CHAPITRE VII

A la lumière du jour, la situation semble moins désastreuse que la veille. Nous avons réussi à déblayer la partie supérieure du vaisseau, il ne reste plus que le bas; et s' il n' est pas en excellent état, c' est tout de même moins catastrophique que ce que je pensais. L' avant est enfoncé, mais il ne s' agit probablement que de la coque, il se peut très bien que l' intérieur n' ait pas subi de dégâts. La coque est un peu endommagée par endroits sur les côtés, aussi. Il faudrait juste renforcer tout ça. Par contre, la porte, elle, est toujours introuvable. Nous continuons de creuser pour dégager l' appareil, et je commence vraiment à craindre qu' il ne soit profondément enterré.

Voilà que je me mets à rêver debout comme Etan… Quand bien même nous arriverions à dégager le vaisseau, il faudrait d' un : qu' il soit encore en état de voler ; et de deux : que nous arrivions à le contrôler; et les deux me paraissent aussi improbables l' un que l' autre. Il s' est mis à pleuvoir, pour couronner le tout, et ça fait une heure que je patauge dans la boue.

- Eva, viens voir ça ! me crie Etan au bout de quelques minutes.

Qu' est-ce qu' il veut encore ?

Je le rejoins de l' autre côté de l' appareil. Il me fait signe de jeter un œil.

Plus haut, j' aperçois un immense logo peint en rouge. ZombaTransports. Ca me dit quelque chose…

- Tu sais ce que c' est ? me demande Etan en se grattant la tête.

Ca me revient !

- Zomba Transports ! Formidable. Vraiment formidable !

Je suis prise d' un fou rire nerveux. C' est vraiment le bouquet.

- Qu' est-ce qui se passe ? demande Etan en me regardant comme si j'avais perdu la tête.

- Rien, à part que si jamais on arrive à faire décoller cette poubelle, on aura plus qu' à prier pour que personne ne trouve bizarre de voir voler le vaisseau d' une compagnie qui a disparu depuis des années !

- Zomba transport… je me souviens. C' est une compagnie marchande, c' est ça ? Dans ce cas là, il y a une bonne nouvelle : ce sont les plus simples à piloter, pas besoin d' être un génie pour ça. Même à toi, ça devrait pas te poser de problème.

- Très drôle. Je suppose qu' il y a aussi une mauvaise nouvelle ?

- La mauvaise… C' est que si c' est si simple à piloter, c' est parce que ce n' est ni très puissant, ni très rapide. C' est pour transporter de la marchandise, ils n' ont pas besoin d' atteindre des vitesses astronomiques…

- D' autant plus avec celui-là qui est cloué au sol ! Et de toute façon, aucun de nous deux ne sait piloter !

- Tu m' as dit que tu l' avais déjà fait, la dernière fois…

- UNE fois ! je répète, excédée.

- Ce qui fait de toi la plus qualifiée de nous deux.

- Sur quelle planète tu vis ? Il a beau être le moins complexe, c' est tout de même un vaisseau, ça se conduit pas comme une voiture !

C' est à croire qu' il le fait exprès.

- Tu comptes rester là ou tu vas m' aider ? demande-t-il en me voyant jeter la pelle avec mauvaise humeur.

- Tu ne vois pas que c' est inutile ? Ca ne marchera pas. On n' arrive même pas à trouver l' entrée, comment tu veux qu' on le fasse décoller ?

- Si tu restes ici, c' est certain qu' on ne va pas avancer. Écoute, je suis sûr que si on arrive au bout de tout ça on va trouver une solution.

- Et moi, je ne crois pas aux miracles, je lui lance en m' asseyant contre le mur de terre qu' il reste encore à déblayer avant d' atteindre la coque.

Je suis surtout complètement crevée.

