CHAPITRE XV
Un cliquetis métallique au dessus de ma tête me tire de mon sommeil. Alarmée, je me réveille instantanément. Sans bouger, j' ouvre un œil, puis le referme en inspirant profondément. Quatre fusils sont pointés sur ma tête. Encore une belle et paisible journée en perspective…
Du calme, du calme, du calme. S' ils avaient voulu tirer, ce serait déjà fait.
Enfin… j' imagine...
J' ouvre à nouveau les yeux et j' observe les quatre inconnus qui se trouvent debout autour de moi le plus froidement possible étant donné les circonstances.
Bon. Ce ne sont pas des soldats d' Esthar, c' est déjà ça de gagné. Sauf ils n' ont pas l' air tellement plus amical. Ce qu' ils ont, en revanche, c' est un énorme fusil à la main. Un rapide coup d' œil sur ma droite m' informe qu' Etan, lui aussi réveillé, se trouve dans la même position inconfortable que moi. Allongé sur le dos, les mains au-dessus de la tête, il observe nos visiteurs d' un air hagard.
Qu' est-ce que je peux faire? Qu' est ce que je peux faire? Mais qu' est-ce que je peux faire ?
Bon, d' abord, respire. Reste zen, surtout pas de panique. Rappelle-toi les cours : ne pas laisser l' autre penser qu' il vous déstabilise.
Même s' il vous réveille en pleine nuit, armé jusqu' au dents contrairement à vous et accompagné d' amis à lui?
- Écoutez, il ne fait même pas encore jour, je dis en baillant ostensiblement comme si je n' avais pas remarqué la situation. Vous ne pourriez pas revenir dans une heure ou deux? Parce que j' ai vraiment passé une sale nuit. Et… j' ai l' impression que la journée ne s' annonce pas meilleure… je grommelle en tassant la couverture sous ma tête avant de me retourner.
Allongée face au mur, en attendant que les hommes reprennent leurs esprits, les idées défilent à toute vitesse dans ma tête. C' est le moment ou jamais d' avoir une idée de génie. J' ai compté une dizaine de ces hommes dans la grotte - et il y en a sans doute d' autres à l' extérieur - tous armés. Comment est-ce que j' ai pu ne pas les entendre arriver? Et comment se sortir de cette situation, maintenant? Je n' ai pas réussi à repérer mon arme, et sans elle, pas la peine de penser à tenter quoi que ce soit, étant donné que je ne peux pas compter sur Sheba et son bouclier protecteur. Je n' avais rien pour la ranimer et la nuit que je viens de passer à pester contre Etan ne m' a procuré aucun repos. En clair: on est dans la mouise, et pas qu' un peu.
Les hommes restent un moment interloqués comme je m' y attendais, puis j' entends un nouveau cliquetis qui m' indique que l' un d' eux a retiré la sécurité de son arme.
- Levez-vous, ordonne une voix forte.
Je me retourne lentement pour leur faire face, l' air suprêmement ennuyé, et je m' appuie sur un coude.
- Vous avez vraiment décidé de me gâcher la journée, hein?
- Levez-vous, répète la même voix, qui vient de l' homme qui se trouve le plus près de moi.
Il s' agit d' un grand gaillard au visage creusé et aux cheveux longs retenus par un bandana. Il n' a pas l' air très âgé. Peut-être la trentaine, je dirais, et ceux autour ont l' air encore plus jeunes.
Comme il n' y aurait pas grand chose à gagner en discutant, je m' exécute tranquillement, les fusils toujours pointés sur moi. Je me lève et me mets face à eux, les bras croisés.
- Je vous préviens, je ne suis vraiment pas de bonne humeur, alors vous feriez mieux de baisser ces trucs et de me dire ce que vous voulez avant que je ne m' énerve. Je ne suis pas d' un naturel très patient.
L' autre avec son bandana ne se préoccupe pas de moi. Me tenant toujours en joue, il sort un talkie walkie de la poche de sa veste de l' autre main.
- C' est bon, on en a trouvé deux, aboie-t-il dans l' appareil. Ramenez vous.
