« Tu perds ton temps, Stefan, » dit Damon alors qu'il trébuchait contre le canapé. Son frère l'attrapa par les épaules pour l'aider à garder l'équilibre. « Je suis une cause perdue. »

Damon enlevait déjà sa veste de costume et il la jeta par terre tandis que Stefan le guidait vers une chaise. Il était complètement bourré. Jamais en un peu plus de 160 ans Stefan n'avait vu Damon aussi ivre, aussi perdu, aussi brisé. Même découvrir que Katherine n'était pas dans le tombeau ne l'avait pas tant affecté – Caroline avait fait quelque chose de complètement différent, mais beaucoup trop familier. Stefan n'avait plus qu'à faire de son mieux pour arranger la situation.

Il le fallait – il n'avait pas d'autre choix. Caroline et Damon souffraient tellement, et c'était par sa faute. Lui, et Elena, ils avaient tout gâché, et il ne lui restait plus qu'à espérer que les choses pouvaient encore être arrangées.

La manière dont les yeux de Caroline brillaient quand elle voyait Damon, et la façon dont il voyait son frère sourire – de manière sincère – c'était incroyable. Bien trop incroyable pour laisser tomber. Il ne le leur permettrait pas.

Damon était en vie grâce à lui, et il ne permettrait pas que son frère ne trouve pas son grand amour.

« Elle me déteste – je…j'ai tout gâché, et elle me déteste, » marmonna Damon alors qu'il s'affalait sur le canapé en balançant ses chaussures.

Stefan prit soin de les rattraper et de les poser doucement. Après tout, c'étaient les favorites de Damon.

« Elle ne te déteste pas, Damon. S'il te plaît, dis-moi ce qui s'est passé, » pressa Stefan.

Sur le chemin du retour, Stefan avait tenté de faire parler Damon. Entre les marmonnements, les cris, les larmes et les mots à moitié avalés, il n'avait pas pu avoir toute l'histoire.

« Caroline croit que je suis amoureux d'Elena et elle est carrément sûre que ce que je ressens pour elle … ne sera jamais aussi fort que ça, » avoua Damon en laissant sa tête partir en arrière. Il ferma les yeux.

Stefan soupira. La Caroline qui manquait de confiance montrait à nouveau sa vilaine tête. Il n'aimait pas du tout cette facette d'elle.

« Elle a peur, Damon. Tu sais que rompre avec toi, c'était juste un mécanisme de défense – elle veut être avec toi… »

« Alors pourquoi elle ne l'est pas ? » cria brusquement Damon. Stefan s'assit en silence alors que son frère se relevait brutalement. « Pourquoi elle n'accepte pas que je l'aime ? Pourquoi je me bats pour ce couple alors que je n'ai rien fait de mal ? » demanda Damon. Stefan poussa un profond soupir en appuyant ses doigts contre ses tempes.

« Vous avez tous les deux fait des erreurs, frérot. On en a tous fait. Mais … tu continues à te battre parce que tu es amoureux d'elle, Damon, » dit Stefan en sortant le petit écrin de sa poche. « Tu as acheté ça parce que tu l'aimes. »

Damon regarda Stefan soupeser l'écrin et poussa un soupir.

« Pourquoi je me sens comme un abruti qui a besoin d'un psy ? Je ne – je ne peux pas la laisser continuer à me faire souffrir comme ça, Stefan. Peut-être qu'elle avait raison… »

« Ne fais pas ça, Damon. Ne laisse pas ton impulsivité et sa tête de mule gâcher tout ça. Il faut que vous discutiez tous les deux. »

« Et qu'est-ce que ça va arranger, hein, Stefan ? »

« Rien ne va changer du jour au lendemain, Damon. Mais … c'est un début. Il faut que tu fasses le premier pas, Damon. Ne choisis pas la facilité. »

Damon poussa un soupir et croisa les bras. Il chancela légèrement, et Stefan se précipita pour l'aider à se lever.

« Pourquoi tu m'aides, Stefan ? » demanda Damon alors qu'ils se dirigeaient doucement vers la chambre à coucher. « Pourquoi tu fais ça ? Tu l'aimes … elle pourrait être toute à toi, » ajouta Damon presque dans un murmure.

