CHAPITRE X
- Un… camp… pénitentiaire… d' isolement…
Etan se tient devant un arbre et se cogne la tête contre le tronc à chaque mot. Ca fait trois fois qu' il répète cette phrase. Et je ne comprends toujours pas ce qu' il raconte.
- Pourquoi est-ce que je n' ai pas pensé à ça avant ? Ca crevait les yeux pourtant…
Depuis que nous avons quitté la maison en catastrophe, nous avons couru comme des dératées aussi loin que possible, sans faire attention à la direction - puisque de toute façon nous ne savons pas où nous sommes - et nous sommes retournés dans la forêt. Nous nous sommes écroulés ici il y a dix minutes. Assez loin ou pas, nous sommes trop épuisés pour continuer pour l' instant.
Pendant que nous courions, Etan m' a expliqué qu' en marchant dans la rue, il était tombé sur une troupe de soldats Esthariens. Il en a éliminé quelques uns, puis il a compris qu' ils se dirigeaient vers la maison de Maureen; alors il les a semé pour venir me prévenir.
J' ai parlé à Etan du message que j' ai trouvé sur l' ordinateur de Harl. Nous sommes tous les deux parfaitement écœurés. Et ça implique tellement de choses que nous ne savons plus à quoi réfléchir. Il ne fait aucun doute pour nous que le « à nouveau » faisait référence à la raison pour laquelle Harl a été condamné et viré de la BGU. Il devait probablement effectuer une mission à la BGU qui avait un rapport avec nous, mais il a été découvert, puis viré et envoyé ici. Seulement, Etan pense que « Erry top » était très certainement un pseudonyme, alors nous ignorons à qui le message était destiné exactement. A Esthar c' est sûr, mais qui exactement ?…
De là où on est, on peut voir de la fumée s' élevant au dessus du village, signe qu' un grand incendie fait rage. Le feu colore les hautes colonnes de fumée qui s' élèvent et le ciel entier semble s' être embrasé. J' ai dans l' idée qu' il n' y a pas que la maison de Maureen et Harl qui a morflé, mais tout le tout le village avec.
Maintenant, Etan fait les cent pas et semble en pleine dispute avec lui-même.
- Ce que je peux être idiot, c' était évident pourtant ! Des villages coupés du reste du monde, des…
- Mais de quoi est-ce que tu parles, à la fin ?
- Ils se sont bien moqués de nous…
- Etan !
Il semble enfin se souvenir de ma présence et baisse les yeux dans ma direction. Il soupire.
- C' est que… je viens de comprendre où on était. C' est pas un village normal.
- Sans blague… J' avais remarqué, merci…
- Non, tu ne peux pas savoir, justement. ( re-soupir ) Par où commencer… Tu sais qu' à la fin de la guerre contre Ultimécia, il y a eu de nombreux procès, et que les personnes jugées coupables de trahison, de collaboration, de participation de près ou de loin aux troubles ont été condamnées?
- Bien sûr, j' en ai entendu parler.
- Seulement, leur sanction n' a jamais été révélée au grand public. Comme on ne pouvait pas tous les condamner à mort - parce qu' il étaient quand même des centaines - il a quand même bien fallu trouver une solution pour qu' ils ne puissent plus nuire à la société. Alors des sortes de « villages » ont été bâtis dans des lieux isolés, quasiment impossibles à atteindre et dont on ne pouvait pas s' échapper, d' autant plus qu' ils sont surveillés par des organisations secrètes. Bref, ils ont construit une dizaine de ces villages à travers le monde pour les éparpiller, mais dans des zones qui restent aujourd' hui encore secrètes.
- Et tu penses que Tréhignac est un de ces villages?
- Ca ne fait aucun doute. C' est pour ça que quasiment personne n' y vient, et qu' ils ne repartent pas. Je n' en reviens pas de n' avoir pas compris avant. Bref. Depuis, ce genre de camp, c' est le moyen qu' ils gardent pour punir les responsables de haute trahison. Harl a dû faire quelque chose de très grave pour se retrouver là.
- Ca a certainement un rapport avec la BGU. Et avec ce qui s' est passé ce soir, et donc avec nous, puisque Harl nous mentionnait dans le message. C' est pour ça qu' ils ont dû partir de la BGU, pas pour le « travail » de Harl…
Comment on a pu se faire avoir comme ça ? Comment on a pu encore se faire avoir?
- Maureen était peut-être sincère, tu sais? Dit Etan. Elle n' était probablement pas au courant de ce qui se passait réellement.
-Tu crois vraiment que c' est possible? Comment une personne innocente aurait pu être isolée aussi, et avec un enfant en plus?
Il hausse les épaules.
