Disclaimer : HP et son univers ne m'appartiennent pas.

Merci à analaura, Maelys et perrinette pour leurs commentaires !

Je poste ce petit interlude qui éclairera peut-être les sentiments de nos personnages envers la Saint-Valentin. (comme il était écrit, autant ne pas l'attendre pour le poster, ce sera déjà ça de fait, hé hé!). Au menu: la Saint-Valentin de nos amis en 4ème année, à Poudlard, entrecoupée de prédictions, pleurs et coincidences innocentes...ou pas.


Interlude : 4ème année, Poudlard. 14 février.

Susan ferma les paupières, appela muettement l'inspiration, et répandit les feuilles de thé sur la surface placide de l'eau fumante qui s'échappait du bol.

Hannah fit de même, quoique plus sobrement. Quant à Eloïse, elle n'y mit pas tant de façons et déversa d'une traite le contenu du sachet que leur avait distribué le professeur Trelawney.

Le cours était particulièrement animé. Même les Serdaigles, pourtant ouvertement sceptiques le reste de l'année, s'intéressaient au contenu de leur bol, examinant avec soin les figures ésotériques formées par les feuilles de thé.

La raison ? Sibylle Trelawney avait eu la bonne idée de profiter du contexte- la Saint Valentin- pour proposer à ses élèves un déchiffrage de leur horoscope amoureux. Cette offre rencontra un franc succès, et Susan trouva un intérêt inédit à l'étude des feuilles de thé.

-Hannah, tu dirais que cette feuille a une forme octogonale, ou multi-angulaire ?

Hannah considéra soigneusement la question :

-Elle ne serait pas plutôt en dents de scie ? suggéra-t-elle.

Susan vérifia l'index de son Manuel de Divination :

-Mince, c'est possible…Il y a une autre entrée pour ce type de feuilles.

Quelques pages plus loin, elle soupira bruyamment :

-Le sens est complètement différent à chaque fois !

Elle lut à haute voix :

-Si la feuille présente des caractéristiques octogonales régulières : harmonie, unité. Sur le plan sentimental, se traduit par : fondation d'une famille, relation stable. Mais si je prends « en dents de scie », j'obtiens : échecs, aveuglement. Sur le plan sentimental, propension à prendre de mauvaises décisions ! Ella, franchement, tu ne peux pas affirmer à cent pour cent que ces feuilles sont en dents de scie ?

Hannah leva discrètement les yeux au ciel. Éloïse répondit avec un sérieux exagéré :

-Pas du tout. De mon point de vue- qui est strictement subjectif, je te l'accorde-, je n'affirmerai qu'à soixante-cinq pour cent que ces feuilles sont en dents de scie.

-Merci, dit Susan.

-Toutefois, reprit Eloïse, pour être parfaitement honnête, je cherche encore où diable tu as pu dénicher la moindre caractéristique octogonale dans tout ça !

Zacharias, à deux chaises du groupe, émit un rire sarcastique devant l'expression défaite de Susan :

-Ne t'en fais pas, Bones. Tu feras comme tout le monde, tu choisiras ce qui t'arrange. Après tout, ce n'est qu'une question d'interprétation, non ?

-Met-là en veilleuse, Smith, grogna Susan, sans grand espoir d'être obéie.

Tous les Poufsouffles savaient que Zacharias ne se taisait que de lui-même, ou pris en traitre par un Petrificus totalus.

-Hé, Zacharias ! lança Anthony Goldstein, tout sourire. L'assemblage de tes feuilles est très instructif.

Manuel à l'appui, il poursuivit :

-Caractéristiques du sujet dans une relation amoureuse: loyauté, esprit de sacrifice. Tu es bien un Poufsouffle, en dépit de tes efforts pour nous faire croire le contraire!

-Oh, comme c'est mignon ! souffla distinctement Megan Jones. Sous ses airs de grand dur, c'est un romantique !

