CHAPITRE XVII
Mon cri a alerté Zack. Il accourt aussitôt, retirant son casque pour que je ne le prenne pas pour un ennemi. Toujours à terre, je bute dans ses jambes tandis que je recule précipitamment pour sortir de la cellule. Devant moi, Etan, qui brandissait le même plateau que celui que j' avais brisé, et qui s' apprêtait à l' abattre à nouveau, stoppe son geste en me reconnaissant. Il laisse tout de suite tomber son arme improvisée et s' accroupit en bafouillant :
- Mince, je pensais que… je suis désolé, je cro… est-ce que ça… Zack ?
Les yeux écarquillés d' Etan s' attardent sur l' uniforme estharien.
- Il est avec nous, je marmonne, ma main sur mon nez pour empêcher le flot de sang de couler. On discutera plus tard, si tu veux bien…
- Oui, oui… marmonne-t-il, complètement dépassé.
Il tend la main pour m' aider à me lever. Je m'y agrippe et me redresse en vacillant. Ça pisse le sang. J' y crois pas, ce crétin m' a cassé le nez!
- J' aurais mieux fait de te laisser ici, je grommelle en lui jetant un regard noir.
- Je t' ai déjà dit que j' étais désolé, se défend Etan face à mon regard assassin. Je croyais qu' ils venaient me chercher.
Je ne peux pas vraiment lui en vouloir d' avoir essayé de se défendre, mais pourquoi il a fallu que ça tombe sur moi ?…
Nous nous réfugions dans une petite salle avant d' ameuter tout l' étage. Ça doit être une infirmerie, vu les lits étroits et les étagères emplies de boîtes de médiacaments. Zack prend vite de quoi me nettoyer le visage, puis il me lance une magie de soin. Je n' ai plus mal, mais ça continue de saigner légèrement. J' ai l' air fin, avec ce coton dans les narines, moi, maintenant…
- Ca arrêtera bientôt de saigner, ne vous inquiétez pas, dit Zack souriant gentiment. Ca ne se verra pas avec le casque.
Etan, le fixe, les sourcils froncés pendant qu' il remet les affaires en place.
- Faut que je te dise un mot, me souffle Etan.
Je jette un regard incertain à Zack.
- C' est bon, pas de problème, me dit-il en nous tournant le dos pour continuer à ranger le matériel.
Etan m' entraîne au fond de la salle.
- Mais qu' est-ce qu' il fiche ici, lui ? Fait-il, sans cacher son ahurissement.
- Il dit qu' il a été enlevé par les Esthariens qui l' ont intégré de force dans l' armée.
- Et tu as gobé ça ?
- Et bien oui, je l' ai gobé ! je m' énerve, vexée. Qu' est-ce que je pouvais faire d' autre ? Il était là et il m' a reconnue. Je ne suis pas complètement idiote, évidemment que je me suis méfiée! Il m' a vraiment semblé sincère, mais j' en sais rien non plus. La dernière fois ça m' a bien suffi. Je l' ai à l' oeil de toute façon.
- C' est bon, ne t' énerve pas. C' est juste que je me demande ce qu' Esthar peut bien faire de personnes qui ne veulent pas faire partie de leur armée.
- Les transformer en personnel pour le ménage. Je l' ai trouvé en train de passer la serpillière, si tu veux savoir. Plus sérieusement… je ne suis pas si sûre que ce soit tellement extraordinaire. Si on réfléchit deux minutes, ça doit faire partie des représailles pour notre capture ratée le premier soir dont parlait le message sur lequel je suis tombée. Il dit qu' il n' a pas de nouvelles de ma famille depuis qu' il est ici. Ils ont probablement été arrêtés ou dieu sait quoi d' autre. Lui, ils l' auront gardé pour avoir du personnel en plus, j' en sais rien…
- Et qu' est-ce que tu comptes faire? L' emmener avec nous ?
- Il m' a reconnue. Il aurait pu donner l' alerte mais ne l' a pas fait, je lui fais remarquer. Je pense qu' il dit la vérité, et si c' est bien le cas, on ne peut pas le laisser là.
- Ca pourrait être un piège. Il te fait croire qu' il veut t' aider et…
- Comme si je n' y avais pas pensé, je l' interromps, irritée. Si c' est le cas, il sait qu' il ne perd rien pour attendre.
Etan me regarde d' un air de plus en plus soupçonneux qui me pique au vif.
- Mais quoi, qu' est-ce qu' il y a, à la fin?? je demande, me hérissant.
- En dehors du fait que tu n' as jamais brillé pour ta perspicacité, tu veux dire ? Mmmh, laisse-moi réfléchir… Le fait que tu en pinces pour lui, par exemple ?
- Que je QUOI ??
- Oh, arrête…
- M… mais pas du tout, je bafouille, furieuse. Ça n' a absolument rien à voir!
Ça ne m' avait sincèrement pas effleurée, mais je suis sûre que je suis rouge comme une tomate, à présent. Qu' il aille au diable avec ses insinuations, celui-là ! Je trouvais Zack sympa quand on l' a rencontré, c' est vrai, mais ça n' a rien à faire ici! Et puis zut, de quoi il se mêle? Il n' était pas là quand je suis tombée sur Zack dans le couloir!
- Je n' en pince pour PERSONNE, c' est compris ??! Je vocifère, ulcérée. Va lui parler toi-même! Tu verras bien, Monsieur Modèle-de-Perspicacité !
- C' est bon, je te crois, ça va… soupire-t-il, battant retraite.
- Non, ça va pas! Espèce de sale petit…
- Je pense qu' on devrait en rester là. On n' a pas la journée. On verra plus tard. Mais je le surveille, de toute façon.
- Tu ne perds rien pour attendre ! Je lui crie alors qu' il retourne près de Zack récupérer l' uniforme qu' il a apporté.
Je vais rejoindre les garçons, toujours en le maudissant intérieurement. Moi, en pincer pour Zack… pff, je me demande où il est allé chercher ça… bon, ok, je le trouvais pas mal, mais je ne suis quand même pas idiote, qu' est-ce qu' il croit ? Pendant qu' Etan se change, Zack me donne un autre uniforme qu' il a réussi à dénicher. Celui que je porte est couvert de sang, maintenant, ça ne passera jamais. Zack m' en a trouvé un à ma taille; au moins mon casque ne risque plus de voler à chaque fois que je tourne la tête. Il nous donne aussi des pass pour personnel de ménage. Puis nous nous mettons à la recherche d' un ordinateur. Nous en trouvons finalement un un peu plus loin et nous nous enfermons dans la salle.
Le plan du vaisseau apparaît. Les choses sérieuses vont commencer. Les garçons se placent de part et d' autre pour regarder l' écran. C' est le moment ou jamais d' avoir une idée de génie pour nous sortir de là.
- Je n' ai pas l' intention de laisser le vaisseau derrière moi, j' explique de but en blanc. Pas question de m' échapper d' ici pour passer le reste du temps à me demander quand ils vont nous retomber dessus. Il faut faire quelque chose, cette fois.
Etan hoche légèrement la tête, l' air grave. J' imagine qu' il voit bien ce que j' ai en tête.
- Mais… hésite Zack. Tous les autres soldats… ils ne nous ont rien fait…
- Parce qu' ils ne savent pas où nous sommes, dis-je pour le faire revenir à la réalité. Ils nous tueraient s' ils en avaient l' occasion. Toi même, tu as dû recevoir ces ordres, non?
- Je… euh… Oui, c' est vrai, admet-il en baissant la tête. Si un prisonnier s' évade, nous devons le… Mais je n' ai jamais... Je ne sais pas si j' en aurais été capable et je…
- C' est bon, ça va, dit Etan pour le calmer. Ce qui peut leur arriver n' est pas notre problème. Ils ont leur camp à défendre et nous le nôtre.
- Ce qui m' embête par contre, je reprends, c' est qu' il y a d' autres prisonniers à bord.
- Des élèves? Demande Etan.
- Aucune idée, leurs noms ne me disent rien. Mais on ne peut pas se débarrasser du vaisseau en les laissant à l' intérieur, il peut s' agir d' alliés.
- Il y en a beaucoup?
- Assez, oui…
- Ca va prendre une éternité de passer ouvrir toutes les cellules… fait remarquer Etan.
