CHAPITRE XVI

Les hommes qui nous font face continuent à avancer tranquillement vers nous, leur fusil à la main. Ce sont des soldats d' Esthar. Celui qu' ils encadrent penche la tête légèrement sur le côté pour regarder derrière l' épaule d' Etan et m' observer. Ses sourcils se lèvent dans une expression de surprise alors qu' il me reconnaît, et un sourire carnassier étire sa bouche aux lèvres trop fines. Il a un petit rire qui me glace.

- Eva! Ça alors, quelle bonne surprise! S' exclame-t-il.

Je me sens défaillir. Impossible de se tromper sur cette voix.

C' est Zuckerdint.

Mes doigts se crispent nerveusement sur le bras qu' Etan a instinctivement tendu devant moi, comme pour créer une barrière. Il tourne la tête vers moi, livide. Il a compris à qui nous avions affaire.

- Eh bien! Si je m' attendais à vous trouver ici… Nous étions tranquillement en train de massacrer ces bons à rien de Londaniens - une vraie calamité, soit dit en passant, rien que des gamins qui jouent à la guerre comme s' ils avaient la moindre importance dans l' ordre du monde - et vous voilà qui apparaissez soudain! C' est vraiment mon jour de chance, on dirait.

Je ne pourrais pas en dire autant...

Tétanisée, je n' arrive pas à détacher mon regard de lui. Les deux fois où j' ai été confrontée à lui, j' étais attachée dans le noir, il m' a droguée et fait électrocuter à plusieurs reprises. C' est l' homme qui a voulu tester sur moi sa maudite machine qui détruit les G-force et leurs invoqueurs. Celui qui veut détruire les Seeds et est au moins en partie responsable de la disparition de la BGU et de dieu sait quelle horreur encore.

Il m' était alors impossible de voir à qui j' avais à faire. Et pourtant, il est tel que je me l' étais représenté inconsciemment. Grand, fin, avec un petit visage de fouine au regard pétrifiant, et ses cheveux noirs dressés sur sa tête lui donnant un air de professeur fou. Il est debout, là, tranquille, en face de nous, les mains dans les poches, souriant, avec cette nonchalance déconcertante et effrayante qui se retrouve aussi dans le ton de sa voix. Il a l' air aussi à l' aise que si le monde lui appartenait.

Je lui avais dit qu' il me paierait tout ça. Que je le tuerai. J' étais furieuse et apeurée, parce que je ne savais pas de quoi il pouvait être capable. Mais la vérité, c' est que maintenant je suis terrifiée comme je ne l' ai jamais été. Il est entouré de soldats, il n' y a rien que nous ne puissions faire.

Amusé, il nargue Etan du regard, attendant visiblement de voir s' il tentera quelque chose. Lorsque qu' il pose à nouveau son regard sur moi, ses yeux sombres me transpercent. Son sourire s' étire en me voyant sursauter derrière Etan.

Il faut s' échapper d' ici. La dernière fois, il était presque parvenu à me retirer Sheba et je sais que je n' arriverai pas à l' empêcher de lui faire du mal. On ne peut pas le laisser nous reprendre. Hors de question.

À peine ai-je le temps de reculer d' un pas, toujours agrippée au bras d' Etan, que des bruits de pas me font me retourner précipitamment. Des soldats esthariens apparaissent au détour du couloir et se mettent en place pour nous boucher le passage. Ils nous tiennent en joue, sans bouger, attendant des ordres.

Je ferme les yeux pour évaluer rapidement la situation. Nos armes sont introuvables. Nous n' avons rien pour nous protéger et nous sommes encerclés. Etan fait un effort méritoire pour continuer à faire face dans un calme apparent mais je le sens se crisper devant moi. Il voit aussi que nous n' avons pas d' issue.

- Allez, souffle Zuckerdint à l'intention des soldats, emparez vous d' eux. N' hésitez pas à utiliser de la force s' il le faut, mais je les veux vivants. Nous avons beaucoup de choses à nous dire…

Zukerdint se retourne et disparaît par une porte. Quatre soldats se détachent et nous séparent Etan et moi, nous tenant chacun par un bras pour nous conduire à la porte par laquelle Zukerdint est sorti. Elle mène en fait à une passerelle qui relie le vaisseau des Londaniens à celui des Esthariens, puisque nous sommes toujours en plein vol. J' entends un soldat ordonner à un subalterne d' aller prévenir un de leurs pilotes qui se trouve aux commandes du vaisseau des Londaniens de passer en mode automatique en s' arrangeant pour que le vaisseau finisse par s' écraser, puis de se dépêcher de retourner au vaisseau pendant qu' on nous transfert parce qu' on ne l' attendrait pas.

Je reconnais les hauts murs immaculés du Commandor, les longs couloirs que nous avions arpenté pour sortir de cet enfer.

Revenus au point de départ.

On me jette dans une petite salle blanche dont la porte se referme lourdement. C' est alors que je réalise: Etan n' est pas là.

La panique m' envahit. Qu' est-ce qu' ils vont faire de lui? Le mettre dans une autre cellule ? Est-ce qu' il vont le…

- Etan ! Tu m' entends ! ETAN !

Ma voix raisonne dans la petite cellule. Je suis sûre que personne n' a rien entendu, cette saleté doit être sacrément bien isolée.

Je me lance de toutes mes forces contre la porte pour la défoncer, tente de l' enfoncer à coups de pieds, mais ça ne sert à rien, bien sûr, si ce n' est à m' épuiser. Cette porte-ci est autrement plus résistante que celle de l' autre vaisseau. Je n' arriverai à rien par ce moyen. Je frappe du plat de la main sur la porte pour faire du bruit.

- Etan! Tu es là? Etan! Est-ce que quelqu' un m' entends?!

Haletante, j' attends une réponse. Rien ne vient.

Épuisée, je m' appuie contre la porte et pose le front sur sa surface froide pour réfléchir. Déjà, il faut se calmer. Ne commence pas à t' affoler. C' est tout ce qu' il veulent. Te faire perdre la tête pour t' empêcher de réfléchir.

Et ils y arrivent très bien.

