CHAPITRE III

Je passe deux jours abominables, où la BGU entière semble s'être succédée dans ma chambre pour vérifier que je ne faisais pas n'importe quoi. Même mon père, le grand, le puissant et très occupé Squall Leonhart a finalement daigné se déplacer pour prendre des nouvelles. Deux fois, même. Je suis vraiment flattée. Mais comme il n'avait pas grand-chose à me dire en dehors de divers reproches quant à mon imprudence légendaire, et que de mon côté j'étais persuadée qu'il n'avait qu'une envie, s'en aller le plus vite possible, la conversation n'a pas été très gaie.

- Mais qu'est-ce que tu as dans la tête, à la fin ? Avait-il aboyé.

- C'était un accident, Papa ! Un ac-ci-dent ! avais-je sifflé entre mes dents, tandis qu'il me fusillait du regard, le dos appuyé au bureau face à mon lit.

Même hors de lui, il ne se départit jamais de ce calme apparent. Droit comme un i, les bras croisés, seuls ses yeux trahissaient sa fureur. Je l'ai déjà vu tellement de fois dans cet état que je le connais par cœur. Et je sais aussi qu'il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre que ça passe.

- Combien de fois je t'ai répété d'être prudente ? Tu te rends compte de ce qui aurait pu arriver?

- C'était. Un. Accident, ai-je répété pour la centième fois. Tu crois peut-être que j'ai demandé a Kern de me tirer dessus ?

Si je le lui avais demandé et qu'il m'avait visée en pleine conscience, il m'aurait ratée de toute façon. Mais je n'étais pas sûre qu'il aurait été très pertinent d'évoquer ce fait dans ce contexte.

- Ne prend surtout pas ce ton avec moi ! Je t'avais déjà dit d'y aller doucement avec les entrainements. Tu cherches à faire quoi, au juste ? Pourquoi faut-il toujours que tu sois aussi inconsciente ? Et, bon dieu, qu'est-ce que cet attardé faisait encore dans ton équipe?

Il y avait deux groupes. Une chance sur deux de l'avoir dans le mien. Et il était le dernier élève qui restait. C'est pas exactement comme si j'avais eu le choix.

- Je vais dire à Quistis de le foutre à la porte, a-t-il aboyé, comme à chaque fois qu'il m'arrive un accident, oubliant totalement qu'il est lui-même le mieux placé pour le faire.

- Tu ne peux pas, ai-je fait d'un ton neutre, comme à chaque fois qu'il lance cette phrase. L'attardé est le filleul du nouveau maire de Deiling City...

Il s'est arrêté d'arpenter la pièce pour me lancer un regard irrité, mais n'a rien dit parce qu'il savait que j'avais raison, et il est retourné s'appuyer contre le bureau, les bras croisés.

- Maintenant, écoute-moi bien. Encore un incident de ce genre et je te retire du groupe de candidats au Seed, c'est clair ?

- Mais comment tu veux que je te garantisse qu'il n'arrivera rien ? Me suis-je emportée. Je ne deviens pas Seed pour faire du baby-sitting ! Évidemment qu'il peut m'arriver quelque chose !

- Alors je te retire du groupe, conclut-il.

Comme s'il n'avait pas eu cette idée depuis le début.

- Tu n'en as pas le droit ! ai-je protesté.

- Je suis le directeur, alors je pense que si.

- C'est injuste ! Je ne suis pour rien dans ce qui s'est passé, et tu le sais très bien ! De toute façon... De toute façon les autres professeurs ne te laisseront pas faire !

Ses yeux lançaient toujours des éclairs, mais il savait que j'avais raison, encore une fois. Le conseil des professeurs refuserait de m'exclure du Seed sous le seul prétexte que le Directeur avait perdu la boule. Il faudrait que je fasse quelque chose de vraiment très grave - ce qui n'est pas le cas - ou que je sois déclarée totalement inapte à la profession de Seed. Et malheureusement pour lui, tous les tests montrent que j'ai les compétences requises. Même s'il est le directeur, il ne peut pas prendre une telle décision sans leur accord, ce qui est heureux pour moi. Se rappeler cela a semblé tarir ses reproches un moment, et le silence s'est installé.

