CHAPITRE XII

A bout de forces, nous sortons quasiment en rampant de l' appareil. Nous restons allongés dans l' herbe un long moment, les yeux perdus dans le vide, revivant silencieusement ces dernières heures. Je n' arrive pas à croire qu' on s' en soit sortis. Mon cœur a du mal à reprendre un rythme normal.

Etan se lève. Il n' est pas question de traîner ici indéfiniment.

Il a réussi à repérer et à désactiver l' émetteur de la capsule avant que nous ne changions de direction et euh… n' "atterrissions" ; nous ne risquons donc rien dans l' immédiat, ils ne peuvent pas savoir où nous sommes. Mais avec les moyens qu' ils possèdent, ce n' est sans doute qu' une question de temps avant qu' ils n' y arrivent et ne débarquent ici.

Nous dissimulons la capsule tant bien que mal, en la couvrant de quelques branches que nous avons arrachées en atterrissant, mais il faudrait vraiment avoir un problèmes aux yeux pour ne pas la remarquer. Tant pis. Elle ne sera pas visible depuis la ville ni la route, c' est l' essentiel.

Après avoir récupéré nos affaires et nous être débarrassés des uniformes, nous nous dirigeons vers la ville. Je ne peux m' empêcher de soupirer de soulagement en la reconnaissant.

- Deling City… grogne Etan.

- Et alors?

- Alors, on me connaît, ici.

- Et je suppose que c' est pas une bonne nouvelle ? Je devine à son air renfrogné.

Il hausse les épaules.

- La dernière et seule fois que je suis venu c' était il y a quinze jours. Je devais juste aller résoudre un problème avec un type qui faisait du commerce illégal pour ton père. Quelqu' un m' a pris pour mon père et il y a eu une émeute. Il a fallu toute la police de la ville pour écarter la foule. Tu as pu voir le résultat à l' infirmerie…

C' est vrai que Seifer a fait des siennes ici. Moi, mon père a toujours refusé que je voyage avec lui, ce qui fait que personne ne me connaît et je peux passer inaperçue sans problème. En revanche, le lien de parenté entre Etan et un des plus grand criminels du siècle est quasiment inscrit sur son visage. Ca ne va pas nous faciliter les choses, c' est sûr.

Impossible de faire autrement de toute façon. La ville la plus proche est à des kilomètres, et il nous faut nous reposer un peu, tous les soldats d' Esthar seraient-ils à nos trousses. Etan tire de son sac une casquette qu' il enfonce jusqu' aux yeux, et il remonte le col de sa veste. Question discrétion c' est toujours pas le top, mais je n' ai pas de meilleure idée, alors…

Soudain, en regardant l' entrée, je m' arrête sur place.

- Etan, les soldats ! Je m' étrangle en m' agrippant à son bras.

- Hein? Quoi?

Devant nous, trois soldats gardent l' entrée en faisant les cent pas, discutant à voix basse.

Paniquée, je tourne la tête vers Etan. Il est livide.

-M… mais c' est pas possible ! Je balbutie. Comment est-ce qu' ils ont… Ils peuvent pas savoir qu' on est ici ?

Les sourcils froncés, il considère les soldats un instant.

- Non, je ne pense pas qu' ils soient là pour nous. On a pris nos précautions. Et de toute façon ils n' auraient pas pu être là aussi vite, même si l' émetteur de la capsule de sauvetage avait fonctionné... Par contre il se peut qu' ils aient pris la ville.

Il va falloir qu' on m' explique pourquoi la poisse s' acharne à nous suivre dans tout ce qu' on fait. C' est vraiment pas le moment.

-Alors?

- Comment ça "alors"? S' exclame Etan. On fait demi-tour, et tout de suite, encore !

- C' est ça, la prochaine ville n' est jamais qu' à cinquante bornes ! En plus, ils nous ont vu; on aurait l' air à peine suspect en faisant demi-tour maintenant…

- T'es folle ? Ca grouille sûrement de soldats, là-dedans !

- Peut-être, mais ce sera certainement plus difficile de se faire repérer dans la ville parmi tous les gens qu' en trainant dans je ne sais quel endroit désert où on attirera l' attention.

- C' est une logique qui me dépasse un peu, là je dois dire…

L' air pas très enthousiaste - et je le comprends si on songe que pour lui le danger vient à la fois des soldats et des habitants, ce qui revient à dire: de chaque personne qu' il croisera - il pèse le pour et le contre pendant un instant.

- Très bien, on y va, soupire-t-il. Mais j' espère qu' on ne fait pas une grosse bêtise…

Et moi donc…

Il va falloir aller trouver le maire de la ville, si on peut aller jusque là. Il nous aidera à contacter la BGU ou n' importe quelle autre fac. C'est la seule solution que je vois.

Inspirant un bon coup, nous nous avançons, essayant de nous retenir de nous enfuir en courant dans la direction inverse.

- Salut, fait un des soldats gardant l' entrée. Désolé, on a juste quelques petites formalités à remplir avant que vous puissiez rentrer. Juste quelques renseignements.

- B… hum, bien sûr, je fais en me raclant la gorge pour retrouver une voix normale.

Je ne peux pas m' empêcher de penser à la dernière fois que je me suis retrouvée en face d' un soldat d' Esthar. Etan garde la tête légèrement baissée afin de cacher son visage au moins en partie.

- Juste la routine, vous voyez, on doit surveiller qui entre ou sort…

Bon, vos noms, s' il vous plait.

- Patrick et Dina Pihl.

Les premiers noms qui me sont venus à l' esprit. Ca doit être le nom d' un couple d' un des romans à l' eau de rose débiles de Meryl. Il y a trois semaines, Bess et moi sommes tombées dessus parce qu' elle en avait oublié un dans la cafétéria, et nous avons pleuré de rire tout l' après midi après avoir lu. Ca aura au moins servi à quelque chose.

- Et qu' est-ce que vous venez faire ici? Demande-t-il à Etan, sans doute pour voir s' il n' était pas muet étant donné qu' il n' a pas ouvert la bouche jusqu' ici.

Problème: ils pourraient finir par le reconnaître.

