CHAPITRE VIII
Le vaisseau n' a finalement pas pris feu, nous avons au moins eu cette chance. La dernière chose dont nous ayons encore besoin, c' est d' un énorme nuage noir signalant notre présence ici, à quelques kilomètres peut-être d' Esthar. Nous préférons tout de même ne pas perdre de temps et essayer de mettre le plus de distance entre l' appareil et nous, des fois que notre crash ait été aperçu.
Comme nous n' avons pas pu, selon les estimations d' Etan, dériver assez vers le sud pour nous trouver au sud d' Esthar, nous décidons de partir vers le nord en longeant la falaise. Évidemment, nous sommes en plein désert, alors il n' y a pas de route tracée pour nous indiquer un quelconque chemin; des rochers, du sable à perte de vue. Il n' y a pas un point d' eau ni un coin d' ombre à des kilomètres. Ah, par contre, ce qu' on trouve, et en profusion, c' est des monstres, ce qui explique aussi notre empressement à quitter cet endroit. Notre sacs sur le dos, nous avançons avec peine sous la chaleur étouffante. Le choc du crash, le stress, et la fatigue ne rendent pas les choses plus agréables.
- Raconte moi ton dernier voyage ...
- Parce que ça t' intéresse, maintenant ? fait Etan sans s' arrêter.
- Non, mais si je pense pas à autre chose qu' à ma mort prochaine dans ce désert, je crois que je vais devenir dingue.
J' essuie pour la énième fois la sueur sur mon front en soufflant. S' il n' y avait que ça…
Est-ce que ça vaut la peine qu' on se donne ce mal ? Et s' ils étaient déjà tous morts ?
- Etan …
- Mmmh ?
- Tu crois qu' à la BGU… ils…
Je n' arrive même pas à le dire.
- Oui.
- Tu crois vraiment qu' ils sont morts ! Je fais, effrayée.
- Quoi ? Nan, je pensais que tu voulais dire qu' ils allaient bien!
- Pourquoi tu réponds sans savoir de quoi je parle, tu m' as fait une de ces peurs! Comme si tu pouvais avoir la moindre de chance de savoir ce que je peux penser… fais-je, riant presque à l' idée saugrenue d' une quelconque "communion d' esprit " entre cet idiot et moi.
- C' est quoi cette manie de pas finir ces phrases, aussi… Écoute, fait-il en se tournant face à moi, soudain sérieux. Ils sont vivants, c' est compris ? Je t' interdis de penser autre chose. Ils vont bien et on va les retrouver. Sauf si on reste ici à imaginer n' importe quoi.
Oui, il a sûrement raison, ils sont vivants. Si lui le pense, alors… je pense que je peux m' autoriser à l' espérer encore. Ils me manquent tellement. Je veux pouvoir encore taquiner Bess avec son béguin pour Ivackas. Je veux voir Casey me sourire et me dire que je suis bête de tout le temps chercher à provoquer Etan. Je veux… entendre Lena rire aux éclats en se jetant sur moi pour me serrer dans ses bras. Et mes parents… Depuis le début, j' ai été obligée de les mettre tous dans un coin de ma tête pour ne pas devenir folle. Mais c' est si dur. Alors si au bout du compte, après avoir enduré tout ça, ils n' étaient pas là…
Nous finissons par atteindre un endroit où la falaise se divise; elle se sépare en deux, et il y a un passage large de trois à quatre mètres entre les deux.
- On fait quoi ? Demande Etan, l' air sceptique, en observant l' ouverture. C' est peut-être un chemin. On va voir où ça mène?
- Encore faudrait-il être certains que ça débouche bien quelque part. D' ici, on ne voit même pas s' il y a réellement quelque chose derrière: le chemin tourne. Et s' il n' y avait rien ?
