Alors déjà, merci beaucoup à ceux et celles qui ont pris le temps de laisser une 'tite review ! :)
Et, oui, bien sûr, il y a une suite...! Que je m'empresse de publier... Et ce n'est pas fini ! J'espère que ce deuxième chapitre vous plaira autant que le premier.
Elle ne s'attendait pas à voir Jack O'Neill sur le pas de sa porte. Il l'avait beaucoup appelée depuis l'enterrement, une semaine auparavant, il semblait s'inquiéter pour elle. Mais jamais il n'était venu jusque là. Daniel et Teal'c étaient passés une fois, mais ils paraissaient tous s'être accordés pour la laisser tranquille pendant cette semaine trop bouleversante.
« Bonjour, Carter. Je passe à l'improviste… Je vous dérange ? »
« Non, non, pas du tout ! C'est gentil d'être venu. »
Elle resta plantée là, à le dévisager, un timide sourire éclairant son visage. Jack constata son teint pâle, et le voile de tristesse qui éteignait son regard, plus limpide que d'habitude. Avait-elle pleuré avant qu'il n'arrive ?
« Je peux entrer ? »
« Oh. Pardon Monsieur, oui, bien sûr, désolée… »
Jack pénétra dans la pièce, et jetant son blouson sur le dos du fauteuil, répondit à son interrogation muette :
« Je passai voir si vous alliez bien. Ca va, vous gérez ? »
Après un instant d'hésitation quant à la conduite à tenir, Sam décida de se laisser aller. Après tout, beaucoup de choses avaient changé dans sa vie ces derniers jours, et elle était officiellement en congé. Elle pouvait s'octroyer un peu de désinvolture. Elle n'était pas au SGC. Et qui plus est, elle était chez elle.
« En fait, plutôt bien. » admit-elle en rapportant d'emblée une bière et un mug de thé qu'elle s'était préparé. « Je pensais que je vivrais tout ça beaucoup plus difficilement. »
« Ca ne m'étonne pas de vous. »
« Comment ça ? »
« Vous avez toujours été plus forte que vous ne vouliez bien le croire. Vous manquez juste de confiance en vous. C'est tout. » Son sourire confiant adoucissait cette vérité.
« Merci, Monsieur. Vous parlez comme mon père. »
« Ah oui ? Et… c'est un compliment, j'espère ? »
Elle étouffa un gloussement qui fit étinceler ses prunelles un court instant. Elle avait besoin de parler. De se détendre. De partager la vie qui avait été la sienne aux côtés de Jacob Carter.
Elle s'assit en poussant un léger soupir, de lassitude et de soulagement mêlés. Il prit place dans le fauteuil, de l'autre côté de la table basse.
« Papa était toujours très donneur de leçons. Dans le bon sens du terme, rassurez-vous. Pour nous aider à grandir, je suppose, et pour cacher ses propres failles aussi. Il voulait tant nous offrir la meilleure vie possible ! Sa plus grande crainte était qu'on regrette un jour nos choix. Ca aurait été son plus grand échec, je crois. Du coup, il nous faisait souvent la morale, en critiquant nos décisions et en imposant les siennes. »
« Ca ne devait pas toujours être facile à vivre. »
« C'est vrai. Ca a été très dur pour Mark. Il lui a souvent reproché de vouloir nous choisir une vie, la vie que papa n'avait pu avoir et qu'il aurait par procuration. Il m'est parfois arrivé de lui lancer ça à la figure, moi aussi. »
« C'est pour ça qu'il a cessé de voir son fils ? »
« Entre autre. C'était assez compliqué, en fait. Rien n'était simple, chez les Carter. »
« C'est sûr que j'ai rencontré des femmes moins compliquées que vous ! »
La phrase du général sonna bizarrement à ses oreilles.
Le problème ne vient pas de moi, Carter. Soyons réaliste : je ne suis pas si compliqué que ça !
Elle lui rappelait étrangement, trop étrangement, les mots que le Jack de son esprit lui avait adressés lorsqu'elle était en perdition, seule, sur le Prométhée. Des mots qu'elle gardaient précieusement, enfouis dans l'écrin de ses souvenirs.
« Carter ? » reprit-il, constatant l'air absent de la jeune femme, les yeux dans le vague de ses pensées.
Son appel la fit brusquement redescendre sur Terre. Elle le dévisagea un court instant. Celui qui était assis en face d'elle était-il le même homme que celui apparu là-haut ? Que son esprit avait tant rechigné à créer ? Et qui s'était imposé à elle lorsque la situation était désespérée ? Après que l'image de son père lui avait asséné, déjà, qu'elle était trop seule et qu'elle méritait quelqu'un à aimer ?