Susan se joignit aux rires alors que Padma prenait la défense de Zacharias :

-Dis donc, Anthony, quand tes propres feuilles restent collées au bord de la tasse, ce qui signifie d'après le Manuel: séduction, tendance à l'infidélité, tu ferais mieux de t'abstenir de commenter les bols des autres ! dit-elle sur le ton de la plaisanterie à son petit ami, mais un peu suspicieuse tout de même, bien qu'elle n'accordât pas le moindre crédit à la Divination, pas du tout.

C'était uniquement pour le principe qu'elle était contrariée que ses feuilles soient trop collées les unes aux autres, ce qui l'empêchait de distinguer quoi que ce fût.

Le Professeur Trelawney passa de table en table, commentant de manière elliptique le contenu des bols dans certains cas (ce qui laissait le champ libre aux interprétations, puisque les élèves devaient remplir les blancs entre deux mots qu'elle murmurait d'un ton sinistre et inspiré), ou à l'inverse, s'animant et garantissant avec force détails six enfants, deux mariages et un Grand Amour à Kevin Entwhistle, qui n'en demandait pas tant.

-Qu'est-ce que tu lis, Hannah ? demanda timidement Ernie (leur premier rendez-vous allait avoir lieu dans quelques heures).

Hannah rosit :

-Rien du tout, mais…

-Que voulez-vous dire, ma chère petite, c'est très clair, bien au contraire ! s'exclama le Professeur Trelawney.

Ses bracelets s'entrechoquèrent et le triple de rangs de perles qui enserrait son cou rebondit bruyamment lorsqu'elle s'empara du bol d'Hannah et le remua avec une énergie inhabituelle :

-Oui, ce que j'ai vu se confirme !

Elle leva une main aux doigts chargée de bagues aux chevalières monstrueuses :

-C'est clair comme de l'eau de roche !

Hannah avait beau écarquiller les yeux, elle ne distinguait rien du tout. Rien d'autre que l'eau trouble, d'un orange brunâtre, et les feuilles de thé qui flottaient lamentablement à la surface.

- Il n'y aura qu'un Grand Amour dans votre vie. Votre cœur saura le reconnaître.

Hannah était à présent plus rouge que Kevin. Heureusement, Susan, ragaillardie par la prédiction faite à son amie, réclama l'attention du Professeur Trelawney :

-Professeur, apercevez-vous quelque chose pour moi ?

Les mains de Sibylle Trelawney retombèrent en un geste las :

-Le troisième œil ne voit pas sur commande ! avertit-elle.

Elle consentit cependant à observer le bol de Susan.

-Ma pauvre enfant ! déclara-t-elle avec emphase en secouant la tête. Puis, refusant à s'avancer davantage, elle passa à Eloïse.

-Il fallait déverser les feuilles avec délicatesse, soupira Sibylle Trelawney. Le contenu est illisible !

Eloïse feignit la contrition :

-Quel dommage ! Moi qui mourais d'envie de lever les voiles du futur…

Sibylle Trelawney en fut touchée. La pauvre petite n'y mettait pas de la mauvaise volonté, et Sibylle était bien placée pour savoir qu'il y avait ceux qui possédaient le Don, et ceux auxquels le Don s'était refusé (elle-même faisant bien entendu partie des premiers).

-Tout n'est pas perdu ! Je n'ai pas eu l'occasion de dresser vos thèmes astrologiques comme je l'ai fait pour vos collègues de Serpentard, et il ne me reste plus de feuilles de thé…mais la chiromancie pourrait nous en révéler un peu plus sur votre futur sentimental, quoique je trouve que cette technique offre moins de garanties que les précédentes. Exceptionnellement, je veux bien essayer, puisque vous êtes la seule du groupe à demeurer dans le flou.

Susan fulmina, Eloïse blêmit :

-Je ne voudrais pas vous obliger à utiliser une technique que vous n'appréciez pas…

Le Professeur s'empara de la main d'Eloïse, prête à faire la démonstration de ses talents. L'attention des occupants de la pièce se porta sur elle :

-Je vois..., commença le Professeur de sa voix éthérée.

