"You can sit beside me when the world falls down,"
All-American Rejects, Mona Lisa
Des verres, de la musique, des rires, et encore des verres.
Damon s'est débrouillé pour réunir toute la bande, et ils étaient allés au Grill ce soir-là, à boire des coups en se remémorant le passé, comme si de rien n'était. Caroline s'était assise près de Tyler, à la surprise générale, et après les premiers regards gênés, elle avait fini par lui dire bonjour, et il avait fini par répondre. La musique du jukebox couvrait lourdement la conversation de groupe, forçant chacun à se borner à des échanges plus calmes avec son voisin.
Elle avait décidé que c'était l'occasion rêvée.
Elle ne lui avait pas parlé depuis son départ de Mystic Falls, et elle le regrettait en secret. Caroline avait aimé Tyler dans le passé, et elle lui devait bien plus que les deux ans de silence qu'il y avait maintenant entre eux. Avant de passer au stade suivant, ils étaient avant tout amis et elle avait décidé que c'était exactement ce qu'elle voulait comme relation avec lui.
« Ça te dit, un billard ? » demanda-t-elle soudain à Tyler. Il haussa les épaules.
« Oui, pourquoi pas ? »
Tyler était presque exactement comme dans son souvenir : les mêmes cheveux sombres, la même peau mate, et les mêmes yeux intenses qui pouvaient lui donner l'avantage dans n'importe quelle conversation. Il semblait un peu plus brut de décoffrage, ceci dit, et son style vestimentaire avait un peu évolué. Mais c'était toujours le même Tyler, et elle voulait toujours arranger les choses avec lui. Caroline le regarda attraper deux queues de billard et lui en tendre une. Elle le remercia doucement.
Elle était nerveuse sans pouvoir s'en empêcher. Elle avait tué sa mère, pour l'amour du Ciel. Ça n'allait pas être simple de le regarder dans les yeux, et elle pria pour que ça en vaille la peine.
« Alors, l'Université de Virginie… Tu es content d'être diplômé ? » demanda-t-elle joyeusement alors qu'il plaçait les boules. Il leva les yeux vers elle.
« Oui, mais ça va me manquer, » dit-il calmement. Elle hocha doucement la tête.
« Oui, je suis sûr que tu étais le beau gosse de l'équipe de foot, et aussi d'une fraternité, pas vrai ? » devina Caroline. Tyler croisa les bras, l'air sérieux pendant une seconde, puis se détendit.
« Deux ans, et je suis toujours si prévisible ? » demanda-t-il. Elle lui sourit.
Elle le connaissait toujours par cœur – dieu merci.
« Ce n'est pas une mauvaise chose, Tyler – être un super athlète, c'est ton point fort, je comprends, » dit-elle et il acquiesça avec un petit rire.
« Et toi, comment c'est, Londres ? » demanda-t-il après un long silence. Caroline se mit en place pour son premier coup.
« C'est différent. Ça me plait beaucoup, mais… »
« Ton chez-toi te manque ? » finit-il alors qu'elle rit un peu nerveusement.
« Oui. Oui, ça doit être ça, » dit-elle. Tyler la dévisagea pendant un moment. Il savait qu'elle ne lui disait pas tout. « J'avais l'impression que je devais…arranger certaines choses, » finit-elle par dire et il croisa de nouveau les bras.
« Avec moi ? »
Caroline posa sa queue de billard et resta immobile.
« Oui, Tyler. Je m'en veux encore terriblement pour ce qui s'est passé avec ta mère et… »
« Caro, arrête… »
« Non, juste, écoute-moi, Tyler. J'aurais pu l'arrêter, j'aurais pu faire n'importe quoi d'autre, et tout ce que j'ai réussi à faire, c'est te faire du mal. Je ne peux pas supporter l'idée que tu me haïsses, » débita-t-elle. Il retint un soupir en se penchant sur la table de billard.
Il n'avait pas l'air furieux, chose plutôt positive, mais il semblait épuisé. Ses yeux bruns clignèrent plusieurs fois alors qu'il regardait par terre et elle s'approcha légèrement de lui, posant une main sur son épaule. Tyler leva les yeux vers ceux de Caroline, d'un bleu brillant.
