Après le départ du professeur Rogue, Hermione était restée un moment immobile, cherchant à reprendre son calme après une confrontation aussi éprouvante qu'elle l'avait imaginée.
Une fois apaisée, elle sortit une bouteille d'encre de son sac, invoqua un nouvel encrier et se mit à écrire. En commençant par la phrase qu'elle venait d'entendre.
Il lui fallut plusieurs parchemins, et un long moment, pour ordonner toutes les informations qu'elle possédait, mais elle finit par se redresser sur sa chaise en souriant légèrement.
Levant les yeux, elle fixa la porte, hésitant à aller montrer ses réflexions à Rogue, et soupira. Elle avait peu de chances d'être bien accueillie, même pour lui montrer quelque chose le concernant. Après avoir haussé les épaules elle récupéra son sac, le fouilla pour en sortir un livre, récupérant au passage la carte des maraudeurs qu'elle déposa près de son travail, et se leva pour se préparer un thé.
Les yeux fermés, confortablement installée, elle dégusta lentement la boisson chaude. Mais la sensation d'être observée lui fit rouvrir les yeux. Elle ne sursauta pas lorsqu'elle croisa le regard de son ancien professeur, mais l'espace d'un instant elle eut l'impression de se noyer dans une mer sombre. Pour une fois le regard qu'il lui lançait n'était ni empli de colère, ni sarcastique. Mais après quelques secondes il se reprit, arborant de nouveau un masque impénétrable, et baissa les yeux vers la table.
- Professeur...
Bien décidée à ne pas se laisser impressionner, ou emporter dans une nouvelle dispute, elle essaya de rester aussi neutre que possible.
- Désirez-vous du thé ?
Un hochement de tête et quelques pas furent la seule réponse qu'il lui offrit. Après une hésitation, mais sans rien ajouter, Hermione invoqua une seconde tasse et le servit rapidement avant de reprendre la sienne. Le silence s'installa, nullement désagréable pour une fois, et quelques minutes s'écoulèrent.
- J'aurai pensé, qu'en bonne Gryffondor, vous seriez venue m'en proposer.
Relevant vivement la tête, elle le dévisagea, se demandant s'il parlait sérieusement, avant de hausser les épaules.
- Après vous avoir dit que vous seriez débarrassé de moi pour la journée ? Je ne suis pas téméraire à ce point, Professeur.
- Je vois cela. Et vous m'auriez laissé jeûner ce soir ?
Se mordant les lèvres pour ne pas sourire, elle secoua la tête avant de répondre.
- Non mais j'aurai envoyé Winky vous proposer de venir dîner, ou de dîner dans votre chambre.
Le regardant en coin, elle surprit le haussement de sourcil qu'il ne put s'empêcher d'avoir et se retrouva partagée entre amusement et énervement. Après lui avoir fait clairement comprendre que sa présence le dérangeait, elle ne comprenait pas comment il pouvait envisager qu'elle se présente à sa porte.
Finalement elle consentit à s'expliquer en constatant qu'il la fixait toujours, en attendant une réponse.
- Je ne crois pas que vous leur hurliez dessus, ça doit être bien moins amusant que sur les élèves.
Désireuse de changer de sujet elle reporta les yeux sur son travail, et, se redressant sur sa chaise, elle se pencha pour pousser les parchemins vers lui.
- Tenez ! Si ça vous intéresse... De mon coté j'ai encore quelques choses à noter et de la lecture à faire.
Sans plus lui prêter attention, elle reposa sa tasse et se remit au travail, notant cette fois tout ce qu'elle aurait à faire dans les jours à venir, autant pour s'organiser que pour les différentes recherches à faire.
Un bruissement en face d'elle lui indiqua que son vis-à-vis avait décidé de lire son travail et elle cacha son sourire : éviter la confrontation en ne demandant rien semblait marcher.
Un long moment s'écoula, le silence s'installa dans la pièce, rompu seulement par le bruissement des parchemins déplacés.
- Miss Granger, qu'est ce que ceci ?
Relevant distraitement la tête, toujours concentrée sur sa liste, Hermione jeta un bref coup d'œil à ce que lui montrait son ancien professeur et haussa les épaules.
- Un parchemin.
- Je vois cela, Miss Granger... Mais ça ne répond pas à ma question. Je suis presque sûr d'avoir déjà vu ce parchemin. De plus, vous ne l'avez pas utilisé or il est parmi les documents que vous venez de me donner à lire.
Elle tressaillit en entendant ses mots, et releva brusquement la tête, les yeux fixés sur le parchemin, avant de blêmir en reconnaissant le document. Se mordant les lèvres, elle resta silencieuse, ne sachant comment réagir devant la situation.
La vision de la carte des Maraudeurs entre les mains de leur ancien professeur de potion était quelque chose d'absolument terrifiant. Et persuadée que sa réaction involontaire n'était pas passée inaperçue, elle n'osa dire un mot, se contentant de fixer le parchemin, en passant du livide au rouge vif.
Le silence se réinstalla, plus tendu qu'auparavant, jusqu'à ce que son interlocuteur reprenne la parole.
- Miss Granger... Votre couleur parle pour vous. Et me renseigne étonnement bien. J'ai déjà vu ce parchemin il y a quelques années. Dans la poche de Potter.
Son ton, plutôt calme au début, était devenu plus acide lorsqu'il avait évoqué Harry. Elle hésita un instant, n'osant toujours pas lever les yeux, et se mordilla les lèvres.
- Professeur... Je...
Elle s'interrompit brusquement, ne sachant comment continuer sa phrase et baissa les yeux pour observer le bois de la table.
- Miss Granger ?
Sans même relever la tête, Hermione parvint à visualiser l'expression de l'ex-mangemort. Le souffle court, encore abasourdie d'avoir laissé traîner la carte, Hermione eut l'impression de retourner quelques années en arrière, en plein cours de potion se déroulant mal.
Indécise sur ce qu'elle devait faire, elle se força à relever la tête, glissant un regard à l'homme qui lui faisait face. Elle s'était attendue à des cris et des menaces, mais pas à ce qu'elle voyait. Visage impassible, il se contentait de tenir le parchemin en évidence, tout en la fixant des yeux. Un nouveau coup d'œil lui montra qu'il avait déposé la carte sur la table. Ce n'est qu'à ce moment là qu'elle réalisa la situation : il n'avait plus de baguette, plus d'existence officielle, et bien peu de moyen pour la forcer à répondre. Surtout s'il voulait s'assurer de son silence.