Je lui en voulais à mort pour ce rendez-vous qu'il a pris pour moi avec le docteur Geyser au laboratoire de Lunatic Pandora, mais nous n'en avons pas parlé. Il a essayé de changer de sujet, de parler de tout et de rien, mais il n'est pas très doué pour ça, il a effectué rapidement une retraite. Il était trèèès occupé, comme toujours, le boulot, tu sais ce que c'est… Non, en fait, il ne donne pas d'excuse, c'est vrai. C'est comme ça depuis toujours, c'est tout ; il a juste mieux à faire, je suppose.

Pour l'instant, Bess est avec moi. Elle se prépare car elle doit sortir. Et moi, il faut que je reste, parce qu'on viendra me chercher d'une minute à l'autre pour partir pour Lunatic Pandora. Assise en tailleur sur mon lit, je la regarde se pomponner. Je sais déjà où elle se rend.

- Tu as besoin de quelque chose ? me demande-t-elle. Je vais voir Ivackas, il faut que je lui apporte un dossier.

- Non, merci, je bougonne, trop énervée pour penser à me moquer d'elle.

- Tu veux vraiment rien ?

- Dis-lui que je le hais.

- Euh... autre chose ?

- Que je le maudis.

- C'est tout ? Soupire-t-elle.

- Demande-lui s'il n'a plus de ses cachets miracles contre la douleur, je fais, en me laissant tomber sur le dos. J'ai tout le temps mal au crane…

- Très bien. Allez, ne fais pas cette tête, je suis sûre que tout va bien, sourit-elle, se voulant rassurante.

Elle m'envoie une bise de la main et s'en va. Je me lève et vais m'accouder à la fenêtre en soupirant. Je me sens d'une humeur exécrable. Il va se passer quelque chose, aujourd'hui, j'en mettrais ma main à couper, et je ne suis pas sûre de vouloir découvrir ce que c'est. Tout à coup, un ombre passe devant mes yeux et je sens deux mains cacher ma vue.

- Devine qui c'est ? fait une voix que je connais bien.

- Zell !

Il me libère et me laisse me retourner.

- Alors, comment ça va, ma belle ? demande-t-il en me serrant contre lui.

- Ça pourrait être mieux. Quand est-ce que tu es arrivé ?

- Il y a quelques minutes, je suis venu directement te voir.

- C'est gentil. Pitié, pitié, pitié, dis-moi que tu es venu m'emmener loin d'ici, que tu vas me cacher sur une île déserte et que personne ne nous retrouvera jamais… je le supplie.

- C'est presque ça. C'est moi qui doit te conduire à Lunatic Pandora.

- Espèce de traître.

- Désolé, ce sont les ordres du Grand Chef. Mais il ne m'a pas dit pourquoi. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je dois aller voir Geyser.

- Il est encore vivant, celui-là ?

- Apparemment.

- Tu as encore eu un accident, c'est ça ?

- Euh… oui, mais ça va mieux, je te promets. Mais ils se sont tous ligués contre moi, Papa, Maman, Ivackas…

- C'est juste qu'ils se font du souci, tu sais.

- Tu parles…

- Allez, ne boude pas, jeune fille, fait-il, en m'ébouriffant les cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand j'étais petite. Tonton Zell est là !

- Très drôle.

Je râle, mais je ne peux pas m'empêcher de sourire. Il m'avait vraiment manqué. Zell est quelqu'un qui ne peut pas rester en place. Il y quelques années, il a appris à piloter, et maintenant, on ne le voit quasiment plus à la BGU. Ça a commencé quand sa femme est morte dans un accident de voiture, il y a quatre ans. Il n'en parle pas et il a toujours l'air joyeux, mais on sait tous qu'il a énormément souffert. C'était elle qui dirigeait la bibliothèque et nous l'aimions tous beaucoup. Maintenant, Papa l'envoie en mission dans le monde entier, et Zell, qui a toujours été trop indiscipliné pour être professeur fait pourtant un très bon intermédiaire, et résout avec succès de nombreux problèmes politiques un peu partout. Je suis contente qu'il soit revenu, ça doit faire des semaines qu'il est parti. Et c'est vrai que je le considère comme un oncle. Ici, tout le monde l'adore; pour les élèves, c'est plus un copain qu'autre chose, car malgré son âge, il semble à peine plus mûr que la plupart d'entre nous…

On discute pendant un moment (trop court !) de tout et de rien, puis il se lève.