Subtilement, son attitude se modifia. Elle devint rigide, ses yeux perdirent de leur éclat derrière les verres de ses lunettes, et elle parla d'une voix d'outre-tombe :

-L'Amour est au bout du chemin…

Padma eut un élan de pitié pour Eloïse. Trelawney commençait fort, cette phrase lui rappelait le titre des romances édifiantes que dévorait Parvati sur son temps libre.

-Mais il vous faudra attendre, très longtemps...

Si Eloïse entendit les ricanements de certains élèves et leurs commentaires désobligeants- «Midgen, attendre le prince charmant ? Pas besoin de la Divination pour le prédire ! »-, son visage constellé d'acné n'en laissa rien paraître.

-Le temps passera, et si vous n'y prenez garde, vous le perdrez à jamais.

Eloïse commençait déjà à trouver le temps long. Susan buvait les paroles de Trelawney.

-Méfiez-vous de l'amitié. Des interventions extérieures vous éloigneront, et seuls des étrangers pourront défaire leur œuvre. Mais l'issue ne dépendra que de vous et de lui…


-Au moins, vous deux avez de l'espoir. Mais « ma pauvre enfant » ? Qu'est-ce que Trelawney a bien pu vouloir dire ? explosa Susan dès qu'elles furent sorties du cours.

-Sue, tu ferais bien de relativiser. Se mettre dans des états pareils pour « ma pauvre enfant » ? J'ai entendu dire que Potter se fait prédire son décès imminent à tous les cours, répliqua Eloïse.

Elles se dirigèrent vers la Grande Salle pour déjeuner. Les hiboux voletaient d'assiette en assiette, déposant présents et lettres d'admirateurs/d'admiratrices aux objets de leurs affection.


-Alors, Zabini, prêt pour ton rencard avec la femme de ta vie ? brocarda Draco.

Blaise, fataliste, laissa couler. Trelawney leur avait fait le coup des thèmes astrologiques amoureux. A en juger par la trajectoire obscure de Mercure et la position des anneaux de Neptune, Blaise allait devoir « faire preuve de vigilance, car il ferait une rencontre qui changerait son destin le 14 février », dixit Sibylle Trelawney.

Les commères de Serpentard- que le souvenir des prédictions de Cassandra Trelawney, ancêtre de l'actuelle Sibylle, incitait à prendre au sérieux la Divination- en avaient aussitôt déduit que Tracey Davis, invitée chez Madame Piedodu par Blaise ce jour fatidique, était bien partie pour devenir Mrs. Blaise Zabini.

L'arrivage d'une douzaine d'enveloppes roses et parfumées accapara l'attention du blond, sous le regard jaloux de Pansy. Blaise avait sa théorie sur la question : s'il lui fallait accepter que certaines adolescentes admiraient réellement Draco Malfoy (pour son physique, son prestige, ou toute autre raison non superficielle), il refusait de croire que toutes étaient les auteurs des missives délirantes vantant les charmes de la personnalité malfoyenne.

Draco devait en avoir écrit quelques unes, histoire d'augmenter le volume de la pile d'enveloppes qu'il entassait avec complaisance sur son assiette, au su et à la vue de la tablée des Serpentards (il avait une réputation à maintenir).

Les joueurs de Quidditch, toutes maisons confondues, avaient beaucoup à lire. Même Derrick, et Boyle, massifs et bovins, recueillaient un nombre impressionnant de déclarations.

-Allons bon, même Flint ? murmura Theodore Nott, faisant écho aux pensées de Blaise.

Il semblait y avoir un je-ne-sais-quoi chez les joueurs de Quidditch qui éveillait les passions chez la gent féminine et gommait à ses yeux les aspects les moins reluisants des glorieux sportifs. Objectivement, Blaise comprenait l'engouement des filles pour Cedric Diggory (l'étoffe d'un champion) ou Roger Davies (suffisamment beau gosse pour faire oublier sa terrible vacuité), ou les autres capitaines des équipes de Quidditch : il était de notoriété publique que les femmes admiraient les leaders.