- On pourrait vous demander la même chose, je fais remarquer en croisant les bras.

Etan me fait les gros yeux sous sa casquette, mais l' autre hausse les épaules.

- Vous inquiétez pas, lui dit le soldat. On y a le droit tout le temps.

- Eh bien c' est sûrement pour une bonne raison...

- Tout le temps? Depuis quand vous êtes ici ? Demande Etan en me coupant.

- Quatre jours, je crois? Répond l' autre en se tournant vers ses deux collègues.

- Chouette ville, hein? Fait Etan du ton du badinage, pour m' empêcher de l' ouvrir.

- J'pourrais pas trop dire. Nous on est coincés ici. Sûr que je serais mieux chez moi, mais les ordres c' est les ordres. On me dit de garder les portes, je garde les portes. On me dit de ne pas laisser entrer ceux qui ne coopèrent pas, et je ne laisse pas entrer les gens qui ne coopèrent pas. Alors, qu' est-ce que vous venez faire ici ?

- Rendre visite à notre oncle, répond Etan.

- Nom du parent?

Aïe je ne connais personne ici. Je pourrais inventer, mais je parierais qu' ils ont une liste des habitants de la ville.

- Albertide Milenius, répond Etan.

- Ok, ça ira. Allez-y. Bon séjour.

- Tu parles, je grogne un fois qu' ils ne peuvent plus entendre. T' aurais du me laisser faire, ils auraient pu te reconnaître. Il ne fallait pas attirer l' attention, je te rappelle.

- Il va falloir que tu revoies ta définition d' " attirer l' attention". Qu' est-ce que tu cherchais à faire ? Le mettre en colère?

- J' ai dit le premier truc qui me passait par la tête, je dis en haussant les épaules. Cet Albertide, c' est qui?

Etan n' a aucune famille, c' était un bobard de plus. Mais si le soldat nous a laissé entrer c' est qu' il savait qu' il y a bien une personne de ce nom ici.

- Une connaissance.

- Je croyais que tout personne ici ne t' appréciait?

- Je n' ai pas dit qu' Albertide était un ami.

La rue est pleine de soldats. Ils semblent postés devant chaque porte. Les habitants leurs renvoient des coups d' œil furieux qu' ils ne remarquent pas, soient que ça leur soit parfaitement égal, soit qu' ils soient trop stupides pour comprendre qu' ils leurs sont adressés.

- Ca fait quatre jours qu' ils sont là, chuchote Etan tandis que nous traversons la ville. Ils sont donc arrivés avant même que nous ne soyons attrapés, ça n' a donc rien à voir avec nous. C' est déjà ça.

- Ils ont réussi à prendre Deling City, malgré les défenses de la ville. En quoi ça pourrait être bon signe? Imagine combien d' autres villes ont pu être prises? Combien de territoires ils ont sous surveillance ?

Il ne répond rien à ça, il s' était sûrement déjà posé la question.

Nous nous mêlons à la foule, mais avec l' impression d' être aussi voyants que si nous portions des pancartes lumineuses avec notre nom dessus.

Le palais du maire est évidemment l' endroit le plus gardé de la ville. Pas moyen d' approcher alors nous passons rapidement. D' après des habitants, le maire ne serait même plus ici, personne ne l' a vu. A priori, Esthar a besoin de lui pour négocier et ne lui aurait donc pas fait de mal, mais on ne sait jamais… Conclusion: aucune aide à attendre de ce côté.

Etan m' a averti qu' il ne restait plus d' argent car il avait dû utiliser ce qui restait pour acheter les provisions à Tréhignac. Mais nous pouvons vendre les blasters que nous avions… euh… empruntées.

En effet, nous parvenons à les vendre à un bon prix à un petit armurier teigneux – notre fameux oncle Albertide - qui à mon grand étonnement et soulagement ne nous interroge pas sur leur provenance. Il ne semble pas plus surpris que ça de voir deux jeunes posséder de telles armes. Il nous envoie juste un regard mauvais qui en dit long sur ses relations avec Etan, mais d' après ce dernier, il n' y a pas à se faire de souci, il ne nous dénoncera pas: c' est lui qu' il était venu voir il y a quinze jours à cause de son stock d' armes illégales, et il est obligé de coopérer avec les universités sous peine de finir en prison. Et s' il avait pu se dire qu' une fois que les esthariens étaient ici il n' avait plus à se soucier de cet accord, notre venue lui laisse penser qu' il est toujours surveillé. Par ailleurs, il n' a aucun intérêt à aller se frotter aux soldats étant donné qu' une bonne partie de son stock provient d' ennemis d' Esthar. Quoi qu' il en soit, un fois sortis de là c' est comme si tout d' un coup nous avions un grand poids en moins sur les épaules.

Ensuite, direction l' hôtel. Nous avons décidé d' éviter le centre ville. C' est la partie ancienne de la ville; nous avons pensé que c' est là qu' Etan a le plus de risques de se faire reconnaître. Nous restons donc dans la partie neuve de la ville. Ceux qui vivent là ont sans doute moins de chance de connaître Seifer.

Mais tous les hôtels, même les moins chers sont pleins à craquer de soldats. Nous finissons par en trouver un où il reste de la place. Il ne paye pas de mine, c' est le moins que l' on puisse dire, mais c' est tout ce que nous pouvons nous permettre. Le hall surchauffé est rempli de soldats. Le propriétaire débordé et au bord des larmes nous annonce que son établissement est devenu le repaire des soldats depuis leur arrivée. Mais oui, il lui reste une chambre ou deux, et oui, il accepte de nous en louer une.

Il nous donne sa meilleure chambre, ce qui ne veut pas dire grand chose étant donné l' état de délabrement des lieux - drôlement avancé pour un bâtiment pas si vieux que ça - mais c' est un moyen pour lui d' assouvir un petit sentiment de vengeance par rapport aux soldats, et il est très fier de nous donner la clé de la petite chambre du deuxième étage.