- Je sais, mais on ne peut pas sciemment les laisser mourir au même titre que les Esthariens…
- Bien sûr que non, seulement…
- Il y a un moyen d' ouvrir les cellules à partir des ordinateurs, intervient Zack d' une voix presque timide.
Nous nous tournons vers lui.
Il nous explique qu' il y a un ordinateur à chacun des étages, y compris à ceux où se trouvent les cellules, et qui sont beaucoup plus faciles à atteindre. Celui que nous avons devant nous, par exemple.
- On peut s' en servir pour ouvrir les cellules. Seulement ceux où se situent les cellules, par contre. Le problème, dit-il, c' est que si on s' en sert, ils le sauront forcément, à la salle des commandes. Tous les ordinateurs sont reliés à celui qui est là-bas, c' est impossible qu' ils ne s' en aperçoivent pas. Le protocole de sécurité déclenche une alarme, parce qu' on n' est pas censés avoir à ouvrir plus d' une cellule en même temps, et en plus, on le fait généralement manuellement, grâce aux écussons.
- Alors on ferait mieux de passer par la salle des commandes directement, si je comprends bien ? Demande Etan, pensif.
- Certainement pas ! S' écrie Zack. C' est hyper surveillé là-bas! S' ils s' aperçoivent que nous venons avant que nous n' arrivions à les neutraliser, ils auront les moyens de nous enfermer et de libérer les soldats. Et alors, ils vont nous réduire en bouillie, c' est aussi simple que ça!
- Si tous les ordinateurs sont reliés, est-ce qu' il n' y a pas une possibilité d' accéder à leur terminal à partir d' ici ? Je demande.
- Non, ça ne marche pas dans ce sens-là. C' est seulement à partir de là-bas qu' on arrive jusqu' aux autres ordinateurs du vaisseau.
Un bruit dans le couloir me fait sursauter. Des soldats passent devant la porte sans s' arrêter. Ouf. J' attends un moment , puis je vais vérifier que personne ne nous écoute. Rien.
- D' un côté comme de l' autre, ils nous repèreront, résume Etan en chuchotant. Tu l' as dit: si on utilise les ordinateurs des niveaux de détentions, ils le sauront, et nous attaqueront; si on va dans la salle des commandes, ils peuvent réagir et nous attaquer en nous voyant arriver… c' est du pareil au même. Pour aller aux deux autres étages libérer les prisonniers, il faudrait se séparer pour gagner du temps. Trop dangereux. Et si on reste ensemble pour aller à chaque étage, on en perdra trop. En plus, les délivrer sans avoir neutralisé les soldats d' abord, c' est comme leur tirer une balle en pleine tête… la solution la plus sûre c' est la salle des commandes. À partir de là on ouvrira toutes les cellules d' un coup.
- Mais comment vous comptez vous y prendre ? Arriver à la salle des commandes, comme ça?
- On a l' habitude de se battre. Si on doit éliminer quelques soldats, ça ne nous posera pas problème.
- Sauf que la porte de la salle des commandes est blindée. Il peuvent rester là-dedans aussi longtemps qu' ils le veulent s' ils le décident. S' ils vous voient arriver en mettant tout à feu et à sang, vous pensez qu' ils vont être assez bêtes pour ouvrir et risquer que vous leur fassiez la même chose ?
Pas bête… même Etan ne trouve pas quoi répondre à ça.
- Je veux pas vous faire paniquer, mais il y a un autre problème: si on attaque bien la salle des commandes, qui va piloter le vaisseau? Ne me regarde pas, Etan, tu sais très bien que je ne pourrai pas.
- Zack?
- Ce que j' ai piloté qui ressemblait le plus à ce vaisseau c' est le tracteur de mes voisins, alors ce n' est même pas la peine d' y penser.
Etan soupire d' un air las.
- Alors on ne peut pas se débarrasser des pilotes, je conclus. Il faudra trouver un moyen de les obliger à piloter pendant qu' on s' occupe de libérer les prisonniers et de les diriger vers les capsules de sauvetage. Ça nous évitera du même coup d' avoir à descendre jusqu' à la salle des machines pour saboter le moteur. On n' aura qu' à s' arranger à la dernière minute pour que le vaisseau aille s' écraser quelque part.
Etan réfléchit en silence pendant que Zack nous regarde d' un air épouvanté.
- M-mais… on ne peut pas… On n' y arrivera jamais… c' est impossible… tout simplement… impossible… bégaie-t-il. Tout un vaisseau… Ce sont des soldats et…
- Et nous aussi, dit Etan.
- Mais pas moi ! S' écrie Zack. Et même si c' était le cas… à trois ?? On est trop peu nombreux… Trop jeunes…
- Nous avons été entraînés pour.
- Peu importe l' entraînement! On parle de centaines de soldats armés! Vous pouvez être aussi forts que vous le voulez, vous n' avez que deux bras! Et moi je ne pourrai vous être d' aucune utilité, finit-il d' un air misérable.
Je n' aimerais pas être à sa place, ça c' est sûr.
- Nous ne te demanderons pas de te battre, dit Etan. Mais tu connais le vaisseau, tu pourras nous indiquer par où passer pour gagner du temps et éviter les caméras. Je t' assure que tu auras l' occasion de te rendre utile. Et puis, nous aurons besoin de nos affaires. Ils ont du les planquer quelque part. Tu dois savoir où?
- Il y a bien des sacs qui ont été entreposés récemment au niveau 4, ça doit être ça. Je peux me débrouiller pour les récupérer, il suffira que vous me disiez à quoi ressemblent les vôtres.
- Parfait. Une fois sortis d' ici, nous en auront besoin.
Zack se montre même plus utile qu' il ne le pensait. Il se rappelle qu' il y a un moyen, toujours grâce aux ordinateurs d' enfermer les soldats dans leurs quartiers, même si lui ne sait pas comment procéder - comme si on allait donner ce genre d' info à un type qui doit juste passer la balai. Selon lui, la majorité des soldats s' y trouve encore, étant donné l' heure matinale - il n' est que 4h, apprends-je avec stupéfaction. Ça nous débarrassera d' une bonne partie d' entre eux. A partir de ce moment-là, ils verront sûrement que quelque chose cloche, mais il sera trop tard, puisqu' ils seront enfermés, pour la plupart. Ils pourraient même ne pas se rendre compte de ce qui se passe avant un bon moment, ce qui nous arrangerait pas mal, si nous voulons arriver entiers jusqu' à la salle des commande.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine tandis que nous arrivons à l' étage du quartier de vie des soldats. Nous n' avons encore rencontré aucun problème pour l' instant, grâce aux uniformes volés mais je ne suis pas rassurée pour autant.
C' est le silence total à cet étage. Il est trop tôt. Seuls quelques hommes à moitié réveillés déambulent dans les couloirs en faisant semblant de veiller à l' ordre. Parfait. Pendant qu' Etan fait le guet dans le couloir, je m' affaire sur l' ordinateur que se trouve à côté d' un des dortoirs pendant quelques minutes avant de trouver la commande dont j' ai besoin. Verrouillage des chambres.
Dans le couloir, les portes coulissent dans un léger ronronnement. Voilà qui est fait. Profitant de ce que j' ai un ordinateur sous la main et qu' Etan ne soit pas dans les parages, j' effectue rapidement une dernière recherche, un peu nerveuse.
J' ai une promesse à tenir à Zukerdint.
- Mais qu' est-ce que vous faites ? chuchote Zack en regardant par dessus mon épaule.
- Je veux juste voir un truc, je marmonne, priant pour qu' il me fiche la paix.
Pas moyen d' avoir le plan du dernier étage. Mince. Je sais seulement que c' est le quartier des officiers - donc logiquement celui où doit se trouver Zukerdint - , mais je n' arrive pas à obtenir plus d' informations. Je ne peux quand même pas débarquer là-bas sans savoir à quoi m' attendre. La deuxième tentative ne donne rien non plus. Zut zut et zut.
- Pourquoi est-ce que vous cherchez le plan du Quartier des Officiers? Demande-t-il d' une voix anxieuse. On n' a pas à all…
Seigneur, qu' est-ce qu' il m' épuise à avoir peur de tout. Occupe-toi de tes oignons, mon vieux…
- Je veux simplement savoir si on a quelque chose à craindre de ce côté-là, je réponds, agacée.
