CHAPITRE IX

La dernière fois que je me suis sentie comme ça, pour aussi loin que je puisse remonter, ça a été le jour de mon treizième anniversaire. Dimitri je-sais-plus-quoi, un garçon un peu plus vieux pour lequel je me morfondais d' amour depuis des semaines, m' avait offert des fleurs lors de ma fête - juste avant de me présenter sa petite amie, qu' il avait amenée avec lui.

Le pauvre garçon n' a sans doute jamais compris pourquoi je lui ai balancé son bouquet à la figure et ne lui ai plus jamais adressé la parole.

Je crois que c' est ce jour-là que j' ai décidé que de toutes façons, l' amour c' était nul et que je m' en passerais très bien.

C' est pour ça que j' ai du mal à croire qu' il ne va pas encore m' arriver une tuile.

Derrière le comptoir, les deux mains posées sur la table, Zack nous regarde tour à tour, tout sourire. Oooow… Il va forcément arriver une tuile.

- Bienvenue à Tréhignac, que puis-je pour vous?

Tréhignac ? Jamais entendu parler. Etan non plus, à voir sa tête. Bon, maintenant, nous savons où nous sommes, mais je ne crois pas que nous soyons tellement plus avancés, en fin de compte.

- Moi c' est Etan, et voilà Eva, dit Etan en faisant un signe dans ma direction. Voilà, nous voyageons depuis un moment, et nous aurions besoin de contacter des amis au plus vite, histoire de les rassurer. Est-ce qu' il y aurait un endroit d' où nous pourrions téléphoner?

- Je suis navré. Le réseau ne couvre que la vallée, c' est à dire les trois villages qui s' y trouvent. Les montagnes empêchent toute liaison avec l' extérieur. Le seul moyen de faire passer des nouvelles est le courrier. Vous pouvez toujours nous laisser une lettre et nous la ferons envoyer. Le service aura justement lieu demain soir.

Ca va être pratique, tiens.

- Pas de fax, d' ordinateur avec connexion internet… ?

- Il n' y en a pas ici; le village est trop isolé. Nous sommes dans une toute petite vallée, elle n' est pas desservie par ce genre de réseau de communication.

C' est bien notre chance. Mais c' est quoi ce village?

Etan souffle et se gratte la tête.

- Très bien, bon… Est-ce que vous pourriez nous indiquer où se trouve l' hôtel? Nous avons cherché, mais…

- Euh… Il n' y en a pas non plus, désolé. Nous ne recevons pas beaucoup de touristes. C' est même très rare, en fait. Nous sommes un village très isolé - vous avez dû vous en apercevoir- ce qui fait que très peu de personnes passent par ici.

Je comprends mieux pourquoi tout le monde nous regardait comme des bêtes curieuses. Ca va être difficile de passer inaperçu.

- Et en général, ces personnes finissent par s' installer, termine Zack. Alors, un hôtel était inutile. Est-ce que c' est votre cas?

- Non, nous sommes juste de passage.

-Ah. Un voyage en amoureux, je suppose ? Demande-t-il en me faisant un grand sourire.

Je manque de suffoquer.

- Non, pas vraiment, rit Etan en me jetant un regard amusé.

S' il n' efface pas tout de suite ce sourire, je lui arrache la tête.

- Oh, je suis navré, s' exclame Zack, désolé. Je ne voulais pas vous embarrasser…

- Elle s' en remettra.

- La ferme, je grommelle.

- Pour l' hôtel, je suis désolé. Mais je peux toujours vous héberger, si ça peut vous arranger. La maison est assez grande, on vous trouvera bien une place.

- Ce serait vraiment aimable. Eva, tu es d' accord ?

- Non, je meurs d' envie de passer une autre nuit sur le sol dans la forêt humide d' à côté, je soupire en levant les yeux au ciel.

- Alors nous acceptons. Merci beaucoup.

- J' appelle chez moi pour prévenir et je vous mène là-bas.

Il sort de la boutique.

La voilà, la tuile. Il doit vivre avec sa petite amie ou sa femme et il l' appelle pour la prévenir. Tant pis…

- Il nous a pris pour un couple, tu te rends compte? Fait Etan, me tirant de mes pensées.

- Ca ne me fait pas rire.

- Et puis, à part ça, pourquoi deux personnes voyageraient-elles ainsi? Ca me fait penser… dit-il en baissant la voix. Nous ne devons pas dire pourquoi nous sommes là, ni qui nous sommes. S' il demande, on est frère et sœur, ok? Vu nos relations, ce sera crédible…

Je n' ai pas le temps de répondre, Zack revient.

- Il n' y a personne pour l' instant. Tant pis, est-ce que vous voulez que je vous mène là-bas tout de suite?

- Merci, nous voudrions au moins déposer nos affaires.

- Bon, alors je vais vous y conduire.

Nous sortons de la boutique, que Zack ferme à clé. Immédiatement, des têtes fleurissent aux fenêtres. Zack ne semble même pas les remarquer et, enthousiaste, nous pose des questions sur notre voyage et sur nous. En fait, surtout à moi: nous marchons au milieu de la petite rue pavée, je me trouve entre Etan et lui, alors il s' adresse directement à moi et semble ignorer royalement Etan. J' aimerais pouvoir en faire autant.

- C' est marrant, me dit Zack, mais j' ai l' impression de vous avoir déjà vue quelque part…

Il y a en effet peu de chance que ce soit le cas, vu que je n' ai jamais mis les pieds dans ce trou et que lui n' en est probablement jamais sorti. Je hausse les épaules, ne sachant trop quoi répondre.

Tandis que nous marchons, j' ai le temps de mieux l' observer. Il est un peu plus grand qu' Etan. Il parle en faisant de grands gestes avec ses mains, rit à quasiment chaque phrase, et son timbre de voix est profond, très agréable.

