CHAPITRE XI

Je ne sais pas ce qui m' a pris. La gifle est partie sans que je ne m' en rende compte.

-Tu m' as encore menti ! je hurle.

Quelque chose en moi a comme explosé. Je me suis mise à le frapper à la poitrine, encore et encore. Passé son ahurissement, il tente de me retenir les bras pour me faire cesser, mais je frappe toujours. Il finit par réussir à attraper mes poignets et à m' immobiliser.

- Et tu m' as laissé t' obliger à invoquer ton G-Force ! Pourquoi tu n' as rien dit ! Je crie en sentant des larmes me monter aux yeux.

Il reste d' abord stupéfait, puis il m' oblige à le regarder en face.

- Tout d' abord, dit-il d' un ton calme mais ferme, tu n' aurais certainement pas pu m' obliger à faire quoi que ce soit, tu m' entends ? Qu' est-ce que tu crois? Je l' ai fait parce que c' était nécessaire. Et je t' assure que je le referai s' il le faut.

Voyant que j' ai cessé de me débattre, il me lache. Je me laisse tomber sur la couchette, les yeux perdus dans le vague.

- Écoute… dit-il en se passant la main sur la tête. J ' aurais dû te le dire, je le sais. Mais c' est mon problème, ça ne regarde que moi. Ce n' est pas comme si j' étais handicapé, je peux toujours agir. Ca ne change rien.

- Comment tu oses dire que ça ne change rien ? Je m' exclame en levant les yeux vers lui. Ca peut te tuer ! Plus tu utilises le G-Force, plus ça te détruit! Et à cause de moi, tu l' as appelé deux fois, rien que cette semaine!

- Ce n' est pas à cause de toi. Il fallait que je le fasse, c' est tout. Je ne vais pas tomber raide mort parce que j' utilise mon G-Force une ou deux fois, tente-il de plaisanter.

- Qu 'est-ce que tu en sais? je murmure.

Je ne sais pas s' il a entendu, il ne répond pas. Bien sûr que c' est de ma faute. Si je l' avais écouté dans la forêt, il n' aurait pas eu à revenir me chercher. Et c' est moi qui lui ai demandé d' utiliser son G-Force contre le vaisseau. Je l' ai poussé à bout, à chaque fois, sans écouter…

Etan vient s' asseoir à côté de moi.

- Tu m' en veux? Demande-t-il, hésitant.

- Ce n' est pas moi qui suis malade. Enfin, Etan, dis-je exaspérée en me retournant vers lui, qu' est-ce que tu as dans la tête? Ce n' est pas comme si tu avais oublié de me dire que tu avais été opéré de l' appendicite quand tu étais petit! C' est important!

- Et tu aurais voulu que je te le dise quand, exactement? Quand on se faisait attaquer à la BGU? Quand tu pilotais le vaisseau ? Tu ne m' écoutais jamais! Et puis, comprends moi, un peu… Ce n' est déjà pas facile à dire. Après avoir été considéré comme " le fils du criminel ", je deviens " le mourant "…

J' aurais dû comprendre. Pourquoi est-ce qu' il faut toujours que je me prenne toujours tout en pleine figure pour voir ce qui est sous mon nez?

Mais si je l' avais su avant ? Qu' est-ce que ça aurait changé? Qu' est ce que j' aurais fait, au juste?

Je soupire. Je me mettrais des baffes, des fois.

- Je ne voudrais pas que tu devienne gentille avec moi à cause de ça, dit-il, feignant exagérément un air embêté.

Je ne peux pas m' empêcher de sourire. Il est désespérant. Il vient de découvrir qu' il va sûrement mourir à cause de ça et lui, il reste là à faire l' idiot… je suppose qu' il veut essayer de me faire oublier tout ça pour ne pas s' apitoyer sur lui-même. Il devait sûrement se douter d' un truc dans le genre bien avant que je ne lui raconte ce que j' avais appris. Mais je suis sûre que ça lui a fait un choc, et qu' il essaie de me le cacher. Alors que moi je m' énerve comme si c' était moi la victime. Décidément je suis vraiment trop stupide.

- Aucun risque, je dis en lui envoyant un regard en coin.

- Alors c' est bon, sourit-il en se levant. Maintenant, ça serait bien qu' on trouve un moyen de sortir d' ici, à moins que tu n' aies envie de finir en cobaye.

Au moment où il dit ça, la lumière s' éteint et nous nous retrouvons dans le noir complet.

- Qu' est-ce qui se passe, encore ?

- Tu me marches sur le pied, Etan!

- Mais j' y vois rien !

- Fais un peu attention, tu es en train de t' asseoir sur moi !

- J' arrive pas à trouver la couchette…

- C' est pas un peu fini là-dedans ! Crie une voix à l' extérieur en frappant contre la porte.

Je sens quelque chose glisser à côté de moi, et un bruit de corps qui tombe se fait entendre. Etan a loupé la couchette, on dirait. Il se relève en grognant et, à tâtons, finit par la trouver et s' assoit à côté de moi, le dos contre le mur.

Que faire, maintenant? A rester à rien faire, on perd un temps précieux. En même temps, je sens une grande lassitude m' envahir. Je suis épuisée. Je n' ai pas dormi la veille parce que nous nous étions réfugiés dans la forêt, et mon évanouissement là-bas ne m' a pas procuré le moindre repos, c' est le moins que l' on puisse dire. Mais d' autre part, avec ce qui se passe, j' ai les nerfs à fleur de peau et j' ai l' impression que je vais exploser. Je suppose que le mieux que nous ayons à faire pour l' instant, c' est de nous reposer. Dans le noir il nous est parfaitement impossible de chercher une sortie, et c' était probablement le but.

En tout cas, l' homme dans la salle de torture disait vrai pour au moins une chose : je n' arrive pas à invoquer Sheba. J' ai beau me concentrer de toutes mes forces, c' est comme si quelques chose l' empêchait de m' entendre.

Le matin, la lumière rétablie brutalement nous réveille en sursaut. Quasi-aveuglée par le changement soudain de luminosité, je cligne des yeux. Trois gardes entrent. Ils m' attrapent solidement par les bras et me tirent hors de la salle avant que j' aie pu comprendre ce qui se passait. La porte se referme lourdement derrière moi et au même moment un grand coup est frappé contre. J' essaie de me libérer en pivotant pour faire glisser mes bras entre leurs mains, mais ils me tiennent fermement. Pour me calmer sans doute, ils me frappent avec leur matraque, puis continuent à me traîner dans le couloir, à moitié consciente.

