Maelina : Je suis contente d'avoir su t'accrocher ma belle :) Et aussitot dit aussitot fait j'étais en train de publier le chapitre quand ton review est arrivé. C'est beau les synchros :)

Miss Lilith Samael : Non pas de nouveau corps ;) mais il faudra attendre pour les réponses

Charis13 : Merci :) Oui ils se découvrent l'un l'autre. Et ca continue dans ce chapitre. J'espère qu'il te plaira aussi, car c'est surtout un chapitre de transition.

Nuits : Merci beaucoup, j'espère que celui ci te plaira aussi :)

Darkklinne : je suis généralement très méchante quand j'écris. J'aime bien couper quand ca laisse espérer autre chose. Et en plus ca me facilite l'écriture puisque ca permet une fin de chapitre logique entre 2 parties importantes.

Babypearl : merci beaucoup pour tes commentaires qui me font très plaisir. J'essaye de jongler entre 2 extrèmes pour trouver une zone de calme pour ces 2 persos et je suis heureuseme de voir que j'ai évité le mélo. J'espère que tu penseras pareil de ce chapitre, bien plus difficile encore à écrire.

Voila, un nouveau chapitre est en ligne. Chapitre de transition, bien plus dur à écrire que je ne le pensais en le commencant. Et finalement bien plus long que les précédents chapitre. J'espère que cela me fera pardonner pour l'attente.

Bonne lecture à tous. Et n'hésitez pas à commenter, j'écris au fur et à mesure alors vos reviews me permettent de voir si je vais dans le bon sens ou pas :) Et même si votre commentaire est négatif, car cela arrive ou arrivera surement, cela permet d'évoluer.


Assis tous deux à la table de la cuisine, ils s'étaient retranchés dans un silence prudent. Après leur découverte inattendue dans la salle de bain, qui apportait plus d'interrogations que de réponses, ils s'étaient abstenus d'en débattre.

La perspective du petit déjeuner, terrain neutre s'il peut y en avoir, avait contribué à apaiser l'ambiance, faisant disparaître un peu de la tension qui les entourait. Hermione elle était soulagée d'avoir un peu de répit avant de s'expliquer. Rogue lui avait du convenir, à son corps défendant, que la discussion pouvait attendre le temps de se restaurer.

Et, protégés par la présence de Winky qui babillait sans s'arrêter depuis leur arrivée dans la pièce, ils tentaient de se jauger l'un l'autre, se lançant des regards discrets à chaque fois qu'ils pensaient pouvoir le faire sans danger d'être découvert.

Beurrant lentement sa tartine de pain, Hermione était d'ailleurs en train de glisser un regard par en dessous à son ex-professeur. Le fait qu'il soit concentré sur son assiette, copieusement garnie par la petite elfe, lui permit de l'observer pendant plusieurs secondes avant de se détourner.

Elle ne savait pas encore comment s'expliquer, ou plutôt comment raconter l'inexplicable, et examinait les possibilités de récit les unes après les autres, sans trouver son bonheur. Les yeux de nouveau rivés sur sa tasse de chocolat chaud, elle avait conscience de l'écoulement du temps, de chaque minute la rapprochant de l'inévitable. Et c'est la sensation d'être observée qui lui fit relever la tête.

Face à elle, bien calé contre le dossier de sa chaise Rogue était en train de l'examiner, le visage fermé. Elle se sentit rougir, le vit hausser un sourcil en réaction, lui offrant son expression habituelle, et se tortilla sur sa chaise avant de se replonger dans la contemplation de sa tasse.

- Je présume que vous avez fini de déjeuner. Peut être daignerez vous enfin m'offrir vos explications ?

- Pardon ?

Elle se redressa brusquement, le regardant d'un air ahuri. Elle n'avait effectivement plus vraiment faim mais n'en avait rien dit.

- Cela va faire près de cinq minutes que vous réduisez votre pain en charpie pour faire des monticules de miettes. Donc je présume que vous avez fini. Et que vous pouvez vous concentrer sur la situation actuelle.

« Evidemment ! » Elle baissa les yeux vers la table, apercevant ce qu'elle avait fait sans s'en rendre compte et soupira. Elle n'avait désormais plus le choix. Même si elle ne savait toujours pas par où commencer.

- Miss Granger !

La voix de Rogue claqua comme un coup de fouet, la faisant sursauter et elle le dévisagea en arborant un air sombre.