- Eh ben, il perd pas de temps, celui-là, chuchote Etan en levant les yeux au ciel. La technique la plus bidon que j' ai jamais entendue…

Ignore-le, ignore le…

Je me retourne vers Zack. Heureusement, il n' a pas entendu l' autre crétin.

- Vous n' êtes jamais venue ici?

- Non, je ne connaissais même pas cet endroit.

- Bizarre. Pourtant, en voyant, j' ai un étrange sentiment de familiarité. Comme si j' avais déjà vécu quelque chose de semblable…

- Euh...

A vrai dire, j' ai une impression étrange, c' est vrai… Mais je ne saurais pas dire si c' est ça ou non, et ça me provoque plutôt une sorte de… de malaise.

- Alors j' ai dû rêver, finit-il en riant.

- Comme c' est mignon, il a rêvé de toi. La prédestination, c' est ça ? Tu veux que je vous laisse seuls, peut-être ? Chuchote Etan, sardonique.

- Oui, c' est ça, je fais, impatientée, en le poussant d' un bras.

J' essaie de suivre la conversation de Zack qui n' entend heureusement pas le flot de délires de cet abruti, mais je n' arrive pas à entendre le moindre mot.

- Certainement pas. Je plaisantais, pas question que je te laisse pas avec ce type. C' est peut-être un assassin ou un violeur.

- T' as pas fini, un peu ! Fais-je en tentant de mon mieux de me maîtriser pour chuchoter.

- Je rigole pas; en plus, à vivre dans cet endroit, il a probablement jamais croisé de fille de sa vie, ce pauvre garçon…

- Parce que tu crois qu' il faudrait que je sois la seule qu' il ait vu pour qu' il puisse s' intéresser à moi, c' est ça ? Je chuchote, furax.

- C' est toi qui l' as dit, ma chère…

- Quelque chose ne va pas ? Demande Zack qui s' est arrêté. On est arrivés.

Il s' avance vers une maison, ouvre la porte et nous fait entrer. Ce n' est pas vraiment grand, mais plutôt agréable et accueillant, ce qui détonne avec l' extérieur maussade de la maison, et même de celui de tout le village, où tout est gris et terne. Il nous indique une chambre d' amis à l' étage, où nous montons déposer nos bagages, tandis qu' il va préparer à manger.

La chambre est plutôt petite. Deux lits sont alignés contre le mur et sont séparés par une petite table de nuit en bois. La fenêtre donne sur la forêt et la montagne. En ressortant, je tombe sur quelqu' un.

Lise.

- Qu' est-ce que tu fais là, toi ?

C' est exactement ce que je me demandais à son sujet. Est-ce qu' elle n' était pas censée rentrer chez elle? Zack arrive à ce moment.

- Oh, j' avais oublié de vous dire, je crois… Lise est ma sœur. Lise: Eva et Etan vont rester quelque temps chez nous. Vous pouvez descendre, le déjeuner est prêt.

Puis il ouvre une porte et sort du couloir. Je m' étais trompée, on dirait. La voilà, la tuile.

Je contemple avec horreur le petit visage renfrogné qui me fusille du regard, les bras croisés. Dire que je l' avais complètement oublié, cette petite peste…

J' apprends au cours du repas qu' ici c' est chez leurs parents. En fait, Zack a le même âge qu' Etan et moi et il vit encore ici. Quand son père part dans le village voisin comme aujourd' hui, c' est lui qui garde la boutique, et il aide sa mère, qui ne devrait pas tarder à rentrer par ailleurs.

J' arriverais sans doute à me détendre sans les regards hostiles de Lise. Face à moi, elle mange sans me lâcher des yeux comme si elle redoutait que je ne m' enfuie en courant avec une assiette, si bien que sans s' en rendre compte elle fait dégouliner la sauce sur sa robe. Et Zack non plus ne me quitte pas des yeux et parle avec animation de tout et n' importe quoi. Et dieu sait pourquoi, je me sens de plus en plus mal à l' aise. Y' a quelque chose qui cloche... Je me sentais pas du tout comme ça quand je l' ai vu au début. Pas qu' il soit désagréable, pourtant, au contraire. A moins que ce ne soit le cadre, ce village inconnu perdu au milieu de nulle part... Ou les réflexions stupides qu' Etan me fait à mi-voix, à propos de Zack et moi, décrivant notre futur mariage, nos enfants et je ne sais quoi encore. Zack finit par me demander si je ne suis pas malade, parce que je suis toute rouge. Je me jure d' étrangler Etan dès que nous serons seuls.

L' après-midi, Etan va à la boutique avec Zack acheter les provisions pour le voyage. Il est prévu que nous repartions dès le lendemain matin, à la première heure, alors il prend tout de suite ce dont nous aurons besoin, et en même temps, il va se renseigner sur la route.

Lise fait la sieste, Etan et Zack sont partis, les parents sont toujours absents. Je vais profiter du calme pour prendre un bon bain chaud; un quart d' heure plus tard je sors, avec des vêtements propres, et les anciens roulés en boule sous mon bras et qui sont bons pour la poubelle.

Et dans le couloir, je tombe sur Lise, encore une fois. Qu 'est-ce qu' elle me veut, encore? Elle est là, debout, ses bras toujours croisés.

- T' étais pas censée faire la sieste, toi ? Je soupire.

- C' est pas tes affaires.

Voilà qui a le mérite d' être clair. N' empêche que venant de la bouche d' une gamine de six ans, ça a de quoi agacer. Inutile de s' énerver encore. Je la contourne et tente d' ouvrir la première porte. C' est fermé.

- C' est le bureau à Papa, t' as pas le droit d' entrer. De toute façon, c' est fermé à clé, ajoute-t-elle, sans doute pour m' indiquer qu' il n' est pas nécessaire de se fatiguer à chercher quoi que ce soit de ce côté-là.

Elle n' est pas énervée, mais peu s'en faudrait; je sens que je vais encore avoir droit à une crise de nerf. Du calme. Elle n' a que six ans. C' est une petite fille, hein, et moi, je suis adulte. Je respire à fond, et je fais demi-tour.

