle posa un baiser sur son front et il rit quand elle le lâcha enfin.

« Alors, on est prêt à aller dans votre petite fille et botter quelques fesses ? » demanda Abby en entrant son tour avant de se laisser tomber la tête la première sur le lit. Elle faisait ça tous les jours.

Caroline aimait qu'Abby Stewart l'imprévisible soit devenue un peu plus prévisible. Ça n'avait même pas surpris Caroline qu'elle décide de prendre un long congé. Laisser tomber le boulot pour aider Caroline avec sa liste, c'était tellement Abby. C'était aussi du Abby tout craché de continuer à mener la vie dure à Stefan, même s'ils s'étaient habitués l'un à l'autre. Les chamailleries s'étaient changées en petites piques de temps à autre, et Caroline en était satisfaite, même si elle s'accrochait toujours au rêve que Stefan et Abby finiraient par mettre de côté leur haine mutuelle pour tomber amoureux. Après tout, au milieu de toutes ces disputes, ils avaient trouvé le temps de flirter, et même de s'embrasser quelques fois à Vegas.

Caroline ne s'attendait pas à un miracle d'après leurs dires, ils n'étaient absolument pas faits l'un pour l'autre. Ce qui voulait dire, pour Abby, qu'il ne s'intéressait absolument pas à la série True Blood, et que donc, il ne pouvait pas être son âme sœur. Après tout, qui pouvait résister à Eric Northman ? L'idée que Stefan se faisait de la femme idéale correspondait plutôt à une fille qui pensait que Le Portrait de Dorian Gray était le meilleur livre jamais écrit. Le seul argument d'Abby était que ce livre n'ayant pas été écrit par Jane Austen, il ne pouvait pas être le meilleur.

Tous les deux avaient rapidement dépassé ce léger coup de cœur réciproque et avaient décidé d'être amis. Caroline soutenait cette décision, en espérant secrètement le jour de leur mariage. Mieux encore, elle l'exigeait.

Elle soupira en posant son regard sur ceux – ces deux personnes qui l'avait tellement aidée ces derniers mois, sans jamais faillir. Et ils s'apprêtaient à l'aider à abattre l'un des points les plus épineux de sa liste – le numéro neuf : résoudre les choses à la maison. Ce qui signifiait arranger les choses avec sa mère, Tyler, Bonnie et surtout Elena.

« Tu vas adorer Mystic Falls, Abbs. C'est l'exemple-même de la petite ville horrible où il y a un seul bar, mais qui est quand même fantastique, » sourit Caroline.

« Un seul bar ? Bordel, mais on va où, à Guam ? » demanda Abby avec des yeux ronds. Stefan laissa échapper un gloussement en se levant du lit avant d'enfoncer ses mains dans ses poches.

« Je crois qu'il y a deux bars à Guam, » dit-il et Abby grogna.

« Abby, tu vas adorer, c'est promis ! » insista Caroline alors que la rouquine levait les yeux au ciel.

« Est-ce que je pourrai dire à Elena que j'embrasse mieux qu'elle ? » demanda Abby en se tournant vers Stefan. Il rit.

« Peu importe ce qui se passe avec Elena, ça ne me concerne plus, » dit-il en levant les mains devant lui.

Caroline se tourna vers lui à son tour en croisant les bras timidement.

« Tu es sûr que ça va aller, Stefan ? Je veux dire, avec Elena dans les parages. »

Il soupira en croisant le regard de Caroline. Stefan n'avait pas revu Elena depuis leur rupture, et il ne lui avait pas parlé non plus. Caroline redoutait l'effet que cette présence pourrait avoir sur lui, même s'il assurait que ça irait très bien. Elle était nerveuse, parce qu'elle voulait à tout prix éviter qu'il souffre à nouveau après tous les progrès qu'ils avaient fait en trois mois.

« Revoir Elena ne va pas me détruire, d'accord ? C'est vrai, ça va être étrange, mais…ça va aller, okay ? » rassura-t-il et Caroline répondit par un petit sourire.

Oui, ça irait – elle s'en assurerait. Finalement elle se leva et tapa dans ses mains avec enthousiasme.

« On est prêts à y aller ? » demanda-t-elle joyeusement et Abby se glissa hors du lit alors que Stefan acquiesçait. « Le voyage va être facile vu que je n'ai presque pas de valises, » fit-elle remarquer avec le sourire.

« Au moins une raison de se réjouir, » railla Abby.


Trois mois.

