Après 2 ans de silence, et ayant toujours cette histoire dans la tête, je me décide à la continuer.

Si d'anciens lecteurs sont encore la, j'espère que vous apprécierez la suite. Si vous découvrez l'histoire, j'espère qu'elle plait :)

Je vais essayer de publier régulièrement les chapitres suivants.

Bonne lecture


En se réveillant, Hermione soupira doucement, savourant l'impression de bien-être qu'elle n'avait pas ressentit depuis longtemps. L'espace d'un instant, elle se demanda l'heure qu'il pouvait être, avant de se renfoncer dans le lit, bien au chaud, désireuse de profiter de ce moment de tranquillité, sans peur ni stress.

Un simple regard lui avait montré que l'autre lit était vide, l'homme étant surement déjà levé depuis longtemps, si tant est qu'il se soit couché, et elle prit le temps de réfléchir à leur situation, se demandant une nouvelle fois si elle avait fait le bon choix.

Mais elle ne put y penser longtemps, un grincement à la porte attirant son attention. Relevant les yeux, elle distingua Winky, penchée dans l'embrasure de la porte, qui l'observait.

- Entre Winky.

Winky ne voulait pas réveiller, Miss Hermione. Le maître a envoyé Winky voir si vous étiez réveillée.

- Je l'étais ne t'inquiètes pas. Sais-tu l'heure qu'il est ?

- Presque 10h, Miss. Winky prépare votre déjeuner ?

- Oui tu peux, je m'habille et je descends.

Elle s'assit au bord du lit, remarquant à cet instant seulement que l'elfe ne portait plus les vieux vêtements qu'elle avait la veille, et la rappela.

- Attends ! Fais voir ta tenue ?

La créature revint en rougissant, les mains crispées sur le tissu qu'elle portait, et se redressa en arrivant près du lit. Ce n'est qu'a ce moment là que la jeune femme réalisa qu'elle s'était glissée dans une taie d'oreiller, légèrement modifiée pour laisser passer sa tête et ses bras. Une fine cordelette lui entourait la taille, transformant l'ensemble en une robe grossière.

En voyant le regard d'attente de l'elfe, elle ne put s'empêcher de lui sourire en approuvant de la tête.

- Très joli, Winky.

- Merci Miss ! Winky aime beaucoup sa tenue aussi. Winky va préparer le déjeuner maintenant.

Elle quitta la pièce en un instant, laissant la jeune femme seule. L'expression de l'elfe lui avait clairement montré que le choix fait le jour précédent la rendait heureuse. Mais Hermione dut se faire violence pour s'en persuader, se raccrochant aux explications du sorcier.

Finalement elle se leva lentement, et prit ses vêtements avant de se rendre dans la salle de bain.

Lorsqu'elle descendit, quelques minutes plus tard, l'impression de bien-être s'était estompée, et elle poussa doucement la porte, désireuse d'observer le sorcier qui devait se trouver dans la cuisine, avant d'y entrer. Elle l'aperçut sur le coté, dos tourné à la porte, en train d'examiner les caisses ouvertes. Après avoir pris une profonde inspiration, elle se décida à entrer, et se contenta de le saluer en se dirigeant vers la table.

- Bonjour, Professeur.

- Miss Granger !

Elle retint un soupir en l'entendant, détestant sa façon d'accueillir les gens, et se glissa sur une chaise en silence, soulagée de voir qu'il n'avait même pas levé la tête.

Le petit déjeuner servi, elle s'attaqua à ses tartines, en observant les gestes de l'homme assis un peu plus loin. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'il faisait l'inventaire des caisses, mais elle ne put détourner le regard, amusée par sa concentration.

Et tandis qu'elle le regardait du coin de l'œil, elle repensa à la veille, à leur discussion sur les elfes de maison. La transformation de Winky était suffisamment flagrante pour lui montrer qu'elle avait surement fait le bon choix, mais bon nombre de questions n'avaient pas eu de réponse.

Ce n'est qu'a la fin du repas, qu'elle se décida à poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Professeur ?

- Miss Granger ?

Il ne tourna pas la tête vers elle mais ses gestes se ralentirent et elle comprit rapidement qu'elle n'obtiendrait pas plus. Malgré ses hésitations, elle dut se résoudre à l'interroger ainsi.

- Comment en avez-vous appris autant au sujet des elfes de maison ?

- Je vous ai dit que leurs traditions se transmettent oralement...

- Oui, j'ai bien compris cela. Mais s'ils ne veulent pas que cela se sache, comment avez vous pu en entendre parler ?

- Miss Granger, j'ai vécu plus de 15 ans à Poudlard.

- Oh ! Ce sont les elfes de Poudlard qui vous ont raconté tout cela ?

- Evidemment !

Elle aperçut le mouvement brusque qu'il fit en prononçant ce mot, et comprit qu'il approchait des limites de sa patience. Ravalant les questions qui lui venaient aux lèvres, elle se détourna en silence, rassemblant la vaisselle sale pour débarrasser la table.

Après un moment d'incertitude, elle finit par saisir les livres de droit, et se mit au travail, bien décidée à fournir à Harry un dossier aussi complet que possible.

Deux heures s'écoulèrent dans un silence presque complet, troublé seulement par le froissement des parchemins déplacés et les tintements des bocaux d'ingrédients qui se heurtaient parfois.

- Maître ... Voulez-vous déjeuner ?

La petite voix de Winky rompit le silence dans lequel ils travaillaient et les deux sorciers levèrent la tête vers l'elfe, surpris de l'heure.

- Des sandwichs suffiront, merci Winky.

Hermione baissa la tête en apercevant le regard que Rogue posait sur elle, comme s'il la mettait au défi de faire une remarque et reprit son travail.

Elle ne la releva qu'en entendant Winky déposer des assiettes sur la table et dut se mordre les lèvres pour ne pas pouffer de rire. L'elfe avait du penser que de simples sandwichs ne suffisaient pas et avait abondamment garni les assiettes. Avec des sandwichs certes mais également une salade composée et de nombreux morceaux de fruits finement coupés. Glissant un coup d'œil à son ancien professeur, elle constata qu'il regardait les assiettes d'un air stupéfait, et dut faire preuve de toute sa maîtrise pour ne rien dire.

- Merci Winky.

Elle termina soigneusement sa phrase, relut rapidement son parchemin, satisfaite d'avoir pu préparer une proposition complète pour Harry et le rangea avant de saisir son assiette.