Il range son appareil, appelle d' un ton sec un homme et lui donne un ordre bref que je n' entends pas. L' homme hoche rapidement de la tête et sort sans un mot. Derrière lui, je vois Etan qui est debout, lui aussi. Il a les bras au dessus de la tête et fouille le sol du regard. Nos sacs semblent avoir disparu.
L' homme au bandana daigne enfin s' adresser à moi.
- J' ai une vingtaine d' hommes postés dehors, nous vous avons confisqué vos armes, et il y a des vaisseaux qui nous attendent un peu plus loin. Vous feriez mieux de nous suivre sans faire de problème. J' ai pas de temps à perdre non plus.
- Et vous êtes qui, au juste ?
- Pas vos oignons.
- On pointe des fusils sur moi, on ne m' a pas laissé finir ma nuit, et je n' ai même pas le temps de manger un morceau. Je pense que je pourrais au moins savoir pourquoi…
- Pas la peine d' essayer de faire la maligne. Bougez-vous.
Il me pousse pour me forcer à me tourner face au mur et on me met brutalement des menottes. Puis il appuie son fusil entre mes omoplates pour me faire sortir de la grotte. Je jette un œil à Etan. Lui aussi a été menotté. D' un regard nous nous mettons d' accord pour ne rien tenter pour l' instant. Une occasion se présentera sûrement.
Pourvu que ce soit avant qu' on ait atteint le vaisseau…
Il ne fait pas encore vraiment jour quand nous sortons de la grotte. Vu le mal que j' ai eu à fermer l' œil hier, je n' ai pas dû dormir plus de deux heures, et je suis encore un peu dans le brouillard.
Il pleut à torrents, pour tout arranger, mais personne ne semble le remarquer tandis que nous pataugeons dans la boue. Tous les hommes sont silencieux et gardent le visage grave, leur fusil à la main. Ce ne sont pas des soldats professionnels, ça saute aux yeux. Ils ne portent pas d' uniformes. Ils semblent très jeunes; aucun de ceux que je vois ne doit dépasser les vingt-cinq ans et je mettrais ma main à couper que certains se sont pas plus vieux que moi. Leurs armes sont dépareillées. Ils ne marchent pas en formation et il ne semble pas y avoir de grade au sein de leur équipe. Mais ils sont quand même assez nombreux et suffisamment armés pour être inquiétants. Est-ce qu' ils travaillent pour Esthar? Une telle association serait étonnante, mais d' après moi ils n' ont pas de lien avec la BGU non plus…
Il n' y a que quatre de ces hommes devant moi, mais deux autres marchent à chaque côté, tandis que tout le reste de la compagnie se trouve derrière. Impossible donc de s' écarter sans qu' ils ne s' en aperçoivent. Et même si j' arrive à en attaquer deux ou trois d' un coup, tout le reste va rapidement me tomber dessus. Je ne peux pas voir Etan. Il doit être quelques mètres derrière moi, mais on ne me laisse évidemment pas m' arrêter ni me retourner.
Nous sortons de la forêt beaucoup trop vite, toujours sous la pluie battante, et mes espoirs de fuite s' envolent en fumée. Devant nous se trouvent trois des vaisseaux qui nous ont attaqués la veille. Ils n'étaient donc pas partis... Ils ont probablement passé la nuit à nous chercher.
Ou alors ils s' étaient dit que débarquer alors qu' on était à moitié réveillés serait plus drôle.
Un homme et une femme se tiennent à côté de l' entrée du vaisseau le plus proche, eux aussi avec un fusil à la main. On me fait signe de m' arrêter, et le type au bandana s' avance vers eux. Pas moyen d' entendre ce qu' ils racontent. La discussion est brève. On nous fait monter dans le vaisseau, Etan et moi, toujours sans rien nous dire.
Nous sommes jetés dans une petite salle grise où ont été installés une longue table qui prend quasiment toute la place, et quelques chaises. Je suis un peu surprise qu' on ne nous ait pas immédiatement amenés dans une cellule, mais sans être persuadée que ce soit une très bonne nouvelle pour autant. Ils vont probablement vouloir nous interroger avant de nous enfermer. Ne sachant pas à qui nous avons à faire, nous ne sommes pas dans une position très facile. Nous n' avons absolument rien fait de mal, peu importe le côté duquel ils se trouvent, mais je me demande si ça les empêcherait de nous tuer à la fin.