- J' ai quand même du mal à imaginer qu' elle nous ait menti, dit-il. Pourquoi est-ce qu' elle se serait fatiguée à nous raconter tout ça, si elle avait eu de mauvaises intentions? Elle aime son mari, ça crève les yeux qu' elle l' aime. Je ne pense pas si ça aurait été le cas si elle avait su que c' était un traître.
J' en sais rien. Je ne sais plus rien. Après tout ce qu' elle nous a raconté, est-ce qu' elle pourrait vraiment nous avoir trahi?
- Mais… comment tu sais tout ça, toi, au fait ? Les camps, tout ça… Je demande, intriguée.
- Squall me l' a raconté.
Et voilà. Encore une fois. Mon père. Etan vient s' asseoir en face de moi, il joue avec un bout de bois.
- Pourquoi à toi et pas à moi? Je demande d' un ton sec.
Il hésite un moment avant de répondre et je me demande s' il m' a bien entendue.
- Mon père faisait partie de ces condamnés.
Un silence suit cette déclaration. Et moi je me sens plus stupide que jamais. J' aurais du comprendre, évidemment, ça allait de soi… Vraiment trop stupide…
Etan trace toujours des lignes imaginaires sur le sol, sans me regarder.
- Il a été dans un de ces camps? Je demande, plus doucement.
- Oui, mais il n' y est resté que peu de temps, en fait. Mon père avait été un des proches d' Edea au commencement, et il avait continué avec Adel, comme si ça ne suffisait pas. Tous les autres criminels se liguaient contre lui, comme s' il était le seul responsable. Il était menacé.
- C' est pour ça qu' il s' est échappé ?
Ca avait fait grand bruit d' après ce que j' ai pu lire dans les journaux de l' époque. Le plus grand criminel de cette guerre, échappé ! Comme s' il n' avait pas fait assez de mal, il fallait encore que le responsable de tout ce gâchis reste impuni.
- Il ne s' est pas échappé.
- Si, il s' est échappé. Sauf qu' on avait entendu dire que c' était de sa prison.
- C' est ce qu' on a fait croire à l' époque, mais il n' a pas fui, rétorque Etan.
- Quoi ?
- La vérité, c' est qu' il a été rapidement transféré et placé dans un lieu ultra secret, et seul.
- Ils l' ont relâché, en fait, si je comprends bien, c' est ça ? Comment il a pu avoir un traitement de faveur pareil?
- Quelqu ' un s' était porté garant.
- Mais quel est l' idiot qui a autorisé ça ?
- Ton père.
- Hein ? C' est… C' est pas possible! C' est lui qui a dirigé les recherches toutes ces dernières années pour retrouver Seifer!
- Pourquoi tu crois qu' il ne l' a jamais trouvé, avec tous les moyens dont il disposait ? Il l' aidait à rester caché, c' est tout.
- Mais… pourquoi il a fait une chose pareille ?
Je suis complètement stupéfaite.
- Il estimait sans doute que mon père avait assez souffert. D' après Squall, il était vraiment mal, même avant d' avoir été condamné. Il était plus malade que mauvais. Et puis, malgré tout ils avaient été amis, à une époque.
Mon père… Est-ce qu' il vraiment pu faire ça ? Cacher Seifer, un homme qu' il a combattu ? Ca n' a aucun sens, voyons…
Mais… Et toi, alors ? Si ton père était seul, comment est-ce que tu…
Etan a un petit sourire triste.
- Il fallait quand même quelqu' un pour lui apporter de quoi vivre. Plusieurs personnes se sont relayées, dont ma mère. Je ne sais que ce que Squall m' a dit, et il ne savait pas grand chose à ce sujet. Ils sont tombés amoureux, c' est tout. On les a autorisé à se marier et elle est venue vivre avec lui. Et voilà comment on devient le fils du plus grand criminel de tous les temps.
Il tente de terminer sur une pointe d' ironie, mais ça tombe totalement à plat.
- Alors pourquoi tu es venu à la BGU ?
- Là aussi, tout ce que j' en sais, c' est ton père qui me l' a dit. Je n' en ai que très peu de souvenirs. Un jour, des hommes ont fini par retrouver la trace de mon père. Comme lui s' était éloigné de la maison un moment, ils s' en sont pris à ma mère, et ils l' ont tuée. Mon père a seulement eu le temps de me prendre et il s' est s' enfui. Il m' a amené à la BGU pour me mettre en sécurité et il est reparti. Il a été tué peu de temps après, dans les environs de Timber. Ca, c' est moi qui l' ait découvert, l' année dernière.
- C' est pour ça que tu partais tout le temps de la BGU… je réalise en songeant à toutes ces absences.
Il hoche la tête en signe d' affirmation. Ca fait beaucoup pour une soirée. Je me sens épuisée et j' ai une grosse boule dans la gorge.
- Etan, je… je suis vraiment désolée. Pour tes parents.
- Merci, répond-t-il simplement.