Mais en ce qui le concernait, même sous couvert de l'anonymat, rien n'aurait pu convaincre Blaise, s'il avait été une groupie de Marcus Flint, de lui déclarer sa flamme en ce 14 février. Il y avait quelque chose de profondément désagréable dans la manière dont Flint mangeait son steak tartare, bousculait sans se retourner Terrence Higgs ou Theodore lorsque ces derniers bloquaient son passage dans la Salle Commune des Serpentards, ou traitait de « minus » Draco sans que le blond n'osât menacer de rapporter l'incident à son père.

Les Serpentards n'appréciaient pas ce genre de comportements. Les manifestations de pouvoir ne les dérangeaient pas plus que cela, seulement il y avait la manière. Armé de ses seuls poings (et ils étaient solides, Adrian Pucey pouvait en témoigner), Marcus Flint remettait en question un art perfectionné par sa maison au fil des siècles : la subtilité perfide.


-Tes yeux sont bleus, tes cheveux blonds/ J'ai fait un vœu, tu es le bon, lut Zacharias.

Ah, ah. Si Ernie et Justin croyaient un seul instant qu'il allait gober ça, ils se fourraient le doigt dans l'œil !

Hannah, sans vouloir se l'avouer, songeait aux curieuses prédictions de Trelawney. Un Grand Amour, sans rire ? Elle ne voyait qu'Ernie dans ce rôle. Il était gentil, loyal, et comme elle, collectionneur passionné des cartes de Chocogrenouille. C'était déjà beaucoup, non ?

Machinalement, elle observa les tables voisines. Les heureux récipiendaires de lettres étaient plongés dans leur lecture, voire dans leur commentaire. Comme de bien entendu, les joueurs de Quidditch étaient particulièrement gâtés. Amusée, elle aperçut le capitaine des Gryffondors repousser d'un revers de main les missives qui pleuvaient sur lui, sans prendre le temps de les décacheter.

-Vous me décevez, l'entendit-elle déclarer aux jumeaux Weasley- ses Batteurs- et aux trois Poursuiveuses. Pour une fois que le terrain était libre ! J'aurais pu le réserver sans problème : ni Diggory, ni Davies, ni Flint n'en voulaient !

-Peut-être, dit sarcastiquement l'une des Poursuiveuses, parce que ces capitaines ont eu le bon sens de reconnaitre que leurs équipes ont une vie sentimentale, elles !

-Tu sais, comme des plans pour la Saint-Valentin, renchérit l'un des jumeaux. D'ailleurs, à ce propos…

-…notre bien-aimé Capitaine…poursuivit son frère.

-…a-t-il des plans pour aujourd'hui ?

-J'en avais, mais ils sont tombés à l'eau quand mon équipe a perdu le sens des priorités !

-Tu as consulté ton courrier ?

-Fred ! lança la Poursuiveuse- Angelina Johnson, si la mémoire d'Hannah ne la trompait pas-, une note d'avertissement dans la voix.

-Je ne tiens pas du tout à connaître le contenu de ces lettres. Et puis, si on a quelque chose à dire, on le fait en personne, pas par hibou !

Hannah eut l'impression que ce n'était pas la réponse que les amis du Gryffondor attendaient. Elle en revint à la jolie lettre qu'Ernie lui avait envoyée pendant que Susan prenait connaissance d'une invitation au Bal de fin d'année qui lui mit du baume au cœur. Elle adressa un grand sourire à Kevin et lui souffla « d'accord ! » avec enthousiasme.

Saint-Valentin ou pas, elle ne laisserait rien au hasard. Si le garçon de ses rêves existait, elle le traquerait tant et si bien qu'elle finirait par le débusquer ! Comme le chasseur débusquait le renard tapis dans son terrier.