Stefan soupira en ouvrant la porte avec son pied et l'aida à s'installer sur son lit. Stefan regarda Damon se jeter sur la surface plane et ferma les yeux. Il vit aussi une larme s'échapper du coin de l'œil de son frère.

Stefan remonta la couverture bleue sur son frère, et Damon la tira jusqu'à son cou, comme il le faisait toujours quand ils étaient enfants. Cette vision ne manquait jamais de réconforter Stefan.

« Je fais ça, Damon, parce qu'on est frères. Tu es ma seule famille … on doit se serrer les coudes. »

Damon eut un petit rire et se détourna de Stefan, puis enfouit sa tête dans l'oreiller.

« Mais tu l'aimes, » dit-il d'une voix étouffée. Stefan enfonça ses mains dans ses poches.

« Mais je t'aime, toi aussi. Je t'aime encore plus, » répondit-il.

Un silence confortable s'installa alors qu'il restait debout là, et il s'attendait presque à ce que son frère se mette à ronfler. Il commença à s'éloigner quand il entendit Damon s'éclaircir la gorge. Il stoppa net.

« On peut toujours compter sur toi pour me prendre par les sentiments. Qu'est-ce qu'il y a chez toi qui fait compatir tout le monde à tes souffrances de gros boudeur ? » demanda Damon d'un air sarcastique. Stefan rit. Voilà le Damon qu'il voulait voir.

« Je déteste devoir te le dire, Damon, mais tu as toujours eu des sentiments. »

« Ouais, c'est pour ça que j'adore le dernier album de Miley Cyrus. Quelle daube, » s'exclama Damon.

Stefan sourit. Il revint sur ses pas et posa l'écrin sur la table de nuit. Il se dirigea vers la sortie, mais Damon s'agita de nouveau sur le lit.

« Merci, » dit le frère aîné. Stefan haussa les épaules en atteignant la porte.

« Evite de me remercier en m'offrant des places pour un concert de Miley Cyrus. »

« Comment ça, tu ne veux pas party in the USA ? » demanda Damon, feignant la surprise. Stefan laissé échapper un autre rire.

« La prochaine fois que je vais faire la fête, ce sera au mariage d'Alaric. Et ensuite, au tien, » répondit-il.

Il éteignit la lumière et sortir de la chambre de Damon.

Sa dernière phrase était totalement sincère.


Dans sa chambre ce soir-là, Caroline quittait sa robe pour un pyjama confortable et un t-shirt trop grand. Abby était de l'autre côté de la pièce, déjà pelotonnée dans le lit, à regarder sa meilleure amie brosser ses boucles blondes désordonnées.

« Quoi ? » finit par demander Caroline. Abby se redressa et croisa les bras.

« Alors, tu vas faire comme s'il ne s'était rien passé et continuer à te brosser les cheveux, l'air de rien ? » demanda la rousse. Caroline soupira.

Elles étaient rentrées peu de temps après Stefan et Damon, et l'atmosphère à la maison était ce qu'on pourrait appeler pesante. Pendant le dîner, Alaric avait simplement expliqué que Damon passait une mauvaise soirée et que Stefan avait proposé de le ramener. Il avait jeté un œil rapide vers Elena et Caroline après ces mots, mais il n'avait pas épilogué. Tout le reste de la soirée avait été bizarre.

Mais pas pour Elena, bien sûr.

Caroline pouvait l'entendre glousser dans l'autre pièce et hurler de toutes ses forces alors que Tyler la prenait apparemment dans ses bras pour la faire tournoyer. Pourquoi cette fille était-elle si avenante ? Avec absolument tout le monde ? Caroline voyait de plus en plus Katherine en elle chaque jour. Et ça la terrifiait.

Ses manières, sa voix, son attitude – tout tenait de la seule personne qu'Elena avait juré de ne pas devenir, et Caroline s'en attristait. Elena n'était plus son amie, mais l'ombre de celle qu'elle était. Alors ferait-elle mieux de l'oublier, elle et tout espoir de ressusciter leur amitié passée ?

« Je vais lui parler, » commença Caroline. Elle s'interrompit brusquement quand Stefan entra en silence et se dirigea vers ses valises.