Lise se retourne. Elle s' était endormie sur mes genoux, serrant ma main à la broyer, et des larmes glissant le long de ses joues. Elle a eu très peur.
- Elle est plutôt mignonne, finalement, dit Etan en observant la petite.
- Oui, elle ressemble presque à un être humain, quand elle dort.
Elle a un petit visage rond, et de longs cils bordent ses yeux. Elle a quelques taches de rousseur, je n' avais pas fait attention jusqu' ici. Ses deux petites couettes qui retiennent ses cheveux châtains sont de travers.
- Comment on va faire ? Je finis par demander. On ne peut pas l' emmener avec nous. C' est déjà assez dangereux comme ça, on ne pourra pas la protéger. On a déjà du mal à rester nous même en vie, alors si on l' a dans les pattes…
- Je sais. D' un autre côté, on ne peut pas non plus la laisser seule ici. Les Esthariens vont ratisser la vallée quand ils verront qu' on est pas dans le village, et ils ne vont pas mettre longtemps avant de nous trouver.
- Si ça se trouve ils n' iront pas jusque là. Ils vont penser que Harl leur a menti, et ils n' iront pas chercher plus loin…
- J' espère, dit Etan d' un air dubitatif. De toute façon, c ' est certain qu' on ne peut pas l' amener. Il faudrait la laisser à proximité d' un village pour qu' elle puisse s' y rendre sans que nous ayons besoin de l' accompagner. Nous, il faut qu' on sorte d 'ici aussi vite que possible, quitte à traverser les montagnes.
Sans savoir ce qu' il y a derrière. On va s' amuser.
- D' un autre côté, on ignore si Trabia a réussi à nous localiser. Dans ce cas, on aurait plutôt intérêt à rester ici ... je fais encore remarquer.
- Qu' ils aient réussi ou non, peu importe: ils ne sont pas ici; Esthar si. C' est tout ce qui compte, pour moi. Je préfère risquer de louper Trabia que rester là et être attrapé par Esthar à coup sûr.
Il a probablement raison.
Lise se réveille, surprise de se trouver au milieu de la forêt, et avec nous, surtout. Puis les évènements lui reviennent en tête.
Nous lui expliquons que nous avons décidé de la mener au village le plus proche pour qu' elle soit en sécurité. Heureusement, elle connaît les lieux et est capable de nous diriger. L seule chose est que Sa Majesté n' a pas l' habitude de faire le chemin à pied, apparemment. Dix minutes plus tard, elle commence à se plaindre.
- C' est de ta faute, m' accuse-t-elle, tu ne m' a pas laissé prendre mes baskets.
-Tu aurais sans doute du demander aux soldats, je fais, agacée.
- En plus vous me faites marcher dans l' eau, ça va bousiller mes sandales.
- Comme si une seule Eva ne suffisait pas… soupire Etan.
- Pardon ?
- Papa va pas être content. Il me les a achetées la semaine dernière, et il va me gronder, mais je vais lui dire que c' est de ta faute. Et pour l' assiette cassée aussi. J' ai même pas pu ranger en plus. Et ma robe, elle est déchirée et sale parce que tu m' a fait dormir par terre. Et je veux voir mon papa et ma maman…
- T' es sûre qu' ils ont pas fait exprès de te laisser derrière, tes parents ? je finis par demander, excédée.
- Eva ! S' insurge Etan.
Nous n' avons pas dit à Lise ce que c' est à cause de ses chers parents que nous sommes dans cette situation. Elle est trop petite pour être au courant de ce qu' a pu faire son père et comprendre tout ça. Elle n' est pas responsable de tout ce gachi, elle. Mais je la préviens tout de même que si elle continue à se plaindre, je l' attache à un arbre et je la laisse là. Cette fois, Etan ne proteste pas.
Nous ne tardons pas à atteindre l' orée de la forêt; le village est en face. Nous la raccompagnons quelques mètres, puis nous la laissons, soulagés, lorsque nous voyons qu' elle est arrivée. Nous rebroussons ensuite chemin avec hâte vers la forêt, en direction du nord. Peu importe notre route, il nous faudra traverser une montagne. Nous avions songé à emprunter une voiture, mais nous ne sommes pas très loin le montagne, ça ne nous serait évidemment d' aucune utilité là-bas.
Sur le chemin, Etan me raconte un de ses voyages, où il s' était perdu dans une forêt comme celle-là. Il avait tourné et tourné dedans pendant deux jours avant de croiser un gamin de sept ans qui lui a demandé ce qu' il fabriquait sur la propriété de son papa. La sortie était vingt mètres plus loin. Je ne peux pas m' empêcher de sourire.
- Ca alors, fait Etan en me regardant bizarrement. C' est la première fois que je te vois sourire en ma présence.
- Tss… N' importe quoi.