Soupirant doucement, elle se frotta brièvement le visage et se redressa pour le regarder en face. Il avait juste croisé les bras avant de s'adosser à sa chaise, le visage aussi fermé qu'avant. L'indéchiffrable professeur de potions était de retour. Mais l'absence de sarcasmes la mit mal à l'aise.
Elle l'observa pendant quelques secondes avant qu'il ne détourne le regard. Reprenant les autres feuillets, il reprit sa lecture, sans rien ajouter, en se désintéressant du parchemin vierge posé devant lui.
Ce qui la décida. Il aurait pu hurler et s'emporter, insister lourdement, agir comme il le faisait d'habitude. Mais il ne l'avait pas fait.
« Peut-être intentionnellement » pensa-t-elle brièvement avant de se raviser. Il se forçait, elle en était sûre, mais elle ne pouvait exclure que ce ne soit pas pour échapper à l'humiliation de devoir demander.
Saisissant sa baguette, elle frôla le parchemin avec celle-ci après s'être penchée au-dessus de la table.
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Elle se réinstalla sur sa chaise, tandis que les traits maintenant familiers apparaissaient lentement sur le parchemin. Retenant son souffle, elle examina le visage de l'homme qui se penchait à son tour sur la carte, s'inquiétant de le voir pincer les lèvres et froncer les sourcils. L'espace d'un instant elle craignit d'avoir fait un autre mauvais choix, et se prépara à subir ses reproches.
Et tomba des nues en l'entendant.
- Je vois... Ceci explique bien des choses à propos de Potter finalement.
Se penchant un peu plus, il plissa les yeux, examinant les noms près des points se déplaçant sur la carte. Quasiment tous dans la grande salle, constata t-elle avec un pincement au cœur avant de sursauter lorsqu'il se redressa pour lui tendre la carte.
- Méfait accompli...
Après avoir murmuré l'incantation elle rangea soigneusement la carte dans son sac, s'attendant à chaque instant à une explosion de fureur. Mais lorsqu'elle reporta les yeux sur l'homme face à elle, elle ne put que constater qu'il avait repris sa lecture.
Seulement, après avoir essayé de faire comme lui, elle soupira, incapable de se concentrer. Elle leva plusieurs fois les yeux vers lui, s'agitant sur sa chaise, déplaçant ses papiers, se demandant si elle devait parler de ce qu'il venait de se passer.
- Miss Granger !!!!
Son sursaut fit tomber sa plume et elle se pencha précipitamment pour la ramasser avant d'oser le regarder en face à nouveau.
- Professeur ?
- Si vous avez une question, posez-la ! Mais cessez de vous agiter et de me dévisager ainsi, c'est déplaisant.
- Vous êtes en colère ?
Elle avait posé la question sans pouvoir s'en empêcher, regrettant instantanément de l'avoir fait en voyant le regard posé sur elle.
- Effectivement. Et maintenant si vous ne voulez pas qu'il y ait une nouvelle explosion dans cette cuisine je vous conseille de vous taire.
Se tassant sur sa chaise elle baissa la tête, se souvenant de ce que Harry lui avait raconté à l'époque où Rogue avait découvert le parchemin, et se sentit de nouveau mal à l'aise.
- Je suis désolée.
Elle avait prononcé ces mots d'une petite voix, avant de se pencher de nouveau sur son travail.
Plusieurs minutes s'écoulèrent en silence, pendant qu'Hermione essayait de se concentrer sur sa tâche. Un bruissement l'avertit que l'ex mangemort avait bougé, mais elle n'osa relever la tête et sursauta en l'entendant près d'elle.
- De quoi êtes vous désolée, Miss Granger ? D'avoir utilisé ce parchemin pendant vos années à Poudlard ou de vous être fait prendre ?
Une nouvelle fois, elle se crut dans les cachots, en plein cours de potion, et dut fermer les yeux une seconde pour se reprendre. Esquissant un sourire, elle releva légèrement la tête et glissa un coup d'œil au Maître des potions.
- Et bien, techniquement, je ne me suis pas fait prendre, Professeur, je vous ai volontairement montré la carte. Mais disons que je suis désolée pour les deux choses. Et tout le reste.
Son sourire s'était estompé lorsque son regard avait effleuré les yeux sombres la détaillant. Rogue était plus proche qu'elle ne l'avait pensé et elle craignit une réaction brutale. Elle le sentit s'approcher encore un peu plus, frissonna sans pouvoir s'en empêcher, et reporta les yeux sur la table. Mais alors qu'elle s'attendait à une réflexion cinglante ou une insulte, il bougea à nouveau. L'une de ses mains s'appuya au bord de la table, l'autre saisit les parchemins qu'elle remplissait, et il se pencha légèrement au-dessus d'elle. Encadrée ainsi par ses bras, elle resta un instant sans réagir avant de s'enfoncer un peu plus dans son siège, extrêmement mal à l'aise et rouge comme une pivoine.
Et finalement elle dut convenir en elle-même que, même sans sa baguette, et malgré sa situation, il restait impressionnant, voire même effrayant. Persuadée qu'il souhaitait lui faire passer ce message, elle resta immobile, retenant son souffle, et ne se détendit qu'en le sentant se redresser.
C'est silencieusement qu'il retourna à sa chaise le visage aussi impénétrable que d'habitude. Mais au lieu de reprendre sa lecture il observa Hermione un moment, semblant hésiter.
- Je dois admettre que vous travaillez consciencieusement.
Sa voix fit sursauter Hermione et elle se crispa à nouveau, se disant qu'il avait vraiment l'art de souffler le chaud et le froid, attendant la remarque qui contredirait ce qui ressemblait à un compliment.
- Néanmoins, malgré ce travail il reste un souci auquel vous n'avez pas pensé. J'ai un grand nombre de livres que je souhaite récupérer dans mes quartiers. Mais il ne sera pas possible de laisser les étagères vides.