Voyant que Rogue discutait avec Winky, lui expliquant apparemment ce qu'il attendait d'elle, elle garda un silence prudent, notant simplement qu'il se comportait bien avec l'elfe. Bien mieux qu'avec la majorité des humains d'ailleurs.

Une fois le repas fini, elle prit quelques minutes pour savourer un thé, et commença à repenser au propos de Luna. Sans même finir sa tasse, elle tira les parchemins vers elle, et relut ce qu'elle avait noté depuis le début.

Ils n'avaient pas fini la discussion concernant le chant des fondateurs, et elle jeta un coup d'œil à son compagnon qui buvait un café tout en continuant de trier le contenu des caisses. Après une hésitation, elle repoussa ses questions, et laissa son esprit s'attarder sur ce que le sorcier lui avait dit l'avant-veille. Il avait cru voir Lily Evans, et Harry l'avait vue également, ainsi que son père et son parrain, grâce à la pierre de résurrection. Et elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait un lien. En se concentrant un peu, elle parvint à se souvenir du récit d'Harry, de ce qu'il avait vu dans la pensine.

Elle soupira doucement, griffonna quelques mots sur son parchemin et se décida à relever les yeux vers l'ancien mangemort.

- Professeur ?

- Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je suis occupé, Miss Granger, je travaille.

- Vous ne l'avez probablement pas remarqué non plus, mais moi aussi. Et j'ai des questions à vous poser.

Elle le vit lever les yeux au ciel et se tourner lentement vers elle, l'air contrarié et craignit un instant qu'il ne hurle comme les fois précédentes. En constatant qu'il n'en était rien, elle inspira profondément et réunit son courage pour l'interroger.

- Est-ce que Lily Evans connaissait les légendes sur les fondateurs ?

L'espace d'un instant, elle cru qu'il ne lui répondrait pas, mais il finit par le faire.

- Oui, je lui en ai parlé dans le train qui nous menait à Poudlard la première fois. J'avais lu quelque chose à ce sujet la veille, dans un livre de ma mère, et je lui ai raconté.

- En a-t-elle reparlé ensuite ?

- Elle était… curieuse. Elle voulait absolument en savoir plus. Et je crois qu'elle a réussi car quelques jours plus tard elle m'a dit qu'elle avait trouvé des informations à ce sujet mais qu'elle ne pouvait pas en parler. Pas sans en savoir plus.

- Et ?

- Et nous n'en avons jamais reparlé finalement.

- Est-ce-que…

Alors qu'elle s'apprêtait à poser une nouvelle question, une alarme retentit dans la maison, les faisant sursauter, et elle se leva d'un bond.

- Quelqu'un arrive !

Les bruits de voix à l'étage, et la course dans l'entrée, lui confirmèrent ses craintes mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir. Tirant son ancien professeur de son fauteuil, elle lui lança un sort de désillusion et le poussa dans le placard de la chaudière.

- Ne dites pas un mot, et ne bougez pas.

Elle n'eut que le temps de revenir à la table avant que la porte ne s'ouvre à la volée, faisant à nouveau sursauter Winky qui s'était blottie dans un coin de la pièce.

- Expelliarmus !

Elle saisit la baguette qui venait de s'envoler, et s'arrêta juste avant de lancer un sort plus offensif, sentant la colère la gagner en reconnaissant Ron.

- Ronald Weasley ! Qu'est ce que tu fais là ?

Le jeune homme recula brusquement, inquiet de la colère qu'il entendait dans la voix de la jeune femme, et heurta Harry qui le suivait, les faisant basculer tous deux au sol.

Plusieurs grognements de douleur, des jurons et finalement des rires retentirent dans la pièce alors que les deux garçons se séparaient et se relevaient, mais rien n'apaisa Hermione qui les toisait d'un regard menaçant.

- Désolé Mione.

Harry s'excusa et rougit en voyant l'attitude de la jeune femme avant de se reculer légèrement, laissant Ron se débrouiller.

- Je m'inquiétais Mione. Harry m'a juste dit que tu avais besoin de t'éloigner un peu, et tu n'as pas donné de nouvelles depuis. Et aujourd'hui j'apprends que tu es allée le voir hier alors que tu n'es pas venue me voir moi. J'ai cru que tu avais des problèmes.

Il prononça les derniers mots en rougissant, mal à l'aise de s'être laissé emporté ainsi et baissa la tête.

- Et ca t'autorise à entrer ici de force, en déclenchant les alarmes ? Ou à défoncer la porte de la cuisine ?

- J'étais inquiet, tu aurais pu être en danger.

- Ca ne justifie pas que tu te précipites, sans même faire attention. Si j'avais vraiment été en danger, les alarmes sur la porte t'auraient mises en danger aussi. N'importe qui aurait pu être dans cette cuisine, Ron !

- Désolé … vraiment !

- Et puis franchement ! J'avais dit que je voulais être seule quelques temps ! Merlin, vous êtes impossibles tous les deux. Harry ! Comment Ron a-t-il su que j'étais ici ?

- J'ai gaffé…

La façon dont il murmura ces mots fit retomber la colère de la jeune femme et elle finit par soupirer.

- Bon ben maintenant que vous êtes là asseyez-vous. Winky, refais du thé s'il te plaît.

Elle attendit que le thé soit servit, détaillant ses amis en silence, amusée de les voir aussi mal à l'aise, et se décida finalement à reprendre la parole.

- Bien, vous m'avez vue, vous savez que je vais bien et nous prenons le thé ensemble. Est-ce suffisant pour te rassurer Ron ? Car ma demande est toujours d'actualité : j'ai besoin de rester seule et il n'est pas question que tu débarques à nouveau comme ça.

- Quoi ? Tu comptes rester là ? Mais … Non Hermione, tu ne peux pas !

- Bien sur que si je peux, et je compte bien le faire.

- Mais… ma mère veux qu'on te ramène avec nous, elle dit que ce n'est pas bon de rester toute seule.

- Ron ! Tu en as parlé à ta mère ?

Le rougissement du jeune homme s'amplifia encore un peu et elle sentit sa gorge se serrer en réalisant cela, craignant ce qu'elle allait entendre.

- Et aussi à mon père…

- Mais… pourquoi as-tu fait cela ?