- Oui oui oui j'ai bien compris. Mais... Je ne sais pas par où commencer. Ajouta-t-elle en baissant la voix.

Le sourire ironique sur le visage de son interlocuteur ne lui échappa pas et elle ne put s'empêcher de rougir avant de le défier du regard.

- Voyez-vous cela, Miss je sais tout qui ne sait pas comment commencer. Ce jour est décidément à marquer d'une pierre blanche. Et bien commencez donc par ma mort ça sera un début, reprit-il après un silence méprisant.

Hermione dévisagea son ancien professeur, et se força à afficher un sourire en coin avant de prendre quelques instants pour se servir un verre d'eau, essuyer les miettes de pain et rassembler la vaisselle du petit déjeuner dans un coin. Elle savait qu'elle jouait avec le feu mais la vue du visage contrarié de Rogue la réconforta un bref instant. Elle n'avait pas les mêmes armes que lui mais elle en avait.

Finalement elle se redressa, ferma les yeux un instant et commença son récit.

- Bien... Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce qu'il s'est passé dans la cabane hurlante mais après le départ de Voldemort, Harry, Ron et moi nous nous sommes approchés de vous. Et vous lui avez donné vos souvenirs. Et quand... quand vous êtes mort, nous avons entendu Voldemort donner un délai d'une heure à Harry, pour qu'il se rende.

Elle s'arrêta un instant, cherchant à rassembler ses pensées, et surtout cherchant à repousser la peine qui l'envahissait de revivre tout cela et avala péniblement sa salive. Entourant son verre de ses mains elle fixa le liquide à l'intérieur, ne souhaitant pas croiser le regard de l'ex mangemort de peur de voir son mépris, et reprit lentement.

- Nous sommes retournés au château. Il y avait tellement de morts, sur la pelouse, et dans la grande salle. Tellement de blessés... Nous avons laissé Harry pour rejoindre la famille de Ron. Et Harry lui... elle s'essuya les yeux d'un geste vif et se redressa légèrement. Il nous a dit ensuite qu'il était monté dans le bureau du professeur Dumbledore, pour voir vos souvenirs. Après l'avoir fait, après avoir compris ce que le directeur lui avait caché, il a fait son choix et à rejoint la forêt pour se livrer.

Avec une hésitation elle s'arrêta à nouveau, évaluant ce qu'elle pouvait dire de la suite, et décida de taire, pour le moment du moins, ce qui concernait la pierre de résurrection.

- Il a fait face à Voldemort et s'est sacrifié, en le laissant lui lancer un avada kedavra.

Alors qu'elle s'apprêtait à continuer une exclamation de Rogue lui fit lever les yeux.

- Potter s'est laissé tuer ? Vous aviez dit qu'il avait vaincu le Seigneur des Ténèbres ?

- Il l'a vaincu oui. Mais il s'était sacrifié quand même. Seulement ce que Voldemort a tué à cet instant, c'est lui-même. La partie de son âme attachée à l'âme de Harry. Le dernier Horcruxe.

Après cette explication chacun d'eux resta silencieux. Elle repensait au récit de Harry, à ce qu'il leur avait raconté de cette heure dans la forêt.

L'ex-mangemort lui repensait au récit fait un jour par Dumbledore. Il avait eu raison, à chaque instant, et avait mené Potter à ce sacrifice qui avait finalement tué le seigneur des ténèbres. L'avait-il su ce jour là ? Avait-il eu un seul espoir de voir Potter survivre, ou cela n'était-il qu'un hasard ? Il savait qu'il n'aurait jamais la réponse à cette interrogation mais elle le hanterait probablement longtemps. Avaient-ils été des pions ou Dumbledore espérait-il quand même leur survie, à Potter et à lui ?

Le soupir de la jeune femme lui fit rouvrir les yeux et il se concentra sur le récit qu'elle venait de recommencer.

- Le corps de Harry a été porté jusqu'au château. Tous les combattants se sont rassemblés devant l'entrée. Aucun de nous ne voulait y croire. Neville s'est même opposé aux mangemorts et à Voldemort. Et pour faire un exemple Voldemort a voulu le punir.

Un sourire éclaira brièvement son visage, ce simple geste avait changé le cours des choses. Devant le regard surpris de Rogue elle hocha doucement la tête et continua.

- Il a fait venir le choixpeau magique, a annoncé qu'il n'y aurait plus de répartition, et l'a enfoncé sur la tête de Neville avant d'y mettre le feu. Mais vous, vous devez bien savoir ce qu'on peut trouver dans le choixpeau, ce qu'Harry avait déjà reçu, il y a quelques années.