Bouche bée, ahurie par l'absence de sarcasme, elle resta un moment sans réaction avant de comprendre sa remarque.
- Oh ! Je suis désolée, Professeur, vraiment. Je n'y ai pas pensé. Merlin, j'ai oublié quelque chose de si important, ajouta t-elle en baissant les yeux sur ses notes. Avec un sortilège peut-être ? D'apparition... ou une illusion éventuellement. Ou bien, en métamorphosant des choses inutiles pour remplacer les livres manquant. Je suis vraiment désolée d'avoir oublié ça, je vais trouver une solution, Professeur, c'est promis.
Manipulant les parchemins sans les voir, proche de la panique, Hermione sentit sa gorge se serrer et elle chercha sa plume des yeux en continuant sa litanie.
- Miss Granger... Miss Granger ? Calmez-vous donc !
Elle n'entendit même pas les appels de son professeur et ne s'interrompit qu'en l'entendant crier.
- Ca suffit Miss Granger ! Calmez-vous et respirez ! Et regardez-moi ! Voilà.
Se penchant en avant il réussit à croiser son regard et la fixa un moment, la forçant à se concentrer sur lui, avant de reprendre la parole.
- Si vous m'aviez laissé finir, vous auriez pu savoir que j'ai déjà une solution. Car vos idées sont irréalisables, un sortilège disparaîtrait trop rapidement, et une métamorphose ne résisterait pas à un examen approfondi des aurors.
Il se tut une seconde, fermant les yeux en passant ses doigts fins sur sa tempe, et se redressa.
- Si vous vous sentez capable de nous faire transplaner tous les deux, nous irons chez moi dès que possible. A part quelques livres, la bibliothèque que j'ai là-bas est sacrifiable. Il suffira de tout ramener et de remplacer les livres de mes quartiers par ceux-là.
L'absence de réponse lui fit relever la tête et il détailla la jeune femme assise face à lui. Blême, crispée, les yeux écarquillés, elle tremblait légèrement en l'observant d'un air mi-craintif, mi-ahuri.
- Par Merlin, reprenez-vous donc ! Avez-vous entendu ce que je viens de vous dire ?
En la voyant se recroqueviller encore plus, et murmurer quelques mots il se pencha vers elle.
- Ne criez plus, s'il vous plaît. Et ne soyez pas gentil, c'est encore pire quand vous criez après. S'il vous plaît.
Deux grosses larmes coulèrent sur les joues de la jeune femme, semblables à deux perles, et glissèrent jusqu'à son cou alors qu'elle recommençait à murmurer. Il n'avait pas élevé la voix autant que les autres fois, mais la tension des derniers jours avait atteint son maximum et elle n'avait pu se contrôler.
Incapable de se calmer, Hermione baissa un peu plus la tête, laissant couler ses larmes, et resserra ses bras autour d'elle. Elle ne savait pas si son ancien professeur l'avait entendu, s'il s'apprêtait à hurler ou pire encore, mais n'y prêtait plus attention.
Pourtant si elle avait levé la tête elle aurait pu découvrir un ex mangemort la contemplant d'un air stupéfait. Mais elle ne le fit pas, et ne l'entendit même pas se lever et quitter la pièce.
Le contact sur son bras la fit sursauter, et elle poussa un cri en tentant de reculer, faisant basculer sa chaise. Le meuble tangua un instant et elle se sentit partir en arrière, mais avant qu'elle n'ait pu réagir une main vigoureuse l'avait saisie, et ramenée dans une position plus stable.
Levant les yeux vers celui qui l'avait empêchée de chuter, elle pâlit un peu plus et se recroquevilla à nouveau.
- Je ne vais pas crier si c'est ce qui vous inquiète. Maintenant prenez ça.
Elle loucha sur la potion, reconnaissant la teinte caractéristique d'une potion calmante et la saisit d'une main tremblante. La chaleur qui se diffusa en elle la réconforta et elle se détendit légèrement.
- Venez avec moi !
- Professeur ?
- Venez Miss Granger. Vous ne pouvez pas continuer pour l'instant.
La voix était indubitablement moins froide que d'habitude. Pas vraiment chaleureuse mais moins froide, et pas sarcastique. Elle se leva machinalement avant d'hésiter.
- Mais... Et chez vous ? Vos livres ? Vous avez dit qu'il fallait y aller dès que possible.
- Et bien ça attendra quelques heures. Pour l'instant je vous emmène à l'étage et vous allez dormir un peu.
- Mais... Je ne peux...
- Non ! Pas de mais, pas de questions. Votre réaction montre clairement que vous avez besoin de vous reposer. Et c'est conseillé après avoir pris ce genre de potion.
Elle baissa doucement la tête, se souvenant de l'infirmière qui forçait tous ceux à qui elle donnait cette potion, à se coucher quelques heures. Et en étant objective elle sentait qu'elle en avait besoin. Elle saisit sa baguette, la glissant dans sa manche, et s'avança dans la pièce.
Alors qu'elle passait la porte de la cuisine, elle sentit Rogue poser sa main dans son dos, juste entre ses omoplates et se crispa à ce contact surprenant. Mais l'absence de commentaire, et la chaleur qui se dégageait de sa main, et qu'elle sentait à travers son t-shirt, l'aidèrent à se détendre pendant qu'il l'escortait jusqu'à la chambre.
Une fois dans cette pièce, elle se dirigea machinalement vers le matelas qu'elle avait occupé la nuit d'avant mais son compagnon l'arrêta avant qu'elle ne l'atteigne. Il échangea rapidement les draps et couvertures des deux lits et l'amena à celui où il avait dormi. Les effets de la potion se faisant rapidement sentir, elle se laissa faire, un peu hébétée, et ne réagit qu'en voyant toutes les fioles vides sur le sol.
- Combien en avez-vous bu ? Murmura t-elle en s'allongeant lentement, tout en sortant sa baguette de sa manche pour la glisser sous l'oreiller.
- Plusieurs. Vous aviez été un peu trop chiche avec les doses. Croisant son regard, il tenta de déchiffrer ce qu'il y lisait et finit par hausser les épaules. Dormez ! J'enverrai l'elfe vous réveiller pour manger.