- Je croyais que tu étais allée chercher tes parents, Mione. Et je leur ai parlé du sort que tu as lancé l'an dernier. Et mon père…

Il dégluti péniblement et s'enfonça un peu plus dans sa chaise, incapable de continuer. Hermione baissa les yeux vers la table, pâlissant en comprenant ce qu'il ne disait pas, et qu'elle leur avait caché pendant un an. Elle finit par demander d'un ton froid :

- Qu'a dit ton père ?

- Que… que c'était très dangereux, que ce genre de sort doit être parfaitement maîtrisé pour ne pas rendre fou celui qui le reçoit. Et que… c'est irréversible. Et illégal.

Un silence pesant s'installa dans la pièce, Hermione resta droite sur sa chaise, le visage fermé, pendant que les deux garçons se jetaient des regards inquiets. Finalement ce fut Ron qui eut le courage de reprendre la parole.

- Hermione, pourquoi as-tu fait ça ? A tes parents ?

- Fait quoi Ron ? Leur sauver la vie ? D'après toi, pourquoi aurai-je fait cela ?

- Mione… Le sort.

Le ton suppliant de son ami ne l'arrêta pas et elle se redressa pour le dévisager, déçue de sa réaction et en colère.

- Quel choix avais-je ? Je savais ce que faisait ce sort, mais je devais les sauver. Et c'est fait. Alors oui c'est irréversible, oui ils ne se souviendront jamais de moi, mais ils sont en vie et heureux. Et même s'il m'était arrivé quelque chose, ils l'auraient été. Et je m'en fous que ca soit illégal !

- Mais Mione…

- Non, tu te tais. J'ai fait ce que je devais faire. Si je n'avais pas lancé ce sort, ils ne seraient pas partis. Et seraient surement morts aujourd'hui. Tu aurais fait pareil à ma place.

- Non ! Hermione, tu as changé leur mémoire. Tu ne pourras plus les voir désormais, ils ne savent même plus que tu existes. Ca ne te fait rien ?

- Comment oses-tu me demander cela !

Le dossier de la chaise claqua bruyamment lorsqu'elle bascula contre le sol, alors qu'Hermione se levait brusquement, et Ron, comme Harry, reculèrent leurs chaises, désireux de s'éloigner de la jeune femme, se souvenant parfaitement de ses réactions lorsqu'elle était en colère.

- Ils me manquent ! Tous les jours. Mais même si moi je les ai perdus, eux ne souffrent pas. Et si j'avais du mourir dans cette guerre, ils auraient pu continuer à vivre tranquillement au lieu de me pleurer. Mais tu es trop idiot et égoïste pour comprendre cela.

Elle vacilla un instant, s'agrippant au bord de la table, blême et crispée, et finit par la lâcher pour quitter la pièce. Un craquement résonna dans la cuisine quand l'elfe transplana brusquement, faisant sursauter les deux garçons, et Ron poussa un gémissement en réalisant ce qui venait de se produire.

- Je dois dire qu'elle a raison, tu es un idiot Ron !

- Oh Merlin ! Je sais ! Je ne voulais pas dire tout ça mais elle est différente. Elle a disparu sans rien dire, elle refuse de revenir, et d'après mes parents c'est quasiment de la magie noire ce qu'elle a fait.

- Elle a voulu protéger sa famille, tu aurais fait pareil si tu l'avais pu, même si ca implique de vivre sans eux ensuite.

- Je ne sais pas… Harry, tu te rends compte ?

- Et bien moi je l'aurai fait en tout cas…

Le silence se fit de nouveau, chacun d'eux restant plongé dans ses pensées, jusqu'à ce que Ron lève la tête et observe la pièce.

- Harry ? C'est à toi ces caisses ?

- Quelles… Ah non ce n'est pas à moi. A Hermione surement.

Le jeune homme avait jeté un bref coup d'œil avant d'apercevoir les livres de droit moldu. Tirant les ouvrages vers lui, il les examina lentement, lisant les titres pendant que son ami se levait pour examiner les caisses de bois.

- Et depuis quand Hermione bois du café ?

- Elle n'en boit pas Ron.

- Pourtant il y en a une tasse à moitié pleine près des caisses. Et elles sont pleines de livres et d'ingrédients.

Il s'approcha un peu plus et tendit la main pour saisir une des fioles quand la voix de la jeune femme résonna dans la pièce.

- Ustulaticius !

Harry avait sursauté en entendant le sort, se relevant brusquement avant de voir Ron gémir en se tenant la main.

- Hermione !

- Ne touche plus jamais à mes affaires sans ma permission, Ronald Weasley, sinon ce n'est pas une simple brûlure que tu recevras !

- Mais je n'y ai pas touché…

- Tu allais le faire, c'est pareil. Et ça vaut aussi pour toi Harry !

Elle détourna sa baguette, menaçant alternativement les deux garçons, et sa manche glissa, dévoilant les marques bleues autour de son poignet.

Fronçant les sourcils, Harry la dévisagea un moment avant de s'approcher de Ron pour l'amener vers l'évier. Lorsqu'il lui eut mit la main sous l'eau froide, il se tourna vers la sorcière, constatant qu'elle avait caché ses bleus, et la détailla. Fatiguée, tendue et en colère, elle avait le visage marqué par les derniers jours avant l'affrontement final mais ne semblait pas blessée.

- Hermione, qu'est ce qui se passe. Tu es étrange, tu nous as caché des choses pour tes parents, tu as voulu rester seule, tu t'es installée ici avec Winky et maintenant il y a plein d'affaires qu'on n'a jamais vues. Sans compter une tasse de café presque pleine alors que tu n'en bois pas.

- Ca ne te concerne pas Harry.

Sa voix était lasse, même si la colère semblait toujours présente, et elle le dévisagea d'un air méfiant sans s'approcher.

- Tu es mon amie, donc quelque part ca me concerne. Si tu as des problèmes on peut surement t'aider.

- Je n'ai pas de problèmes, je te l'ai dit hier.

- Mione…

En voyant son regard menaçant il capitula, levant les mains en signe de reddition, et lui sourit.

- Ok tu n'as pas de problèmes. Mais il se passe quand même quelque chose non ? Ces affaires ne semblent pas être à toi, comme le café. Est-ce que tu ne peux pas nous expliquer ce qui se passe ?

La voix apaisante du jeune homme la détendit légèrement et elle baissa la tête, réfléchissant à la situation. Après plusieurs hésitations, elle releva les yeux vers les deux sorciers, eut une brève pensée pour leur ancien professeur, espérant qu'il n'entendrait pas ce qu'elle s'apprêtait à dire, et se décida.