Elle le regarda sortir son rasoir et sa mousse à raser. Elle prit une profonde inspiration. Stefan lui en voulait – elle l'avait su à la seconde où elle était entrée dans la maison. La manière dont elle avait quitté Damon, et la raison de cette rupture, étaient tout au mieux complètement ridicules, et elle en était consciente. Elle savait qu'elle devrait lui faire confiance, et elle savait qu'elle est très mal placée pour remettre en question l'intégrité des autres.

Mais ça ne l'empêchait pas de le faire. Elle avait brisé Damon, simplement pour qu'il se sente aussi mal qu'elle dans sa peau. C'était injuste. Elle ne faisait jamais le bon choix quand il s'agissait de lui.

Et voilà que Stefan – son frère, et son meilleur ami à elle – lui en voulait. Elle savait très bien pourquoi. Parce qu'elle avait abandonné, alors qu'elle lui avait promis de ne jamais baisser les bras.

« Caroline ! » cria Stefan alors qu'on leur attachait leurs harnais. L'air frais du mois de Mars leur fouettait le visage.

Elle se tourna vers lui avec un regard surexcité et un énorme sourire qui provoqua chez lui un air goguenard.

« On va vraiment le faire ! » hurla-t-elle à son tour, en jetant un œil à Stefan et Abby. Il hocha la tête comme pour la rassurer et sentit qu'on serrait son harnais avant de le verrouiller.

« Je vais le faire, Caroline, à condition que tu me fasses une promesse, » dit-il alors que ses pieds étaient au bord du pont d'acier et qu'il jetait un œil en bas, vers la surface d'eau qui s'étendait.

« Tu veux que je te promette quelque chose juste avant de sauter ? » piailla-t-elle, et il rit.

« Caroline… » commença-t-il et elle se tourna vers lui d'un air sérieux. Le vent malmenait sa coiffure. « Promets-moi que tu n'abandonneras pas – que tu ne baisseras pas les bras pour toi et Damon. »

La blonde prit une profonde inspiration et un petit sourire se dessina sur ses lèvres alors que ses yeux bleus scintillaient.

« C'est promis, » dit-elle en attrapant sa main. Il sourit.

Ils sautèrent.

Le saut à l'élastique, ça avait été l'une des expériences les plus délirantes et les plus incroyables qu'elle ait jamais vécu. Après ça, elle avait su qu'elle pourrait ne plus avoir peur de rien, ne plus jamais reculer, et ne plus abandonner ce en quoi elle croyait.

Mais elle avait échoué. Elle avait brisé sa promesse envers Stefan. Non seulement elle avait abandonné Damon, mais elle s'était aussi perdue en chemin.

Quand elle reprit ses esprit, il était déjà en train de quitter la pièce et elle se précipita pour l'arrêter. Stefan lui jeta un regard sans dire un mot, et elle prit une profonde inspiration avant de parler.

« Tu es fâché, » balança-t-elle. Il croisa les bras et elle hocha vigoureusement la tête. « Tu es contrarié parce que je t'ai promis de ne pas faire ça – de ne pas me dégonfler, de ne pas abandonner et … pourtant je l'ai fait. J'ai baissé les bras si vite… » avoua-t-elle.

Stefan se mordit la lèvre avant de répondre.

« Pourquoi ? » fut tout ce qu'il dit.

« Parce que… j'ai peur. Et parce que Damon – il mérite le meilleur. Mieux que moi. Et peut-être même qu'il mérite d'être avec Elena – elle est tellement parfaite… »

« Caroline, pour l'amour du ciel, ça suffit ! » finit par hurler Stefan. Elle se figea. « Arrête de te comparer à elle – arrête de croire que tu es en compétition avec elle. Arrête tout ramener à Elena ! Penses à toi, Caroline. Il faut que tu te concentres sur toi, » dit-il sincèrement.

« Mais… »

« Mais rien du tout ! Elle fait n'importe quoi – on le sait tous, Caro, mais ne laisse pas ses actions entacher ce que Damon n'as pas fait. Il ne lui a pas donné d'espoir, ou de fausses idées – jamais. Je vais te dire ce qu'il a fait. Il a été complètement fidèle. Il t'aime plus qu'il n'a jamais aimé personne. Tu n'as pas le droit de me dire qu'il ne mérite pas d'avoir un avenir avec toi, » lâcha Stefan.

« Si, il y a droit, » marmonna-t-elle timidement. Stefan hocha la tête.