- C'est pas tout, mais je dois aller préparer le vaisseau, moi.

- Il n'y aurait pas un moyen de te soudoyer pour te convaincre du contraire, je suppose ? je demande sans grand espoir.

- Aucune chance, rit-il.

Il me fait un clin d' œil, et me laisse à mes pensées noires.

Coincée. Encore une fois. Aujourd'hui pour Lunatic Pandora. Et pour quoi la prochaine fois? Combien de fois encore faudra-t-il que je me batte pour pouvoir poursuivre mon but ?

Peut-être… Peut-être que je pourrais m'échapper. M'enfuir d'ici et aller vivre ailleurs où personne ne me connait. Ce serait ça, la solution. J'en ai assez que tout le monde veuille m'empêcher d'être ce que je voudrais être, m'empêcher de faire ce que je veux, comme s'ils savaient mieux que moi ce dont j'ai besoin. Je veux être Seed, le plus grand des Seed. Mes parents disent que je sais pas ce que c'est ; qu'il faut être prêt à renoncer à soi, à ce qu'on est réellement pour se plier à la règle. C'est vrai que de ce côté, je suis plutôt mal partie… Mais je peux y arriver, je le sais. S'ils cessaient de me mettre des bâtons dans les roues, je pourrais totalement m'y consacrer. C'est tout ce que je souhaite. S'ils me le refusent, c'est qu'ils ne veulent pas que je fasse mes preuves, j'en suis sûre. Quelle honte ! J'ai des parents célèbres, qui sont des héros pour le monde entier. Et tout le monde m'empêche de faire quoi que ce soit pour m'en montrer digne. Ils sont en train de m'étouffer et ils ne s'en rendent pas compte.

Alors... Partir d'ici, oui. Si je ne peux pas être ce que je veux ici, je le serais ailleurs, de toute façon. Là où mon père ne pourra pas me diriger. C'est moi qui déciderai. Ça doit pas être très compliqué. Avoir une nouvelle vie. La liberté. Tout ce dont j'ai toujours rêvé. Il suffirait de…

Minute. Même pas la peine d'y penser, ma vieille. Quoi que tu fasses, on te retrouvera. Ton père possède la première armée du monde, des indicateurs dispersés un peu partout. Il a le moyen de contrôler toutes les villes, les transports. Alors, à moins d'être capable de se téléporter et d'acquérir la faculté de devenir invisible... Faudra t'y faire.

Et puis... Aurais-tu réellement le courage de partir, seule ? De laisser ta vie, la BGU ? Non. Jamais je ne me sentirais le doit de demander à Casey et Bess de m'accompagner, ou d'accepter qu'ils me le proposent. Jamais de la vie. Et je n'imagine même pas pouvoir me séparer d'eux. C'est pathétique. Le plus gros obstacle à ma liberté, en fait, c'est moi-même, pas la peine de se mentir. Me voilà bien...

Un quart d'heure plus tard, branle bas de combat dans les couloirs, ils viennent à dix pour m'amener jusqu'à l'Hydre, comme s'ils redoutaient que je ne m'enfuie ou que je n'essaie de les attaquer. Je m'attends presque à les voir brandir une camisole de force.

Tiens, Papa et Maman sont du voyage ! Ils ne doivent rien avoir de mieux à faire aujourd'hui. Ils m'attendent à côté de l'entrée du vaisseau, côtes à côtes. Lena n'est pas là, par contre, mais elle a classe. Maman s'approche de moi, me sourit et me prend la main. Bon sang, je n'ai plus dix ans, qu'est-ce qu'il lui prend ?