Contrairement à ce que je craignais, c' est assez propre; le décor est plutôt sommaire, mais bon, on est pas en vacances. Il y a un lit, c' est tout ce que je demande. Étant donné que nous avons dit être frères et sœur, il ne voyait pas trop le problème si nous devions dormir ensemble et de toute façon il ne reste rien d' autre, alors nous ferons avec. Je me laisse tomber en arrière sur le lit, les bras en croix.

Etan pose son sac. Il retire les restes de pain et de viande séchée qui sont maintenant complètement inconsommables et va les jeter. Le propriétaire nous a conseillé de ne pas nous mêler aux soldats dans la cuisine - conseil parfaitement inutile, nous n' avons pas vraiment l' intention d' aller sympathiser avec eux. Je me demande s' il ne mijote pas quelque chose. Etan m' aide à soigner mes poignets brûlés que la panique m' avait un peu fait oublier, mais qui ne sont pas très beaux à voir. Comme le soleil n' est pas encore près de se coucher, nous sortons ensuite manger et voir si nous ne pouvons téléphoner quelque part.

L' autre problème avec la présence des soldats, c' est que tous les moyens de communication sont surveillés. Nous n' avons aucun moyen de savoir si des lignes sécurisées ont été conservées à l' insu des soldats parce qu' évidemment, personne n' irait s' en vanter avec toutes les arrestations sur dénonciation qui ont lieu. Nous avons entendu dire que des gens sont suspectés d' avoir des contact avec les universités et même de cacher des élèves, et qu' ils finissent par disparaître comme par magie. C' est vraiment pas notre veine. Même l' aubergiste (qui de toute façon ne sait pas qui nous sommes et ne sait pas à quoi il s' expose sans quoi il serait sans doute un peu moins coopératif) nous a dit n' être au courant de rien. La solidarité entre assiégés a tout de même ses limites.

Je connais le numéro d' urgence de chacune des universités, mais même en faisant toute la ville nous n' arrivons pas à trouver un poste sûr. Etan ne veut pas me laisser seule au cas où, mais il n' est vraiment pas tranquille et nous ne traînons pas. Abattus, nous rentrons après avoir mangé un morceau à un petit restaurant du coin.

Une fois de retour dans la chambre, je ferme précautionneusement la porte. Je n' ai pas la moindre envie de me faire surprendre en pleine nuit par des soldats. Assis sur le lit, à la lueur des deux malheureuses lampes à huile qui constituent le seul éclairage de la pièce, nous tirons le bilan pas très réjouissant de la journée. Il évident que nous n' arriverons à rien ici, inutile de s' attarder plus longtemps. Cela ne ferait qu' augmenter les risques de nous faire remarquer. Demain, il nous faudra continuer jusqu' à la prochaine ville. Elle est assez loin d' ici, mais après un bon repas et une vraie nuit de sommeil nous devrions y arriver sans problème, quitte à camper encore une nuit. Il n' a plus qu' à espérer que les soldats auront laissé la ville tranquille.

Nous ne nous réveillons que tard le lendemain matin. Nous sortons acheter des provisions pour le voyage. Avant de retourner chercher nos affaires à l' hôtel, nous nous arrêtons manger devant un petit restaurant. C' est encore celui qui est le moins envahi de soldats, et nous en comprenons la raison dès que le déjeuner nous est servi : la viande est à moitié carbonisée et consistance du riz rappelle l' argile parsemé de petits cailloux. Entre les habitants d' un côté et les soldats de l' autre, Etan est certainement celui qui fait le moins le fier, mais personne ne semble nous remarquer. Je ne peux pas m' empêcher de penser au ridicule de la situation.

Si quelqu' un m' avait dit il y a quinze jours que je me retrouverais attablée devant un resto bizarre pour déjeuner comme si de rien n' était avec un type pour qui je n' ai pas le moindre souvenir d' avoir ressenti autre chose que du mépris et qui se trouve en fait être l' un de mes plus vieux amis et mon seul allié, je lui aurai ri au nez. Et pourtant il n' y aurait pas de quoi.

Un crétin qui passait à côté de nous avec sa commande se prend les pieds dans une chaise et me renverse tous ses plats dessus. Par un regard, Etan m' enjoint de conserver mon calme: c' est vraiment pas le moment de faire un scandale. J' arrive à me retenir de lui hurler après mais le gamin effaré se répand en excuses comme si j' allais le battre à mort, puis il part précipitamment.

Je ne peux certainement pas rester dans cet état, j' empeste la soupe de chou - et le type de tout a l' heure en avait commandé une quantité industrielle. Etan me raccompagne à l' hôtel pour que je me change.

Evidemment, mes vêtements maculés de soupe font bien rire tous les gamins dans la rue. J' ai entendu une vieille femme renifler en voyant mon état. Comme si j' avais sauté par plaisir dans une marmite entière de soupe puante. Il y en a, vraiment…

Tout ça pour dire que je ne suis déjà pas d' une humeur charmante quand je m' aperçois alors que nous tournons dans une rue que le crétin à la soupe est derrière nous. Préférant d' abord imaginer que ce n' est qu' un hasard, je continue en vérifiant à plusieurs reprises s' il est toujours là. Dés que je me retourne, il détourne le regard et fait mine de s' intéresser aux crottes de chiens dans le caniveau. Il faut se rendre à l' évidence: ce demeuré nous suit. A croire qu' il n' a pas eu son compte.

- Ne te retourne pas, je chuchote à Etan, mais on est suivi.

- Un soldat ?

- Non, le garçon de tout à l' heure. Et ça m' étonnerait que ce soit encore pour s' excuser.

L' air effrayé de l' aubergiste quand il nous parlait des dénonciations ne sont pas pour me rassurer, mais si celui qui nous suit pense pouvoir venir à bout d' Etan et moi à lui tout seul, il va être déçu. Nous accélérons légèrement le pas, puis nous tournons dans une ruelle déserte. Etan se tapit contre le mur en attendant de voir si l' autre arrive. Nous entendons un bruit de pas et sitôt le garçon en vue, Etan l' empoigne et le colle contre le mur. Je me poste en face de lui, les bras croisés.

