Chapitre 5 Le cri silencieux de la mésange
Melissa trépignait. Kurz derrière elle restait silencieux, mais n'en pensait pas moins. L'ascenseur semblait particulièrement lent ce soir et ils regardaient tous les deux défilés les étages, ne profitant pas une seconde du paysage qui s'étendait sous les yeux. La baie vitrée de l'appareil offrait une vue somptueuse sur toute la ville, mais ils étaient trop dans leur monde pour s'en soucier.
Arrivés à l'étage des labos, ils se précipitèrent vers Tessa, sans un regard pour les autres. La capitaine leur sourit et les suivit dans une pièce attenante pour pouvoir discuter tranquillement. Elle avait déjà eu un bref rapport de la situation et savait que Sosuke allait bien, ce qui la rassurait, mais elle voulait des détails, surtout concernant Birdy. Pourtant, devant la mine défaites de ses compagnons, elle recommença à paniquer. Kurz la calma en lui rappelant que Sosuke n'était pas blessé et qu'il continuait la mission comme prévu. Le seul accros venait du fait qu'ils n'avaient plus aucun moyen de communiquer avec lui puisqu'il avait débranché son émetteur. La dessus Mao explosa.
« Comment il a pu nous faire un coup pareil !! Il savait parfaitement qu'on était là en renfort au cas où, et il nous jette, sans prévenir ni donner la moindre explication !! En plus cette fille savait qu'on était là, et elle savait même nos noms... C'est pas clair cette affaire, si ça se trouve on a une taupe parmi nous et ce pauvre Sosuke va se faire avoir ! Tout ça parce qu'une espionne l'a embobiné !! »
Tessa la regarda sans comprendre et commença inconsciemment à tortiller sa tresse.
« De quoi tu parle, Melissa ? Comment tu sais qu'elle vous connaissait ? »
Mao lui raconta l'incident avant la première déconnexion, quand Birdy l'avait appelé par son nom, puis elle expliqua que Sosuke paraissait particulièrement heureux quand il leur apprit que la mission continuait mais qu'il devait rester en silence radio pour protéger leur couverture. Kurz aussi confirma que le sergent major était curieusement de bonne humeur. Lui qui détestait ce type de mission semblait tout à coup y avoir trouvé un bon coté. Et il continua en argumentant sur le fait qu'une petite aventure ne pourrait pas lui faire de mal. Il était plus que temps qu'il oublie Kaname.
Tessa laissa cette remarque de coté et demanda s'ils avaient pu récupérer quelques informations, et là encore, elle eut droit à une grimace en guise de réponse.
« C'était une vraie boucherie... Du sang de partout, mais ils étaient encore vivants. On les a emmenés à l'infirmerie. Le gros avait une méchante coupure au cou, et il a perdu beaucoup de sang, c'est pas dit qu'il s'en sorte. L'autre n'avait qu'une blessure légère au bras, mais il s'est assommé au fond de la piscine. Je ne sais pas ce que ça donnera à son réveil... » Kurz lui épargna les détails, mais elle comprit que l'affrontement avait été violent. Pourtant aussi bien Kurz que Melissa lui affirmèrent que Sosuke n'y était pour rien, ce n'était pas ses méthodes. En plus, vu la quantité de sang présente, l'assaillant avait du être blessé aussi, et leur camarade n'avait fait mention d'aucun dégât de son coté. Avant même que le capitaine ne pose la question Mao lui tendit un petit flacon contenant un liquide visqueux et rouge.
« Je ne suis pas sûre qu'on puisse en tirer grand chose, mais je me suis dit que ça valait la peine d'essayer. » Elle retrouvait un peu son sourire confiant, laissant sa colère derrière elle. Elle pourrait toujours engueuler Sosuke à son retour.
