Merci à quam, Ellena-san, fantasia-49 et Pipersam! :)

Bumperbuddies: il faut toujours suivre son instinct! ;-b

SOSO: Merci!! ;)

yellow: Merci! :) Il risque de n'y avoir que peu d'humour dans cette fic, par contre. Mais... ;)

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Deuxième partie

Ba'al rajusta sa lourde tunique d'un geste satisfait.

Ces quelques jours enfermé dans cette cellule crasseuse lui avaient semblé interminables. Bien sûr, il n'avait pas eu à souffrir de la faim ou de mauvais traitements puisque, lorsqu'il était appelé par le faux Ba'al et extrait de sa misérable cage, il rejoignait simplement ses quartiers pour se sustenter et peaufiner les derniers détails de son plan.

Jusqu'ici, tout se passait exactement comme il l'avait prévu. Ça allait même au-delà de toute espérance. Il était parvenu à porter un coup fatal à la Tok'ra en s'emparant de la quasi-totalité de ces traîtres. Les quelques Tok'ra encore libres ne représentaient dorénavant qu'un piètre danger.

Non, tout était… presque parfait. Une chose, une seule chose venait ternir l'excellence des derniers évènements.

Avec impatience, Ba'al se tourna vers le miroir à deux pas de lui et observa son reflet.

Un front haut, une mâchoire volontaire, un regard incisif.

Il détestait ce visage.

Il détestait l'arrogance, l'insolence et la volonté inattaquable de cet homme.

Il avait cru un instant que dominer ce corps serait délectable. Ecraser par sa présence la conscience d'un de ses pires ennemis ne pouvait lui apporter qu'une grande satisfaction. Mais cela avait été sans compter la volonté d'O'Neill. Malgré un combat perdu d'avance, celui-ci s'était violemment rebellé contre cette possession forcée et Ba'al n'était parvenu à le dominer totalement que quelques heures à peine avant l'arrivée de SG1.

Totalement.

Le souvenir d'une émotion violente ressurgit et Ba'al se détourna avec rage. D'un pas conquérant, il passa la lourde porte qui séparait son boudoir de la salle du trône et lança d'une voix forte.

- Amenez-moi le Major Carter.

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Malgré la centaine de Tok'ras parquée dans les cellules, un silence de mort régnait dans la salle. Les visages étaient sombres, les corps prostrés. Nul ne réfléchissait encore à un moyen quelconque de se sortir de cette situation. Tous devaient d'abord encaisser ce fulgurant échec.

SG1, isolée dans leur box, était tout aussi silencieuse. Sam revivait encore et encore les évènements depuis leur arrivée sur ce vaisseau, songeant aux quelques détails si révélateurs et qui pourtant n'avaient pas su retenir son attention. Malgré les propos rassurants de Daniel et Teal'c, elle était la seule responsable.

Elle aurait du se méfier davantage. Elle aurait du garder pour elle toute information concernant les évènements survenus après la capture du Colonel. Mais comment aurait-elle pu se douter que Ba'al avait changé d'hôte ? Comment aurait-elle pu se douter qu'en s'agenouillant devant lui, à leur arrivée sur le vaisseau, elle n'avait eu en face d'elle qu'un symbiote Goa'uld quelconque dans l'ancien corps de Ba'al. Et que le vrai Ba'al se trouvait en fait dans le corps de son supérieur.

Et pourtant… Et pourtant, Ba'al avait commis deux erreurs.

La première avait été de les mettre tous les trois dans la cellule contiguë à la sienne, uniquement séparés par quelques barreaux. Leur proximité avait obligé le prima à les faire reculer jusqu'au fond de leur propre box lorsque Le Colonel… non, Ba'al, était passé devant eux pour une soi-disant séance de torture. Cette mise à distance avait été nécessaire pour que ni Teal'c, ni elle ne ressentent le Goa'uld dans le corps d'O'Neill.

Ce seul ordre aurait pourtant du la mettre sur la voie.