Lorsque j' ouvre à nouveau les yeux, je me trouve encore dans le noir, attachée à la même table verticale que la dernière fois. Un projecteur est braqué droit dans mes yeux.

- Comment allez-vous ce matin ?

La même voix. Il se tient en face de moi, droit. Je ne le vois pas bien à cause de la lumière qui est en contre-jour, mais c' est comme si je pouvais voir un sourire se dessiner sur son visage.

- La nuit a été plutôt désagréable, je réponds d' un ton à la fois détaché et glacial.

- Je regrette que les gardes aient dû employer une manière si violente pour vous mener jusqu' ici. Vous auriez dû les suivre tout simplement, cela nous aurait éviter d' en arriver à ces extrémités.

- Gardez votre sollicitude pour vous. Vous êtes vraiment écœurant...

Je ne me sens pas d' humeur patiente, ce matin - ou peu importe l' heure qu' il peut être. Je ne perdrai pas de temps à jouer son jeu.

- Mais enfin, vous êtes qui ?

- Même si je vous le disait, ça ne vous avancerait pas vraiment, ma chère. Cela dit, je veux bien vous faire le plaisir de vous répondre. Je me nomme Maximilien Zukerdint. Mais appelez moi Max, finit-il en s' inclinant.

En effet, ça ne change pas grand chose… A supposer qu' il s' agit bien de son vrai nom, il m' est absolument inconnu.

- Au moins je connaîtrai le nom de l' ordure que j' aurai massacrée quand je sortirai de là.

Il a un petit rire comme si je venais de dire la plus grosse absurdité qu' il ait entendue de sa vie. Il se retourne et appelle deux personnes restées dans le noir.

- Bien. Avant que nous ne commencions, j' ai pensé que cela pourrait vous intéresser de savoir ce qui va se passer. C' est un peu technique, alors je vais vous épargner le jargon scientifique. Je n' y entends moi-même pas grand chose, je l' avoue. C' est pourquoi ces deux médecins sont présents.

- Si vous m' approchez, dis-je en voyant l' un d' eux avancer avec une seringue, je vous jure que vous ne vivrez pas assez longtemps pour voir la couleur de l' argent qu' on vous versera pour votre trahison...

- Allons, inutile de recourir aux menaces. Vous allez l' effrayer, ce n' est qu' un pauvre professeur. Et vous pensez bien que nous avons eu des arguments autrement plus convaincants que les vôtres.

Je tourne la tête vers Zukerdint et je prononce en détachant chaque mot:

- Vous allez payer pour ce que vous êtes en train de faire. Je m' en chargerai personnellement, et ça c' est une promesse.

- J' apprécie l' intérêt, mais vous pensez bien que nous prenons nos précautions pour qu' une telle éventualité ne puisse pas se produire.

- Vous voulez parier? je siffle avec rage entre mes dents, assez fort pour qu' ils puissent tous entendre.

- Je ne doute pas de l' efficacité des Seed de Balamb Garden, et j' ai encore davantage d' estime pour vos propres capacités, ma chère. Mais je vous assure que vous n' avez pas la moindre chance de sortir d' ici sans mon accord. Je disais donc... Ah, oui. Nous allons tout d' abord vous injecter ce produit. Il devrait vous mettre dans une sorte d' état second qui nous facilitera l' accès à votre esprit et donc au G-Force.

- De la drogue ?

- Appelez ça comme vous voulez. Tout ce que je vous demanderai, ce sera d' éviter de trop vous débattre et de résister. Ca ne servirai à rien, si ce n' est à vous faire mal inutilement.

- Ca paraît évident que ce n' est pas votre but.

- Je sens de l' ironie dans votre voix, dit-il en agitant son index dans un geste réprobateur. Mais pourtant, c' est absolument le cas, je vous assure. Après tout, quand nous aurons réussi cette petite expérience, il ne tiendra qu' à vous de rester en bonne santé en laissant de côté ces monstres immondes que vous appelez gardiens. Pensez à tous les dégâts qui seront évités, les vies qui ne seront plus menacées!

- Des vies comme la vôtre et celles de tous les criminels dans votre genre, je suppose?

Il a encore un petit rire.

- Quoi qu' il en soit, le but de cette première séance sera d' extraire votre G-Force vers cette cabine-ci afin de l' exposer à des ondes spéciales qui l' altèreront. Il faudra quelques séances, je pense, pour en arriver au résultat que nous souhaitons. Cette extraction risque d' être assez douloureuse, je ne vous le cache pas. Aussi je ne saurais que trop vous conseiller de rester détendue afin de nous faciliter l' opération. Résister serait parfaitement inutile et stupide de votre part. Nous parviendrons à notre but tôt ou tard. Plus vite ce sera fait, et moins vous aurez à subir ces inconvénients.

Il se tourne vers l' un des médecins et lui donne des instructions à voix basse. Le second s' avance vers moi, après s' être retourné, hésitant, vers Zukerdint. J' essaie de me débattre, d' arracher les attaches mais je n' arrive qu' à me blesser davantage aux poignets et aux jambes. Après avoir désinfecté la zone à piquer sur le bras, il plante la seringue et m' injecte le produit grisâtre. Puis il retourne prestement vers les deux autres.

- Voilà, vous pouvez appeler votre G-force, maintenant, me dit Zukerdint en levant un instant les yeux de la console.

- Allez vous faire voir.

Il est complètement cinglé… Il parle comme si j' étais ici de mon plein gré. Les médecins s' affairent sur leurs claviers tout en observant un écran que je ne peux pas voir d' où je suis. Il faudrait que j' arrive à me libérer au moins les bras…

Mais je m' aperçois que je commence à avoir du mal à réfléchir. C' est comme si une voix dans ma tête couvrait mes propres pensées. La salle se brouille devant moi. Je dois réunir toutes mes forces pour garder la tête droite. Un léger vent frais m' entoure… Je sens qu' elle va venir. Non… reste où tu es… ne viens pas… ne viens pas… Je ferme les yeux pour me concentrer, je la supplie de ne pas apparaître.

- Eva, si vous vouliez bien cesser de vous crisper deux minutes… Je ne voudrais pas devenir désagréable, mais vous devriez vraiment cesser de faire l' enfant. Dans votre propre intérêt. Cessez donc de résister bêtement.

Les médecins chuchotent entre eux.