Poudlard se vidait peu à peu, de nombreux élèves ayant opté pour une promenade à Pré-au-Lard. Padma se hâtait pour son rendez-vous avec Anthony quand elle remarqua deux silhouettes dans un recoin sombre du couloir. Elle reconnut le séduisant Poursuiveur de Serpentard, celui qui avait des yeux verts et un charme inné (contrairement au reste de son équipe), très proche d'Alicia Spinnet, son homologue Gryffondor.

Parvati en aurait fait des gorges chaudes : une Gryffondor et un Serpentard, surmontant les rivalités intra-maisons et inter-équipes ! Padma, qui était la discrétion incarnée, passa son chemin. Comme sa sœur, elle s'intéressait aux romances en cours et aux secrets des uns et des autres. Mais comme elle ne le clamait pas sur les toits, elle en retirait une position d'observatrice privilégiée. Elle y voyait l'occasion d'approfondir sa connaissance de la nature humaine, et…

Bah, Anthony n'était pas là pour qu'elle se justifiât. Seule, Padma pouvait se l'avouer sans ternir son image de Serdaigle sérieuse : elle était curieuse comme une pie, et voilà tout ! Son péché mignon consistait à deviner ce qui allait se passer dans la vie de ses congénères : telle relation durerait-elle ? Telle amitié s'éteindrait-elle ? Elle ne valait guère mieux que Parvati.

Le plus triste dans tout cela, c'était qu'elle ne pouvait jouer avec personne à ce petit jeu-là.


Le salon de thé de Madame Piedodu était bondé. Blaise considérait avec scepticisme les paillettes roses et argentées qui parsemaient son assiette en guise de décoration, mais ce n'était qu'une facette du kitsch ambiant. Jamais il n'aurait cru qu'il existait autant de nuances de rose et de rouge.

Tracey, assise en face de lui, fit un « hum, hum » significatif. Blaise se souvint alors du rituel établi.

-J'ai un petit présent pour toi, dit-il en lui tendant un paquet dont elle s'empara avec avidité- comme c'était adorable de sa part, mais il ne fallait pas !

Ce flot de protestations peu sincères cessa tout net lorsqu'elle découvrit la nature de son présent.

-Oh, dit-elle d'un ton polaire. C'est très… généreux de ta part.

Il était clair qu'elle n'en pensait pas un mot.

Sa mère avait raison, et il s'en désolait :

« Dans notre monde, l'argent et le prestige mènent la danse. Ne te fais pas d'illusions, caro : les femmes qui tenteront de te séduire ne le feront pas pour tes beaux yeux. Le moyen le plus sûr de ne pas perdre ton temps est de leur offrir quelque chose de simple et de peu coûteux lors du premier rendez-vous. Surveille bien leur réaction… »

Tracey se mit à faire des allusions transparentes (très peu subtiles pour une Serpentarde, mais une femme déçue oublie toute prudence) :

-Tu as vu, Terrence Higgs a offert des boucles d'oreille en diamant à Daphne pour leur premier rendez-vous ! Et ton ami, Draco, a donné à Pansy un collier qui est la réplique exacte de celui du portrait d'Helena Serdaigle ! Pourtant, il n'y était pas obligé, puisqu'ils sont ensemble depuis si longtemps et que ce n'est pas leur premier rendez-vous, mais la galanterie des sorciers du monde n'a pas de limite !

Comme lorsque Draco lui parlait, Blaise émit de petits grognements encourageants, tout en observant les tables autour de lui.

Fred Weasley et Angelina Johnson semblaient passer un très bon moment, Roger Davies mimait une action spectaculaire de Quidditch pour le plus grand plaisir de Sarah Fawcett, qui faisait des « oh » et des « ah » aux moments appropriés, Pansy s'extasiait devant le collier de Draco.

D'autres rendez-vous se passaient moins bien, à en juger par le bruit d'une bouteille qui se renversa, une voix de fille catastrophée qui disait :

-Oh, je suis désolée ! Tu me connais, je suis toujours maladroite quand je suis nerveuse et…

-Ce n'est rien. C'était ma plus belle chemise, mais un Récurvite et les tâches de Bièreaubeurre s'en iront. Mais je préfère rentrer pour l'instant.