Nous montons dans l'Hydre et nous nous installons après avoir salué Zell qui s'est assis aux commandes en me faisant un clin d'œil pour m'encourager. Ce vaisseau n'est pas le vrai Hydre, bien entendu. L'original est une antiquité, maintenant. Celui dans lequel nous nous trouvons est en fait une copie conforme de celui que mes parents ont utilisé il y a vingt ans. Des ingénieurs travaillant à une autre Université l'ont construite sur le même modèle, en l'améliorant. Et le résultat est grandiose. C'est le vaisseau parfait pour parcourir le monde. Zell le bichonne comme si c'était la huitième merveille du monde.

Le voyage est ennuyeux à périr, même si mes parents essaient par tous les moyens de me faire oublier pour quoi nous partons et de se montrer rassurants. Pour ce qu'ils en savent, de ce qui va se passer... On arrive au laboratoire au bout de ce qui me semble être des siècles. Zell pose le vaisseau dans le gigantesque hangar qui se trouve à une centaine de mètres du laboratoire et où son déjà entreposés une petite dizaine de vaisseaux. Un homme vient nous accueillir à la sortie du vaisseau et nous mène vers le bâtiment principal. Contrairement à mes parents, c'est la première fois que je viens ici et c'est plus grand que tout ce que je m'étais imaginé. Et du coup, c'est aussi terriblement intimidant. Le bâtiment est immense, d'un style plutôt moderne malgré son ancienneté. Lunatic Pandora est aujourd'hui à la pointe de la technologie ; on y fait des recherches très importantes, toutes menées par de très grands et respectés scientifiques venant du monde entier. Et aujourd'hui, le cobaye, ce sera moi. Une envie quasi irrésistible de prendre mes jambes à mon cou m'envahit soudain.

L'homme du hangar nous laisse à la porte du bâtiment pour retourner à son travail, Papa est le premier à entrer. Il doit bien connaître l'endroit, il entre et se dirige sans hésitation. Tout le monde a l'air de le reconnaître et le salue en souriant. Nous allons directement voir le professeur dans son bureau, et je sens une boule se former dans ma gorge. Lui, je l'ai déjà rencontré auparavant, parce qu'il est déjà venu en visite à la BGU. La première fois, j'étais toute petite (je devais avoir 4 ou 5 ans) et il m'a fait tellement peur que je lui ai vomi dessus alors qu'il ne faisait que m'ausculter. Les autres fois, je me suis contentée de me cacher dans la BGU pour qu'on ne m'oblige pas à le voir. Je pense qu'on peut donc dire que c'est en grande partie grâce au professeur Geyser que je connais aussi bien la BGU aujourd'hui. Je ne me montrais que lorsque que j'étais sûre que lui n' était plus là. Si seulement aujourd'hui ça pouvait être l'inverse...

Mais non. Il est là, à son bureau. Il se lève - ce qui ne l'empêche pas d'être plus petit que Papa de quelques têtes - avec de grandes démonstrations de joie que je trouve ridicules. Mes parents le saluent, et on en vient directement au problème : moi, évidemment. Quand le professeur bigleux pose ses yeux sur moi, je sens mon estomac se nouer, et je n'espère qu'une chose, c'est de ne surtout pas rendre mon petit déjeuner. Il me fait m'asseoir et commence les quelques examens de base. Non je ne suis pas malade, oui, mes réflexes sont bons… Oui, je peux respirer plus fort… Puis il se tourne vers mes parents.

- Bon, za m'a l'air bon, tout za, zozote-t-il. Et la petite n'a pas de G-Forze, bien zûr ? Le test auquel nous zallons brozéder ne peut se faire que sur une personne zans G-Force, parze que nous ne savons pas encore quels pourraient être les zeffets.

- Non, elle n'a pas de G-Force, fait mon père.

Évidemment que je n'en ai pas. Je se suis pas encore Seed, on passe l'examen dans deux semaines, à supposer que mes parents ne trouvent pas un moyen de saboter tout mon travail d'ici là. Nous aurons nos G-Forces deux jours avant. Et ce sera le plus beau jour de ma vie !

- Très bien, très bien, continue-t-il, s'adressant à mes parents, comme si je n'étais pas là ou que j'étais trop stupide pour comprendre. Nous zallons donc brozéder au test. La jeune fille doit zaller dans zette pièce que vous voyez.