Avec un serrement de cœur, nous entendons un moteur se mettre à ronfler, puis la carcasse de l' appareil grincer ; le vaisseau a une légère secousse qui indique nous nous trouvons maintenant dans les airs. Mais dans quelle galère est-ce qu' on s' est encore fourrés ?
Nous restons enfermés là pendant plusieurs heures, nous demandant silencieusement ce qu' ils peuvent bien nous vouloir. Difficile de parler. Je suppose que si jusqu' ici on ne nous avait pas laissés ensemble c' est qu' ils voulaient éviter qu' on mette une histoire au point. Cette salle doit être surveillée et ils espèrent que nous allons stupidement nous mettre à parler de ce qui les intéresse, quoi que cela puisse être.
- Tu m' a cassé une dent, je crois, me dit Etan en grimaçant.
Il s' est assis, puisqu' il n' y a rien de mieux à faire pour le moment et je l' ai imité. Je commence à ressentir de vives douleurs dans les poignets. Ces crétins m' ont mis des menottes par dessus mes brûlures. Ça a réouvert les plaies, et ça fait un mal de chien.
- Tu ne m' as pas vraiment laissé le choix, je dis en admirant l' énorme bleu qui orne sa joue.
Je constate avec soulagement qu' il a abandonné l' air de chien battu qu' il arborait hier soir après notre discussion. Cette histoire n' est pas oubliée, mais il y a plus urgent. Pour l' instant, on a plutôt intérêt à se faire du souci pour nous-même. Casey et les autres s' en seront certainement beaucoup mieux sortis que nous.
La porte finit par s' ouvrir après un bon moment de discussion inutile où ceux qui étaient certainement chargés de nous écouter ont surtout appris la meilleure façon de préparer des beignets à la banane.
Deux hommes entrent. Celui au bandana de tout à l' heure, et un autre que je n' ai pas vu auparavant, mais qui semble à peine plus vieux. Ce dernier s' assied en face de nous à l' autre bout de la table tandis que l' autre reste debout derrière lui, les bras dans le dos, un fusil suspendu à l' épaule pour bien nous signifier que nous n' avons pas intérêt à tenter quoi que ce soit.
- Très bien, aboie celui qui est assis. Nous n' avons pas de temps à perdre alors je vous conseille de coopérer, et nous en finirons peut-être sans trop de dommages. Déclinez votre identité.
- Ben voyons… je marmonne.
Etan et moi sommes convenus qu' ils ne nous auraient pas gardés tout ce temps s' ils n' espéraient pas avoir des informations importantes de notre part. Étant donné que nous ne savons absolument rien, ils ne sont pas près de les obtenir, mais rien ne nous empêche de les faire tourner en bourrique pour apprendre ce qu' ils savent, eux.
Cette constatation m' a rendu assez de confiance pour leur tenir tête.
- Est-ce que ces trucs sont vraiment nécessaires ? Je demande en désignant les menottes. Les brutes épaisses qui vous servent de soldats me prennent peut-être pour Superman s' ils imaginent que je peux m' attaquer à eux tous alors qu' ils sont armés mais…
- Nous verrons cela, dit-il en sortant un dossier et un stylo. Nous sommes les Londaniens et vous avez été surpris pris hier à parcourir nos terres…
- Vos terres ? Je reprends avec un petit rire. On se croirait au Moyen âge... Qu' est-ce que c' est que ces salades ? La plaine de Galbadia est protégée par la fac de Winhill, mais elle n' est la propriété de personne…
- Les choses ont changé.
- J' imagine, dis-je d' un ton glacial. On dirait que la déroute des universités n' est pas un malheur pour tout le monde. Vous en avez profité pour vous auto-proclamer propriétaire des lieux à la minute où Winhill s' est retiré, je parie.