« Je ne te hais pas, Caroline. Et tu as raison, c'était une situation tordue, mais…c'est elle qui t'a attaquée, et vu ce que nous sommes, ce n'est pas comme si j'avais pu espérer que ça se termine normalement, » dit-il. Elle soupira.
Il avait raison – appartenir au surnaturel n'offrait pas vraiment l'espoir d'être normal, ou d'une vie sans embûche.
« Alors, tu ne me détestes pas ? Même pas un peu ? » demanda-t-elle d'une petite voix. Tyler eut un petit rire.
« Peut-être un peu … Mais pas assez pour vouloir t'évincer de ma vie, Caro. »
Caroline acquiesça et expira profondément.
« J'imagine que c'est dur sans elle, hein ? » demanda Caroline. Tyler soupira.
« Oui, tu sais, c'est juste que… j'arrive pas à croire qu'elle soit plus là, Caro. Quand j'ai perdu mon père, j'ai pas vraiment souffert – je veux dire, c'était mon père et tout ça, mais c'était un salaud. Mais ma mère ? Elle m'aimait vraiment, même si elle avait une drôle de façon de le montrer. Avec Mason qui est mort, et toi qui n'es plus là… » commença-t-il. Caroline se mordit la lèvre pour s'empêcher de pleurer.
« J'ai envie d'être là pour toi, Tyler – je veux qu'on soit amis, » confia-t-elle. Tyler fit battre ses doigts sur le rebord du billard. « Est-ce qu'on peut être amis ? » demanda-t-elle avec une once d'espoir.
Tyler passa les doigts dans ses cheveux foncés et lui fit un petit sourire.
« Oui, je..euh, je pense qu'on doit pouvoir faire ça. Après que je t'ai botté les fesses à ce jeu, » dit-il en reprenant sa queue de billard, et Caroline sourit.
« Vas-y doucement Tyler. Tu sais, avec tout le temps que j'ai passé à Londres à être carrément géniale, j'ai un peu oublié comment on joue au billard. »
« Caro, tu n'as jamais su jouer au billard, » fit-il remarquer.
Elle rit de bon cœur. Il n'avait pas tort.
Le Grill devint leur QG les jours suivants. Ce n'était ni particulièrement confortable, ni forcément pratique, mais ils s'arrangeaient pour s'y retrouver tous les soirs, et on aurait dit le bon vieux temps.
Damon s'assit à leur table, observant tout ce qui se passait dans le bar, mais surtout Caroline alors qu'elle faisait son habituelle partie de billard avec Tyler Lockwood. Pour sa défense, la conversation entre Bonnie et Alaric ne tournait qu'autour du mariage, et c'était encore moins amusant que de se servir de son ouïe surnaturelle pour capter les répliques ridicules que Jeremy et Matt utilisaient pour charmer un groupe d'étudiantes éméchées qui étaient de toute évidence déjà conquises. Elena et Stefan étaient en grande conversation, et Abby flirtaient avec des habitués.
Donc, se concentrer sur Caroline et Tyler étaient la seule option viable.
Il n'était pas jaloux, du moins, il ne se l'avouait pas, mais il espérait qu'avec le retour de Caroline, ils pourraient enfin discuter, même s'il rechignait à engager la conversation. Ils ne s'étaient pas beaucoup parlé depuis qu'elle avait débarqué à la porte de la pension quelques jours auparavant et il espérait changer ça.
Mais Damon ne pouvait pas se résoudre à faire le premier pas. Il était peut-être têtu, ou immature, mais Damon Salvatore ne faisait pas ce genre de choses. Il ne demandait pas aux gens s'ils voulaient parler, et il mettait ça sur le compte de Dieu, ou de n'importe qui d'autre, quand il se trouvait dans une position où il n'avait pas le choix. Ce n'était simplement pas son truc.
Ne pas l'avoir vue depuis trois mois ne rendait pas les choses plus faciles.
Il prit un autre verre et reporta ses yeux sur un nouveau point d'intérêt : Stefan.
Son cadet était appuyé contre le bar à boire une bière alors qu'Elena se tenait près de lui avec un grand sourire, en plein babillage. Ils étaient toujours l'image même du couple parfait, même s'ils n'étaient plus ensemble. Damon leva les yeux au ciel.
Depuis l'épisode du presque baiser avec Elena, elle avait eu le bon sens de garder ses distances, et elle n'avait pas perdu du temps pour tenter de séduire Stefan à nouveau. Il ne pouvait pas dire que ça le surprenait. Il était simplement curieux de savoir où Stefan voulait en venir en renouant contact avec elle. Quelles étaient ses intentions ?