- L'épée de Gryffondor, murmura-t-il sans pouvoir s'en empêcher

- En effet l'épée de Gryffondor. Et Neville l'a utilisée pour trancher la tête de Nagini. C'était très impressionnant d'ailleurs. Surtout juste avant que tout tourne au chaos. Les combats ont immédiatement repris, dans le château et autour. Harry a disparu dans la confusion et il a réussi à arriver jusqu'à Voldemort dans la grande salle. C'est là que l'affrontement final s'est déroulé.

Elle ferma les yeux une nouvelle fois, revoyant cet échange comme s'il se déroulait devant elle, et c'est ainsi qu'elle continua son récit.

- Ils se sont affrontés, tout le monde rassemblé en cercle autour d'eux. Et Harry... Il l'a raillé, il l'a appelé de son vrai nom, il lui a dit pour la protection que son sacrifice accordait aux autres, il lui a dit pour vous, et il lui a dit pourquoi la baguette ne marchait pas pour lui. Et à l'instant où le soleil a éclairé la salle ils ont lancé leur sort. Harry a désarmé Voldemort. Et le sort de celui-ci s'est retourné contre lui après avoir heurté le sortilège de Harry. N'est ce pas ironique ? Voldemort tué par son propre sort.

Elle rouvrit les yeux lentement, observant l'homme de l'autre coté de la salle, et reprit ses explications.

- Lorsque nous l'avons pu nous sommes remontés dans le bureau du professeur Dumbledore. C'est là que j'ai vu votre tableau. Harry a réparé sa baguette cassée pendant notre recherche des Horcruxes, et il a raconté ce qu'il s'était passé depuis notre séparation dans la grande salle, vos souvenirs, la scène dans la forêt, tout. Puis nous sommes retournés avec les autres, soignant ceux qui pouvaient l'être, réconfortant les vivants. Et Harry est venu me voir pour me demander de m'occuper de votre corps. Il avait peur que quelqu'un vous découvre et vous mette avec les mangemorts. Il doutait que leurs corps soient bien traités. Et il ne voulait pas que cela vous arrive. Alors je suis allée à la cabane et quand j'ai voulu m'occuper de vous, j'ai eu l'impression que vous me parliez dans ma tête, que vous m'appeliez à l'aide. Sur le coup j'ai cru que mes nerfs lâchaient, mais quand je vous ai touché j'ai senti votre cœur battre. Je n'avais pas vraiment le temps de réfléchir, mais je craignais la réaction de gens face à vous, alors j'ai cherché une solution. J'ai appelé Kreattur, qui m'a amené Winky, et elle nous a transportés ici. Je suis retournée à Poudlard avec elle. Nous sommes allées à votre laboratoire, j'ai pris toutes les potions que je trouvais, je l'ai renvoyée ici pour vous soigner et je me suis occupée du reste.

Elle eut un sourire triste et se mit à réciter ce qu'elle avait listé, comme elle aurait récité une leçon.

- Voir votre tableau pour être sure, trouver un corps ressemblant au votre pour le traîner jusqu'au passage secret sous le saule cogneur, le transformer autant que possible pour les cheveux et les mains, le mutiler pour être sure qu'on ne s'interroge pas trop sur les éventuelles différences, puis enfin voir Harry pour pouvoir m'installer ici et voir Monsieur Weasley pour savoir comment il avait été soigné après sa morsure. Le tout sans craquer, sans me trahir, et risquer de dévoiler que vous étiez en vie, et sans perdre de temps. Enfin je suis revenue ici, j'ai essayé de vous soigner et finalement quand j'ai craqué à la fin de la journée, quand j'ai pleuré en appelant le professeur Dumbledore, Fumseck est apparu et vous a soigné.

Tête baissée, visage à moitié caché derrière ses cheveux, elle tenta de ne pas craquer de nouveau. Raconter ainsi tout ce qu'il s'était passé en moins d'une journée avait été une véritable épreuve. Et montrer à son ancien professeur à quel point cela l'affectait risquait de l'inciter à être sarcastique. Or maintenant qu'elle avait tout dit, elle se doutait qu'il ne se préoccuperait plus d'être patient. Et elle craignait ses reproches et ses attaques pour ses décisions.