- Écoute, je pense que de toute façon, on n' atteindra pas de ville avant ce soir. Il n' y a pas une seule maison à des kilomètres à la ronde, si on observe le paysage; aucun endroit qui permette de faire un campement en sécurité si on continue dans cette direction, avec tous les monstres qui traînent dans le coin. A mon avis, on a pas grand chose à perdre …
- D' un côté comme de l' autre, ça paraît plutôt désespéré…
Je scrute son visage, mais il évite mon regard et semble soudain perdu dans la contemplation du paysage. Ca me tracasse depuis le début: est-ce qu' on a réellement une chance d' y arriver? Lui aussi se le demande visiblement, même s' il fait son possible pour tenir.
- Bon, alors on y va, je soupire en avançant entre les falaises.
Le chemin est pierreux, inégal. Des rochers gênent, il nous faut faire de nombreux petits détours pour dépasser ceux qui nous barrent la route, ce qui ralentit notre avancée en la rallongeant comme si ça ne suffisait pas. Les falaises, qui s' élèvent de part et d' autre de notre route n' ont rien de très rassurant. Elles projettent une grande ombre sur notre chemin et, bien qu' il fasse grand jour, on n' y voit pas grand chose. Par endroits, on voit que l' un ou l' autre des cotés s' est en partie écroulé. En tout cas, les monstres ne sont pas parvenus jusqu' ici, alors après tout ce qu' on a fait avant, c' est presque une promenade de santé.
Au bout d' une heure, nous parvenons face à un mur. C' est bien ce que je pensais. Un cul-de-sac. Des rochers se sont effondrés et barrent totalement la route sur une hauteur d' une dizaine de mètres. Abattus et épuisés, Etan et moi restons stupidement à observer le mur, comme s' il y avait la moindre chance pour qu' il s' écarte soudain afin de nous laisser passer.
- Il n' est pas si haut… fait Etan, hésitant, au bout d' un moment en se tournant vers moi.
- T' es pas sérieux ! je m' exclame, sidérée. Tu ne penses quand même pas qu' on va grimper ça !
- On ne va pas non plus faire demi-tour maintenant. Il n' y a rien derrière nous.
- Et rien ne dit qu' il y ait quelque chose devant ! Etan, même si on ne venait pas de marcher depuis des heures et que nous avions le matériel nécessaire, on est pas certains de ce qu' on va trouver!
- Écoute, je vois où on est, maintenant. Je me souviens, je crois qu' il y a un village, juste derrière.
- Tu crois ou tu en es sûr ? Il y a deux minutes tu disais que tu ne savais pas.
- J' en suis sûr, soupire-t-il. Ca vient de me revenir, c' est tout. On ferait mieux de se reposer et de reprendre des forces avant d' y aller.
Il s' allonge et croise ses bras sous sa tête avant de fermer les yeux.
Etan semble parfois tellement détaché que je me demande si ça ne l' amuse pas, finalement. C' est ahurissant. Comment peut-il rester aussi calme dans une situation pareille? Ca me rend dingue, parfois.
Un instant plus tard, nous nous mettons à grimper. J' ai déjà fait de l' escalade, j' aime plutôt ça en général, mais sans équipement c' est un cauchemar. Heureusement, il n' s' agit pas d' un mur mais d' un empilement de rochers; les prises ne sont pas trop difficiles à trouver. Quelques siècles plus tard nous arrivons au sommet et je me remets à respirer. Heureusement, nous n' aurons pas à escalader l' autre côté pour descendre, la pente n' est pas très prononcée, en marchant avec prudence ça devrait aller. J' arrive la première en bas.
J' aurais dû m' en douter…
- Etan, il est où ton village?
Je l' attends, les bras croisés, observant le paysage. Nous ne sommes plus dans le désert, ça c' est sûr. Le contraste est même saisissant. Il s' agit d' une petite vallée verdoyante entourée de hautes montagnes grises, et il y a une forêt juste en face de nous. Mais pas de village.
Etan est juste derrière moi, mais il se tait. J' ai peur de comprendre.
- Etan ? Fais-je finalement devant son silence. Tu ne te souvenais de rien, n' est-ce pas ?