- Libérez une décharge, ordonne alors Zukerdint en se redressant avec un soupir exaspéré. Ça va la calmer.

Les attaches au niveau de ma taille, de mes chevilles et de mes poignets me jettent alors une si forte décharge d' électricité que je sens mes muscles se contracter violemment, et des convulsions me font taper contre les attaches à m' en couper le souffle.

- Je ne voulais pas en arriver là, parce que les résultats que nous cherchons à obtenir seront plus probants si vous êtes en bonne santé. Nous sommes censés amener cette machine à réussir dans n' importe quelle condition. Mais je tiens à ce que vous sachiez que je n' hésiterai pas à recourir à cette méthode si vous persistez. Reprenez l' extraction.

Pas question de les laisser faire… Résiste…

- Elle lutte toujours, Monsieur, dit l' un des médecins au bout de quelques temps. Je n' arrive pas à atteindre le G-Force.

- Alors recommencez l' électrocution.

Ils reprennent plusieurs fois l' opération et je dois serrer les dents pour ne pas hurler de douleur. C' est comme si mon corps entier était en train de brûler. J' arrive à peine à reprendre mon souffle.

- Elle ne tiendra plus longtemps, Monsieur. Ses défenses vitales se…

- Ca suffit pour aujourd' hui, dit-il alors aux médecins.

Il contourne alors la console et se place devant moi.

- Je ne m' attendais pas tellement à ce que vous nous facilitiez les choses, à vrai dire. C' est vraiment idiot de votre part de ne pas comprendre que vous luttez inutilement. Vous êtes particulièrement endurante, cependant, je le reconnais. Je ne pensais pas que vous tiendriez aussi longtemps. Mais vous finirez par m' obéir. Je ne me fais pas de souci à ce sujet. Vous appellerez le G-Force de vous-même. J' ai tout mon temps. Et quand bien même je n' arriverai à rien avec vous, il me restera encore votre ami. Ne vous inquiétez pas; un peu de repos et vous vous sentirez à nouveau en pleine forme. Nous reprendrons alors.

Il se retourne et sort, suivi par les médecins. Ma tête est toujours aussi lourde et j' ai l' esprit brumeux. Des gardes viennent me chercher. Je suis tellement affaiblie que lorsqu' ils me détachent je m' écroule sur le sol, incapable de tenir sur mes jambes. Ils me prennent sans ménagement par les épaules et me traînent dans le long couloir blanc, jusqu' à la cellule. Ils ouvrent la porte et me jette à l' intérieur. Je heurte Etan de plein fouet et nous retombons en arrière, tandis que la porte se referme lourdement.

Je roule sur le côté pour laisser Etan se relever. Il gémit en se mettant sur ses coudes.

- Bon sang… je comptais profiter de ce qu' ils ouvrent la porte pour… Eva, qu' est-ce que tu as !

Je n' ai pas pu me lever, je suis à bout de forces. J' ai le corps agité de mouvements convulsifs à causes de l' électrocution que j' ai subie.

Etan s' accroupit puis passe mon bras par dessus son épaule pour m' aider à me lever.

-Aïe…

- Désolé. Tu as les poignets brûlés, on dirait. Ils ont commencé… ?

Je hoche de la tête en me mordant les lèvres pour ne pas grimacer de douleur. Je m' assois doucement.

- Ils vont me le payer… Je te jure que je vais leur faire payer, j' arrive à prononcer tout en m' allongeant.

Je n' arrive pas à m' empêcher les tremblements et j' ai mal partout. C' est comme si tout mon corps brûlait, et pourtant j' ai tellement froid… Les larmes me viennent aux yeux. Je ne tiendrai pas… je ne réussirai jamais à tenir le coup... Je me recroqueville en tirant le drap sur moi.

- Hé, ça va, n' y pense plus, chuchote Etan en s' asseyant à côté. Il faut que tu te reposes.

Me reposer. Pourquoi, au juste? Pour subir la même chose ? Je n' y arriverai pas. Ils finiront par avoir ce qu' ils veulent… Je ne suis pas assez forte… Je ne pourrai pas.. Je…

Je ne sais pas comment, mais j' ai réussi à dormir. Je me réveille quelques heures plus tard. Une douleur au bras m' a rappelée à la réalité. Je me redresse en m' appuyant sur mon coude. Avec quelques difficultés je parviens à m' asseoir.

- Ca va mieux ?

- Un peu…

Je me passe la main sur la tête pour remettre mes cheveux en ordre. Les brûlures me font toujours souffrir, mais j' ai l' impression d' avoir retrouvé un esprit clair. J' appuie mon dos contre le mur, je ramène mes jambes devant moi et je pose mon menton sur mes genoux.

- Est-ce qu' ils y sont arrivés ? Demande Etan, sans me regarder.

- Non. J' ai réussi à résister, apparemment.

Etan pousse un léger soupir de soulagement.

- Mais je ne pourrai pas tenir encore longtemps comme ça. Ils vont revenir et je ne sais pas…

Il me regarde d' un air soucieux. Mes mains, que j' ai passées autour de mes jambes, tremblent encore légèrement. Je croise les bras pour les cacher.

- On va sortir d' ici. Mais ça va pas être simple… La porte n' a pas de serrure, et elle a l' air d' être blindée.

Il a déjà inspecté le reste de la salle pendant qu' on m' avait emmenée. Le conduit d' aération est minuscule, je peux tout juste passer le bras dedans. Les couchettes ne sont que des planches de métal accrochées au mur et il est impossible de les décrocher pour s' en servir de bélier. Pas la moindre trappe dans le sol ni sous les couchettes. Les murs sont aussi en métal, et très épais. Il espérait que les sculptures des murs pourraient révéler une sortie et il en inspecté le moindre centimètre carré, mais non. Nous grimpons même sur une des couchettes pour essayer de soulever un des pans du plafond, mais il ne bouge pas d' un centimètre et…

La porte s' ouvre derrière nous. Nous faisons immédiatement volte-face. Mais debout sur les couchettes, les mains dans le dos, on a à peine l' air suspects…

C' est un garde qui porte des plateaux. Ça tombe bien, je commençais à avoir faim… Il entre et dépose les plats sur une des couchettes. Avant que je n' aie pu dire quoi que ce soit, Etan bondit sur lui et le frappe dans le dos, puis à la tête, l' assommant sur le coup.