« Oui, il y a droit, Caro. Il mérite ta confiance, et ta compréhension, et plus que tout, ton amour. Donnes-lui ce qu'il mérite, » dit doucement Stefan. Elle sentit une larme le long de sa joue. « Et Elena, il faut que tu lui résistes. A elle aussi, donnes-lui ce qu'elle mérite. Elle ne mérite pas de te voir malheureuse. Elle ne mérite pas de gagner. Tu es plus forte que ça – tu vaux mieux que ce que tu es en train de faire, là. »

« Elle mérite un bon crochet du droit, » glissa Abby, et Caroline manqua d'éclater de rire.

Stefan, lui, ne s'en priva pas. Abby bondit de son lit et s'attacha ses cheveux en queue de cheval.

« Je vais boire un verre d'eau, » déclara-t-elle en sortant.

Abby entra dans la cuisine et se servit un verre alors même qu'Elena et Tyler faisaient leur entrée avec force d'éclats de rire. Elle leva les yeux au ciel – elle aurait mieux fait de ne pas se trouver là. Alors qu'elle commençait à s'en aller, la voix d'Elena l'arrêta.

« Hey, Abby, » commença-t-elle. La rouquine fit volte-face. « Comment va Caroline ? Elle avait l'air contrariée, » dit Elena. Abby plissa les yeux.

« Tu rigoles, là ? » fit-elle, de manière plutôt rhétorique, tout en s'éloignant, mais Elena continua.

« Je ne sais pas ce que tu penses savoir sur moi, Abby, mais je peux te dire que tu as tort de me juger. »

« Oh, alors tu n'es pas du tout une sale garce, complètement obsédée, égoïste et qui prend ses rêves pour la réalité ? Mille excuses, j'ai dû mal comprendre, » cracha Abby. Elena haussa les sourcils.

« Si c'est à cause de Damon – je peux aller lui parler pour elle. Malgré ce que les autres pensent…on est amis. Et il parait que je suis très persuasive avec lui, » proposa la brune avec une lueur diabolique dans le regard.

Abby eut un rire moqueur. Elle n'était pas Caroline, cette fille ne lui faisait pas du tout peur.

« Tu sais, Elena, » commença Abby en s'approchant jusqu'à ce qu'elles soient face à face. « Peut-être que tu devrais parler à Damon, et vous remémorer le bon vieux temps, tu sais, avant qu'il tombe amoureux d'une fille mieux que toi, » taquina-t-elle. La mâchoire d'Elena se décrocha.

« Abby, » gronda Tyler, mais elle leva la main pour l'arrêter.

Elle n'avait pas non plus peur du loup-garou aux hormones hyperactives.

« On parle, là, Ty. Vas voir ailleurs, » ordonna-t-elle. Il soupira et croisa les bras alors qu'elle ne quittait pas Elena des yeux. « Alors, chérie, on en était où ? Ah oui, on disait que c'était vraiment pathétique que ta seule distraction soit de ruiner ce qu'il y a entre Damon et Caroline. Mais heureusement pour toi, je sais comment régler ce petit problème, » proposa Abby.

Elena leva les yeux au ciel avec un sourire.

« Voyez-vous ça, » fit-elle, s'efforçant de sembler lassée par cette conversation.

« Des douches froides, » fit Abby avec un sourire. Elle renversa le contenu de son verre d'eau sur la tête d'Elena, et cette dernière laissa échapper un hoquet de surprise.

« Mais c'est quoi ton problème ? » piailla Elena alors que l'eau glaciale s'infiltrait dans ses vêtements. Abby sourit.

« Quoi ? Les douches froides, ça marche du tonnerre. Surtout dans ton cas, puisque la seule façon pour toi d'avoir Damon, c'est dans tes rêves. »

Elena restait immobile, toujours sous le choc, et Tyler laissa échapper un petit rire qu'il couvrit de sa main. Elena lui jeta un regard mauvais qui le fit taire immédiatement.

« Abby, je te jure que je… »

« Tu vas faire quoi, choupette, hein ? » taquina Abby en penchant légèrement la tête. Elena ne dit rien. « Je ne sais pas comment tu tiens tous les autres, mais ça ne prend pas avec moi. Alors, très chère Elena, ce sera mon seul et unique avertissement : si tu continues tes conneries, je t'arrache la tête en moins de temps qu'il te faut pour dire 'Damon', c'est clair ? » demanda Abby. Elena parut ébahi par le sourire d'Abby. « Nettoies ce bazar, tu veux ? » fit doucement Abby avant de se diriger hors de la cuisine, croisant Stefan et Caroline.