Je respire un bon coup et vais m' asseoir par terre dans un coin de la pièce. Réfléchissons calmement.

Problème numéro un : trouver un moyen de quitter cette cellule. Et le plus tôt sera le mieux. Ils ont certainement pris plus de précautions que la dernière fois. Mais j' imagine qu' ils vont tout de même bien être obligés d' ouvrir cette fichue porte à un moment ou à un autre. Il va falloir profiter de la première occasion qui se présentera.

Deuxième problème : comment retrouver Etan, ensuite ? Est-ce qu' ils l' ont mis dans une cellule juste à côté ? Est-ce que je vais avoir à parcourir tout le vaisseau pour le trouver ?

Problème numéro trois: se débarrasser du vaisseau. Le saboter, le faire exploser, s' arranger pour qu' il s' écrase quelque part, n' importe quoi, mais je ne veux plus les avoir sur le dos.

Puis éventuellement, réussir à sortir avant.

Maintenant que j' ai retrouvé mon calme, la détermination l' emporte sur la peur. Énumérer ces difficultés n' a en rien arrangé la situation, mais j' ai retrouvé mon sang-froid. Je suis Seed - ou presque; je suis censée pouvoir résoudre ces problèmes comme n' importe quel soldat. J' y arriverai.

La porte s' ouvre brutalement sur Zukerdint et trois soldats, dont deux portant un fusil blaster et le troisième une… chaise ?

Je me relève précipitamment en m' appuyant sur le mur derrière moi pour leur faire face, même si je vois bien que ce n' est pas le moment de tenter quelque chose. Mais plus question de les laisser me faire peur. Cette fois, je les affronterai.

- Rebonjour, fait Zukerdint d' un air guilleret en s' asseyant. Je viens juste discuter un peu. La journée a été éprouvante pour tout le monde, nous remettrons le travail à plus tard...

Il se tourne vers le troisième soldat et le congédie d' un geste de la main avant de se retourner vers moi. Les deux autres restent immobiles debout derrière lui tandis que la porte claque.

Tant pis pour la première occasion…

Zuckerdint m' observe, appuyé sur le dossier de son siège, les jambes négligemment croisées.

- Mmmh… Je pense que je vais quand même conserver ma garde avec moi, qu' en dites-vous ? fait-il en riant. Je lis dans vos yeux que je ne ressortirai probablement pas vivant si je m' aventurais ici seul. Est-ce que je me trompe?

Me parant du peu de self control dont je dispose encore, je relève le menton.

- Dans ce cas là, vous pouvez aussi certainement y lire que vous ne pourrez pas longtemps me retenir ici. Et qu' alors, peu importe où vous serez, avec ou sans garde, vous n' en sortirez pas vivant. Je tiens toujours mes promesses.

- Hargneuse jusqu' au bout. J' adore ça. Oh, je vous crois. Vous y arriverez sans doute un jour. Mais pas encore, croyez moi. Un peu de patience.

- Ce n' est pas mon genre.

- Je m' en doute, rit-il. Vos yeux disent beaucoup de choses. Il y a comme une tempête qui danse dans chacun d' eux… Je regrette que la prudence m' interdise de m' approcher davantage pour la contempler… si un jour j' y parvenais c' est que plus rien ne danserait en vous...

Il y a quelque chose dans sa façon de parler… Chaque mot, chaque intonation, chacun de ses regards même dément ce qu' il est - pour moi, en tout cas -, un démon. Capable de cacher une promesse de mort douloureuse derrière un ton caressant. Donnant des frissons d' horreur et fascinant en même temps.

- J' ai été très triste de constater que vous aviez disparu sans laisser de trace, continue-t-il sur un ton badin. Ce n' est pas faute d' avoir été prévenu, pourtant, je le reconnais. J' ai été très impressionné. Deux enfants parvenant à mettre l' ennemi en déroute sur son propre terrain. Cela a dû demander beaucoup de courage, même si je sais que vous n' en manquez pas. Mais tout de même, venir à bout de tout un vaisseau… très impressionnant.

- Vous allez en venir au but ?

- Ca m' a pas mal fait réfléchir, continue-t- il, soudain sérieux. Je me suis demandé: comment cela avait-il pu arriver malgré toutes les précautions dont nous vous avions entourées ? Certes, les soldats esthariens ne brillent pas par leur génie - il faut bien faire avec ce que l' on a, soupire-t-il, pas plus gêné que ça de parler ainsi devant ses hommes qui ne bronchent pas -, mais comment une jeune fille est-elle parvenue, armée de sa seule détermination, à contourner ou abattre les obstacles qui se dressaient devant elle? Une telle personne est redoutable, Eva. Car sa force ne réside pas dans les armes. Même pas dans son intelligence ou dans la chance. Il s' agit d' une force intérieure, de sa volonté, de sa détermination, justement.

Il se penche légèrement en avant pour appuyer ses coudes sur ses cuisses et me regarde sans plus sourire maintenant. Il me scrute un moment avant de reprendre:

- Alors la véritable question devient : comment priver cette personne de sa volonté?

Mais où est-ce qu' il veut en venir?

Il se lève pour se mettre à ma hauteur et je me plaque contre le mur instinctivement pour mettre le plus de distance entre nous, bien qu' il n' approche pas dans ma direction. Il arpente la pièce comme s' il était plongé en pleine réflexion.

- Ou encore mieux: si on s' emparait de la raison de cette volonté pour la retourner contre cette personne? En faire ce qui la perdra? J' y ai pas mal réfléchi, comme vous pouvez le voir. Je n' ai même pensé qu' à ça ces derniers jours. Je me suis alors rendu compte que j' avais négligé un point important: vous n' étiez pas tout à fait seule; il y avait ce garçon, Etan auprès de vous. Vous avez l' air surprise, dit il en s' arrêtant. Vous ne pensiez tout de même pas que j' ignorais son identité? Voyons, Eva… Absolument pas, et c' est justement ce qui m' a valu cette grossière erreur. L' histoire de vos parents et de son père n' est un mystère pour personne. Et j' imagine que comme moi, bien des personnes ont pu se méprendre sur la nature de la relation que leurs enfants pouvaient entretenir. Après tout, deux pères qui ont passé leur vie à se battre l' un contre l' autre, l' un étant le héros et l' autre le grand méchant… On s' attend à ce que l' histoires se répète. Surtout si l' on tient compte de la nature fougueuse de la jeune fille… et de fait, c' est bien ce qui s' est passé, selon mes sources.