-Arrêtez , arrêtez ! Se met à crier le garçon en levant les bras. Je suis de la BGU ! Je suis de la B…

Surprise, je plaque ma main sur sa bouche pour le faire taire. Etan me renvoie un coup d' œil inquiet. Ce crétin a probablement alerté tout le quartier. Mais non, personne n' arrive.

- Tu veux un porte-voix, peut-être ? Je m' énerve en le lâchant une fois qu' il s' est calmé. Je pense qu' il y a quelque soldats à l' autre bout de la ville qui ne t' ont pas entendu, c' est dommage.

- Je suis de la BGU, répète-t-il d' une petite voix étranglée.

- Et alors? Qu' est-ce que tu veux que ça nous fasse? Je demande, méfiante.

- Ben… vous êtes bien la fille du proviseur? Et lui… lui c' est...

- Bon, ça va , je l' interromps avant qu' il ne dise quelque chose de plus qui pourrait nous amener des ennuis. Qu' est-ce que tu fais ici si tu es élève à la BGU ?

- Euh… Il pourrait pas me lacher d' abord? Demande-t-il d' un air pas très rassuré en faisant un signe de tête vers Etan.

Ce n' est qu' un gamin, on ne risque pas grand chose. Etan le relâche, mais il montre bien qu' au moindre mouvement suspect, il est prêt. En lui jetant un coup d' œil, le garçon remet sa veste en place.

- Alors, comment ça se fait que tu sois ici si tu es élève à la BGU?

- Le jour de l' attaque à la BGU, j' avais euh… ben j' avais séché les cours avec des copains et on est allés à Balamb. Les soldats sont arrivés, ils ont encerclé la ville et il y en a qui ont vu qu' on était de la BGU alors ils ont voulu nous arrêter. Là, y'a un gars de la BGU qui est arrivé, il avait un uniforme et il nous a aidés. Il voulait qu' on prenne le train pour s' échapper mais il s' est fait blesser. On a quand même réussi à prendre le train en l' emmenant. Dans le train y' avait un Seed qui avait réussi à passer aussi. Et… On est arrivés ici; celui qui nous a aidé, il est toujours très malade c' est pour ça qu' on ne peut pas partir; on est hébergés chez des gens qui ont bien voulu nous aider, mais on sait pas quoi faire, alors quand je vous ai vu... J' ai pas fait exprès, pour la soupe, je vous jure. Je devais en ramener pour les autres. Je vous ai reconnu quand j' ai renversé ma soupe et je voulais pas parler devant tout le monde alors…

Il parle très vite sans reprendre sa respiration, et il à l' air sur le point de fondre en larmes. Pour le coup, je m' en veux. Il en a bavé lui aussi, ça se voit.

- C' est bon, c' est rien, dis-je plus doucement.

- Comment tu t' appelles? demande Etan.

- Gustave. Vous allez nous aider?

- Où sont les autres ?

Il n' est plus question de partir, nous retournons en ville. Gustave et les autres logent chez un avocat et sa fille qui ont accepté de les cacher à leur arrivée. Il y avait avec lui le Seed ( le nom que Gustave me donne ne me dit absolument rien ), l' élève blessé, deux copains et une amie. Nous arrivons rapidement et Gustave nous fait entrer. Une toute jeune fille rousse arrive à notre rencontre.

- Gustave ! Enfin tu… Oh! s' interrompt-elle en nous voyant suivre.

- J' ai trouvé de l' aide, dit-il avec un grand sourire.

De l' aide, c' est peut-être un peu beaucoup dire, étant donné que nous sommes nous mêmes complètement paumés, mais bon…

- Vous êtes bien la fille du proviseur ? Ca alors ! S' exclame-t-elle, l' air radieux. Je m' appelle Charlène, je suis aussi à la BGU.

- Enchantée. Appelle-moi Eva. Lui c' est Etan.

- Venez, on va vous mener aux autres. Le monsieur qui nous héberge n' est pas là pour l' instant mais il y a Sofia, sa fille.

Nous pénétrons dans un petit salon. Un garçon assis dans un fauteuil se lève d' un bond à notre arrivée. Il écarquille les yeux en me voyant, me reconnaissant visiblement lui aussi.

- Bonjour mademoiselle Leonhart, dit-il en me tendant la main d' un air important. Je suis Hans Dolnert, je suis Seed et c' est un honneur de vous rencontrer. Je suis ravi que vous ayez réussi à échapper à tout ça et…

Je fais celle qui est ravie mais je n' ai pas le moindre souvenir de lui alors que je pensais connaître tous les Seed de Balamb Garden. Je me demande s' il ne me prend pas pour un homme politique ou un truc du genre, je ne comprend pas la moitié des choses qu' il raconte, et il ne me laisse pas en placer une jusqu' à ce que Gustave vienne à mon secours.

- Monsieur Dolnert, je vais la mener au blessé.

- Oui, oui bien sûr…

- "Monsieur Dolnert" ? Je demande, une fois que nous nous sommes éloigné.

- C' est lui qui veut qu' on l' appelle comme ça.

- Il est Seed, ok, mais c' est peut-être quand même exagéré, non?…

- Il est un peu spécial, dit Gustave. Mais ne lui dites pas que j' ai dit ça, il m' obligerait à re-cirer tout l' escalier.

Je ris, persuadée qu' il plaisante, mais je m' aperçois que je suis la seule. Il ne pouvait quand même pas être sérieux… Si ? Je me tourne vers Etan alors que nous arrivons dans le couloir. Il hausse les épaules.

Nous croisons un autre garçon qui doit avoir l' âge de Gustave, treize ou quatorze ans. Il est un peu plus petit et il a des cheveux blonds qu' il a dû coiffer avec un pétard. Il a un grand sourire en nous voyant, et de joie, manque même de se jeter à notre cou - mais il se ravise, sans doute en voyant l' état de mes vêtements. Il s' appelle Léo. Enchantée. Il descend tandis que nous continuons.

Nous entrons dans une chambre. La pièce est assez sombre parce que les volets sont à moitié fermés, mais mes yeux sont immédiatement attirés vers la personne allongée sur le lit. Mon cœur fait un bond en le voyant.