La porte s' ouvre en bas, Zack et Etan sont rentrés. Je m' empresse d' aller les rejoindre, soulagée pour une fois de voir Etan.

- On a ce qu' il faut, dit-il en montrant les sachets.

Je l' aide à porter les affaires dans la chambre pour tout ranger dans nos sacs. Il a l' air pensif.

- Ca va pas être évident, chuchote-t-il. Je n' ai pas pu obtenir de carte, ni aucune indication, alors je ne sais pas du tout par où on va devoir partir.

- Et Zack, tu lui as demandé ?

- Évidemment. Mais à part pour aller village voisin, il n' est jamais sorti d' ici. Il ne connaît personne qui ait réussi à franchir les montagnes non plus; la seule sortie dont il ait entendu parler, c' est l' endroit par lequel on est arrivés, mais évidemment, ça ne mène qu' au désert alors ça ne l' a jamais intéressé, et ça ne nous avance pas.

- Tu ne vas pas me faire croire que personne n' a jamais voulu et réussi à sortir d' ici?

- A l' écouter, non. C' est incroyable, il ne semble même pas savoir où le village se situe exactement par rapport au continent, et j' ai parlé à d' autres personnes: les rares qui ont bien voulu m' adresser la parole ont été incapables de me répondre.

Je soupire.

- Peu importe comment, on a intérêt à partir d' ici au plus vite, je me sens vraiment pas à l' aise.

- Même avec Zack ? Demande-t-il, un sourire en coin et un sourcil levé.

- Surtout avec Zack, en fait. Je suis sérieuse, pas la peine de rire. Y' a vraiment une ambiance bizarre, ici; mais quand je le vois, y' a quelque chose d' encore plus étrange. Je sais pas ce que c' est… Je ne saurais même pas dire si c' est quelque chose de bien ou de mauvais...

Je me rends soudain compte que j' ai pensé tout haut. Qu' est-ce qu' il m' a pris de lui dire ça …

Pourtant, il semble le prendre assez sérieusement.

- Tu sais, après tout ce serait pas étonnant si…

La porte s' ouvre soudain derrière et il s' interrompt. C' est Lise, quasiment suspendue à la poignée trop haute pour elle.

- Zack dit que vous devez descendre, dit-elle de sa petite voix aiguë. Y' a ma Maman qui est arrivée.

Nous la suivons dans l' entrée. Zack est au téléphone.

- Non, là, c' est vraiment pas le bon moment...

- …

- Y' a vraiment pas d' autre moyen ?

- …

- Très bien, j' arrive, soupire-t-il en raccrochant.

Nous sommes restés sur le pas de la porte pour ne pas le déranger. Il nous aperçoit quand il se retourne.

- Ah, vous êtes là ! Je vais devoir m' absenter pour un moment, je ne peux vraiment pas faire autrement. Un ami de mon père a besoin d' aide pour remorquer un chargement jusqu' au village voisin, et je dois y aller tout de suite. Ca va prendre un moment, mais de toute façon, même si je ne vous revois pas d' ici ce soir, je serai là demain matin pour vous dire au revoir. Ma mère est dans la salon, vous devriez aller la voir. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez lui, n' hésitez pas. Lise, mène les, s' il te plait, et préviens Maman que je dois y aller. A demain!

Et il sort avec précipitation. Nous allons dans le salon, où se trouve une femme assez grande et forte. Ses cheveux roux sont relevés en un épais chignon. Elle range des livres sur l' étagère et elle se tourne vers nous en souriant lorsque nous arrivons.

- Bienvenue, nous dit elle en nous serrant la main avec chaleur. Zack m' a dit que vous étiez de passage ici? Je dois dire que ce n' est pas souvent que nous recevons des visiteurs, nous sommes ravis de vous avoir.

- Merci à vous d' accepter de nous héberger, madame.

- Oooh, non, voyons, rit-elle, appelez moi Maureen, enfin!

- Merci, Maureen. Moi, c' est Etan, et voici Eva, ma s…

En voyant Maureen écarquiller les yeux, il s' interrompt.

- C' est… Non, ce… ce n' est pas possible, bégaie-t-elle.

Elle pose sa main sur sa joue et me fixe étrangement.

- Et pourtant… ces yeux… Eva… Leonheart ?

Là, je frise la crise d' apoplexie. Comment connaît-elle mon nom ?

- Etan Almasy ? Oui, c' est bien vous les enfants, n' est-ce pas ?

Elle sourit soudain, l' air radieux, et nous prend dans ses bras.

- Oh, vous n' avez pas changé, mes petits ! Dire que vous êtes là, je n' en reviens pas! Je suis tellement heureuse de vous voir, cela faisait si longtemps! Mais asseyez vous donc, vous venez de loin…

Tant pis pour la couverture. Je jette un regard effaré à Etan. Qu' est-ce qui nous attend, encore ?

- Comment savez vous qui nous sommes? La questionne Etan.

- Mais enfin, vous ne vous souvenez pas de moi ? Bon, ça n' a rien de très étonnant, après tout, vous étiez tous petits lorsque je suis partie de la BGU.

- La BGU ?

- Mais oui, nous dit-elle, comme si cela semblait tout naturel. Je travaillais avec votre mère, moi aussi j' étais gouvernante là-bas. C' est moi qui me suis occupée de vous lorsque vous étiez tous petits. Enfin, Etan, moins, parce que toi tu es arrivé peu de temps avant que je ne parte de la BGU, mais je me souviens très bien de toi aussi. Vous étiez tout le temps fourrés ensemble, tous les deux avec mon Zack.

-Ensemble ? Vous devez vous tromper, je fais étourdiment, comme s' il y avait pu avoir beaucoup d' autres Etan Almasy et Eva Leonheart à l' époque.

En face de nous, Maureen nous sourit.

- C' est pas possible, j' explique en haussant les épaules pour souligner l' évidence. J' ai jamais pu supporter Etan.

- Je confirme.