- Je ne peux pas tout vous expliquer. Si vous pouvez l'admettre tant mieux, sinon vous pouvez partir.

Elle attendit quelques instant, et constatant qu'aucun d'eux n'avait bougé, commença à s'expliquer.

- J'aide un ami. J'ai eu un message de sa part il y a quelques jours, et je l'ai rejoint pour l'aider. Mais je ne peux pas vous expliquer ce qui se passe, c'est lui que cela concerne.

- On le connait ?

- Non.

- Et tu l'as connu comment ?

- Et bien... Nous avons échangé pas mal de parchemins.

- Et tu tiens assez à lui pour l'aider et garder son secret ? Même vis-à-vis de nous ?

- Oui Harry. Je t'ai aidé pendant un an sans hésiter, sans me poser de questions, car tu es mon ami. Aujourd'hui, quelqu'un d'autre à besoin d'aide, et je compte bien être là pour lui.

- Il est venu ici ? C'était pour lui le café ?

- En effet, il est passé un peu avant que vous arriviez. Maintenant c'est tout ce que vous saurez. Le reste ne vous regarde pas. Sauf ça…

S'avançant prudemment vers la table, elle saisit les parchemins concernant les procès moldus, et les tendit à son ami avec un sourire hésitant.

- Lis-les, tu me diras ce que tu en penses. Je vous verrai surement demain de toute façon. Et maintenant je voudrai vraiment que vous me laissiez.

- Bien sur Mione, on va y aller. Viens Ron.

Après avoir prit les feuillets, il se tourna vers le jeune homme toujours debout près de l'évier, et sursauta en voyant la colère que son visage exprimait.

- C'est Krum évidemment hein ! Tu lui as écrit pendant des années alors forcément c'est lui. C'est un ennemi bon sang, il vient de Durmstrang, comment peux tu l'aider ?

- Ron !

Harry tenta d'apaiser le jeune homme, et s'approcha de lui pour l'emmener, mais celui-ci s'éloigna et se dirigea vers Hermione.

- Tu as changé ! Tu as fait de la magie noire, tu nous as menti et tu nous cache des choses, tu m'as attaquée. Tu as bien fait de te cacher ici finalement, je ne veux rien avoir à faire avec toi !

Après avoir crié ces derniers mots, il s'engouffra dans l'escalier, le montant aussi vite que possible en laissant Harry stupéfait dans la cuisine.

- Je vais le calmer Mione, ca s'arrangera. Prends soin de toi, et rejoins-nous si ça ne va pas.

Le jeune homme prononça ces mots à toute vitesse avant de filer derrière Ron. Les bruits de leur cavalcade dans l'escalier résonnèrent dans la pièce, suivis des échos d'une dispute avant qu'elle n'entende la porte d'entrée claquer.

Hermione resta un moment figée à sa place, les yeux fixés sur l'escalier, les mains crispées sur le rebord de la table, qu'elle avait agrippé sans s'en rendre compte, avant de glisser au sol. Ses sanglots rompirent le silence, déclenchant la venue de Winky, qui tenta de lui parler et de lui faire lâcher le rebord de la table. Mais les efforts de l'elfe restèrent sans succès. Finalement un grincement interrompit son babillage, et la voix de l'ancien mangemort retentit dans la pièce.

- Crétin de Weasley !

En entendant ces mots, la jeune femme releva la tête, plissant les yeux pour tenter de distinguer quelque chose à travers ses larmes, et sursauta en apercevant seulement la porte du placard s'ouvrir toute seule.

- Cesser de pleurer Miss Granger, et enlevez moi ce fichu sort !

- Professeur ? Je… Oh… Désolée.

Elle bafouilla quelques mots, tenta de lever le sort de dissimulation, ne réussissant à le retirer qu'a son troisième essai et laissa glisser sa baguette au sol avant d'enfouir son visage dans ses mains. L'homme l'observa quelques instants avant de lisser sa chemise, et se tourna vers l'elfe qui patientait près d'eux.

- Winky prépare du thé, et regarde si tu trouves de l'alcool dans une des caisses.

Après un coup d'œil dans la pièce, il finit par se diriger vers l'escalier. Il n'en revint que quelques minutes plus tard, une fiole de potion à la main, et verrouilla soigneusement la porte de la cuisine.

Avisant le thé déposé sur la table, et la bouteille de whisky pur feu, il déposa la potion près d'eux et s'assit lentement, en réfléchissant à la situation.

Finalement, il tira la tasse de thé vers lui, y versa une large rasade de whisky et s'agenouilla près de la jeune femme toujours recroquevillée au sol.

- Miss Granger… Essayez de vous reprendre et buvez ceci !

Il lui toucha légèrement le bras, tentant d'attirer son attention, et ne parvint à récolter qu'un nouveau sanglot. Soupirant d'énervement, il reposa la tasse en voyant qu'elle ne la prenait pas et la saisit par les épaules pour la redresser.

- Allons, relevez-vous donc. Ce n'est qu'un crétin et vous ne devriez pas prêter attention à ses imbécilités.

Réussissant à la relever à moitié, il la força à découvrir son visage, avant de prendre de nouveau la tasse de thé pour lui mettre entre les mains. Mais ses tremblements lui firent changer d'avis, et avant qu'elle n'en renverse une partie sur elle, il stabilisa l'objet et l'avança vers sa bouche. La première gorgée la fit tousser, et elle reprit quelques couleurs, mais alors qu'elle tentait d'éloigner la tasse, il l'incita à en boire de nouveau, ne la laissant tranquille qu'une fois la tasse vidée.

Les joues rouges, mouillées de larmes, les yeux gonflés, Hermione dévisagea son ancien professeur d'un air hébétée avant de baisser la tête, un peu plus calme qu'avant.

- Vous aviez besoin d'un traitement de choc. La potion calmante et le repos sont des luxes que nous ne pouvons pas nous offrir dans l'immédiat.

S'étant relevé, il la tira à sa suite avant de l'asseoir dans le fauteuil et de placer une chaise face à elle. S'installant rapidement, il chercha à croiser son regard, se demandant un instant s'il n'avait pas forcé sur la dose de whisky. Son manque de réaction le fit soupirer de nouveau et il leva les yeux au ciel.

- Miss Granger !

Sa voix claqua, faisant sursauter la jeune femme qui se remit à pleurer en s'enfonçant dans le fauteuil.