Elle le regarda se relever lentement, incapable de comprendre ce qui avait motivé son changement d'attitude, et le suivit des yeux pendant qu'il se dirigeait vers la porte. Serrant sa baguette, elle hésita une seconde et se redressa péniblement.
- Professeur ! Tenez...
Elle tendit le bras, lui présentant sa baguette, le manche tourné vers lui. Son haussement de sourcil la fit sourire légèrement, et elle fit un geste du poignet pour insister.
- Si jamais il y avait un souci... Vous l'avez dit, je ne peux pas continuer pour l'instant.
Elle se rallongea dès qu'il eut saisi le fragile morceau de bois, écarquillant les yeux en voyant son visage s'adoucir l'espace d'un instant. Ils échangèrent un bref regard avant qu'elle ne ramène les couvertures sur elle, cachant son visage. Les yeux fermés, confortablement installée, elle se détendit un peu plus, et s'endormit rapidement, sans noter qu'il s'était écoulé plusieurs minutes avant que la porte ne soit fermée.
Plusieurs heures s'écoulèrent avant que la porte ne se rouvre. Rogue resta un moment dans l'embrasure, observant la jeune fille avant de s'avancer doucement. La pièce était sombre, éclairée seulement par la lumière venant d'une lampe du couloir, et il fit attention à ne pas trébucher.
S'installant sur le bord du lit, hésitant, il tendit la main vers Hermione avant de retenir son geste. Il avait donné des instructions à Winky pour le repas, et savait qu'il ne devait pas tarder à réveiller son ancienne élève pour aller manger mais la situation le perturbait plus qu'il ne voulait admettre. Et une discussion s'avérait indispensable. Discussion qui ne le tentait que peu car elle mènerait immanquablement à plus d'intimité. Mais les dernières heures lui avaient prouvé qu'il avait besoin d'elle, bien plus qu'il ne le pensait.
Alors qu'il restait immobile, perdu dans ses pensées, Hermione commença à s'agiter, murmurant quelques mots en protégeant son visage de ses mains. Se penchant vers elle, il perçut le ton plaintif de ses murmures, et distingua la crispation de ses gestes. Désireux de la sortir de ce qui semblait être un cauchemar il la saisit par l'épaule, la secouant doucement en l'appelant.
Sa première réaction ne le choqua pas, elle avait sursauté, tenté de saisir sa baguette sous son oreiller avant de se recroqueviller contre le mur en levant vers lui des yeux craintifs. Et même s'il n'était pas enchanté de constater sa frayeur, il dut convenir qu'elle était logique.
- Miss Granger, calmez-vous. Votre baguette est là, et vous n'avez rien à craindre, vous faisiez juste un cauchemar.
Il avait tenté d'adoucir son ton autant que possible, ne souhaitant pas augmenter sa peur, et hocha la tête en voyant qu'elle se détendait légèrement.
- Pro... Pro.. Professeur... Je suis désolée. Je... Je ne vous avais pas reconnu.
Elle bégaya légèrement, tentant de se reprendre et eut une réaction qui le laissa totalement abasourdi. Alors qu'il pensait l'avoir effrayée, elle se blottit contre lui, cherchant du réconfort auprès de lui, qui n'avait jamais su en donner.
Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, elle tremblante et lui complètement pétrifié, avant qu'il ne pense à la repousser légèrement, cherchant à voir son visage.
- Allez-vous bien Miss ?
Malgré la pénombre, il la vit rougir alors qu'elle portait ses mains à sa bouche.
- Oh la la, je suis désolée, Professeur. Je... J'ai fait un cauchemar et quand vous m'avez réveillée, je me suis cru encore là-bas. Et en vous voyant, j'ai été si soulagée. Je suis vraiment désolée.
- Ca va, Miss, ne vous excusez pas. Où avez vous cru être ? Il n'était pas sûr d'avoir le droit de l'interroger, mais sa perplexité devant sa réaction était trop forte pour qu'il se retienne. Si le voir était réconfortant il n'osait imaginer ce qu'elle avait rêvé.
- Au Manoir Malefoy...
Elle avait répondu d'une toute petite voix, en baissant les yeux, gênée de s'être donnée ainsi en spectacle. Il ne fallut que quelques secondes à Rogue pour faire le lien avec ce qu'il avait appris à l'époque, la capture du trio, les tortures sur la jeune femme et enfin leur fuite, qui avait laissé le seigneur des ténèbres extrêmement mécontent.
- Je vois. Vous prendrez de la potion de sommeil sans rêve cette nuit, ça devrait vous soulager un peu.
- Non non pas besoin. Ca fait longtemps que je n'avais pas rêvé de ça. C'est juste que... avec les derniers jours... Mais je n'ai pas besoin d'une potion, ça serait pire de bloquer mes rêves je crois.
Les yeux fixés sur ses mains, elle n'osa relever la tête après avoir débité cette tirade à toute vitesse, et attendit sa réaction, craignant que son refus ne soit mal perçu.
- Je vous laisse juge. Il observa ses épaules se détendre légèrement et s'autorisa un sourire ironique en constatant qu'elle réagissait autant à la moindre réponse. Pour l'instant il y a plus urgent, et une discussion s'impose, Miss Granger.
- Une discussion ? Si vous voulez, Professeur.
Il attendit quelques instants, se demandant si elle comptait relever la tête, et finit par lui toucher l'épaule à nouveau, l'incitant à réagir.
- Regardez-moi donc, voyons. Je vous assure que vous n'allez pas vous pétrifier si vous croisez mon regard. Il hocha la tête en la voyant se redresser et le regarder et reprit calmement. Voila ! Bien, il faut donc que nous discutions, et mon principal problème est que je ne vous comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi vous avez décidé de m'aider. Pas plus que je ne comprends ce que vous attendez de cela.
- Mais... Je ne sais pas... Son ton semblait sincèrement surpris mais il se contenta de l'observer, cherchant à découvrir une faille, persuadé qu'elle allait reprendre la parole. Ce qu'elle ne manqua pas de faire :
- Je n'ai pas vraiment réfléchi quand je vous ai trouvé, je vous l'ai dit. Mais vous aviez besoin d'aide et je pouvais vous l'offrir, alors je l'ai fait c'est tout.