- Je te jure. Je veux dire un vrai sourire, insiste-t-il. Qui ne soit pas moqueur ou faux. Et qui me soit adressé à moi.
- Ce que tu peux être idiot… je grogne en me mordant la lèvre et en accélérant le pas.
Nous allons bientôt atteindre le bout de la forêt quand des tirs se font entendre derrière nous. Surpris par la détonation, nous rentrons notre cou entre nos épaules. Réflexe complètement stupide, certes, puisque ça n' a pas la moindre chance de nous protéger, mais instinctif. Le tir d' un pistolet laser aboutit sur l' arbre devant moi, et quand je me tourne vers Etan, une petite fumée s' échappe de son sac à dos. Il me suffit d' un bref regard en arrière pour voir qu' il s' agit des soldats d' Esthar. En un quart de seconde, nous roulons sur le côté pour nous protéger derrière les arbres.
Mais comment ils ont pu arriver derrière nous sans que nous les entendions ? Heureusement, Etan a été protégé par l' épaisseur de son sac et Sheba a pu détourner le tir qui m' était destiné, parce qu' à cette distance, ils ne m' auraient pas loupée.
Etan est à quelques mètres de moi, à ma gauche, lui aussi caché derrière un arbre. A cette distance, il ne peut rien faire. Sa gunblade n' est qu' une arme de corps à corps, tout comme mon arme. Je la détache malgré tout de ma ceinture et déploie les lames que je rentre quand je ne l' utilise pas parce que je sais que nous n' allons pas tarder à nous faire encercler. Les soldats, face à nous sont eux aussi cachés derrière des arbres ou dissimulés derrières les fourrés. Je sors aussi de la pochette de mon sac la hache que j' avais pris dans la maison de Harl. J' attends que les tirs cessent et je me décale à côté du tronc. Je la lance alors de toutes mes forces vers un des buissons que j' avais vu bouger. Elle tourne dans les airs à toute vitesse et pénètre dans les buissons en faisant voler des branches. Un cri se fait entendre, puis un bruit sourd de corps qui s' effondre. De nouveaux tirs fusent.
- Eva, à ta droite ! Me crie Etan qui continue de se blottir contre l' arbre.
J' ai le temps de me baisser et une épée s' abat sur l' arbre devant moi. Je serre fermement mon arme et j' abas le premier soldat en me relevant. Le second tente de me frapper, mais je profite de son élan pour l' attraper par le bras et l' envoyer contre l' arbre. Il retombe en arrière, assommé et j' en profite pour récupérer son armer et tirer sur d' autres soldats qui approchent.
De l' autre côté, Etan se bat lui aussi contre des dizaines de soldats. Il faut que je me rapproche de lui ou il ne va pas tenir longtemps le coup. Je m' éloigne de l' arbre derrière lequel je m' étais réfugiée puisque de toute façon, les tireurs ne sont plus en place et ont troqué leurs pistolets contre des épées. Les armures des soldats, si elles sont toujours aussi ridicules, sont pourtant drôlement efficaces. C' est Laguna qui avait revu le modèle il y a quelques années, ce n' est vraiment pas de chance. Il faut souvent frapper à plusieurs reprises pour les éliminer. Ce n' est pas si difficile, mais vu le nombre des soldats, on ne va pas tenir longtemps à ce rythme. J' aperçois à quelques mètres des hommes ne se mêlant pas au combat. Ils portent les couleurs d' Esthar, mais ne font que regarder leurs hommes tomber les uns après les autres. Qui est-ce que ça peut être ? Cette seconde d' inattention me vaut de prendre un coup de la garde de l' épée de l' adversaire dans l' épaule. Je me relève en lui envoyant la lame sur le bras et je le repousse. C' est le moment d' en finir, il faut que Sheba vienne. Mais au moment où je l' invoque je reçois comme une grande décharge d' électricité qui me paralyse et je me sens m' effondrer.
- EVAAaa…
… Les deux enfants se mirent à courir en direction du dortoir des enfants.
- On ne court pas dans les couloirs ! Leur cria un surveillant en les voyant passer devant lui à toute allure. Hé ! Vous m' avez entendu ? Hé !
Mais ils ne prêtaient pas attention à lui, comme d' habitude. Ils continuaient à courir en riant. Ils aimaient bien embêter le vieux surveillant acariâtre.
Ils tournèrent dans le couloir nord pour se diriger vers le dortoir. Le leur se trouvait à la première porte. La petite fille ne dormait là que depuis quelques semaines, depuis que le petit garçon blond triste était arrivé. Il faisait souvent des cauchemars dans la nuit, lui avait raconté son ami Zack, qui partageait la chambre du nouveau. La petite fille, devant le refus de ses parents de la laisser s' installer dans le dortoir, avait commencé à s' échapper en pleine nuit de son ancienne chambre située à l' étage. On la retrouvait le lendemain, assise sur le lit du petit garçon blond, tenant sa main pour qu' il ne fasse plus de cauchemars. Ses parents avaient fini par accepter de la laisser là.