Selon ses sources ?

- Je comptais sur cette rivalité entre vous pour vous miner, dit-il en se tournant soudain vers moi. Un conflit à l' intérieur du conflit. Même pas besoin de se fatiguer à diviser pour mieux régner…

Il a un petit rire méprisant.

Comment ça, "ses sources" ?

- Sauf que ça n' a pas été le cas. Bien au contraire. C' est de lui que vous avez puisé votre soutien. J' avoue avoir du mal à comprendre ce revirement, enfin peu m' importe. L' essentiel est que c' est cette conclusion qui m' a sauté aux yeux et que j' ai décidé d' y remédier. Alors qu' en pensez-vous ?

- J' en pense que vous n' êtes qu' un imbécile, je rétorque. Vous ne savez absolument rien de moi. Je n' ai besoin de personne.

Et pourtant… Un frisson glacial dans ma nuque me dit que ce n' est pas vrai. Je suis malade de peur. Etan devrait être là. Je voudrais vraiment qu' Etan soit là.

- Et vous, vous êtes une menteuse, Eva. Une très mauvaise menteuse. Et je vous connais mieux que vous ne le pensez.

- Alors ça, ça m' étonnerait.

Il rit.

- De quelles sources est-ce que vous parliez ? Je demande, doutant cependant d' obtenir une réponse à ma question.

- Ma chère, le monde entier grouille d' espions pour Esthar. Votre BGU n' a jamais fait exception.

Frémissante de rage, je me rappelle Harl et son fameux message. Harl qui après avoir travaillé à la BGU se retrouvait dans le village pénitentiaire. Qui a fait une tronche de dix kilomètres de long en me reconnaissant. Qui a envoyé des messages à Esthar juste avant de disparaître alors que les soldats arrivaient pour nous attaquer.

Mais quelque chose cloche. Au moment où Harl vivait la BGU, selon les photos et ce que Maureen disait, Etan et moi nous nous entendions parfaitement quand ils étaient là. Si Zuckerdint sait que nous nous détestions ensuite, Etan et moi, c' est qu' il y a eu un autre espion après. Mais qui ? Pourquoi ?

Et pour qui ?

- Je vois que ça gamberge là-dedans, dit Zuckerdint avec un sourire satisfait. Ne vous donnez donc pas tant de mal. La réponse n' est pas très compliquée: vous avez un grand père qui adore sa famille.

- Mon gr…

Ma voix s' étrangle. Laguna ne nous aurait jamais trahis, c' est impossible…

- Vous mentez !

- Absolument pas. Quelle meilleure source d' information qu' un vieux bavard insouciant ? Il ne se doutait même pas de la formidable source de renseignement qu' il était. Toujours à parler de son fils et de sa jolie petite fille aux yeux bleus. Même plus besoin d' espion sur place, avec ça, croyez moi. Ce n' était jamais rien de franchement important, mais croyez-moi, les détails comptent souvent beaucoup plus. Et j' en ai entendu, depuis tout petit, croyez moi… C' est comme si nous avions grandi ensemble, ma chère. Enfant, j' étais page, chargé des messages de Laguna. Alors forcément j' étais en première place.

Enfant ? Mais depuis quand est-ce que ce complot existe ?

- Et puis, en vieillissant, j' ai occupé une place de plus en plus importante à Esthar, mais en n' oubliant jamais quelle était l' Esthar que je servais. Laguna n' a jamais été le président légitime de la ville. Il y a toujours eu des opposants. C' est ce groupe qui a disséminé des espions, si vous voulez le savoir. Pas votre grand-père, évidemment, ce serait stupide de penser cela. Il avait à peine assez de volonté pour maintenir la ville hors de l' eau. Nous avons perdu beaucoup de notre grandeur par sa faute.

Son visage ressemble maintenant à une grimace.

- Laguna était trop puissant au début, il avait trop de soutien pour que nous puissions agir alors. J' étais un enfant à l' époque, mais j' ai toujours su où se trouvait véritablement l' esprit d' Esthar et c' est lui que j' ai toujours servi.

- L' esprit d' Esthar ? Je demande, perdue.

- Une seule famille dirigera un jour Esthar, Eva. Elle a attendu son jour toutes ces années en préparant sa venue avant que quiconque puise même soupçonner la présence d' ennemi.

- Je suppose que vous en faite partie?

- Non, mais c' est déjà un grand honneur de travailler à leur côté et de leur apporter mon soutien. Mon invention est l' un des grands piliers de leur pouvoir à présent. Elle est ce qui leur permettra d' imposer leur pouvoir dans le monde entier. Et maintenant, voyez où nous en sommes, s' exclame-t-il, le regard enflammé en levant les bras sur les côtés comme pour désigner ce qui nous entoure. Nous avançons enfin! La faiblesse de la présidence de Laguna est derrière nous et nous allons enfin atteindre le rayonnement que nous aurions dû avoir depuis bien longtemps!

L' air déserte mes poumons. Ce n' est pas possible, j' ai dû mal comprendre…

- Qu' avez-vous faut de mon grand-père ? Je hurle.

- Ce que je lui ai fait? Oh, moi: rien. Mais je pense que les condoléances sont tout de même de rigueur. Je le regrette. C' était un homme sans la moindre intelligence, mais il a toujours été très bon avec moi. Enfin, ce sont des choses qui arrivent. Il n' a jamais été à sa place à Esthar.

Je dois me retenir au mur derrière moi pour tenir debout.

- Il est mort ? Je demande d' une voix que je reconnais peine.

- Très probablement, dit-il en haussant les épaules d' un air peu concerné. Ce n' est plus mon affaire, je n' en sais pas plus.

Il ne ment pas, je le vois bien. Il ne se donne même pas cette peine.