- Non, mais tu n' aurais jamais voulu venir si je …
- C' est ça, alors c' est de ma faute si tu m' as raconté des bobards, elle est pas mal, celle-là! Tu as menti !
- Je n' aurais pas eu à le faire si tu me faisais un peu confiance et si tu m' avais écouté quand je te disais qu' on ne pouvait pas rester là-bas ! S' énerve-t-il.
- Je suis venue parce que je tu m' as dit que tu savais ce que tu faisais ! Et moi, comme une idiote, je t' ai écouté. Ca ne fait que confirmer ce que je pensais, après tout: on ne peut pas se fier à toi! Je ne vois même pas pourquoi ça me surprend…
- Oui, bien sûr: tel père, tel fils, hein ?
- Qu' est-ce que ça vient faire là, ça ? ce n' est pas le problème…
- C' est justement le problème !
Il jette ses sacs sur le sol, furieux.
- De quoi tu parlais, si ce n' était pas de mon père en disant ça, hein ! Il va falloir éclaircir certaines choses. Tu te crois sans doute meilleure que moi parce que tu es la fille de Squall, le « héros et sauveur » de la planète, hein? Tu crois que tu as plus de mérite parce que tu es de sa famille que moi qui suis de celle du malade qui a menacé le monde?
- Tu divagues complètement…
Malgré moi, je recule d' un pas, mais Etan s' avance.
- Non, pas du tout, dit-il, frémissant de rage. Tout le monde pense la même chose de moi, tu n' es pas la seule, je te rassure. Tout le monde me regarde comme un pestiféré, partout où je vais; ce qu' ils voient, ce n' est pas moi, c' est toujours le… le fantôme de Seifer. Si je fais quelque chose de bien, on se dit que ça cache quelque chose; si c' est quelque chose de mal, que c' est normal et que ça devait arriver! Je vais te dire une chose: je ne suis pas responsable si mon père a fait les mauvais choix et qu' il a pu menacer le monde! Ca ne veut pas dire que je suis comme lui! Qu' est-ce que tu crois ? Moi aussi je déteste cet homme pour ce qu' il a fait; ça n' aurait jamais dû arriver! Je le sais, tout ça! Mais qu' est-ce que je peux y faire? Il est mort, est-ce que ça ne vous suffit pas ?
Il pète complètement les plombs…
- Mais toi, Eva, dit-il en me pointant du doigt, toi, tu es pire que les autres. Toi, tu aurais dû comprendre ! Tu aurais dû être capable de faire la différence, parce que tout les deux on est pareil, que tu l' admettes ou non! On a la même histoire et le même but, et si quelqu' un était à même de comprendre c' est toi ! Les autres … les autres, ils ne peuvent même pas imaginer ce que ça fait de vivre avec ce poids… Tes parents sont les rares personnes à savoir réellement qui je suis; les seuls à avoir essayé de me connaître moi. On aurait pu espérer un peu plus de bon sens de la part de leur fille. Tu te crois supérieure, mais tu es comme tous ces gens incapables de voir. Alors tes leçons de morales, garde-les pour toi!
Il ramasse son premier sac d' un geste furieux, le remet sur son dos, se tourne à nouveau vers moi, d' une voix apparemment calme, mais emplie d' un mélange de colère contenue et de tristesse:
- Tu sais, s' il y a une chose pire que de grandir et vivre seul… c' est de vivre entouré de personnes qui te haïssent sans que tu comprennes pourquoi et qu' on te laisse la moindre chance d' y changer quoi que ce soit.
Il ramasse son second sac et le passe sur son épaule.
- Viens, il faut y aller maintenant, fait-il une d' une voix neutre en se remettant en marche.
Comme je ne bouge pas, trop ahurie par tout ce que je viens d' entendre, il s' arrête à nouveau et se retourne.