Un brouhaha inhabituel régnait devant le dortoir des enfants. Plusieurs élèves plus âgés s' étaient regroupés là alors qu' ils n' en avaient pas le droit. Ils discutaient avec animation et ricanaient.
- Qu' est-ce qui se passe ? Demanda le petit Zack dans l' indifférence générale en mettant sur la pointe des pieds pour tenter de voir ce qu' observaient les autres..
Il se dirigea vers le groupe d' enfants et se glissa entre deux d' entre eux, tenant toujours la main de la petite fille pour l' aider à passer. Ils arrivèrent au centre de l' attroupement, où ils virent le petit garçon blond. Il se tenait droit face aux « grands ». Il tentait d' être fort et fier, il ne disait rien, mais des larmes perlaient dans ses yeux verts.
- Qu' est-ce que…
- Laissez-nous, vous deux, ordonna un grand en se tournant vers le petit garçon brun. C' est pas vos affaires!
La petite fille s' avança vers le petit garçon blond et lui tendit la main .
- Viens, appela-t-elle doucement.
- Laisse-le, dit le grand en la repoussant.
Elle tomba en arrière, au milieu des rires. Furieuse, elle se releva, des larmes et de la colère plein les yeux. Elle se dressa face au méchant grand et aux autres qui se tenaient autour de lui et semblaient face à elle former une véritable montagne... Ces idiots étaient peut-être plus grands et plus âgés qu' elle, mais elle ferait son possible pour les empêcher de faire du mal au petit garçon blond.
- Dire que toi, tu es amie lui, s' exclama « le grand » avec un ton méprisant. Tu devrais avoir honte.
- Quoi ?
- Tu ne sais pas ce que son père a fait, hein ?
- Si je le sais, et alors ? rétorqua-t-elle d' un ton de défi.
- Et alors, son père était un fou. Lui aussi l' est. Il a rien à faire ici.
- N' importe quoi !
Plus petite de plusieurs têtes qu' eux, ses yeux devenus couleur acier lançant des éclairs, elle se tenait face à eux pour protéger le petit garçon blond. Zack lui aussi s' était précipité aux côtés de la petite fille.
Mais ils n' avaient pas eu à aller jusque là. Zell, qui passait par là avait entendu la dispute et s' était interposé. En apprenant ce qui s' était passé, il avait renvoyé les « grands » dans leur dortoir après les avoir sermonné. Lui, le gentil Zell, qui ne se fâchait jamais et était un des rares adultes à toujours prendre les enfants au sérieux.
Ce soir là, une fois de plus, le petit Etan s' était endormi en serrant la main d' Eva. Oui, elle savait ce que son père avait fait. Mais elle savait surtout qu' il était seul au monde.
Une douleur fulgurante me traverse et je me réveille en sursaut. Je cligne des yeux plusieurs fois pour m' assurer qu' ils sont bien ouverts, mais pourtant je ne vois rien. Il fait complètement noir et je n' arrive pas à bouger.
Une forte lumière s' allume soudain devant moi, m' éblouissant. Je cligne encore des yeux et tourne la tête pour tenter d' y échapper.
- Ne vous fatiguez pas, vous êtes attachée, fait une voix plutôt jeune, masculine. Vous vous blesseriez, ce serait dommage.
Une fois habituée à la lumière, je m' aperçois que je suis maintenue debout contre une table de métal par des attaches aux poignets, aux chevilles et à la taille. J' ai beau donner des secousses, elles ne se détachent pas. Je ne vois pas bien qui est en face de moi, mais je n' en ai pas besoin pour comprendre qu' il s' agit d' un ennemi. Je peux uniquement distinguer sa silhouette. Il est debout devant moi, les mains dans les poches. Je ne supporte pas son ton condescendant, il va avoir de mes nouvelles , si j' arrive à ma libérer de ce truc.
La lumière braquée dans mes yeux m' empêche de distinguer quoi que ce soit, impossible de savoir où je me trouve. Une chose est sûre, je ne suis plus dans la forêt. Il ne reste pas trente-six solutions pour sortir de là...
- Oh, fait-il en levant l' index, comme si une chose lui revenait soudainement à l' esprit. Et avant que vous n' ayez l' idée d' invoquer votre G-Force, je tiens à vous signaler que ceci ( il désigne un boîtier sur lequel il s' appuie nonchalamment et donne une petite tape) est ce qui vous a valu votre perte de conscience lorsque vous avez voulu l' appeler dans la forêt. De même, tout ce bâtiment est équipé de boucliers qui rendent les invocations en son enceinte impossibles.