Tessa, toujours accompagnée de ses deux fidèles acolytes se rendit directement au service médical pour faire analyser l'échantillon de sang prélever par son lieutenant. Il était peu probable d'y trouver des informations intéressantes, mais ils pouvaient toujours tenter. Dès qu'ils sortirent du labo, ils se retrouvèrent nez à nez avec Dim, en grande conversation avec Alex, l'agent des renseignements. Il ne portait pas ses lunettes, et ses cheveux étaient beaucoup plus clairs que la première fois. De même, il paraissait plus jeune, si bien qu'elle mit du temps à le reconnaître. Lors de leur rencontre à San Francisco, Tessa lui aurait donné une bonne trentaine d'années, avec son allure un peu austère et rigide, alors que maintenant, il en paraissait dix de moins, avec sa veste en cuir et son casque de moto sous le coude. Elle crut reconnaître quelques mots de Russe, mais ne comprit pas de quoi ils parlaient. D'oiseaux peut-être… Une histoire de pigeon et d'épervier ou quelque chose dans le genre…
Ils s'arrêtèrent dès qu'ils la virent et la saluèrent, de même que les autres, avant de s'isoler un peu plus loin. Leur discussion paraissait animée, mais pour le moment, chacun avait autre chose à penser. Pourtant Tessa remarqua que Dim lui confiait un paquet et ce qui ressemblait fort à un des appareil sur lequel elle l'avait vu travailler un peu plus tôt, mais elle préféra ne pas se poser de question. Après tout, ils étaient tous dans la même équipe et Alex avait peut-être lui-aussi une mission en court. Elle demanderait à Hunter en revenant. Pour le moment, elle voulait en savoir plus sur Birdy et cette curieuse infiltration.
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Le rendez-vous avec la famille Mung était fixé pour le lendemain, en fin de matinée, ce qui leur laissait près de douze heures pour se préparer. Mizuki guida Sosuke vers un des bungalows de l'auberge, un peu à l'écart, pendant que Kaname finissait de régler les détails avec Hayashimizu.
Le sergent posa plusieurs questions sur la mission en elle-même, mais il n'obtint que des réponses évasives. Il soupira, et une fois installé dans la chambre, il interpella Mizuki.
« Au fait, comment je dois vous appeler ? Parce que Tokiwa n'est pas votre vrai nom, et je trouve un peu embarrassant de l'utiliser… »
Mizuki lui sourit et s'assit à coté de lui sur le lit.
« C'est vrai que c'est un peu idiot. Mais déjà, arrête de me vouvoyer, je ne suis pas si vieille… » Elle eut un petit rire amusé devant la tête de Sosuke qui se contenta de rétorquer : « Ca, je n'en sais rien… »
Elle avait encore ce sourire espiègle, disant clairement qu'elle en savait plus que lui, et il ne pouvait s'empêcher de trouver toute cette situation agaçante. Mizuki dut le sentir puisqu'elle s'excusa en baissant les yeux.
Sosuke resta interloqué mais la laissa parler.
« Ca ne devait pas se passer de cette façon. Je pensais pouvoir t'expliquer certaines choses avant que tu ne la revoies, mais rien n'a marché comme prévu. Elle n'est pas prête pour le moment, et elle va nous faire vivre un enfer, crois-moi ! » Son sourire était plus triste maintenant, ce qui inquiéta d'autant plus son interlocuteur.
« De quoi tu parles ? Pas prête pour quoi ? »
Mizuki prit une profonde inspiration et commença.
« Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers temps, et elle essaie de remettre sa vie sur pied. Ce qui n'est pas des plus faciles, vu les circonstances. Mais comme tu la cherchais, je voulais que tu saches qu'elle était en vie et qu'elle allait bien. Enfin… » elle détourna la tête et se mordit doucement la lèvre.
Sosuke sentait son cœur s'accélérer de plus en plus. Qu'essayait-elle de lui dire ? Qu'était-il arrivé à Chidori pendant ces quatre années ?
« Ce n'est pas à moi de te raconter. On ne travaille ensemble que depuis quelques mois… Bon, un peu plus en fait, mais je sais qu'elle me cache des choses, qu'elle n'a pas vraiment confiance en moi, ni en personne. Mais ce dont je suis sûre, c'est qu'elle tient à toi, plus qu'à n'importe qui d'autre au monde. Et pour ça, je devais vous réunir. Toi seul peux l'aider à se retrouver et à… » Elle tourna la tête vers la porte et s'arrêta net. Puis elle se leva, s'installa dans un fauteuil et reprit comme si de rien n'était.