Ses yeux glissèrent involontairement vers les lèvres de son supérieur alors qu'elle se remémorait, le cœur battant, ce baiser partagé, la conviction et la tendresse qu'il y avait mis, la passion à laquelle elle-même s'était laissée aller…
Elle chassa brutalement cette trop nostalgique hallucination.
« Ce n'est rien. Le passé qui refait surface. »
Jack se contenta de cette réponse énigmatique. Et la laissa poursuivre.
« J'ai fait le dos rond sous les récriminations de mon père pendant de longues années. Quelques semaines avant que je lui révèle tout du projet Porte des étoiles, il ironisait encore sur mon manque d'ambition et me reprochait de ne pas suivre ses conseils. Il m'ouvrait grand les portes de la NASA, et il ne comprenait pas que je puisse refuser cette opportunité. »
Le souvenir de cette tension lui serra la gorge, et ses yeux devinrent humides. Elle ne pouvait pas encore mettre des mots sur l'annonce particulièrement cruelle et méprisante qu'il lui avait fait de sa maladie, quelques années plus tôt. Cet instant restait parmi les plus douloureux dans le cœur de Sam.
« Pardon, Monsieur, de vous ennuyer avec tout ça. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ma vie. »
Il ne s'empressa pas de la rassurer. Il ne voulait pas que la réponse qu'il apporterait respire l'hypocrisie et les faux-semblants. Mais il sentait que Sam avait besoin d'une oreille confidente. Et même plus : de quelqu'un qui avait vécu le même genre de douleurs à la perte d'un être cher.
« Une chose est sûre : il a fini par sacrément vous admirer, Carter. Ca se lisait dans ses yeux. »
Il brisa la tonalité mélodramatique en rajoutant une pointe à la Jack O'Neill : « à moins que ce ne soit le serpent. J'ai toujours eu du mal à distinguer les deux… ! »
Touché. Carter sourit, se détendit, et profita de ce moment de répit pour essuyer le coin de ses yeux d'un rapide revers de main.
« Et puis, il y a eu Cassie… » rappela-t-il. Il savait pertinemment que l'évocation de la jeune fille mettait du baume au cœur de son second.
« C'est vrai. J'ai enfin pu me sentir utile à quelqu'un. Ca a été une vraie bouffée d'oxygène. »
« Sauf qu'elle est devenue aujourd'hui une ado dans toute sa splendeur ! » se moqua-t-il gentiment, en se souvenant de la mine boudeuse et du caractère rebelle de Cassandra depuis de longs mois.
« Ca fait partie du jeu, je suppose ! » gémit Sam. « Mais ça n'a pas toujours été facile. Papa m'a longtemps reproché de ne pas avoir fondé de vraie famille. »
Jack releva la pointe de rancœur dans le ton de Carter. Elle n'était pas loin de penser exactement la même chose. Cette supposition se confirma lorsqu'il la vit discrètement serrer les mâchoires.
« Carter… »
« Je sais. Je ne devrais pas toujours tout ramener à mon père. Mais ça doit être ma façon à moi de ne pas trop vite me sentir orpheline. » lança-t-elle avec un petit rire amer.
« C'est ce qui vous reste de lui, aujourd'hui. Et je sais aussi que ce n'est pas toujours simple de vivre avec des souvenirs qui vous assaillent sans cesse. »
La phrase avait été lâchée sans prévenir. Et c'est ce qui la rendait encore plus douloureuse. Sam pouvait percevoir la blessure à vif qui le rongeait encore. Elle hésita un instant avant de murmurer :
« Ca a dû être difficile pour vous, je suppose. Après l'accident. »
« Ca l'est toujours. »
Son ton s'était fait plus rude, plus acerbe. Il n'aimait pas parler de ça. Il ne voulait pas parler de ça. Il préférait étouffer ce cri de souffrance qui restait tapi dans son ventre. Il était trop tard pour déterrer ces souvenirs maintenant. Beaucoup trop tard.
Un silence s'installa entre eux. Une même solitude, qui les emmurait dans leur chagrin respectif mais les réunissait dans la douleur.
« Pourquoi n'avez-vous pas essayé de revoir votre femme ? » glissa-t-elle.
Les mots avaient du mal à sortir. Il aurait préféré s'enfermer dans son mutisme et envoyer Carter et sa question sur les roses. Mais elle ne méritait pas ça. Et encore moins en ce moment. Sa voix était plus rauque quand il répondit.