- C' est juste un gigantesque appartement. L' officier qui y vit doit être en train de dormir en ce moment, il ne risque pas d' intervenir, ne vous inquiétez pas.
- Un appartement ?
- Oui, j' ai déjà dû aller nettoyer là-bas plusieurs fois. Il n' y a rien d' intéressant là-bas. Et il ne vaut mieux pas tomber sur Zukerdint, si vous voulez mon avis. Il fiche vraiment le jetons…
Je m' en contrefiche, de son avis. C' est exactement ce que je veux: lui tomber dessus.
- Tu es certain qu' il est endormi ?
- Toujours, à cette heure-ci, affirme-t-il, catégorique. Mais… pourquoi est-ce que… ?
- Pour rien, je l' interromps sèchement. Et est-ce qu' il y a beaucoup de soldats, là-haut?
- Il n' y en a pas… il n' aime pas être surveillé, personne n' a le droit d' y aller, même pas pou…
- Qu' est-ce que vous fabriquez, tous les deux ? Demande Etan en passant sa tête par la porte. Ça y est, les dortoirs sont fermés! Vous attendez quoi ?
- C' est bon, on arrive, je dis en fusillant Zack du regard pour lui intimer le silence.
Si Etan apprend ce que j' essaie de faire, il va essayer de m' en empêcher, et je n' ai pas l' intention de discuter de ce sujet avec lui. Il faudra me passer sur le corps pour m' en empêcher de régler personnellement son compte à Zukerdint.
Ne pouvant rien obtenir de plus de l' ordinateur, je me penche derrière pour couper les fils à l' aide mon épée, pour que personne ne puisse modifier mes ordres. Il y a quelques étincelles et la machine émet un grésillement, puis tout s' éteint. Première étape franchie.
Maintenant, la salle de contrôle.
Avant cela nous devons passer chercher nos affaires. Il nous faut à nouveau emprunter l' ascenseur et descendre plusieurs étages. Je m' évertue à faire comprendre à Etan que nous gagnerions un temps précieux s' il voulait bien laisser Zack s' en charger pendant que nous irions à la salle de contrôle - puisque de toute façon Zack ne pourra certainement pas se battre -, mais il ne veut rien entendre. Il préfère l' avoir à l' œil, ce que je comprends, dans une certaine mesure. Mais ça ne nous arrange vraiment pas.
Nous reprenons donc l' ascenseur; seuls quelques soldats errent dans les longs couloirs, trop endormis pour faire attention à nous. Elle est belle, leur armée… je cours déverrouiller l' armurerie à partir du terminal, et j' en profite pour désactiver les alarmes de l' étage.
Une chance qu' il n' y ait pas beaucoup de soldats à cet étage. Avec la précieuse gunblade, nos sacs à dos et ma propre arme, nous ne sommes pas très discrets et nous ne ressemblons plus vraiment à des soldats d' Esthar. Zack finit par piquer le chariot d' un autre type censé se charger du ménage - que nous avons retrouvé à ronfler sous une des tables qu' il était censé nettoyer. Nous planquons nos affaires dedans et nous repartons. Nous dirigeons à nouveau vers l' ascenseur quand je stoppe malgré moi devant une des portes, le cœur battant à toute vitesse. Je connais cet endroit…
- Qu' est-ce qui se passe ? demande Etan en s' approchant.
Je déglutis avec difficulté. Je reconnais cette entrée. C' est ici que j' avais été emmenée. La salle de torture. C' est là que se trouve la machine…
- Eva?
Je vais ouvrir la porte avant que les garçons n' aient le temps de m' en empêcher. Il faut que je voie ça. Je tire sur la poignée à plusieurs reprises mais ça refuse de s' ouvrir.
Un petit bip provenant d' un boîtier sur le côté me rappelle que je suis censée entrer un code pour accéder à cette salle. Perdant mon sang froid, j' attrape mon arme et en donne un coup dans le boîtier. Des étincelles s' en échappent et la porte coulisse enfin.
- Bon sang mais qu' est-ce qui t' arrive ? Eva ! Il faut y aller !
J' ai été bien inspirée de désactiver les alarmes. Je me rends compte à ce moment que si je ne l' avais pas fait, nous étions fichus. Peu importe.
Sans l' écouter, j' entre, et ils s' empressent de me suivre et de refermer la porte derrière nous. J' entends l' un des garçons tâter le mur pour trouver l' interrupteur, mais j' ai déjà repéré ce que je cherchais.
La machine trône au milieu de la pièce. Elle se met à luire quand Zack réussit à trouver la lumière. Une simple cube de métal, croirait-on. Rien de bien méchant…
Etan arrive à ma hauteur et observe l' appareil. Il est tout pâle. Il l' a reconnue, lui aussi. C' est bien à elle qu' il a eu affaire avant d' être contaminé. Sur notre gauche, derrière la paroi de verre se trouve le tableau de commande, là où étaient protégés les médecins quand j' étais attachée sur la table, en face de la machine. Sur les étagères métalliques se trouvent divers engins dont je n' ose pas imaginer l' utilité, et j' aperçois le générateur d' électricité qui a servi à m' électrocuter quand j' étais là. Je me rends compte que mes mains tremblent quand elles laissent mon arme s' échapper. Elle heurte le sol avec un bruit sec et froid qui nous fait sursauter, puis rebondit avant de s' immobiliser, reflétant la lumière des néons. Cela semble réveiller Etan. Voyant mon état, il sort sa gunblade et un rien de temps défonce l' appareil. La machine finit par s' ouvrir en deux et il coupe tous les fils en mille morceaux, détruit chaque pièce qui la compose. Il ne s' arrête que quand le tout ressemble à un tas de confettis. Moi je suis comme hypnotisée devant. Impossible de parler ou de remuer. Un peu essoufflé, il s' éloigne, m' attrape par le bras sans rien dire et me traîne dehors, suivi de Zack qui pousse le chariot.
- Cette fois, c' est fini, personne ne risque plus rien, compris ? Fait Etan d' une voix sans timbre en m' obligeant à le regarder en face.
Il est toujours un peu pâle. Ça n' a pas dû être facile pour lui non plus. Lui a réellement été contaminé. Ça m' a fait un tel choc de revoir tout ça... Mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous déconcentrer pour le moment. Je m' efforce de rassembler mes esprits et j' accélère le pas, pour qu' Etan n' ait plus à me soutenir.
Nous arrivons enfin à l' étage où se situe la salle des commandes, armés des balais dont Zack nous a équipés. Si j' avais su que c' était le passeport pour la tranquillité… Un simple balais et on devient aussi invisibles que le vent. Nous préférons tout de même éviter certains passages équipés de caméras de surveillances - directement reliées à la salle de contrôle - sait-on jamais. Ça me semble extraordinaire que nous soyons arrivés ici sans problème. Nous avons bien croisé quelques patrouilles mais Zack les connaît, pour la plupart, et arrive à nous faire passer comme si de rien n' était. Comment font-ils pour se reconnaître entre eux, alors qu' il n' y a aucun signe distinctif sur leurs uniformes? J' ai renoncé à essayer de comprendre.
En tout cas, même Etan le reconnaît, le plan de Zack était tout simplement génial : qui irait se méfier de trois simples agents, uniquement équipés de balais - en apparence, en tout cas - alors que toute une armée est présente sur les lieux ? Un évadé sain d' esprit courrait chercher une sortie plutôt que de se jeter dans la gueule du loup. C' est ce que nous a objecté Zack d' une petite voix, une ultime fois avant que nous ne sortions de l' ascenseur, d' ailleurs.
Nous arrivons finalement devant la porte. Fermée. Que faire, maintenant ? Etan et moi nous nous regardons. Il doit bien y avoir une autre entrée, ou alors…
À notre grand effroi, Zack appuie tranquillement sur l' interphone.
- Equipe de nettoyage TC 11, prononce-t-il, et mon cœur se remet à battre.
Je ne remarque que maintenant que, s' il avait voulu nous livrer, ça aurait été le moment parfait. Nous sommes dans un couloir sans issue, et une demi-douzaine de patrouilles surveille l' étage. Nous n' avons pas fait preuve d' une très grande prudence, sur ce coup-là, en laissant Zack agir. Etan doit lui aussi le réaliser, parce que je l' entends pousser un soupir de soulagement à côté de moi. Même si je pensais bien que nous pouvions lui faire confiance, j' ai quand même eu chaud, sur le moment. D' un autre côté, qu' est-ce que Zack aurait pu faire d' autre ? Nous laisser essayer d' enfoncer la porte blindée, attirant les patrouilles jusqu' ici, où nous aurions été pris au piège ?