Maintenant que j' y réfléchis, le nom de Londaniens ne m' est pas tout à fait inconnu. Il me semble avoir entendu Zell et Ellone en parler il y a quelque temps. Un petit groupe de rebelles qui profite de l' isolement des villes pour terrifier les habitants et les contraindre à travailler pour eux ou à leur payer des sortes d' impôts contre une soi-disant protection. En réalité c' est plutôt pour étendre leur influence.
C' est en grande partie pour cette raison qu' une université est installée sur chaque continent, pour empêcher que l' un de ces groupes ne cherchent à avoir trop d' influence, et pour préserver la liberté des différentes villes.
Mais depuis quelques temps il semble que ce genre d' organisation soit devenu à la mode. Les Londaniens ne sont pas les seuls à agir ainsi, loin de là. Nous avons déjà eu à libérer trois villes il y a quelques mois. Jusqu' ici les Seeds arrivaient plus ou moins à les contenir, en tout cas assez pour qu' ils ne s' affichent pas, mais maintenant que les Seeds doivent se cacher, ces gens doivent s' en donner à cœur joie.
Ce qui me chiffonne, c' est que pour ce que j' ai pu voir, il ne s' agissait jamais de groupes aussi bien armés, et encore moins équipés de vaisseaux…
La bonne nouvelle, c' est que ce genre de groupe se targue d' être indépendant de toute autre puissance quelle qu' elle soit, et plus cette puissance est importante, plus il les rejette en bloc. Alors forcément, Esthar doit figurer en bonne place sur la liste. La mauvaise nouvelle, c' est que l' Alliance des Universités doit se trouver pas loin derrière…
- Nous vous avons donc, disais-je, surpris à vagabonder sur nos terres, vous et quelques autres individus. Je veux savoir où ils se trouvent en ce moment, vos noms et le but de…
J' aimerais bien savoir, moi aussi… Mais au moins, il me confirme qu' ils n' ont pas réussi à mettre la main sur eux.
- Vos identités, répète-t-il un peu plus fort, voyant que je suis complètement ailleurs.
- Mes menottes, j' insiste, du même ton buté.
- Attendez une minute… s' exclame Etan, stupéfait. Vous voulez dire que vous nous avez arrêtés alors que vous ne savez même pas qui nous sommes ?
Pas bête, comme question. L' homme toussote et réajuste ses lunettes sur son nez tandis que je l' observe, un sourcil levé.
- Ces terres se trouvent sous notre juridiction. Vous n' aviez rien à faire en dehors des limites des zones habitées.
- Ca, ça nous regarde, je rétorque.
- Nous aussi, si vous voulez savoir. Nous surveillons les allées et venues du territoire depuis des semaines. Les incidents entre l' Alliance et Esthar ne nous sont pas inconnus, bien que nous ignorions encore leur origine. Mais ce n' est qu' un détail…
- Un détail qui arrange quand même drôlement vos affaires, n' est-ce pas? Souligne Etan, qui est apparemment arrivé aux mêmes conclusions que moi. Les Seeds étant en déroute, vous avez le champ libre: pour le moment Esthar est sans doute encore trop occupé à faire la guerre aux Seeds pour se préoccuper de vous. De plus, elle est loin d' être populaire en ce moment.
- Ces affaires ne vous concernent pas. Nous voulons les noms de tous ceux qui vous accompagnaient. Nous savons parfaitement que vous êtes des espions d' Esthar. Que recherch…
- Des quoi ? Je demande en manquant cette fois de m' étrangler de rire. Vous pouvez me répéter ça?
Il se renfrogne davantage.
- Profitez-en, grogne-t-il. Vous rirez moins dans quelque temps. Si vous ne parlez pas de vous même, nous aurons des méthodes moins drôles d' y parvenir, je vous le garrantit.
- Vous trouvez vraiment que j' ai une tête d' espion d' Esthar?
- Ma chère, j' ai rencontré des espionnes bien plus jolies que vous…
Là, il commence à m' énerver.
- Ce… n' est absolument pas le problème, je bafouille, furieuse.