- Ca ne m' amuse pas non plus, mais il faut qu' on reste ensemble. Ce sera difficile, mais chacun de notre côté on n' arrivera à rien. Je veux faire quelque chose pour ton père, c' est faire en sorte que sa fille rentre chez lui en vie, je ferai tout mon possible; je ne le fais pas pour toi. Et ça te passe peut-être totalement au-dessus de la tête, mais moi aussi je tiens à retrouver la BGU. C' est aussi chez moi.
Je le suis, muette et hébétée. Je n' avais jamais vu Etan aussi en colère, même quand je cherchais à l' énerver. Et je ne crois pas m' être jamais sentie aussi mal. Etan avait-il tort? Est-ce que je suis vraiment comme ça… ?
" Tu sais, s' il y a une chose pire que de grandir et vivre seul… c' est de vivre entouré de personnes qui te haïssent sans que tu comprennes pourquoi et qu' on te laisse la moindre chance d' y changer quoi que ce soit... "
Il régnait un désordre inhabituel devant la porte du dortoir des élèves. Les deux enfants s' avancèrent jusqu' au centre du cercle; les « grands » semblaient se disputer, et ce n' était pas bon signe. Ils tyrannisaient toujours les plus jeunes, et il ne valait mieux pas être dans le coin lorsque cela se produisait. Mais ces deux enfants ne s' en étaient jamais préoccupé. Le garçon, âgé de 5 ou 6 ans, brun, avec un T-shirt vert et un short bleu, tenait par la main son amie, probablement du même age, brune elle aussi, avec de grands yeux bleus.
- Qu' est-ce qui se passe ? Demanda le petit garçon en se glissant parmi les autres enfants, tenant la petite fille par la main pour l' aider à passer.
Ils arrivèrent au centre de l' attroupement, où ils virent un petit garçon blond. Il se tenait droit et fier en face des "grands" , mais des larmes perlaient dans ses yeux verts.
- Qu' est-ce que …
- Laissez-nous, vous deux, ordonna un grand en se tournant vers le petit garçon brun. C' est pas vos affaires!
La petite fille tomba en arrière, au milieu des rires. Furieuse, elle se releva, et, les poings sur les hanches, elle se dressa face au méchant grand et aux autres qui se tenaient autour de lui et semblaient face à elle former une véritable montagne... Cet idiot était peut-être plus grand et plus âgé qu' elle, mais elle ferait son possible pour l' empêcher de faire du mal au petit garçon blond…
Un grand courant d' air froid entra dans la pièce; les enfants, inquiets, reculaient. Sheba apparut, et une pluie de glace s' abattit sur les enfants, et pendant un moment, la petite fille les perdit de vue. Lorsque la glace disparut, ils se trouvaient dans la forêt. Surprise, la petite fille eut un mouvement de recul. Des soldats lui faisaient maintenant face, une gunblade à la main, et s' approchaient d' elle. Elle se tourna vers ses amis pour les appeler au secours. Mais c' était Seifer, portant les vêtements du petit garçon blond, qui se tenait à présent derrière elle, tandis qu' un immense monstre enflammé s' élevait dans les airs, emportant le petit garçon brun qui pleurait….
Je me redresse en sursaut, haletante. Il me faut quelques minutes pour me rappeler où je me trouve. Mon cœur bat à la chamade.
Un rêve…
Un stupide rêve…
Je vais me rafraîchir à la source à côté de laquelle nous avons planté notre campement. Je mets un moment avant de retrouver mon calme.
Ca avait l' air si réel!
Non … pas réel … c' était comme si… je l' avais vécu.
Mais c' est impossible, c' est du délire. Je n' ai jamais croisé Seifer, ni vu Sheba avant ces dernières semaines. Pourtant, je suis quasiment certaine que c' était moi, cette petite fille; et le garçon blond, c' était Etan. Et le troisième ? Casey ? Non, il n' était pas encore à la BGU à cet age-là… Ca n' a pas de sens…
Non, ce n' est qu' un rêve…
Je retourne au campement. Etan est toujours couché. Je vais m' asseoir sur une racine pour essayer de manger un morceau, mais j' ai l' estomac noué.