Impossible de savoir s' il bluffe, sur le moment. Est-ce qu' une arme empêchant l' invocation des G-Forces pourrait vraiment exister ? Mais autrement, comment saurait-il que j' ai effectivement cherché à appeler Sheba quand je me suis évanouie?
- Je vous souhaite la bienvenue sur le Commandor, mademoiselle Leonheart. Vous vous trouvez actuellement sur l' un des plus grands bâtiments de la flotte d' Esthar.
-Très honorée.
Merde.
Esthar.
Et il connaît mon nom.
Là je suis mal.
Il est hors de question de lui laisser penser qu' il arrive à me déstabiliser. L' entraînement que nous avons reçu nous permet de nous contrôler en toute situation afin de garder l' avantage sur l' ennemi. Ca, et ce que Casey appelle mon « esprit de contradiction »...
Il s' approche de moi de quelques pas, les mains de nouveau dans les poches.
- Vous vous demandez certainement comment cette machine procède pour empêcher la venue des G-Forces. Il s' agit là d' une technologie réellement impressionnante, je comprends votre curiosité.
Je reste muette, sidérée. Impressionnante, ce n' est pas le mot que j' aurais choisi. Si ce truc est vraiment capable d' une telle chose, alors ça signifie l' impossibilité pour les Seeds de maintenir la paix dans le monde et d' intervenir avec leur arme la plus puissante, les G-Forces.
- A vrai dire, il s' agit d' un prototype qui a été achevé il y a quelques jours seulement. Ce petit bijou a demandé pas moins de neuf ans de recherches et de mises au point, vous n' avez pas idée. Vous avez en quelque sorte participé à son test final - il y en a eu bien d' autres auparavant, bien sûr - et il n' est pas tout à fait au point, à ce que nous avons pu voir. Vous n' étiez pas vraiment censée vous évanouir, en fait. Mais peu importe, ce petit défaut sera rapidement corrigé.
Il se délecte visiblement de sa position et parle de sa machine comme d' une œuvre d' art.
- Son fonctionnement est un peu complexe, mais pour aller à l' essentiel, je dirai qu' il est capable de repérer les ondes spéciales qu' émettent les invoqueurs lorsqu' ils vont appeler les G-forces. Et lorsqu' ils le font, ils reçoivent une sorte de grande décharge d' énergie qui met les G-Forces hors d' état et affaiblit l' invoqueur. Mais même si ce n' était pas la réaction que nous attendions, vous avez dû en avoir un aperçu, Eva - je peux vous appeler Eva, n' est-ce pas ?
- Non.
- Ainsi, Eva, vous êtes certainement mieux à même que moi de comprendre les capacités extraordinaires de cette machine.
- J' exige de voir mon grand père.
- Ah, fait-il l'air faussement embêté. J' ai bien peur que cela ne soit pas possible. Il est appelé ailleurs pour le moment.
- Où est la BGU ? Qu' est-ce que vous leur avez fait? Où est Etan ? Et qu' est-ce que vous cherchez au juste?
- Je crains que vous ne vous trouviez à la mauvaise place pour poser des questions, m' interrompt-il avec un petit rire. C' est vous qui êtes sur la table de torture, au cas où cela vous aurait échappé.
Torture ? Je me sens blêmir. Je ne crois pas que nous ayons déjà été préparés à cette éventualité pendant nos cours... L' homme se retourne et va s' asseoir près de la machine.
- Puis-je poursuivre ? Je disais donc que cette extraordinaire machine permet de mettre hors-service les meilleurs G-Forces. Mais figurez vous que ce n' est pas tout. Cette commande-ci permet d' élever à un autre niveau la décharge d' énergie délivrée. Et à ce stade, le G-Force n' est plus seulement KO: il est carrément modifié à sa source, de sorte qu' il subit des transformations irrémédiables, que l' on pourrait assimiler à une maladie incurable, si vous voulez. Une malformation est créée qui le détruit peu à peu, mais aussi - et c' est ici le plus intéressant - l' invoqueur, au fur et à mesure, et un peu plus à chaque invocation. De plus, avec ces transformations, il devient absolument impossible de se débarrasser du G-Force, sinon, tout le côté amusant de l' affaire disparaîtrait.
Il termine son petit discours avec une petite tape affectueuse sur l' appareil. Ce type est un malade.
- Cet aspect-ci n' a été testé qu' une seule fois à ma connaissance, mais le sujet a réussi à nous échapper grâce à la notable incompétence de mes prédécesseurs. Nous ne savons donc pas quelle est la réelle portée de ces modifications.
- Et c' est là que j' interviens, je suppose.
J' ai essayer de parler d' un ton égal, mais j' ai la gorge sèche.
- Comme elle est intelligente! Voilà, vous avez deviné. Vous et votre ami aussi, d' ailleurs. Mais nous ne nous y mettrons pas tout de suite. Vous avez besoin de repos, pour l' instant. Le premier test a dû vous épuiser et si nous voulons avoir les résultats les plus exacts possibles, il faut que vous soyez en forme.