- Dans ce cas-là vous pourrez sans doute m' expliquer ce que vous faisiez dans les environs ? Continue-t-il, ravi d' avoir enfin réussi à provoquer une réaction. Les temps ne sont pas très sûrs pour des petits étudiants Seeds de nos jours, il est rare d' en rencontrer se baladant dans la forêt. Surtout que ceux qui ne sont pas parqués en prisons doivent se cacher. J' en déduis donc que nous pouvons éliminer cette option.
Je meurs d' envie de le renvoyer à ses options, mais vu à qui nous avons affaire, je doute que me vanter d' être de la BGU soit une très bonne idée.
- Alors vous avez sûrement une explication sur ce que vous étiez en train de faire quand vous avez été interpellés?
- Je dormais. Vous n' avez qu' à demander à l' homme des cavernes, je grommelle en jetant un œil mauvais à l' homme au bandana.
- Nous sommes des touristes, dit calmement Etan. Il n' y a quand même pas de mal à ça? Si c' est comme ça que vous recevez, je pense que nous allons désormais prendre garde à notre itinéraire.
- Oui, bien sûr. Évidemment, dit l' homme d' un ton sarcastique. La région est superbe à cette période de l' année, malgré une guerre qui menace d' éclater entre les deux géants qui sont à la tête de la planète… Mais vous êtes drôlement équipés pour des touristes. Une gunblade, un double-lame…
- Les routes ne sont plus aussi sûres qu' elles l' étaient, je ne vous apprends rien… je rétorque.
- Il y a beaucoup de monstres dans les forêts, il faut bien être capable de se défendre, argumente plus intelligemment Etan.
- Les grenades que nous avons également retrouvées sur vous sont d' une fabrication estharienne particulière, et à laquelle seuls les soldats peuvent accéder, je ne pense pas vous apprendre grand chose non plus.
Aïe.
Reste calme.
- Et peu de touristes se baladent avec le fils du plus grand criminel de tous les temps, continue-t-il d' un ton acide en regardant Etan.
Aïe aïe aïe. Difficile de trouver quelque chose à répondre à ça.
- Et comme vous ne l' ignorez sûrement pas, Seifer Almasy n' a jamais été connu pour son dévouement aux universités.
- Qu 'est-ce que c' est que ce raisonnement ? Je rétorque, agacée. Ca ne veut pas dire pour autant qu' il était du côté d' Esthar, ni que son fils suit forcément ses traces…
Ils doivent pas ignorer pas mal de trucs sur ce qui s' est réellement passé pour penser de telles bêtises, et il me vient à l' esprit qu' en effet, beaucoup de choses ont été cachées au public. Seifer est passé pour le grand méchant allié à d' autres monstres comme les sorcières, avec en fond un conflit avec Esthar. Pour les gens, tout ça c' est kif kif. Pour cet imbécile aussi, visiblement.
Mais ce qui me préoccupe davantage, c' est que notre situation est plus délicate que ce que je ne me l' étais imaginée. Ils savent au moins qui est Etan. Dieu sait que ceux qui veulent mettre la main sur le fils de Seifer Almasy sont nombreux. Et pas pour lui souhaiter la bienvenue, généralement. Ce n' est pas pour rien qu' il a dû grandir à la BGU. J' ai entendu dire que certains groupes de rebelles avaient été employés comme mercenaires afin de retrouver Seifer et le tuer, pour des raisons que j' ignore. Moi qui pensais qu' entre criminels tout le monde s' entendait…
D' un autre côté, s' ils s' imaginent que nous sommes des espions d' Esthar plutôt que du côté des universités, c' est qu' ils ignorent complètement qui je suis. Et ça vaut vraiment mieux pour moi, je pense, parce que la seule personne que les criminels rêvent de mettre en pièces plus que le fils de Seifer, c' est bien un membre de la famille Leonhart.
Etan a un peu pali en entendant prononcer son nom, mais il est resté calme. Ça ne servirait à rien de nier être qui il est, il en est conscient. Reste à savoir ce que ces gens cherchent exactement.
En tout cas, l' homme en face de nous a repris du poil de la bête, visiblement satisfait d' avoir réussi à nous décontenancer.