Il se remet à creuser à côté de moi. En silence, Dieu merci. Quand il en aura marre, il m' écoutera peut-être. Il rêve, celui-là, je ne comprends toujours pas ce qu' il cherche à tirer de cet engin. Il faut trouver un moyen de retourner à Balamb sans se faire voir. Ca prendra encore des jours, le temps d' arriver là-bas, mais tant pis… Il faut aussi espérer que…

Tout a coup, le mur de terre derrière moi s' effondre, et je perds l' équilibre, m' enfonçant dans le vide. Je roule sur moi-même sans pouvoir m' arrêter sur une petite pente, et j' arrive sur une surface plate où j' atterris sur le dos.

Je rouvre les yeux. J' ai de la terre plein le visage et je crois même que j' en ai avalé, ça me fait tousser. Il fait noir tout autour de moi, sauf une petite ouverture par laquelle j' ai dû passer et qui fait entrer un peu de lumière ; ça se trouve à quelques mètres au dessus de moi et j' aperçois la tête d' Etan.

- Est-ce que ça va ? me crie-t-il.

J' ai le dos en compote, à part ça tout est parfait.

- Je crois que j' ai trouvé l' entrée, je grommelle en me relevant avec difficulté.

J' y vois vraiment rien. Etan déblaye un peu plus le passage, puis repasse sa tête par l' ouverture.

- Où est-ce que tu es ? je ne te vois pas !

- Je ne me vois pas non plus, si tu veux savoir …

- Bon, attends un instant, je reviens.

Et où-est-ce qu' il voudrait que j' aille? Pff…

Il disparaît un moment, puis réapparaît en brandissant une petite lampe de poche.

- Plus à droite. Ma droite ! un peu plus bas…

Il me trouve enfin et me plante la lumière dans les yeux.

- Ok, attrape !

Il me lance la lampe qui atterrit à deux bons mètres de moi, disparaît à nouveau, envoie les sacs et saute, une autre lampe à la main. Ces lampes ne sont pas très puissantes, mais au moins on voit où on met les pieds. Pas de doute, on est bien à l' intérieur du vaisseau. Il y a des tas de caisses en bois empilées un peu n' importe comment, beaucoup de terre — celle qui devait maintenir la porte ouverte — et une porte, au fond. Il nous faut déplacer et escalader plusieurs caisses avant de l' atteindre.

Elle s' ouvre avec difficulté mais nous en venons à bout et nous engouffrons dans un long couloir. Il y a plusieurs portes, des échelles un peu partout... Par où aller ?

- Tout droit. Ca va bien nous mener quelque part, propose Etan en haussant les épaules. Objectif : trouver quelque chose qui ressemble à une salle de commandes.

Et ça, c' est un candidat au Seed…

S' enfoncer dans le noir avec deux malheureuses lampes de poches et Etan pour seule compagnie a quelque chose de plutôt angoissant.

- On se croirait dans un tombeau, chuchote Etan en ouvrant plusieurs portes.

- La ferme, je murmure, nerveuse.

Je m' imagine déjà des zombies surgissant des portes, des monstres prêts à nous sauter dessus se planquant dans chaque coin ombre. Les monstres, ça ne me dérange pas, mais c' est le fait qu' ils puissent venir de n' importe où comme ça qui m' embête.

Ce vaisseau a l' air immense, vu de l' intérieur. Vu les échelles qui mènent aux niveaux inférieurs, le vaisseau doit bien être enterré. J' ouvre plusieurs portes, au hasard. Je crains de plus en plus une mauvaise surprise, même s' il est évident que si nous avons eu tant de mal à entrer, personne n' a pu le faire avant nous. Pas de trace de squelette, en tout cas, c' est plutôt bon signe. J' ai l' impression de devenir complètement parano, le moindre bruit me fait sursauter.

C' est un cul de sac. On se retrouve face à un mur. Bon… Demi tour. Plus loin, nous grimpons à une échelle en acier fixée au mur. On débouche dans un nouveau couloir. Il y a des tas de papiers qui traînent un peu partout. Nous entrons dans différentes petites pièces, la cuisine. Nous faisons demi-tour. Je ne sais même plus de quel côté est censé être l' avant de l' appareil.