« Elle n'a pas cherché à le faire non plus. Et je n'ai jamais voulu lui imposer ma présence. J'avais déjà du mal à me supporter moi-même dans l'histoire. »
Nouveau silence.
« Vous ne vous êtes jamais pardonné. »
« Je ne crois pas. Je n'en sais rien, en fait. »
« Vous avez pourtant essayé de reconstruire des morceaux de vie, depuis toutes ces années. »
Un sourire étira les lèvres de Jack. Mais c'était un sourire terriblement sarcastique. Elle en fut peinée.
« Et j'ai brillamment réussi, vous ne trouvez pas, Carter ? »
Il s'enfonça dans le fauteuil, et croisa les mains derrière la tête. Signe de défi, et de défaite. Il n'était pas homme à se laisser anéantir. Il se battait jusqu'au bout. Et l'arrogance était son arme ultime.
Mais il mesurait la taille et la ténacité de son adversaire, même affaibli. C'est pourquoi la question que relança son second ne le surprit pas :
« Pourquoi avez-vous laissé tomber ? Avec Kerry ? »
Elle avait prononcé ses mots avec plus de tremblements dans la voix qu'elle n'aurait voulu.
Il planta alors son regard dans celui de la jeune femme assise en face de lui. Sa réplique fut là aussi plus cinglante qu'il ne l'aurait cru.
« Qui vous dit que c'est moi qui ai laissé tomber ? »
Une légère crispation, au coin de ses lèvres pâles. Il s'en voulut immédiatement. Carter était touchée au vif.
Elle sentit un gouffre s'ouvrir dans sa poitrine.
C'était vrai, après tout. Elle partait du principe que c'était lui qui avait fait marche arrière. Elle projetait sur lui ses propres échecs sentimentaux, elle supposait qu'il ne parvenait pas mieux, de son côté, à bâtir une relation. Elle s'accrochait trop à tout ce qu'il lui avait laissé entrevoir ces dernières années. Fol espoir. Elle y avait peut-être lu plus que ce qu'il y avait à lire… Ne venait-il pas, à l'instant, d'insinuer qu'il était prêt à s'engager plus loin avec Kerry ? Pourquoi mettait-il alors tant de zèle et d'empressement à l'entourer d'attentions, elle, Sam, à savoir si tout allait bien ?
Carter était en train de s'égarer dans les méandres de son esprit. Il le comprit, et se leva dans un soupir.
« Alors, qu'est-ce qui a bien pu décider Kerry Johnson à rompre avec le Général O'Neill ? »
Le sarcasme était clair. En temps normal, il aurait pu taxer cela d'insubordination. Mais il ne se sentait ni la force, ni l'envie d'affirmer une quelconque autorité, qui aurait de toute façon été déplacée. Vu la sensibilité du sujet qu'ils s'apprêtaient à aborder.
« Vous le savez aussi bien que moi, Carter. »
Il esquivait. Encore une fois.
« Pourquoi répondez-vous toujours par énigmes ? »
Il se tourna vers la baie vitrée, contemplant le jardin sans le voir. Il entendit Carter se lever à son tour.
« Pourquoi refusez-vous toujours de parler simplement ? » renchérit-elle. « Pourquoi vous fermez-vous toujours comme une huître quand il s'agit de vous ? »
Il fourra les mains dans ses poches, et baissa la tête. Il sentait venir l'orage et ne fit rien pour le contrer. Elle avait tellement raison.
« Pourquoi refusez-vous toujours l'aide qu'on est prêt à vous apporter ? »
« Je n'ai jamais demandé d'aide, Carter. »
Le ton était trop sec pour n'être pas sincère.
« Parce que vous prenez ça pour de la faiblesse ? Parce que vous ne voulez pas que le grand Général O'Neill soit piqué dans son honneur ? C'est ça, hein ? »
Elle s'emportait. Elle savait qu'elle était dans l'erreur. Que ça pouvait lui coûter cher. Mais le barrage avait rompu, il fallait que ça sorte. Et tant pis si elle fichait tout en l'air. Elle devait briser ses défenses pour y voir plus clair. Pour le comprendre. Maintenant ou jamais.
« Ou peut-être parce que vous pensez qu'on ne comprendrait pas ? Qu'on s'apitoierait sur vous ? Vous préférez vous retrancher derrière votre entêtement et votre silence. Je devrais plutôt dire votre lâcheté. »
Le mot était jeté. Mais cela ne l'arrêta pas. Il lui tournait toujours le dos, mais elle continua.