Mais bien avant cela. Alors qu'on l'emmenait, elle, vers le faux Ba'al, le Colonel s'était levé et avait ordonné qu'on ne lui fasse rien. La réaction protectrice de son supérieur ne l'avait bien évidemment pas surprise mais comment un homme à l'article de la mort, à peine capable de prononcer un mot, avait pu se lever et tenir aussi fermement sur ses pieds ?

Comment avait-elle fait pour ne rien trouver d'anormal à cela ?

Mais de toute façon, le mal avait été fait bien avant ces quelques erreurs. Cinq minutes à peine en sa présence et elle lui avait révélé l'emplacement de la base Tok'ra.

- Sam… murmura Daniel en posant une main ferme sur l'épaule de son amie. Ne vous mettez pas martel en tête. Jack lui-même serait tombé dans le panneau.
- C'est très possible, en effet, approuva le Jaffa.

La jeune femme se tourna vers eux, un pauvre sourire sur les lèvres. Elle savait qu'ils la soutiendraient, et ce, quels que soient ses arguments ; mais ils avaient tort. Le Colonel n'aurait certes rien laissé transparaître de ses doutes, mais il n'aurait jamais donné d'informations particulières. Il aurait tourné autour du pot, noyé le poisson, mais jamais il n'aurait pris le risque de révéler à un membre peut-être corrompu de son équipe un élément aussi vital. Il était bien trop expérimenté pour cela.

Alors voilà. Elle avait commis une erreur qui avait coûté la liberté de tout un peuple… et anéanti leur seule chance de rendre au Colonel sa véritable identité.

- Toi ! s'exclama soudain une voix impérieuse, la faisant sursauter.

Perdue dans ses sombres pensées, Sam n'avait pas entendu la porte de la salle s'ouvrir. Lorsqu'elle tourna la tête vers l'entrée de sa cellule et découvrit un doigt autoritaire pointé dans sa direction, la jeune femme se leva sans protester.

Elle allait peut-être payer le prix de son erreur plus tôt que prévu. Des protestations fusèrent aussitôt qu'elle fit mine d'ignorer. Cependant, lorsqu'elle passa à côté du box de son père, elle s'arrêta un instant, le regard fuyant et coupable.

- Je suis désolée… parvint-elle à articuler avant de se sentir pousser en avant par une lance Jaffa.

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Ba'al observa la jeune femme contrainte de mettre un genou à terre avec un mélange d'impatience et de réflexion.

A peine entrée dans la salle, elle avait tourné vers lui un regard avide et il fut en partie amusé de ne voir ni haine, ni répugnance dans les yeux de la captive.

- Vous ne semblez pas réaliser qui vous avez devant vous, lança-t-il alors en se levant lentement.

Le visage du Major Carter se ferma aussitôt. La mâchoire crispée, elle se détourna et Ba'al s'approcha afin de l'observer avec plus d'attention. Les traits étaient fins et gracieux, doux et harmonieux. Le teint clair et ordinairement rendu sans éclat par la pâleur des cheveux blonds ressortait étrangement chez cette femme et lui donnait un charme indéniable. Elle était assurément très belle même s'il avait toujours eu une préférence pour les rousses.

Mais ce n'était pas ses attraits qui l'intéressaient.

Le Major Carter était responsable d'un soubresaut de conscience de la part de son hôte et Ba'al n'était pas du tout disposé à revivre cela.

Quelques heures auparavant, il avait failli mettre en péril son propre plan en se levant brusquement de son lit de camp, lui, soi-disant à l'agonie. Ce fut une fois debout qu'il avait réalisé l'incongruité et le danger de sa posture, mais sur l'instant, il n'avait pas réfléchi. Tout son être s'était révolté à l'idée de la savoir torturée et son corps s'était aussitôt tendu en signe de protestation.

Dans un grognement agacé, Ba'al fit signe à ses hommes de la relever et tendit la main vers son visage afin de s'en saisir.

