CHAPITRE XVIII

If you just walked away
What could I really say ?
Would it matter anyway ?
Would it change how you feel ?

Je n' aurais jamais du laisser Eva y aller, j' en étais sûr. Je savais bien que ça ne lui apporterait rien de bon de faire ça. Qu' elle réussisse à le tuer ou non, est-ce que ça changera quelque chose pour elle ? Est-ce que la vengeance à déjà apporté quoi que ce soit de bon ? Bon sang… Qu' est-ce que ce malade a bien pu lui faire ? Est-ce qu' il l' a blessée? Qu 'est-ce qu' il a bien pu faire pour qu' elle soit dans cet état-là? Est-ce qu' elle est allée jusqu' au bout de ce qu' elle voulait faire ?

Je reste debout comme un idiot devant elle, les bras ballants, comme statufié, pendant qu' elle verse toutes les larmes de son corps sur mon T-Shirt. Je constate avec effroi que ses mains sont maculées de sang. Ses vêtements aussi en étaient tachés, mais je n' ai constaté aucune déchirure ou blessure quand elle était face à moi. Elle l' aurait dit si elle avait été blessée. Elle en a l' habitude, ce n' est pas sa façon de réagir. Alors c' est forcément autre chose…

Qu' est-ce que je suis censé faire?? En temps normal, si elle s' était approché de moi comme ça, ça aurait été pour me casser la figure. À vrai dire, si n' importe qui s' était approché de moi ça aurait été pour cette raison

Tout ça pour dire que c' est bien la première fois que ce genre de chose m' arrive. Je me sens encore plus paniqué que tout à l' heure, alors que quelques minutes auparavant j' aurais trouvé ça difficilement possible... Personne n' a jamais eu besoin de moi pour être réconforté, et on peut dire que dans ce domaine je suis sacrément rouillé.

Ce n' est pas son cas, je ne peux m' empêcher de songer avec un peu de tristesse. Elle, elle a toujours eu quelqu' un pour la consoler, l' écouter quand elle n' allait pas bien. Quelqu' un en qui elle avait confiance. Et ça fait trop longtemps qu' elle est toute seule.

Moi, ça ne compte pas.

Le silence hante l' immense couloir, uniquement troublé par les pleurs à moitié étouffés d' Eva.Je m' aperçois que je suis plus grand que je ne le pensais par rapport à elle; en fait, je dois bien faire une tête de plus qu' elle. Je la voyais toujours énergique, forte, avec une aura qui semblait faire d' elle une géante capable de tout, quasiment invulnérable. Et maintenant elle semble tellement jeune, tellement frêle… Tout est sens dessous depuis quelque temps, décidément…

Et en même temps… Le fait qu' elle soit venue comme ça vers moi… Je ne peux pas nier que ça fait quelque chose.

Peut-être que finalement ça compte, que je sois là, pour au moins une personne…

Pour au moins ce moment.

Est-ce que je dois… euh… lui tapoter dans le dos ? Est-ce que je peux… la serrer dans mes bras ? J' ai l' impression qu'ils se changent en plomb rien qu' à cette idée. Il y a quelques heures nous en étions encore à nous traiter de tous les noms, et maintenant elle vient pleurer auprès de moi. Elle va finir par me rendre chèvre.

Mes yeux se posent à nouveaux sur elle, son visage crispé, ses joues ruisselantes, ses épaules secouées par les sanglots, et mon cœur se serre à nouveau.

Légèrement hésitant - est-ce que qu' elle ne va pas finir par se reprendre au moment où je vais la toucher et m' arracher les bras pour m' apprendre ?? - j' arrive à remonter mes bras. Alors que j' arrive à les passer autour de ses épaules tout en retenant mon souffle, le talkie walkie accroché à ma ceinture grésille, puis une voix se fait entendre, nous faisant sursauter.

- Zack… je peste intérieurement en reconnaissant la voix. Mais qu' est-ce qu' il veut, encore ?

- Etan ? Euh… Etan ??… est-ce qu' il marche vraiment, ce truc ? Euh… vous m' entendez ?? Allô ? Allô ??

Eva s' éloigne de moi presque dans un bond et j' attrape le talkie en maudissant cet engin de malheur.

- Je t' entends, c' est bon, je soupire.

- Ouf. C' est juste que vous m' avez demandé de vous prévenir quand les prisonniers auraient fini d' évacuer et j…

Je suis vraiment le roi des imbéciles.