- Attitude typiquement Gryffondor évidemment. Il murmura ces mots, sans se rendre compte qu'elle l'entendait, et se tendit à sa réponse.
- Oui ben je ne crois pas que beaucoup de Gryffondors vous auraient aidé, vous savez.
Le sourire ironique sur ses lèvres était léger mais il pouvait quand même le percevoir, et il ne put s'empêcher de lui lancer un regard noir. Regard qu'il adoucit en la voyant baisser la tête l'air mal à l'aise.
- Pardon Professeur, je n'aurai pas dû dire cela.
- Cessez donc de vous excuser ! Vous avez probablement raison. Mais cela explique d'autant moins votre geste. Enfin... de toutes façons c'est fait. Mais maintenant qu'espérez-vous en continuant ?
- Je n'espère rien, Professeur. Simplement je ne me voyais pas partir en vous laissant dans une situation aussi... invraisemblable. Mais... je ne crois pas que vous vouliez de mon aide, alors si vous préférez, je peux partir.
Elle n'avait pas relevé la tête en prononçant ces mots, peu désireuse de s'attirer un autre regard mécontent, et attendit sa réponse en silence, se crispant à mesure que les secondes s'écoulaient.
- Pourquoi pensez-vous que je ne veuille pas de votre aide, Miss Granger ?
- Vous n'arrêtez pas de crier... Elle murmura cela sans y réfléchir, juste soulagée de ne pas entendre un sarcasme, et blêmit en réalisant ce qu'elle venait de dire. Mais avant qu'elle ne s'excuse à nouveau, il reprit la parole.
- C'est vrai. Je crois me souvenir que vous en avez parlé tout à l'heure d'ailleurs. Mais ce genre de choses ne semblait pas vous perturber outre mesure à Poudlard. Qu'est ce qui a changé ?
Un simple haussement d'épaules lui répondit, et il patienta, espérant que la jeune femme près de lui se décide à s'expliquer.
Finalement après quelques minutes de silence il dut reprendre la parole.
- Miss Granger, il n'est pas possible de discuter si vous ne me répondez pas vous savez ?
- Je ne sais pas ce qui a changé...
Le murmure était si faible qu'il dut se pencher pour essayer de l'entendre, sans y parvenir.
- Pardon ?
- Je ne sais pas ce qui a changé, reprit-elle un peu plus fort. A Poudlard je n'étais pas la seule. Et c'était différent, il n'y avait pas eu tout ça, et je n'essayais pas de vous aider. Et là, je ne sais jamais à quoi m'attendre. Ce matin vous m'avez menacé, puis vous avez été... un peu aimable, et ensuite à nouveau en colère et tout le reste a été pareil. Une véritable douche écossaise, et c'est juste te... te... terrifiant. Je... voulais... juste... aider.
Elle balbutia les derniers mots tout en se mettant à pleurer, enfouissant son visage dans ses mains, à la fois soulagée d'avoir dit ce qu'elle avait sur le cœur, et en colère contre elle-même de se montrer ainsi.
Rogue resta un moment ahuri par sa réponse, réfléchissant à ce qu'elle venait de dire, et finit par soupirer. La crainte qu'il avait inspirée à tant d'élèves se manifestait à un moment surprenant, et il ne savait pas comment arranger la situation. Les yeux fixés sur la jeune femme sanglotante, il hésita à nouveau, incapable de savoir s'il devait partir ou essayer de la calmer, et tendit inconsciemment une main vers elle. Un sanglot plus fort lui fit prendre conscience de son geste, mais il laissa sa main sur son bras, avant de l'attirer contre lui.
Le mouvement de la jeune femme, qui se cramponna à son t-shirt, le convainquit d'avoir agi comme il convenait et il la garda contre lui, lui tapotant le dos d'un geste malhabile. Il n'avait jamais réconforté quelqu'un, et se sentait passablement ridicule. Mais la jeune femme l'avait aidé, de son plein gré. Et il avait encore besoin d'aide, même s'il ne comptait pas l'avouer à haute voix.
En la sentant se calmer, il se redressa légèrement, la gardant néanmoins contre elle, et pencha la tête pour essayer de voir son visage. Qu'il ne put distinguer sous la masse de cheveux, d'autant qu'elle restait enfouie dans son t-shirt. Il envisagea un instant de lui relever la tête, avant de simplement reprendre la parole.
- Je ne peux pas vous promettre de ne plus crier. Après 6 ans dans mes cours je pense que vous vous en doutez. Néanmoins je peux faire un effort pour me contenir. Est-ce que cela vous conviendrait ? Enfin, si vous décidez de rester évidemment. Car vous êtes libre de rester ou de retourner à Poudlard.
- Est-ce que vous souhaitez que je m'en aille ?
La réponse lui parvint un peu étouffée et il hésita à nouveau, prenant le temps de réfléchir à la meilleure façon de répondre à ce genre de question.
- Je ne souhaite rien, Miss Granger, c'est à vous de décider. Vous pouvez rester et je ferai un effort ou vous pouvez partir. Dans les deux cas j'admettrai votre décision.
Il pouvait presque l'entendre réfléchir, alors qu'elle décortiquait sa réponse, et il patienta pendant qu'elle faisait son choix, craignant néanmoins qu'elle ne parte, le plaçant dans une position très difficile.
- Je reste alors.
En entendant une autre réponse étouffée, il s'astreignit à ne pas réagir, malgré son soulagement, et lui tapota le dos une nouvelle fois.
- Bien. Maintenant si vous vous sentez mieux, il est temps de descendre manger. Et de discuter de ce que nous avons à faire pendant les jours à venir.
Retirant les mains de son dos il la laissa se redresser, gardant le visage impassible en la voyant, et se leva.
- Vous devriez vous rafraîchir, cela vous ferait du bien. Je vous attends en bas.
Hermione le regarda quitter la pièce en arborant un air ahuri et se leva à son tour pour se glisser dans la salle de bain. La vue de son reflet dans le miroir la fit grimacer et elle s'empressa de se nettoyer tout en réfléchissant à ce qu'il venait de se produire.