Adossé à sa chaise, Rogue la regarda d'un air las, sans savoir par quel bout prendre la situation. Les paroles prononcées un peu plus tôt lui semblaient toujours résonner dans la pièce, mais il ne savait pas comment en discuter.

Finalement, il se releva pour prendre la potion qu'il avait délaissée un peu plus tôt, et la fit avaler à la jeune femme. Après avoir vérifié qu'elle s'endormait bien, il se tourna vers l'elfe qui guettait ses ordres.

- Winky, vérifie où sont ces deux crétins de Griffondor, sans te faire voir, et reviens m'informer.

Sans un murmure, la petite elfe transplana et le sorcier s'affaira dans la pièce, rangeant tout ce qu'il avait sorti dans les caisses, regroupant les livres et les bocaux d'ingrédients.

Il ne s'écoula que quelques minutes avant son retour, et elle s'empressa de rendre compte de sa mission.

- Winky les a vus, Maître, ils sont dans le parc devant la maison. Ils se disputent très fort.

- Bien, monte au premier étage et rassemble toutes nos affaires. Récupère ce qui est à toi également, et ramène tout ici. Nous ne pourrons pas rester ici. Et vérifie régulièrement ou ils sont, informe moi dès qu'ils quittent le parc

- Oui, Maître, Winky s'occupe de tout ça.

Il lui fallu près d'une demi-heure pour tout rassembler et ranger toutes leurs affaires près des sacs préparés par l'elfe. Finalement, satisfait d'avoir fini, Rogue s'installa à la table pour boire une tasse de café, en cherchant à organiser la suite.

Après un long moment de réflexion, il finit par se rapprocher de la jeune femme endormie, et la secoua légèrement pour la réveiller.

- Miss Granger, debout ! Il faut que nous parlions.

Elle ouvrit lentement les yeux, le dévisageant d'un air surpris avant de se remémorer ce qui s'était passé un peu plus tôt. En voyant les larmes apparaitre, l'ancien mangemort s'empressa de la saisir aux épaules pour la forcer à le regarder.

- Non ! Nous n'avons pas assez de temps pour que vous puissiez vous apitoyer sur votre sort. Il faut que nous parlions, et ensuite que nous partions.

Avalant péniblement sa salive, Hermione s'efforça de ne pas pleurer et détourna les yeux.

- Pourquoi ?

- Après ce qui s'est passé cet après-midi, nous ne sommes plus en sécurité ici. Vous avez entendu Weasley non ? Ses parents s'attendaient qu'il revienne avec vous. D'ici peu, il y aura probablement un ou deux Weasley de plus à la porte, surement avec Potter, pour vérifier que vous n'êtes pas sous l'emprise d'un sort et pour vous ramener chez eux.

- Ça m'étonnerait, répondit-elle tristement, Ron croit que je fais de la magie noire.

- Le jeune Weasley est un crétin, je vous l'ai déjà dit. Mais ses parents pourraient parfaitement penser que vous êtes soumise à l'imperium.

La jeune femme regarda son interlocuteur en affichant un air hébété, bouche entrouverte, mettant plusieurs secondes à comprendre, et finit par baisser la tête sans rien dire.

- Miss Granger ?

- Je suis désolée, je pensais que vous seriez en sécurité ici.

- Avec les deux idiots qui vous suivent, c'était peu envisageable. Mais maintenant il va falloir partir rapidement. Tout est rangé, mais il faudra que vous réduisiez les caisses. Et il faut que l'on discute de la meilleure façon de partir d'ici, et surtout ou aller.

Hermione resta silencieuse un moment, cherchant à se reprendre tout en réfléchissant à la situation. Finalement, elle releva la tête, examinant son vis-à-vis.

- Il n'y a qu'un seul choix : le monde moldu.

- Je n'imaginais effectivement pas retourner dans le monde sorcier Miss Granger, mais je suis ravi de votre perspicacité.

Piquée au vif par le sarcasme présent dans la voix de l'ancien mangemort, elle se redressa, le défia du regard quelques instant avant de reprendre, sans voir la lueur narquoise dans ses yeux.

- La gare … Si on se mêle aux voyageurs, on peut passer inaperçus et prendre des chambres dans un hôtel pour ce soir.

- La gare ? Pourquoi pas … Et pour sortir d'ici ?

Les yeux fixés sur elle, il l'observa réfléchir, amusé de constater qu'une simple remarque méprisante pouvait la faire réagir et mettre de coté les événements précédents. Il resta silencieux alors qu'elle développait plusieurs idées à voix haute, ne l'interrompant qu'en voyant Winky revenir dans la pièce.

- Suffit Miss Granger. Winky, ou sont ils ?

- Winky les a vus partir Maître. Winky les a entendus parler du Terrier.

- Bien ! Miss Granger, réduisez les caisses et mettez tout dans votre sac. Winky, remets tes vêtements d'hier, et tu retournes à Poudlard. Tu resteras liée à moi, ajouta t-il en la voyant se mettre à trembler, mais tu ne dois pas le dire pour l'instant. Si on t'interroge, dis juste que Miss Granger n'avait plus besoin de toi. Je t'appellerai quand je le pourrai.

- Maître… Les vêtements ?

- Je ne te les donne pas, je t'ordonne juste de les mettre. Ne t'inquiète pas.

L'elfe ravala ses larmes, hochant doucement la tête, apparemment peu convaincue.

- Miss Granger ! Réduisez ces caisses ! Immédiatement !

La jeune femme, restée immobile, sursauta autant que l'elfe en entendant ce cri, et se précipita vers les caisses, jetant les sorts à toute vitesse.

- Winky je t'appellerai, je ne t'ai pas libérée et tu le sais. File maintenant.

Le craquement résonna dans la pièce, rendant le silence plus pesant, et il reporta son regard sur la jeune femme, qui se tenait prudemment derrière la table.

- Pas trop tôt, grommela-t-il en voyant que tout était rangé. Saisissant la cape d'invisibilité, il se dirigea vers l'escalier et lui expliqua ce qu'il attendait d'elle en montant les marches.

- Maintenant écoutez moi attentivement. Nous n'avons que quelques minutes, s'ils agissent comme les crétins qu'ils sont.

- Ce ne sont pas des crétins.

- Bien sûr que si ! Suffit. Quand vous ouvrirez la porte, prenez votre temps pour sortir, que je puisse sortir sans que cela se remarque. Vous partirez à droite, et au premier croisement à gauche. Et vous continuez pour les rues suivantes, alternez toujours 1ère rue à droite, et 1ère rue à gauche. Une dizaine de fois au moins. Marchez vite, mais ne courrez pas. Je resterai derrière vous et je vous rejoindrez plus tard. Arrêtez-vous dans un endroit discret quand vous en trouverez un, et mettez vous à l'abri en m'attendant.