Je saute de la couchette pour me cacher sur le côté de la porte. En entendant le fracas, un second garde entre. Je le frappe à la nuque, puis dans les jambes et il s' effondre. Comme personne d' autre ne rentre, je risque un coup d' œil à l' extérieur. Le couloir est vide. Etan me rejoint. Je l' arrête par le bras avant qu' il ne sorte.

- Les couloirs sont sûrement surveillés par des caméras de surveillance.

- Tu es sûre?

- Eh bien, les seules fois où je suis sortie, je n' étais pas en état de vérifier, mais sur un vaisseau qui transporte des prisonniers, ce serait surprenant qu' il n' y ait que deux gardes pour surveiller.

Il faut prendre les uniformes des gardes. Ils nous permettront de passer inaperçus dans un premier temps. Etan passe un des uniformes par dessus ses vêtements pendant que je tiens la porte qui menace de se refermer. Puis il me remplace et je m' habille.

J' attrape les matraques électrisantes qui gisent sur le sol et je frappe les soldats avec. A la fois pour tester les armes, pour vérifier qu' ils sont toujours évanouis et pour satisfaire un sentiment de vengeance personnelle. Ils portent tous des masques, alors je ne sais pas si ces deux-là étaient responsables de ce qu' on m' a fait. Mais un soldat d' Esthar, c' est un soldat d' Esthar. Et ces-deux-là se réveilleront avec un sacré mal de tête. Nous mettons les masques qui nous couvrent entièrement la tête. Etan jette un dernier coup d' œil dans le couloir après que je lui aie passé une des matraques, qu' il attache à sa ceinture.

- Allez, viens, dit-il.

Je referme doucement la porte après être sortie, enfermant ainsi les deux gardes. Il y a plusieurs portes semblables à celle qui menait à la pièce où nous nous trouvions. Je suppose qu' il s' agit d' autres cellules. Nous longeons les murs et devons rebrousser chemin en voyant plusieurs gardes arriver d' un couloir perpendiculaire. Avec un casque et un uniforme identiques, ils seraient probablement incapables de nous reconnaître, mais ils peuvent toujours venir nous parler et nous préférons ne pas courir le risque.

Notre objectif, c' est de trouver les capsules de sauvetage et nous enfuir au plus vite. Ca n' a rien de glorieux, mais jouer les héros et se faire rattraper dix minutes après avoir réussi à s' échapper ne le serait pas davantage; à deux contre toute une flotte, pas la peine de rêver.

Alors nous restons les plus discrets possible, tout en essayant de conserver une allure normale, qui ne paraîtrait pas suspecte au cas où nous serions surveillés par des caméras… Nous passons devant une salle ouverte. Des gardes sont assis à jouer aux cartes et à discuter. L' un d' entre eux nous fait un signe de la main, et nous lui répondons de même avant de déguerpir, le cœur battant comme jamais. Nous passons devant différentes salles, mais aucune ne mène à la sortie. A une autre intersection, nous nous retrouvons dans un énième couloir qui me semble étrangement familier.

-Mais ils se ressemblent tous, ma parole. On est pas déjà passés par là? Je demande en regardant tout autour de moi.

- Comment font les soldats pour se repérer là-dedans? Demande Etan, excédé.

- Il doit y avoir un plan quelque part. Regarde, il y a un ordinateur, là-bas.

Après avoir vérifié que le couloir était libre, nous pénétrons dans la salle. Etan appuie sur la commande pour refermer la porte et je me dirige vers le PC.

- Et si jamais il faut un code d' accès? demande Etan.

- Alors on aura qu' a aller demander notre chemin à un soldat.

Je me débrouille avec un ordinateur, mais je ne suis pas un pirate informatique, non plus.

Mais ce n' est finalement pas nécessaire, parce que l' ordinateur était juste en veille, il ne me demande pas de mot de passe. J' arrive à télécharger le plan du vaisseau.

- Donc, j' explique à Etan en montrant du doigt une partie de l' écran, nous, on est là. Ca doit être une salle de contrôle annexe.

- Hein ?

- C' est à dire qu' elle contrôle cette partie du vaisseau. Pour décharger la salle principale de contrôle du vaisseau d' une partie de ses fonctions, si tu veux. Les cellules de détention sont juste là. C' est bien ce que je pensais: on a fait que tourner en rond, je fais, agacée.

- L' armurerie! s' exclame Etan en montrant une petite salle un peu plus bas sur l' écran.

J' avais complètement oublié ça. Nos sacs doivent se trouver là, normalement. Si on s' échappe sans rien d' autre que ces fichus uniformes, on fera quoi, une fois dehors? Mais même si ce n' est pas le cas, on en trouvera d' autres et surtout, comme l' indique le nom, il y aura des armes!

- Où sont les capsules de sauvetage ? Demande Etan.

- Elles se trouvent probablement à un autre étage, je réponds en m' affairant sur le clavier pour faire apparaître le plan des autres niveaux du vaisseau.

- Et s' il n' y en a pas?

- C' est obligé qu' il y en ait. C' est une mesure de sécurité. Tiens, regarde. C' est quatre niveaux en dessous de celui où on est… Bon sang, mais quelle taille il fait, ce vaisseau?

- Celui dans lequel je suis monté était tout petit pourtant, dit Etan en se grattant la tête, sceptique.

- Alors c' est qu'il à été amarré à un plus gros. On doit être dans un croiseur ou quelque chose comme ça. Bon, il faudra prendre cet ascenseur pour descendre. Il n' est pas très loin d' ici.

-A condition qu' il ne soit pas surveillé, fait remarquer Etan. T' as un moyen d' accéder aux caméras de surveillances?

- Oui, mais là, il faut un mot de passe spécial.

Nous fouillons les poches de notre uniforme au cas où l' un des gardes aurait été assez stupide pour y laisser le code inscrit sur un petit bout de papier. Sans succès. Tant pis.

- Et pourquoi on emprunterait pas carrément un des vaisseaux du hangar, regarde ! Demande Etan.

- Parce que je serais incapable de le faire démarrer, je grogne.

- Et si eux s' en servent pour nous poursuivre ? Fait remarquer Etan.

Et zut, je n' y avais pas pensé! Il doit y avoir un moyen de bloquer l' ouverture des hangars. Oui, c' est là. Mais évidemment, il faut un code. Il est tout simplement impossible de détacher une capsule sans qu' ils s' en rendent compte, dans la salle de contrôle. Ils vont lancer les vaisseaux à notre poursuite et des capsules de sauvetage n' ont rien d' engins de course…

Tout à coup, la porte s' ouvre derrière nous.