Pour la première fois elle avait vu le professeur Rogue se comporter de façon aimable, presque amicale. Repensant à sa dernière réponse, elle fronça les sourcils. Les mots avaient été soigneusement étudiés, et même si elle avait fait son choix, elle ne put s'empêcher de penser que la phrase cachait quelque chose. Frustrée de ne pas pouvoir mettre le doigt sur ce qui la gênait, elle secoua la tête, se rinça le visage à nouveau et quitta la pièce pour rejoindre la cuisine.
Le repas se passa tranquillement, chacun essayant de faire des efforts pendant que Winky les servait. Mais dès qu'elle eut fini, Hermione reporta les yeux sur la baguette posée sur la table. Depuis qu'elle l'avait vu, au début du repas, elle attendait d'en parler.
- Professeur, avez vous essayé d'utiliser la baguette ?
- Oui Miss, j'ai essayé. Mais le résultat fut plutôt décevant.
- Décevant ? Elle ne vous obéit pas bien vous aussi ?
- Si elle m'obéit mais... Ma magie semble avoir diminué. Il faudra que je vérifie si ça s'améliore d'ici quelques jours. Mais elle devrait vous obéir parfaitement, puisque c'est votre baguette.
- Ce n'est pas la mienne en fait, c'est celle de Bellatrix. J'arrive à m'en servir sans trop de difficultés mais... Je crois qu'elle ne m'aime pas.
Hermione prononça les derniers mots dans un souffle, mal à l'aise d'attribuer des sentiments à une baguette, et sursauta en entendant un léger rire.
Les yeux écarquillés elle observa son ancien professeur qui souriait en observant la baguette. Se rendant compte de sa surprise il redevint impénétrable et saisit la baguette.
- Connaissant sa propriétaire ce n'est pas étonnant. Mais tant que vous pouvez vous en servir c'est tout ce qui importe. D'autant que vous allez devoir en faire usage d'ici quelques minutes.
Elle prit la baguette qu'il lui tendait et le regarda d'un air interrogateur, pas encore remise de sa stupeur de l'avoir vu sourire, et entendu rire.
- Il faut que nous allions chez moi, je pense que vous vous en souvenez. Mais vous devrez me faire transplaner, car je n'aurai probablement pas la capacité. Or pour cela vous devez visualiser où nous allons, et cette information n'est disponible que dans ma tête.
Bouche bée, elle laissa son regard aller de sa baguette au visage de son professeur.
- Mais... mais je ne pratique pas la legilimencie, Professeur.
Il écarta sa protestation d'un geste de la main.
- Aucune importance, je vais vous apprendre la technique et j'amènerai la pensée que vous devez voir au premier plan.
Son air renfrogné montra sans doute possible l'absence d'enthousiasme d'Hermione, et elle fit une autre tentative.
- Mais vous ne pourriez pas, je ne sais pas, projeter votre pensée ? Hier vous avez bien parlé dans ma tête.
- Non, Miss Granger, je ne peux pas ! Ce qu'il s'est passé hier était totalement involontaire, de plus je dois vous montrer le lieu.
Il observa l'expression malheureuse de la jeune femme, sans comprendre ce qui la dérangeait.
- Ca vous embête, Miss Granger, pourquoi cela ?
- Professeur ! Comment pouvez vous demander pourquoi ? Vous voulez que j'entre dans votre tête, c'est juste comme... comme... regarder chez le voisin. Ca n'est pas bien.
- Je vois. Mais vous n'allez pas réellement entrer dans ma tête, je vais vous montrer ce que vous devez voir c'est tout. Et n'imaginez pas pouvoir forcer mes barrières d'occlumens, même Voldemort n'a pas réussi à le faire.
Elle acquiesça, apparemment peu convaincue, mais s'appliqua à reproduire le mouvement de baguette qu'il lui montrait. Lorsqu'il la sentit prête, il s'appuya contre le dossier de sa chaise et braqua son regard sur elle, gardant le souvenir choisi à l'esprit.
- Legilimens.
Aussitôt elle se sentit emportée dans un lieu inconnu, elle détailla l'immense cheminée qui venait d'apparaître devant ses yeux, avant de se tourner, pour regarder autour d'elle. La berge d'une rivière, le talus, la cheminée menaçante qui se trouvait un peu plus loin. Le bruissement de l'eau, l'absence de bruits à part cela. Elle grava tout cela dans son esprit, mal à l'aise devant l'impression de désolation qu'elle ressentait, et se demanda brièvement comment ressortir de l'esprit de Rogue.
Elle se sentit repoussée dès qu'elle eut pensé cela, et perçut à nouveau ce qu'il se passait autour d'elle.
- Avez vous visualisé l'endroit ?
Relevant les yeux vers l'homme lui faisant face elle acquiesça brièvement et passa une main sur son visage, un peu hébétée, avant de se reprendre.
- Oui oui professeur, j'ai bien vu la berge de la rivière. Il n'y aura pas de soucis.
- Bien, alors nous pouvons y aller. Faire cela de nuit est préférable, et nous gagnerons du temps.
Elle se leva machinalement, saisissant son sac pour le suivre, avant de remarquer qu'il ne portait qu'un t-shirt, et que ses robes, posées sur le dossier d'une chaise, ne pouvaient pas lui servir.
- Attendez ! Il me reste des vêtements dans mon sac.
Fouillant précipitamment, elle y récupéra une cape, qu'elle avait rangée après leur excursion au ministère, et agita sa baguette au-dessus afin de la modifier. Le long manteau noir qu'elle obtint lui sembla acceptable et elle le tendit à son ancien professeur avant de se diriger vers la sortie.
Une fois à l'extérieur, elle prit quelques secondes pour profiter de l'air frais et se tourna vers son compagnon, un peu inquiète à l'idée de le faire transplaner. Mais lorsqu'il saisit son bras elle n'eut aucune hésitation, et le sentit qui l'accompagnait dans son mouvement.
En entendant le bruit de l'eau, elle se tourna vers la rivière, la contemplant quelques instants, brillant sous la lune, avant de se tourner vers Rogue. Et elle le suivit sans un mot lorsqu'il s'aventura dans les rues bordant l'endroit où ils avaient transplané.