-Alors pourquoi est-ce que je suis attachée ici?
Je ne pense pas qu' il puisse croire pouvoir tirer la moindre information de moi - ce serait stupide puisqu' à tout moment mon ignorance m' est balancée à la figure comme une paire de claque.
L' homme se rapproche jusqu' à ne se trouver plus qu' à un mètre de moi. Il doit lever légèrement la tête pour me regarder dans les yeux car la table est surélevée. Je peux distinguer son sourire.
- Je tenais à vous souhaiter personnellement la bienvenue. Vous ne pensiez tout de même pas que nous allions vous torturer barbarement à peine arrivée, j' espère ? Non, vous avez plus de valeur que ça à nos yeux. La fille de Squall, voyons… Ce n' est qu' accessoirement que vous nous servirez de cobaye.
- Qu' on me détache seulement une main et je vous arrache moi-même les yeux, machine anti-G-Force ou pas, ça je peux vous en faire la promesse, lui dis-je en détachant chaque mot.
- Encore plus charmante que je me l' étais imaginée, fait-il d' un ton léger.
Il fait demi tour et disparaît dans le noir.
- Menez-la à sa cellule, dit-il sèchement.
Deux hommes, probablement des gardes, apparaissent devant moi. Je ne crois pas qu' il y ait qui que soit d' autre dans la salle, il faut que j' en profite. J' attends qu' ils me détachent et je frappe du coude le premier garde à la tête et il tombe en arrière. J' attrape le second par le bras, je l' envoie contre la table de métal et je le cloue au sol d' un coup de pied dans l' estomac. Avant que je n' aie le temps de me retourner une douleur dans la jambe me fait tomber. C' est le premier garde qui m' a eu avec sa matraque électrisante. Le deuxième se lève en jurant et me frappe à son tour. Comme j' ai trop mal pour me lever, ils m' attrapent par les bras et me traînent dans les couloirs, jusqu' à une cellule dans laquelle ils me jettent. Je retombe deux mètres plus loin et la porte se referme violemment.
- Est-ce que ça va ? Demande Etan en se précipitant vers moi.
J' essaie de me lever mais ma jambe me fait trop souffrir. Etan me prend doucement par le bras pour m' aider à m' asseoir sur une des couchettes. Des larmes de rage me viennent aux yeux.
- Ils t' ont fait quelque chose ? Demande Etan en voyant mon état pitoyable.
- J' ai juste essayé de m' échapper, je réponds en reniflant. Ils avaient l' air moins grands quand j' étais attachée… Et toi ?
- Ca va. J' étais en train d' attendre qu' ils ouvrent la porte pour attaquer, mais ça a été trop rapide, et puis j' ai vu que c' était toi…
- Bon dieu, mais qu' est-ce qui s' est passé, dans la forêt ?
- Quand tu es tombée, les soldats t' ont encerclée. Ils te tenaient en joue… J' ignorais s' ils auraient vraiment tiré, j' ai préféré rendre les armes. Je suis désolé.
- C' est rien, tu ne pouvais rien faire d' autre. Ils étaient trop nombreux pour pouvoir continuer seul, ils t' auraient eu aussi. Mais toi tu aurais du t' échapper…
- Du coup, poursuit-il, ils ont confisqué les armes et les sacs. Ils m' ont jeté ici sans rien me dire. Toi, tu étais toujours inconsciente. Je n' ai pas vu où ils t' emmenaient. Tu es sûre que ça va ?
- Ca va super, je dis en essayant de me ressaisir et d' essuyer mon visage. Il faut trouver un moyen pour sortir d' ici et vite.
Je lui répète ce que j' ai appris dans la salle de torture.
- C' est pas vrai… murmure-t-il.
- Je ne sais pas si c' est vrai ou non que cette machine existe, mais je ne tiens pas à vérifier plus que ça.
Ma jambe me fait encore mal quand je me lève mais je tiens debout. Je la plie plusieurs fois sans pouvoir pas m' empêcher de grimacer de douleur. Tant pis. Il faudra bien que ça aille. Je vais inspecter la porte. Etan a déjà dû le faire, mais tant pis.
- Si, elle existe vraiment, fait Etan d' un air décomposé, la tête appuyée contre le mur derrière lui.
- Mon père était au courant que ce genre de machine existait ?
- Oui. Parce que le premier sujet sur lequel ils ont testé l' appareil, c' était moi.
Je me fige. C' est pas possible, j' ai mal compris…
- Qu' est-ce que tu racontes ?