Etan se redresse brusquement, tandis que je reste pétrifiée au dessus de l' écran.

- Salut, fait un soldat en entrant. Ca va?

- Heu… oui, fait Etan.

Il entre tranquillement et ouvre une des caisses pour y récupérer une boîte, juste derrière nous. .

- Épuisante, cette garde, ronchonne le soldat. Ca fait six heures d' affilée. Vous vous rendez compte ? Sans la moindre pause !

- Ca alors…

- Vous bossez sur quoi? Demande le soldat en s' approchant du l' ordinateur.

- On… on vérifie que… que tout est en place, dit Etan.

- Bonne idée. Avec ces Seeds à bord, on sait jamais. Paraît qu' ils sont super forts. Z' avez regardé les caméras du couloir est ? Les soldats ont pris leur pause. Il n' y a pas de risque normalement, mais on sait jamais…

- Euh… je… on a… oublié le code.

- Le code ? S' étonne le soldat. Mais c' est votre carte magnétique qu' il faut utiliser, enfin! C' est lui qui transmet le code à l' ordinateur!

Il me montre l' appareil qui est en dessous de l' ordinateur où il faut glisser la carte.

- Ahlala, z' êtes nouveaux tous les deux, hein? Soupire le soldat. Bon, regardez.

Il détache l' écusson sur son épaule et la passe dans la fente de la machine.

- Dans ce sens-là, hein? Si vous mettez dans l' autre, ça peut abîmer votre carte et l' ordinateur ne le reconnaîtra pas. Et après, pour en obtenir une autre auprès de l' administration, ce sera la croix et la bannière. Pigé?

Nous hochons de la tête, et en regardant mon épaule je me traite d' idiote pour la millionième fois de la journée. On avait ce qu' il fallait sur nous depuis le début…

- Bon, faut que j' y aille. Ca ira?

- Merci.

Une fois qu' il sort, sa boîte sous le bras, et que la porte se referme, Etan semble se remettre à respirer.

- Plutôt sympa, fait-il en enlevant son écusson pour le passer dans l' appareil.

L' ordinateur reconnaît la carte et le code s' affiche. Je m' empresse de verrouiller les portes des hangars. Tant que j' y suis, je modifie l' accès à ces données en incluant un mot de passe cette fois. En cas de problème, le temps qu' ils réussissent à sortir leurs vaisseaux du hangar, on sera déjà loin.

- Regarde, on peut même voir les plans de patrouille, s' exclame Etan.

Woaw. On a les horaires, les noms et le nombre de soldats, plus les lieux qu' ils sont censés surveiller. En tout cas on devrait être tranquilles jusqu' à l' ascenseur; là ils sont de l' autre côté de ce niveau.

Je mémorise le chemin à parcourir pour arriver à la salle des armes et nous rendre à l' ascenseur, puis j' éteins l' ordinateur.

Nos sacs se trouvent effectivement dans des caisses dans l' armurerie. On les a juste posés là, ils n' ont même pas été ouverts. Nous récupérons nos sacs et nos armes, plus un fusil blaster chacun. Ce sont les armes des esthariens, et les armes de combat rapproché ne nous serviraient pas à grand chose contre leur tirs. J' attrape aussi quelques grenades que je suspends à ma ceinture.

- Juste au cas où. On ne sait jamais… je réponds en haussant les épaules à Etan qui me demande ce que je compte faire exploser au juste.

Il lève les yeux au ciel.

- Ca va être difficile de passer inaperçu avec tout ça, fait-il remarquer.

Il désigne mon gros sac à dos noir et rouge - pas vraiment les couleurs d' Esthar- le sien, pas tellement plus discret, plus nos armes.

- On aura de quoi riposter, au moins.

- Oui, mais si tout le vaisseau est alerté, c' est pas avec deux malheureuses armes à feu qu' on pourra repousser TOUS les soldats…

C' est pas faux, mais il reconnaît qu' on ne peut pas non plus laisser nos affaires ici - et encore moins sa gunblade.

Maintenant, direction l' ascenseur.

Alors que nous tournons dans le couloir suivant, nous nous retrouvons face à une patrouille. Mais qu' est-ce qu' ils font ici, eux? Ils étaient censés être du côté des cellules! Est-ce qu' ils sont donc tout à fait incapables de respecter un plan de patrouille? Je pile sur place, et Etan, qui ne m' avait pas vu m' arrêter me percute de plein fouet. Il s' apprête à râler quand il aperçoit les soldats.

- Et merde, murmure-t-il.

Nous nous redressons puis reprenons notre marche comme si de rien n' était en espérant qu' on ne nous arrêtera pas mais le soldat qui dirige la troupe s' arrête à notre niveau et nous salue.

- Que faites vous ici, soldats? Ce n' est pas votre zone.

Je me retiens de lui faire remarquer que ce n' est pas la sienne non plus. D' une part parce selon son uniforme, il s' agit d' un gradé, qu' il est plutôt mal vu de critiquer son supérieur hiérarchique, et ce serait la meilleure façon de se faire remarquer. Et d' autre part parce que s' il y en a qui ne sont vraiment pas censés être là, c' est nous !

- Nous avons reçu l' autorisation de mener les sacs des prisonniers aux niveau -2 pour inspecter leur contenu, dit Etan.

- Depuis quand c' est le niveau -2qui s' en occupe? s' étonne la garde. C' est toujours ici que ça se passe.

- 'Ce que j' en sais, moi… bougonne Etan. Les ordres, c' est les ordres…

- Ouais, ils savent vraiment pas ce qu' ils veulent, en haut. Bon, allez-y. C ' est juste qu' on doit surveiller les allées et venues ici. A croire qu' ils nous prennent pour des idiots, les chefs. Comme si on serait pas capable de repérer l' ennemi s' il s' échappait...

Après un ultime salut, il nous laisse passer et la troupe poursuit sa ronde. Quand ils ont tourné, je recommence à respirer. J' ai frôlé la crise cardiaque, là. Alors qu' il nous reste deux couloirs à traverser, des pas précipités se font entendre derrière nous et une voix ordonne :

- Arrêtez-vous !

- Continue, me souffle Etan. On y est presque.

- ARRETEZ -VOUS IMMEDIATEMENT OU NOUS OUVRONS LE FEU!

Des tirs résonnent derrière nous. Nous rentrons le cou puis nous nous collons contre le mur pour nous protéger derrière les renforcements. Une sirène assourdissante se met à retentir.