-Je suis désolée, s'excusa à nouveau la fille qui semblait sincère.

La voix du garçon s'adoucit :

-Je ne t'en veux pas. Mais écoute…Je crois que toi et moi, ce n'est pas une très bonne idée. On est mieux comme amis, tu ne penses pas ?

Blaise n'entendit pas la réponse, rappelé à l'ordre par Tracey :

-Dis donc, tu m'écoutes au moins ? J'ai refusé un rendez-vous avec Cornelius Warrington pour toi !

Il la fixa avec indifférence :

-Tu es libre de le rejoindre.

Estomaquée, elle répliqua aussitôt :

-Je ne vais pas m'en priver, crois-moi ! Et tu peux garder ta boîte de chocolats minable !

Elle sortit telle une furie, probablement prête à raconter à toutes ses amies que pour un Sang Pur dans sa position, Blaise Zabini était un rapiat de première qui mégotait sur les bouts de chandelle.

Il soupira imperceptiblement, et se demanda que faire de sa boîte de chocolats (belges, cent pour cent cacao, réalisés par un chocolatier moldu renommé). Il n'allait tout de même pas manger une boîte entière à lui tout seul, et la ramener dans son dortoir l'exposait à être :

-1° gobée intégralement par Vincent et Gregory (les sucreries ne faisaient pas long feu quand ces deux-là rôdaient dans les parages)

-2° confisquée d'autorité par Draco, qui avait le bec sucré, et franchement, Blaise trouvait que dans les deux cas c'était une triste fin pour de si bons chocolats.

Son regard tomba sur une fille aux couettes châtain, seule à une table. Elle lui disait vaguement quelque chose- ils étaient sans doute de la même année, mais pas dans la même maison. Il ne l'aurait pas abordée en temps ordinaire, mais elle avait l'air si triste...

Il n'y alla pas par quatre chemins :

-Bonjour, dit-il.

Elle sursauta, mais répondit à son salut.

-Ecoute, c'est un peu long à expliquer, mais mon rendez-vous m'a planté là, et je me retrouve avec cette boîte de chocolats dont je n'ai pas vraiment envie, et je me suis dit, autant que ça serve à quelqu'un, non ? Donc, euh, si tu aimes les chocolats…

Elle hésitait :

-Ils ont l'air délicieux, mais…

-Ils ne sont pas empoisonnés, la rassura-t-il. Je peux en goûter un au hasard, si c'est ce qui t'arrête.

La réputation de sa maison justifiait peut-être un peu cette méfiance.

-Ce n'est pas ça du tout ! Je n'ai aucune raison de ne pas te faire confiance…

Blaise trouva cette naïveté rafraichissante (et un peu inquiétante, quand on connaissait un peu la vie).

-…mais je ne peux pas accepter tout cela !

-J'insiste. Autrement, ils finiront à la poubelle, et ce serait dommage de les gâcher.

L'argument fit mouche. Elle ouvrit la bouche pour protester, et il en profita pour y glisser un chocolat.

Blaise sourit en lui-même : elle avait un visage si honnête, si facile à lire ! Il triompha de ses hésitations :

-A moins que tu ne les détestes ?

-Ce sont les meilleurs que j'aie jamais goûtés, avoua-t-elle finalement. Très bien, j'accepte, mais à une condition.

Elle le regarda bien en face, ses yeux bleus brillant :

-On partage.

Il accepta, touché de cette attention.

Inutile de dire que l'idée n'aurait même pas effleuré Draco.

Ils effectuèrent le partage : il tenta de lui laisser quelques chocolats supplémentaires, mais elle déjoua ses plans- « ils sont si bons, ce serait criminel que tu n'en profites pas ! »- et ils se levèrent tous deux, prêts à rentrer au château.

-En tout cas, merci. Merci beaucoup.

-Tu me rends service en m'en débarrassant.

Elle hésita un instant, puis l'embrassa rapidement sur la joue en soufflant « bonne Saint Valentin » et se dépêcha de filer.