« Pour mon nom, tu fais comme tu veux. Tu peux m'appeler Mizuki, vu que c'est celui que j'utilise en ce moment, mais si tu préfères autre chose, tu me dis. Comme on est en mission, on utilise des codes, donc ça n'a pas de grande importance. On choisit souvent des noms d'oiseaux, comme tu t'en doutes et… »
« Dove… »
Sosuke fut stupéfait de voir Kaname arriver dans la pièce. Il n'avait pas quitté la porte des yeux et ne l'avait même pas entendu approcher. Par où était-elle passée ? Et de quoi parlait-elle ? Il n'y avait pas colombe…
Sans préambule, Kaname fit un résumé de sa conversation avec Hayashimizu et demanda à sa partenaire de leur trouver une tenue adaptée. Ils allaient être présentés au clan le lendemain et devraient participer à une de leur réunion sur le bateau du fils cadet des Mung. Ils utilisaient souvent leur yacht pour sortir des eaux territoriales et pouvoir opérer leurs petits trafics à l'abri des regards. En plus, en cas de problème avec l'un des intervenants, il était plus facile de s'en débarrasser en mer.
Sosuke la regarda, surpris par son ton professionnel et efficace. Elle parlait de leur mission d'infiltration comme de n'importe quel devoir qu'ils auraient eu au lycée.
« Et on y va tous les trois ? » demanda-t-il, incertain.
Kaname soupira avant de répondre.
« Mais elle t'a rien expliqué ? Elle reste ici, c'est pour ça que tu m'accompagnes. J'ai besoin de quelqu'un pour surveiller mes arrières. » Puis se tournant vers sa partenaire elle ajouta : « J'ai fait la demande de matériel, Sacha s'en occupe avec Dimitri, et ils nous font parvenir ça par voie express. »
Sosuke restait perplexe. Plus il regardait Kaname, plus il se sentait coupable. Elle n'aurait jamais du se retrouver ici, à risquer sa vie pour obtenir des informations sur le personnel d'Amalgame. Peut-être pouvait-il la dissuader de participer à cette mission et y aller seule avec l'espionne.
« Chidori, tu es sûre que.. »
« Je t'ai dit de ne pas utiliser mon nom ! » Son ton était sec et cassant et il eut un léger mouvement de recul. Mizuki lui prit la main pour la calmer et elle s'excusa. Kaname s'approcha du lit et, tout en gardant ses distances finit par s'asseoir.
« Ecoute Sosuke, je sais que tu me prends pour une débutante, mais ce n'est pas le cas. Il y a des règles à respecter, et la plus importante de toute, c'est l'anonymat. Quoi qu'il arrive, tu ne m'appelles pas Chidori pendant qu'on bosse. Tu trouves ce que tu veux, mais pas ça. S'ils apprennent qui je suis réellement, on est dans la merde tous les trois. »
Elle interrogea Mizuki du regard et celle-ci répondit : « Tu fais comme tu veux, moi je n'ai pas d'état d'âme, mon vrai nom ne lui dira pas grand chose… »
Sosuke se rappela alors de ce qu'avait dit leur prisonnier la veille, confirmé par Wraith quelques heures plus tôt.
« Torii, c'est ça ? »
Mizuki et Kaname échangèrent un coup d'œil affolé avant que la plus jeune ne demande : « Qui t'as parlé de ça ? Comment tu connais ce nom ? » Elle semblait réellement paniquée et il expliqua ce qui s'était passé avec leur prisonnier, ce qu'il avait raconté et ce que l'espionne de Mithril avait ajouté.