- Cette fois, on est repérés, me crie Etan pour couvrir les bruits des tirs. Ils ont dû faire des vérifications.

- Et ils vont tous débarquer. Ils peuvent arriver par derrière et là on sera encerclés.

Pour l' instant on arrive à garder les soldats à distance parce qu' ils ont vu qu' on avait aussi des fusils, mais ça ne va pas durer. Cherchant une issue, Etan remarque une grille en bas du mur. Il s' accroupit avec précaution pour regarder ce qu' il y a derrière.

- C' est un conduit d' aération, dit-il en se relevant.

-Oui, et alors?

J' espère qu' il pense pas à ce que je crois qu' il pense.

- On va passer par là.

- T' es pas un peu cinglé ?

Il tire dans la grille qui vole en éclats, puis il donne des coups de pieds dans les bouts qui sont restés accrochés pour élargir le trou et il saute dedans. Il est complètement cinglé.

Après avoir tiré une dernière fois sur les soldats, je saute après lui, les pieds en avant en priant pour qu' il sache ce qu' il fait. Je glisse à toute allure dans une sorte de long tube métallique qui descend, jusqu' à ce que j' entende la voix d' Etan, lointaine :

- Attend un instant, reste là où tu es !

- Quoi ?

- Ne descend plus !

Mais comment il veut que je fasse ça ? Il n' y a rien à quoi s' accrocher! Je finis par tendre les bras et les jambes sur le côté pour freiner. Quand j' y arrive, je me trouve à un mètre au dessus d' Etan. Il est debout et regarde par terre.

- Mais qu' est-ce qui se passe, encore ? Je crie, furieuse.

Il relève la tête vers moi en désignant le sol, d' où proviennent les quelques rayons de lumière qui constituent le seul éclairage de l' endroit.

- C' est une grille, dit-il. A cette vitesse on l' aurait pulvérisée, et dessous il y a une hélice.

Il me tend les bras pour m' aider à descendre, et j' atterris doucement à côté de lui.

Il n' y a pas de sortie de secours, si c' est ce que cet idiot espérait trouver ici.

- Bravo, on a l' air malin, maintenant, je fais. Comment on sort d' ici?

On a probablement descendu une trentaine de mètres, alors ce n' est même pas la peine de songer à remonter, surtout qu' on serait attendus par des dizaines de soldats armés et pas très contents.

- Attends, pousse-toi un peu, dit Etan.

- Et tu voudrais que je me pousse pour aller où? Je m' énerve.

Le tube ne doit même pas faire un mètre de largeur sur un mètre de longueur. Alors changer de place, ça va être pratique si on songe qu' en plus on a nos énormes sacs sur le dos... On finit par réussir à tourner pour échanger nos places et Etan s' accroupit pendant que je me mets sur la pointe des pieds pour lui laisser la place. Il détache une autre grille et passe la tête par l' ouverture.

- Regarde. On devrait pouvoir sortir par là, en rampant. Ca doit bien mener quelque part.

Je suppose que ce n' est pas le moment de dire que je suis claustrophobe…

C' est trop étroit pour pouvoir passer avec les sacs sur le dos. Comme je suis plus mince qu' Etan, il vaut mieux que je passe devant, j' aurais moins de mal à me mouvoir. Lui, il poussera les sacs en me suivant. Il faut donc échanger à nouveau nos places et je m' engouffre dans l' ouverture la tête la première. J' espère que ça ne va pas se mettre à descendre, plus loin.

Je dois m' aider des coudes pour avancer. Au bout de dix mètres je suis crevée. Je déteste cette sensation de faire du sur place comme ça.

Il y a différentes intersections, mais au point où on en est, on a aucune idée de l' endroit où ça va nous mener. De temps en temps, je trouve une sortie, mais elles débouchent sur des salles remplies de soldats, comme les dortoirs ou la cantine. Ca doit faire des heures maintenant qu' on tourne dans les conduits, je suis épuisée et Etan aussi peine derrière.

Je finis par trouver une salle apparemment vide. Je réunis mes forces pour pousser la grille et je la fais tomber par terre. Aucune réaction. J' arrive à m' agripper au rebord pour éviter de tomber la tête la première et je sors. Enfin de l' air! Je récupère les sacs puis j' aide Etan à descendre.

- J' ai cru qu' on en sortirait jamais, dit-il en s' étirant.

Nous nous trouvons sûrement dans une salle d' entrepôt. Après nous être reposés un instant contre les caisses empilées, nous remettons nos sacs sur notre dos et nous sortons, toujours avec nos uniformes - qui n' ont maintenant plus grand chose de présentable - sur le dos.

Reste à savoir à quel niveau nous nous trouvons et comment accéder aux capsules de sauvetage. Tout paraît parfaitement calme, ce qui est plutôt bizarre vu le vacarme qui régnait en haut tout à l' heure. Ca m' étonnerait qu' ils se soient dit qu' ils allaient nous laisser tranquille, finalement.

Je finis par trouver un ordinateur. Il indique que nous sommes au niveau -6, c' est à dire tout en bas de l' appareil, et un niveau en-dessous de celui où se trouvent les capsules de sauvetage. On aura la poisse jusqu' au bout, ma parole. Je n' espérais pas vraiment atterrir juste à côté des capsules de sauvetage, mais quand même…

Il faudrait un miracle pour arriver là-bas sans se faire repérer. Surtout que pour les ascenseurs, c' est grillé : ils doivent être sous bonne garde maintenant. Je repère un escalier de service à proximité, il faudra voir par là. Etan me dit qu' il est à peu près sûr qu' on sera attendus en haut. Mais est-ce qu' on a d' autre choix? Alors, les mains crispées sur nos armes, nous montons avec prudence. Nous arrivons à l' étage supérieur. Il n' y a pas un bruit.

- C' est pas normal, murmure Etan. Ils doivent nous attendre quelque part. C' est impossible que le seul moyen de quitter le vaisseau reste sans surveillance.

- Ils sont peut-être tout simplement stupides…

Mais je sens bien qu' il a raison. S' ils nous attendent, ils n' ont pas d' intérêt à se montrer avant que nous soyons assez dégagés pour qu' ils puissent nous entourer sans problème.

- Si on se séparait ? Je propose. Ils ne s' y attendent sûrement pas, ça les obligerait à revoir leur tactique à la dernière minute. On fait chacun le tour pour se retrouver aux capsules de sauvetage.

Il a un instant d' hésitation.

- Tu te souviens de chemin? Je demande.