Le silence s'installa entre eux, pesant et glacial, mais elle ne se sentit pas capable de reprendre la parole après un tel récit et attendit le sarcasme qui ne tarderait sûrement pas à venir. Mais en apercevant du coin de l'œil le mouvement de son ancien professeur elle ne put s'empêcher de relever la tête, le regardant en affichant un air ahuri. Il venait de leur servir à boire et poussait le verre d'eau vers elle sans dire un mot, sans la regarder avec son expression méprisante.

Hochant la tête elle prit le verre d'une main tremblante, parvint à en boire une gorgée et le reposa lentement, se concentrant pour ne pas le renverser.

- Comment êtes vous entrée dans mes appartements ?

La question la laissa un instant interloquée et elle se mordilla les lèvres avant de répondre.

- Je vous l'ai dit avec Winky. Mais comment savez vous que je suis entrée dans vos appartements ?

- Non, Winky vous a amenée dans le laboratoire. C'est cela que vous m'avez dit. Mais vous êtes entrée chez moi, j'ai vu le livre près du lit, à moitié sorti de votre sac. Et je suis quasiment sûr que c'est le livre que je lisais chez moi.

- Oh ! Effectivement, elle rougit sans pouvoir s'en empêcher et baissa les yeux.

- Je ne voulais pas le voler professeur mais j'ai vu le signet et je voulais vous l'apporter, au cas où. Et je suis entrée par la porte qui donnait dans le laboratoire tout simplement.

Elle avait baissé la voix, mal à l'aise de s'être fait prendre ainsi, attendant sa réaction.

- Je vois.

Aucun sarcasme ne venant, elle releva doucement la tête, et l'examina par en dessous, ses pensées s'attardant sur son expression pendant qu'il réfléchissait. Pour une fois qu'il n'arborait pas un air hautain et méprisant, il lui semblait presque humain, comme lorsqu'elle l'avait vu souffrant couché dans le lit à l'étage. Peu désireuse de se faire remarquer, elle garda prudemment le silence, mais sursauta lorsqu'il releva les yeux et croisa son regard.

- Savez vous ce qu'est le registre des naissances Miss Granger ?

- Oui Professeur, c'est le registre où s'inscrivent les noms de tous les sorciers de Grande Bretagne lorsqu'ils viennent au monde. Gardé à Poudlard il n'est accessible qu'au directeur et au sous directeur. C'est grâce à lui que les sorciers peuvent être contactés lorsqu'ils atteignent onze ans.

En remarquant la réaction exaspérée de l'ancien professeur, elle plaqua brusquement sa main sur sa bouche. Comme à son habitude devant une question elle n'avait pu s'empêcher de répondre en insistant sur les détails.

- Je n'attendais qu'un oui ou un non, Miss Granger. Toutefois votre réponse n'est pas tout à fait exacte. Les noms des sorciers s'inscrivent lorsque quelqu'un les reconnaît en les nommant. La filiation ne s'affichant que si les parents reconnaissent leur enfant. Mais enfin vous connaissez le principe. Maintenant savez vous ce qu'il se passe lors de la mort d'un sorcier ?

Elle hésita un instant, ne sachant si elle devait développer sa réponse, et se lança en voyant le geste de la main fait par son vis-à-vis.

- Et bien, tous les sortilèges lancés par la personne disparaissent. Mais à part cela je n'ai jamais entendu parler d'un registre comme le registre des naissances.

- Tous les sortilèges disparaissent, c'est un fait avéré oui. Mais il existe bien un registre des morts. Cependant tous les sorciers n'y apparaissent pas. Seuls certains, disons privilégiés, y apparaissent à leur mort. Cela est généralement lié à leur fonction, et bien évidemment, il faut un sort pour que ça fonctionne. Le ministre de la Magie y est, les chefs de département aussi et, vous vous en doutez sûrement, le directeur de Poudlard. Et je suis presque sûr que votre ami Potter le survivant y apparaîtra un jour.

Il s'interrompit brutalement après avoir prononcé ces mots, se resservit un peu d'eau et soupira avant de reprendre.

- C'est un système de protection avant tout, même si cela permet une surveillance passive. Et c'est grâce à ce registre que la mort de quelqu'un d'important est immédiatement suivie d'effets. La création de tableaux à son effigie par exemple, qui apparaissent dans les endroits liés à leur fonction. Et c'est un système qui ne permet pas la triche. La magie dirige tout, comme pour le registre des naissances. Vous avez vu hier mon tableau, et vous avez pu entrer dans mes appartements alors que j'avais placé plusieurs sortilèges sur cette porte. La magie a donc considéré que j'étais réellement mort. Et mon retour à la vie, quelles qu'en soient les raisons, n'a apparemment pas changé cet état de fait.