À ce moment-là, le vaisseau se secoue violemment, me projetant en bas de ma chaise. Vu que j' ai les bras retenus dans le dos, je n' ai pas pu me retenir, et évidemment, je vais m' étaler sur le sol. Etan, lui, a basculé sur la chaise d' à côté. Les deux autres en face de nous se regardent, les sourcils froncés. Et il n' y en a pas un pour m' aider à me remettre debout. Je me relève tant bien que mal en étouffant un juron, puis je me rassieds. L' homme au bandana sort un instant sans doute pour voir ce qui se passe, puis revient précipitamment, l' air passablement affolé, et murmure quelque chose à l' oreille de l' homme qui est resté assis. Je ne sais pas ce qu' il lui a dit, mais ce dernier est devenu livide. Il se lève - sans plus faire attention à nous, crois-je stupidement - jusqu' à ce que j' entende le verrou se bloquer.
Etan me regarde, les sourcils levés.
- Qu' est-ce qui se passe? Demande-t-il.
- Comment veux-tu que je le sache ?
De nouvelles secousses se font sentir et manquent de me jeter à nouveau de ma chaise.
- Ma parole, mais le pilote a deux mains gauches ou quoi ? Je grommelle en bataillant pour retrouver mon équilibre.
Etan se lève et va coller son oreille à la porte.
- Il y a des gens qui courent derrière on dirait, murmure-t-il.
- Quoi?
Je me lève et me dirige en zigzagant vers lui pour l' imiter. Non seulement on entend des bruits de pas précipités, mais aussi des cris. Une déflagration tout près nous fait sursauter.
- Le vaisseau est attaqué, je m' entends prononcer d' une voix blanche.
Les yeux écarquillés, j' écoute les cris à travers les minces parois de la pièce. Une nouvelle secousse m' envoie m' écraser contre la porte.
- Qu' est-ce qu' on fait, maintenant ? Demande Etan en se relevant lui aussi.
- Ce qu' on fait ? On en profite pour se tailler ! je m' exclame, retrouvant mes esprits. Faut d' abord trouver un moyens de se débarrasser de ces foutues menottes, ou on ira pas loin.
- Qui tu crois que ça peut être ?
- Si ce sont des ennemis des Londaniens ça ne peut être que des amis… je marmonne en fouillant la pièce du regard pour trouver quelque chose qui pourrait nous aider.
Etan décide de coincer une chaise et d' utiliser l' un des pieds afin d' écraser l' attache de mes menottes. Après plusieurs essais infructueux où il m' enfonce presque le pied dans l' avant-bras, j' arrive à m' en débarrasser. Une fois les mains libres, c' est un jeu d' enfant d' enlever les menottes d' Etan.
Mais nous sommes toujours coincés dans la salle. Dehors, il n' y a plus que des bruits lointains. On a intérêt à filer avant qu' ils ne reviennent, s' ils ont réussi à résoudre le problème.
- D' un autre côté s' ils se font battre, on peut aussi bien attendre ici qu' on vienne nous libérer, fait remarquer Etan.
- Pas question, je proteste avec fureur. J' ai bien l' intention de leur faire payer ce qu' ils ont osé dire. S' ils doivent se faire tabasser, y' a intérêt que ça soit par moi…
Nous écartons les chaises renversées pour avancer vers la porte.
- C' est verrouillé, dit inutilement Etan en tournant la poignée à plusieurs reprises.
- C' est la seule issue, il va falloir la défoncer, je soupire après avoir parcouru le reste de la salle du regard.
Nous arrivons à enfoncer la porte au bout de la cinquième tentative. L' épaule complètement endolorie, je regarde prudemment le couloir. Il n' y a personne, dieu merci. Maintenant, par où aller ?
- Le plus loin possible des combats, souffle Etan, qui ne semble pas plus en état que moi de se battre. Il faut récupérer nos affaires, si on le peut. En tout cas nos armes.
Nous tournons donc à gauche, vers ce que je pense être l' arrière de l' appareil. Se déplacer n' est pas évidant car le vaisseau tangue à en donner la nausée. Il nous faut écarter les bras sur le côté pour nous appuyer aux murs heureusement assez rapprochés des couloirs pour réussir à tenir debout. Nous devons à plusieurs reprises enjamber des corps, tous des Londaniens, il me semble.