La voix de Zack s' insinue difficilement dans ma tête, à travers les idées et les images qui tourbillonnent et se bousculent à toute vitesse.

La salle de torture. Les élèves blessés, les tirs, les morts. Zukerdint. Son sourire carnassier, et ses paroles, ses menaces. Mon arme plantée dans sa poitrine. Et le soulagement ensuite.

Je ne me souviens même plus très bien comment je suis sortie de là, tout est tellement confus. J' avais l' impression de suffoquer ; ma tête allait exploser en mille morceaux... c' était tellement insupportable, il fallait que je sorte.

C' est fini. Il ne fera plus rien. Plus jamais. A personne.

Je reprends mes esprits doucement. Les images s' estompent, s' éloignent. Les cris s' apaisent et un sentiment de bien être m' envahit peu à peu, tandis que j' émerge lentement.

J' ouvre des yeux brouillés de larmes, avec l' impression de me réveiller d' un rêve pénible. Je me rends compte que je tiens les deux pans d' une veste dans mes mains complètement crispées. Mes mains maculées de sang. Je m' éloigne prestement, complètement mortifiée et je fixe Etan, complètement hagarde en me demandant comment je suis arriver là. Qu' est-ce qui s' est passé ? Mais tu perds complètement les pédales, ma pauvre…

J' ai un mal fou à me reprendre. Ma parole, je suis en train de me transformer en Meryl… j' arrive à mettre la main sur un mouchoir, heureusement. Etan est en train de discuter avec Zack grâce au talkie, sans me quitter des yeux.


I am the mess you chose
The closet you cannot close,
The devil in you I suppose
'Cause the wounds never heal…


Etan finit par se rapprocher.

- Zack vient de me dire que les prisonniers ont fini d' évacuer le vaisseaux, on va pouvoir passer à la suite.

Il m' observe toujours avec insistance. Je détoure le regard, gênée.

- Est-ce que ça va aller ? Demande-t-il.

Ça y est, je vais passer pour la pleurnicheuse de service, maintenant…

- Bien sûr que ça va, je rétorque d' un ton farouche, en prenant immédiatement conscience de la stupidité de ma réponse après une scène pareille. Je… Ça… ça ira, je soupire. Merci. Tu sais, c' est juste que… tu vois, il… je… enfin…

Je n' arrive même pas à trouver les mots… Comment expliquer ce que ça m' a fait de me trouver face à Zukerdint, de l' entendre parler comme ça… ce n' est qu' un homme, à la fin. Un homme complètement cinglé, mais rien qu' un homme !

- Hey, c' est rien, m'interrompt-il. Je comprends, ça n' a pas dû être facile.

Il ne comprend rien du tout, mais il a l' air sincèrement inquiet. Ça me réchauffe un peu le cœur. Il se fait vraiment du souci. J' ai fait une de ces scènes, aussi! Pas étonnant qu' il soit affolé. Faut vraiment que je me reprenne.

- Désolée de… de t' avoir sauté dessus comme ça, dis-je en essayant d' en rire.

- Bah c' est rien, j' ai l' habitude, fait-il d' un ton crâneur.

Je ne peux pas m' empêcher de sourire. Si on m' avait dit qu' un jour ça me ferait du bien de l' avoir près de moi…


But everything changes
If I could turn back the years
If you could learn to forgive me
Then I could learn to feel…


Et soudain je réalise ce que je viens de me dire. Ça me fait du bien qu' il soit là. On peut même carrément dire que je suis allée pleurer dans ses bras, comme je l' aurais fait avec Casey ou Bess.

Ça me fait un choc. Comment les choses ont-elles pu changer à ce point ? Je me rends compte que je le fixe du regard, complètement hébétée. Lui aussi le remarque, malheureusement.

- Tu es sûre que ça va ?

- O… Oui, on devrait y aller, je réponds précipitamment.

Il m' observe encore un moment comme s' il tournait une pensée dans sa tête, puis il hoche la tête.

- Retourne rejoindre Zack, je vais aller vérifier quelque chose.

- Vérifier quoi ?

- Juste un truc q…

- Vérifier quoi ? J' insiste.

Il soupire.

- Je vais voir à l' intérieur s' il n' y a pas des documents qui pourraient nous aider.

Je sens des larmes monter à nouveau à mes yeux en me remémorant les dernières paroles de Zukerdint.

- Il n' y a aucun moyen… je murmure.

- Aucun moyen de quoi? demande-t-il, ne comprenant pas à quoi je fais allusion.