Stefan : son arrogant petit frère à qui il n'avait toujours pas adressé le moindre mot. Pour une raison ou une autre, l'idée de parler à Stefan était encore plus éprouvante que celle de parler à Caroline. Probablement parce que son frère savait exactement comment le faire souffrir.
Abby devait avoir perçu sa curiosité.
« Si tu joues le rôle du vieux type qui s'amuse en observant tous les autres qui s'amusent, je peux te dire que tu assures, » dit Abby alors qu'elle se glissa près de Damon. Il but une gorgée de son verre.
Ah, Abby. Elle pouvait sûrement être une source de distraction acceptable.
« Alors, contre quoi tu conspires en premier ? L'amitié entre Caroline et Tyler, ou la relation naissante entre ton frère et la brunette à l'air de chien mouillé ? » demanda Abby. Il secoua la tête.
« Qu'est-ce qui te fait croire que je suis en train de conspirer ? »
« Tu es Damon, j'ai vraiment besoin d'une raison ? »
Elle n'avait pas tort.
« Je ne suis pas du tout en train de conspirer. En fait, je suis juste en train de prendre un verre, » dit-il en désignant son verre de gin. Elle leva les yeux au ciel.
« Allez, crache le morceau : pourquoi tu es si calme ? C'est sûr que c'est en rapport avec Caroline. Ou Stefan. Ou les deux, » déduisit-elle. Il prit une autre gorgée de son verre, en silence. « Ils sont là depuis trois jours et tu n'es toujours pas assez mec pour dire ce que tu as à dire. C'est épuisant à regarder, » l'informa-t-elle.
« Je me fais discret. Je parlerai quand j'estimerai que ce sera le bon moment. C'est un peu bizarre et…attends. Pourquoi je parle de ça avec toi, déjà ? » demanda-t-il, presque de manière rhétorique.
« Parce que cette garce de fashionista a une manière infaillible d'obtenir des infos qu'elle veut de la part de mecs complètement ignorants comme toi. C'est un peu un rite de passage, » le taquina-t-elle et il haussa un sourcil.
« Alors elle t'a dit que je te traitais de garce de fashionista ? »
« Oh que oui, Damon. Et je serais presque vexée si ce n'était pas la vérité, » répondit-elle, provoquant un rire de Damon. « Ça s'appelle s'assumer, Damon. Tout comme Caroline assume enfin sa personnalité. Tu le saurais si tu te prenais par la main et que tu lui parlais comme un ami, » signala Abby. Il jeta un œil à la blonde alors qu'elle bondissait autour de Tyler pour célébrer sa victoire.
Son bonheur était contagieux : il ne peut s'empêcher de lui sourire. Elle lui rendit un sourire joyeux.
« Okay, disons que c'est un début, » observa Abby et Damon lui dit un clin d'œil. « Mais ce numéro de charme ne risque pas de marcher sur ton frère, alors qu'est-ce que tu comptes faire à ce sujet ? Je sais que c'est un con, mais même la présidente auto-proclamée du fanclub 'Je déteste Stefan Salvatore' peut te dire qu'elle lui a donné une chance, » avoua Abby.
« Tu as donné une chance à Stefan ? Avant ou après qu'il t'ait hypnotisée ? »
Abby lui secoua son bracelet de verveine sous le nez.
« Ni l'un ni l'autre, c'est juste que j'ai passé trois mois avec lui, et qu'on a beaucoup parlé. Quand on ne se disputait pas à propos de ses centres d'intérêt pathétiques, on parlait de toi. »
« Je suis sûr qu'il a eu des mots très chaleureux, » fit Damon d'un air sarcastique.
« En fait, oui. Tu devrais lui parler. Tu sais qu'il ne s'est rien passé entre lui et Caroline, pas vrai ? Ils t'aiment tous les deux, Damon, » révéla Abby et Damon baissa les yeux sur la table. Il ne s'attendait vraiment pas à ça. « Au moins autant que nous les Anglais on aime le thé, c'est pas rien. »
« C'est sûr, Abby. Tu as raison, c'est pas rien, » dit-il et elle soupira.