Caroline semblait sous le choc. Quant à Stefan, il semblait satisfait, presque impressionné.

« Abby, je… » commença Caroline. Abby mit les mains sur ses épaules.

« Elle est prête, Caro, disons qu'elle s'est un peu échauffée, » coupa-t-elle en jetant un regard à Elena qui tentait de se sécher. « Ou plutôt refroidie ? » fit Abby avec un sourire narquois. Caroline poussa un soupir.

C'était pour des choses comme ça qu'elle aimait Abby : cette manière inhabituelle de désarmer tous ceux qu'elle croisait. Elena ne faisait pas exception à la règle.

« Merci, » murmura-t-elle avant de contourner la rousse et d'aller vers Elena.

« Elena, on peut se parler ? ça fait un moment qu'on aurait dû le faire. Je sais que tu es un peu…trempée, mais je ferai vite. »

« Caroline, je ne suis pas d'humeur, » prévint la brune. Caroline soupira.

« Moi, si – et je crois qu'on doit mettre les choses au clair…sans verres d'eau, » dit-elle en regardant les cheveux mouillés d'Elena, qui leva les yeux au ciel.

« Si ça te fait rire.. » commença Elena, mais elle fut interrompue.

« Elena, » commença Jeremy, sorti de nulle part. Leurs yeux se rencontrèrent – il avait l'air terriblement sérieux. « Vas discuter avec elle. Tout de suite. »

Le jeune Gilbert ne s'était pas beaucoup fait entendre depuis leur arrivée, mais il n'aurait pas pu mieux choisir son moment. Même lui en avait assez de l'attitude d'Elena. Elle expira profondément et se tourna vers Caroline.

« C'est bon, laisse-moi juste me changer. Mes vêtements sont trempés, » cracha-t-elle en jetant un regard noir à une Abby toujours radieuse.

Elena se précipita hors de la cuisine et se dirigea vers sa chambre. Tyler et Jeremy s'en allèrent peu après, et Caroline rejoignit ses deux amis, les mains sur les hanches.

« Caro, » dit Stefan. Elle leva une main pour l'arrêter.

« Tu as raison, je suis bien plus forte que ça, » dit-elle. Il acquiesça. « Souhaitez-moi bonne chance, » ajouta-t-elle sur le ton le plus enjoué possible avant d'aller dans le salon.

Abby et Stefan se retrouvèrent seuls sur le seuil de la porte. Stefan rit doucement en la regardant.

« Quelque chose vous fait rire, M. Salvatore ? » demanda-t-elle en croisant les bras.

« Oui – je ne pensais pas que tu étais le genre à balancer ton verre sur quelqu'un, » sourit-il. Elle lui frappa le bras. « Je sais, je sais, elle l'avait mérité. Chaque goutte bien glacée. »

« Elle aurait mérité que je lui casse les dents. Mais j'essaie d'être courtoise ces temps-ci, » répondit Abby. Il sourit.

« Caroline compte pour toi. »

« Pour toi aussi. »

« Et ce verre sur la tête d'Elena… ça n'avait absolument rien à voir avec moi ? » demanda-t-il. Abby haussa les sourcils. « Toute cette colère accumulée envers elle…rien à voir avec le fait que ce soit mon ex ? » fit-il.

Abby eut un rire moqueur.

« Et qu'est-ce qui te fait penser une chose aussi ridicule, Stefan ? Je suis bagarreuse, mais pas méchante. Peut-être un peu teigneuse, j'avoue, » reconnut-elle. « Qu'est-ce que ça peut bien te faire ? »

« Oh rien, rien, » rétorqua-t-il. Elle mit les mains sur ses hanches, sceptique. « Au cas où ça aurait quelque chose à voir… je dirais que c'est la seule la plus sexy que tu aies faite depuis que je te connais, » ajouta Stefan.

Il la vit rougir. Elle s'éclaircit la gorge et il sourit.

« Dans ce cas, heureusement que ça n'avait strictement rien à voir du tout avec toi, » répondit-elle en lui donnait une pichenette sur le torse. Elle s'éloigna.