Nous arrivons dans un grande salle. Il y a un tableau de commande avec plein de boutons, des sièges. Ca doit être ici, le cockpit. Etan me tend sa lampe pour que je l' éclaire, et il s' affaire sur les claviers. Rien ne répond.

- Etan, ce n' est pas en tapant dessus comme ça que tu vas réussir à l' allumer.

- Eva, ce n' est pas en te contentant de me regarder faire que ça va fonctionner. Aide-moi au lieu de rester plantée là.

- Je t' ai déjà dit que je n' y connaissais rien !

- Doit bien y avoir un truc qui fonctionne tout de même, dit-il en tapant frénétiquement sur toutes les touches à la fois.

Je me m' approche néanmoins du tableau de commande. Réfléchissons. Je n' ai piloté qu' une fois, mais j' ai souvent vu Zell le faire. Sur quel bouton appuyait-il pour mettre en marche le vaisseau déjà ? Non, c' était un levier. Je me penche sur le clavier et souffle un bon coup pour faire sortir la poussière. Il y a des inscriptions à côté des différents boutons. Ah, light ! C' est déjà ça. J' appuie, et quelques secondes plus tard, tout le vaisseau se met à trembler bruyamment. Etan se tourne vers moi.

- Qu' est-ce qui se passe ? me demande-t-il. Qu' est-ce que tu as fait ?

La salle s' éclaire.

- Tu vois ! s' exclame-t-il. Je savais bien que ça fonctionnerait !

Tout s' éteint immédiatement. Je retiens – dans un effort surhumain – un commentaire cinglant, et Etan se repenche sur la console sans un mot.

Rien ne bouge, même en appuyant à nouveau sur le bouton. Je lui laisse sa lampe et je vais inspecter le reste de la salle en attendant qu' il ait finit de s' acharner inutilement.

L' intérieur est plutôt en bon état, malgré un certain désordre. Je me demande ce qu' il s' est passé pour que qu' il finisse ici. Je trouve une carte affichée sur un de mur. C' est le plan du vaisseau. Je passe sur la vitre un vêtement qui traînait par terre pour enlever la poussière. Apparemment, il y a cinq grandes pièces pour stocker les marchandises, et nous avons dû entrer par celle en bas à gauche. Et il semble que la salle des machines se trouve juste en dessous de celle où nous nous trouvons en ce moment. Pendant que l' autre idiot s' acharne toujours sur les commandes pour essayer de rétablir le courant, je cherche des yeux la porte qui mène à l' étage en dessous. Il y a une trappe, là-bas. Je l' ouvre sans trop de difficultés. C' est bien là. Etan s' approche.

- La salle des machines ?

- Oui. Ce sera tout de même plus utile de voir ce qui ne marche pas dans le moteur avant de détruire totalement les commandes.

Nous descendons l' échelle, et regardons les machines avec les lampes.

- Le moteur est plus grand que moi… soupire Etan, désespéré. Comment savoir ce qui ne marche pas ?

- Laisse.

Il se tourne vers moi, étonné.

- Je croyais que tu n' y connaissais rien ?

- J' ai dit que je n' avais piloté qu' une fois, mais j' ai souvent aidé Zell a entretenir le moteur de l' Hydre.

- Ca n' a pas grand chose à voir, fait-il remarquer en regardant la machine qui doit bien avoir trois fois l' âge de l' Hydre.

- On verra bien. Éclaire-moi, c' est tout ce que te demande.

Nous explorons rapidement la salle des machines. Le générateur d' énergie fonctionne, ce n' est donc pas un problème. C' est incroyable, si le reste de l' appareil n'est pas endommagé, il se pourrait très bien qu' il vole, en fait… Il ne me faut pas longtemps avant de comprendre ce qui ne va pas. La pièce qui est censée transmettre l' énergie à tout le reste de l' appareil est cassé. La ventilation est complètement bouchée, depuis le temps, et on risque un surchauffage si on ne fait rien, mais le problème est vite résolu. Il y a d' autres pièces cassées, ça devrait être facile à remplacer si …

- Et où est-ce que tu comptes trouver les pièces ? demande Etan, une fois que je lui expose la situation.