Avisant son regard ahuri, il haussa un sourcil avant de s'immobiliser.

- Un problème pour comprendre ces explications, Miss Granger ?

- Non, non je comprends. Mais pourquoi…

- Cessez donc de discuter ! Ce luxe ne fait pas partie de nos options. Allez-vous faire ce que je vous ai expliqué ?

- Je… Oui oui, d'accord je le fais.

- Alors dépêchez-vous. Et ne vous retournez pas. Même s'ils reviennent !

Il lui lança le regard le plus noir possible en disant ces derniers mots, ne détournant les yeux qu'en la voyant hocher la tête. Finalement, il mit la cape autour de lui et tendit la main vers la poignée de la porte.

- Aller !

La lumière pénétra dans le hall, chassant les ombres et éclairant le visage de la jeune femme. Elle s'efforçait d'avoir l'air résolue, mais la rougeur de ses yeux, la crispation de ses lèvres montraient ses craintes et sa tristesse.

Elle s'arrêta un instant sur le perron, laissant le temps à son ancien professeur de se glisser dehors, et claqua la porte avant de descendre les quelques marches.

Rogue la suivit du regard, notant la raideur de sa démarche, et s'éloigna du perron pour se glisser dans l'ombre d'une maison proche. Profitant du calme de la rue, il l'observa attentivement, réfléchissant à ce qu'il avait entendu un peu plus tôt.

« Je ne sais pas ce que vous avez fait à vos parents pour choquer Weasley à ce point, mais nous aurons une discussion ce soir, Miss Granger. Et aussi sur les explications que vous avez données. Un ami… J'aurai décidément tout entendu en ce monde. »

Le bruit d'une discussion dans le parc attira son attention, et il se tourna vers le son. Un sourire sarcastique glissa sur ses lèvres alors qu'il reconnaissait les jeunes gens qui se rassemblaient.

« Trop tard Potter ! »

- Elle est là-bas. Hermione ! Attends !

En entendant ces mots, l'ancien mangemort se redressa brusquement. Effectivement la jeune femme atteignait à peine le coin de la rue, et était bien visible. Sa démarche plus lente, et une hésitation, l'avertit qu'elle avait elle aussi entendu l'appel, mais alors qu'il s'attendait à la voir s'arrêter, elle accéléra le pas et disparut dans l'autre rue.

Une silhouette passa devant lui, courant sur le trottoir comme pour rattraper la jeune femme, pendant que les Weasley s'approchaient du numéro 12. Sans réfléchir, l'homme leva sa baguette en direction du coureur et murmura quelques mots.

- Vestimentum secare !

Le bruit de déchirure lui parvint distinctement, et il s'autorisa un sourire méprisant, bien caché sous sa cape, en voyant sa cible perdre son pantalon en pleine rue. Avoir fait les frais de ce sort, bien des années auparavant, lui permettait maintenant de le réutiliser contre un autre Potter.

Il observa la chute du jeune homme, jubilant de la situation, et tendit l'oreille en voyant ses compagnons le rejoindre.

- Et ben Harry, tu te déshabilles en pleine rue maintenant ?

Le vêtement déchiré laissait voir un caleçon coloré, couvert de vifs d'or, qui fit pouffer les garçons.

- Oh ça va, je n'ai rien fait.

Examinant la longue déchirure, le jeune homme assis par terre fronça les sourcils, et regarda rapidement autour de lui.

- Vous ne trouvez pas bizarre que mon pantalon se déchire alors que j'essaye de rattraper Hermione ?

A ces mots, ils se redressèrent tous, regardant à leur tour les environs, et le plus âgé prit la parole :

- Rien ne dit que c'était Hermione, elle ne s'est pas arrêtée. Allons voir au QG, elle y est peut être encore. Et ne répare pas ça ici, si un moldu nous voit on aura des ennuis, ajouta-t-il en stoppant le geste du brun qui avait sorti sa baguette.

Après avoir relevé le jeune homme, il s'éloigna d'un pas rapide, reprenant la direction du numéro 12, et n'aperçu pas le regard échangé entre son jeune frère et le survivant.

- Elle ne sera plus là, n'est-ce pas ?

- Non Ron, je ne crois pas. Je suis sûr que c'était elle au coin de la rue. Elle a hésité quand je l'ai appelée.

L'ancien professeur avait surpris le regard entre les deux garçons, et l'échange de murmures, et il resta à peu de distance, pour essayer d'écouter la suite. Mais il ne pu que soupirer d'exaspération en entendant le plus âgé du groupe appeler les autres.

Il les suivit jusqu'à l'entrée de l'ancien QG de l'ordre. Et jubila en les voyant ressortir, tristes et pensifs, peu de temps après. Après avoir vérifié qu'ils avaient tous transplané, il s'éloigna lentement, prenant le même chemin que la jeune femme, tout en ressassant tout ce qu'il avait appris ce jour là.

Une ruelle sombre lui permit de se débarrasser de sa cape, après plus d'une demi-heure de marche, et il la rangea soigneusement dans le sac qu'il avait emporté avant de s'examiner. Ses habits moldus ne détonnaient pas, par rapport aux gens qu'il avait croisés, son sac non plus, bien qu'il soit plutôt inhabituel d'en voir en cuir. Après une hésitation, il transforma un bout de lacet qui trainait sur le sol en une fine lanière de cuir et s'attacha les cheveux, décidé à passer aussi inaperçu que possible.

Puis il se faufila hors de la ruelle, et reprit sa marche, pressant le pas en voyant les ombres s'allonger. Après avoir tourné une dizaine de fois, il ralenti légèrement, regardant autour de lui pour trouver une trace de la jeune femme qu'il suivait. En remarquant une impasse de l'autre coté de la rue, il s'y dirigea, plissant les yeux pour distinguer ce qu'il s'y trouvait, peu certain d'y trouver la sorcière.

Un sanglot interrompit ses réflexions et il s'y engouffra sans plus d'hésitations.

La vue de la forme recroquevillée au sol, cachée de la rue par une benne, l'arrêta un instant alors qu'il pinçait les lèvres de contrariété. Tout en réfléchissant, il examina la jeune femme, notant les bleus encore présents sur ses poignets découverts, la chevelure épaisse qui s'était échappée de son élastique, les tremblements de ses épaules alors qu'elle pleurait.