Ça faisait trois mois que Damon avait quitté Londres, mis sa vie dans une valise, et refait surfait à Mystic Falls. Trois mois d'Alaric et Bonnie qui préparaient leur mariage, et trois mois de lui et Alaric qui faisait de la vie de la sorcière un véritable enfer de taquineries.

Les choses n'auraient pas pu mieux se passer s'il en avait décidé autrement.

Elena était à peine dans le coin après la fin de ses vacances de Printemps, et elle était retournée en cours à Rhode Island. Elle était beaucoup plus présente depuis la fin du semestre, et elle avait refusé un poste qui lui aurait permis de travailler pour une association en Afrique sub-saharienne. Tout ce qu'elle voulait, c'était que ses amis assistent à sa remise de diplômes, et ils y avaient été. Inutile de dire qu'ils avaient été les plus bruyants.

Damon croisait Matt, Tyler et Jeremy de temps en temps, puisqu'ils étaient revenus de l'Université de Virginie pour les vacances d'été. Tyler et Matt avaient enfin eu leur diplôme et il ne restait qu'une année à Jeremy pour obtenir le sien. Ils ne passaient pas beaucoup de temps à la pension, surtout Jeremy, pour des raisons évidentes. Mais il avait pris quelques verres avec eux, et il fallait bien admettre qu'il s'était bien amusé.

Malgré les sentiments qu'il avait pour tout ce monde avait de quitter Mystic Falls, Damon pouvait maintenant dire qu'il était heureux d'avoir des amis. Parce que c'était ce qu'ils étaient, tous, ses amis. Il pensait souvent à Caroline, Stefan, et même Abby de temps en temps. Il se demandait comment ils s'entendaient tous les trois ou même s'ils arrivaient à se supporter.

Damon revint à la réalité quand Elena lui donne un coup de coude, et il leva les yeux pour rencontrer les siens.

« Je crois que tu es le pire partenaire de Scrabble au monde, » dit-elle et il fronça les sourcils d'un air agacé.

« C'est parce que ce jeu est nul, et que tu veux y jouer à chaque foutu jour que Dieu fait, » répondit-il et elle lui donna une gentille tape sur le bras alors qu'il riait.

Elena – la seule personne que Damon devrait haïr pour tout ce qui lui était arrivé. La fille qui lui avait pris son frère, avait brisé son cœur, et qui avait laissé sa propre meilleure amie dans une situation impossible. Oui, il aurait dû détester cette fille. Mais ce n'était pas le cas. Il ne pouvait pas la détester, malgré ses efforts. Il avait décidé que pour détester Elena, il fallait qu'il soit toujours amer au sujet de ce qui s'était passé, et ce n'était vraiment pas le cas.

A vrai dire, il devrait plutôt la remercier de ce qu'elle avait fait pour lui : si elle ne l'avait pas quitté au retour de Stefan, il n'aurait pas quitté Mystic Falls avec Caroline, et il n'en serait pas tombé amoureux. Donc, d'une certaine façon, Elena l'avait aidé à avancer.

Damon avait décidé qu'il était temps de voir du bon partout.

Ceci dit, être près d'Elena avait ça d'agaçant qu'il avait la sensation que les choses entre eux n'étaient jamais vraiment claires. Depuis son arrivée, aucun d'entre eux n'avait été assez courageux pour parler de ce qui s'était passé, ni d'en discuter comme les adultes responsables qu'ils prétendaient être.

Etant donné que Caroline n'était pas là, et qu'Elena était toujours célibataire, elle semblait lui faire de l'œil encore plus que dans le passé. Elle n'avait pas officiellement tenté une approche, ni rien dit de complètement déplacé, alors il n'avait pas vraiment de quoi lui faire des reproches, mais Damon ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'elle avait toujours des sentiments pour lui, même si elle ne les avait pas exprimés clairement.

Mais plus elle se lovait contre lui devant un film, plus elle jouait avec ses cheveux d'un air nonchalant quand il lisait, et plus il pensait qu'elle voyait dans leur relation bien plus qu'il n'y avait en réalité. La réalité, c'était que Damon faisait une pause dans son couple, pour se retrouver. Rien de plus.

« Je crois que je viens de gagner, » dit Damon en posant son dernier mot. Elena grogna lourdement, le faisant rire.

« J'ai vraiment besoin de quelqu'un d'autre pour jouer, ça fait dix fois d'affilée, » gémit-elle et il hocha la tête.

« Oui, c'est violent, » répondit Damon et elle lui fit une grimace qui renforça son sentiment d'accomplissement. « Tu sais, pour une étudiante de l'Ivy League qui vient d'être diplômée, tu devrais avoir plus de mots dans ton vocabulaire, Elena,» taquina-t-il.