Il nous montre une grande salle, qui se trouvent juste en face de nous, légèrement en contrebas, et dont nous ne sommes séparés que par un immense mur de ce qui me semble être du verre - mais qui est en réalité, nous apprend avec un enthousiasme et une fierté mal contenus le graaand professeur, un alliage du plus résistant métal que leur technologie a réussi à rendre aussi transparent que du cristal. L'intérieur de la salle en question est digne d'un film de science fiction, avec ses murs immaculés, le fauteuil se trouvant pile au milieu de la pièce et diverses machines se trouvant autour. Je peux même m'imaginer l'odeur du désinfectant.

- Elle zera gomplètement isolée et nous ferons les zexamens depuis zette conzole que vous voyez.

Bref, eux ils vont rester tranquillement assis ici, pendant que moi je me trouverai dans cette cage de verre comme un animal de laboratoire. Maman n'a pas l'air très convaincue non plus, et elle lance un regard inquiet à mon père.

- Vous êtes sûr que tout ceci est nécessaire ? demande-t-il, les sourcils froncés.

Personnellement, je suis sûre que non, mais comme personne ne se préoccupe de ce que je pense... Le professeur lui renvoie un regard exagérément offensé, et assure, jure ses grands dieux qu'il n'y a pas plus fiable. Et qu'après tout, c'était lui qui avait demandé son aide, et qu'il pouvait toujours changer d'avis s'il n'estimait pas le professeur digne de confiance, malgré toutes ces années de coopération. C'est qu'il se vexe, le bonhomme ! Je trouverai presque la situation comique si elle n' était pas aussi critique pour moi. Mon père me jette un regard hésitant, puis il se tourne vers ma mère en quête de la décision finale. Dis non, pitié, dis non …

- Très bien, dit finalement Maman. Faites tout ce qui sera nécessaire. Nous vous faisons confiance.

NON ! Je lui fais pas confiance, moi ! Dites-donc ! Ça compte pas, ce que je pense, moi ? Y'en aura pas un qui aura l'idée de me demander mon avis ? Mais je reste là, abasourdie, sans parvenir à produire le moindre son. Et quand l'assistante du professeur vient me chercher pour me préparer, je la suis comme un zombie, sans même pouvoir prononcer un seul mot. Elle me conduit dans la chambre d'isolement, et depuis le siège où je m'allonge, je peux les voir, tous, en face de moi. Mais je ne les regarde pas.

Même Maman. Même Maman a voulu qu'on me fasse ça. Je savais que ce qui pouvait m'arriver importait peu à mon père, mais Maman… Ça, je ne l'aurais jamais pensé. Sans que je m'en aperçoive, l'assistante est sortie. J'entends juste un clic indiquant qu'ils ont verrouillé la pièce. Mais… C'est quoi, tous ces trucs ? Les yeux écarquillés, je vois des sortes de bras métalliques s'approcher de moi, j'ai l'impression d' être en plein cauchemar. Cherchant à m'échapper, je me rends compte que je suis attachée au fauteuil. Les paroles de l'assistante me reviennent soudain à l'esprit : c'est pour le cas où je m'endormirais, pour éviter que je ne tombe ou bouge pendant qu'ils feront leurs analyses. Ça ne me rassure pas, j'aimerais autant pouvoir bouger si j'en ai envie. Le fait est que je suis morte de trouille. Qu'est-ce qu'ils vont me faire, au juste ? Et après, ils s'étonnent que je ne supporte pas les médecins !

Je suis claustrophobe. Eh oui, c'est bête, mais c'est comme ça. Je n'ai jamais eu à le dire à qui que ce soit en dehors de Casey et Bess, mais maintenant, je me rends compte que c'est peut-être un détail dont j'aurais dû leur faire part… J'ai l'impression que les murs se referment sur moi. Ma tête se met à me tourner, et on dirait que le pièce devient de plus en plus petite… Je… il fait… froid…


- Qu'est ce qui se passe ?

- Je… Je ne gomprends pas… bafouilla le professeur en tapant frénétiquement sur le clavier.