Le silence s'installa de nouveau, moins pesant cette fois ci, pendant qu'ils réfléchissaient tous deux à la situation. Et c'est Hermione qui le rompit cette fois. Timidement, en hésitant, elle finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Professeur ? S'il vous plait... Est ce que vous vous souvenez de quelque chose ? D'un élément pouvant expliquer ce qu'il s'est passé ?

Toujours plongé dans ses pensées, il la regarda distraitement, répondant sans vraiment y réfléchir.

- Je me souviens de Potter et vous. Je m'en suis souvenu hier. Mais ensuite.. J'ai vu... J'ai cru voir...

Sa voix s'éteignit lentement alors qu'il prenait conscience de ce qu'il était en train de faire et il se redressa brusquement.

- Ceci est d'ordre privé, Miss Granger, et ne vous concerne en rien !

La colère avait transformé ses traits et il la regarda d'un oeil noir alors qu'elle s'empourprait. Mais ses propos le prirent au dépourvu et il ne put que l'observer sans dire un mot.

- Ca ne me concerne en rien ? Comment osez-vous ? J'ai pris des risques pour vous ramener ici. J'ai menti à mon ami pour ne pas dévoiler que vous étiez en vie. Mais très bien. Puisque cela ne me concerne en rien vous réglerez cela avec ceux concernés !

Elle se leva brutalement après avoir prononcé ses mots, faisant basculer sa chaise au sol, et quitta la pièce en courant, furieuse de la réaction de l'ex-mangemort, et de la sienne.

Se précipitant à l'étage elle récupéra ses affaires, lançant un coup d'œil mauvais au livre qui avait trahi son passage dans les appartements privés de Rogue et les glissa dans son sac. Puis elle saisit la robe imprégnée de sang qui traînait dans la salle de bain, redescendit en courant, et revint dans la cuisine.

- Nous rentrons à Poudlard ! Debout ! Puisque cela ne me concerne pas, je suis sure que ça concernera le professeur McGonagall et Harry.

- Il est hors de question que je retourne à Poudlard, Miss Granger !

Malgré sa faiblesse il réussit à se lever, se cramponnant à la table pour ne pas vaciller, et fit face à son ancienne élève.

- Vous n'avez pas le choix, Professeur ! C'est moi qui tiens la baguette. Et c'est moi qui décide aujourd'hui !

- Cessez de m'appeler Professeur ! Je ne le suis plus et je ne le serai jamais plus !

- Cessez donc de vous comporter comme un professeur mesquin et méprisant !

Employer ces termes, face à un professeur de Poudlard, un détenteur du savoir qu'elle avait toujours respecté, la fit hésiter un instant. Mais la colère retenue depuis le matin était trop forte pour être maîtrisée et elle assura sa prise sur sa baguette, veillant à rester à distance de l'homme.

- Nous rentrons ! J'ai voulu vous aider et je ne récolte que railleries, insultes et mépris. Je n'attendais pas de remerciements ou de gratitude mais un peu de respect humain et de coopération auraient été bienvenus. Mais j'aurais du savoir que ce n'était pas possible venant de vous.

Debout devant la table, elle défia l'homme du regard, le visage rouge de fureur, tressaillant à peine lorsqu'il vacilla et se laissa retomber sur sa chaise. L'air était chargé d'énergie, la faisant trembler légèrement.

- Suffit Miss Granger !

Sa voix résonna dans la pièce, augmentant encore la tension et la colère qu'elle ressentait, mais il reprit avant qu'elle ne puisse exploser.

- Ne comprenez-vous donc pas que je ne peux pas retourner à Poudlard ? Je ne le veux pas c'est certain, mais je ne le peux pas non plus. Pas en sachant que Severus Rogue est mort aux yeux de tous. Par Merlin, que croyez-vous donc ? Etes-vous donc si naïve ?

Il la regarda droit dans les yeux, le regard dur, en continuant ses explications.

- Pensez-vous vraiment que l'on va m'accueillir à bras ouverts ? Sans même tenir compte de mon passé, que croyez-vous que le ministère pensera de ma mort ? Car personnellement je pense qu'il ne faudra pas longtemps avant que cette absence de nom ne me fasse passer au rang de cobaye pour expériences. Et je doute fort qu'il y ait du monde pour prendre ma défense. Alors si vous voulez retourner à Poudlard, retournez-y. Mais pour ma part je n'irai pas. Je saurai bien m'en sortir seul.