« Hey, Abby, » appela-t-il. Elle s'arrêta et fit volte-face. « On se retrouve dans notre chambre, » fit-il avec un clin d'œil.

Elle leva les yeux au ciel avant de s'en aller.

« Crétin, » marmonna-t-elle.

Son cœur battait à tout rompre. Et il n'en manqua pas un battement.


« Tu voulais qu'on parle ? » demanda Elena d'un air exaspéré alors que Caroline entrait dans sa chambre immense et fermait la porte.

« Oui, et je t'ai promis de faire vite, » dit Caroline. Elena hocha la tête, l'encourageant à poursuivre. « Je… je ne sais pas ce qui nous est arrivé, Elena, mais honnêtement, après avoir passé deux ans à essayer de comprendre, ça ne m'intéresse plus. Mais j'ai une chose à te dire : je suis amoureuse de Damon, Elena, et peu importe ce qu'il y a eu entre vous, c'est du passé. Je compte bien m'assurer que ça reste comme ça, » dit-elle.

Elena s'installa sur son lit king size et passa la main dans ses cheveux bruns en silence, comme Caroline s'y attendait. Alors elle poursuivit.

« Je comprends – tu l'as aimé, Elena. Mais ça n'a pas marché et tant que je serai là, ça ne marchera pas. Il est à moi, et je vais me battre pour lui. Je ferais n'importe quoi, j'irais n'importe où pour Damon. C'est … il n'y a qu'avec lui que je me vois passer le reste de l'éternité. Et … si vouloir le garder pour moi fait de moi une égoïste, tant pis, » avoua Caroline, et Elena rit. « Qu'est-ce qui te fait rire ? »

« Tout ça, toi…c'est vraiment tordant, » dit Elena. Caroline attendait une explication en silence. « Je ne veux pas de Damon, Caroline. Tu oublies que c'est moi qui l'ai quitté, » dit Elena en se levant, et allant vers son miroir.

Elle prit sa brosse à cheveux et commença à démêler ses longues mèches, comme si Caroline n'était même pas là.

« Alors qu'est-ce que tu veux ? » demanda Caroline en se levant. « Pourquoi tu veux me faire du mal, Elena ? ça t'amuse d'être une garce ? » demanda brusquement Caroline. Elena se passa la langue sur les dents avant de poser sèchement sa brosse sur la commode.

« Parce que toi, tu m'as fait du mal, » avoua la brune. « J'étais là, Caroline – j'étais là quand Stefan t'as embrassée avant que tu ne quittes Mystic Falls. »

Elle resta plantée là, se remémorant le souvenir auquel Stefan avait fait allusion trois mois auparavant et son estomac se noua. Caroline se mit à secouer vigoureusement la tête en regardant Elena.

« Elena, écoute… ce qui s'est passé entre moi et Stefan … c'était juste un baiser d'adieu. Rien de plus. Ce n'était pas dans l'intention de te blesser. »

« C'est raté. Ça m'a aussi blessée qu'il ne quitte pas sa chambre pendant des jours après ton départ. Ou qu'il dise ton nom dans son sommeil à chaque nuit que je passais avec lui. »

La blonde écarquilla les yeux.

« Tu ne vois pas, Caroline ? Il a toujours été amoureux de toi. Je crois qu'il était ravi que je rompe avec lui. Ça lui a donné l'excuse dont il avait besoin pour se ruer à Londres, auprès de toi, » ajouta Elena en se dirigeant vers Caroline jusqu'à ce qu'elles soient face à face.

« Je ne voulais pas te faire de mal. Ce qui s'est passé entre Stefan et moi n'aurait jamais dû arriver. Crois-moi, j'ai retenu la leçon, » dit doucement Caroline en regardant Elena mettre les mains dans les poches.

« Ce qui est fait est fait, Caroline. Tu as eu Stefan, tu as eu Damon – tu as eu tout ce que tu as toujours voulu. Tu n'as aucune raison de te sentir en compétition avec moi. C'est toi la plus chanceuse de nous deux. Celui que tu as choisi, il t'aime. Moi, je n'ai pas eu cette chance, » dit Elena. Caroline soupira.

« Elena, je… »

« Il est tout à toi, Caroline. Je ne serai plus sur ton dos. Je laisse tomber. »

Caroline fixa Elena et sentit qu'elle était sincère. Tout ce qu'elle avait fait, c'était parce qu'elle s'accrochait à sa douleur.