- Aucun moyen de… de… pour…

Je lève les yeux vers lui et je vois à son expression qu' il comprend soudain. Et moi je me sens plus stupide que jamais. Il ne songeait même pas à lui même et à une façon de débarrasser de son problème avec son G-Force et moi j' en rajoute une couche en lui assénant cette nouvelle à laquelle il s' attendait probablement, mais à laquelle il préférait sûrement ne pas penser.

Il se met face à moi, le visage grave, pour m' obliger à le regarder. Et voilà, mes larmes reprennent de plus belle…

- Je lui ai demandé... Il m' a dit que... Qu' il n' y avait pas de remède… je bégaie.

- Eva…

- Il n' y a pas moyen de stopper c…

- Est-ce que c' est à cause de ça que tu es dans cet état ?

J' ai un sursaut.

- Pas du tout ! Je m' énerve.

Je l' ai obligé à appeler son G-Force à plusieurs reprises, alors que ça peut le tuer. A cause de moi ça aurait pu lui être fatal. Et il le refera s' il croit que c' est la seule solution, et ce sera encore de ma faute. Et cette fois-là ça le tuera sûrement. Il ne mérite pas de subir ce qu' on lui a fait. Personne ne le mérite. Alors bien sûr que je cherchais un moyen de le guérir. Bien sûr que ça m' a fait quelque chose quand Zukerdint m' a annoncé en souriant qu' il n' y avait pas la moindre solution !Mais plutôt me faire couper en petits morceaux que de lui raconter tout ça. Il va me pourrir la vie.

Les larmes coulent à nouveau sur mes joues, et Etan semble ne plus savoir quoi dire. Moi, je voudrais rentrer sous terre.

- Je vais voir à l' intérieur. Il y aura sûrement des informations sur le moyen de retrouver la BGU ou sur les projets d' Esthar, c' est tout ce que je cherche.

En proie à une angoisse sourde, je m' empresse de le retenir en lui racontant ce que Zukerdint m' a raconté. Il est soulagé d' apprendre que la BGU est libre et que mon père est en vie, mais veut tout de même rentrer. Il pense que Zukerdint ne m' a probablement pas tout dit. C' est probablement vrai, mais je préfèrerais tout de même qu' il n' y aille pas, parce que s' il rentre il est hors de question que je reste ici à l' attendre ou que je redescende pour le laisser seul aller là-dedans.


Sometimes the things I say
In moments of disarray
Succumbing to the games we play
To make sure that it's real...


- Tu ne devrais pas… je murmure encore, angoissée sans savoir pourquoi.

Zukerdint est mort, hein, qu' est-ce qu' il pourrait me faire de plus ? Mais moi je suis morte de trouille, j' y peux rien. Etan ne veut pas changer d' avis et il pousse la porte d' entrée. Il y règne, et c' est la cas de le dire, un silence de mort. Un frisson me parcourt, et une envie furieuse de prendre mes jambes à mon cou m' envahit. Etan avance rapidement, regardant furtivement autour de lui, pour voir s' il ne trouve pas de dossier importants. Il se dirige vers la chambre. J' ai du mal à poser mes yeux sur le lit, m' attendant presque à voir Zukerdint se redresser et se mettre à rire comme un dément. On s' imagine que les personnes comme lui sont immortelles et invulnérables. Qu' elles ne peuvent pas se faire avoir aussi bêtement et que ça cache forcément quelque chose. Etan s' en approche, prend le pouls de Zukerdint, et hoche la tête. Il retire l' arme plantée dans sa poitrine et la jette sur le côté.

- On ne risque plus rien de sa part.

Je déglutis avec difficulté en observant le cadavre. Non, on ne risque plus rien. Maintenant j' en suis enfin certaine.

Etan se dirige vers la petite table couverte de papiers que Zukerdint m' avait désignée. Il y a bien un rapport indiquant la lourde défaite de la flotte chargée d' escorter la BGU, et la libération de cette dernière par ses alliés, puis sa disparition. La moitié de la flotte estharienne restante a dû se replier et rentrer à la base. Mais leur chef a bel et bien été tué lors de l' affrontement, lorsque, cherchant à empêcher l' évasion de la BGU il s' est introduit dans le vaisseau-université et a dû se battre contre le directeur. Quelques soldats qui l' accompagnaient ont pu retourner sur un de leurs propres vaisseaux et ont rapporté l' événement. Etan arrive à mettre la main sur l' ordinateur personnel de Zukerdint, qui ne nous apprend pas grand chose de plus. Il y a bien un rapport d' étude qui confirme ce que Zukerdint m' a dit: il n' y a pas moyen de guérir de son foutu truc. J' observe Etan. Il ne dit pas un mot en lisant, mais je vois sa mâchoire se contracter. Puis il ferme le fichier et continue à parcourir le reste du contenu de l' ordinateur, sans rien trouver qui nous intéresse.