- Ah oui ? Hermione haussa un sourcil, arborant l'expression ironique qu'elle avait si souvent vu sur le visage de son interlocuteur et se permit un petit rire.

- Et comment comptez vous faire dites-moi ? Vous l'avez dit vous-même. Vous êtes mort officiellement, vous n'avez plus d'existence. Vous n'avez plus de baguette, probablement pas d'argent, et tout ce que vous possédiez sera légué à quelqu'un si vous avez fait un testament, ou reviendra au ministère si ce n'était pas le cas. Et je suis sure qu'ils s'intéresseront de près à tout ce que vous pouviez avoir, juste au cas où. Si vous sortez d'ici vous serez immédiatement reconnu dans le monde sorcier. Votre seule option est de rejoindre le monde moldu, en tirant un trait sur la magie, et vous n'avez probablement pas d'argent moldu non plus.

Elle s'interrompit une seconde, le dévisageant avant de l'observer de la tête aux pieds.

- Je suis sure que vous vous trouveriez très bien dehors, à dormir dans la rue, avec votre pantalon crasseux et votre robe imprégnée de sang. Mais vous en sortir... J'en doute fort.

Ils s'observèrent un long moment, chacun cherchant à faire plier l'autre du regard, chacun cherchant à prendre ou reprendre l'ascendant. L'explosion de la carafe brisa cet instant, les faisant tous deux sursauter. Les éclats de verre avaient été projetés alentour, la majorité vers le sol et le mur, mais quelques-uns les avaient blessés tous deux aux bras. Après une seconde d'hébétude, Hermione se reprit, soulevant doucement sa manche gauche, et retira les deux éclats incrustés dans sa peau avant de refermer les plaies d'un mouvement de sa baguette.

Elle se tourna ensuite lentement vers son ancien professeur, l'observant pendant qu'il attrapait les morceaux de verre plantés dans son bras. Il était plus près de la table qu'elle, et il en avait plus reçu. Se saisissant d'une serviette il la pressa doucement contre ses plaies avant qu'elle ne s'avance et écarte sa main. Utilisant le même sort que pour elle, elle s'occupa des coupures sans dire un mot, mal à l'aise d'être si près de lui. Mal à l'aise aussi d'avoir constaté qu'il ne maîtrisait effectivement plus sa magie.

Un bruit léger à la porte les fit tressaillir et ils se tournèrent vers Winky qui venait d'entrer, sûrement attirée par le bruit de l'explosion. La tension dans la pièce était légèrement retombée, et la venue de Winky les incita à se calmer. La petite elfe s'était arrêtée à la porte, ne sachant pas quoi faire, avant de repartir à reculons en tremblant, alors que les regards des deux sorciers restaient fixés sur elle.

- J'ai cru voir Lily Evans ! Et d'autres gens aussi mais sans les reconnaître. Et j'ai l'impression d'avoir entendu des mots, quelques phrases. Vous êtes satisfaite maintenant ?

Bouche-bée, elle se retourna vers l'ex-mangemort et le regarda les yeux écarquillés. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, elle le voyait céder et plier. Ne sachant pas trop comment réagir, d'autant qu'il était désormais adossé à sa chaise et contemplait le plafond, elle resta silencieuse et l'observa un peu plus attentivement. Elle ne savait pas dans quelle catégorie le classer, même si elle avait pris conscience plus tôt dans la journée qu'elle devait s'en méfier. Mais il venait de répondre, assez franchement apparemment même, vu son expression déplaisante.

- Plus ou moins, Monsieur.

En une seconde sa décision fut prise. Elle n'avait pas spécialement envie de l'aider mais elle avait envie de percer le mystère de sa survie. Se penchant, en le surveillant du coin de l'œil, elle releva sa chaise, laissa tomber son sac au sol et s'installa de nouveau face à lui après avoir fait disparaître les morceaux de verre éparpillés, d'un coup de baguette. Sa colère n'avait pas disparu mais elle arriva à la maîtriser. Et ses observations de Rogue lui laissèrent penser que son ancien professeur tentait de faire de même. Mais la situation restait insoluble : elle ne pouvait le ramener à Poudlard, craignant qu'il ne dise vrai au sujet du ministère, et ils ne pouvaient pas rester ici indéfiniment.