Pas un mot n' a été prononcé depuis hier. Nous sommes entrés dans la forêt; comme la nuit tombait et que nous n' avions aperçu aucun monstre, nous avons décidé de rester ici. Sans parler. Le visage fermé, Etan a fait un feu, a sorti son sac de couchage et s' est endormi. J' ai passé la moitié de la nuit à réfléchir à tout ce qu' il a dit, à ma façon d' agir avec lui. Et… je dois bien reconnaître qu' à ce sujet, eh bien… il n' a pas vraiment tort.
Etan se retourne puis s' assied, l' air un peu hagard. Il m' aperçoit - « b'jour » - et se lève. Il me rejoint de l' autre côté du feu et s' assoit pour manger. C' est le moment de prendre mon courage à deux mains et de mettre de côté ma fierté. Je n' ai pas arrêté de retourner dans ma tête ce que je pourrais lui dire qui ressemble à des excuses sans trop en avoir l' air. Je n' ai pas vraiment d' expérience dans le domaine.
- Etan euh…
- Qu' est-ce qu' il y a ? Tu as envie de parler, maintenant? Fait-il, sardonique. La grande Eva daigne s' adresser à moi?
Ca va être encore plus difficile que prévu.
- Tu as fait un cauchemar et maintenant tu as peur ?
- Qu' est-ce que tu racontes ?
- Tu avais le sommeil agité. Ou alors tu vas dire que tu veux faire demi-tour et te taper la montagne à escalader ? C' est ton problème, moi j…
- Écoute, j' essaie de m' excuser, là ! je m' énerve.
Il lève des yeux surpris vers moi. Je me mettrais des claques. J' arrive pas à croire que j' ai pu être assez bête pour dire ça. Moi, en train de m' excuser ! Et devant lui ! La première des premières. Il va être insupportable après ça, j' aurais jamais dû, il va…
- C' est bon, ça va, dit-il en mordant dans son sandwich.
- Tu me laisse m' en sortir comme ça? Fais-je étonnée qu' il n' insiste pas lourdement dessus.
- On va pas y passer la journée, fait-il d' un ton las. J' apprécie que tu te sois excusée, j' espère juste que tu as compris. Je n' aurais pas dû m' énerver comme ça, j' ai peut-être un peu exagéré… ni te raconter des histoires, moi aussi je suis désolé. On a des problèmes plus importants, pour l' instant, alors laissons les gamineries de côté. Ca te va ?
Je me vois mal répondre non. Tout de même, je n' en reviens pas.
Nous levons le campement - si on peut appeler ainsi deux sacs de couchages et un malheureux feu de camp - et nous décampons.
Nous atteignons la lisière quelques minutes plus tard. Etan, qui se trouve devant moi s' arrête soudain et je lui rentre dedans.
- Qu' est-ce qui t' arrive encore ? Tu peux pas faire attention !
- Re… regarde, une maison !
Je lève les yeux. En effet. C' est même tout un village.
- J' y crois pas, fait Etan. On a passé la nuit dehors à 10 minutes d' un village!
Nous nous dirigeons dans sa direction en toute hâte. Il nous reste de quoi reprendre quelques provisions, et aller à l' hôtel, en prenant une chambre avec deux lits. Après trois nuits passées à la " belle " étoile, c' est le rêve.
Ce n' est pas vraiment le genre de petit village touristique, c' est même assez monotone: murs de briques grises, des rangées de maisons identiques, mais on ne va pas faire les difficiles. Ce n' est pas très grand, non plus. Après avoir fait le tour du village trois fois, impossible de trouver l' hôtel. Des habitants se mettent à leur fenêtre et nous observent. Je me sens un peu mal à l' aise, au milieu de la rue.
- C' est quoi leur problème ? Je murmure tandis que d' autres personnes sortent carrément de chez elles pour nous regarder passer.