Kaname grogna avant de se retourner vers Mizuki et commença d'un ton rageur : « Et comment il était au courant lui ? Il me semblait que tu devais effacer les traces ? Si les Mung sont au courant, ils vont me tomber dessus demain ! »
Mizuki essayait de rester calme, mais il était clair qu'elle était elle-aussi sous le choc. Elle était perdue dans ses pensées et Kaname continuait de pester contre ce gros porc de scientifique qui ne savait pas tenir sa langue. D'un coup, Sosuke remit les éléments ensemble et il réalisa ce qui s'était passé. Il se tourna vers son ancienne protégée et dit simplement : « C'était toi. »
Kaname le regarda, surprise, tandis que Mizuki se prenait la tête, comprenant ce qu'il venait de découvrir.
« Comment ça, c'était moi ? De quoi tu parles ? »
Sosuke plongea ses yeux dans les siens, comme pour la mettre au défi d'ignorer ses questions.
« Le type d'hier, c'est toi qui l'as arrêté. C'est toi qui l'as appâté, emmené dans cette chambre, qui lui a fait croire que tu allais le tuer pour le faire parler et qui ensuite nous as appelés pour qu'on se charge du nettoyage. » Son ton était froid et il paraissait partagé entre le dégoût et la colère. Le scientifique avait parlé d'elle comme d'une traînée et il ne savait pas très bien ce qu'ils avaient fait ensemble mais vu la nature de ses commentaires, il était clair qu'il avait du en profiter.
Comme Kaname restait silencieuse, il continua, il devait en avoir le cœur net : « Tu t'es fait passer pour une lycéenne qui se prostitue pour l'avoir à ta merci. Tu l'as attaché, blessé et même torturé délibérément. Tout ça pour quoi ? Pour ne pas nous voir, pour gagner quelques heures sur ton précieux planning ? Pour… »
« Assez ! » Elle ne supportait ni son ton accusateur, ni ses sous-entendus désobligeants et encore moins son regard. Elle lui faisait face, bouillant de colère, mais tentait de sauver les apparences.
« Et qu'est-ce qui te fait croire que c'était moi ? Ca aurait très bien pu être une autre. » Elle tourna la tête en direction de Mizuki mais Sosuke secoua la tête.
« Je ne crois pas, non. Il a été très clair sur certains détails. Et même si ton amie est très douée pour les déguisements, je doute qu'une fois déshabillée, elle puisse te concurrencer… »
Ils restèrent silencieux un moment, puis détournèrent tous les deux la tête en rougissant. Kaname maugréa dans son coin et pesta en disant qu'elle ne voyait pas de quoi il voulait parler. Mais Mizuki sauta sur l'occasion et s'approcha de sa camarade par derrière et lui posa les mains directement sur la poitrine.
« De ça, ma grande. Il parle de tes seins. » Puis la lâchant et se plantant entre les deux jeunes gens elle continua : « Tu ne peux pas nier que la nature t'as mieux fourni que moi, et malgré toute la bonne volonté du monde, je n'arriverai pas à ce niveau. Même dans mon état… »
Kaname haussa les épaules et quitta la pièce et prétextant qu'elle avait besoin de prendre l'air. Mizuki la regarda sortir sans un mot.
Puis elle se tourna vers Sosuke et ajouta : « Pas la peine de t'inquiéter ni de faire cette tête. Elle ne couche jamais avec… C'est pour ça qu'elle est si aimable… » Elle ne put s'empêcher de rire en voyant Sosuke rougir comme un adolescent, avant de reporter son attention sur Kaname qui s'était posé sur le balcon.
Elle était assise sur la rambarde, les yeux rivés vers le ciel, attendant un signe ou une réponse quelconque. Il ne savait vraiment plus quoi penser. C'était bien la même personne qu'il avait connue cinq ans plus tôt, et pourtant, elle avait radicalement changé. Elle était distante, froide, toujours sur la défensive. Mais une part de lui voulait croire que l'ancienne lycéenne existait toujours sous cette carapace. Il l'avait entrevue plusieurs fois ce soir. Quand elle se disputait avec Mizuki, ou plus tard quand elle parlait de Mikihara et ses fiançailles. Et même maintenant, les yeux dans le vague, elle ressemblait à celle qu'il aimait. Forte, déterminée, courageuse. Et belle. Son uniforme avait séché, tout comme ses cheveux et elle offrait un spectacle magnifique dans la lumière de la nuit.