En le voyant se déplacer sur sa chaise, et reprendre une position plus détendue, elle tenta de le questionner.

- Et maintenant ? Vous ne voulez pas aller à Poudlard, vous ne pouvez pas partir seul, alors quelle solution envisagez-vous ?

Il lui jeta un coup d'œil sarcastique avant de répondre, semblant jubiler de la voir s'empourprer de nouveau sous la colère que son regard provoquait.

- Combien de temps avons-nous avant que Potter ne vienne fouiner ici ?

- Harry ne fouine pas, Professeur, d'autant que c'est chez lui ici. Mais... Je ne sais pas. Quelques jours c'est sur. Après il faudra que je lui parle.

Elle avait volontairement évité de trop relever sa remarque et il se contenta de hocher la tête, semblant réfléchir.

Alors qu'elle cherchait des solutions de son coté, essayant de trouver un moyen de ne pas avouer à Harry qu'elle avait menti, il reprit la parole, posant pour une fois sa question sur un ton moins âpre qu'à l'ordinaire.

- Pourquoi m'avez vous amené ici sans rien dire ? Je peux comprendre que vous n'ayez pas prévenu tout le monde mais Potter, pourquoi lui cacher ? Et les Weasley ?

La question la prit au dépourvu et elle hésita avant d'y répondre. Ses raisons n'avaient pas été très claires pour elle à l'origine. Mais elle se devait d'essayer de les formuler.

- Je ne sais pas vraiment. J'ai juste pensé qu'on pardonne plus facilement aux morts qu'aux vivants.

L'expression de surprise sur le visage de son interlocuteur lui fit comprendre qu'elle avait à s'expliquer.

- Je veux dire qu'Harry vous a apparemment pardonné après avoir vu vos souvenirs. Mais il l'a fait en pensant que vous étiez mort. Il est facile de compatir dans ce genre de situation. Cependant, je ne suis pas convaincue qu'il serait aussi compatissant si vous étiez devant lui. Les six années passées dans votre classe, votre attitude, votre mépris ne pourraient pas être mis si facilement de coté s'il devait vous faire face. D'autant que je suis persuadée que vous agiriez comme vous le faisiez auparavant. Ce qui n'arrangerait rien. De même pour la famille de Ron. Et même si désormais eux, comme beaucoup d'autres, savent que vous avez toujours été de notre... Du coté du professeur Dumbledore, je ne savais pas non plus quelles réactions ils auraient à l'annonce de votre survie. Alors j'ai préféré vous éloigner et ne pas les tenir informés de ce que j'avais découvert.

Elle croisa le regard du sorcier et il se jaugèrent mutuellement en quelques instants. Pendant une seconde ils semblèrent même sur un pied d'égalité. Jusqu'à son froncement de sourcils.

- Vous êtes finalement moins naïve que je le croyais Miss Granger. Mais expliquez-moi donc pourquoi vous avez préféré parler du coté de Dumbledore ?

Hermione hésita de nouveau, rougit, et se recula légèrement avant de répondre.

- Tout simplement car je ne pense pas que vous ayez jamais été de notre coté.

- Je vois ! Vous ne croyez donc pas vous-même à ma position ? Sa voix s'était assourdie et son visage s'assombrit brusquement alors qu'il prononçait ces mots en la regardant de travers.

- Vous ne comprenez pas, Professeur. Je ne remets pas en question ce que vous avez pu faire. Mais je pense que vous l'avez fait pour vous-même, pour vos raisons personnelles et non pour une cause comme nombre d'entre nous l'ont fait. Et cela me laisse croire que vous étiez du coté du professeur Dumbledore comme je vous l'ai dit, et pas du notre, pas celui de l'Ordre.

Il resta un moment pensif en entendant ces mots. Bien que prononcés d'un ton hésitant, il ne pouvait nier qu'ils s'approchaient de la vérité, même s'il n'avait jamais cherché à démêler tout cela. Mais les entendre de la bouche d'une sorcière de dix sept ans, qui n'avait obtenu toutes ces informations que de manière détournée, le faisait osciller entre colère et malaise. Même si cela confirmait sa réputation de miss je sais tout bonne élève.

Hésitant, contrarié, il reporta les yeux sur elle, la fixant de son regard noir avant de se relever brusquement. Il fit quelques pas dans la pièce, cherchant que faire, avant de se décider.

- Pouvez vous retourner à Poudlard, Miss Granger ?