- Et pourtant, vous étiez inséparables tous les trois. Et vous nous en faisiez vraiment voir de toutes les couleurs.

Elle rit et se lève. Elle se dirige vers un meuble dont elle sort un album. Elle le pose devant Etan et moi, et l' ouvre.

A l' intérieur, des dizaines et des dizaines de photos. De la BGU, de Maureen, des professeurs, avec Maman, ou avec des tas d' enfants. J' arrive à en reconnaître certains. Là, c' est Greg, et avec les longues tresses, c' est Umi. Et à côté, c' est Meryl, je reconnaîtrais sa tête de bouledogue entre mille. Et moi, je suis là, dans le coin, avec mes cheveux dans les yeux et des écorchures pleins les bras.

Incroyable.

- Pourquoi êtes-vous partis ? Demande Etan en tournant les pages.

Maureen soupire.

- Harl -c' est mon époux- a dû venir travailler ici. Alors je l' ai suivi. Zack était tout petit, il n' a dû en garder aucun souvenir, il ne vous a pas reconnus.

- Quand était-ce? demande Etan en tournant les pages de l' album.

- Il y a presque onze ans. Zack devait avoir six ans. Tenez, une photo de vous trois.

Je me penche, en même temps qu' Etan, et j' ai soudain l' impression d' avoir avalé un bloc de glace. C' est bien moi, là, et à côté, c' est Etan, ça ne fait pas de doute. De l' autre côté, ce garçon … c' est celui que j' ai vu dans mon rêve ! Alors c' est Zack... Dessus, nous nous tenons la main en souriant. C' est bien nous, ça ne fait aucun doute, et pourtant…

Etan et moi sommes abasourdis, mais Maureen, elle, se plonge dans ses souvenirs avec un plaisir non dissimulé, et nous montre de temps en temps une photo d' un autre professeur, d' un élève.

Elle sort encore plusieurs albums de photos, dont elle tourne les pages avec émotion, nous racontant la vie à la BGU à l' époque, ou les bêtises que nous faisons tous les trois - et visiblement nous n' en loupions pas une.

Je prends un album pour le feuilleter et je vais m' asseoir sur le côté. Je tombe sur une photo de ma mère. Elle a un gros ventre rond et se tient en souriant auprès de mon père.

- Elle était enceinte de huit mois, me glisse Maureen en passant derrière moi. Moi, j' avais accouché depuis un mois déjà. Zack et toi avez été dans le même berceau, en fait.

Une boule se forme dans ma gorge. J' ai beau essayer de ne pas penser à ce qui se passe maintenant, c' est difficile.

En tournant les pages, je trouve d' autres photos d' Etan, Zack et moi. Tous les trois déguisés, ou en train de jouer devant la BGU, à la plage… En voyant ça, je ne peux que me rendre à l' évidence: Maureen dit la vérité, nous devions bien être amis à cette époque, quoique je me demande comment je peux ne pas me souvenir d' une chose pareille. Je lève les yeux presque malgré moi et je croise le regard d' Etan qui a l' air lui aussi complètement perdu. Je détourne immédiatement le mien.

Qu' est-ce qui s' est passé depuis ? D' accord, l' utilisation des G-Force a un impact sur la mémoire - et je dois être d' autant plus touchée que j' ai Sheba depuis ma naissance- mais tout de même…

- Ca ne va pas? demande Maureen en venant s' asseoir près de moi.

- Oh si, si. C' est juste que ça me fait bizarre de voir ces photos.

- C' était une si belle époque. J' ai eu beaucoup de mal à partir, mais enfin… Je ne pouvais pas laisser mon mari.

Elle sourit, mais la tristesse dans sa voix est palpable. A voir les photos, elle et Maman devaient être très amies. Pourquoi est-ce que je n' ai jamais entendu parler d' elle et Zack ? Pendant un moment, j' hésite à lui raconter ce qui se passe. L' attaque de la BGU, l' implication d' Esthar, tout ça…

La porte s' ouvre soudain, et un homme entre. Il est grand, plutôt costaud, et de longs cheveux poivre et sel lui tombent sur les épaules. Il stoppe net en nous apercevant, l' air incertain et Maureen se lève vers lui. Avec un grand cri de joie, Lise, que nous avions complètement oubliée, bondit à son cou.

- Oh, Harl, tu n' en reviendras pas! Devine qui nous avons ici.

Il nous salue d' un geste de la tête en souriant, mais fait signe à sa femme qu' il n' en a aucune idée, il ne nous reconnaît pas.

- Mais enfin, c' est Eva et Etan!

- Qui ?

- Eva ! Enfin, Harl ! Le gronde-t-elle gentiment. La fille de Squall et Linoa, et Etan Almasy! Ce n' est pas incroyable?

C' est aussi ce que semble penser Karl qui nous reconnaît enfin.

- Elle ressemble toujours autant à son père tu ne trouves pas ? S' extasie Maureen en joignant les mains.

Je suppose que dans sa tête il s' agit d' un compliment.

- Ca alors, souffle-t-il, abasourdi, en tirant une chaise pour s' asseoir. Mais vous venez d' où ? Et comment êtes-vous arrivés ici ?

En tout cas, c' est pas la joie qui le submerge. Ces deux questions suffisent à me hérisser. Je ne saurais pas trop dire pourquoi, en fait.

Enfin, est-ce que c' est vraiment ce qu' on se dit en voyant des personnes qu' on avait pas vues depuis des années ?

- Euh … c' est une longue histoire…

- On s' est perdus, je fais, pour donner la version courte.

Harl attend visiblement que j' en dise plus, mais je ne suis pas certaine d' être autorisée à dire ce qui se passe en ce moment à la BGU - et je n' ai pas la moindre envie de lui en parler, à vrai dire. Quelque chose dans mon ton a dû passer, parce que Etan me regarde bizarrement, mais il n' ajoute rien non plus.