Mais son crâne fut soudain transpercé d'une violente décharge. Il suspendit aussitôt son geste, les yeux écarquillés, puis, avant d'avoir pu analyser ce qui se passait, une puissante vague d'émotions déferla brusquement dans son corps. Au bord de l'étouffement, haletant, il fit quelques pas en arrière, sa vision rendue vaporeuse et incertaine. Des voix sourdes et lointaines, celles de ses Jaffas, lui parvenaient avec difficulté.

O'Neill reprenait le dessus.

Cet éclair de lucidité mit Ba'al dans une rage folle. Une lutte enragée s'en suivit. Le Goa'uld, qui avait cru son hôte affaibli, dominé, comprit qu'il s'était laissé abuser. Certes, il était et serait toujours plus fort que l'humain mais celui-ci n'avait pas capitulé.

Et pourtant, à la grande surprise de Ba'al, O'Neill ne mit que quelques secondes à disparaître de nouveau, repoussé par la violente haine du Goa'uld, et lorsque ce dernier retrouva enfin tous ses esprits, ses yeux s'illuminèrent de colère en croisant le regard de Samantha Carter.

Il fit un nouveau pas vers elle, sentant le besoin de la punir pour cette intrusion mais la présence, certes légère mais bien vivace, de son hôte le fit s'arrêter. Dans un grognement de rage impuissante, il se détourna et rejoignit son trône, le visage sombre.

Sur ordre, on força la jeune femme à s'agenouiller de nouveau et Sam s'exécuta sans pour autant quitter le Goa'uld des yeux. Elle observait depuis quelques secondes déjà le conflit qui se déroulait devant elle. Le Colonel était parvenu à influencer les actes de Ba'al ! Cela avait été de courte durée, certes, mais suffisant pour la préserver. Peut-être réussirait-il à reprendre de nouveau le dessus à un moment opportun !

Mais elle dut très vite déchanter.

- Tuez-la ! s'exclama le Goa'uld, un sourire sur les lèvres.

Ne parvenant pas lui-même à ses fins, Ba'al avait choisi de laisser un tiers s'en charger. Réactive, Sam tourna la tête vers l'un des Jaffas qui faisait déjà un pas en arrière afin d'armer sa lance. En désespoir de cause, elle voulut se jeter sur l'homme mais la main d'un autre Jaffa se posa sur son épaule afin de la maintenir agenouillée par terre. D'un mouvement brusque, elle se redressa et envoya son coude dans l'entrejambe du gardien. Celui-ci lâcha aussitôt prise, le souffle coupé, et Sam en profita pour se relever. D'un geste vif, elle se glissa derrière l'homme toujours courbé par la douleur et tenta de le saisir pour s'en servir comme bouclier. Hélas, dans un sursaut d'énergie, celui-ci la repoussa violemment, l'exposant au tir du premier Jaffa.

Le regard terrifié de Sam se posa sur le canon de la lance qui s'ouvrait devant elle dans un éclat d'étincelles. L'instinct lui fit retenir son souffle et chaque muscle de son corps se contracta dans l'attente de l'impact meurtrier.

Puis tout se passa très vite.

Un éclair de lumière sur sa gauche la fit violemment sursauter. L'instant d'après, le Jaffa armé de sa lance fut propulsé sur plusieurs mètres dans un hurlement effroyable et vint se fracasser sur l'une des parois de la salle. Son corps disloqué tomba lourdement sur le sol dans un bruit sourd et Sam se tourna vivement vers Ba'al, debout, l'arme de poing levée.

Le Colonel venait encore de la sauver.

- Mon Seigneur… se permit Kal'im, une note d'incrédulité dans la voix.

Mais l'expression terrifiante de son Maître incita le Prima à se taire et à s'incliner avec humilité et soumission.

Lorsque le Goa'uld se tourna vers Sam, celle-ci comprit que Ba'al était de nouveau lui-même. Elle avait déjà vu la haine et la fureur sur le visage du Colonel. Mais jamais, jusqu'ici, il ne l'avait regardée ainsi.

- Faites-la sortir ! Ramenez-la dans sa cellule ! parvint-il à articuler malgré sa mâchoire crispée.