- À cette heure-ci ? Fait une voix grésillant sortant de l' appareil. Bon, entrez.
A peine la porte coulisse-t-elle que nous ouvrons le feu, prenant soin de ne pas abattre les hommes qui se trouvent aux commandes et qui nous lancent des regards terrifiés. Je n' aime pas beaucoup ce que nous sommes en train de faire, mais en remettant les choses dans leur contexte, il s' agit quand même des gens qui ont attaqué la BGU. Zack est un peu pâle, mais il ne flanche pas non plus. Il pointe l' arme qu' Etan a consenti à lui passer - au prix d' interminables négociations de ma part - sur un des pilotes pendant que j' expose posément la situation à l' assemblée. En gros: soit ils continuent à piloter et on leur laisse une chance pourvu qu' ils cessent toute activité dans l' armée estharienne dès à présent; soit ils refusent ou essaient de nous jouer un tour et on les envoie rejoindre leurs collègues. Blanc comme un linge, le pilote jure ses grands dieux que lui et ses co-pilotes seront sages comme des images. Pendant ce temps, Etan s' empresse de refermer la porte blindée derrière nous. J' observe Zack à la dérobée pendant qu' il s' applique pour ne pas trembler tandis qu' il tient le pilote en joue. Ok, je ne suis peut-être pas d' une perspicacité extraordinaire, mais si ce type-là nous joue la comédie, alors il mérite l' oscar du plus grand acteur de tous les temps.
Le fait est que tout marche à merveille, pour le moment. L' effet de surprise y est certainement pour beaucoup. Nous n' avons pas eu le moindre mal à passer les sécurités et à nous introduire jusqu' ici. Ils ont complètement été pris au dépourvu, tandis que nous avons gardé notre sang-froid. Rapide et méthodiques. Quistis aurait été fière de nous.
Les pilotes s' efforcent de rester calmes et de continuer à maintenir le vaisseau en l' air. Pendant ce temps-là, Etan fait sortir les corps des soldats tués pour les entasser dans un coin, et moi je m' empresse de contacter les prisonniers dans leur cellule; il y a dans chacune d' elles un petit écran où l' on peut faire apparaître un message, selon un jeune co-pilote coopératif. Après qu' il m' ait montré comment faire, j' explique rapidement la situation aux prisonniers sans entrer dans les détails, c' est à dire en évitant de donner nos noms, mais en leur expliquant qu' en tout cas nous sommes contre Esthar. Je leur explique aussi comment sortir et accéder au hangar ou aux cellules de détention, puis j' ouvre les portes. Dernier problème : les caméras nous montrent que personne ne sort des cellules. La poisse. Je comprends très bien qu' ils puissent penser à un piège, mais s' ils s' éternisent, un soldat ne va pas tarder à arriver et ils vont se faire massacrer.
On n' a pas vraiment le choix. Il va nous falloir aller les voir directement en bas. Et dire que c' est ce qu' on voulait éviter d' avoir à faire depuis le début… Cette fois, nous n' avons pas d' autre choix que de faire confiance à Zack pour continuer à surveiller ce qui se passe ici. Il reste pendant que nous descendons en quatrième vitesse. Nous lui laissons un talkie-walkie qu' Etan vient de trouver, lui même en prend un et m' en confie un troisième. Comme nous nous sommes débarrassés de nos uniformes maculés de sang à force de trimballer les corps à l' autre bout de la salle, les quelques dizaines de soldats que nous croisons devinent tout de suite ce qui se passe. Nous n' en faisons qu' une bouchée, mais au final nous avons quand même perdu du temps.
Comme aucune difficulté majeure ne se présente, Etan et moi nous nous séparons entre chaque étage pour gagner du temps. Je me rue hors de l' ascenseur pendant qu' Etan descend au niveau suivant, et je parcours les couloirs à toute vitesse pour me rendre jusqu' aux cellules. Je tourne une dernière fois, et je m' arrête dans le couloir dans un grand dérapage, à bout de souffle, mais rassurée. Je craignais que les prisonniers n' aient eu le temps de se faire attaquer le temps que nous n' arrivions jusqu' à eux, mais non.
Des hommes et des femmes, plus ou moins âgés, sortent peu à peu des cellules, contemplant le décor d' un air un peu hagard. Je cours les rejoindre, tout en prenant soin de rester hors d' atteinte, mon arme serrée fermement dans ma main droite. On ne sait jamais à qui on a affaire, ce n' est pas le moment d' être bêtement imprudente. J' ai fini par comprendre que les gens ne se divisent pas en Esthariens et gentils. Les ennemis d' Esthar ne sont pas forcément nos amis.
Une rapide discussion m' apprend qu' ils sont soldats, pour la plupart. Pas de Seed parmi eux, dieu merci. Ils font partie de diverses armées avec lesquelles nous avons déjà collaboré, à la BGU. J' ai déjà croisé l' un d' eux, et il me reconnaît immédiatement. C' est sans doute ce qui pousse les autres à me faire confiance; moi aussi je me serais méfiée à leur place: qu' est-ce qui leur garantit que ce n' est pas un piège, après tout? Qu' est ce qu' ils en savent, que nous ne sommes pas des Esthariens déguisés ? Mais lorsque ce soldat prononce mon nom d' un air stupéfait, c' est tout juste si les autres ne se prosternent pas devant moi. Comme je n' ai pas de temps à perdre, je leur indique une nouvelle fois la route pour accéder aux capsules de sauvetage. Ils me proposent de nous aider, mais nous avons déjà fait le principal et ils sont vraiment dans un sale état, pour certains. Autant qu' ils gardent leurs forces pour sauver leur peau. Certains d' entre eux sont pilotes, ils peuvent donc carrément utiliser les vaisseaux du hangar. Ils repartent après m' avoir remercié un milliard de fois.
Il me reste encore un peu plus d' un quart d' heure avant d' avoir à rejoindre les garçons dans la salle des commandes. C' est Etan qui doit se charger du dernier étage pendant que je suis censée retourner surveiller Zack. C' est allé plus vite que je ne l' aurais espéré. Je me rue vers l' ascenseur et j' appuie comme une malade sur le bouton qui mène au dernier étage.
Le Quartier des Officiers.
Avant que la porte de l' ascenseur ne s' ouvre, une fois arrivée au dernier étage, le boîtier me demande d' introduire mon écusson, ultime mesure de sécurité. Complètement inefficace, puisqu' ils sont aussi faciles à obtenir dans ce vaisseau que du pain dans une boulangerie. OK, je crâne peut-être un peu, ça n' avait rien de si facile quand j' ai du me débarrasser des soldats, mais c' est le stress, on va dire... Bref, ça ne me pose aucun problème étant donné que j' ai conservé mon écusson, et l' ascenseur s' ouvre.
L' unique et immense couloir qui s' ouvre devant moi est désert. Cet étage est totalement différent des autres. Le décor ressemble à celui de l' intérieur d' un luxueux immeuble, avec de jolis meubles en bois placés le long des murs, et de très grands portraits de dieu sait qui accrochés au mur. Il y a même des fleurs dans de superbes vases, et un long tapis épais sur le sol.
En même temps, l' air semble plus lourd, plus pesant, ici. Mon cœur bat tellement fort que j' ai l' impression qu' il résonne dans tout le couloir. Et si Zukerdint savait que je suis là? Impossible, pas un seul soldat que j' ai pu croiser ne s' en est sorti, en dehors de ceux coincés dans les dortoirs; et j' ai vérifié, il n' y a aucun problème de ce côté-là, ils sont toujours bloqués à l' intérieur. Ça me semble quand même extraordinaire que nous soyons dehors depuis si longtemps et qu' aucune catastrophe ne nous soit tombée dessus merci l' auteur ! Lol . Je serre les doigts sur la garde de mon arme à double lame et j' avance à pas de loup. Je ne trouve aucune ouverture pendant plusieurs minutes. Puis j' arrive face à une grande porte à double battants en bois massif. Ça ne peut être qu' ici.