Damon et Abby n'avaient jamais été amis avant, alors cette conversation était pour le moins étrange, mais c'était nécessaire. Il avait besoin d'entendre ces choses : il avait besoin de savoir que Caroline croyait toujours en lui, autant qu'il croyait en elle.
« Alors qu'est-ce que tu attends, crétin ? T'es amoureux de Caroline. Et même si tu refuses de l'admettre, tu aimes ton frère. Une fois qu'on oublie qu'il a une personnalité pourrie, c'est un mec sympa, et il a traversé beaucoup de choses – tu peux vraiment lui en vouloir d'être aussi aigri ? » ajouta-t-elle.
Abby avait raison : Damon avait été aigri temps un temps, et il avait fini par coucher avec la petite amie de Stefan, deux fois. Il savait, au fond de lui, que ce n'était pas une place facile, et au lieu de frapper Stefan ce fameux jour, il aurait dû essayer de lui parler. Il fallait qu'il discute avec Caroline ou Stefan, ou les deux, tout de suite, pour ne pas perdre la tête. Il était vraiment nerveux, en fait.
Depuis quand Damon Salvatore était-il nerveux ?
« Bon, je suppose que…je peux aller discuter avec Caroline ou Stefan…dans l'heure qui vient, à peu près, » concéda-t-il et Abby applaudit. « Mais seulement si tu parles à Stefan d'abord, » dit-il et elle fronça les sourcils.
« Pourquoi je ferais ça ? »
« Oh, je ne sais pas, Abby – peut-être parce que le fanclub 'Je Déteste Stefan Salvatore' n'est pas le seul dont tu es la présidente. Tu craques complètement pour ce petit con, pas vrai ? » demanda-t-il avec un haussement de sourcils suggestif.
Abby rit en secouant la tête, et elle prit une gorgée de son verre.
« Pas du tout, Damon. Je connais ça, j'ai une carte de fidélité pour ce genre de galère, » répondit-elle et il rit. « Rien à voir. »
« Combien de fois vous vous êtes sauté dessus tous les deux ? »
« Quoi ? C'est une question idiote, Damon. »
« De toute évidence, la réponse n'est pas zéro, sans quoi tu te serais empressée de me le dire, » fit-il remarquer. Abby mordit sa lèvre, en pleine réflexion.
« Je ne vais pas répondre, parce qu'il n'y a vraiment rien à dire, » insista-t-elle. Il haussa les sourcils, sceptique. « Rien que je sois prête à avouer, en tout cas, » corrigea la rouquine.
Damon croisa les bras en la fixant, sans prendre la peine de dissimuler son sourire en coin. Il décida qu'il était temps de s'amuser un peu.
« Si tu vas arracher mon frère des griffes de cette peste, je promets d'aller parler à Caroline tout de suite, » jura-t-il et Abby lui lança un regard sceptique.
« Qu'est-ce que ça va m'apporter ? »
« Comment ça, qu'est-ce que ça va te rapporter ? Elena va te jeter un regard noir, et puis y'a aussi le sentiment irrésistible de bonheur que tu vas éprouver en interrompant le petit jeu auquel elle essaie de jouer. Elle ne détesterait si elle avait la moindre idée que tu as souillé son précieux Stefan. Ça devrait suffire, non ? » demanda-t-il alors qu'un sourire illuminait le visage d'Abby. Elle engloutit le reste de son Martini avant de se lever.
« J'ai décidé de faire de sa vie un véritable enfer, » répondit-elle et Damon regarda avec fascination Abby se diriger droit sur Stefan, lui prendre la main, et l'entraîner loin d'Elena en plein milieu de leur conversation.
Il se réjouit silencieusement en voyant le regard courroucé d'Elena, ainsi que celui, surpris, de Stefan alors qu'Abby semblait le forcer à danser avec elle. Stefan finit par céder, et Abby fit un sourire éloquent à Damon, l'invitant à être courageux à son tour.
Cette garce de fashionista n'y va pas avec le dos de la cuiller.
Peut-être bien que ce n'était pas si grave qu'elle soit la meilleure amie de Caroline. Une fois qu'il se leva, il sentit une main le retenir. Alaric.
« Hey, où tu vas ? » demanda son ami.
« Au cas où vous n'auriez pas remarqué, les amoureux, je n'ai fait qu'ignorer votre conversation quant à la meilleure police à utiliser pour les cartons de table au mariage. Je vais aller parler à Caroline, » dit-il et Bonnie haussa les sourcils.