On ne voyait plus la jeune fille. Quelque chose semblait s'être étendu sur les murs transparents, de l'intérieur, et on n' y voyait plus rien… On aurait dit de … oui, de la glace. Une fine couche de glace s'était déposée sur le mur et le rendait totalement opaque. Et des bruits étranges provenaient de l'intérieur ; des bruits d'objets métalliques projetés contre les murs, mêlé à un bruit de puissant souffle de vent, comme si une véritable tempête avait lieu à l'intérieur. Mais ça ne pouvait pas être Eva. Elle était attachée.

- Arrêtez tout ! Ouvrez les portes ! Hurla Squall.

- Mais... Mais… je ne peux pas … la brozédure a gommencée, on ne peux blus ouvrir ! bégaya le professeur.

- Ouvrez cette porte toute suite ! Laissez-moi voir ma fille ! Cria encore Squall en se redressant sur son siège.

- Mais je fous dis que z'est impozible ! La bièce est ferrouillée, et je n'ai augun moyen de l'oufrir ! Quelque chose bloque tout le système.

Squall se dirigea vers la salle ou se trouvait Eva en bousculant les assistants paniqués. Il se jeta désespérément contre la porte a plusieurs reprises pour la défoncer, sans succès, mais il n'abandonna pas.

- EVA ! hurla-t-il en cognant de toutes ses forces. EVAAA ! Est-ce que tu m'entends ? Réponds ! Je vais appeler mon G-force, dit-il en se retournant vers les médecins. Mettez-vous tous à l'abri !

Puis soudain le bruit dans la salle cessa. Squall recula et alla rejoindre le docteur Geyser.

- Qu'est-ce ce qu'il y a encore ? Demanda-t-il, furieux.

- Je… je ne sais pas, je…

Tout d'un coup, le mur redevint transparent. La glace avait disparu. Ils purent apercevoir la jeune fille, toujours attachée au fauteuil, mais apparemment inconsciente. Et devant elle se trouvait…

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Squall.

Un être étrange se tenait debout, face à eux, flottant au dessus du sol. On aurait dit une jeune fille, mais elle avait de longs cheveux d'un bleu nuit ; des pierres blanches et brillantes semblaient être incrustées dans sa peau d'un bleu pale. Elle se tenait droite, face à eux. Et elle semblait en colère. D'immenses cristaux de glace scintillants remplissaient toute la salle et entouraient le fauteuil où se trouvait Eva. Squall allait de nouveau se diriger vers la porte quand Linoa le retint par le bras. Il crut qu'elle allait avoir un malaise, et à ce moment là, un vent froid empli la pièce. Squall observa sa femme, surpris. Pourquoi invoquait-elle Shiva ?

- Attend… murmura Linoa à son mari.

Le G-Force apparut devant eux. Shiva se dirigea en flottant gracieusement dans les airs vers le mur transparent, vers l'être qui se trouvait avec Eva. Ils n'étaient séparés que par ce mur. Les deux créatures restèrent un moment à s'observer mutuellement, immobiles. Tout le monde retenait son souffle dans la pièce en dévisageant le G-Force de Mme Leonhart. Allait-elle attaquer ? Ici, dans ce laboratoire ? Fallait-il se mettre à l'abri ? Que deviendraient les ordinateurs ? Les recherches, le labo ?

Puis, lentement, Shiva leva son bras et tous ceux dans la pièce sursautèrent, prêts à fuir. Mais le G-Force se contenta de poser une main sur le mur ; la créature qui se trouvait dans la salle posa la sienne, au même endroit que Shiva, qui se tourna alors vers Linoa.

- C'est… Shiva est sa mère… murmura Linoa, stupéfaite.

- Quoi ?

A ce moment, la porte de la pièce s'ouvrit d'elle-même. Les assistants, Squall et Linoa se précipitèrent à l'intérieur auprès d'Eva. La créature restait là à les observer froidement, sans bouger ; mais, inquiets pour la jeune fille, ils n'y prêtèrent pas attention. Ils détachèrent rapidement Eva, qui reprit conscience au bout de quelques minutes.


Quand j'ouvre les yeux, je vois dix têtes qui m'observent. Qu'est-ce qui se passe, encore ?

- Eva ! s'écrie ma mère. Oh, ma chérie !