Finalement, la toisant de toute sa hauteur, il prit la parole, d'un ton sarcastique

- Cessez donc de pleurer Miss Granger, ca deviens agaçant. Et la situation n'est pas si désastreuse.

Un sursaut de la jeune femme le fit grimacer et il pesta intérieurement de voir qu'elle n'avait mis aucune protection autour d'elle. Regardant brièvement les alentours afin de vérifier que personne ne s'intéressait à eux, il ne la vit pas relever la tête et lui lancer un regard mauvais.

- Parlez pour vous, Professeur, vous n'avez pas d'amis avec qui vous fâcher, vous !

La rancœur s'entendait dans la voix de la sorcière, mais son visage reflétait autant la colère que la tristesse. Pourtant ces expressions s'évanouirent brusquement, remplacées par de la surprise, alors que son ancien professeur pâlissait brusquement. Pour la première fois depuis longtemps un sarcasme l'avait atteint.

Il lui fallu quelques instant pour reprendre contenance, et il observa la sorcière qui rougissait sous son regard, les dents serrées, avant de se décider à parler.

- En effet, comme vous le dites si bien je n'ai pas d'ami. Mais il serait plus exact de dire que je n'en ai plus. Cependant, vu l'effet que vos amis ont sur vous, je vous assure que je suis parfaitement satisfait de la situation. Maintenant levez-vous, nous y allons.

Sans attendre qu'elle se lève, il fit demi-tour et quitta la ruelle, avançant à grands pas. La colère l'avait envahi et il lui fallu toute sa maîtrise pour ne pas exploser et prononcer des paroles impardonnables. Et la douleur qu'il ressentait ne l'aida pas à se calmer. Il avait eu des amis, il avait eu Lily et Albus. Et il avait perdu les deux.

Finalement il s'arrêta près d'un parc et inspira profondément, repoussant les souvenirs qui le submergeaient. Un reniflement lui confirma que la jeune femme l'avait suivi, et qu'elle n'avait probablement pas cessé de pleurer. Il observa les arbres derrière la grille, s'efforçant de respirer calmement, et se retourna lentement vers elle pour l'examiner. Essoufflée, les yeux et les joues rougis, ébouriffée et débraillée après son attente dans une ruelle crasseuse, elle n'était guère agréable à regarder. Et elle le regardait d'un air craintif, comme un chiot qui s'attend à être chassé après avoir fait une bêtise. Alors que c'était lui qui avait besoin d'elle, et qu'elle aurait pu partir à tout moment. Les mots qu'il avait entendu dans l'après-midi lui revinrent en mémoire, et il les retourna dans sa tête en essayant de comprendre. Elle avait parlé de lui comme d'un ami, et même s'il se doutait qu'elle l'avait dit ainsi pour convaincre Potter et Weasley, les mots avaient semblés étrangement vrais.

Après plusieurs minutes d'observation, pendant lesquelles elle avait baissé les yeux, il se rapprocha d'elle, repoussant sa réflexion à plus tard. Son mouvement avait attiré l'attention de la jeune femme et elle releva la tête en ouvrant la bouche pour parler.

- Pour une fois dans votre vie, taisez-vous Miss Granger ! Venez !

Elle referma précipitamment la bouche alors qu'il saisissait son bras et l'entrainait dans le parc, à moitié vide. Ils parcoururent quelques allées, rejoignant un coin désert, avant qu'il ne s'arrête et ne se tourne à nouveau vers elle.

- Ne bougez pas !

Mais malgré son ordre, elle ne put s'empêcher de reculer en le voyant sortir sa baguette et il lui saisit de nouveau le bras, un peu plus fortement.

- Par Salazar, n'êtes-vous donc pas capable d'obéir à un ordre aussi simple ?

Sans même attendre de réponse, il commença à agiter sa baguette devant elle, nettoyant ses vêtements, remontant vers son visage en faisant un nouveau sort, et finissant par en jeter un dernier sur ses cheveux. Il eut un sourire sarcastique en voyant son air surpris et rangea sa baguette dans sa manche en vérifiant que personne ne les avait vus.

- Bien, maintenant nous pouvons y aller. Et cette fois cessez de pleurer, j'apprécierai de ne pas avoir à recommencer.

Il s'amusa intérieurement de sa perplexité alors qu'elle observait ses vêtement, frôlait ses joues et tapotait ses cheveux, désormais convenablement attachés, puis fit demi-tour pour rejoindre la sortie. La fatigue et le manque d'énergie commençait à se faire sentir, et il n'avait qu'une envie, trouver un hôtel et s'isoler un peu. En remarquant une enseigne, un peu plus loin dans la rue, il prit cette direction, ne s'arrêtant qu'une fois devant les marches menant à l'entrée pour que la jeune sorcière le rejoigne.

- Avez-vous assez d'argent moldu sur vous, Miss Granger ?

- J'ai vidé mon compte. Ca devrait suffire pour quelques jours.

- Bien ! Venez alors.

Il monta les marches alors que la jeune femme l'observait, encore sous le choc de sa prévenance dans le parc. Elle s'empressa de le rattraper alors qu'il passait la porte, sans paraitre vouloir l'attendre. Son attitude si changeante commençait à l'énerver et elle serra les dents pour ne pas risquer une autre dispute. Repoussant ses pensées et ses sentiments loin en elle, elle tenta de se composer un visage impassible, sans trace du chagrin qu'elle ressentait.

Une fois à l'intérieur, elle distingua la silhouette de son ancien professeur, attendant de pouvoir parler au réceptionniste. S'approchant lentement, elle l'examina, notant le teint pâle, les mains légèrement tremblantes, n'interrompant son inspection qu'en entendant l'employé de l'hôtel les saluer.

S'approchant rapidement du comptoir, consciente que son ancien professeur la suivait de près elle salua le jeune homme, et réfléchit rapidement à ce qu'il leur fallait.

- Nous aurions besoin de deux chambres s'il vous plaît. Si possible qui communiquent. Pour 2 ou 3 nuits au moins.

L'air gêné de son interlocuteur ne lui échappa pas et sa réponse confirma le problème.

- Je suis désolé Miss, mais nous n'avons plus qu'une seule chambre de disponible.

- En plein mois de mai vous êtes complets ? C'est assez inhabituel non ?