- Il y a un an et demi environ, j' étais encore à la recherche de mon père. J' ai été capturé, mais je n' ai jamais su par qui. Ils ignoraient également qui j' étais, je pense. Mais ils savaient que je venais de la BGU et que j' avais un G-Force. Ils ont fait des sortes d' expériences sur moi; je ne sais pas exactement quoi, parce que je perdais connaissance quasiment à chaque fois. J' ai réussi à m' échapper de leur laboratoire au bout de quelque temps et je suis retourné tant bien que mal à la BGU. Pendant les jours qui ont suivi, j' ai été envoyé en observation au labo de Geyser par ton père pour essayer de comprendre ce qui m' était arrivé. Ils n' ont pas trouvé exactement, mais j' ai fini par comprendre par moi-même plus tard, au fur et à mesure des entraînements et de mes missions. Je voyais que mon G-Force changeait. Et j' étais malade à chaque fois après l' avoir invoqué. Avec ce que tu viens de me dire, je comprends mieux.
J' ai encore l' impression de m' être pris une baffe monumentale.
- Mais pourquoi tu ne m' as jamais raconté ça avant ?
- Ton père a mené des recherches avec d' autres Seeds mais ils n' ont rien découvert. On n' a jamais entendu parler d' affaires semblables à la mienne. Ils ont donc supposé que le projet avait été abandonné.
- Ils ont bien dû trouver avoir moyen de se débarrasser de ça…
Il hoche la tête, le regard toujours dans le vide.
- On a fait des recherches; le professeur Geyser a essayé des tas de trucs, mais ça n' a jamais marché. Au bout d' un moment, on a fini par entendre parler d' une sorcière capable de faire une potion qui amoindrirait les effets.
- Kassandra… je réalise, accablée.
- Mais ça fait juste disparaître les effets sur l' invoqueur, ça ne le guérit pas.
C' est pour ça qu' il hésitait tellement à invoquer son G-Force. Je repense à ce que l' homme m' a dit de ce que la machine faisait. Une maladie incurable. Qui détruit l' invoqueur au fur et à mesure de ses invocations. Etan aussi vient de comprendre.
Il est condamné.
Commentaire de l' auteur :
Je ne sais pas si beaucoup se posaient ces questions : savoir ce qui était arrivé à Seifer après la guerre contre Ultimécia, et comment il avait pu se trouver qu' Etan ait grandi à la BGU; mais en tout cas, maintenant, vous avez les réponses. Pas tout à fait complètes, mais ça viendra.
On va me dire que ça fait mélodrame, ce « rêve-souvenir ». C' est en quelque sorte la version complète du 1er qu' Eva avait fait. Maintenant qu' elle a plus d' éléments, ça lui permet de refaire fonctionner sa mémoire. Je ne sais pas comment vous aviez interprété le rêve, la 1ere fois que j' en ai parlé, mais je vous préviens que je ne dirai pas clairement dans la suite du fic ce qu' il en est réellement. Ce que j' espère, c' est que vous serez capables de faire le lien quand j' apporterai les réponses. Je disperse les éléments de réponse à travers le fic, des indices qui mènent à l' explication que je donne ici. Parce que je ne peux pas m' amuser à chaque fois à faire revenir le personnage sur les choses comme je l' ai fait à la fin dans ce chapitre.
Pour décrire les scènes d' action, je ne suis pas très douée, je le reconnais. Je sais que quand je les imagine, moi, ça me fait vraiment quelque chose. J' ai le cœur qui bat parce que moi, dans ma tête, je vois les lieux, j' entends les tirs, les cris… Mais je ne sais pas vraiment ce que j' arrive à faire passer quand je l' écris… Ce qui est sûr c' est que ça n' a plus grand chose à voir. C' est dans ces moments que je me dis que ça passerait mieux en film, tout comme pour la scène dans la salle de torture. Mais on fait avec les moyens qu' on a…
Concernant le fameux personnage dans la salle de torture, je l' imaginais du genre de Sark, si vous connaissez la série Alias, pour sa voix, son ton, sa façon de se comporter - pas forcément le physique, par contre. Quoique. Je ne peux rien dire qui vous montrerait davantage comment est ce personnage. Et puis, je réfléchirai à un nom plus tard.
Sinon, j' avais d' abord pensé finir le chapitre sur le « parce que le 1er sujet sur lequel ils ont testé l' appareil, c' était moi » de Etan et mettre la suite au début du chapitre 11, puis je me suis dit, bah, on va aussi mettre une petite gifle au lecteur et terminer carrément sur le « il est condamné », tant qu' à faire. Ca donnera un plus grand impact en terminant comme ça, je pense.
Malgré tout ce chapitre m' est venu beaucoup plus facilement que les précédents. Disons qu' avant je devais apporter tous les petits détails qui mèneraient aux explications de ce chapitre.
Bon, mon commentaire est peut-être un peu long, mais comme il y avait plein de choses dont je devais parler…
Merci et à plus tous! Biz biz
Shebang