- Oui, oui, c' est bon.

-Alors quoi?

- … Non, rien.

Bon, on a pas de temps à perdre. On se sépare. Les capsules de sauvetage doivent se trouver devant nous, mais nous faisons le tour chacun de notre côté. Tout est silencieux. Si des soldats se cachaient ici, je pourrais même les entendre respirer. Les couloirs sont vides, mais je reste sur mes gardes. J' avance avec précaution, mon arme relevée, et j' inspecte le moindre couloir. Les capsules se trouvent deux allées plus loin, normalement, je devrai tourner à gauche. J' y arrive au bout de quelques minutes sans avoir rencontré qui que ce soit. Je dois être devenue complètement parano… Mais Etan n' est toujours pas arrivé. Qu 'est-ce qu' il fiche, à la fin ?

Des tirs dans un couloir parallèle me font me redresser en sursaut. L' arme tendue en avant, je cherche une cible du regard. Les tirs continuent, mais je ne vois toujours rien.

Bon sang, c' est Etan qui s' est fait prendre.

Je retourne dans le couloir d' où je viens. J' aurais une chance de prendre les Esthariens par derrière. Je sors une des grenades que j' avais ramassée. J' avance plus lentement à présent, ma main toujours crispée sur l' arme. Ils sont accroupis près d' un mur et tirent sur une cible que je ne peux pas voir. Vérifiant qu' aucun autre soldat n' arrive sur le côté , j' active la grenade que je lance au milieu des soldats puis je recule pour me cacher. Ce ne sont pas des grenades très puissantes, leur portée n' est pas très grande et si une ou deux explosent ici, ça n' aura pas de conséquence, le vaisseau est beaucoup trop grand. Par contre on ne peut pas en dire autant des soldats que se sont retrouvés à quelques centimètre d' elle. J' entends des cris, une explosion puis plus rien.

Je risque un œil dans le couloir. Quelques soldats que se trouvaient ici sont allongés sur le sol, immobiles. D' autres sont debout, appuyés contre le mur pour pouvoir rester debout, visiblement sonnés. Il leur suffit de m' apercevoir pour reprendre leur esprits et se mettre à me tirer dessus. J' en viens facilement à bout, d' autant plus que d' autres tirs proviennent de derrière eux et m' aident à les éliminer. Les soldats, paniqués en se voyant cernés par les tirs, ne savent plus où donner de la tête. Une fois qu' ils sont tous à terre, Etan sort de sa cachette.

- Je m' en doutais bien que ça pouvait être que toi, pour l' explosion, souffle-t-il.

Il me suit en courant jusqu' aux modules de sauvetage. Ce sont des minis vaisseaux qui peuvent transporter six personnes maximum et permettent d' évacuer le vaisseau en cas d' urgence.

Nous jetons nos sacs dans l' appareil, nous nous penchons pour passer par l' étroite entrée et Etan referme la porte pendant que je m' installe aux commandes.

Maintenant, il va me falloir faire face à un problème que j' avais mis de côté jusqu' ici pour me concentrer sur les étapes précédentes: est-ce que je vais être capable de piloter ce truc?

J' allume l' écran de contrôle. En même temps, la protection de l' appareil se retire et dégage le pare brise. Il fait jour dehors. Assis là, nous avons l' impression de ne pas bouger et pourtant les paysages en bas défilent à une vitesse impressionnante. Nous sommes visiblement à une haute altitude. Les maisons paraissent minuscules vues d' ici.

- C' est pas pour te mettre la pression, mais y' a des chances que d' autres soldats débarquent ici, dit Etan, nerveux. Alors ce serait bien qu' on soit partis avant…

Pas pour me mettre la pression…

Allez, c' est pas le moment de paniquer. Tu l' as déjà fait, ma vieille. Ce n' est qu' un engin de secours, rien de bien compliqué, quand même... Je mets le contact et le moteur se met à ronfler, ce qui est une bonne nouvelle. Je tire sur la manette pour nous faire avancer, mais l' appareil ne bouge pas d' un centimètre. En revanche, le moteur émet un ronflement qui ne me dit rien de bon. Je préfère arrêter d' accélérer avant qu' il ne surchauffe.

- On doit toujours être retenus au vaisseau, dit Etan.

Quel sens de la déduction…

Bon, il doit bien y avoir une commande pour changer ça. En fouillant le tableau de bord, Etan finit par trouver un levier. Il y en a un aussi de mon côté. Tout en maintenant le volant d' une main - histoire qu' on ne tombe pas à pic si on se détache - je l' abaisse. Etan fait de même de son côté, l' air plutôt anxieux. Le module subit une légère secousse, signe que nous avons réussi à nous dégager. Par chance nous ne tombons pas à pic, mais je dois vite reprendre le volant à deux mains. Puis j' accélère autant que je peux et nous nous éloignons à toute vitesse de là, au début avec quelques difficultés à cause de l' attraction que le vaisseau exerce sur le notre.

- Tu vois où on est? je demande à Etan.

Il se penche en avant, regarde sur les côtés.

- Au dessus d' une forêt… mais aucune idée de laquelle.

Génial. Essayez donc d' atterrir dans une forêt… Et celle-ci semble ne jamais finir. Il va falloir trouver un endroit où atterrir avec une ville à proximité. Je ne sais pas quelles sont les capacités du module, mais je pense qu' on ne va pas aller très loin. Ce n' est pas un vaisseau, ça sert juste à évacuer en cas d' urgence et je préfèrerais trouver un endroit où me poser avant qu' on ne manque de carburant. Nous ne nous trouvons plus à une très haute altitude et j' ai légèrement ralenti afin de ne pas dépenser inutilement du carburant. Mais où m' arrêter? Si c' est encore pour tomber dans un trou perdu au milieu de nulle part, merci bien. Nous survolons maintenant la mer, puis nous nous retrouvons de nouveau au dessus d' un continent.

- On dirait une ville, là-bas! S' exclame Etan au bout d' un moment, en, se penchant vers l' avant.

Je jette un rapide coup d' œil. D' ici, on dirait seulement une tache grise au milieu d' une plaine, mais en nous rapprochant, je constate qu' il a raison. Etan a l' air ravi, mais je dois à présent encore fois faire face à un autre problème que j' avais préférer laisser de côté jusqu' à ce que je sois obligée de m' y confronter: l' atterrissage. Le moins que l' on puisse dire, c'est que le dernier n' était pas très réussi. Même sans soldats à nos trousses, je ne sais pas en combien de morceaux le vaisseau aurait atterri. Heureusement, les modules de sauvetage sont prévus pour des atterrissages en catastrophe. On va avoir l' occasion de vérifier s' ils sont efficaces et solides.