Ma tête bourdonne. J' entends la voix de Zukerdint venant de très loin tandis que la pièce tourne autour de moi. Ils l' ont tué… Il est mort… Je déglutis avec difficulté.

- Qui ? Qui a fait ça ? Je demande, hargneuse.

- Qu' est-ce que cela change? Vous ne sortirez pas d' ici.

- J' ai déjà entendu ça quelque part, je dis, sarcastique et folle de rage à la fois. Je veux savoir.

- Je me moque de ce que vous voulez. Ce qui compte c' est ce que moi je souhaite. Il est tard. Je pense que nous reprendrons plus tard.

Il se dirige vers la porte, avant de faire volte face.

- J' oubliais une dernière chose: à cause de votre petite escapade, nous avons été retardés dans nos tests finaux. Mais rassurez-vous, nous avons malgré tout pu régler les derniers détails grâce à la participation de certains de vos collègues Seeds de Winhill qui avaient cru pouvoir nous attaquer. Je suis ravi de pouvoir vous annoncer que tout marche à merveille. Il n' y a plus besoin que d' une exposition au rayon de notre appareil et hop, le G-Force est contaminé. Et cela indépendamment de la force du gardien ou de l' invoqueur, de leur santé… Tout est absolument parfait. Nous allons donc pouvoir régler votre problème à vous aussi…

Il frappe d' un coup sec à la porte qui s' ouvre aussitôt et il la franchit tranquillement.

- Vous savez quoi ? Ajoute-t-il, une fois sur le seuil. J' avais pensé appeler cette machine Evangelizer…Un petit hommage...

Et la porte se referme.

- JE TE TUERAI! T' entends, espèce de salaud ! JE VOUS TUERAI TOUS!

Je hurle à m' en arracher les poumons en me jetant contre la porte, des larmes de rage m' aveuglant. Je hurle et hurle encore, avec l' impression qu' on m' a planté un millier de poignards dans le cœur. Vidée de mes forces, je laisse glisser mon dos le long du mur jusqu' à ce que je me retrouve assise par terre, les épaules secouées de sanglots. Je les tuerai pour ce qu' ils ont fait.

J' ai dû m' endormir parce que lorsque j' ouvre les yeux, ma tête à glissé sur le sol. Et je vois qu' un plateau a été posé sur le sol à côté de moi. L' ignorant, je me rassieds pour rassembler mes esprits. J' essuie distraitement mes joues encore trempées, je rattache mes cheveux désordonnés, puis je me relève. Ça suffit, maintenant, il est temps que je me bouge. Pas question de se laisser abattre. Zukerdint appréciait ma détermination? Eh bien je vais l' en gaver jusqu' à le faire crever d' indigestion.

La porte n' a pas de serrure, bien entendu. Elle doit être verrouillée magnétiquement. La pièce est totalement nue. Il s' agit d' un assemblement de plaques de métal assez épaisses qui recouvrent un mur. Je n' arriverai pas non plus à les enfoncer. Mais je finis par en trouver une qui sonne creux tout en bas, près de l' endroit où se trouve le plateau. Je m' accroupis pour m' approcher. En m' arrachent presque les ongles, je parviens à la faire coulisser vers le haut. La gorge sèche, j' observe le minuscule couloir qui se cache derrière. Est-ce que j' arriverais à passer dedans sans restée coincée? Maintenant que j' y réfléchis, je me dis que c' est par là que le plateau a dû arriver. Ils ne doivent plus se risquer à ouvrir leur porte pour un oui ou pour un non. Et quand ils le feront, ce sera armés jusqu' aux dents pour détruire mon G-Force. Dans un effort désespéré je me concentre pour appeler Sheba mais je sais d' avance que ça ne servira à rien.

Bon, c' est pas comme si j' avais encore quelque chose à perdre. Je décide de me lancer. La tête passe sans problème à condition de la tourner. J' arrive à passer les bras et les épaules assez facilement puisque le couloir est plus large que haut, mais au niveau du des fesses, ça coince…

- Putain c' est pas possible ! je ne peux m' empêcher de crier, furieuse en tapant le sol du plat de la main. Depuis le temps, on aurait pu penser que j' aurai minci, mais même pas, merde à la fin…

Les régimes n' ont jamais été mon truc, mais vu le nombre de moitiés de repas auxquels j' ai eu droit et de tout l' exercice que je suis contrainte de faire depuis quelques semaines j' imaginais que j' avais fini par perdre un peu dans ce coin-là. Avec agacement, je réentends une réflexion pas franchement flatteuse que m' avait faite Etan à ce sujet il y a quelques mois. Grrrr…

En tirant de toutes mes forces, j' arrive finalement à passer. Je m' agrippe aux barreaux sur les côtés pour avancer. Une fois le rythme pris, je parviens à avancer un peu mieux, mais il y a toujours ce reste de claustrophobie qui fait accélérer le rythme de mon cœur et me demander si c' était vraiment la meilleure solution pour sortir de là.

Mais c' était la seule solution.

Le plateau devait bien venir de quelque part. Je n' ai qu' à remonter jusque là, et puis je verrai. En attendant je reste à l' intérieur je ne sais combien de temps à avancer centimètres par centimètre, soufflant comme un phoque. Il fait sombre et l' air se fait rare, ravivant ma vieille peur.

Dépêche-toi.

Mes mains finissent par heurter une surface dure. En tordant encore un peu mon cou, j' aperçois un barreau fixé en milieu de hauteur du tunnel. Pour permettre au plateau, et uniquement au plateau de descendre, me dit une petite voix moqueuse.

- Et merdeuh !

J' essaie de dévisser le barreau, de le casser du mieux que je peux malgré l' exiguïté de l' endroit, mais il ne bouge pas d' un millimètre. Bon dieu, je peux quand même pas faire demi-tour maintenant ?