À ce moment-là, je sens une main se poser sur mon bras. Je me retourne en un éclair, prête à brandir mon arme. La lame s' arrête à cinq centimètres du cou d' Etan. Ce crétin reste là, tranquille, comme si de rien n' était alors que j' ai failli le décapiter. J' aurais dû me douter qu' il savait ce que j' avais l' intention de faire, mais s' il croit qu' il va me faire changer d' avis…
- Qu' est-ce que tu fiches ici? Je vocifère à voix basse, furieuse. Je te préviens, si tu essaie de m' emp…
- Il faut un pass spécial pour entrer ici, dit-il simplement en me tendant une carte. Il y a un numéro de code à entrer, aussi, je l' ai inscrit dessus.
Je cligne des yeux, stupéfaite.
- C' était sur un soldat qui travaillait dans la salle des commandes, explique bêtement Etan.
- La salle de… Tu n' essaies pas de m' en empêcher ?
- Tu m' écouterais si je te disais de ne pas le faire?
- Non, je réplique farouchement.
- Alors, tu la prends oui ou non ?
Je l' attrape, confuse. Je n' aurais rien pu faire. J' aurais dû faire demi-tour, comme une idiote, et laisser cette ordure s' en tirer. Une vague de gratitude m' envahit. Etan n' a pas l' intention de m' en empêcher, il sait qu' il faut que je le fasse.
- M… Merci, je bafouille, les yeux brouillés.
- Promets moi une chose par contre: n' écoute pas ce qu' il te dira. Il essaiera de te déstabiliser, de te faire du mal, même s' il ne peut pas se défendre physiquement. Ce type est un malade. Il est capable de te dire n' importe quoi. Tu m' entends ? Finis-en au plus vite et sort.
Je hoche la tête.
- Je t' attends ici, dit-il en appuyant son dos contre le mur, les mains derrière la tête. Ne tarde pas.
Je hoche à nouveau la tête, puis j' entre la carte dans le boîtier, avant de taper le code. La porte s' ouvre et je m' engouffre à l' intérieur.
Il fait noir, il est donc encore beaucoup plus tôt que je ne l' avais supposé. Les immenses baies vitrées laissent encore entrer la lumière projetée par la lune. Parfait. J' ai besoin de calme, de silence. D' obscurité. J' inspire profondément.
Je traverse un salon gigantesque, parfaitement décoré. Personne. Personne non plus dans la cuisine, ni dans la salle à manger. L' air est glacial dans les couloirs, mais je m' en rends à peine compte. J' ouvre la porte de ce qui se révèle être une chambre et j' avance en silence.
La lune éclaire d' un rayon froid le lit qui se trouve au centre de la pièce. Les draps sont défaits, et il est là, allongé sur le dos, ronflant légèrement. J' ai un mouvement de recul en remarquant sa tenue. Il est en caleçon. Si on m' avait dit qu' un jour je tuerais un homme en caleçon et en train de dormir, je ne l' aurais jamais cru.
La scène me paraît vraiment incongrue, sur le coup. Et pourtant je n' ai pas envie de rire. Tache d' oublier ça, c' est tout. C' est celui qui est responsable de tout ce qui arrive.
Au contact de la lame glacée sur son cou, Zukerdint se réveille. Il cligne rapidement des yeux en reprenant ses esprits, puis soupire.
- On dirait que je me suis encore trompé, dit-il avec un sourire qui n' a plus rien de joyeux ou d' ironique. Très impressionné.
Je reste là debout à côté de son lit, le toisant de toute ma hauteur. Il n' a pas bougé d' un pouce en se réveillant, il ne s' est pas départi de son calme, ce qui n' a rien de très étonnant venant de sa part.
Qu' est-ce que tu avais imaginé, ma pauvre? Qu' il paniquerait et te supplierait ?
Malgré ma colère, je ne tremble pas en brandissant mon épée.
- Je vous l' avais promis, non?
- En effet. Mais rien ne pressait.
- Où est la BGU ? Je demande d' un ton qui relève plutôt de l' ordre.
- Qu' est-ce que cela peu bien faire que je vous réponde ou non? Dit-il tranquillement. Le résultat serait le même, n' est-ce pas? Vous me tuerez.
- En effet. Mais vous allez me répondre.
- Vous n' allez tout de même pas me proposer un accord du genre "si vous répondez je ferai en sorte que vous ne souffriez pas trop", j' espère? Je trouve ça du dernier ridicule.
- Aucun risque, je m' arrangerai pour que vous souffriez le plus possible de toute façon.
- Vous auriez été un bon élément pour Esthar, soupire-t-il. C' est bête de ma part de ne m' en rendre compte que maintenant. Mais de toute façon vous auriez refusé de vous joindre à nous, alors ça ne change pas grand chose…
Il recommence à parler comme si je n' étais pas là alors que la lame se trouve à quelque centimètres de son cou. Vraiment dingue…
- Comment avez-vous fait pour sortir ? J' ai pourtant fait en sorte que cette porte ne soit ouverte qu' en dernier recours, et seulement après les repas. Il y avait des somnifères, dans la nourriture. Vous n' avez donc pas mangé? Et votre grand père qui riait en décrivant votre estomac comme la principale partie de votre cerveau…
En entendant cet homme qui a trahit mon grand-père oser parler de lui sur ce ton je me raidis, folle de rage. J' abaisse assez l' épée pour que la lame le blesse légèrement, et quelques gouttes de sang perlent sur son cou.
Je vois sa pomme d' Adam monter et redescendre à toute allure. Il bat très vite des paupières puis repose ses yeux sur moi, un petit sourire contrit sur les lèvres.
- Vous avez de nouveau cette tempête dans les yeux, v…
- Où est la BGU ? Je répète en insistant sur chaque mot.
- Je sais que vous allez me tuer de toute façon. Et vous savez que je sais que vous allez me tuer. Alors pourquoi pensez-vous que je vous répondrai ?
Je n' en sais rien. Je n' imagine pas qu' il soit du genre à marchander pour obtenir la vie sauve, et même si cela lui permettait de rester en vie, il ne me répondrait pas s' il n' en avait pas envie. Mais sans savoir comment, j' ai la conviction qu' il le fera.
- Et pourtant vous avez raison. Je vous répondrai. Par bonté d' âme, dirons-nous.
- Ben voyons.
- Vous pouvez au moins m' accorder ça. Je ne gagne rien à vous répondre. Mais il se trouve que j' ai de la sympathie pour vous, aussi extraordinaire que cela puisse vous paraître. J' ai entendu parler de vous toute ma vie. Je mourais d' envie de vous rencontrer. Après, en effet, ça a été un concours de circonstances; je suis persuadé que dans d' autres temps nous nous serions parfaitement entendus. Si les choses avaient été différentes…
- J' en doute, je lache d' un ton sec.
Rien qu' à cette éventualité, j' en ai la nausée.
- Cependant, ce qu' on m' a rapporté est largement en dessous de la vérité. Vous avez réussi à parvenir jusqu' ici malgré mes précautions, rien que pour me tuer… vraiment flatteur. Dire que je suis celui qui a réussi à réveiller de tels sentiments en vous. Je ne suis pas sûr que beaucoup de personnes aient eu le loisir d' observer cette part obscure qui est en train de prendre le dessus chez vous. Celle qui fait danser cette tempête dans vos yeux en ce moment même. C' est le besoin de tuer qui fait cela de vous. Nous ne sommes pas si différents, savez-vous.
- Nous n' avons absolument rien en commun, espèce d' ordure, je lâche, furieuse.
- Une réponse bateau. N' importe quel imbécile me sortirai la même chose. Je travaille à plus grande échelle, voilà tout. Et j' y mets un peu d' originalité aussi. Que pensez vous que les Seeds puissent avoir de plus que n' importe quel autre soldat d' Esthar?
- Nous travaillions pour maintenir la paix et la liberté des nations.