- CASEY !

Je fais sursauter tout le monde, mais la personne allongée sur le lit ne bouge pas. Je me précipite auprès de lui. C' est bien Casey, immobile, le visage pâle et couvert de sueur. Il semble dormir.

Casey…

Il a réussi à s' échapper…

J' avais tout fait pour me convaincre qu' il allait bien qu' il avait réussi à s' enfuir ou qu' au moins il était avec mes parents et Bess. Je dois me mordre les lèvres pour ne pas crier.

Je m' assieds sur le bord du lit et prends une de sa main dans la mienne. Elle est tellement brûlante…

- Casey… je murmure la voix à moitié brisée. Qu' est-ce qu' il a ? je demande à Gustave qui est juste derrière.

- Il s' est fait tirer dessus en essayant de nous défendre. Il a repris conscience plusieurs fois depuis qu' on est arrivés, mais la plupart du temps il reste dans cet état. On ne savait même pas comment il s' appelait, en fait. Vous le connaissez ?

Je hoche la tête. Si je le connais…

- Il nous a sauvés, murmure Charlène qui est arrivée derrière. Je suis désolée.

- Il n' y a pas être désolée, je réplique. Il ira très bien dans quelques jours. Casey, tu m' entends? Casey ?

Je ne l' ai jamais vu dans un tel état. Je sais que ça le rendait dingue quand il me voyait blessée, et moi ça me faisait rire, je trouvais qu' il s' inquiétais pour rien. Mais maintenant je vois ce que ça a pu lui faire…

Casey, réveille-toi. Réveille-toi s' il te plait…

Mais il ne bouge pas. Il semble être plutôt dans un état proche du coma que du sommeil.

Des personnes entrent dans la pièce.

- Qu'est-ce que… ? Fait une voix masculine.

- Ils sont de la BGU. C' est Eva Leonheart, chuchote Charlène.

Il faut qu' il aille mieux. Maintenant que je suis là ça ira.

- Il doit se reposer, vous devriez le laisser, fait une personne en face de moi que je n' avais pas vue arriver.

C' est une jeune femme, peut-être un peu plus âgée que moi. Ses longs cheveux noirs sont noués à la nuque et ses yeux noisette me fusillent du regard. Elle est assise de l' autre côté du lit, face à moi et elle tient l' autre main de Casey.

- Il est au moins dans le coma, vous ne pensez pas que ça suffit comme repos? Je réplique sèchement.

Pour qui elle se prend, celle-là? Je suis sûre qu' elle ne connaît même pas Casey; il n' a aucune famille et il n' est jamais venu ici. Alors je ne sais pas qui elle est, mais elle n' a rien à faire là.

- Je m' appelle Sofia. C' est moi qui l' ai soigné.

- Si j' étais vous je ne m' en vanterais pas.

- Eva ! Intervient Etan.

La Sofia en question est devenue écarlate. Ce que j' ai dit était probablement très injuste, mais pour l' instant je m' en moque complètement. Il faut que Casey se réveille.

- J' ai fait mon possible, proteste-t-elle, blessée. Ses blessures sont très graves. Il a besoin de calme, il ne faut pas l' agiter.

- Ce n' est certainement pas vous qui me direz de quoi il a besoin.

Au dessus du lit, l' échange de regard est électrique, tout le monde s' en aperçoit.

- Euh… Quelqu' un veut un sandwich ? Propose Gustave.

- Non merci, je réponds calmement sans quitter Sofia des yeux.

- Sofia, dit doucement Charlène, est-ce que vous pourriez venir m' aider à préparer le thé?

- Je ne pense pas que tu aies besoin d' aide pour ça, répond-t-elle en me foudroyant du regard.

- Si, s' il vous plait, insiste Charlène.

A contre cœur - parce qu' elle comprend bien que le but était uniquement de me permettre de rester seule avec Casey - elle se lève et suit Charlène en silence. Ils quittent tous la chambre. J' entends des pas se rapprocher derrière moi, s' arrêter un moment puis faire demi-tour.

Ca m' est égal. Complètement égal. Qu' ils s' en aillent tous.

Il est tellement immobile. Bouge, s' il te plait. Même un tout petit peu. Réveille-toi…

Il a des bandages à la tête et à l' épaule gauche. Je préfère ne pas voir s' il y en a d' autres, je ne pense pas le supporter. Je me rends compte que j' ai le visage inondé de larmes.

Je me surprends à lui parler. Lui parler de tout ce qui s' est passé depuis qu' on ne s' est pas vu. Des gens que nous avons croisés. Du moment où on retrouvera la BGU. La lumière diminue peu à peu dans la pièce. La nuit est tombée dehors. Je m' en moque. Je lui parle comme jamais en tenant toujours sa main.

J' observe son visage, le moindre de ses traits. Mais il ne bouge pas.

Je n' ai pas entendu les autres remonter. C' est Charlène arrivant derrière moi pour me demander si je voulais quelque chose qui m' a surprise.

- Non merci, ça va.

- Vous devriez prendre quelque chose. Ce n' est pas en vous rendant malade qu' il se réveillera plus vite.

- De toute façon il est tard. Vous devriez retourner à l' hôtel, fait la voix de Sofia qui s' approche du lit.

- Ils ne pourraient pas passer la nuit ici ? Propose Léo. En se serrant un peu…

- Il n' y a pas assez de place pour tout le monde, désolée, répond Sofia d' un ton sec.

- Ce n' est pas grave, je n' ai pas l' intention de dormir. Je resterai ici, je dis tranquillement.

- Vous n' y pensez pas ? S' exclame-t-elle, surprise.

- Il est hors de question que je le laisse.

- Vous avez une réservation à l' hôtel, non? Rétorque Sofia. Si vous n' y retournez pas, on s' en apercevra.

- Ca m' est égal.

- Eva, intervient Etan. Elle n' a pas tort. Des gens louent une chambre et n' y logent pas… je ne pense pas que le gérant de l' hôtel nous dénoncerait, mais lui ou d' autres clients pourraient poser des questions. Ca ne rendrait service à personne.

- Je ne le laisserai pas.