- Je vais les emprunter.

- Jeff ne voudra jamais !

- Je n' avais pas l' intention de lui demander son avis.

- Tu ne vas pas voler les pièces, quand même !

- Je vais me gêner !

Etan considère la questions quelques secondes avant d' admettre :

- Oh et puis, t' as raison…

Au vu des évènements et du personnage, je ne m' embarrasserai pas de ce genre de scrupules …

Nous sortons de l' appareil – en nous perdant deux fois de suite - nous nous glissons dans le hangar, ouvrons les moteurs d' autres appareils restés là, et empruntons les pièces dont nous avons besoin. Elles ne sont pas prévues pour ce modèle de moteur qui est beaucoup plus ancien, mais j' arrive quand même à les assembler. Maintenant, si quelque chose ne marche pas, je ne peux pas faire plus. Etan a aussi reformé de son mieux le devant du vaisseau et consolidé la coque de l' appareil, histoire qu' il ne tombe pas en morceaux pendant le vol.

Nous remontons dans le cockpit. Etan prend une longue inspiration avant d' appuyer sur le bouton pour allumer la lumière. L' appareil se met à trembler, et nous attendons pétrifiés pendant une minute ou deux. La lumière s'allume.

- Ca marche, sourit Etan. Le reste devrait aller, maintenant. Beau boulot. Allez, en place. Votre fauteuil n' attend que vous, Capitaine fait-il en me montrant le siège du pilote.

Je me sens pâlir.

- Je t' aurais prévenu, je maugréé en m' asseyant. Quand on s' écrasera en plein océan, tu ne pourras pas dire que c' est de ma faute…

J' ai des sueurs froides rien qu' à m' imaginer commander ce vaisseau. Je nous vois déjà tomber à pic et nous écraser… Foncer dans une montagne sans pouvoir nous arrêter… Exploser en plein vol… Du calme, respire. Il a dit que c' était facile à piloter… le plus simple des vaisseaux…

Quelle andouille ! Qu' est-ce qu' il raconte ? Un vaisseau, facile à piloter ! Qu' est-ce qu' il en sait ?

J' essaie désespérément de rassembler mes esprits, et de me souvenir de ce que j' ai fait la dernière fois. Il y a bien quelques trucs qui me reviennent, mais…

Etan va s' asseoir sur le siège d' à côté, mais je sais bien qu' il ne me sera d' aucun secours si quelque chose ne va pas. Maintenant, c' est à moi d' assurer.

Je fais une courte prière avant de me lancer ; j' actionne prudemment le levier, et je sens le vaisseau vibrer.

Je me concentre sur ce qui se passe devant moi. Je relève encore un peu la commande, et cette fois, nous décollons vraiment, en soulevant un immense nuage de poussière. La terre tombe du toit du vaisseau et glisse sur le pare-brise, avant de tomber plus bas. Le vaisseau tangue légèrement; je bloque le levier et active prudemment une autre manette qui doit, si je me souviens bien, nous faire avancer. Le vaisseau s' élève dans les airs, et j' ai l' impression que parcourir ces quelques mètres prend des siècles. Nous arrivons au dessus de la mer. C' est le moment de vérité. Etan déglutit péniblement et s' agrippe à son siège en tentant de faire comme si de rien n' était.

Contrairement à ce que je craignais, nous ne tombons pas à pic, mais restons au même niveau , et ça procure un sentiment étrange. Je PILOTE ce vaisseau !

Soulagée, je continue à avancer et Etan semble s' être remis à respirer. J' arrive à accélérer. Nous commençons à nous détendre. Je vérifie la destination, c' est bien vers Trabia. Ca ne doit pas être bien loin, de toute façon, on devrait vite atteindre la rive, et après, on verra bien.