- Juste un joli prétexte pour imposer votre domination, comme n' importe qui possédant un peu de pouvoir et qui essaie d' en obtenir davantage. Nous voulons juste nous faire reconnaître pour notre puissance, et nous étendre pour apporter au monde une prospérité que nous seuls pouvons atteindre. Créer une nouvelle ère, qui aurait dû être depuis toujours, sans la présence des ridicules petits soldats Seeds…
- En vous imposant par les armes, en tuant, en privant les gens de leurs libertés ? Oh et puis, je ne vois même pas pourquoi je discute de ça avec vous, vous n' êtes qu' un…
- Assassin ? Et vous, qu' avez-vous fait pour parvenir jusqu' ici ? finit-il avec un petit rire. Je ne pense pas que vos beaux yeux aient seuls réussi à convaincre toute ma flotte de vous ouvrir le passage jusqu' à moi, aussi mignonne soyez-vous. Vous savez que j' étais justement en train de rêver de vous ? Demande-t-il soudain. Évidemment, ça ne se déroulait pas exactement de cette façon, dit-il, tout en coulant vers moi un regard éloquent.
Ecoeurée, je place la lame sous son menton de façon à ce qu' elle le frôle, et il se tait à nouveau, le souffle haletant, son torse se soulevant à un rythme frénétique, faisant ressortir ses côtes.
Comment en finir avec lui ? Il me semble que le tuer comme ça ce serait encore trop doux pour lui. Je voudrais le faire souffrir encore et encore pour ce qu' il a fait. Je n' ai jamais été dans un état pareil. Je déteste ce type comme jamais je n' ai pensé qu' on pouvait haïr. Je meurs d' envie de l' entendre hurler de douleur, hurler comme j' ai hurlé et pleuré depuis que j' ai été éloignée de la BGU.
- Un peu de sang froid. Vous le regretteriez, de me tuer aussi bêtement et vite.
- Je vous emmerde.
- Sans aucun doute. Mais je suppose que vous avez des questions à me poser avant d' en finir. Je suis la personne la plus au fait des évènements que vous puissiez trouver sur ce navire. Ça tombe plutôt bien, non? J' ai justement reçu des documents il y a quelques heures.
Je le vois désigner des papiers sur une petite table de l' autre côté du lit. Mais pas question de relâcher mon attention et de lui tourner le dos.
- Comme vous voudrez. De toute façon c' est assez déprimant pour moi. Je ne tiens pas à les avoir à nouveau sous les yeux. Il y a eu un problème avec la BGU, dit-il finalement les yeux rivés sur le plafond.
- Quoi ?
- Hier soir, fait-il avec un bâillement. Une autre faction d' Esthar l' escortait vers une de nos bases. Elle a été attaquée. Des Seeds de Trabia. Ils ont réussi à récupérer les élèves de la BGU et la faction d' Esthar a été littéralement laminée. Satisfaite?
Les pensées défilent à toute allure dans ma tête. Esthar est en difficulté. La BGU leur a échappé. Et la BGU en liberté, c' est un obstacle majeur pour n' importe quel opposant, même pour Esthar. Ils ont dû envoyer des renforts pour la récupérer. C' est pour ça que nous avons réussi à nous échapper aussi facilement. Je me disais, aussi...
- Et les autres facs ? Sont-elles retenues prisonnières par Esthar ?
- Un petit malin de votre fac avait réussi à s' échapper et à prévenir les autres le jour de l' attaque de la BGU.
Mon cœur se serre en pensant à Casey. Non, ce n' est pas le moment de flancher.
- Nous n' avons trouvé que des places désertes, si vous voulez tout savoir. Je suppose que vous savez mieux que moi où ils peuvent être.
Absolument pas, mais ça ne le regarde pas.
- Jusqu' ici, nous faisions pression sur votre famille en leur disant que nous vous retenions prisonnière, pour qu' ils ne nous posent pas de problème et collaborent. Ils n' avaient aucun moyen de savoir que nous bluffions. L' ennui, c' est qu' apparemment ils ont reçu un message selon lequel vous n' étiez plus entre nos mains, un peu avant que nous ne tombions réellement sur vous dans le vaisseau des Londaniens.
Casey !!! Ça ne peut être que lui ! Ils ont réussi à atteindre Pil Hunna !!
- Qui est à l' instigation de l' attaque des BGU ?
- Vous prenez toujours tout pour vous. Il ne s' agissait pas que de la BGU, ma chère. Nous avons réduit en poussière tous les groupes armés de la planète. Les facultés étaient les seules à nous poser réellement problème, et elles le continuent malheureusement. J' avoue que personne ne s' était attendu à ce que les petits Seeds soient aussi efficaces. Vous n' êtes que des gamins. Cela fait vingt ans que nous nous battons pour restaurer le réel pouvoir d' Esthar.
- Qui est-ce ? Je répète.
- Votre père a tué notre chef il y a quelques heures, dit-il d' une voix sans timbre.
Mon cœur manque un battement. Il y a quelques heures ? alors il est vivant !!
- Ils ont repris le contrôle grâce à l' aide de vos alliés, et l' héritier d' Esthar a été tué, lâche-t-il d' un ton amer. il semble que vous teniez de votre père. On a toujours tendance à vous sous-estimer, et pourtant une fois que vous êtes lancés rien ne peut vous faire cesser.
Il a passé ses bras sous sa nuque et contemple le plafond d' un regard vide. Je comprends mieux son inertie maintenant. Son but s' est effondré sous ses yeux. La ville d' Esthar telle qu' il l' a rêvée ne naîtra jamais.
- Mais ne rêvez tout de même pas trop. Même si nous avons subi cette défaite, même si vous me tuez, Esthar demeure. Nous sommes nombreux, Eva, bien plus que vous ne semblez l' imaginer. Je ne suis qu' un tout petit pion dans ce formidable jeu. Si pour vous je suis le mal absolu, vous n' êtes pas au bout de vos peines. Il se passe des choses dans le monde dont vous n' avez pas idée, en ce moment même, probablement. Des choses qui seront décisives pour l' avenir de ce monde. Je regrette de n' être plus là pour les voir venir. Mais j' ai échoué, je le reconnais. Je ne mérite pas d' assister à notre triomphe. Tuez-moi, et prenez-y autant de plaisir que vous le voulez. Ça ne changera pas grand chose à l' ordre des choses, mais ça vous soulagera. Sur le moment. Vous n' avez pas fini de ressentir cette soif de vengeance et de violence.
Ses derniers mots s' insinuent jusqu' à moi malgré mes efforts pour les repousser et les nier. Comment est-ce qu' il arrive à percevoir et à s' amuser de cette peur qui me taraude depuis quelques temps ? Cette peur d' en venir un jour à être indifférente à la mort ? À aimer tuer, même ? Peu importent les excuses. La vengeance ou la défense, c' est toujours le même résultat: du sang. Partout, du sang. Et après seulement le soulagement.
Un grand frisson me parcourt.
N' écoute pas ce qu' il te dira. Il essaiera de te déstabiliser, de te faire du mal, même s' il ne peut pas se défendre physiquement. Ce type est un malade. Il est capable de te dire n' importe quoi.
Il perçoit mon trouble, ça le fait sourire. Il voit bien qu' il a raison. Ça me met dans une rage folle. Mais je ne peux pas le tuer tout de suite. Il y a une dernière chose que je dois savoir. Je grimpe sur le lit et j' appuie un des mes pieds sur sa poitrine en prenant bien soin de peser de ton mon poids.
- Je vais vous poser une dernière question, et il vaudrait mieux pour vous que vous ayez une bonne réponse : est-ce qu' il y a un moyen d' inverser les effets de votre foutue machine? De guérir une personne qui a été contaminée ?
- Il vaudrait mieux pour moi ? s' esclaffe-t-il. À mon avis ce n' est pas pour moi que ça vaudrait mieux…
Il me regarde, les yeux plissés.
- Nous n' avons pas réussi l' expérience sur vous, cela j' en suis persuadé. Alors qui est-ce que cela peut bien concerner… ?
Il doit commencer à avoir du mal à respirer mais il continue à me regarder d' un air détaché, presque amusé.
- Ca doit être embêtant pour vous que je sois la seule personne à pouvoir vous répondre et que vous ayez tellement envie de me tuer...
- Je vous ai posé une question.
- Moi aussi, dit-il, pour me narguer.
J' appuie un peu plus sur son thorax et je sens quelque chose craquer sous mon pied. Il ne cille même pas.
- Il n' y a aucun moyen, c' est aussi simple que cela, lâche-t-il finalement.
