Disclamer : Stephenie Meyer est une grande dame (euh, p'tet pas tant que ça en fait…elle fait quoi ? 1m70 ?) qui écrit des histoires très sympa à lire (je conseille vivement « the Host » à ceux qui l'auraient raté) et avec lesquelles je m'amuse un instant.
Les coups à la porte reprirent
Sans doute le proprio.
Je n'avais pas eu un seul jour de retard de loyer, alors pourquoi venait-il encore me casser les couilles ?
Déjà le mois dernier il avait prétexté un traitement anti-cafard pour pénétrer dans ma chambre. Traitement anti-cafard ? Il me prenait pour un con ou quoi ? Des rats se baladaient dans le couloir (tiens, ça aurait fait un bon repas pour les Cullen, c'est pas vrai je recommence….grrr) au moment même où il m'avait servi son excuse débile, alors essayer de faire croire qu'il se préoccupait de l'hygiène de son taudis était parfaitement risible.
Je m'habillai rapidement, essuyant en toute hâte ma sueur rougeâtre et couvrant d'un plaid le plastique de mon lit et j'allai ouvrir la porte en me promettant que ce coup ci, je le laisserais entrer. S'il tenait à savoir exactement ce que je fichais dans le quartier, j'allais me faire un plaisir de lui montrer.
Souriant déjà à cette idée, j'ouvris la porte.
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Ce n'était pas le proprio, c'était Julia.
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-'soir.
-Qu'est ce que tu fous là ?
Un vrai room-service.
Non mais sérieusement, ça existe vraiment les filles suicidaires alors ?
-Ben, comme t'es pas sorti aujourd'hui et qu'il se fait tard, je me suis dit que j'allais t'apporter à manger. Tu sais, pour te remercier pour hier soir.
Elle était encore plus ridicule que d'habitude. La pluie l'avait complètement trempée et son maquillage coulait en laissant de grosses trainées noires sur ses joues.
Elle portait une minuscule veste en simili cuir qui était censée la protéger de l'averse et serrait compulsivement un sac en papier détrempé à la main.
Sans attendre ma réponse, elle se glissa entre moi et l'embrassure de la porte et entrai dans la chambre.
-Julia, soupirai-je, tu ferais mieux de partir.
-Non, je ferais bien de rester.
En plus d'être hideuse, c'était une fleur de nave.
-Comme tu veux, mais tu ne pourras dire que je ne t'avais pas prévenue, dis-je en refermant la porte.
Elle dégoulinait littéralement sur la moquette verte et immonde qui recouvrait le sol.
-Tiens, me dit-elle en me tendant le sac en papier.
Je lui pris des mains et le jetai négligemment sur la petite commode qui contenait mes vêtements.
Elle enlevait déjà son blouson, laissant apparaitre ses épaules nues. Elle avait opté pour un bustier blanc qui devenait transparent sous l'effet de la pluie.
-Tu aurais pas une serviette ? Faudrait que je me sèche, il pleut des cordes ce soir.
J'allai lui chercher une petite serviette noire dans la salle de bain sans dire un mot et lui jetai à la tête.
Elle commença à se frictionner les cheveux puis jeta un coup d'œil autour d'elle. Elle regarda les tentures un instant puis se tourna vers moi.
-C'est pour quoi faire ?
-Pour empêcher les néons de me faire chier toute la nuit.
-Ah !
Elle haussa les épaules et reprit son inspection des lieux. Je commençai à me rapprocher, me disant que décidément, la livraison à domicile avait du bon.
-Oh ! Tu lis Stephenie Meyer toi aussi ! S'enthousiasma-t-elle en voyant le livre abandonné à coté de mon lit.
Je n'avais pas fait attention au nom de l'auteur jusqu'à présent. Une femme ? Mouais, ça m'expliquait mieux la mièvrerie de l'histoire et l'absurdité des vampires. Il n'y avait qu'une femme pour transformer des prédateurs impitoyables en mauviettes.
-Ouais, je viens de le finir.
-Elle est géniale cette histoire hein ? J'adore les vampires !
Un sourire narquois me vint aux lèvres.
-Ouais, continua-t-elle, les Cullen sont trop cool et l'histoire d'amour entre Bella et Edward est tellement romantique.
Devant ma moue sceptique elle ajouta :
-Et puis évidement Edward est trop beau, d'ailleurs tu m'as fait un peu penser à lui quand on s'est rencontré.
-Ah oui ?