Blaise oublia vite ces événements, mais il fut d'excellente humeur toute la soirée, encourageant même Draco à s'épancher sur le déroulement de sa journée, ponctué de réception de cœurs en sucre, billets doux et autres manifestations d'adoration d'admiratrices secrètes.


Les couloirs étant quasiment déserts, la Gryffondor blonde qui bouscula Eloïse (et sans s'excuser) aurait pu facilement manœuvrer pour l'éviter.

-Katie ! Attends ! cria Angelina Johnson.

Eloïse les regarda passer avec philosophie. Les yeux rougis de larmes de la Poursuiveuse ne lui avaient pas échappés. Sans doute quelque chagrin d'amour, bien que cela ne justifiât pas de bousculer les honnêtes gens sur son passage, mais ces Gryffondors avaient un penchant pour le mélodrame.

Elle ne comprenait pas tout ce raffut autour de l'amour. La Saint-Valentin n'en montrait que la face souriante, avec ses ridicules Cupidon et ses cœurs écarlates, laissant croire aux naïfs que le chemin était jonché de pétales de roses. Mais Eloïse ne se laisserait pas prendre au piège. Elle ne croyait pas aux contes de fée, aux « et ils vécurent heureux pour toujours ».

Elle avait vu trop de fois sa mère avoir le cœur brisé après s'être laissée convaincre de donner une chance à un homme qui n'en était pas digne, elle avait lu trop d'histoires où l'héroïne avait perdu la tête pour un héros aux pieds d'argile, pour que l'envie même de tomber amoureuse lui passe définitivement.

Elle l'avait dit à Zacharias : cette chose qu'on appelait l'amour rendait les gens stupides, les poussaient à agir de façon illogique.

-Que feras tu le jour où tu tomberas amoureuse ?

Elle avait répliqué dignement que quand on ne voulait pas tomber, il suffisait de faire attention à l'endroit où l'on mettait les pieds.

-Tu ne contrôles pas ce genre de trucs, avait commenté Zacharias, dubitatif.

Les sanglots de la Poursuiveuse résonnaient dans le couloir. Comment pouvait-on se mettre dans des états pareils pour un garçon ? Cela dépassait son entendement.

-Tu seras bien attrapée, quand ça t'arrivera ! avait prophétisé Zach.

Si elle avait su à quel point, et dans quelles circonstances… Mais à ce moment-là, Eloïse était persuadée qu'elle ne souffrirait jamais du même mal que Katie Bell.


Allongé sous un arbre, Zacharias goûtait au silence du parc de Poudlard.

-Euh, Zacharias ?

Il ouvrit un œil et reconnut une Poufsouffle de deuxième année, Laura Madley. Alors qu'elle n'était qu'une première année dans les premiers jours de la rentrée, il l'avait trouvée perdue et aux bords des larmes.

Ce n'était pas la première fois que ce genre d'incident arrivait, et c'était là un nouveau grief de Zacharias à l'encontre de la Direction : Dumbledore pensait-il vraiment que les escaliers en motion perpétuelle, qui désorientaient tous les élèves non pourvus d'une boussole naturelle, étaient l'idée du siècle ? Zacharias ne disait même pas ça pour lui, car il avait le bon sens de prendre des points de repère inamovibles et était doté d'un instinct relativement infaillible, mais que dire de Rose Zeller, Megan Jones, Anthony Goldstein, Terry Boot et tant d'autres qui avaient parfois erré des heures avant de retrouver le chemin de leur salle commune ?

Pour en revenir à Laura, Zacharias l'avait consolée du mieux qu'il pouvait, l'avait prise par la main et ramenée saine et sauve dans la salle commune des Poufsouffle.

-Salut, Laura, dit-il gentiment. Tu as un problème ? ajouta-t-il, alarmé, car elle faisait peine à voir : tremblante, respirant lourdement.

Entre deux bégaiements de Laura, il parvint à comprendre qu'il était invité chez Madame Piedodu, et que le doux poème reçu ce matin n'était pas un canular d'Ernie et de Justin après tout.