- Vous mentez. Je suis sûre que vous avez dû travailler à une espèce de remède pour…
- Ma chère, quand nous créons l' arme la plus destructrice qui soit, ce n' est pas pour avoir envie de la gâcher en permettant que n' importe qui arrive à la neutraliser. Nous avons travaillé d' arrache pied pour qu' il n' y ait pas de " remède " possible. Nous avons étudié toutes les possibilités afin de les contrer. Et si nous ne mettons pas au point de remède, l' ennemi n' a aucune chance de tomber dessus par inadvertance.
Il dit la vérité. Je sens qu' il dit la vérité.
J' ai l' impression que l' air déserte mes poumons. Il n' y a pas de solution. Etan et tous les autres… il n' y a rien à faire. La fureur me submerge. Comment le faire cesser? Comment le faire arrêter de sourire comme s' il ne s' était jamais senti aussi bien? Comment réussir à le faire souffrir comme il n' aurait jamais pensé qu' on pouvait souffrir? Comment lui faire ressentir ce que je ressens par sa faute?
Avant d' avoir réalisé ce qui se passait, je trouve mon arme plantée dans sa poitrine, des flots de sang s' échappant lentement de sa poitrine. Je recule, le souffle court.
Ça y est.
Il ne me fera plus rien. Jamais.
Je dois résister plusieurs fois à la tentation qui me tiraille d' entrer voir ce qui se passe. Mais j' ai dit que je la laisserais, alors je me tiens à carreau.
D' accord, j' ai fait celui qui est sûr de lui. Celui qui comprenait. Celui qui s' en fiche un peu, même. J' ai eu du mal à me retenir de lui hurler de ne surtout pas y aller. Qu' elle n' avait pas à se torturer pour ce fêlé. Qu' elle n' avait pas à faire ça, puisque de toute façon, son compte serait réglé en même temps que celui de tous les autres de ce vaisseau quand on l' enverrait se crasher. Et, parce qu' elle n' écouterait jamais de tels arguments, qu' on avait pas que ça à foutre, merde, et qu' on allait pas l' attendre cent cinquante ans. Ça, ça ne l' aurait pas convaincue non plus, mais ça l' aurait fait réagir, au moins. Pendant qu' elle m' insulterait copieusement, au moins elle ne serait pas en train de penser à sa vengeance.
Mais je comprends tellement ce qui l' a poussée à venir ici. Ce type a essayé de lui faire du mal. Et même, ce n' est très probablement pas tout, parce que je ne l' avais jamais vue comme ça. Ça m' a fait un peu peur, ce que j' ai lu dans son regard. Elle avait l' air presque démente. Blessée à en hurler. J' ai compris que rien ne pourrait la faire changer d' avis et que ce n' était surtout pas le moment que je la ramène. Alors, bon.
J' ai bien remarqué comment elle s' est pétrifiée, quand nous sommes tombés sur ce type dans l' autre vaisseau. Puis elle s' est mise à trembler comme une feuille derrière moi, je le sentais à sa pression sur mon bras quand elle m' a agrippé. Elle a failli me briser le bras tellement elle me serrait. Mais sur le moment, c' était le dernier de mes soucis. Je me disais que si nous nous faisons capturer, je serais heureux de n' avoir que le bras de brisé. Et d' entendre ce type parler… ça m' a presque pétrifié moi-même. Je n' arrive pas à dire ce que c' était… de le voir aussi calme, sûr de lui. Cette façon de proférer des menaces de mort en souriant comme s' il parlait avec son meilleur ami. Sans l' avoir jamais rencontré je me suis dit que ce type était un cinglé. Un cinglé plus dangereux que tout ce que j' aurais jamais pu imaginer. Pas difficile à comprendre l' effet que ça avait sur Eva.
C' est comme quand nous sommes tombés sur cette espèce de salle de torture, tout à l' heure. Il m' a suffit de voir son expression pour comprendre ce qui s' y était passé. J' ai mis un moment à réagir, moi aussi; sur le coup, ça m' a fait comme un coup de poing dans l' estomac quand j' ai reconnu la machine. Elle était loin d' être aussi imposante quand ils ont fait leurs expérience sur moi, mais je n' ai pas eu le moindre doute. Quand j' ai finit par reprendre mes esprits, je voyais qu' Eva était comme statufiée à côté de moi. Je n' ai rien trouvé de mieux à faire que de tout réduire en bouillie, autant pour la rassurer que pour me rassurer moi-même; il est peu probable que cette machine soit la seule de ce genre, mais ça m' a fait du bien de la détruire. Même si ça ne résout pas mon problème.
Evangelizer. J' ai eu le temps de voir le nom gravé sur l' un des côtés de la machine avant de la bousiller. Le lien avec Eva est évident, même si je n' en comprends pas la teneur. Qui c' est ce type, et qu' est-ce qu' il lui veut ? Comment est-ce qu' il arrive à la terroriser de cette façon?
La porte de l' appartement.
Cette fichue porte.
Il faut que j' entre. Non je dois arrêter d' y penser.
Ma main se trouve sur la poignée en une seconde, mais je me ravise. Elle ne me le pardonnera jamais si je ne la laisse pas s' en tirer. D' un autre, côté, ça ne fera jamais qu' un grief de plus à mon égard, je n' en mourrai pas. J' ai l' impression que je vais péter les plombs si je ne vois pas ce qui se passe à l' intérieur. Et si Zukerdint savait qu' elle viendrait ? Et s' il avait réussi à la blesser, ou…
Non arrête ça, tu deviens vraiment stupide, mon pauvre vieux. T' es pas sa mère, bon sang. Si quelqu'un est peut réussir, c' est elle. Juste avant qu' elle n' entre, même si elle semblait légèrement déboussolée, elle était très déterminée. Il aurait fallu que je me batte avec elle pour l' empêcher d' y aller, et pas sûr que j' aurais gagné vu l' état d' esprit dans lequel elle était. Je lui fais confiance, elle est capable de résoudre ce problème, sans le moindre doute.
C' était pas très difficile de comprendre qu' elle se précipiterait ici dès qu' elle en aurait l' occasion. Elle restait étrangement silencieuse; c' était évident comme le nez au milieu de la figure qu' elle cachait quelque chose. Après, il m' a suffit de menacer Zack de le balancer par dessus bord pour lui faire avouer les questions qu' Eva lui avait posées, et faire le lien. Sur le moment j' avais plutôt eu l' intention de me précipiter ici pour l' empêcher de faire cette ânerie. Pas que j' ai envie de sauver la vie de ce cinglé. Je ne voulais pas que ça devienne un compte personnel c' est tout; se battre contre les soldats qui nous attaquent, c' est une chose, mais ce type est différend de tous ceux qu' on a pu rencontrer. Un vrai fêlé. Y' a autre chose de purement et simplement terrorisant chez lui. Une intelligence malsaine. Il est dangereux. Si Eva a voulu le tuer, elle devait avoir une bonne raison. À supposer qu' on puisse réellement avoir une " bonne raison" de tuer. Je ne suis pas vraiment persuadé que ce soit une bonne chose pour elle. Est-ce que ça suffira à la soulager?
N' empêche… Elle en met, un temps… ça fait belle lurette que ma montre a rendu l' âme, je n' ai pas la moindre idée du temps qui s' est écoulé depuis le moment où elle est entrée de l' appartement, mais ça fait bien trop longtemps à mon goût. Il a dû se passer quelque chose.
Cette fois, ça suffit, je vais voir.
Au moment où ma main approche de la poignée, celle-ci disparaît. La porte s' ouvre précipitamment, et Eva me rentre presque dedans. Elle a le visage complètement défait, livide. Ses vêtement sont maculés de sang. Je panique aussitôt. Je n' aurais jamais dû la laisser y aller. Je le savais…
- Qu' est-ce qui s' est passé ? Je m' affole.
Elle garde les yeux baissés et semble chercher son souffle.
- Qu' est-ce qu' il y a ? Tu es blessée ?? Mais réponds !
- Non ça va. Je n' ai rien. On y va, murmure-t-elle d' une voix étranglée en me contournant pour retourner vers l' ascenseur..
- Eva…
Mais qu' est-ce qu' elle a ?
Je l' attrape par le bras tandis qu' elle passe à côté de moi pour la forcer à me faire face. Elle refuse de lever la tête.
- Eva, mais dis moi…
Elle agrippe ma veste. Ça y est, elle va me faire la tête au carré. Je sav…
Et soudain elle appuie sa tête contre mon torse.