Je décide de me poser près d' une forêt qui devrait masquer le vaisseau à la ville. C' est quand même un vaisseau estharien. Dieu sait comment on serait accueillis si quelqu' un nous voyait en descendre…

Je ralentis autant que possible, mais au stade où en est, c' est plus la gravité qui décide que moi. Et nous descendons bien plus vite que je ne l' aurais voulu. Etan se renfonce dans son siège, les mains crispées sur les accoudoirs. Je jette un oeil au compteur. Dix mètres avant d' atteindre le sol… Sept… Quatre… Deux…

Je tire de toutes mes forces pour relever le volant afin faire stopper l' appareil.

Un grand craquement se fait entendre lorsque la coque heurte le sol, et nous glissons sur l' herbe en faisant voler les jeune arbres que se trouvent sur le passage sur une centaine de mètres ,avant que l' appareil ne s' immobilise totalement.

Je suis entière. Sur le point de tomber dans les pommes, mais entière. Je tourne la tête vers Etan. Il est un peu pale, mais il va bien aussi.

- On essaiera de trouver une voiture pour repartir, hein… Dit-il faiblement en se détachant.


commentaire de SheBanG

Déjà : un immense désolé à genoux pour ce retard; je n' ai aucune excuse, vu que les chapitres sont écrits depuis belle lurette et qu' il me suffisait de les corriger. Je m' arrache un peu les cheveux sur les derniers chapitres, la fin est déjà en vue, mais c' est encore loin, ça devrait être vers les chapitres 20, par là...

J' ai été vache avec Etan, je sais. Il a rien pour lui, le pauvre, hein ? Un père qui a trahi la BGU et tenté de tuer tout le monde; il est orphelin, personne ne l' aime et maintenant, il est mourant. Désolée vieux. J' avais prévenue que je serais méchante. ( commentaire à moi-même : comme s' il avait eu le choix… ).

Pendant un moment, j' avais pensé, pour le moment où Eva propose qu' ils se séparent, montrer qu' Etan n' avait peut-être pas tout à fait confiance en Eva; qu' il se demandait si ce n' était pas un moyen pour elle de se débarrasser de lui en partant toute seule - puisqu' il est incapable de piloter et donc de s' évader seul au cas où il serait retardé par des soldats et n' arriverait pas à la rejoindre à temps. Et là, évidemment, Eva aurait été super vexée parce que bon, même si elle ne l' adore pas, c' est pas son genre de faire des trucs pareils, etc etc…

Je vous explique: pour moi, Etan n' aurait pas tant inquiet d' être laissé ici que triste d' être abandonné après ce qu' ils avaient parcouru tous les deux; qu' il pensait que ça les avait quand même rapprochés, même si c' était pas le grand amour mais qu' il doutait qu' Eva puisse penser la même chose, avec son sale caractère.

Puis je me suis dit… pff, ça va encore retarder l' histoire pour rien, une dispute à ce moment. Maintenant qu' ils commencent ENFIN à mieux se connaître et à s' entendre à peu près, je vais pas encore compliquer les choses, hein. Etan a déjà été très conciliant, il s' est toujours efforcé de lui faire confiance même au début, alors c' est pas pour douter d' elle a la dernière minute.

Mais d' un autre côté… ben les choses sont pas évidentes à suivre avec Eva: un coup elle est gentille, un autre jour insupportable… Alors il aurait pu quand même se demander, non? Qu 'est-ce qu' elle pensait réellement de lui à ce moment?

Mais bon, ma paresse l' a emporté. C' est déjà assez compliqué comme ça à écrire, je vais pas en rajouter, ça deviendrait carrément du masochisme. Alors stop, ça suffit. Na.

Et finalement ( encore), j' ai juste laissé le "moment d' hésitation", pour montrer quand même tout ça, mais laisser le choix au lecteur de penser ce qu' il veut ( jusqu' à un certain point, me direz vous, puisque je finis par dire ce que ça signifiait… ah lala, mais elle sait pas ce qu' elle veut, cette fille…), et aussi parce que l' hésitation pourrait ne pas être due uniquement à ce que j' ai expliqué plus haut… ( et là, vous avez le droit de penser ce que voulez ! troooop gentille moua )

Bref, c' était beaucoup parler pour pas grand chose, ce commentaire? Tout ça pour commenter un passage que je n' ai même pas mis, c' est pas mal, non?

Sheba. Je ne crois pas que j' avais déjà parlé de la raison pour laquelle j' avais choisi ce prénom pour le G-Force. En fait, c' était en cherchant un mot dans le dico d' anglais que je suis tombée dessus. Sheba, c' est Sabbat, en fait. Vous voyez, «Reine de sabbat », quoi. Et juste dessous, il y a le mot Shebang, qui signifie bazard. Alors forcément, pour ce G-force je me suis dit que ça correspondait bien parce qu' elle censée mettre tout sens dessus dessous.

Je crois que quand je recorrigerai les chapitres précédents ( mais ce sera pas avant d' avoir terminé le fic, par contre), je rajouterai certains éléments, certains passages afin d' étoffer un peu tout ça. J' ai trouvé que finalement, je n' avais pas insisté sur comment est Eva dans la vie de tous les jours. Elle est quand même pas toujours désagréable, pleurnicharde et de mauvaise humeur… il faudra que je rajoute une bonne partie pour qu' on puisse mieux la cerner, et voir qu' elle est particulièrement désagréable avec Etan, mais qu' elle ne l' est pas tout le temps et avec tout le monde. Et ceux qui sont censés être ses meilleurs amis, j' en dit pas grand chose non plus. Vous me direz, vu qu' au bout de trois chapitres ils ne font plus partie du décor ça n' a pas de grand intérêt… Mais ils reviendront sûrement à un moment, bananes ! vous répondrai-je.

Quoiqu' il en soit je voudrais dire que je suis vraiment désolée pour cet horrible et impardonnable retard à ceux qui suivent ma fic, vos commentaires m' ont fait énormément plaisir. Je m' arrache un peu les cheveux sur le chapitre 19 en ce moment ( eh oui, heureusement que j' ai de la marge ! lol) mais je vais essayer d' être moins irrégulière, pour la suite, promis !

Biz biz

SheBang