Certainement encore surpris par l'attitude étrange de leur maître, les Jaffas hésitèrent quelques secondes.

- Immédiatement ! rugit-il, les yeux lumineux de rage.

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Sam fut poussée sans ménagement à l'intérieur de sa cellule sous les regards inquiets de ses amis et de son père. Les trois hommes attendirent le départ des Jaffas puis se tournèrent vers elle, des questions sur les lèvres auxquelles la jeune femme mit un terme en levant les mains.

- Tout va bien.

Jacob acquiesça avec soulagement et s'assit lentement sur l'une des couchettes de son box. A ses traits tirés et à la sueur encore présente sur son front, la jeune femme comprit qu'il s'était rongé les sangs pendant sa courte absence.

Cherchant à taire sa culpabilité, Sam leur expliqua succinctement ce qui s'était passé avec Ba'al et l'intervention du Colonel qui lui avait sauvé la vie. Les spéculations allèrent bon train mais aucune explication valable ne put être trouvée. Ce n'était pas la première fois qu'un hôte parvenait à prendre le dessus sur un Goa'uld, mais jamais aussi fréquemment et de manière si constante. Bien sûr, tous étaient unanimes pour affirmer que le psychisme du Colonel O'Neill était extrêmement puissant mais il n'était qu'un homme après tout et il lui était physiologiquement impossible de dominer ainsi la symbiose.

La journée s'écoula sans réel changement et Ba'al resta invisible. Le lendemain cependant, après une nuit passée entre insomnies et projets d'évasion, les portes de la salle s'ouvrirent devant Kal'im et sa garde.

Jacob se leva prestement, craignant la colère de Ba'al à l'encontre de sa fille. Il fut cependant soulagé de voir le Prima donner l'ordre d'ouvrir sa propre cellule.

- Toi ! lança Kal'im en le pointant du doigt. Mon maître veut te voir.

Jacob s'avança sans protester et jeta un regard rassurant à Sam avant de sortir de la salle. Dans le couloir, il découvrit non sans surprise Persus et Garshaw, l'attendant sous bonne escorte. Ils se concertèrent du regard sans toutefois exprimer leur perplexité à haute voix et suivirent le Prima en silence. Ils ne furent pas conduits dans la salle du trône, comme ils s'y attendaient de prime abord, mais dans la salle des Anneaux où se trouvait déjà Ba'al dans sa tenue d'apparat. Celui-ci les regarda approcher avec un sourire satisfait et Jacob dut se faire violence pour faire abstraction de ce visage si familier.

Après deux voyages, le premier pour le Goa'uld et sa garde, le second pour ses prisonniers, ils arrivèrent tous sur un autre vaisseau. Balayant la large pièce des yeux, Jacob ne mit qu'un instant pour comprendre où ils se trouvaient. De nombreux Jaffas aux symboles variés gardaient la salle.

- Les Grands Maîtres vous attendent, Seigneur Ba'al, indiqua un esclave dont la révérence fut si profonde que son nez frôla presque le sol.

Les trois Tok'ras suivirent de nouveau le Goa'uld sans discuter et furent contraints par celui-ci de patienter au seuil de la Grande Salle.

Lorsque Ba'al fit son entrée d'un pas conquérant, des exclamations incrédules et choquées s'élevèrent dans la pièce. Certains Grands Maîtres se levèrent précipitamment, ouvrant déjà la bouche afin d'ordonner à leurs Jaffas de s'emparer de l'intrus mais Ba'al mit rapidement un terme à cette cacophonie :

- C'est un plaisir de vous revoir, lança-t-il de sa voix caverneuse, ravi de son petit effet.

Un silence incrédule se fit et, l'un après l'autre, les Grands Maîtres reprirent peu à peu leur place initiale.

- Quel choix singulier, fit remarquer Yu qui, contrairement aux autres Goa'ulds, était resté impassible.
- J'ai trouvé divertissant de prendre O'Neill comme hôte, répondit Ba'al avec un sourire cruel. Et fort utile.