Il y a des gens avec lesquels on se sent parfaitement à l' aise dès la première rencontre. Comme avec Maureen ou Zack. On a comme l' impression de les avoir toujours connus - c' est ici le cas, mais passons. En revanche, il y en a d' autres qui vous deviennent immédiatement antipathiques, avant même qu' elles aient ouvert la bouche, même si vous ne savez pas pourquoi. Et c' est le cas avec Harl. Au final, ça peut se révéler être une fausse impression, mais pour l' instant, il ne m' inspire aucune confiance.

- Et ils resteront cette nuit avec nous, fait Maureen, toujours rayonnante, sans remarquer la tension.

- Mais nous repartirons demain à la première heure, ne vous inquiétez pas, dit Etan.

- Oh, ça n' a rien de pressé, voyons, restez autant que vous le voulez, dit-il essayant de se reprendre. Après tout, vous êtes un peu de la famille, nous vous avons vus tous petits. C' est bien que vous soyez là. Et tes parents Eva, comment vont … ?

- Ils vont bien, merci, je réponds en essayant d' avoir l' air détendue.

- Ah… Bon, bon…

- En fait, nous voudrions les joindre, mais nous n' avons trouvé aucun téléphone. Est-ce qu' il n' y aurait pas un autre moyen de contacter l' extérieur ?

Là, Etan me fait les gros yeux. Mais oui, je sais bien que Zack a dit que non. Mais c' est sa réponse à lui que je veux.

- Non, malheureusement, ici nous sommes complètement coupés de l' extérieur. Mais vous pouvez toujours envoyer une lettre si vous voulez, nous la transmettrons dès demain.

- Merci, je réponds sachant pertinemment que nous n' en ferons rien.

J' ai plus de chance d' arriver à destination avant la lettre, alors…

- Bon… Euh, Je vais aller travailler dans mon bureau, Maureen, dit Harl en se levant. J' ai beaucoup à faire. Et vous deux, eh bien, faites comme chez vous surtout.

- Merci, répondons nous avec ce qu' il faut d' enthousiasme.

Il nous fait un signe de la tête et se rend à l' étage. Lise s' éclipse et va jouer dans le jardin alors que sa mère lui avait demander d' aller ranger sa chambre et Maureen range les albums que nous avons fini de feuilleter.

- Faut que je te parle, me souffle Etan, en me prenant par le bras pour me mener dans la chambre.

Il vérifie qu' aucune oreille curieuse ne traîne, et il ferme la porte.

Moi, je me laisse tomber sur une chaise en soupirant et je me prends la tête dans les mains. Je suis complètement paumée, là. Au sens propre comme au sens figuré, d' ailleurs. La BGU, Maureen, Zack... Ces photos.

- Qu' est-ce qu' on fait ? On leur dit ce qui se passe, tu crois ? Me demande-t-il.

- Tu me demandes mon avis, maintenant? C' est nouveau, ça.

-Ouais, répond-t-il comme s' il n' avais pas compris l' ironie, mais là, je vois vraiment pas quoi faire. Je ne suis pas sûr qu' ils faille les mêler à ça. Mais d' un autre côté, ils ont déjà travaillé et vécu à la BGU…

- Je n' ai pas confiance en eux.

- C' est ce que j' ai vu. Mais ils connaissent tes parents...

- Et moi je n' ai jamais entendu parler d' eux. S' ils étaient amis, je l' aurai su.

- Tu crois qu' ils auraient pu trafiquer les photos et nous mentir sur notre soi-disant amitié avec Zack ?

- Non, je ne pense pas.

- De nos jours, il a de très bons moyens de…

- Je t' ai dit non.

Il me jette un regard interrogateur devant mon ton catégorique. Des bribes de mon rêve me reviennent à l' esprit.

Il va me prendre pour une dingue, c' est sûr… Je me lance quand même:

- Tu te souviens, dans la forêt, ce matin… Tu disais que j' avais l' air d' avoir fait un cauchemar.

- Où est-ce que tu veux en venir ?

- Eh bien, c' était presque ça. J' ai rêvé de Zack, quand on était petits et… je sais pas comment dire ça, mais ça ressemblait plus à un souvenir, en fait...

- Un cauchemar, avec Zack ?

Le ton est ironique, évidemment.

- Tu étais dedans c' est pour ça, je lui réponds sèchement. Est-ce que je peux continuer? C' était le même garçon que sur les photos, c' était Zack, et on devait te rejoindre pour aller jouer. Quand on est arrivés, il y avait d' autres enfants qui t' embêtaient, j' ai voulu venir à ton secours … et après, c' est devenu complètement flou. Il y avait ton G- Force qui emportait Zack et toi tu t' es transformé en… ton père.

Il sursaute et me jette un regard surpris, les sourcils froncés.

- Mais… tu n' as jamais vu mon père… ?

Je secoue la tête.

- Et… je n' ai mon G-Force que depuis deux ans, tu n' as pas pu le voir avant.

- Je sais bien, mais ça avait l' air tellement réel…

- C' est souvent comme ça, avec les rêves, fait-il remarquer.

Nous restons une éternité côte à côte à réfléchir. C' est vrai que c' est totalement insensé.

- Écoute, oublie ça, je finis par dire. C' était probablement juste un souvenir qui m' est revenu, comme ça, et au moment où il n' y avait plus rien, ça c'est brouillé, c' est tout.

- Sûrement, fait lentement Etan, peu convaincu par l' explication. En même temps, le fait que je me sois transformé en mon père dans ton rêve montre clairement comment tu me vois, continue-t-il d' un ton cassant.

- Qu' est-ce que tu raconte, encore ?

- Ca paraît évident, et ce n' est pas surprenant en fait. Pas besoin d' être un spécialiste de l' interprétation des rêves pour comprendre de quoi il s' agit. La plupart des gens s' imaginent que je me transformerait tôt ou tard en mon père, alors…

Il a terminé sa phrase sur un ton amer et il a la même expression sur son visage que lors de notre dispute de la veille dans la forêt. Mon cœur se serre. J' aurais du la fermer, avec mon rêve stupide.