Mizuki le sortit de sa rêverie en lui demandant sa taille et le type de matériel qu'il préférait utiliser. Ils avaient encore beaucoup à faire pour être prêts le lendemain et perdu dans les détails techniques, il ne vit pas la menace fondre sur sa proie.
Kaname tendit le bras pour se protéger le visage et la bête s'y agrippa, plantant ses serres profondément dans la chair de son avant bras. Mais elle ne cria pas, ni ne fit de commentaire. Elle dénoua le ruban enroulé à sa patte et récupéra le précieux chargement à son cou. Et toujours sans un mot, elle caressa les plumes soyeuses du faucon, puis le renvoya vers son maître en souriant avant de rejoindre les autres à l'intérieur.
Le sang dégoulinait sur son bras, mais elle ne s'en souciait pas. Elle lisait déjà la note accompagnant son nouvel émetteur puis la tendit à sa partenaire qui hurla.
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? T'as vu dans quel état tu es ? »
Kaname sourit légèrement, comme une gamine prise en faute, avant de secouer les épaules en disant que ce n'était pas grave.
L'espionne se tourna alors vers Sosuke et lui demanda d'aller chercher des serviettes pour éponger le sang pendant qu'elle forçait sa camarade à se soigner.
Elle l'assit sur le lit et l'obligea à retirer sa chemise, mais Kaname continuait de se débattre. Sosuke apporta les serviettes et sortit sa trousse de secours pour lui faire un bandage, mais elle refusait toujours de se laisser faire.
« Arrête de jouer les durs, tu veux. Demain on a une mission importante, alors tu dois être en forme, et avec ça, c'est pas gagné !! Mais quel con d'avoir envoyé cette bestiole !! » Mizuki pestait contre Sacha tout en déshabillant son associée. Comme celle-ci rechignait, l'espionne prit les devants set lui demanda de but en blanc : « C'est parce qu'il est là, t'as peur qu'il en voie trop ? »
Kaname rougit et tourna la tête. Le problème n'était pas d'être en sous-vêtement devant Sosuke, mais bien de révéler l'état de son corps. Elle n'était pas supposée se montrer à qui que ce soit, et n'avait donc pas pris la peine de couvrir ses cicatrices. Mizuki le savait très bien, mais refusait que laisser sa fierté mettre un frein à la situation. Sa blessure était sérieuse et il fallait s'en occuper.
Sosuke, lui aussi mal à l'aise proposa de les laisser seules, mais Mizuki hurla de plus belle.
« Et puis quoi encore ! Tu vas pas te défiler maintenant ! C'est pas la première fois que tu la vois, et c'est certainement pas la dernière, alors prends sur toi ! Elle est blessée, et il faut la soigner. Crois-moi on sera pas trop de deux ! »
Elle avait retrouvé tout son sérieux mais ne les épargna pas de ses plaisanteries sur le fait qu'ils devaient être capables de contrôler leurs hormones, surtout dans une situation de ce genre. Finalement, c'était un bon test, pour voir s'ils pouvaient réellement travailler tous les deux, sans se sauter dessus.
Kaname émit un son proche du grognement qui partait du fond de sa gorge, mais devait bien avouer quelque part qu'elle se sentait troublée par la présence de Sosuke. Il était juste à coté d'elle, la tenant fermement contre lui pour l'empêcher de bouger pendant que sa complice lui désinfectait le bras. Il avait enroulé un bras autour de ses épaules pour la plaquer contre son torse et il la tenait bien en place, pendant que son autre bras restait collé au sien, sa main agrippée à son coude. Elle sentait la chaleur de son corps et son souffle saccadé sur sa nuque mais essayait de rester calme. Ce simple contact suffisait à lui faire oublier la douleur et elle commençait même à se détendre, oubliant un instant ses angoisses et les vraies raisons de la présence de Sosuke à ses côtés. Quelques minutes de plus dans cette position et elle ne répondait plus de rien.