Et éclate en sanglots.
Commentaire de l' auteur :
Voilà pour le chapitre 17 ! Oui, je sais, encore une fois, j' en ai mis, du temps, même si j' avais promis que ce serait plus régulier. Gomeeeeeeeeen.
A l' écriture, pour commencer, j' ai bloqué un bon moment sur la partie où ils discutent de ce qu' ils doivent faire pour se débarrasser du vaisseau, et dans quel ordre: libérer les prisonniers d' abord? Saboter le vaisseau? Je ne comptais pas les faire aller jusqu' à la salle des commandes, au départ; ils devaient aller à chaque étage libérer les prisonniers, mais il aurait fallu les séparer pour qu' ils ne perdent pas trop de temps, et il valait mieux qu' ils gardent quand même Zack à l' œil au cas où… je voulais que ça ait l' air logique. Pas évident. Enfin bref. Par contre, ils devaient aller dans la salle des machines pour saboter le moteur; en allant directement dans la salle des commandes du vaisseau, ce n' était pas nécessaire, alors j' ai laissé tomber.
À la dernière minute, j' ai aussi ajouté la dispute à propos de Zack. En relisant, je me suis dit qu' Etan devrait être un peu plus méfiant, se dire qu' il pouvait s' agir d' un piège. Et puis, je me suis dit que ça faisait longtemps qu' ils ne s' étaient pas disputés, aussi lol
Le fait qu' il y ait d' autres prisonniers, ça m' a plus embêtée qu' autre chose, parce que je n' avais pas envie de me fatiguer encore à trouver un moyen de les libérer sans qu' Eva et les autres aient à s' en encombrer par la suite; c' est juste que là aussi ça me semblait plus logique. Je veux dire : plusieurs étages avec rien que des cellules et seulement 2 prisonniers dedans?? N' importe quoi. Et puis, vu qu' Eva a dû vérifier les noms de chaque prisonniers pour retrouver Etan, elle était forcément au courant qu' il y avait d' autres personnes. Donc voilà, j' ai dû m' embêter à trouver un moyen de les faire libérer pour ne pas rendre Eva et les deux autres zigotos responsables d' un massacre d' innocents
La scène où Eva tue Zukerdint… Mmh, à vrai dire j' ai hésité à la mettre, parce que je n' étais vraiment pas à l' aise en la relisant. Pas seulement le fait qu' il soit en caleçon lol. Ce détail, c' est juste que je voulais créer une espèce de décalage: l' héroïne tue le grand méchant qui est en caleçon. Comme l' héroïne avec du coton dans les narines parce que son équipier lui a malencontreusement pété le nez.
Vraiment n' importe quoi.
Mais j' en avais envie, alors voilà. Et toc. En fait, c' est le fait qu' il trouble Eva, qu' elle soit en totale confusion quand elle est avec lui. Je voulais qu' elle ne comprenne pas ce qu' elle ressent, et que celui qui la lit soit un peu perdu aussi. Pas qu' elle soit amoureuse du méchant, oulala attention, mais c' est, pour moi, un mélange d' extrême répulsion et de fascination de ce qu' il arrive à dire ce qu' elle ressent au fond. Je voulais faire de Zukerdint un personnage important. Ça doit paraître bizarre et maladroit qu' Eva ne s' interroge que maintenant sur ce qu' elle fait, sur sa façon de tuer. Bon, elle le fait de plus en plus souvent aussi, faut dire. Et elle a de plus en plus de mal à se maîtriser à force d' accumuler les coups durs, la peur, la méfiance, la rage. Eva est l' héroïne de l' histoire, mais ce n' est pas quelqu' un de tout blanc non plus. Le côté obscur de la force mouhahaha…
Hem pardon.
La guerre ça change les gens, c' est perturbant, surtout à cet âge, vous ne pensez-pas? Alors voilà. En fait, ça irait plus vite de dire qu' elle est train de perdre la tête lol. Non, non, je ne serais pas méchante au point de l' amener jusque là, quand même. Disons qu' elle est juste complètement traumatisée. Voilàààààà. Je suis sympa, non?
Au niveau de la conversation avec Zukerdint sur son lit ( de mort ) j' ai été un assez embêtée. Je ne voulais pas donner le beau rôle à Zukerdint en disant qu' en fait il défendait une cause noble. Je ne voulais pas non plus que celui qui lise croit que la BGU est comme Esthar et cherche à dominer le monde. C' est juste ce que Zukerdint croit, mais le monde ne fonctionne pas selon sa vision des choses. Squall s' en fout de la domination du monde. J' ai trouvé ça un peu faible, les arguments d' Eva face à ce que disait Zukerdint, même si cet aspect était volontaire : il y a de réelles bonnes motivations à la BGU, mais Eva est tellement larguée, bouleversée qu' elle n' arrive pas à se défendre; j' avais peur que ceux qui lisent ça se disent que Zukerdint avait raison. Il a une façon de parler qui rend les choses ambiguës, qui font qu' on peut se dire que ce n' est pas tout à fait faux, même si on sait que c' est le cas. C' est ce qui trouble tellement Eva.
Puis j' ai hésité à dire que la BGU avait réussi à s' échapper. J' étais tentée, évidemment, de faire parvenir Eva et Etan jusqu' à la BGU et de les faire participer à la libération. Mais d' un autre côté, je me suis dit qu' ils n' avaient pas forcément à se trouver au beau milieu des évènements les plus importants. Ce sont les héros de mon histoire, certes, mais forcément ceux des évènements; je veux dire que le coup des deux p'tits jeunes qui comme par hasard sont les seuls à arriver à sauver le monde - surtout après avoir été aussi paumés - j'y crois pas trop. C' est surtout au niveau de Squall que les choses se passent, et là il va falloir que vous vous imaginiez lol.
Ah. La fin du chapitre avec le point de vue d' Etan. Est-ce que vous avez eu du mal à comprendre que c' était bien lui qui parlait ? Ça faisait un bon moment que ça me trottait dans la tête. Lui donner un peu la parole, à ce pauvre bougre. À vrai dire, j' avais même pensé, à un moment, réécrire l' histoire de son point de vue, une fois la fic terminée pour mettre les 2 histoires en parallèle. Mais d' un : vous connaissez l' histoire, maintenant, et ça n' apporterait pas grand chose, si ce n' est la possibilité de mieux connaître l' un des personnages; de deux: l' intérêt de l' histoire, pour moi en tout cas, est justement qu' il n' y a le point de vue que d' un seul des personnages, qui a une vision assez limitée des choses; plus elle en apprend, plus on en sait nous-même; on voit son évolution par la façon dont elle observe les choses. Si on sait depuis le début nous-même qu' Etan n' est pas le monstre qu' elle voulait bien imaginer, qu' il est en réalité un pauvre garçon à la vie bien misérable, où est l' intérêt? Il n' y a pas grand chose de plus à découvrir sur Eva, en dehors de la façon dont il peut la voir. Mais ça je pense avoir donné assez d' éléments là-dessus. Pas la peine d' en rajouter des tonnes.
N' empêche que j' étais vraiment - et que je suis toujours un peu - tentée de la faire, cette histoire parallèle. Même si ce n' est pas du point de vue d' Etan; à la limite ça aurait pu être de celui d' une personne restée à la BGU. Qu' on voit ce qui s' y passe, et puis histoire de mieux connaître les autres persos. Pourquoi pas ? Je ne mets pas tout à fait ces idées de côté - sait-on jamais, peut-être qu' un jour… - , mais je préfère quand même dire que même si j' ai beaucoup aimé écrire cette histoire, je ne serai pas mécontente quand ce sera fini. J' ai un peu envie de changer d' univers. J' ai déjà pas mal d' idées de nouveaux fics, et je vais essayer de me motiver pour corriger ceux que j' ai déjà commencés et les terminer. Je ne sais pas si j' arriverai à me retenir d' en commencer un avant que ce soit fait lol. L' autre problème sera de me retenir de faire le même genre de personnage qu' Eva. C' est vraiment trop tentant. enfin bon, on y est pas encore.
Bon. La BGU est libre, maintenant. Inutile de dire qu' à ce stade de l' histoire, la fin de la fic n' est plus très loin. Ah ben oui, faut bien y arriver un jour.
Allez, allez! Un énorme merci pour tous vos commentaires !