Peut-être bien qu'Elena n'avait pas tant changé que ça, au final.

Caroline marcha tranquillement vers la porte et Elena se glissa sous ses couvertures en fixant le plafond.

C'était la première fois dans sa vie que Caroline voyait Elena comme elle était vraiment : complètement désespérée.


« Je t'ai fait le petit déjeuner, » dit-elle. Les yeux bleus océans s'ouvrirent doucement sur un tourbillon de cheveux blonds et de peau pâle. Il n'avait pas besoin d'ouvrir plus les yeux pour deviner qui s'était.

« Pas faim, » grogna-t-il en se détournant d'elle, mais Caroline lui saisir l'épaule sans ménagement.

« C'est juste un stratagème, et il est sûrement dégoûtant… je veux discuter, Damon, » exigea-t-elle. Il soupira en jetant un œil à la montre, puis à elle. 7h du matin : mais bon sang, qu'est-ce qu'elle foutait toujours debout si tôt ? Pire, sa tête le lançait – la gueule de bois n'avait rien d'amusant, ce matin. Et puis, comment était-il possible qu'il ait encore des gueules de bois, à ce stade ? Elle remarqua sa gêne et attrapa un verre sur le plateau de petit-déjeuner, qu'elle lui tendit alors qu'il s'asseyait.

« Prescription du médecin pour ton mal de crâne, » dit-elle joyeusement. Il se contenta de grogner en avalant son verre de sang en moins de dix secondes. Caroline remit le plateau sur la table de lui et lui jeta un coup d'œil.

« Alors ? Tu peux commencer à causer, Blondie. Le petit dej au lit ne veut pas dire que tout est pardonné, » dit-il sur un ton mordant, se rappelant les événements de la veille.

« Tant mieux, parce que je ne suis pas venue m'excuser, » dit-elle. Il haussa les sourcils. « J'avais besoin de le faire, Damon. J'avais besoin de … briser ton cœur, de me briser moi, pour comprendre que j'avais complètement tort. J'avais tort, Damon. Je manquais de confiance, j'étais irrationnelle.. »

« …tu avais complètement perdu les pédales ? » interrompit-il. Elle lui jeta un regard mauvais.

« S'il te plait, laisses-moi finir, » dit-elle. Il soupira, mais s'exécuta. « Je sais que j'ai dit que je ne venais pas te demander pardon… mais je suis venue te demander quelque chose. »

« Et quoi donc ? Un joli petit poney ? » demanda-t-il d'un air sarcastique. Elle secoua la tête.

« Non, Damon. Ce que je veux… c'est toi. Je veux une autre chance d'être avec toi – et au fond, même si tu détestes tout ce qui est blond, là, tout de suite … tu veux être avec moi, toi aussi, » dit-elle doucement. Il baissa les yeux avant de croiser son regard.

Ces yeux bleu clair, ce regard captivant – il se mentirait à lui-même s'il disait qu'elle n'agissait pas comme un aimant. Il était tellement attiré par elle, dans tous les sens du terme, que plus il luttait, plus l'emprise se faisait forte.

Il était épris de cette petite blonde stupide – dans toute sa beauté de magazine, dans tout ce qu'elle avait de plus « chef d'œuvre caritatives », de plus cheerleader, dans toute sa gloire de petite peste. Elle était agaçante – tellement agaçante qu'elle le rendait dingue, et que parfois, il voulait se jeter sous les rails d'un train.

Mais il y avait quelque chose chez elle qui lui donnait l'impression de flotter. Quelque chose qui éclairait l'obscurité dans laquelle il se trouvait, ainsi que sa vie pleine de drames. Il pensait connaître l'amour, mais elle lui avait prouvé qu'il se trompait sur toute la ligne.

C'était Caroline – et il savait qu'elle ne cherchait jamais un homme pour la comprendre, ou pour détailler ses moindres pensées, parce que même elle n'était pas fichue d'y arriver. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il l'aime, sans poser de questions.

Et il l'aimait – mais il n'en souffrait pas moins pour autant.

« Tu n'y as pas été de main morte avec moi, Caroline, » dit-il en se redressant un peu. Elle croisa les mains. « Pourquoi je devrais te croire ? Comment savoir si ça ne va pas se reproduire ? » questionna-t-il. Elle s'assit près de lui.