J'étais complètement dépassé. Elle confondait imaginaire et réel, son discours était confus. Et d'abord, en quoi je pouvais faire penser à ce mou ? J'étais vexé pour tout dire.
-Ben ouais, d'accord t'as les yeux bleus, mais bon sinon tu lui ressembles vachement. T'es roux, mêmes si t'as les cheveux longs, pis t'as les mains vachement froides et pis t'es plutôt pale comme mec. Remarque, Margie m'a dit que tu sortais pas souvent dans la journée, alors tu dois pas beaucoup bronzer.
Je me tendis instinctivement. Elle allait finir par comprendre ce qu'elle venait de dire et je mettre à crier d'un instant à l'autre.
Merde, j'étais sur qu'au moins une ou deux personnes l'avaient vu entrer dans l'immeuble ! Elle avait aussi du dire à Margie où elle se rendait avant de venir me voir.
Je passais en revue mes options.
Soit je la tuais là, maintenant, et ensuite je me barrais le plus rapidement de la ville, en sachant que Margie alerterait les flics et que ma gueule serait affichée sous forme de joli portrait-robot dans tous les commissariats de l'Etat au moins (bon d'accord, surement dans un petit coin du panneau, mais quand même…y'aurait toujours un petit malin pour me reconnaitre, et alors se serait le début de la fin).
Soit j'attendais qu'elle se barre en courant de ma chambre, la laissait passer pour une dingue auprès des autres (avec beaucoup de chance, fallait le reconnaitre) et j'attendais un peu avant de me barrer, ne laissant derrière moi qu'une folle rumeur.
Soit…..Il me fallait une troisième option bordel !
Mais Julia repris son monologue, comme si de rien n'était.
-Mais bon, les vampires ça n'existe pas, dommage hein ?
Je restai un instant soufflé. Cette fille était encore plus stupide que je ne l'avais cru.
Elle avait sous les yeux les preuves de ma vraie nature et elle ne soupçonnait même pas que j'étais à deux doigts de l'égorger à cet instant précis.
-Euh…ouais.
-Et les autres t'ont plu aussi ?
-Les autres ?
-Les autres livres, crétin !
Je dus me refermer davantage car elle reprit :
-Excuse, je voulais pas te traiter de crétin, c'est juste une façon de parler, tu sais.
J'expirai un peu, décidément, elle avait beaucoup de chance ce soir.
-Non, je ne savais pas qu'il en existait d'autres.
-C'est trop con, j'ai pris que le premier avec moi, mais bon, j'ai pas la thune pour me les racheter, sinon je te les aurais passé avec plaisir.
-Je me les achèterais si j'en ai envie, dis-je en haussant les épaules.
Aucune envie de replonger dans la mièvrerie, mais bon, je cherchais un moyen pour qu'elle se barre.
-Tu me les prêteras ? En plus, le quatrième doit être sorti maintenant.
-On verra.
-Sinon, y'a aussi les sites web, tu devrais y faire un tour, l'univers de Twilight est fascinant. Je me souviens que je m'étais fait des tonnes de copines sur certains chats de fans. On s'est même rencontrées IRL une fois, pour la sortie du 2, c'était cool.
-Ah ?
Et elle commença à déblatérer pendant ce qui me sembla des siècles sur cet événement majeur de son existence. Je sentais ma patience s'amoindrir à vue d'œil pendant son discours enflammé, d'autant plus qu'elle utilisait des expressions que je ne comprenais pas.
Des « T'chats », des trucs « web », « LOL » et autres joyeusetés du genre.
Et puis, je pris enfin conscience à travers son discours confus d'un point important, vital même.
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C'était un monde dont j'ignorais tout.
Un monde nouveau, autant que les Amériques à l'époque lointaine où je les avais rejointes.
Un monde avec le même formidable potentiel.
Un monde encore plus intense que celui que j'avais découvert récemment dans cette librairie.
Un monde où, apparemment, des jeunes se rencontraient sans la surveillance d'adulte (les adultes étaient toujours un problème quand on voulait chasser leurs jeunes : c'étaient eux qui rameutaient la communauté, eux qui lançaient les chasses aux monstres, eux qui s'emparaient des outils pour tenter de nous détruire).
Un monde où des jeunes filles saines se perdaient sans que l'on s'en offusque.
Un monde de possibilités quasi infinies.
Je ne savais pas encore exactement comment, ni quand, mais j'allais m'incruster dans ce monde, c'était une certitude.