Je respire profondément. Comment faire? Me retaper le trajet inverse et revenir les pieds en avant pour mieux défoncer ce truc ? Je n' arriverai jamais jusqu' ici comme ça. Je redonne quelques coups dans le barreau pour le faire tomber mais ça ne bouge toujours pas. Bon, après tout si j' arrive à revenir en arrière, ça ne devrait pas me poser de revenir comme ça. C' est pas comme si j' avais quelque chose de mieux à faire…

Je reviens en arrière, mais plus lentement et difficilement encore que tout à l' heure, ce qui n' est pas peu dire. À l' aide de mes mains, je me pousse vers l' arrière, mais je sens mes paumes s' ouvrir un peu plus à chaque mouvement.

Au bout d' une éternité, je sens un espace libre derrière mes pieds et je rassemble mes dernières forces pour sortir de ce maudit tunnel.

Harassée, je me laisse tomber sur le dos. C' est pas possible, j' y arriverai jamais. Impossible. Au bout de quelques minutes, j' arrive à me redresser et je me traîne contre le mur. Alors qu' est-ce que je dois faire, maintenant? Juste attendre qu' ils viennent me chercher ? Qu' est-ce que je dois faire ?

Etan n' est vraiment jamais là quand il le faudrait. Mais où est-ce qu' il est? Il ne manquerait plus que ça, qu' il réussisse à se libérer et me cherche de son côté alors que je suis en train de le chercher dans le sens inverse. Les paroles de Zukerdint me reviennent comme un coup de poignard.

" si on s' emparait de la raison de cette volonté pour la retourner contre cette personne? En faire ce qui la perdra? C' est de lui que vous avez puisé votre soutien… "

Cet enfoiré avait raison. C' est la première fois depuis des semaines qu' Etan et moi sommes séparés, je ne sais pas ce qu' ils ont fait de lui ni ce que moi je dois faire. Sans parler du souci que je me fais pour la BGU, ma famille, Casey et les autres… ça a de quoi rendre dingue n' importe qui. C' est là-dessus qu' il compte pour me faire perdre la tête.

Mais comment faire ? Ils vont revenir et qu' est-ce que je pourrai faire alors ? Pourtant il semble que c' est la seule solution. De rage, j' attrape le plateau pour le balancer sur la porte en criant de rage. La nourriture trace deux coulées sur la porte et le plateau retombe bruyamment.

Le plateau.

Je n' ai pas d' arme, mais si j' arrivais à le briser pour le rendre assez pointu pour blesser? À défaut d' une meilleure idée, je l' attrape et le lance à nouveau de toute mes forces contre la porte. Toujours intact. Je le lance par terre, contre les murs, le plafond, je saute dessus à pieds joints, je le cale dans un coin pour donner un coup de pied au centre: rien. Ce truc est incassable. Je le retourne entre mes mains pour l' observer. En quoi est-ce que ça peut bien être fait? C' est léger et lisse comme du plastique, mais brille et fait un bruit de métal en tombant, et c' est tout aussi solide. Je vais le caler contre l' ouverture par laquelle je suis passée tout à l' heure, je referme légèrement la plaque qui en masque l' entrée, et je m' en sers pour caler le plateau. Puis je donne un grand coup de pied dedans et il vole enfin en éclat - le plateau, pas mon pied – quoique ça n' en était pas loin, vu la douleur fulgurante qui me traverse la jambe. Je boitille en jurant pendant quelques secondes, puis je me penche pour voir ce qui reste du plateau. La plupart des morceaux ne me serviront pas à grand chose, mais je fini par en trouver un pas plus gros que ma main avec un bout bien pointu. C' est mieux que rien. Je ramasse le reste du plateau pour le jeter dans le petit couloir et je le referme de mon mieux pour tout dissimuler.

Je planque le morceau du plateau dans ma bottine puis je rabats mon pantalon dessus. Je ne peux rien faire de plus sinon attendre.

La lumière s' éteint tout à coup, me plongeant dans le noir total. La dernière fois qu' ils ont fait ça, ils m' ont attrapée au réveil pour m' attacher. Cette fois je ne me laisserai pas faire. Je me dirige à tâtons vers la porte puis je vais m' asseoir, appuyée contre le mur juste à côté, le morceau de plateau serré dans ma main. Pour ne pas m' endormir, je me passe toutes les façons de régler son compte à Zukerdint. Lui enfoncer le morceau de plateau dans la gorge; le lui faire avaler; m' en servir pour le découper lentement en petits morceaux; pour le dépecer…

La lumière est rétablie et la porte s' ouvre brutalement sur un soldat. Toujours assise à côté de la porte, je suis au niveau de ses jambes. Il s' arrête dans son mouvement en voyant la pièce vide car il ne m' a pas remarquée, et je l' entends faire une réflexion à un autre resté à l' extérieur. J' en profite pour lui planter le morceau de plateau dans la cheville, là où se trouve l' une des faiblesses de l' armure. L' arme traverse facilement le cuir de la botte et touche même l' os, répandant un flot de sang. Le soldat tombe en criant et attrape sa cheville. En un éclair je ramasse la matraque qu' il a laissée tomber et je l' assomme avec, puis récupère le morceau de plateau tandis qu' un autre soldat se précipite sur moi en criant. Rassemblant toute mon énergie, je lui fonce dedans la tête la première. Il retombe en arrière, le buste hors de la cellule, ouvrant tout à fait la porte. Déséquilibrée, j' atterris sur lui. J' en profite pour le frapper au cou puis à la tête mais son casque le protège et il menace de se relever. J' attrape alors la porte à deux mains et la tire violemment comme pour la fermer, lui brisant le cou. Haletante, je me dégage pour reprendre mon souffle. J' ai la nausée, quand je pense à ce que je viens de faire, et je dois combattre une furieuse envie d' éclater en sanglot. Ce n' est pas comme si j' avais eu le choix, mais tout ça m' écœure un peu plus à chaque fois. Allez.

Ce n' est pas le moment de craquer.

Je tire le soldat à l' intérieur de la salle avant que quelqu' un n' arrive et je le débarrasse de son armure. Je prends aussi son arme mais pour le casque, je prends celui de l' autre soldat. C' est beaucoup trop grand pour moi, et le casque menace de tomber à chaque mouvement trop rapide de la tête. Espérons que ça ne se verra pas. J' attrape aussi leurs écussons puis je les enferme derrière moi. Il me faut tout mon sang froid pour m' empêcher de courir comme une dératée à travers les couloirs pour sortir d' ici. D' abord: retrouver Etan.