Il laissa cette phrase en suspend sans prendre la peine d'expliquer en quoi le Tau'ri avait été si utile et aucun des Grands Maîtres présents ne voulut lui faire le plaisir de le questionner à ce sujet. Ils le laissèrent au contraire debout, au milieu de tous confortablement installés sur leurs trônes respectifs. Malgré cette tentative évidente d'intimidation, Ba'al, un sourire confiant sur les lèvres, attendit tranquillement que l'un d'eux daigne enfin lui demander la raison de sa venue.

- Alors ! finit par lancer Amaterasu avec impatience. Pourquoi avoir sollicité cette entrevue ?
- Je veux réintégrer votre groupe, répondit-il sans ambages.

Un ricanement général s'éleva dans la pièce. Seul Yu continuait de l'observer sans que son visage sévère ne soit troublé par le moindre rictus.

- J'imagine que vous n'êtes pas venu les mains vides, dit-il lorsque le silence revint.

Le sourire de Ba'al s'accentua et il hocha lentement la tête.

- Naturellement.

D'un geste de la main, il fit signe à son Prima et les portes s'ouvrirent sur les trois Tok'ras.

Des exclamations de surprise et de plaisir non dissimulé s'en suivirent. Tous connaissaient au moins le visage d'un des Tok'ras présents et Ba'al se fit une joie de satisfaire la curiosité concernant les autres.

- Voici Persus, Garshaw et Selmak.

Bien sûr, les noms, eux, étaient célèbres et le brouhaha s'intensifia.

- Comment avez-vous fait pour capturer ces trois Tok'ras ? demanda l'un des Grands Maîtres lorsque le calme revint en partie.

Le sourire de Ba'al se fit plus arrogant et le Goa'uld prit le temps d'être certain d'avoir l'attention de tous pour répondre.

- Je n'ai pas capturé trois Tok'ras… J'ai capturé LA Tok'ra.

Un silence stupéfait se fit à cette nouvelle et Ba'al poursuivit, non sans audace.

- Tous se trouvent en ce moment même sur l'un de mes vaisseaux. Bien sûr, les espions présents dans vos rangs ont réchappé au rapt mais quel danger peut bien représenter une dizaine de Tok'ras ?... Quoiqu'il en soit, après une telle victoire, je pense avoir amplement mérité mon retour parmi vous, ne croyez-vous pas ?

Face à tant d'insolence et d'irrévérence, Jacob regarda les visages se fermer un à un. Depuis leur arrivée sur le vaisseau des Grands Maîtres, le Tok'ra tentait de comprendre où voulait en venir Ba'al. Celui-ci ne gagnait rien à rejoindre le Conseil. La flotte du Goa'uld étant à peu près aussi importante que celle des Grands Maîtres, seule l'existence d'un ennemi potentiel aurait justifié le souhait d'une telle union.

Mais un autre point obsédait Jacob. Il comprenait parfaitement pourquoi Ba'al avait décidé de posséder O'Neill. Les connaissances du Colonel avait en partie permis la capture de toute la Tok'ra. Mais pourquoi le Goa'uld s'évertuait à garder Jack comme hôte alors qu'il était évident qu'il avait les pires difficultés à conserver le contrôle ? Il aurait très bien pu reprendre possession de son ancien corps, puisqu'il avait pris la peine de le garder en état et à proximité.

Toutes ces questions ne cessaient de tournoyer dans son esprit et la fureur de Selmak n'arrangeait rien. Depuis leur arrestation, le Tok'ra ne décolérait pas et il fallait toute la patience de Jacob - chose dont il n'était pas forcément pourvu - pour parvenir à maintenir un semblant de calme et de réflexion dans leur esprit commun.

Yu dut parvenir à peu près aux mêmes conclusions qu'eux puisqu'il demanda, après une minute de méditation.

- Qu'est-ce que vous rapporte ce retour parmi nous ? Qu'attendez-vous exactement ?... Car la capture de toute la Tok'ra vaut bien plus que ce que vous demandez.