Lui ne valait pas mieux. Il la serrait contre lui bien plus que nécessaire et se noyait copieusement dans son parfum. Il avait le nez plongé au creux de son cou, et il respirait son odeur envoûtante, cette même odeur qu'il avait sentie à San Francisco et qui l'avait tant perturbé. Il se forçait à regarder le travail de Mizuki mais il ne pouvait rester indifférent au fait qu'elle était à moitié nue contre lui. Elle avait enlevé sa chemise pour ne garder que son soutien-gorge et le bandage qu'elle avait par-dessus pour diminuer sa poitrine, mais qui ne faisait que la faire ressortir maintenant qu'elle était dévêtue. Son pantalon le serrait de plus en plus, et il avait du mal à rester concentré sur ce que disait Mizuki à propos de leur équipement.
Il fut ramené à la réalité quand Kaname recommença à parler, demandant des explosifs discrets, ainsi que des clés et autres puces de stockages pour les données qu'elle comptait bien récupérer.
Elle s'était légèrement redressée et reprenait doucement le contrôle de la situation. Elle avait une mission à accomplir et elle ne pouvait pas se laisser distraire par ses sentiments. Sosuke remarqua son changement d'attitude, mais il nota surtout le niveau particulièrement élevé de la technologie qu'elle demandait et il le lui signala. Elle sourit et lui rappela gentiment qu'elle avait l'habitude d'utiliser ce type d'appareil.
Il resta interdit puis continua : « Ce n'est pas de ça que je parlais. Comment pouvez-vous avoir accès à des armes de guerre comme du C4 ou du matériel informatique de dernière génération ? Même moi je n'arrive pas toujours à trouver ce que je veux… »
Kaname échangea un sourire avec sa partenaire et répondit simplement : « J'ai des relations… Et tu ne travailles qu'avec les gentils, c'est pour ça. Ils ont toujours un temps de retard… »
Mizuki sourit elle-aussi et ajouta simplement : « En plus, j'ai la chance de vivre avec un petit génie ! »
Kaname rit de plus belle et partit dans une grande diatribe sur le génie en question qui ne valait pas grand chose selon elle et Sosuke se demanda si sa partenaire était consciente qu'elle était une Whispered, et pas simplement une fille douée en informatique. De même, si celui dont elle parlait était si intelligent, n'en était-il pas un lui-aussi ?
Suite au discours de Kaname, Mizuki décida de rentrer. Elle avait encore beaucoup de travail de son coté et comptait bien profiter un peu de son homme. Elle allait sortir quand Sosuke la rappela :
« Torii, attends ! » Elle se figea sur place et répondit dans un murmure : « Ne m'appelle pas comme ça. »
Sosuke resta perplexe et pencha un peu la tête. Elle se retourna et dit simplement : « Puisque nous sommes en mission, appelle-moi Dove. Kana, c'est Tit, au cas où tu ne l'aurais pas compris… »
Kaname rougit et précisa : « Tit, ou Titmouse, la mésange… Rien d'autre… »
Sosuke acquiesça et demanda tout de même, légèrement angoissé : « Tu vas pas nous laisser seuls ? »
Dove sourit puis haussa les épaules avant de repartir vers la porte.
« Vous n'avez pas besoin d'un chaperon, il me semble et j'ai fait ma part pour aujourd'hui. Alors soyez sages et ne faites rien que je ne ferai pas. » Et sans en dire plus elle les laissa tous les deux, seuls.
Sosuke était mortifié, il se retrouvait coincé dans une chambre, avec pour compagnie uniquement un lit et Kaname Chidori, la femme qu'il recherchait depuis plus de quatre ans, mais qui semblait le fuir depuis des mois… Il commença à transpirer, ne sachant que faire.