En marchant, je m' aperçois que je ne me trouve pas au même étage que la dernière fois. Les couloirs sont plus longs, plus hauts. Il y a plus de caméras, aussi. Lorsque je croise d' autres soldats, c' est comme si mon cœur allait sortir de ma poitrine et je dois vraiment me faire violence pour garder mon calme. Avec une matraque paralysante pour seule arme je ne ferais jamais le poids, même si j' étais en pleine forme.

J' arrive à trouver une salle avec un ordinateur. Je referme la porte et vais introduire l' un des écussons dans le boîtier de l' ordinateur. Je dois m' y reprendre à plusieurs fois tellement je tremble, mais après avoir soufflé un bon coup je parviens à me maîtriser et l' ordinateur s' allume.

- Bon, je murmure pour moi-même. Je suis au Niveau 4. Bon sang, c' est immense ici. Voyons les autres cellules. Vide. Vide. Vide. Vide. Mmh, celle-là c' était ma mienne. Ils ne sont même pas fichus d' écrire mon nom comme il faut, ces imbéciles. Bon, il n' y a plus rien ici. Etan doit être à un autre étage. Voyons le Niveau 5. Quartier des soldats. Ok, alors on va éviter d' aller de ce côté-là. Niveau 6 : quartier de commandement, salle de contrôle, cockpit. Ca peut toujours servir, mais Etan n' est pas de ce côté-là non plus. Alors, le 7, c' est le dernier étage, sinon il est plus bas. Tiens tiens… Quartier des officiers. Au moins je saurais où te chercher, Zukerdint. Cette fois, t' en fais pas, je viendrai te dire au revoir.

Bon, Etan n' est pas non plus là-bas. Je retourne vérifier les étages inférieurs. Rien au 3, à part un autre Quartier des soldats. Au 5 et au 1, il y a d' immenses hangars. Au 4 c' est le Quartier de défense du Bâtiment. Ça doit être de là que sont entreposés les canons. Rien que des cellules de détention aux niveaux 3, 0 et -1. Il doit forcément être de ce côté-là. Voilà, il est au 3e niveau, la cinquième cellule à droite à partir de l' ascenseur. Méfiante, je fais quand même quelques vérifications pour être sûre qu' il ne s' agit pas d' un piège, mais toutes les recherches donnent bien le même résultat. Il y a quelques autres prisonniers dont le nom ne me dit absolument rien. Mais ils sont prisonniers d' Esthar. Est-ce que je suis censée les libérer aussi ? Surtout que cette fois je n' ai pas l' intention de laisser le vaisseau s' en tirer, et ils seraient pris dedans… Mais ce seraient des risques en plus, de se charger de ces gens. Bon, je passerai les libérer à la dernière minute, ça servira de diversion, et ils se débrouilleront, je suppose. Il ne me reste qu' à passer à l' armurerie qui se trouve au même niveau que l' endroit où est retenu Etan pour récupérer des armes plus efficaces. Sa cellule se trouve trois couloirs plus loin. Pour le reste on verra après, je ne peux rien décider d' autre tant que je ne sais pas où on en est exactement. J' éteins rapidement l' ordinateur et me dirige d' un pas nerveux vers l' ascenseur.

C' est un miracle qu' ils ne se soient pas encore aperçus de mon évasion. J' ai des sueurs froides chaque fois que j' aperçois des soldats, mais aucun d' eux ne remarque quoi que ce soit, malgré mon armure trop grande qui claque épouvantablement à chaque pas. Je vois l' ascenseur se refermer avec soulagement. J' ai mémorisé le plan des patrouilles du niveau où il est enfermé. Je ne devrais croiser personne, et les caméras sont rares, il me suffira de faire quelques détours pour les éviter. Il faudrait quand même que je trouve un uniforme pour Etan.

Le bouton clignote, et la porte s' ouvre doucement. Voilà le niveau 3. Je passe la tête par la porte pour vérifier que le couloir est vide et je me dirige vers l' armurerie. Soudain des bruits de pas dans le couloir me font me figer. Il ne devrait y avoir personne, normalement… Je me plaque contre le mur et tourne la tête pour jeter un coup d' œil. C' est un soldat qui est en train de passer la serpillière dans le couloir. Forcément, ils n' inscrivent pas les trajets du personnel sur les ordinateurs, sinon ils n' en finiraient pas. Raaaah, quelle poisse! Il n' a qu' une petite arme attachée à sa ceinture, je ne risquerais pas grand chose, mais je n' ai vraiment pas envie de laisser un autre cadavre derrière moi qui me ferait remarquer. Et pourtant, je ne peux pas non plus attendre gentiment qu' il parte, sinon une patrouille va finir par me tomber dessus.

Je passe à côté de lui en retenant mon souffle, mais il ne fait pas attention à moi et continue son ménage. Sur le moment, ça me paraît un peu incongru, ce grand soldat avec ses balais et son arme à la ceinture, mais je ne suis pas vraiment en situation de m' amuser. Il relève la tête lorsque je le croise et me salue d' un mouvement rapide de la tête. Je ne me rappelle que trop tard que mon casque n' est pas ajusté et je lui rends son salut. Et ce qui devait arriver arrive, le casque bascule et tombe à terre. Le soldat sursaute, et se précipite pour m' aider à le ramasser, mais en relevant la tête , il m' aperçoit et s' immobilise, le casque à la main. Il m' a reconnu. Tant pis pour lui. Au moins ça fera une armure pour Etan.

En un éclair, j' attrape un des manches des balais posés contre le mur qui me semble le plus solide et je l' attaque.

- Att… Attendez n-ne faites pas ça !

Il laisse tomber le casque et recule précipitamment. Je bondis pour atterrir à côté de lui et je frappe dans les jambes. Il tombe avec un cri, puis tente de parer les coups en mettant ses bras en avant, tout en se trainant sur le sol pour reculer.

- Aaaaahrrêtez ! S' il vous plait… aaaah…. c' est moi, Zack !