« Tu vas ravaler ta fierté et faire le premier pas ? Eh beh, tu dois vraiment être amoureux, » le taquina-t-elle avec un sourire en coin. Il lui jeta un regard noir.
« Ric, calme ta femme, » fait-il et Alaric sourit avant de poser un baiser sur la joue de Bonnie. « Je reviens, » dit Damon en quittant la banquette. Il s'éloigna.
Il senti immédiatement ses poings se serrer, de même que sa gorge alors qu'il approchait une Caroline en plein délire face à Tyler qui riait.
Bon sang, pourquoi était-il si nerveux de lui parler ?
Il n'avait jamais ressenti ça avant, ni avec Caroline ni avec personne. Etre nerveux de parler à une fille, ça ne lui ressemblait pas, pas plus que chercher ses mots, d'ailleurs. Mais on parlait de Caroline, là : elle était blonde, pétillante et tout ce qui lui avait tant manqué en trois mois. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être nerveux. Malgré ses erreurs, et les siennes, il voulait être avec elle, et quelques mois de séparation n'avaient rien changé à ce fait. En fait, ça avait même tout amplifié. Il ne comprenait même pas pourquoi il s'était attendu à ce que ce magnétisme qu'elle exerçait sur lui se soit calmé. Quelle naïveté.
Quand il arriva enfin au billard, Tyler et Caroline se tapaient dans les mains pour sceller la fin d'une belle partie et elle le félicitait de l'avoir presque battue. Elle pivota pour s'en aller et se retrouva nez-à-nez avec Damon. Elle eut l'air surprise, mais elle le cacha vite en remettant une mèche de cheveux derrière ses oreilles.
« Hey, Damon, » dit-elle joyeusement et Tyler leur jeta un regard.
« Je…je vais voir ce que font Jer' et Matt, » indiqua-t-il avec un petit sourire.
« Tu veux faire un billard ? apparemment je suis la fille à battre, » dit-elle fièrement et il rit.
« Je passe mon tour, Blondie, » dit-il poliment et elle sourit en croisant les bras.
Blondie – ce surnom lui avait manqué, même si elle ne l'avouerait jamais.
« Alors, quoi de neuf, étranger ? » demanda-t-elle doucement et Damon se gratta la tête.
« Oh, tu sais, rien de bien méchant, des petites histoires de petites villes, » répondit-il et elle hocha la tête. « Comment ça se passe avec la pluie, à Londres ? »
« C'est marrant que tu demandes. Ça fait un bail que je n'y ai pas été, » révéla-t-elle, lui faisant hausser les sourcils. « Je suis partie en voyage, » expliqua-t-elle.
« Tu t'es amusée ? »
« Si tu considères le saut en élastique depuis le pont de Brooklyn amusent, carrément, » dit-elle et il haussa un sourcil.
« C'était l'idée d'Abby ? »
« Non, la sienne, » sourit-elle. Elle vit les yeux de Damon s'écarquiller, mais ce sourire caractéristique refit surface rapidement. « Tu es ici depuis que tu es…parti ? » demanda-t-elle avec hésitation, et il soupira en hochant la tête.
« Oui, euh, je, me suis réinstallé ici, si on peut dire, » avoua-t-il et Caroline parut surprise. « Beh oui, tu sais, mon histoire d'amour avec Ric souffrait tellement de la distance que c'était la seule chose à faire, » plaisanta-t-il et elle sourit.
« Alors, juste une histoire avec Ric ? Pas Elena ? » taquina-t-elle et il eut un rire jaune ?
« Tu n'es pas sérieuse, là, si ? » demanda-t-il.
« Mais non, détends-toi. Tu peux…faire ce que tu veux, Damon. Les hommes ont des besoins et… »
« Je n'ai rien envie de faire avec Elena…ni avec personne, » dit-il en lui prenant les mains, et Caroline sourit.
Ce sourire – il se sentait électrifié de la tête aux pieds quand elle lui adressait. Damon n'avait jamais réalisé à quel point c'était long, trois mois, avant de se retrouver là, en face d'elle, avant de pouvoir à nouveau la toucher – ces mains douces qui trouvaient parfaitement leur place dans les siennes avant, quand ils étaient ensemble.