Elle sanglote. Mais qu'est-ce qui lui arrive ? Avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, Papa se penche sur moi et me serre dans ses bras. Alors là je rêve… Ou je suis tombée dans un monde parallèle, je sais pas. Il met un moment avant de bien vouloir me lâcher.

- Qu'est-ce qui vous arrive ? je leur demande.

- Tu… tu ne sais pas ?

- Quoi ?

Je me redresse. Je suis toujours dans le fauteuil, mais détachée. Ils ont tous des têtes à faire peur. Et… la salle est dévastée.

- Wow, Qu'est-ce qui s'est passé, ici ?

Ils se lancent des regards perplexes. Mais qu'est-ce qu'ils ont, à la fin ? J'ai dû m'évanouir, et il s'est passé quelque chose. En tout cas ces horribles trucs métalliques ne sont plus là, ils gisent en miettes sur le sol… Mais qui est-ce qui a bien pu faire ça ? Puis en levant les yeux j'aperçois…

Qu'est-ce que c'est au juste ? Une… créature étrange, ressemblant bizarrement à Shiva, le G-Force de ma mère. Elle est grande, fine; elle a la peau bleutée et de grands yeux noirs perçants. Ses longs cheveux bleu nuit retombent le long de son dos, et elle semble flotter dans les airs. Elle a de nombreux bracelets d'argent aux poignets et au chevilles. Son regard s'adoucit quand elle s'aperçoit que je la fixe et elle s'approche de moi en me fixant. S'apercevant de cela, les assistants du docteur Geyser font un bon en arrière de peur, mais elle ne leur prête pas la moindre attention. Elle se penche devant moi, puis me prend la main et la serre doucement. La sienne est froide, mais pas d'un froid désagréable. Un sentiment bizarre m'envahit… de la sécurité, du bien être… Je ne l'ai jamais vue, mais… Il me semble pourtant l'avoir toujours connue, que ce n'est pas une étrangère… Elle me fixe intensément, et il me semble presque l'entendre parler, alors qu'elle n'a pas ouvert la bouche.

Sheba

Puis elle disparaît. Je sursaute. C'était qui ? Tout le monde me dévisage, inquiet, et je mets des heures à leur faire comprendre que tout va bien. Je voudrais bien qu'on m'explique ce qui s'est passé, par contre…

Ils me font sortir, et m'installent dans une petite pièce pour que je me repose, pendant que mes parents vont parler au professeur, juste à côté. Ils sont furieux. Ils ne doivent pas se douter que je peux les entendre.

- Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qui s'est passé ? demande mon père.

- Je fous avais prévenu ! Fait le professeur exaspéré. Elle ne devait pas avoir de G-Forze !

- Un G-Force ? C'était un G-Force, cette chose ?

- Za me zemble clair bourtant ! De toute façon, nous avons relevé une activité magique très intenze, de la même fréquence de celles que dégagent les G-Forces, ce qui confirme ce que je viens de vous dire…

- Mais enfin… Eva n'a jamais eu de G-Force à ma connaissance, et je ne vois pas comment elle a pu capturer celui-là...

- Fous defriez peut-être demander à fotre épouse… Elle semble savoir mieux que nous ce gui se passe.

- Linoa ? Qu'est-ce qui s'est passé tout à l'heure ? Pourquoi est-ce que tu as invoqué Shiva ?

- Je ne l'ai pas invoquée ! Elle est venue toute seule. Et… ça a été vraiment étrange, comme si à ce moment là, je pouvais lire dans ses pensées.

- Tu as dit que la créature qui se trouvait avec Eva était la « fille » de Shiva.

- C'est ce que Shiva a dit. Enfin, elle ne l'a pas réellement dit, mais j'ai ressenti ce qu'elle pensait. C'est sa fille.

- Comment est-ce que c'est possible ? demande mon père.

- Quand votre femme était enzeinte, il y avait beaucoup de pressions sur vos épaules à tous les deux, soufenez-vous. Za a été une très mauvaise période pour vous, avec tout ze qui z'est passé, les problèmes avec les pouvoirs de votre femme... Je ne zuis évidemment sûr de rien, mais c'est probablement tout ce stress, toute cette peur pour fotre enfant et la folonté de le protéger qui a gréé ce G-Force. Grâce à vos poufoirs de sorcière, fous avez pu le créer, à partir de Shiva ; et le G-force est né en même temps que fotre fille, et est resté en elle.