-Euh…euh…C'est, euh, très gentil de penser à moi, mais euh, tu ne devrais pas plutôt demander à un gentil garçon de ton âge ? Je suis un peu vieux pour toi, et tu es, euh, un peu jeune pour moi (bon sang que c'était dur ! et les yeux de la petite s'emplissaient de larmes, et Zacharias en était la cause).

Laura les tira d'embarras tous les deux en s'enfuyant en direction du château, sanglotant éperdument.

Elle croisa sur son chemin Susan, Padma, Anthony et Justin, qui se retournèrent et réalisèrent qu'elle venait en direction du chêne sous lequel Zacharias était assis, seul.

Cible de leurs regards désapprobateurs, Zacharias poussa un grognement. Génial. Comme si sa réputation n'était plus à faire, voilà maintenant qu'il faisait pleurer les petites filles.

Il détestait la Saint-Valentin.


-J'ai bien réfléchi, dit Susan en engouffrant un des délicieux chocolats qu'Hannah avait ramenés d'Honeydukes. Je ne me laisserai pas abattre par Trelawney. Je ne laisserai rien ni personne gâcher la Saint-Valentin pour moi. Je sais qu'un jour, je ne la fêterai pas seule.

Hannah dodelina de la tête, Eloïse haussa les épaules et prit un praliné.

-Je ne sais pas à quoi il ressemble, quels sont ses rêves. Je ne l'ai peut-être même pas rencontré encore. Mais je le chercherai sans relâche !

-Incurable optimiste, marmonna Eloïse.

Elles allèrent se coucher, ignorant qu'elles passeraient plusieurs années avant de célébrer une Saint-Valentin mémorable. En effet, Voldemort, la guerre et ce genre de contretemps ne favorisaient pas la quête du Grand Amour.

Il faudrait du temps à Susan, beaucoup de temps, avant qu'elle ne se souvînt de certaines prophéties qui avaient été réalisées ce jour-là. Si elle l'avait fait, peut-être le cours des événements aurait-il changé. Peut-être qu'elle n'aurait pas commis toutes ces erreurs

Peut-être que pour toutes les trois, le bonheur serait arrivé plus rapidement, plus facilement. Ou peut-être pas.

Mais cette nuit-là, Susan fit un rêve. Un rêve qui n'était pas une manifestation du sommeil paradoxal. Un de ces rêves nébuleux qu'elle faisait parfois, héritage atténué de son aïeule Ermengarde (dont les capacités divinatoires avaient rivalisé celles de Cassandra Trelmawney, autrefois).

Comme d'habitude, Susan ne se souvenait pas de grand-chose au réveil. Juste d'un bal costumé, d'un baiser et d'un individu dont elle ne distinguait rien, absolument rien.

Le cœur battant, elle se leva d'un bond et ouvrit les rideaux. La lumière du jour envahit la chambre, déclenchant les protestations de ses camarades.

Susan n'en eut cure. Une nouvelle journée s'annonçait.


Note de l'Auteur:

-j'espère que ce petit interlude vous a plu! personnellement, je pense qu'il révèle des éléments intéressants de la personnalité des personnages.

J'essaie de maintenir la continuité, et je me suis amusée à glisser certains détails pas si anodins que ça pour ceux que le futur sentimental de nos amis intéresse!

-réactions, commentaires, interprétations des prédictions de Trelawney? n'hésitez pas à m'en faire part!

-le 6ème OS des Coulisses contiendra des scènes coupées du chapitre 26, abordant notamment les conséquences- pour certains persos- de l'Enchantement/ Malédiction du 14 février.

-je ne sais pas si vous l'avez noté, mais cet OS ne contient aucun point de vue à la 1ère personne. Pour le "flash-forward", qui est en cours de préparation, voulez-vous avoir les "voix" des personnages, ou un point de vue extérieur vous convient? Peut-être que ça n'a aucune importance, mais je suis curieuse ^^