Ses yeux bleus rayonnaient et ses boucles blondes cascadaient sur ses épaules – elle avait un pouvoir sur lui, mais ça ne le dérangeait pas.
« Tu…tu m'as manqué, Caroline. Et je sais que tu m'en voulais d'être parti, mais ça me semblait la chose à faire à l'époque, » dit-il, et elle croisa son regard.
« Tu avais raison, » répondit-elle alors qu'il passait son pouce sur le sien. « J'ai..j'ai vraiment appris beaucoup sur moi-même, » dit-elle. Il posa une main sur sa joue et la caressa légèrement.
« C'est…oui, c'est bien, » dit-il, l'air soulagé, provoquant un sourire de Caroline.
« Oui, c'était bien, » répondit-elle avant de laisser retomber le silence.
Il était si proche d'elle, après tellement de temps à se tenir à distance, presque à l'éviter, il était là, à lui caresser la joue comme il en avait tant l'habitude, sans savoir qu'il provoquait en elle une chaleur et un soulagement qu'elle n'éprouvait qu'en sa compagnie.
Elle ne noyait.
Ses yeux, ses lèves – elle n'était près de lui que depuis trois jours, et elle mourait déjà d'envie de reprendre les choses là où ils les avaient laissées, d'être avec lui, tout simplement. Sa voix douce, son sourire parfait : elle voulait que tout ça lui appartienne à nouveau, à cet instant précis. Mais non.
Elle s'était promis que cette fois, ils iraient lentement. Cette fois, elle ne coucherait pas avec lui avant qu'ils aient recommencé à vraiment sortir ensemble, avant de redevenir son amie, avant de redevenir sa petite amie. Ce n'était pas sur sa liste, ça, à vrai dire, ce n'était pas vraiment un plan, mais à l'instant où elle l'avait revu, elle avait su qu'elle devrait résister à l'envie de reprendre leur relation avant d'être sûre que c'était le bon moment.
Aussi époustouflant qu'il était, c'était encore trop tôt.
Elle voulait qu'il lui fasse totalement confiance, elle voulait discuter, elle voulait pouvoir s'amuser de nouveau avec lui, comme s'ils n'avaient jamais eu à traverser ses épreuves dramatiques. Elle voulait être à nouveau cette fille à qui il trouvait incroyablement dur de résister, et elle voulait qu'il soit ce crétin adorable qui faisait qu'elle l'aimait. Elle le voulait plus que tout, elle voulait que ce soit encore mieux que dans ses rêves.
Et ça n'arriverait pas s'ils précipitaient les choses, cette fois. Alors non, elle ne ferait rien.
Caroline dégagea délicatement son visage de la main de Damon et il garda une expression stoïque, même si elle savait qu'il devait être confus. Elle posa sur lui un regard tendre et prit une profonde inspiration avant de parler. C'était incroyablement dur de respirer quand il était là.
Avait-elle seulement besoin de respirer ? Elle était incapable de s'en souvenir.
« On ne parle pas de ça ce soir, » suggéra-t-elle et il pencha la tête, intrigué. « Je crois qu'on devrait juste profiter. Ça fait longtemps, » dit-elle joyeusement.
Il ne pouvait pas la contredire : avoir une conversation sérieuse, là tout de suite, en plein milieu du Grill, ça ne correspondait pas non plus à l'idée qu'il se faisait de s'amuser. Etait-il possible que, pour une fois, Caroline Forbes ait raison ?
« Okay, ça me va, Blondie. On garde les conversations dramatiques pour une bouteille de Bourbon et la chemisée à la maison, » sourit-il et elle secoua la tête.
C'était sûrement comme ça que cette conversation se déroulerait, s'ils décidaient de faire les choses correctement. Mais ce soir, elle en avait envie. Elle ne voulait rien ressentir de trop intense, de trop dramatique, ou rien d'autre concernant Damon. Elle voulait profiter de l'instant. Ils pouvaient bien faire ça, non ?
« On a qu'à jouer aux fléchettes, t'es nul à ce jeu-là, » dit-elle soudain d'un air pétillant. Il ouvrit la bouche d'un air étonné.
« Je ne suis pas nul aux fléchettes, » corrigea-t-il. « J'ai pratiquement inventé ce jeu, espèce de gamine, » répondit Damon et Caroline eut un rire moqueur.