Ba'al se permit un léger rire, pressentant cette question.

- J'aimerais que vous laissiez mes savants jeter un œil à la machine que vous avez récemment trouvée.

A peine venait-il de finir sa phrase que se livrait dans l'esprit de Jacob et Selmak une discussion animée. Quelle était l'origine de cette machine ? Quelle en était l'utilité ?
Le regard tourné vers les Grands Maîtres, le Tok'ra attendait un indice quelconque susceptible de les mettre sur la voie.

- Comment êtes-vous au courant de cela ? s'emporta aussitôt Kali.

Ba'al haussa les épaules avec arrogance et désinvolture.

- Je suis au courant de beaucoup de choses. Et notamment que vous avez l'énergie nécessaire pour la faire fonctionner, mais qu'elle refuse malgré tout de marcher… N'est-ce pas ?

Une colère muette se dessina sur les visages de la plupart des Grands Maîtres, hélas, aucun n'ouvrit la bouche afin de fournir à Jacob le précieux renseignement. Mais alors que l'affaire semblait entendue, Yu proposant déjà de voter le retour du Goa'uld parmi eux, Ba'al vacilla légèrement avant de lancer d'une voix caverneuse, ses forces aussitôt retrouvées :

- La technologie des Anciens renferme des secrets qui ne me sont pas inconnus. Je devrais pouvoir à en venir à bout rapidement et vous en ferai profiter.

Le sang de Jacob ne fit qu'un tour. Selmak et lui ne mirent qu'un instant à assembler les pièces éparses du puzzle. L'intervention de Jack, car il ne pouvait s'agir que de lui, venait de leur donner l'élément qui leur manquait et c'est avec témérité qu'ils intervinrent :

- Il vous ment ! s'exclama le Tok'ra, parlant le plus vite possible afin de ne pas être interrompu trop tôt. Si vous avez une source d'énergie susceptible de faire marcher l'engin, il ne manque qu'une seule chose pour la mettre en marche, et Ba'al la possède...

Selmak fut contraint de se taire lorsque Kal'im le frappa de sa lance. Mais il en avait assez dit pour intriguer les Grands Maîtres.

- Vraiment ? demanda Yu d'une voix inquiétante.

Il se tourna ensuite vers Ba'al qui, les épaules crispées, semblaient lutter contre un ennemi intérieur.

- Seriez-vous en train de nous mentir ?
- … C'est ce Tok'ra, qui tente de nous diviser ! cracha le Goa'uld pour sa défense, redressant la tête avec colère.
- Quelle est cette chose ? intervint Kali, le regard rivé sur Selmak.

Ba'al se tourna aussitôt vers le Tok'ra, menaçant, et bien que la sentence pour une telle désobéissance fût évidente, Jacob répondit :

- O'Neill. Le gène des Anciens que contient le corps du Colonel O'Neill.

Cette réponse lui valut un nouveau coup de lance et, sous l'ordre silencieux de Ba'al, on le poussa violemment hors de la salle, Garshaw et Persus sur ses talons.

***************

Jacob était à peine de retour dans sa cellule que Ba'al y pénétrait d'un pas vif, les pans de sa tunique aux couleurs écarlates volant autour de lui. Il s'avança vers le Tok'ra, le visage déformé par la rage, insensible aux nombreux regards interrogateurs tournés vers lui.

- Comment as-tu osé ? rugit-il avant de frapper Jacob du revers de la main.

Le Général Carter fut violemment projeté contre les barreaux derrière lui et s'effondra à genoux en grimaçant. Le goût de son sang se mêlait déjà à sa salive mais il leva un regard satisfait vers son tortionnaire.

- Ils ont refusé votre offre ? parvint-il à articuler distinctement malgré la douleur.

Le regard meurtrier que lui renvoya Ba'al lui apporta sa réponse. Le Goa'uld leva son arme de poing vers lui et un faisceau lumineux d'échappa bientôt de sa paume tendue.

Une douleur aigue transperça le crâne du Tok'ra et un râle s'échappa bientôt de sa gorge, faisant écho au hurlement intérieur de Selmak.