- Eva, il y a quelque chose qui nous suit, fait Etan d' une voix blanche.

- Quoi ? Tu es sûr?

Il me montre le radar, mais j' ai tellement peur qu' on s' écrase si je relâche ma concentration sur le pilotage que je n' arrive pas à bien voir ; et puis je n' ai jamais appris à utiliser un radar…

- Où ça ? je m' énerve. Comment on voit les distances sur ce truc ?

- Euh… j' en sais rien, mais en tout cas ça se rapproche.

- Mais c' est qui ?

- Je sais pas, je peux pas voir derrière le vaisseau. Il est où le rétroviseur ?

- Etan, j' ai beau ne pas m' y connaître beaucoup en vaisseau, je peux t' affirmer que tu n' en trouveras pas.

- Alors je vais voir.

- Où ça ? Où est-ce que tu vas ?

- Attends- moi ici.

Très drôle.

Il se détache et sort. Je l' entends courir dans le couloir, et je tente de conserver mon sang-froid, tant bien que mal. Il revient cinq minutes plus tard.

- Des Esthariens, souffle-t-il en se rasseyant.

A son ton, je comprends qu' il s' y attendait. Des Esthariens. Merde, merde, merde.

- Accélère. On n' a rien pour se défendre, et je doute que le vaisseau tienne longtemps le coup s' ils nous attaquent.

- Parce que tu crois vraiment qu' on pourra les semer ? Tu te rappelles dans quoi on est ?

- Accélère quand même.

- Qu' est-ce que tu crois que je fais ? Je suis déjà à fond !

- Déjà ?

Il se penche sur le panneau de contrôle, les sourcils froncés.

- On est trop lourds, ça nous ralentit murmure-t-il. On aurait dû vider les salles de réserve avant de partir.

- Ca nous aurait pris des jours à vider tout ça ! On n' avait pas le temps. Lourd ou pas, c' est pas avec cet appareil qu' on serait passés inaperçus. Pense plutôt à ce qu' il faut faire maintenant.

- Si tu as une idée, c' est le moment.

- Tu crois qu' ils savent qui on est?

- Je ne sais pas; ils ne nous ont pas encore attaqué, c' est plutôt bon signe, je suppose… C' est quoi, ce bruit ?

Une grande sirène se fait entendre. Sur le radar, la forme se rapproche dangereusement de notre vaisseau, jusqu' à le dépasser légèrement. On aperçoit les pilotes par le pare-brise, et apparemment, ils veulent regarder à l' intérieur du notre. Etan et moi nous nous tassons sur nos sièges. On est fichus. Ils nous font signe d' allumer la radio. Ils sont marrants, il y a longtemps qu' elle ne fonctionne plus… Ils se penchent vers leur panneau de contrôle, et une voix forte se fait entendre.

- Veuillez arrêter votre vaisseau. Nous allons procéder à un contrôle.

- On est mal, murmure Etan, nerveux. S' ils ne savent pas déjà que le vaisseau n' est pas censé voler, ils vont comprendre quand ils nous demanderont ses papiers et notre autorisation de vol. Continue.

Je réussis à repasser devant – parce que leur vaisseau n' est pas à fond - mais ils nous collent.

- On arrivera jamais à les semer et ils ne nous lâcheront pas. On a quelque chose pour se défendre ?

- Etan, on est sur un vaisseau marchand, pas de guerre.

Puis j' ai une idée.

- Les G-Forces ! Il faut que l' un de nous deux aille à l' arrière, ouvre une des portes et fasse appel à son G-Force, pour éviter qu' il n' apparaisse dans le vaisseau et ne nous fasse exploser nous.

- Très bien, je t' attends ici.

- Ok, par l' un de nous deux, j' entendais toi. Je ne peux pas encore me dédoubler, et je suis en train de conduire, figure-toi. Je croyais que tu ne savais pas piloter ?