« T'es vraiment un gros dur pour un si vieil homme, » taquina Caroline et Damon croisa les bras alors qu'un sourire en coin naissait sur son visage malgré lui.
« Tu me vexes, là, Barbie. Je te prie de remarquer que je t'appelle à nouveau Barbie, maintenant. C'est pour te punir. »
Caroline haussa les épaules et son sourire taquin ne la quitta plus. C'était celui-là, le Damon qu'elle voulait. Elle n'avait pas besoin qu'il soit fou d'amour ou guimauve ce soir. Elle voulait qu'il fasse de l'esprit, et qu'il se montre légèrement désagréable avec elle. Elle en avait même besoin. Ça lui rappelait ce qu'était leur relation avant que tout ne se complique. Damon avait voulu qu'elle redevienne celle qu'elle était, et elle avait décidé qu'elle avait envie de se souvenir de ce que ça faisait d'être amoureux du petit con qu'il était.
« Moi aussi j'ai pas mal de surnoms pour toi, Damon. Je crois que pour ce soir, ce sera, connard. »
« Je suis flatté, Barbie, vraiment, » dit-il en mettant une main sur son cœur avec une petite grimace. « Bon, on la fait cette partie de fléchettes, que je puisse te battre à des jeux d'alcools, ensuite, » se vanta Damon alors qu'ils marchaient côte à côte et Caroline commanda plusieurs shots.
« Qui dit qu'on ne peut pas faire les deux en même temps, très cher ? »
Damon lui fit un sourire qu'elle ne connaissait que trop bien, et elle dut lutter contre l'envie de l'embrasser, là, tout de suite. Comment était-ce possible qu'après trois mois, ces sentiments entre eux ne se soient pas évaporés ? Elle n'y comprenait rien. Si cette séparation avait eu un effet, c'était celui de renforcer leurs sentiments : elle se sentait plus proche de lui que jamais auparavant.
Caroline ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait flirté activement avec Damon de cette manière. Quelque part en chemin, ils étaient devenus « politiquement corrects » l'un envers l'autre, et elle avait fini par détester ça. Ça lui avait vraiment manqué de le traiter de salaud. La plupart du temps, il le méritait.
Ils s'arrêtèrent au bar et quand elle remarqua qu'il le dévorait des yeux, elle faillit fondre. Elle ne portait pas un chemisier qui mettait son décolleté en valeur, et elle n'avait même pas mis de mascara, mais il semblait complètement sous le charme. Il ne prenait même pas la peine d'être discret, il la matait ouvertement, et ça, c'était du Damon tout craché.
Cette décision de ne pas coucher avec lui allait vraiment être dure à respecter. Mais elle avait fait pire ces trois derniers mois, non ?
« Non, » se dit-elle. « Même pas en rêve. »
« Je suis un vampire, tu ne peux pas me battre aux jeux d'alcool, » l'informa Caroline en revenant à la réalité. Elle prit un verre et il fronça les sourcils avant de l'imiter.
« Vodka-citron, sans rire, Forbes ? Pourquoi pas un bon vieux Jameson ? Tout ce sucre va me rendre diabétique, » railla-t-il. Elle leva les yeux au ciel. « C'est pas comme si je m'en souciais. »
« Tu ne te soucies de rien. Et tu vas continuer, ça fait déjà une centaine d'années que tu fais ça, » dit-elle, les yeux brillants de lui avoir cloué le bec.
Quelle répartie.
Damon se plaignit spontanément après chaque verre et elle rit à chaque nouvelle raison qu'il trouvait de râler.
Pourquoi les filles boivent cette saloperie ? Tu es en train de m'émasculer. Je vais tuer Abby pour t'avoir fait goûter ce truc.
A vrai dire, il se moquait bien de ce qu'il buvait, ou de la quantité qu'il buvait. Tant que c'était avec elle.
Il ne lui dirait pas.
Elle par contre, ne se priva pas de lui faire remarquer qu'un Senior comme lui devrait s'estimer heureux qu'elle lui fasse l'honneur de sa compagnie. En représailles, il lui intima de se tenir à carreaux, comme un bon petit vampire qu'il avait engendré.
Elle n'eut aucune difficulté à le battre trois fois aux fléchettes, et il prétexta que c'était à cause de tout l'alcool qu'elle lui avait fait boire.
C'était une bonne soirée.