Elena ouvrit la bouche en lui frappant le bras, et il riposta en lui pinçant l'épaule. Elena hurla et Damon protégea son visage alors qu'elle tentait de le rouer de coups en échouant lamentablement.

« J'te préviens, reste de ton côté du canapé, » dit-il entre deux rires, mais Elena s'approcha encore en gloussant. Elle atterrit sur ses genoux, les mains sur ses épaules.

« Tu as peur de te faire tabasser par une fille ? » demanda-t-elle, et Damon ricana en lui saisissant les poignets pour les immobiliser.

« Jamais. Surtout pas par une fille qui pèse aussi lourd d'un chiot, » dit-il et Elena rit alors qu'il inversait la tendance. Elle termina sur le dos, lui au-dessus d'elle. « Tu as perdu, » dit-il et les yeux d'Elena se mirent à briller alors qu'elle se mordait la lèvre inférieure en le regardant.

Il aurait dû se douter de ce qui allait arriver ensuite.

Elena entoura ses épaules de ses bras et leurs yeux se croisèrent. Elle tira légèrement sur le col de sa chemise pour l'attirer plus près – si près qu'il sentait son souffle lui chatouiller la paix.

« Damon, » dit-elle doucement alors qu'il fermait les yeux, refusant de répondre.

Puisque Damon ne faisait rien pour aller plus loin, Elena se releva un peu, approchant son visage du sien. Elle l'embrassa doucement, même si ses lèvres atterrirent au coin de sa bouche, puisqu'il avait repris ses esprits juste à temps pour tourner la tête.

« J'ai gagné, » sourit-elle.

Damon sentit immédiatement ses muscles se tendre. Ça n'allait pas du tout. Elle remarqua son expression et fronça les sourcils alors qu'il la lâchait pour se relever. Elena s'assit sur le canapé, et passa les doigts dans ses cheveux emmêlés.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle et il lui lança un regard incrédule.

« Tu es sérieuse, là ? » demanda-t-il.

Elena plissa les yeux et croisa les bras.

« Damon, détends-toi, c'était juste un baiser, et même pas sur les lèvres. Ce n'est pas comme si tu avais une petite amie de toute manière, » répondit-elle. Il haussa les sourcils.

« Ah non ? Et comment tu considères Caroline, alors? Une coloc' avec qui je couche de temps en temps ? » demanda-t-il. Elle ricana.

« Sans vouloir te vexer, Damon, mais ce ne serait pas la première. Sans oublier que tous les deux, vous n'êtes pas ensemble. Et puis, c'est Caroline, tu crois vraiment qu'elle aura encore des sentiments pour toi après trois mois ? »

« Qu'est-ce que ça veut dire, ça, Elena ? »

« Tu l'as quittée – tu ne crois pas qu'elle a le droit de passer à autre chose ? » demanda-t-elle et il la dévisagea d'un air choqué. « Ecoute, désolée d'être si directe, mais je dis ça pour toi. Tu t'amuses tellement sans elle, Damon. Avec moi. Et c'est de ça qu'il s'agit, non? De s'amuser? » demanda-t-elle.

Il secoua la tête. C'était la première fois qu'il était aussi furieux contre Elena depuis trois mois. Au début, il appréciait la femme directe qu'elle était devenue- ça rendait leur relation bien plus simple. Mais maintenant, il se rendait compte de ce qu'il n'aimait pas. Il ne l'aimait pas du tout, et il n'aimait pas qu'elle parle comme ça de Caroline.

Juste à ce moment-là, la sonnette retentit et Damon poussa un soupir. Il s'occupait de garder la maison pendant qu'Alaric et Bonnie étaient en ville à faire leur liste de mariage, et il était vraiment désolé pour la personne qui était sur le point de franchir la porte – Elena n'était rien d'autre qu'un monstre à cet instant précis. On aurait dit une version légèrement atténuée de Katherine, vu comme elle s'employait à le rabaisser.

« Ecoute…ne m'embrasse plus jamais, Elena. Je n'en ai pas envie, » dit-il avant de s'éloigner. Elle leva les yeux au ciel.

Damon s'approcha de la porte, et quand il l'ouvrit, il sentit son souffle se coincer dans sa gorge alors qu'il avait l'impression de voir un fantôme – un fantôme qu'il n'avait pas vu depuis trois mois.

Caroline le dévisageait, tout aussi surprise – Damon était à Mystic Falls tout ce temps ? Stefan et Abby finirent par arriver eux aussi, et ils s'arrêtèrent net quand ils virent Damon.