Je stoppe mon geste, le manche au-dessus de ma tête. Les yeux écarquillés, je le vois retirer son casque en hâte. C' est Zack. Il est tout rouge, haletant, les cheveux rasés, mais c' est bien lui. Un nouvel accès de fureur me prend en me souvenant de ce qui s' est passé dans son village. J' abaisse le manche de toute mes forces et je l'atteins à l' épaule. Il lève les bras sur sa tête pour se protéger et se recule à nouveau.

- M… mais c' est moi ! Vous ne - aïe! - me reconnaissez pas ?

- Si je te reconnais, espèce d' enfoiré ? je m' écrie en lui tapant frénétiquement dessus, folle de rage. Un peu que je te reconnais, et tu vas me payer ce que tu nous as fait !

- Qu… quoi?

Il recule précipitamment, toujours par terre.

- Mais je ne vous ai rien fait !

- Tu disparais mystérieusement alors que ton père prévient Esthar de notre présence et le village se fait attaquer juste après votre départ à tous. Tu trouves que ce n' est rien!

- Mon père à fait quoi ? Aaaaïe-ttendez, laissez-moi m' expliquer ! S' il vous plait!

En relevant les yeux, je vois qu' il a reculé jusqu' à la porte d' une petite salle. Je lui fait signe d' entrer dedans, je le suis et je referme la porte. Au moins on ne risque pas que des soldats nous tombent dessus.

- Tu as intérêt à avoir un très bonne explication à ce qui s' est passé, je crache en le foudroyant du regard.

Il jette un œil apeuré au manche que je garde sur l' épaule et à la matraque paralysante que j' ai à la ceinture, oubliant apparemment celle qui pend à sa propre ceinture, et se tasse un peu plus sur lui-même.

- Mais… mais je ne sais pas ce qui s' est passé…

- Mauvaise réponse.

Je relève la barre pour le frapper.

- Attendez ! Je vous jure que c' est vrai ! Je ne sais pas ce qui s' est passé ce jour là! C' est la vérité ! J' étais juste allé aidé l' ami de mon père comme je vous l' avais dit. Je ne sais pas ce qui s' est passé là-bas ! Lorsque je me suis mis en route pour revenir à Tréhignac, je me suis fait arrêter et ils m' ont forcé à m' engager ! Je n' ai pas revu ma famille, je ne sais même pas où ils sont! Je le jure !

Il n' a pas l' air de mentir. Mais je me méfie quand même.

- Alors c' est un parfait hasard si tu te retrouves chez Esthar maintenant ?

- Ce sont eux qui m' ont engagé de force, je vous l' ai dit, mais vous… qu' est-ce que vous faîtes là ? Demande-t-il, les yeux écarquillés.

- Ma cellule n' était pas à mon goût, je réplique sèchement.

- Votre quoi ?

- Tu es dur d' oreille ?

- Mais… vous n' êtes pas soldat ici ?

Je m' arrête pour l' observer. Il a vraiment l' air complètement perdu. Est-ce qu' il ne sait vraiment pas pourquoi je suis là?

- Tu ne sais pas qui je suis ? Je demande, méfiante…

- Eh bien… Vous êtes… Eva… Vous n' étiez pas très bavarde à Tréhignac; vous ne m' avez rien dit, en fait… Qu' est-ce que je devrais savoir? Demande-t-il, hébété.

Il n' était pas là lorsque Maureen nous a reconnu. Il ne sait vraiment pas qui je suis.

- Qu' est-ce que tu es chargé de faire, ici ? Je demande, encore incertaine.

Il baisse la tête et grimace.

- Le ménage. Ils m' ont enlevé de mon village pour m' amener sur ce vaisseau faire le ménage. J' y comprends rien… Je n' ai même pas la possibilité de sortir du vaisseau, ni de contacter mes parents. On ne m' a même pas laissé parler. Qu' est-ce qui se passe ? Vous savez quelque chose, je le vois bien. Pourquoi est-ce que vous vous êtes ici ? Votre frère est là, lui aussi ?

- Mon frère ?

- Etan, rappelle-il, les sourcils froncés.

Mince, j' avais oublié cette histoire.

- Oui, oui, je réponds distraitement.

Mais qu' est-ce que je vais bien pouvoir faire de lui? Il a l' air sincèrement perdu dans cette histoire. Il aurait déjà pu essayer de m' attaquer ou de donner l' alerte s' il en avait eu l' intention. Mais comment savoir si je peux vraiment lui faire confiance ? Et jusqu' où ? Est-ce qu' il m' aiderait à retrouver Etan et à nous échapper sachant que je compte détruire le vaisseau ? Mais s' il fait ça, il faudra que je l' emmène avec moi…

J' inspire un bon coup.

- Etan et moi sommes prisonniers ici, et n…

- Pourquoi ? Qu' avez vous fait ?

- Absolument rien, je réplique sèchement, mais ça ne change rien. Est-ce que ta mère t' as déjà parlé de la BGU?

Son air ahuri me fourni la réponse. Ça ne me simplifie vraiment pas les choses.

- Tu ne sais pas comment vous êtes arrivés à Tréhignac ?

- Ben… j' en sais rien… j' étais tout petit. Non, je ne m' en rappelle pas, mais qu' est-ce que…

- Tu vivais à la BGU avant de vivre à Tréhignac. Balamb Garden University. Tes parents travaillaient là-bas avec les miens, et nous avons grandi ensemble. Je ne m' en souviens pas non plus, c' est ta mère qui nous a reconnu, Etan et moi, quand nous l' avons vu.

Il a l' air complètement largué, là… Je sens que je vais l' achever quand je vais en arriver à la trahison de son père.

- Ce que j' en sais, c' est ce que ta mère m' a raconté. Tu as quand même bien dû voir les photos, non?

- Quelles…

Évidemment, il ne doit pas non plus voir de quelles photos je parle s' il n' est pas au courant de ce que je lui raconte. Inutile de tourner autour du pot. Je lui résume ce que je suspecte de ce que son père a fait d' après le message que j' ai lu sur l' ordinateur chez lui. Puis j' en arrive au complot d' Esthar.