« Je suis désolée, mais quand on se borne à ce point à tout garder pour soi, à ne rien partager, ce n'est plus de l'entêtement, c'est de la lâcheté. Parce que c'est le seul moyen que vous avez trouvé pour ne pas faire face à ce qui vous fait mal. Et le pire, c'est que vous ne vous rendez même pas compte qu'en agissant ainsi, vous blessez aussi ceux qui vous entourent. »
Oh que si. Il s'en rendait trop souvent compte. Les yeux de Carter ne savaient pas mentir. Mais le fait d'entendre cette vérité crachée par sa bouche le faisait atrocement souffrir.
« Qu'est-ce que vous nous laissez entrevoir de votre vie, de vous ? Des lambeaux. Qu'est-ce que je peux me vanter de connaître de vous ? Après huit ans de travail en équipe, j'ai appris à connaître Daniel comme un frère, Teal'c, comme un ami. Et vous… Je ne connais rien de vous. »
Tu pourrais encore obtenir tout ce que tu as toujours voulu.
Sa voix s'étranglait, malgré elle. Les mots de son père, sur son lit de mort, résonnaient avec une intensité accrue et ne faisaient que renforcer son amertume.
« J'ai essayé. Contrairement à ce que vous pensez. J'ai essayé. Mais toujours vous vous êtes refusé. Qu'a-t-on vraiment partagé de plus que des "Colonel/Major" pendant toutes ces années ? Des disputes lors de missions ou des considérations sur les repas du self, oui, peut-être ! Mais rien de concret, rien de… personnel. »
Elle hésita. Devait-elle, une fois pour toutes, lever les non-dits et les interdits ? Devait-elle le forcer, et se forcer elle-même, à mettre des mots sur ce qui n'aurait jamais dû sortir de cette fameuse pièce où les avait piégés Anise ? Elle considéra en un battement de cils qu'elle était de toute façon déjà allée trop loin. Et décida de l'acculer.
« Il m'aurait suffi d'un mot. D'un signe. Tout aurait été tellement plus simple. Au lieu de cela, vous fuyez. Encore et encore. Vous me laissez espérer juste ce qu'il faut, et la seconde suivante, vous vous rappelez qu'il existe des grades qui nous empêchent d'aller plus loin. Alors vous reculez. Encore plus loin qu'avant. Et je n'ai pas d'autre choix que d'accepter vos esquives et vos rebuffades. »
Ne laisse pas un règlement gâcher ta vie.
« Où en est-on depuis quatre ans ? Au même point. Retour à la case départ. Je suis lasse. J'ai désespéré avoir un réponse claire de votre part. Alors j'ai tenté ma chance de mon côté. Et ça n'a pas eu l'air de vous troubler plus que ça. »
« Détrompez-vous, Carter. »
Ca n'avait été qu'un murmure. Echappé de ses mâchoires serrées. Mais venant de sa part, c'était un cri éloquent.
Pourtant cela ne suffisait plus à la jeune femme solitaire et déchirée qu'était Sam.
« Observez-vous. Vous n'êtes même pas capable de me regarder en face. »
Ses mots étaient presque aussi blessants que l'acide. Mais si justes. Trop justes. Il ferma douloureusement les paupières. Il croyait sentir le poing de Sam broyer directement son cœur. Il savait ce qu'elle cherchait. Mais il ne parvenait pas à lui dire, à lui donner ce qu'elle attendait.
Il se retourna enfin. Mains sur les hanches. Les yeux au sol. Attitude de repentir ? De défaite ? Cela eut au moins le mérite d'apaiser un peu la bile que déversait Carter depuis quelques minutes.
« Je ne comprends plus. Cette hésitation constante. Entre nous. » souffla-t-elle.
Un jour, il était capable de l'appeler à la base, de façon impromptue, pour parler de la pluie et du beau temps, lui demander comment elle allait, évoquer avec elle les secrets de sa recette de l'omelette à la bière, comme un vieux couple, et partager des rires prometteurs… Et le lendemain, tout reprenait sa place, dans une distance froide et inexplicable, comme si rien n'avait jamais existé entre eux.
Elle ne pouvait plus en rester là. Son cœur n'en pouvait plus de supporter ce statu-quo permanent. Ca durait depuis trop longtemps.
Elle fit un pas vers lui. Pour le forcer à répliquer. Ou à abaisser ses murailles, elle ne savait pas trop au juste.
Il ne bougea pas.
Alors elle avança. Résolument. Sa décision était prise.
La suite n'est pas encore complètement au point... Il faudra attendre quelques jours! En attendant, un petit commentaire ?