- Non mais… Ton G-Force serait plus efficace que le mien hésite-t-il.

Mais qu' est-ce qui lui prend ? Son G-force fait tout à fait l' affaire, il le sait bien ! Il cache quelque chose. Je ne crois pas que ce soit qu' il ait peur, il est à peu près aussi rentre-dedans que moi, il n' a jamais été effrayé par un combat. Et il sait bien que je ne peux pas lâcher les commandes. Tout à coup, une grande secousse se fait sentir. Le vaisseau chute de quelques mètres avant que j' arrive à reprendre le contrôle. Ces malades nous tirent dessus ! Etan se lève alors et sort de la cabine en courant. Pas trop tôt.

Les Esthariens nous tirent de nouveau dessus et je perds le contrôle de l' appareil. Bon sang, on va s' écraser, si ça continue ! J' arrive à remonter légèrement l' appareil.

Un voyant lumineux rouge s' allume devant moi. Une des portes est ouverte, celle du côté droit, là où se trouve le vaisseau estharien. Le ciel prend des couleurs orangées sur ma droite, et j' entends une explosion. Le vaisseau estharien disparaît du radar, et quelques minutes plus tard, Etan arrive dans la cabine, en sueur, et s' affale sur son siège.

- Voilà. C' est fait.

- Y' a un autre problème. Je sais pas ce qu' ils ont touché mais on continue à perdre de la hauteur…

-… Mais on gagne en rapidité ? remarque-t-il, ahuri, en regardant le compteur.

- Ca , c' est parce qu' on est en train de s' écraser.

- Fait ton possible pour nous maintenir en hauteur, je reviens, je vais essayer quelque chose .

- Quoi ? Qu' est-ce que tu …

Il sort de nouveau.

C' est pas bon, pas bon du tout. On descend trop vite. Il aura fallu ça pour gagner de la vitesse, je m' en serais passée, en fin de compte. Et le vaisseau a tendance à pencher sur la droite, ce qui nous dévie de notre trajectoire. Je n' arrive pas à rétablir l' équilibre, les commandes tirent trop. Tous les voyants lumineux clignotent furieusement sur le panneau de contrôle à ma gauche. Question à 10 000 gils : est ce-qu' il est plus dangereux de s' écraser sur la terre ou dans l' eau ? C' est les seules options qu' il me reste. Mais que fiche Etan ?

Certains voyants lumineux s' arrêtent de clignoter. Bon, c' est déjà ça. Oh non… Je m' aperçois soudain qu' une falaise se trouve devant nous. Je tire de toutes mes forces sur le levier pour nous faire remonter au dernier moment, mais le bas de l' appareil heurte un rocher dans un grand fracas. Le vaisseau, ralenti, se met à glisser sur le côté, et cette fois nous tombons dans le vide.

Une grande lumière blanche envahit la cabine juste avant que nous nous écrasions, et je me sens soulevée de mon siège au même moment où on entend un grand fracas.

Lorsque j' ouvre les yeux, je flotte au-dessus de mon siège. Toute la cabine au dessus de moi est complètement détruite, il y a plein d' éclats de glace un peu partout. Et devant moi, Sheba. Je n' arrive pas à y croire. Je suis encore vivante. Elle m' a sauvé. Mais elle n' est pas comme d' habitude. Elle paraît… Plus pale, presque transparente. Qu' est-ce qui se passe ?

Elle me fait descendre. J' ai un peu le vertige. Tout est complètement détruit. Sheba a tout fait exploser autour d' elle, comme d' habitude; la pièce est un vrai carnage. Je me demande ce qui de la chute ou Sheba a fait le plus de dégâts. Mais je ne m' en plaindrai pas. Le vaisseau est couché sur le côté droit, tout est sens dessus dessous; je suis en train de marcher sur un des murs.

Sheba sort de la pièce lentement et s' engage dans le couloir, se retourne vers moi et remue les lèvres avant de disparaître.

- Etan !