Les alentours étaient déserts et ils progressèrent sans encombre, passant devant des maisons ouvrières délabrées, des petits jardins laissés à l'abandon. Lorsque le sorcier s'arrêta devant une des maisons d'une impasse, Hermione fit de même, levant brièvement les yeux vers la cheminée qui se dressait au-dessus d'eux, pareille à une sentinelle maléfique.
Echangeant un regard avec Rogue, elle comprit immédiatement qu'ils étaient arrivés. Sortant sa baguette de sa manche elle s'avança prudemment, et lança un sort de détection. Mais personne ne semblait encore avoir fait le rapport entre cette maison et l'austère professeur de potions, et les lieux semblaient vides.
L'impression de désolation ressentie à l'extérieur se renforça quand Hermione pénétra dans la maison, accompagnée d'un sentiment de tristesse qui lui serrait le cœur.
Le salon était froid, triste et sans attraits, malgré les rayonnages pleins de livres. Et la maison tout entière donnait l'impression d'être laissée à l'abandon.
En reportant les yeux sur son ancien professeur elle s'aperçut qu'il la regardait, attendant vraisemblablement une réponse.
- Pardon ?
- Des caisses, il me faudrait des caisses Miss Granger.
- Oh ! Oui pardon.
D'un mouvement souple du poignet elle fit apparaître plusieurs caisses de bois au centre du salon et fit quelques pas dans la pièce, réalisant enfin que l'ex-mangemort avait vraiment vécu ici. Et ce qu'elle sentait ici lui donnait à réfléchir. Il n'avait jamais été aimable avec quiconque, bien au contraire, mais l'inverse était vrai aussi.
Avec une hésitation elle se tourna vers lui, ne sachant quoi faire. Elle le découvrit un livre à la main, le feuilletant avec beaucoup d'attention.
- Professeur, avez-vous besoin de mon aide ? Je peux tout emballer si vous voulez et vous pourrez trier cela au square Grimmaurd.
Il se tendit en l'entendant, referma le livre qu'il tenait à la main et l'observa un instant.
- Oui, emballez les livres, je vais m'occuper du reste.
Sans attendre de réponse il se dirigea vers une porte cachée dans un coin de la pièce et disparut à la vue de la jeune femme. Elle resta immobile un instant, perplexe devant sa réaction, avant de se dire que leur visite ici ne devait pas être une sinécure. Elle parcourut la bibliothèque des yeux, repérant rapidement le classement mis en place, et se mit finalement au travail
Elle avait déjà déplacé plus de la moitié des livres lorsqu'il revint dans le salon, transportant un grand carton. La vue des bocaux et des flacons qui dépassaient lui indiqua ce qu'il pouvait contenir et elle se retint de l'interroger pendant qu'il le déposait près des caisses de livres.
Glissant un coup d'œil, elle l'observa à la dérobée alors qu'il repartait, mal à l'aise devant son expression froide.
A son retour suivant, c'est chargé de vêtements qu'il apparut. Tout était en vrac, rassemblé à la hâte. Les vêtements semblaient usés et froissés bien qu'elle n'en eut qu'un bref aperçu lorsqu'il les laissa tomber dans une autre caisse. Avant de se laisser tomber lui-même dans le fauteuil.
Une fois les livres emballés elle se tourna lentement vers lui, ne sachant comment se comporter face à son silence, et réfléchit rapidement à ce qu'ils avaient récupéré, et à tout ce qu'il manquait au square Grimmaurd.
- Professeur ? Est-ce que... Sa voix trembla légèrement lorsqu'il releva les yeux vers elle mais elle se força à reprendre. Nous aurions besoin d'affaire pour le QG, il n'y a presque rien là-bas. Puis-je prendre ce qu'il faut ?
Le silence qui suivit sa question devint rapidement déplaisant, et elle commença à se sentir mal à l'aise ainsi épinglée par un regard noir.
- Décidément, malgré un monde qui ne tourne pas rond, vous ne changez pas. Miss-je-sais-tout, parfaite et organisée, qui pense à tout. Si ce n'était pas aussi agaçant ça pourrait presque être rassurant.
Elle sentit la colère l'envahir à cette remarque, et ses joues s'enflammèrent alors qu'elle lançait à son tour un regard chargé de rage.
- Et décidément vous ne changez pas non plus. Toujours capable d'être sarcastique et blessant alors que vous n'avez même plus d'existence officielle. Mais ce n'est pas rassurant, ça, par contre.
Se dirigeant vers la porte dérobée qu'il avait emprunté un peu plus tôt elle lui jeta un dernier coup d'œil méprisant.
- Cependant je vais prendre votre remarque pour un oui, et me servir moi-même ! Au moins je serai sûre de prendre tout ce qu'il faut.
Elle s'engouffra dans la cuisine, furieuse contre l'homme resté dans le salon, et fit apparaître une nouvelle caisse. Mais quand elle tenta d'y amener les premiers objets, sa colère prit le dessus et le sort pourtant inoffensif, envoya une assiette exploser contre le mur. Le bruit de la porcelaine qui se brise la fit tressaillir et elle se passa une main sur le visage, tentant de retrouver son calme. Elle y était presque parvenue, se redressant et inspirant profondément, quand deux mains se posèrent sur ses épaules.
Se raidissant, elle patienta, se demandant si elle allait entendre de nouveaux sarcasmes ou des excuses, quand l'évidence lui sauta aux yeux : jamais Rogue ne s'excuserait. "Pas plus qu'il ne demanderait d'aide", pensa-t-elle en se souvenant de la discussion en début de soirée. Il lui avait proposé de rester, mais n'avait à aucun moment dit qu'il aurait besoin d'elle, même si à ses yeux il était évident que c'était le cas.
Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, ce qui lui permit de se calmer complètement, et elle ne dit rien quand il s'éloigna d'elle pour commencer à ranger les affaires de cuisine.
- Vous ne vous excusez jamais n'est ce pas...
Elle le regarda hausser les épaules sans s'interrompre et reprit la parole.
- Pas plus que vous ne demandez d'aide évidemment...
Un autre haussement d'épaules lui répondit et elle esquissa un sourire.
- Vous savez que vous pourriez répondre ?
- Vous n'avez pas posé de questions.
Elle leva les yeux au ciel, se demandant une nouvelle fois ce qui avait pu lui passer par la tête pour se mettre dans une telle situation, et le regarda à nouveau.