« Parce que rien ne peut plus m'éloigner de toi, Damon. J'en suis sûre maintenant, » répondit-elle.

Ils restèrent en silence quelques instants, et Caroline joua avec sa bague.

« Je serais dingue de me remettre avec toi, » dit-il et elle hocha la tête.

« Alors sois dingue - je promets que tu seras un dingue heureux. »

Damon réfléchit à une réponse en attrapant un toast. Il mordit dedans et constata qu'il était brûlé. Elle était sérieuse quand elle avait parlé d'un simple stratagème.

« Pourquoi ce brusque revirement de situation ? Mon frère t'a fait ses petits yeux accusateurs ? Ou Abby, oh oui, Abby a dû te crier dessus, » dit-il et elle sourit.

« Je l'ai toujours su, Damon. J'ai…j'ai fait le mauvais choix en écoutant ma tête. »

Damon croqua dans une pomme qui se trouvait là et parla une fois qu'il eut fini de mâcher.

« Voyez-vous ça, la petite Miss Forbes se fie à son cerveau pour une fois, et gâche tout, » fit-il avec un sourire narquois. Elle hocha la tête, approuvant.

« Moques-toi, Damon. Je le mérite. Mais sache que je suis là – et que je ferai tout pour regagner ta confiance. J'ai fait beaucoup d'erreur, et je crois que le moment est venu de les réparer, » dit-elle en se levant pour se diriger vers la porte.

Il la regarda s'en aller et ne put s'empêcher de quitter le lit, lui aussi.

« Caroline, » fit-il, et elle se tourna pour lui faire face.

Ses bras musclés étaient à tomber, comme toujours, et ses cheveux foncés toujours aussi désordonnées que d'habitude, et ses yeux bleus la transperçaient. Comment avait-elle pu penser qu'il pouvait y avoir quelqu'un d'autre que lui ? Elena avait raison, elle avait choisi celui qui l'aimait, et elle mourrait si elle le perdait à cause de ses propres comportements dérangés.

« Si tu pensais vraiment ce que tu as dit… alors je te crois, » dit-il. Un petit sourire apparut sur les lèvres de Caroline. « Mais tu dois apprendre à me faire confiance, Caroline. Il faut qu'on se fasse confiance … ou ça ne marchera jamais. »

« Je sais, et je te jure qu'à partir de maintenant, j'essaierai sans arrêt, » promit-elle.

« Moi aussi, » dit-il. Elle resta immobile alors qu'il s'approchait d'elle jusqu'à s'arrêter à quelques centimètres de son visage.

Elle eut la chair de poule alors qu'elle le regardait droit dans les yeux, et elle posa une main sur sa joue. C'était un geste doux et simple, mais c'était exactement ce dont il avait besoin à cet instant précis. C'était rassurant.

« Je ne te quitterai plus jamais, Damon. J'ai passé trois mois sans toi, je n'ose pas imaginer une vie. »

Il sourit doucement et effleura sa main.

« Une vie entière loin de toi, ce serait aussi moche que ce toast que tu as fait, » sourit-il. Elle lui frappa le bras, taquine. Toujours aussi plaisantin.

« On devrait sortir ce soir, » suggéra-t-elle. Il haussa les sourcils. « Juste nous deux. »

« Est-ce que c'est une façon subtile de me demander un rendez-vous ? » demanda-t-il. Elle haussa les épaules.

« Seulement si tu es d'accord. »

« C'est une éventualité. Mais je suis un peu confus – tu ne veux pas que des gardes du corps Stefan et Abby se joignent à nous ? » taquina-t-il. Elle lui décocha un sourire en coin.

« Ils ont sûrement d'autres projets pour ce soir, » commença-t-elle et Damon lui jeta un regard intrigué. « Quand je me suis réveillée ce matin, ils étaient blottis l'un contre l'autre. »

Damon éclata de rire, tout comme elle, et il secoua la tête.

« Attends, quoi ? ça ne me surprend pas de la part de mon voyou de frère, mais Abby ? Abby se laisse câliner ? »

« Tu as loupé pas mal de choses hier soir. Allons faire un tour, je te raconterai, » dit Caroline et Damon sourit.

« Je ne vois pas de meilleure façon de commencer ma journée. »