- Tu crois que ça pourrait être une mutinerie ? Je demande à Etan.
Il hausse les épaules, incertain. Bizarrement, nous n' avons encore croisés personne, mais je ne m' en plains pas.
Les cabines montrent des signes d' activités récente. À en juger par les tables garnies - et mon estomac grondant - les hommes devaient être en plein repas quand ils ont été dérangés. Mais tout est sens dessus dessous, signe que des combats sérieux ont eu lieu. Impossible de retrouver nos affaires dans tout ce fatras.
Pas très rassurée, je presse le pas pour rattraper Etan qui est déjà dans la salle suivante.
- Regarde, chuchote-il en désignant une masse sombre sur le sol, dans le couloir, juste devant lui.
Horrifiée, je reconnais le corps déformé du bouledogue qui voulait nous interroger tout à l' heure, ses lunettes cassés sous son gros nez saignant. Il m' avait énervée, d' accord, mais je ne serais pas allée jusque-là… Cinq mètres plus loin nous tombons sur le corps du type au bandana, pas dans un meilleur état, au milieu de tout un tas d' autres soldats. Réprimant un haut-le-cœur, nous les enjambons pour continuer.
Nous finissons par mettre la main sur nos sacs. Ils ont été vidés, évidemment et je constate avec fureur qu' ils se sont visiblement bien amusés avec le mien. Nous récupérons en hâte nos affaires répandues sur le sol, puis nous sortons à la recherche de nos armes.
En passant devant un hublot, nous constatons que nous sommes toujours en train de voler, à ma grande stupéfaction. Ça fait un bon moment que le vaisseau n' a plus eu de secousses.
Saisie d' un doute, je me précipite à la suite d' Etan. Il faut rapidement trouver des armes, peu importe lesquelles, et nous barrer d' ici. Enfin, pour ça il va falloir trouver des capsules de sauvetage et c' est pas gagné non plus.
Je ne m' aperçois qu' à la dernière minute qu' Etan s' est immobilisé et je lui rentre dedans. Il me suffit de regarder par dessus son épaule pour comprendre ce qui se passe. Un frisson d' effroi me parcourt.
Commentaire de l' auteur :
Désolée, j' ai pas pu résister à l' idée de faire ma sadique et de l' arrêter ici. Hahaha
Je sais, je le dis à chaque fois, mais "j' ai eu vraiment du mal à l' écrire , ce chapitre". Oh, pas pour ce qui est là, en fait. Une fois que j' avais la scène en tête ça a été fait en un deux jours ( en comptant la re-re-re-relecture et la correction des petits défauts que j' ai réussi à repérer). Mais le problème, c' est qu' avant ça j' avais tellement d' idées - plus ou moins catastrophiques pour les personnages, selon mon humeur - que j' avais décidé de prendre mon temps pour réfléchir à ce qu' impliqueraient chacune d' elles. L' ennui, c' est que plus j' y réfléchissais, plus je trouvais d' idées auxquelles il fallait que je réfléchisse…
En fin de compte, j' ai tourné en rond, puisque ce qui est là, c' était ce que j' avais pensé écrire tout au début. Finalement, j' ai choisi ce qui était le plus simple à écrire. Ça aurait fait beaucoup trop de complications si j' avais mis mes autres idées. Malgré ce qui se passe dans ce chapitre, qui n' est déjà pas très joyeux, je vous assure que la situation est de loin bien moins désastreuse pour les personnages que ce que j' avais envisagé de faire à certains moments: c' est pour dire si j' avais pensé être vache avec eux… :p Y' avait aussi une solution où ils auraient été plutôt contents, aussi, mais je pense que vous me connaissez à force, c' est pas mon genre de leur faciliter les choses.
Je voulais dire un GROS merci à tous ceux qui prennent le temps de laisser des commentaires. les critiques ne me dérangent pas, bien au contraire, ça ne peut que me faire du bien, alors n' hésitez pas.
A bientôt !
Shebang