- A Poudlard ? Oui bien sur mais je croyais.. Je pensais que vous vouliez rester ici quelques temps ? En un instant son regard s'était attristé et il détourna les yeux précipitamment.

- Je compte bien rester ici. Mais j'ai besoin de mes affaires, de vêtements, de mes livres, des ingrédients pour des potions. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais je compte bien le découvrir, et je doute fort trouver des informations dans cette maison. Et j'ai besoin d'être sur que Potter ne surgira pas demain ou après-demain. Alors si vous pouvez retourner à Poudlard discrètement, prendre mes affaires avant que le ministère ne réagisse, et obtenir de Potter l'assurance qu'il ne viendra pas de façon imprévue cela m'arrangerait fort.

Il s'interrompit une seconde, butant sur les mots qu'il devait encore prononcer, et reprit dans un souffle :

- Et si vous voulez rester, vous pouvez. Mais vous oubliez les questions à n'en plus finir, le bavardage inutile et les réflexions.

Il ne pouvait nier qu'il avait besoin d'aide. Quelques pas, après le déferlement de colère qu'il n'avait pu maîtriser un peu plus tôt, l'avaient épuisé. Mais il ne pouvait l'avouer à voix haute, il ne pouvait qu'espérer voir la curiosité de la jeune femme l'inciter à rester. Le sourire qui éclaira le visage de son ancienne élève lui confirma que cela avait marché et il soupira de soulagement avant de retourner lentement à sa chaise.

- D'accord Professeur, j'irai chercher vos affaires demain matin. Vous me ferez une liste.

Elle le regarda attentivement après avoir dit cela, se leva pour se servir un verre d'eau et se réinstalla, cherchant les mots les plus appropriés pour parvenir à ses fins.

- Néanmoins même si vous ne voulez pas de questions à n'en plus finir comme vous le dites si gentiment, vous devez bien vous douter que je ne resterai pas sans rien faire. Il me faudra donc des informations, et pour cela vous devrez répondre à certaines questions.

Elle s'autorisa un sourire ironique devant sa réaction, qui n'avait duré qu'un instant mais qui illustrait clairement sa surprise.

- Et vous vous doutez bien également, surtout après votre démonstration de ce matin, qu'il me faut des promesses claires. Du moins si vous souhaitez que j'aille chercher vos affaires pour les soustraire au ministère.

Il avait repris contenance après s'être dévoilé une seconde, mais elle voyait bien qu'il réfléchissait, cherchant sûrement comment éviter cette promesse. Lorsqu'elle vit son visage se renfrogner, elle sut qu'elle avait gagné, mais tenta tout de même de cacher son expression victorieuse.

- Vous auriez du être à Serpentard, Miss Granger ! D'accord, je suis obligé de vous concéder cela, vous pourrez poser des questions. Tant que vous vous limitez.

- J'apprends très vite professeur, vous auriez du vous en souvenir. Mais promis, je ferai un effort. Surtout si je peux consulter vos livres.

Satisfaite de ce qu'elle avait obtenu, elle n'avait pu résister à l'envie d'obtenir plus encore en manœuvrant pour que cela semble la moins pire des solutions aux yeux de son vis-à-vis. Le grognement qu'elle reçut en réponse lui parut suffisamment explicite pour ne pas pousser plus loin son avantage.

- Bien maintenant que nous nous somme compris, dites-moi donc ce que vous avez cru entendre. Pendant que je réfléchirai à cela vous pourrez faire votre liste pour demain.

Elle avait sortit des plumes, un encrier et des parchemins de son sac en disant cela, les étalant sur la table, prête à noter sa réponse. Mais le silence qui s'installa dans la pièce lui fit lever les yeux. Le regard du sorcier aurait pu la carboniser sur place s'il en avait eu le pouvoir. Bras croisés, tassé contre le dossier de sa chaise, tout son corps exprimait sa colère et sa rancœur.

- Allons Professeur, faites un effort. Vous serez ensuite débarrassé de moi pour le reste de la journée.

Il la dévisagea encore un peu, avant de se résoudre à ouvrir la bouche pour prononcer quelques mots d'une voix étouffée.

- Ensemble vous pouvez, par votre volonté, sauver la destinée d'un homme condamné !Voila ce que j'ai entendu. Sur ce, bonne fin de journée Miss Granger !

Puis il se saisit d'un parchemin, de l'encrier et d'une plume, se leva lentement, et quitta la pièce d'un pas vacillant.