- C'est possible, murmure ma mère.

- Et ce qui s'est passé tout à l'heure, c'était une sorte de réaction de défense, vous pensez ?

- Probablement. Maintenant, il z'agit d'en apprendre plus sur ce G-Force, nous devons faire un scan, pour connaître ses caractéristiques, savoir s'il n'est pas dangereux.

Papa râle, dit que j'ai subit assez d'examens pour aujourd'hui, mais finit par reconnaître que c'est nécessaire. Ils m'appellent donc. Heureusement, un scan, ça n'a rien de très effrayant, on en a fini en moins d'une minute. Le professeur et ses assistants se retirent un instant pour analyser les résultats, mais ils reviennent vite.

- Bon, fait une assistante en nous montrant les papiers. Il s'agit d'un G-Force maitrisant la magie des glaces, comme on peut s'en douter, puisqu'il a été créé à partir de Shiva. Et il peut utiliser l'eau, le vent. Mais il possède aussi des pouvoirs de protection : bouclier, aussi bien contre la magie que contre les attaques physiques, ce qui répond à la question qui vous menait ici.

Oui, ça explique en effet comment j'ai pu survivre à tous ces accidents… Ainsi donc, c' était mon G-force qui me protégeait. Ça me rassure, tout de même. Je veux dire… je n'ai pas de « super pouvoir » bizarre, quoi, je ne suis pas anormale, ou je ne sais quoi. Même si la façon dont je l'ai eu est particulière, c' est juste un G-Force. C'est Sheba. C'est son nom que j'ai entendu tout à l'heure, c'est elle qui m'a parlé, j'en suis sûre désormais.

- Ce G-Force est fabuleux, et ses pouvoirs sont vraiment très intéressants. C'est réellement fascinant. Dire que c'est vous qui l'avez créé ! finit l'assistante en s'adressant à ma mère. C'est vraiment incroyable ce que peut faire l'amour d'une mère pour protéger ses enfants, rit-elle, enthousiaste.

C'est Maman qui, voulant me protéger, aurait inconsciemment créé ce G-Force… Ça paraît un peu tiré par les cheveux, mais pour ce que j'en sais, moi…

Donc, Sheba possède la magie des glaces, de l'eau, de défense. Wow, ça fait beaucoup d' un coup ! Moi qui attendais avec impatience le jour où j'aurais enfin un G-Force ! Alors que j'en ai depuis que je suis dans le ventre de ma mère ! Ça, c'est de l' ironie. Et je n'ai plus qu'une hâte, soudain : m'entraîner avec Sheba, voir de quoi elle est capable. Et plus que jamais, je suis persuadée que maintenant je peux devenir un Seed parfait.

Puisque nous avons découvert ce que nous étions venus chercher, nous repartons, inutile de s'attarder. Moi, ça me va très bien, j'ai hâte de sortir d'ici, et mon père a du travail à la BGU. C'est dommage, parce que du coup, nous n'aurons pas le temps d' aller passer voir grand-père, à Esthar. Le voyage se fait en silence. Personne ne sait trop quoi dire. Je suis complètement excitée par la perspective de mes futurs entrainements. Et aussi, je ne reviens toujours pas du geste que Papa a eu, tout à l'heure. Il avait l'air… inquiet? J'aurais jamais cru une chose pareille. Il se contient sans cesse, il est toujours tellement solennel... Je jette un regard discret vers lui ; il est assis dans son coin, en train de réfléchir à je ne sais quoi, le visage impassible. Je crois qu'on a tous eu la trouille de notre vie. C'est bon pour aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine.


Commentaire de l' auteur : Oui, ça suffira pour aujourd' hui !

La discussion (hem, dispute..) avec Squall a été un peu développée, et en dehors de ça, quelques petites modifications, c'est tout. Le plus gros changement arrive dans le chapitre prochain !

A bientôt !