- C' est peut-être dû au fait que tes vêtements sont pleins de poussière et déchirés par endroits, et que tu es complètement décoiffée.
Après plusieurs jours passés dans la nature, des heures à creuser dans la boue, un crash, des combats contre les monstres et des heures de marches, je me doute que nous avons déjà été plus à notre avantage. La veste d' Etan est déchirée au bras et dans le dos, le bas de son pantalon aussi.
- Tu n' es pas mieux, je te signale.
- Trouvons vite l' hôtel; ils commencent à m' énerver… chuchote-t-il en pressant le pas.
Nous finissons par trouver une boutique; je rentre acheter ce dont nous avons besoin pendant qu' Etan continue à chercher l' hôtel ; il me retrouvera ici dans quelques minutes. J' en profiterai pour demander où nous nous trouvons.
J' entre dans le magasin.
Déjà, c' est formidable, il n' y a personne.
- Hé, je suis là ! Fait une petite voix aiguë derrière le comptoir.
Ah, je n' avais pas vu la petite fille, dont la tête dépasse à peine le table. Elle grimpe sur un tabouret, croise les bras et me dévisage, la mine renfrognée.
- Tu es venue pour voler ?
- Quoi ? Non, je viens acheter des …
- Ce n' est pas parce que je suis plus petite sue toi sur que tu vas m' avoir. Je suis sûre que t' as pas d' argent. T ' es bizarre…
- Ah, c' est moi qui suis bizarre?
Non, arrête. Du calme, c' est qu' une gamine. Du calme. Souris.
- Je m' appelle Eva, et toi? Je demande avec mon sourire le plus avenant.
- C' est pas tes affaires, dit-elle en détachant parfaitement chaque mot.
- Ok… je réponds en sentant partir en fumée mes bonnes résolutions. Est-ce que tes parents sont là ?
- Nan.
- Et est-ce qu' ils rentrent bientôt?
- Nan.
- Est-ce qu' il y a quelqu' un à qui je peux m' adresser pour…
- Nan.
Elle commence franchement à me taper sur les nerfs. Je pose les mains sur le comptoir et me penche vers elle.
- Ecoute, j' ai passé une nuit épouvantable, et je ne suis vraiment pas de bonne humeur. Alors si ne tu vas pas appeler quelqu' un tout de suite, je…
La porte s' ouvre derrière moi, je me retourne. C' est Etan qui entre. Il me fait les gros yeux.
- Bon sang, je te laisse cinq minutes, et je te retrouve en train de te disputer avec une gamine ; t' es pas possible, toi…
- Je suis PAAAS une gamine ! Hurle la petite d' une voix suraiguë en se dressant sur le tabouret pour se trouver à notre hauteur à Etan et à moi. J' ai SIX ans, TROIS mois et DIX SEPT jours ! Et je suis TRES mûre pour mon age!
- Veuillez accepter toutes mes excuses, mademoiselle, fait-il en s' inclinant, pour la taquiner gentiment.
- Te moque pas de moi ! Toi, t' es peut-être grand, mais t' es bête, et t' es pas beau, et t' es mal habillé, et t' es bizarre. Je suis sûre que vous êtes des voleurs tous les deux !
- Nous ne sommes pas des voleurs, faut te le dire combien de fois? je m' énerve.
- Ecoute, nous ne sommes pas des voleurs, c' est juste qu' on a beaucoup voyagé et… tente de lui faire comprendre Etan.
- Vous êtes des vagabooonds ! Hurle-t-elle comme si nous essayons de l' assassiner.
Elle va rameuter tout le village, ma parole.
- On ferait mieux d' y aller, ils ont vraiment un problème, dans ce village !
- On a PAAAAS de problème ! Pleure-t-elle tandis qu' Etan tente de la calmer.
- Juste toi, c' est ça?
- Dis pas çaaaaa !