Je sais bien qu' ils ont raison mais… je viens de le retrouver et…

- On revient demain, Eva. A la première heure.

- Et si…

Je n' arrive pas à parler. Tous mes cauchemars défilent devant mes yeux sans que j' arrive à les formuler. Il ne faut pas que je le laisse.

- Il ne lui arrivera rien, assure doucement Etan.

- Tu n'en sais rien.

- Tu vois qu' ils l' ont bien soigné... Le laisser, c' est ce qu' il y a de mieux à faire pour l' instant. Si on attire l' attention les soldats peuvent venir jusqu' ici.

- C' est bon, on y va, je m' énerve en me levant.

J' ai un mal fou à lacher la main de Casey. Une fois que je me suis éloignée, Sofia prend ma place et remonte le drap de Casey jusqu' à son cou, comme si j' avais fait courir un risque inconsidéré à Casey par ma seule présence.

Je tourne le dos et sors, Etan sur mes talons.

Il fait noir dehors. Les rues sont désertes. Je ne peux pas m' empêcher de tempêter et maudire Sofia tout le long du chemin.

- Je te garantis que si elle essaie encore de m' empêcher de voir Casey ça va saigner, je maugréé d' une voix venimeuse. Non mais, pour qui elle se prend? Elle est qui, d' abord? Elle le connaît pas, c' est mon meilleur ami. Je suis sûre que c' est de sa faute à elle si Casey est dans cet état… Demain je retourne le voir et si elle essaie de m' en empêcher avec ses prétextes bidons je lui arrache les yeux...

Nous y arrivons au moment où le gérant de l' hôtel allait fermer les portes. Il se demandait où nous étions passés et si nous n' avions pas eu des ennuis, dit-il. C' est pas une bonne idée de traîner tard le soir, et si nous avons l' intention de rester dans son hôtel, il ne veut pas que nous lui attirions d' ennuis, ce qui est compréhensible. Il regarde mes vêtements tachés avec surprise. Je passe devant lui sans même m' arrêter; je vais dans la chambre où je me laisse tomber sur le lit, épuisée. Etan ferme la porte et s' assoit à côté.

- J' ai un peu parlé avec les autres. Apparemment, ils n' ont pas pu quitter la ville parce que Casey était trop malade. Puis quand son état a été plutôt stable, ils voulaient partir en train pour la fac de Winhill mais les soldats sont arrivés à ce moment.

- La fac de Winhill?

- C' est encore la plus proche à partir d' ici, fait-il remarquer.

- J' avais oublié, je dis en me redressant pour m' appuyer contre le mur. Mais de toute façon on ne peut pas davantage contacter Ellone que les autres proviseurs, et elle aussi a sûrement fait en sorte d' évacuer l' université. Ils n' auraient probablement rien trouvé en allant là-bas.

- C' est ce que je leur ai dit, mais... Euh… la conversation a pas été évidente en fait.

- Comment ça?

- Faut que je te fasse un dessin ?

Ok, ça doit encore être par rapport à son père…

- En fait, c' est surtout le Seed. Il n' a pas voulu m' écouter… Il se méfie de moi. Il voulait juste savoir comment on compte partir. Ils veulent nous accompagner.

- C' est compréhensible. Ca ne me dirait rien non plus d' être coincée ici, avec tous ces soldats.

Et dire qu' il y a quelques temps encore c' était le genre de vie que je voulais. L' aventure, le voyage, ne rendre de compte à personne… Maintenant ça me rend dingue. Je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas que tout le monde soit en danger pour y parvenir.

- Et pourtant, continue Etan, je pense que le mieux qu' ils puissent faire c' est encore de rester ici. Ils sont hébergés, nourris. En étant prudents ils devraient être tranquilles jusqu' à ce que l' affaire soit résolue…

Je hoche la tête en réfléchissant. J' en sais rien en fait. Évidemment, ce n' est pas faux ce qu' il dit. Mais tout ce que je vois, c' est Casey, blessé, allongé là-bas. Et cette peste juste à côté.

- J' ai essayé de lui parler, à ce Hans. Il n' a pas la moindre idée de quoi faire. Je sais pas comment il a pu devenir Seed, mais la seule chose qu' il sait faire c' est donner des ordres stupides aux gamins, du genre : cirer l' escalier ou aller repeindre le garage des gens qui les hébergent soit disant pour les remercier pendant que lui-même reste assis dans son fauteuil. Depuis le temps qu' ils sont ici il n' a pas réussi à établir le moindre plan pour s' échapper. Si on se met sous ses ordres, on court à la catastrophe.

- C' est pas comme si on avait le choix… je fais remarquer.

Si ce gars est un Seed, on est obligés de se mettre sous ses ordres, on a pas le choix, c' est le protocole. Etan s' appuie contre le mur, les mains derrière la tête.

- Je sais. Il est notre supérieur. D' un côté, ce sera un soulagement de ne plus avoir à décider de ce qu' il faut faire. Jusqu' ici les choix que j' ai faits n 'ont pas été très heureux, il faut le reconnaître… Mais d' un autre côté, je ne suis pas sûr qu' il soit tellement plus compétent que nous…

- Il faut réfléchir à ce que nous nous allons faire, et essayer de l' influencer, j' imagine...

- Et il faut sérieusement y penser, même. On n' aurait pas dû être restés ici.

- Je sais.

- Ce n' est pas un reproche. Je sais que tu ne pouvais pas partir en le voyant comme ça, je comprends…

- Merci, je dis, tout en sachant bien qu' il ne va pas en rester là.

- Mais il faut absolument se mettre d' accord sur ce qu' on va faire. On est déjà restés plus longtemps qu' on ne l' aurait dû. Et si on doit partir plus nombreux que nous ne sommes arrivés, comment on va l' expliquer? Parce qu' on va certainement devoir passer devant les soldats…

Je le sais, tout ça.