- Mon père… un espion ? Souffle-t-il d' une voix blanche.

Il s' affaisse sur le sol, l' air complètement défait.

- Alors je suppose qu' ils n' ont pas été très contents de ne pas nous trouver là où ton père avait dit que nous serions, je conclus. Ils l' avaient menacé de représailles. Ça doit être pour ça que tu es ici.

- Et mes parents? Ma sœur?

Je le rassure au sujet de sa sale petite peste de sœur. Elle doit être encore en sécurité dans le village; et quand bien même elle aurait été enlevée par des soldats d' Esthar, c' est plutôt pour eux que je m' inquiéterais. Ça, je ne le lui dis évidemment pas. Il est assez assommé comme ça. Il me fait pitié, dans un sens, parce que je vis la même chose que lui en ce moment; mais d' un autre côté, c' est sa famille à lui qui est responsable.

- Mais qu' est-ce qu' on peut faire ? Demande-t-il finalement.

- Déjà, il faut que je retrouve Etan.

Il hoche frénétiquement la tête.

- Et je veux détruire ce vaisseau et tout ce qui s' y trouve.

Il écarquille les yeux en me regardant comme si j' étais folle.

- Mais… c' est immense, ici !

- Je suis Seed.

Ok, c' est peut-être m' avancer un peu de dire ça, mais de toute façon, il ne sait même pas ce qu' est un Seed. Et puis, ça sonne drôlement bien. Ma confiance feinte semble lui redonner du courage.

- Très bien. Est-ce que je peux vous aider ?

- Tu sais te battre ?

Il baisse la tête d' un air misérable. Non, Bien sûr que non, il ne sait pas se battre, je suis bête. Quand en aurait-il eu besoin dans son trou perdu, là-bas ?

- Bon, dis-je en cherchant le meilleur moyen pour qu' il ne me gêne pas dans ce que j' aurai à faire. Tu pourras toujours m' aider en faisant diversion. Et puis, tu connais les lieux, non?

Il hoche ma tête vigoureusement, un peu rassénéré.

- Ok. Il me faudrait aussi un uniforme pour Etan. Il ne nous laisseront jamais sortir que les pieds devant s'ils nous reconnaissent.

Il hoche encore la tête.

- Je sais où en trouver. Il y en a dans l' armurerie.

- Alors on y va, dis-je en me levant.

Nous remettons notre casque, puis Zack me mène à l' armurerie. Je choisis une épée longue et brillante, et une plus courte que j' attache à ma ceinture, ainsi que quelques grenades. Trop effaré par ce qu' implique le port d' une arme, Zack est incapable de choisir. Je lui désigne un fusil blaster. Il a déjà chassé des monstres près de chez lui, il sait viser, me dit-il. J' espère assez bien pour ne pas nous atteindre nous plutôt que l' ennemi. Et puis il vaut peut-être mieux qu' il reste à l' écart des combats, on ne s' improvise pas soldat. Pour Etan je prends un uniforme et une longue épée. Ça paraîtra un peu léger après une gunblade, mais c' est ce qui s' en rapproche le plus. Ensuite, je vais à la cellule d' Etan. Ça devrait être cette porte-ci. Pendant que Zack fait le guet, j' ôte mon casque puis je m' approche de la porte pour murmurer:

- Etan ? Tu es là ? C' est moi, Eva…

Aucune réponse. D' après le plan, c' était bien ici, pourtant. La porte doit être trop épaisse pour qu' il m' entende. Mais je ne peux quand même pas me mettre à hurler pour m' assurer qu' il est bien là, sinon les soldats vont finir par rappliquer. Posant mon casque à terre, j' attrape mon écusson et le passe sur le boîtier accroché au mur juste à côté de la porte, puis je tire la poignée.

A peine la porte s' ouvre-t-elle qu' une forme sombre envahit mon champ de vision, et une douleur vive se fait sentir dans mon nez. Je tombe à terre sous le choc, complètement sonnée, le nez en sang.


commentaire de l' auteur :

Et voilà pour aujourd' hui !

J' en ai mis, du temps, une fois de plus, désolée. Je voulais que vous puissiez bien vous imaginer les mouvements, etc, donc j' ai essayé de pas mal détailler. Je n' étais pas certaine de la façon dont il fallait que j' amène les évènements, les sujets de discussion… D' abord avec Zukerdint, puis avec Zack ( tiens, 2 "Z", j' avais pas fait gaffe… Bah, ça n' a aucun rapport de toute façon). Il fallait parler de Laguna, pour le mettre tout à fait hors de cause, même si c' était évident que ce n' était pas lui qui attaquait la BGU. Bon, je sais, j' étais pas obligée de le tuer pour autant mais c' est comme ça. Désolée, vieux.

On va encore me dire que je suis sadique, mais finalement, j' aime beaucoup le personnage de Zukerdint, et j' ai adoré le faire parler et l' imaginer. C' est un malade, pourtant, autant le dire franchement. Je ne sais pas si j' ai réussi à vraiment montrer comment je le vois, parce que c' est difficile de lui coller un qualificatif… Enfin, bon. N' empêche, je crois que ce chapitre est mon préféré rien qu' à cause de lui!

On retrouve Zack. Lui aussi j' ai essayé de le mettre hors d' état de cause, pour tout ce qui s' est passé, parce que je ne savais pas ce que vous en pensiez. Donc, non, il n' était au courant de rien.

Sinon, même si j' avais dit que je corrigerais les chapitres précédents uniquement quand cette fic serait terminée, je n' ai évidemment pas réussi m' y tenir; je ne sais plus jusqu' où je suis allée, mais si vous voulez voir, j' ai corrigé les quelques fautes ( la honte… ) que j' ai réussi à repérer et j' ai rajouté parfois quelques éléments; rien de très important, quelques détails, c' est tout. J' aurais voulu étoffer plus, mais il s' est avéré que j' étais incapable d' en changer davantage. C' est comme si une fois que j' avais écris l' histoire je n' arrivais plus à la changer dans ma tête. Tant pis pour moi!

allez biz a tout le monde !