« Damon, » dit Caroline d'un air joyeux. Elle se jeta dans ses bras – ça lui réchauffa le cœur, tout en l'étonnant profondément.

Immédiatement, il sentit qu'il tremblait alors qu'un sourire naissait sur son visage – était-elle vraiment là ? Ses boucles blondes avaient gagné en longueur et elle ne portait pas de maquillage, pas plus que les vêtements à la mode dont il avait l'habitude. Juste un jean, un t-shirt lâche et un sourire qu'il aurait pu reconnaître entre mille. Elle était sublime – mais plus important, elle avait l'air heureuse.

Caroline dut lutter contre les larmes qui menaçaient de couler quand elle croisa son regard – ses grands yeux bleus étaient toujours parfaits, ses cheveux bruns avaient un peu poussé, et l'expression qu'il avait eu en la voyant était une de celles qu'elle aurait aimé pouvoir fixer à jamais. Il était toujours son Damon – elle en était sûre. L'absence renforçait vraiment l'amour, et dans ce cas précis, elle avait l'impression que son cœur allait exploser.

« Caroline, » fut tout ce qu'il put dire contre son épaule alors qu'elle le serrait contre elle, et que lui faisait de même. Ses yeux rencontrèrent ceux de Stefan et ce dernier ne réagit pas.

Est-ce que ça voulait dire qu'ils n'étaient pas ensemble, après tout ? Il laissa presque échapper un soupir de soulagement.

Il avait envie de l'embrasser, de lui dire à quel point elle lui avait manqué, et combien il détestait être loin d'elle. Damon était convaincu qu'être séparé de Caroline aussi longtemps était une punition terrible et il mourait d'envie de le lui dire. Tout comme il mourait d'envie de lui dire tout ce qu'elle représentait pour lui. Il avait hâte de le lui montrer, aussi. Il lui prit les mains et la regarda droit dans les yeux. Elle avait fini par le trouver, exactement comme il l'avait dit.

Avant qu'il n'ait le temps de dire un mot, Elena approcha et leur sourit à tous en se tenant près de Damon.

« Salut, Elena, » dit Caroline en reculant d'un pas. La brune attendit qu'elle poursuive. « Voici mon amie Abby…et Stefan, tu le connais, » dit-elle nerveusement. Elena croisa les bras et lui dit un petit sourire en hochant la tête, sans un mot.

« Elena, Damon, » salua brièvement Stefan. Son frère lui renvoya un regard sceptique.

« Damon, espèce de salopard, c'est bon te voir, » fit Abby en le secouant par les épaules. Elle se tourna vers Elena. « J'ai entendu parler de toi », dit-elle sur un ton sérieux. Elena haussa un sourcil.

Caroline faillit se taper le front – Abby ne savait pas se montrer subtile quant à son aversion pour Elena.

« Seulement en bien, j'espère, » dit joyeusement Elena. Abby lui renvoya un sourire sarcastique.

« Que des choses fantastiques, » fit-elle avec un clin d'œil. Caroline intervient rapidement, frappant dans ses mains.

« Okay,ça suffit, » gloussa-t-elle nerveusement. « Où sont les autres ? J'ai envie d'aller au Grill, » dit Caroline et Damon s'éclaircit la gorge.

« Il n'ya qu'Elena et moi pour le moment, » commença-t-il, s'attirant un regard curieux de Caroline. « Mais on pourra programmer tout ça dès que Bonnie et Ric seront rentrés, » rassura-t-il.

« Oui, Damon et moi on essaye désespérément de ne jamais s'ennuyer. Ce serait bien de sortir, » intervint Elena.

Caroline sourit, même si elle avait l'impression que les yeux d'Elena creusaient un trou dans sa poitrine. Elle n'allait pas laisser le fait qu'Elena et Damon étaient seuls ici la troubler.

« Super, alors rassembler les troupes, » déclara joyeusement Caroline. Damon approuva tandis qu'Elena souriait.

« Caroline, c'est vraiment super que tu sois rentrée, » dit-elle en posant une main sur l'épaule de son amie.

Caroline savait très bien à quoi jouait Elena. Après tout, c'était elle la reine à ce jeu-là. Mais pourquoi ? Elle n'en était pas sûre, mais Caroline n'allait pas encore se défiler comme elle le faisait toujours quand il s'agissait d'Elena. Il était temps.

« C'est super d'être de retour, Elena. Vraiment, vraiment génial. »

Elle aussi pouvait jouer.