- Oh oui, c'est à cause de la convention qui a lieu à quelques rues d'ici. On a du monde pour toute la semaine.

- Ah. Et les hôtels alentours sont dans la même situation ? Ou avons-nous une chance d'en trouver un moins rempli ?

Après une hésitation le réceptionniste secoua la tête :

- Ca risque d'être pareil dans tout le quartier… Y'a des centaines de personne à … Eh ca va Monsieur ?

Hermione mit quelques secondes à réagir avant de se tourner vers son compagnon. Appuyé contre le mur, il était devenu encore plus pâle qu'avant, et glissait lentement vers le sol. Elle s'empressa de le retenir avant de regarder le jeune homme derrière le comptoir.

- Ca va aller, mon… oncle est un peu fatigué. On prend la chambre !

Le regard inquiet de son inquiet de son interlocuteur se fit suspicieux en entendant ses explications.

- Votre oncle ? Et vous allez partager une chambre ?

Il les regarda alternativement pendant quelques instants avant de se redresser.

- Je suis désolé Miss mais je ne crois pas pouvoir vous louer cette chambre. Vous devriez l'emmener à l'hôpital plutôt.

- Oubliettes ! Tout va bien, il n'y a pas de soucis. Nous venons juste vous louer une chambre au nom de … Sébastian Roche.

Dès qu'il eut rempli les papiers, elle s'empressa de lui prendre la clé des mains et entraina son ancien professeur vers l'escalier, repoussant la culpabilité que faisait naitre en elle le regard un peu vide du receptionniste.

Une fois dans la chambre, elle l'aida à s'allonger avant de fouiller son sac à la recherche de la caisse contenant les potions.

La vue du contenu la laissa sans voix. Quasiment toutes les fioles de potion étaient vides. Après un examen attentif, elle ne put que constater qu'il ne restait qu'une seule potion d'énergie.

- Non mais vous êtes complètement fou d'en avoir pris autant. Elles créent une dépendance, et leur efficacité diminue lorsque l'on en prend trop.

Le regard noir qu'elle reçut en réponse la fit grimacer mais elle ne détourna pas les yeux et continua de scruter le visage de l'homme allongé.

- Je vous rappelle que je suis Maître des potions, Miss Granger, je suis au courant.

- Mais vous les prenez quand même. C'est bien ce que je disais, vous êtes fou !

Se relevant brusquement, elle récupéra la caisse de potions et la porta sur la petite table qui se trouvait contre un mur. Après en avoir sorti une potion de régénération sanguine, elle la referma soigneusement et jeta un sort dessus.

- Que faites-vous ?

La voix était acerbe, mais elle finit sa tâche avant de revenir vers le lit.

- Je vous empêche de faire n'importe quoi. Prenez celle-là si vous voulez mais rien d'autre.

- Et vous pensez vraiment que jeter un sort de verrouillage si classique m'empêchera de me servir par moi-même ?

- Et vous pensez vraiment que je n'utilise que des sorts classiques ? Essayez donc dans ce cas.

En constatant qu'il ne faisait pas mine de prendre la potion qu'elle lui tendait, elle la déposa sur la table de nuit avant de s'installer dans un fauteuil pour le regarder faire.

Il fallu quelques minutes au sorcier pour se redresser et s'asseoir au bord du lit, mais il finit par y parvenir et tendit sa baguette vers la caisse de bois. Mais ni le sortilège d'attraction, ni le sort de déverrouillage ne fonctionnèrent. Un troisième sort n'eut pas plus de succès, et il finit par baisser son bras tremblant.

- Je vois que vous avez appris de nombreuses choses, Miss Granger. Avez-vous appris cela lorsque vous entrainiez à la magie noire sur vos parents ?

Le sourire que la jeune femme avait eu en voyant les échecs de son professeur disparu instantanément et c'est elle qui, cette fois, le fusilla du regard.

- Pensez ce que vous voulez, je m'en fiche. J'ai fait ce que j'avais à faire pour mes parents. Tout comme pour ces potions.

Elle se força à respirer calmement avant de se relever.

- Vous aurez besoin de cette potion demain pour aller à Poudlard. D'ici là vous vous en passerez. Maintenant vous restez la, je vais aller acheter à manger.

La main qui saisit son bras la déséquilibra au moment ou elle passait près du lit, et elle n'eut pas le temps de réagir.

- Legilimens !

Le souvenir de ses parents était bien présent dans ses pensées, et le moment ou elle avait du les ensorceler défila sans qu'elle puisse l'empêcher. Ce n'est qu'en entendant à nouveau le cri de son père, à l'instant où il avait compris ce qu'elle faisait, qu'elle réussit à évoquer un autre souvenir.

Finalement, la présence dans sa tête se retira, et elle croisa le regard de son ancien professeur. Incapable de déchiffrer son expression, elle détourna les yeux en sentant les larmes venir. Depuis des mois elle se forçait à repousser ce souvenir et aujourd'hui elle avait été forcée de le revivre.

Se glissant vers le bout du lit, elle s'assit lentement, en essayant de maîtriser la nausée qui l'envahissait.

- Vous êtes un connard !

- Je ne m'en suis jamais caché, Miss Granger. Mais dans le cas présent je n'ai pas agit simplement pour vous faire souffrir : je devais savoir à quel point vous vous étiez approchée de la magie noire, c'est tout.

Elle resta silencieuse un long moment, sentant qu'il l'observait. Après avoir listé mentalement tous les sorts douloureux qu'elle pourrait lui envoyer, elle se força à se redresser. Peu désireuse de lui laisser voir à quel point ce qu'il avait fait l'avait touchée, elle se dirigea vers la porte de la chambre après avoir ramassé son sac.

Mais elle ne put s'empêcher de se retourner juste avant de sortir. Appuyé à la tête du lit, le teint pâle et maladif, une expression revêche sur le visage et les yeux fixés sur elle. Ils s'observèrent quelques instants avant qu'il ne parle à nouveau.

- Vous n'en croyez surement pas un mot mais c'est pourtant la vérité.

L'espace d'un instant elle eut l'impression que son regard s'adoucissait mais son visage était trop indéchiffrable pour qu'elle en fût certaine.

- Faites-moi penser à vous donner une leçon d'occlumencie ce soir.

Il se détourna en prononçant ces mots alors qu'elle restait figée, la main sur la poignée. En constatant qu'il lui avait tourné le dos, elle quitta la pièce en se demandant si sa proposition était une façon de s'excuser de son acte.