Etan est dans une position sacrément plus difficile que la mienne. Dans d' autres circonstances, je serais prête à repartir dès le lendemain matin. Mais partir aussi vite, en supposant qu' on trouve un moyen, ça pose un autre problème: Casey. Est-ce que j' arriverai à le laisser ici ? Je sais que ce serait de la folie d' essayer de l' emmener dans cet état alors que je n' aurai aucun moyen de m' occuper de lui. Ici, au moins, il serait avec les autres de la BGU. Je n' ai aucune envie qu' il reste seul avec cette Sofia, je m' en méfie trop.

- On verra ça demain, dit Etan en m' observant. On est tous les deux épuisés.

C' est rien de le dire.

Il s' allonge à côté et me tourne le dos avant de s' endormir.

Ce n' est que très tard dans la nuit que je parviens à fermer l' oeil. Je ne peux que penser à Casey qui est à quelques maisons plus loin et, inévitablement, à tous les autres de la BGU. Est-ce qu' eux aussi ont trouvé un moyen de s' échapper? Tous les enfants qui étaient là, est-ce qu' ils sont en sécurité?

Je pensais ne pas parvenir à dormir tellement j' avais hâte de retrouver Casey, mais je suis réveillée par les rayons du soleil déjà haut dans le ciel. Etan est déjà levé, il est allé chercher de quoi prendre le petit déjeuner. Nous nous précipitons là-bas. C' est Charlène qui nous ouvre et je me dirige derechef vers la chambre de Casey. Gustave se trouve là, ainsi que Sofia et Léo. Les garçons sont en train de nettoyer en silence.

- Bonjour Gustave, Léo, je dis en m' asseyant auprès de Casey sans prêter attention à Sofia.

- Bonjour madem… Eva.

- Euh… moi je m' appelle pas Léo.

- Quoi? Mais hier tu m' as dit que…

- Non, c' était mon frère. Moi c' est Roy. On est jumeaux en fait.

Ben ça va être pratique…

- D' accord, désolée. Est-ce qu' il s' est réveillé ?

- Non, répond Gustave. On est restés toute la nuit, il n' a pas bougé. Mais au moins son état reste stable, s' empresse-t-il de rajouter pour me rassurer.

Je me rends compte que je ne les avais même pas remerciés alors qu' ils sont restés avec lui tout ce temps pour le soigner.

- Merci, je lui dis avec un sourire reconnaissant. Je sais que vous faites tout ce qui est possible.

Gustave sourit à son tour.

- Votre ami nous a sauvés. On ne pouvait pas faire autrement que de l' aider à notre tour. Je suis sûr qu' il va bientôt se réveiller.

- Merci, je dis encore.

Charlène m' apporte un café et ils sortent tous, même Sofia. Je reste encore toute la journée à attendre le moindre signe de réveil de Casey, mais je ne peux pas faire grand chose de plus pour lui. Il ne bouge pas d' un millimètre en dehors de sa poitrine qui se soulève à intervalles réguliers, signe qu' il respire toujours. Le soir tombe au bout d' une éternité et Gustave et Léo - je crois - doivent presque me traîner jusqu' à la cuisine pour me faire avaler quelque chose. Ils sont tous réunis, sauf Sofia qui est retournée voir Casey dès que je suis arrivée. Ils sont tous assis là à attendre que j' ai fini. Etan se tient debout dans un coin, appuyé contre le mur, les bras croisés. Les autres sont assis, l' air maussade.

- Bon, vous avez réussi à me couper l' appétit. Qu' est-ce qui se passe? Je demande en repoussant mon assiette.

- On voudrait savoir ce que vous comptez faire, maintenant. Je veux dire… est-ce que vous comptez rester ici, avec tous ces soldats?

- Non, bien sûr que non. On va chercher à joindre une des universités.

- Il n' y a aucun moyen ici, dit Gustave. On a déjà essayé. Tous les moyens de communication sont surveillés.

- Je sais. Mais peut-être qu' ailleurs ce sera différent. De toute façon nous sommes certainement recherchés par Esthar en ce moment, on ne peut absolument pas rester ici.

- On veut partir avec vous, dit Charlène.

Ce n' est pas vraiment une surprise. Mais j' ai retourné le problème toute la nuit, et ce n' est vraiment pas une bonne idée.

- Ce n' est pas possible, je dis.

- Pourquoi ?

- Vous êtes plus en sécurité ici.

- Au milieu des soldats d' Esthar ? Fait remarquer Léo, à juste titre je m' en rends compte. Il y a déjà des bruits qui courent comme quoi des élèves seraient cachés ici. Ca ne va tarder avant que les soldats ne cherchent à vérifier si la rumeur est fondée.

- Et on ne peut pas imposer à la famille qui nous héberge de prendre autant de risques.

Ils marquent un point. Etan reste toujours dans son coin, silencieux.

- Je vous assure que vous ne savez pas ce que c' est. Nous avons été capturés une fois…

- Et vous avez réussi à vous échapper apparemment.

- Ce n' est pas aussi facile, je soupire. Vous êtes trop jeunes pour vous battre…

- Vous n' êtes pas tellement plus âgés, fait remarquer Charlène.

- Exact, mais nous avons reçu une formation de Seed qui nous rend aptes au combat, contrairement à vous, et ça fait toute la différence. On ne peut pas se permettre de prendre plus de risque pour vous protéger en cas de problème. Ils n' auront pas de pitié parce que vous êtes jeunes.

- Ce n' est pas ce qu' on espère, dit Léo, mais on veut faire quelque chose pour aider.

Que répondre à ça? Je comprends tellement ce qu' il veut dire par là. Je sais qu' à sa place je dirais la même chose. Mais ils n' ont pas suivi d' entraînement suffisant, ce serait de l' inconscience de les faire venir avec nous, aussi motivés soient-ils. Ils nous gêneraient plus qu' autre chose, et nous n' avons pas de temps à perdre.

- Je sais ce que tu peux ressentir. Je sais ce que vous pouvez tous ressentir, je dis d' une voix plus posée en les regardant dans les yeux les uns après les autres. Mais il faut que vous compreniez que c' est beaucoup plus dangereux que tout ce que vous pouvez imaginer. Il ne s' agit pas d' une petite guéguerre contre les soldats d' Esthar. C' est très sérieux, ça a des enjeux que même nous ne pouvons pas comprendre encore. On ne peut pas vous faire prendre ces risques.