- Bon, alors on ne leur dit rien, c' est ça? Continue-t-il au bout d' un moment.

- Il vaut mieux pas, à mon avis.

- Quoi qu' il en soit, ça ne change pas nos plans. On part demain matin, à la première heure. C' était juste pour savoir si selon toi il fallait leur parler de tout ça ou non. En même temps, je doute qu' ils puissent nous aider plus qu' ils ne l' ont fait. Après… toute cette histoire, on n' aura qu' à en parler à tes parents.

Il se lève, avec un sourire optimiste que je soupçonne d' être un peu forcé. Comment savoir si j' aurais jamais l' occasion d' en parler avec eux ? Qu' est-ce qu' il en sait, cet idiot, qu' on les reverra ? Parti comme c' est, tout ce qu' on réussira à faire c' est de nous perdre encore dans les montagnes, si...

Tout à coup, je reçois un oreiller sur la tête. Saisie, je l' attrape et regarde le coupable.

- Interdiction de penser à des bêtises.

Je le lui renvoie à la tête de toutes mes forces et il vacille sous le choc.

- Comme si tu pouvais savoir à quoi je pense, je fais avec mauvaise humeur.

- Je lis un peu dans les pensées, tu sais, plaisante-t-il.

- Ben voyons.

Il pose le coussin.

- Disons qu' à voir ta tête, c' était des pensées pas très optimistes, et c' est la dernière chose dont on ait besoin. J' aurais pas dû parler de tes parents, en fait: tu as tendance à faire et dire toujours le contraire de ce que moi je dis. Alors si je dis que tout va bien, tu vas tout voir en noir. Je me trompe?

A voir son regard en coin, il a compris qu' il a touché dans le mille. Ce qu' il m' énerve quand il est comme ça…

On frappe doucement à la porte au moment où je m' apprêtais à lui re-balancer un oreiller dans la tronche. Maureen apparaît.

- Je suis désolée de vous déranger…

- Non, pas du tout.

- C' est que… Harl vient de me rappeler que nous étions invités ce soir - et moi, tête de linotte comme je suis, j' avais complètement oublié, fait-elle avait un petit rire. Malheureusement nous ne pouvons pas annuler. Est-ce que vous voulez venir ?

- Maureen, il faut y aller, fait Harl, qui arrive derrière elle. On va être en retard, dépêche-toi.

- Je leur demandais s' ils ne voulaient pas nous accompagner. Je ne voudrais pas les laisser seuls, les pauvres petits…

Je me demande si elle se rend compte que les « pauvres petits » ont seize ans et sont parfaitement capables de se débrouiller. Même si tout ce qu' ils ont réussi à faire ces quelques jours, c' est de venir atterrir ici, alors qu' ils devraient être en train de faire leur possible pour sauver la BGU. Mais ça elle n' est pas censée le savoir en revanche…

- Ah mais non, c' est pas possible, intervient Harl. Tu ne vas pas imposer deux invités à nos hôtes, enfin, Maureen. Ils ne les connaissent même pas…

- De toute façon, le voyage nous a beaucoup fatigué. Nous nous coucherons tôt, je pense…

- Ca m' embête de vous laisser, vraiment… C' est vraiment bête, vous êtes enfin là, et…

- Ce n' est vraiment rien, je vous assure.

-Alors, tu vois ? S' impatiente Harl. Allez, nous allons être en retard. Bon, les jeunes: bonne nuit. Et… Euh… évitez de sortir. Vous savez, le soir, c' est pas très sûr, dehors...

- Et Zack qui n' est pas là… se désole Maureen. Je suis vraiment désolée. Alors on vous laisse, les enfants. Nous emmenons Lise avec nous. Bonne nuit.

Et ils ressortent enfin. C' est vrai qu' il fait nuit, je n' avais pas fait attention. Nous descendons au rez-de-chaussée, sans trop quoi faire. Il n' y a pas de télé, pas de radio, les bouquins sont barbants au possible.

- Je vais faire un tour, dit Etan au bout d' un moment.

Je lui ferais bien remarquer qu' Harl nous l' a déconseillé, mais moi même, si je me sentais d' attaque, j' aurai été la première à lui désobéir. Je n' ai aucune envie de l' accompagner dans sa balade alors je remonte. Je passe devant la chambre de Lise, la salle de bain.

Et le fameux bureau de Harl.

Fermé.

A clé.

Je passe devant plusieurs fois devant avant de comprendre ce qui me tracasse. Il faut que je l' ouvre.

Je tourne la poignée, mais c' est toujours fermé à clé. Je reste un instant devant à lutter contre mon envie de l' ouvrir. Après tout, personne n' en saurais rien si je crochetais la serrure et que j' allais voir, si je ne touche à rien. Je n' aurais qu' à bien refermer ensuite.

Non, ils m' ont invitée, ça ne se fait pas… D' un autre côté, quelqu' un qui ferme une pièce à clé cache forcément quelque chose. Et je ne resterais qu' un tout petit peu, pour regarder, c' est pas comme si j' allais le voler. Mes doigts commencent à me picoter, ils ne veulent plus rester tranquilles. Il vaut mieux que je retourne dans la chambre.

Je m' arrête dans la salle de bain, prends une épingle sur le meuble, et je fais demi tour immédiatement. Je la tords pour la faire entrer dans la serrure et je me penche. J' en viens à bout quinze secondes plus tard - grâce à Zell, je suis une pro dans ce domaine - et j' ouvre la porte avec précaution. Il y a un escalier. Je grimpe doucement la dizaine de marches. C' est une petite pièce poussiéreuse. Les murs sont recouverts d' étagères encombrées de livres et de papiers mal rangés. Des feuilles traînent par terre, à côté d' outils, de crayons. Bref, il règne un souk indescriptible. Même mon bureau est mieux rangé; ici, des tas de papiers, de livres s' entassent sur au moins un mètre. Dans le coin, un sac en plastique recouvre quelque chose. J' en soulève un coin pour jeter un œil dessous, et en voyant de quoi il s' agit, je jette le plastique à terre avec précipitation, le cœur battant.