- Tu as vraiment besoin d' en rajouter? me fait Etan. T' as pas cinq ans, merde !
- T' as pas le droit de dire des gros mooooots ! hurle la petite de plus belle.
- Tu vas me lacher deux minutes, toi aussi ! S' énerve Etan.
C' est au milieu d' un charivari indescriptible que la porte derrière le comptoir s' ouvre. La dispute tombe aussitôt. Nous restons chacun comme pétrifiés. C' est un homme. Il ne doit pas être beaucoup plus vieux que nous. Plutôt grand, des yeux noisette, des cheveux bruns coupés courts... Pas mal du tout, d' ailleurs…
- Lise, qu' est-ce qui se passe, ici ? Ne me dis pas que tu fais encore des tiennes…
- Mais nan, c' est eux qui…
- Merci de m' avoir remplacé. Tu devrais rentrer, maintenant.
Il passe la main sur la tête de la petite pour lui ébouriffer les cheveux, tandis qu' elle descend du tabouret et s' en va en chantonnant. C' est dingue.
Il se tourne vers nous en souriant. Et en plus il a un sourire magnifique…
- J' espère qu' elle ne vous a pas ennuyé ? Je devais juste m' absenter cinq minutes…
- Non, un vrai petit ange, je fais malgré moi en me mettant à sourire comme une idiote, tandis qu' Etan me jette un regard ahuri, un sourcil levé.
- Je m' appelle Zack, fait-il en se postant derrière les comptoir, les deux mains sur la table. Que puis-je pour vous ?
commentaire de l' auteur :
j' ai eu du mal à le poster ce chapitre, parce qu' il n' y avait pas moyen d' éditer avant de poster et ça aurait été incompréhensible; pour le dernier chapitre, je ne l' ai pas fait et je crois que mon commentaire n' était pas bien séparé du l' histoire. enfin voilà, ça y est, le chapitre est enfin en ligne
Alors, le passage de la dispute avant le village… Ca fait pas un peu trop mélo-dramatique ? Vu que c' est pas vraiment le ton du reste du fic, je me demande si ça fait pas un peu « trop »… Trop décalé par rapport au reste. Eva commence à réfléchir, à comprendre qu' elle était peut-être un peu injuste et à entrevoir ce qu' a pu être la vie d' Etan. Pas trop tôt, hein ? On m' avait fait une remarque, sur un site, qu' elle n' évoluait pas assez vite… Mais bon, on peu difficilement changer d' avis sur une personne qu' on a passé sa vie à détester passionnément.
Bon, tout le reste autour de ça, dans le chapitre, c' est un peu du remplissage, en fin de compte. Je me demande si je n' aurais pas mieux fait de zapper tout ça, arriver directement dans le vif du sujet, et faire avancer l' histoire ? Bah, je verrai plus tard, quand j' aurai un peu plus de recul.
J' avais aussi du mal, parce que d' habitude, quand je commence un chapitre, la première chose que je sais, c' est où il doit finir exactement. Ici je savais où ça devait mener en gros, mais j' hésitais sur la manière de le terminer et je me demandais s' il ne fallait pas carrément finir cette scène. Bref, finalement, c' est pas super, mais il fallait bien finir, alors voilà.
Le passage de la dispute entre Lise et Eva, puis Etan n' est pas vraiment essentielle; elle est même plutôt stupide et puérile, non ? Je me suis demandé s' il fallait la garder. Et après mûre réflexion… Ben je me le demande toujours. Help !
Le comportement d' Eva à la fin du chapitre a dû surprendre ? Je sais pas, ça m' a pris comme ça… Bizarre , hein ? Lol Dites ce que vous en avez pensé.
Merci d' avoir lu, n' hésitez pas à me laisser vos critiques, que vous ayez apprécié ou non - quoique je suppose qu' il faudrait être sacrément maso pour lire jusqu' au bout un fic de cette longueur qu' on a pas aimé - j' en ai bien besoin!
Biz biz à tous ! Shebang