- On est censés faire quoi, rester ici à attendre qu' on nous découvre, alors?

Etan, c' est quand tu veux, surtout…

- Je pense que nous pouvons parfaitement tous partir ensemble, dit Hans, hésitant. Ce serait plus sûr, au contraire. Plus on sera nombreux, plus ce sera facile de se défendre…

C' est une façon plutôt simpliste de voir les choses…

- Oui, bien sûr, un groupe de jeunes qui voyage de ville en ville ça n' aurait pas l' air louche du tout, je fais d' un ton sarcastique. Est-ce que je dois vous rappeler qu' on est surveillés, et en ce qui nous concerne Etan et moi, on nous connaît. C' est au contraire avec nous que vous serez le moins en sécurité.

- Sauf votre respect vous ne savez pas à qui vous avez à faire, fait Etan, qui se réveille enfin. Vous ne pouvez pas décider de les exposer à un danger dont vous-même vous ignorez tout.

- J' ai fui la BGU quand elle se faisait attaquer et je me suis échappé de Balamb alors que la ville était encerclée. Puis j' ai habité dans une ville envahie par les soldats, dit-il d' un ton pincé. Alors je pense que je peux dire que je sais de quoi je parle.

- Et moi je vous garantis que non. Je sais que rester ici est aussi très risqué. Il n' y a aucune bonne solution. D' un côté comme de l' autre on risque tous beaucoup. Mais ici ces gens sont prêts à vous apporter leur aide; vous feriez mieux de l' accepter parce qu' ailleurs vous ne savez pas si ça sera encore le cas et vous pourriez pourtant en avoir encore plus besoin.

- On ira tous ensemble. S' ils veulent venir, je pense que ça ne peut que nous être bénéfiques, on a besoin de toute l' aide possible, rétorque Hans.

- On ne vous gênera pas, promis. Si quelque chose arrive vous n' aurez qu' à nous laisser…

- Ca ne marche pas comme ça, Charlène. C' est un travail d' équipe et chacun doit être sûr de pouvoir compter sur les autres. Si tu viens avec nous, tu penses vraiment que nous te laisserons sur le bord du chemin en attendant que les soldats te trouvent pour t' emprisonner, te torturer et te tuer? Parce que c' est ce qui t' attend si tu es attrapée, je te signale. Ecoutez…Si vous décidez de venir, je ne pourrai pas y faire grand chose, mais il faut vraiment que vous y réfléchissiez bien. Moi je pense que vous seriez beaucoup mieux ici.

- Attendez, fait Gustave. Et Casey ?

Il y a un grand silence tout à coup…

- Il doit rester ici.

Ils se tournent vers moi. J' ai eu du mal à le dire, mais je sais que c' est le mieux que je puisse faire pour lui.

- Il ne doit pas rester seul, n' est-ce pas? Soupire Gustave. Je veux dire… Il vaudrait mieux que quelqu' un de la BGU soit là avec lui quand il se réveillera. Non?

- Ce serait l' idéal, oui, je dis.

- Alors je reste, dit-il après avoir réfléchi.

- Tu es sûr ? Demande Léo (ou Roy).

- Ben… Je pense que d' entre nous tous je suis celui qui est le moins prêt au combat. Je ne veux pas vous retarder ou causer des problèmes…

- Alors je reste aussi dit Charlène. On ne va pas te laisser…

Les autres approuvent. Voilà qu' ils veulent tous rester, maintenant… Embarrassé, Hans réfléchit - ou essaie en tout cas.

- Bon, bon… je comprends, on ne peut pas laisser un élève de la BGU isolé, je n' y avais pas pensé…

Quelle surprise…

Au moins Casey ne restera pas seul, il y aura quelqu' un pour veiller sur lui. Ca ne m' enchante toujours pas de le laisser mais je m' inquièterai moins si quelqu' un de la BGU reste ici. Si l' affaire n' était pas aussi importante, bien sûr que je serais restée, mais je serai plus utile ailleurs, je ne peux pas faire grand chose pour Casey malheureusement.

- Merci beaucoup, je dis, éperdue de reconnaissance. Ca me soulage énormément. Je v…

- Personne ne restera ici à cause moi, dit une voix venant de l' escalier.


Commentaire de ShebanG :

J'ai eu quelques difficultés à l' écrire ce chapitre. Le problème pour moi était de décider où se situerait cette fameuse ville, parce qu' elle a une importance pour la suite, forcément; par rapport à l' éloignement de Trabia, et à une autre scène que j' ai en tête pour plus tard. Je voulais aussi que ce soit une ville déjà connue. Alors vu qu' on m' a perdu ma carte mémoire, j' ai été bonne pour tout recommencer pour pouvoir à nouveau me déplacer dans le jeu, voir les endroits qui correspondaient le mieux, et savoir comment les décrire à peu près par la suite. Des cartes, il y en a sur internet, mais pas d' assez précises pour que je puisse voir l' itinéraire des personnages.

Sans compter que je ne savais pas vraiment comment orienter le chapitre. J' avais l' histoire dans la tête, en gros, mais pour je ne savais pas trop ce qu' ils pourraient faire dans la ville. Résultat : beaucoup de blabla. Je pouvais difficilement faire autrement en fait, il y avait plusieurs choses dont je voulais parler pour amorcer la suite de l' histoire; la discussion à la fin du chapitre est vachement longue, ça tourne en rond, je n' en suis pas vraiment contente. Il y a plusieurs trucs qui ne tiennent pas trop la route dans tout le chapitre même, j' ai l' impression, mais bon…

Normalement, ça ne devait pas s' arrêter là pour ce chapitre, mais ça aurait été encore très très long et il valait mieux faire une coupure ici que plus tard en plein milieu de l' évènement.Alors en fin de compte, la partie la plus intéressante sera pour le prochain chapitre. Désolée. Lol

Je voudrais dire un groooooos merci à tous ceux qui m' ont laissé un commentaire ça m' a fait énormément plaisir. A bientôt pour la suite !