Kaname le regarda avec surprise et comprenant sa gêne dit simplement : « Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de te sauter dessus. Contrairement à ce qu'elle raconte, je ne suis pas en manque… » Elle se tenait le bras, et il voyait bien à son attitude qu'elle devait avoir mal, même si elle ne se plaignait pas. Il s'approcha doucement et demanda : « Ca va ta blessure ? » Il était réellement inquiète pour elle et concerné, mais curieusement plutôt que de l'apaiser, cette gentillesse l'agressa.
« J'ai connu pire, tu sais… » Son regard se perdait à nouveau dans le vague et il sentit un frisson lui parcourir le dos. Bien sûr, elle avait dut vivre des moments plus pénibles, mais ça ne diminuait en rien la douleur présente. Il s'assit en face et demanda de but en blanc :
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Il ne chercha pas à prendre de gant, il voulait des réponses. Tout en elle avait changé, son regard, mais aussi son attitude, toujours à l'affût et vigilante des moindres sons ou mouvements autour d'elle. Elle surveillait ses paroles, mêlant les codes et les langues pour ne pas se faire comprendre trop facilement, elle se tenait sur ses gardes en permanence. Et il y avait ces marques partout sur son corps. Il n'avait pas pu voir grand chose, mais chaque articulation était touchée. Et ses bras étaient en piteux états, même sans l'intervention de leur messager à plumes. Elle avait du souffrir énormément et peut-être même être torturée.
« Rien, il ne s'est rien passé. » Sa voix était blanche et calme, mais elle était incapable de le regarder en face.
Cette fois, ce fut à son tour à lui de se sentir agresser. Qu'elle ne veuille pas faire étalage de ses souffrances était une chose, mais lui cacher la vérité à ce point ! Il s'emporta et exigea des explications.
« Ne me mens pas, Kaname ! Je vois bien que tu as changé, et j'ai vu les marques ! Les articulations des épaules, des coudes et des poignets, tu crois que je ne sais pas comment ça marche ? Les tortures, les interrogatoires… Je l'ai vécu et je l'ai fait vivre, alors pas la peine de dire qu'il ne s'est rien passé ! » Il criait. Jamais ou presque Sosuke n'élevait la voix, et pourtant il lui criait dessus. Et il l'avait appelée Kaname. Il devait vraiment être perturbé. Pourtant, ça ne suffit pas à la faire fléchir, au contraire. Elle se drapa un peu plus dans sa tour d'ivoire et son regard se durcit davantage.
« Si tu sais ce que c'est alors pas la peine de demander… » Elle se retourna et s'apprêtait à quitter la pièce mais il l'en empêcha. Il se leva et voulut lui prendre le bras, mais elle esquiva.
« Il t'a fait du mal ? C'est lui qui t'a fait ça ? Je veux comprendre, raconte-moi… »
Il n'avait pas à mentionner son nom, ils savaient tous les deux à qui ils faisaient référence. Kaname secoua la tête et dit d'une voix posée : « Non, ce n'est pas lui. Il n'est pas du genre à s'en prendre physiquement aux autres… Et il n'y a pas grand chose à dire. J'ai servi comme rat de laboratoire, puis quand ils n'ont plus pu m'utiliser, ils m'ont jetée dans un coin… »
Il ne voyait pas où elle voulait en venir. Comment pouvaient-ils l'avoir jetée ? Pourquoi ? Elle était une Whispered, son savoir était inépuisable normalement… Avant qu'il puisse formuler une autre question, elle était sur le pas de la porte.
Elle se retourna une dernière fois et ajouta simplement : « Ne t'inquiète pas pour moi. Je suis une grande fille… » Et elle disparut dans la nuit, lui laissant un curieux sentiment de déjà vu. Quatre ans et demi, à Tokyo, elle lui avait pratiquement dit la même chose.
Et voilà, encore un chapitre de fait. Décidément cette histoire prend une drôle de tournure et je ne suis pas sûre de pouvoir arriver où je veux... Mais bon, on verra bien. Avec tout ça, je crois que les choses sont un peu plus claires, et je vais pouvoir enfin passer au vrai problème, les manipulations d'Amalgame... Tout un programme. Et Leonard devrait bientôt arrivé ! Chouette, je sais que tout le monde l'adore !!