Un ordinateur. Et pas n' importe lequel. Celui-là je l' ai déjà vu quelque part. C' est un des anciens ordinateurs de la BGU. Ils ont été changés il y a quatre ou cinq ans, et ils étaient exactement du même modèle que celui-ci, j' en mettrais ma main au feu. C' est vrai qu' au fond d' une des salles de cours de cours à l' étage il manquait un ordinateur… ce sont des appareils spécialement crées et uniquement conçus pour la BGU. Ils sont connectés sur un réseau international, grâce à un satellite spécialement programmé pour les universités et qui permettent de capter de n' importe où.

Je me hâte de l' allumer. C' est bien ce que je pensais: l' unité centrale se met à ronronner doucement, signe qu' il est en état de marche. Harl nous a menti, j' en étais sûre. Il a probablement piqué cet ordinateur, parce qu' il est totalement impossible qu' il ait eu l' autorisation de l' en sortir de l' établissement, ne serait-ce que pour sa propre sécurité. Je sens qu' on va avoir une petite discussion, à leur retour.

Une fois l' écran allumé, je me dirige vers la messagerie. Les messages sont très récents, il y en a même deux qui datent d' aujourd' hui. Alors même la connexion internet fonctionne parfaitement…

Je vais sur la boite d' envoi, et j' envoie un court message sur la boite électronique de Bess. Il me revient quasi instantanément avec un message d' erreur. Pareil avec les autres adresses des élèves de la BGU. Essayons Trabia. Je suis en correspondance avec Debbie, la fille aînée de Selphie, depuis qu' on est toutes petites. Elle n' a qu' un an de plus que moi, et elle est déjà Seed soit dit en passant.

Je tape l' adresse, un court mot et je poste. Quelques secondes plus tard, une fenêtre de discussion instantanée s' ouvre et j' ai une réponse:

Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres…

C' est un code dont Debbie et moi sommes convenues il y a quelques années, pour être certaines que nous parlions bien l' une à l' autre. Je tape fébrilement la réponse, qui est la suite de la citation:

…L'homme aima les oiseaux et inventa les cages.

Quelques secondes plus tard, la réponse arrive:

- Mon dieu c' est vraiment toi Eva? Tu vas bien? Nous avons vu ce qui est arrivé. Nous avons reçu un appel au secours de la BGU il y a quelques jours, et des troupes de Trabia se sont immédiatement rendues à Balamb pour venir à votre secours, mais c' était trop tard. Le bâtiment avait disparu et des soldats d' Esthar sont arrivés et ont attaqué. J' étais morte d' inquiétude.

- Là, ça va, même s' il se passe des choses bizarres, je t' en parlerai plus tard; il faut que je parle à tes parents

- J' ai envoyé ma voisine de dortoir chercher mon père. Où est-ce que tu es ?

- Tréhignac , ça te dit quelque chose ?

- Connais pas. C' est où ?

- Aucune idée, et ce serait trop long d' expliquer comment on est arrivé là pour l' instant. Mais vous, où êtes-vous ?

- Attends, Papa est là, je te le passe.

- Eva, tu vas bien ?

- Oui, moi ça va, mais vous avez des nouvelles de la BGU?

- Non, je ne sais pas quoi te dire, on croirait qu' elle a totalement disparu, nous n' arrivons pas à la localiser, ni à la contacter.

C' est quand même dingue, un bâtiment de cette taille…

- Qu' est-ce qui se passe, Irvine ? Pourquoi est-ce qu' on a attaqué la BGU ? Et qui a dirigé ça ? On a vu des soldats esthariens.

- « On » ? Avec qui es-tu?

- Etan.

- Qui ?

- Almasy.

- Ah, répond-il après une hésitation. Nous essayons de te localiser d' après ta connexion, ça va prendre une minute.

- Ok.

- L' ingénieur demande si tu pourrais trouver le code, ça l' aiderait.

Ok.

Je ferme la fenêtre et ouvre le fichier sur les données de l' ordinateur, pour communiquer le code. Pendant qu' ils continuent à chercher, je jette un œil sur la boîte de réception. Au point où j' en suis, Harl ne pourra pas m' en vouloir si j' ouvre ses messages. Il va falloir qu' on ait une sacrée discussion, et avec toute la famille. Etan a intérêt à rentrer vite fait. L' ingénieur n' a toujours pas réussi à me localiser. J' ouvre le premier message et je le lis rapidement.

Oh merde.

Mon cœur se fige dans mes veines au fur et à mesure que je parcours le mail.

J' ai dû mal comprendre, c' est pas possible.

Exp. : Erry top 18h47

à : Harl Hendle

(Re) :

Message reçu. Veuillez vider les lieux dans les plus brefs délais. Considérez qu' à partir de la réception de ce message , vous avez une heure pour vous mettre en sécurité. Rendez vous à la base sur le champs. Prenez vos précautions : tout individu restant dans la maison sera considéré comme un ennemi et sera éliminé. Inutile d' emporter quoi que ce soit, tout vous sera fourni sur place. Nous vous recontacterons pour votre récompense. Nous ignorons comment vous avez fait , mais si vos renseignements son exacts, il s' agit d' une prise d' une importance capitale. Si vous avez enfin réalisé votre mission, vous serez également autorisé à récupérer votre grade. Dans le cas contraire, nous devrons agir en conséquence.

Message d' origine:

Identification : Agent 07589.

J' ai actuellement Etan Almasy et Eva Leonheart sous mon contrôle. En attente des ordres de la base.

- Ce salaud nous a dénoncé…

Sous le choc, je me rends à peine compte que j' ai parlé à voix haute. Il était 18h47 quand il a reçu le message, et maintenant, il est 19h42.

Cinq minutes.