- Non… gémit Sam, les mains serrées aux barreaux la séparant de son père.

Au bord de la nausée, elle regardait le visage crispé et tremblant de Jacob qui luttait contre le flux toujours plus puissant de l'arme de poing. Inébranlable, Ba'al poursuivait son œuvre avec une obstination terrifiante.

Paralysée par une peur indicible, la jeune femme restait silencieuse, la gorge si nouée qu'aucun son ne parvenait à s'échapper. Les voix de Tok'ras en colère et celle plus reconnaissable de Daniel lui parvenaient étouffées, assourdies. L'horreur se jouait sous ses yeux et son impuissance la rendait folle.

Mais alors qu'elle tournait un regard désespéré et implorant vers Ba'al, Sam vit le visage crispé du Goa'uld, dont la paume s'était mise à vaciller.

La terreur de la jeune femme se mua alors en un espoir étouffant.

Le Colonel tentait d'intervenir.

Les mains toujours agrippées aux barreaux de sa cellule, elle se redressa, encourageant son supérieur d'une voix forte et confiante. Elle voyait le conflit dans le regard du Goa'uld. Une haine puissante assombrissait ses pupilles sans que Sam parvînt à savoir qui du Colonel ou de Ba'al en était à l'origine.

Au bout de plusieurs secondes d'un combat virulent, le flux peu à peu se tarit et une profonde reconnaissance vint submerger la jeune femme.

Le visage luisant de sueur, Jacob se tassa sur lui-même, haletant, et Ba'al se redressa, plus furieux que jamais. Lorsqu'il tourna un regard enragé vers elle, Sam s'écarta vivement des barreaux la protégeant du Goa'uld et sursauta lorsqu'il prit des mains de son prima la lance Jaffa de ce dernier.

Elle n'eut même pas le temps d'ouvrir la bouche qu'une boule de feu pulvérisait déjà la pénombre de la pièce. Pétrifiée, elle regarda le léger nuage de fumée qui s'échappait encore de l'arme puis tourna ses yeux horrifiés vers le corps vacillant de son père.

- NON !! hurla-t-elle tandis que Jacob s'effondrait un peu plus sur lui-même, une mare de sang se formant autour de lui. NON !! PAPA !!

Des larmes jaillirent de ses yeux sans qu'elle ne songe à résister et, de nouveau agrippée aux barreaux de sa cellule, Sam regarda le corps étendu et à présent sans vie de son père. Elle sentit sur ses épaules des mains amicales mais elle les repoussa avec violence et leva son visage vers Ba'al.

Celui-ci venait de jeter sa lance avec fureur et s'avançait à présent vers elle. Il s'arrêta à quelques centimètres à peine et leurs regards hostiles se croisèrent.

- JE suis seul maître de ce corps ! lâcha-t-il avec une hargne décuplée.

Mais malgré le ton intimidant, Sam garda les yeux rivés à ceux du Goa'uld, le corps tremblant d'une haine étouffante.

Son cœur hurlait. Tout son être ne désirait plus qu'une seule et unique chose : broyer ce visage, lacérer ce sourire satisfait qui venait d'apparaître à la vue de ses larmes de colère et de chagrin.

Elle le haïssait. Elle le haïssait plus qu'elle n'avait jamais haï.

Et pourtant, elle ne bougea pas.

En dépit de sa proximité, elle ne fit pas le moindre geste vers lui.

Une partie d'elle-même ne pouvait se résoudre à frapper, à punir l'image de cet être auquel elle se sentait si liée. Alors elle resta là, calme en apparence, hurlant à l'intérieur, hypnotisée par le visage de l'homme qu'elle vénérait et abhorrait à la fois.

Au bout d'une éternité, lui sembla-t-il, Ba'al se détourna enfin dans un bruissement de satin et sa voix claqua dans le silence étouffant de la salle.

- Débarrassez-vous du corps !

Puis, sans un regard en arrière, il sortit.

A SUIVRE…