Mais où est-il passé ? Tout est silencieux… Et si…?

Je me dépêche de sortir, en m' aidant des sièges pour grimper vers la porte. Je sors de la cabine et je vais dans le couloir. De quel côté il a bien pu aller ? J' ai déjà du mal à m' y repérer normalement, mais là… Il me faut faire attention à ne pas tomber par une des portes. Je l' appelle, mais pas de réponse. C' est pas vrai... Il est forcément allé vers l' arrière, mais est-ce qu' il est descendu, resté au même niveau, ou monté ? et dans quelle pièce est-il ? S' il est encore vivant, je tue ce crétin de mes propres mains !

Je me glisse par l' endroit où se trouve l' échelle, et Sheba apparaît à nouveau; elle se déplace en flottant avec légèreté dans le couloir en l' illuminant, elle me montre une porte puis disparaît à nouveau. Je m' accroupis pour l' ouvrir avec précaution.

Tout en bas je vois Sheba, dans son apparence habituelle, cette fois. Elle éclaire la salle, debout près d' Etan. Il est immobile, allongé sur des caisses.

Je me laisse glisser prudemment sur le sol, en m' accrochant à ce que je peux; je prends le pouls d' Etan. Il est toujours vivant ! Incroyable… Sheba est toujours à côté et me regarde intensément. Non… ce n' est quand même pas elle qui… ? Elle était avec moi au moment où le vaisseau s' est écrasé… Et pourtant… Des éclats de glace gisent sur le sol, et l' air est frais, un peu comme dans la cabine où je me trouvais. C' est Sheba qui a protégé Etan ? En même temps que moi ? Comment ? Et pourquoi ?

Bon, une chose à la fois, il faut déjà sortir d' ici. Je n' aurais jamais la force de traîner Etan jusqu' à la porte de sortie.

Finalement, je demande à Sheba de détruire – ce qu' elle fait le mieux - le mur qui se trouve à côté de nous. Quelque chose me dit qu' il ne vaut mieux pas traîner ici. Les cris des personnages des séries télévisées criant " ça va exploser ! " me reviennent en tête, et je n' ai pas vraiment envie de rester ici pour vérifier si c' est réellement de la fiction.

J' oubliais une chose : les sacs !

- Sheba, surveille-le, je reviens tout de suite.

Je grimpe vers la porte, retourne dans la cabine, récupère les sacs, et retourne rejoindre les autres.

Une fois la paroi détruite, je prends Etan par dessous les épaules et le traîne de mon mieux à l' extérieur. Je le tire comme ça sur plusieurs mètres, jusqu' à ce qu' on soit à une distance raisonnable de l' appareil en cas de problème.

Etan ne se réveille pas, il est tout blême, et de la sueur perle sur son front. Mais qu' est-ce qu' il a ? Il est vraiment juste évanoui ? Il faudrait de l' eau, au moins. Je jette un oeil autour de l' endroit où nous nous trouvons, pour la première fois depuis les dix minutes où je me suis misérablement écroulée ici.

Parfait. On a atterri dans un désert. Pas une coin d' ombre à des kilomètres. Où est-ce qu' on a bien pu tomber ? Je me souviens que nous dérivions légèrement vers le sud, tant que nous étions suivis, mais après avoir été touchée, ce n' était pas ce qui me préoccupait le plus. Je me sens vraiment trop k.o. pour réfléchir. Etan se réveille enfin.

Je me rapproche.

- Est-ce que ça va ?

- Bel atterrissage, Capitaine, sourit-il faiblement.

- C' est ça, fais le malin. Toi, si t' étais pas à deux doigts de passer l' arme à gauche, je sais pas ce que je te ferai! Faut être complètement inconscient pour sortir comme ça alors que …

- S' il te plait, du calme, du calme, gémit-il. Je suis vraiment à deux doigts de passer l' arme à gauche, alors épargne moi, tu veux.

Il s' assoit en grimaçant.