- C'est vrai. Je recommence alors. Ne demandez-vous jamais d'aide ?
- Non !
- Je vois. Et vous n'envisagez jamais de vous excuser non plus ?
- En effet.
Elle aperçut le bref regard qu'il lui lança et fit disparaître le sourire qui venait de naître sur ses lèvres. Croisant les bras, elle le regarda ranger ce que contenaient les placards, avant de reprendre la parole.
- Vraiment vous êtes désespérant...
Le regard qu'il lui lança aurait pu la pétrifier sur place si elle ne s'y était pas attendue. Levant les mains en signe de reddition elle reprit d'un ton amusé.
- Non, non, ne répondez pas, ce n'était pas une question. Mais je crois que je vais apprendre à pratiquer le sarcasme si je veux survivre aux prochains jours.
Détournant les yeux, elle prit la direction de l'escalier qu'elle avait aperçu dans un coin, menant apparemment aux chambres, et ne se retourna qu'une fois sur la première marche, pour croiser le regard de son ancien professeur.
Esquissant un nouveau sourire, bien visible cette fois, elle agita sa baguette, en un grand arc de cercle. Elle observa un instant les objets qui s'envolaient et se rangeaient tout seuls, et se mordit les lèvres pour ne pas rire en voyant Rogue reculer précipitamment pour les éviter, avant de s'enfuir dans les escaliers.
Lorsqu'elle redescendit, après avoir trouvé plusieurs couvertures, des oreillers et des draps, déjà miniaturisés et rangés, elle grimaça devant la cuisine vide. Avisant la caisse soigneusement fermée, elle la miniaturisa à son tour, et rejoignit le salon.
A sa grande surprise, Rogue s'était réinstallé dans son fauteuil, feuilletant de nouveau le livre qu'il avait pris un peu plus tôt. Il se leva à son entrée, affichant un air impassible, alors qu'elle s'attendait à une expression bien plus rébarbative, et rangea ce qu'il tenait dans sa poche.
- Nous pouvons transplaner d'ici pour partir. Dès que vous aurez tout réduit.
Elle acquiesça sans dire un mot, stupéfaite de ne pas entendre de reproche, et le laissa récupérer les caisses miniatures, ne se reprenant qu'à son approche. Elle sentit la chaleur de sa main sur son bras et ferma immédiatement les yeux, se concentrant sur leur destination, désormais désireuse de partir rapidement.
Ils n'échangèrent pas un mot en se dirigeant dans la cuisine. Une fois là-bas, après avoir rendu leur taille aux différentes caisses, Hermione se recula pour laisser Rogue se pencher sur celles contenant les livres. Mais les traits tirés de son compagnon l'inquiétèrent et elle finit par s'approcher de lui.
- Vous allez bien, Professeur ?
- Le transplanage nécessite beaucoup d'énergie, même accompagné.
Il avait accompagné sa réponse d'un bref coup d'œil et d'un haussement d'épaules, mais la jeune femme le détailla néanmoins avant de se relever. Se dirigeant d'un pas vif vers la cheminée elle mit de l'eau à chauffer, et quitta la pièce, pour revenir quelques minutes plus tard.
Après avoir préparé du thé elle revint près du sorcier, évitant soigneusement les diverses piles de livres sur le sol, et s'accroupit près de lui.
- Tenez !
Elle aperçut son regard stupéfait lorsqu'il remarqua ce qu'elle lui tendait et sourit doucement. Après l'avoir regardé prendre la potion qu'elle venait d'apporter, elle lui mit la tasse de thé dans les mains et se pencha pour examiner les livres répandus devant elle.
- Avez vous besoin de moi pour trier tout cela ?
- Non, Miss Granger, vous pouvez aller vous coucher si vous voulez.
- Et vous, vous pourriez faire cela demain, non ?
- Je préfère le faire maintenant. Demain il faudra que nous allions à Poudlard à la première heure pour faire l'échange.
- Nous ? Comment ça nous ? Je pensais que vous ne vouliez plus y aller pour éviter de vous faire voir.
Il se tourna vers elle une seconde, haussant un sourcil en affichant un sourire ironique, et but une gorgée de thé avant de répondre.
- En effet. Mais c'était avant de découvrir la carte que vous possédez, et qui me permettra de voir si quelqu'un s'approche de mes quartiers.
Elle le regarda d'un air ahuri avant de soupirer, coincée par la logique de son raisonnement.
- Bien, je crois que vous ne me laissez pas grand choix. Je vous laisse trier tout ça alors. Bonne nuit.
Elle se releva d'un mouvement souple, et avait presque atteint la porte lorsqu'elle entendit sa voix résonner dans la cuisine.
- Miss Granger ?
- Oui, Professeur ?
- Tenez !
Se tournant vers lui, elle s'aperçut qu'il lui tendait un livre de petite taille. Elle fit quelques pas dans sa direction, reconnut le livre qu'il feuilletait un peu plus tôt, et le saisit lentement avant de le tourner dans ses mains, sans comprendre pourquoi il l'avait appelée.
- Professeur ? Vous voulez que je le range quelque part ?
- Non, je vous le donne, c'est tout. Maintenant si vous voulez le ranger, libre à vous.
Baissant les yeux sur la couverture de cuir sombre, elle distingua quelques mots et approcha le livre de ses yeux pour déchiffrer le titre.
- De... L'Origine des... Potions ?
- Il a été écrit par un Maître en Potions, il y a 150 ans environ.
Rogue s'était détourné après lui avoir donné le livre et elle ne put observer son visage pendant qu'il prononçait ces mots. Examinant à nouveau le livre, elle sentit un sourire s'épanouir sur son visage, mais hésita une dernière fois.
- Mais...
- Pas de mais... pas de questions non plus. Prenez le et filez !
Il l'avait interrompu d'un ton sec, et c'est ce qui la décida. Sans faire attention à ce qu'elle faisait, elle serra le livre contre elle, se pencha brusquement, déposant un bref baiser sur la joue de l'horrible professeur de potion, et partit en courant.
- Merci Professeur, bonne nuit !
La voix de la jeune femme résonna dans l'escalier et Rogue leva les yeux au ciel avant de reprendre son rangement.