Je me lève en faisant tomber la chaise derrière moi et je cours à la chambre. Il me reste cinq minutes pour dégager, en espérant que ces enfoirés ne seront pas en avance. Ils doivent déjà être tout près, à l' heure qu' il est. Et Etan, qu' est-ce qu' il fiche, merde ? Je ramasse nos sacs et je descends l' escalier en trombe. En bas, je stoppe. Il y a du bruit et de la lumière dans la cuisine.

Je pose doucement les sacs et j' avance à pas de loup en longeant les murs. J' en profite pour attraper une petite hache qui est sur une étagère dans le sellier et j' attends, cachée contre le mur, près de la porte, que le ou les soldats sortent. Les pas se rapprochent de la porte. Je brandis l' arme et un grand cri aigu suivi d' un bruit de bris de vaisselle emplissent le couloir.

- Lise ? Je fais, sous le choc, en suspendant mon geste quelques centimètres au-dessus de sa tête.

Elle a de la chance de n' être pas plus grande.

- La… La… bégaie la petite, blanche comme un linge en fixant la hache.

- Mais qu' est-ce que tu fous ici ? J' explose, folle de rage.

Son regard devient plus dur.

- Ce que moi je fais chez moi ? Et toi avec ta hache? T' es pas un peu cinglée? Espèce de… de spyca… pyscho… de psycha… Assassin !

- Où sont tes parents ? T' étais pas censée être avec eux ?

- J' avais pas envie d' aller chez ces gens, dit-elle en haussant les épaules. Ils regardaient pas, je me suis échappée juste avant qu' on rentre dans la voiture, je suis allée m' amuser en ville, puis je suis rentrée ici pour jouer.

Ses parents sont partis, et les soldats vont arriver d' ici une minute avec ordre de tirer sur tout ce qui bouge. Qu' est-ce que je dois faire ? Qu' est-ce que je dois faire !

- Bon sang, mais ça t' arrive jamais d' écouter tes parents, toi ?

- Quand Maman va rentrer, je vais le lui dire, que tu es folle et que c' est à cause de toi que la vaisselle est cassée, dit-elle en se penchant pour ramasser les dégâts.

Ok, c' est une peste. Mais même si elle n' a que six ans, les soldats lui feront de cadeaux. Je sens que je vais le regretter, mais je ne peux pas la laisser là. Je l' attrape par le bras, faisant tomber tout ce qu' elle avait dans les mains au passage et je la traîne jusqu' à l' endroit où j' ai laissé les sacs.

- Eeeh, râle -t-elle en essayant de se dégager.

- Ecoute-moi très attentivement, fais-je en stoppant et en la fixant dans les yeux, les mains crispées sur ses épaules . D' ici une minute, des hommes avec des armes vont arriver. Beaucoup d' hommes, qui seront encore moins patients que moi. Et crois moi, ils n' auront pas besoin d' excuse pour tirer sur une petite gamine insupportable comme toi.

Ça la calme direct. Comme statufiée, elle me regarde ramasser mes affaires, la hache toujours à la main.

- C' est… c' est pas vrai ? Tu mens, hein ? Demande-t-elle d' une voix blanche.

- Si tu veux vérifier tu n' as qu' à rester ici.

A mon avis, elle décide de me croire sur parole, parce qu' elle avance d' elle-même vers la porte de la cuisine. Avant que je n' ai pu atteindre la poignée, celle-ce se tourne et la porte s' ouvre. Lise et moi avons en sursaut en arrière, tout comme la personne en face. C' est Etan. Il halète, il a visiblement couru. Il s' appuie sur la porte et tente de retrouver son souffle.

- On a… un problème, parvient-t-il à articuler.

- Ca, c' est rien de le dire.

Les soldats vont plus tarder à arriver, maintenant. Je lui fourre la petite dans les bras, je le prends pas les épaules pour le faire pivoter et je le pousse en avant pour le faire avancer. Puis j' attrape les sacs et la hache, et je le suis en courant.


Je sais, j' en ai pris du temps, pour le poster ce chapitre. Surtout qu' il est déjà écrit depuis un moment et que j' avais plus qu' à le corriger… Toutes mes excuses, mais bon, en ce moment je passe mes exams, donc je n' avais pas vraiment le temps. Mais en aucun cas je ne laisse tomber, ne vous en faites pas. La suite devrait venir plus vite, je suis bientôt en vacances. Pour le moment j' en suis au chapitre 18, et j' ai remarqué que les chapitres avaient tendance à s' allonger de plus en plus… enfin bref.

Je crois que c' est le chapitre le plus long de ce fic, pour le moment en tout cas… j' ai probablement dû changer dix fois chaque élément du texte pour savoir comment les amener, et s' il fallait vraiment les mettre finalement. Mais vu que ça faisait pas avancer des masses l' histoire, je n' avais vraiment pas envie de le couper en deux. Déjà que si j' avais pu, j' aurais encore continué, mais là ça aurait fait vraiment trop.

Et en fin de compte, je crois qu' il va apporter plus d' interrogations que de réponses, ce chapitre. lol Au début, j' avais fait des tas de grosses bourdes, du genre : quand Etan demande s' il y a des téléphones, Zack répond non, et quelques minutes plus tard il doit appeler chez lui pour prévenir. Du coup j' ai fait en sorte que le réseau téléphonique ne soit qu' entre les trois villages, mais soit indépendant du reste du monde. Ou encore, je voulais dire que toutes les portes étaient fermées à clé pour qu' Eva en défonce une à la hache pour sortir ( eh oui, ma hache, j' y tiens ! lol), mais avant ça comment il aurait pu sortir, Etan ? Troooop stupide.

Sinon, je veux dire un groooos merci pour vos commentaires adorables, ça m' a énormément fait plaisir, même si je n' ai pas eu le temps de vous répondre. Comme je l' ai dit, ça devrait s' arranger maintenant. voilà voilà ! biz à tous ( à toutes, plutôt, il me semble pour l' instant lol…)

Shebang