- Ca fait combien de temps qu' on est là ? demande-t-il en se passant la main sur la tête.

- J' en sais rien. Une demi-heure peut-être.

Il regarde le vaisseau.

- Wow. , c' est une épave.

- Cette fois, il ne décollera plus, c' est certain. J' arrive pas à croire qu' on soit entiers.

- Qu' est-ce qui s' est passé ? Toi, tu étais attachée dans la cabine, mais moi j' étais au milieu des caisses en bois, c' est un miracle que …

- Remercie Sheba, mon G-force.

- Pourquoi tu me l' as envoyée ?

- Je ne t' ai rien envoyé du tout; c' est elle qui est venue toute seule, je ne sais pas pourquoi.

Silence. Il se laisse retomber sur le dos.

- Tiens, tu devrais manger un peu, dis-je en lui tendant son sac.

- Donne-moi juste ma gourde , ça ira.

Silence à nouveau. Dans quel pétrin on s' est encore fourrés ? On ne peut apercevoir aucune ville d' ici ; derrière nous, il n' y a que la falaise, et derrière cette falaise, la mer. Etan regarde le paysage.

- Tu sais où on est ? je lui demande.

- Comme ça, là, ça ne me dit rien, je suis trop fatigué… Et il faudrait que je sache la direction qu' on a pris.

- En tout cas, on est pas à Trabia. Je crois bien que ça nous a éloigné.

- Et ça nous aurait éloigné de quel côté , tu crois ? demande-t-il d' un air méfiant.

- Je n' en suis pas sûre, mais je crois qu' on a dérivé vers le sud, et donc…

- Et donc, plutôt du côté d' Esthar, conclut Etan en se passant la main sur le visage.

Y' a plein de petites choses qui ne me plaisent pas dans ce chapitre. J' ai même failli le zapper en expliquant rapidement comment ils ont réussit à décoller parce que je trouvais que ça faisait beaucoup de blabla pour pas grand chose, mais j' ai finalement décidé de le garder comme ça, en incluant des éléments qui permettent de mieux voir comment sont les personnages. J' ai eu du mal, tout de même ! Après l' avoir lu, relu et réécrit des dizaines de fois, c' est encore ce qui me plait le mieux. Je crois qu' en fait, ce qui aurait le mieux rendu tout ce que je voulais, c' est un film (pour les sons, ou même le silence, le visage des personnages ), mais bon, faudra faire avec. lol

Il n' y a pas vraiment de surprise, ici ; je me doute bien que tout le monde savait qu' ils finiraient par décoller. Je savais pas comment rendre ça crédible, vu que j' avais dit que Eva ne savait pas piloter ( ça m' apprendra ! ) ; donc, je sais pas trop si ça passe bien en fin de compte. Je voulais aussi rendre de façon réaliste ce qu' elle peut ressentir en conduisant vraiment. Vous me direz si ça va ou non…

Le crash, c' est sûrement pas une surprise non plus. Je ne me voyais pas les faire atterrir gentiment à Trabia alors qu' elle ne sait pas piloter ( puis je ne voulais pas leur facilité la tache non plus; s' ils arrivent directement à Trabia, où est l' intérêt ?…).

Avec le vaisseau, de nouvelles difficultés me sont apparues : je n' y connais absolument rien en mécanique, alors comment décrire le vaisseau ? qu' est-ce qui est censé ne pas marcher ? qu' est-ce qu' il faut utiliser pour faire fonctionner le vaisseau ? ( Si quelqu' un a des conseils à me donner pour améliorer ça, ce ne serait pas de refus ). Je ne sais pas si ça se voyait – en tout cas, maintenant que je l' ai pointé du doigt tout le monde le sait, mais passons …

J' ai mis un moment avant de poster la suite, toutes mes excuses ; voilà deux chapitres pour me faire pardonner ( j' espère). Je suis en train de faire le 17, donc y' a encore de la marge

Voilà voilà, à la prochaine ! Merci pour les commentaires !

Shebang