Le talkie walkie grésille à nouveau.

- Etan ? Vous m' entendez ? Etan ! Répondez c' est urgent!

- Qu' est-ce qui se passe, encore? Grogne-t-il.

- Vous devriez venir voir tout de suite, il y a un problème !

- Quoi ? Qu' est-ce qu' il y a ?

- Il y a des vaisseaux de combat qui approchent !

Nous retournons vers la salle de commande en quatrième vitesse. Lorsque nous entrons, Zack est debout à côté du pilote qu' il tient toujours en joue comme s' il n' avait pas osé bouger depuis notre départ de peur de se déconcentrer.

- Des vaisseaux de combats? Qu' est-ce que c' est que cette histoire? C' est qui, au juste? Des vaisseaux d' Esthar? Je demande en m' avançant, à nouveau maîtresse de moi-même.

- Leurs codes d' identification ne sont pas ceux d' Esthar, répond le pilote d' une petite voix. Vu leur vitesse, on ne peut que supposer que ce sont des vaisseaux de combat, mais on n' en sait pas plus.

Il ne manquerait plus que ça, après avoir été capturés par deux ennemis différents en deux jours ! Je pousse de son siège un des co-pilotes qui tombe à terre et je m' installe à sa place.

Zack a l' air soulagé de nous voir. Je me doute que ça n' a pas dû être facile pour lui. Je me penche ensuite sur le radar. Je ne pige toujours rien à ce truc, mais on voit clairement cinq petites taches blanches. Etan se rapproche également, les sourcils froncés.

Une plainte étouffée sur ma droite attire mon attention. Je remarque qu' un des co-pilotes, une femme, et qui se trouve juste un peu plus loin, se tient le bras plein de sang, le visage crispé. Je jette un œil interrogateur à Zack.

- Elle a essayé de m' attaquer.. vous m' aviez dit que.. que si quelqu' un essayait de…

- Tu as fait ce qu' il fallait, je le rassure.

Je me doutais bien en le laissant là que nous courions de gros risques : s' il avait voulu nous trahir ç' aurait été le moment idéal : il aurait pu faire libérer les soldats et nous aurions été finis. Au final, Etan et moi aurions sûrement tout de même réussi par trouver un moyen de nous en sortir, mais ça n' aurait pas été du gâteau. Ensuite il y aurait eu le risque que Zack se fasse embobiner par les autres mais il a fallu me fier à mon jugement pour lui faire confiance. Et il s' est bien débrouillé. Et puis, nous ne pouvions pas vraiment faire autrement. Tout ce que je vois, c' est que les co-pilotes et le pilote semblent dans leurs petits souliers. Je me tourne vers ce dernier.

- Est-ce qu' il y a une chance pour qu' ils ne nous aient pas repérés et qu' ils soient là par hasard ?

- Ils ont aussi des radars. Et ils arrivent droit sur nous, répond le pilote. D' ailleurs on ne va pas tarder à les avoir en visuel.

- Il y a un moyen de les éviter ? demande Etan.

- Leurs vaisseaux sont beaucoup plus légers et rapides. En faisant tourner les moteurs à plein régime maintenant, on gagnerait du temps, mais pas tellement plus.

- Bon, mais on ne va pas les attendre ici non plus. On fait quoi, alors ? je demande.

- Les voilà ! s' écrie un des copilotes en pointant du doigt devant notre vaisseau.

Je me dresse et je me penche en avant en m' appuyant sur la table de commande. J' observe les vaisseaux qui arrivent en plissant des yeux. Ils approchent à toute vitesse. Tout à coup un cri de joie m' échappe:

- C' est Trabia !! je m' écrie en reconnaissant les couleurs des engins. C' est des vaisseaux de Trabia ! Ils nous ont trouvé!

- Et ils nous ont verrouillés, continue plus sobrement le pilote.

- Ils nous ont quoi?

- Ils nous ont verrouillés comme cible.

- Ca veut dire qu' ils vont nous tirer dessus, complète d' une voix blanche le co-pilote que j' avais viré de son fauteuil.

- Quoi ??

Je me tourne vers Etan, ahurie. On est dans un vaisseau estharien, évidemment qu' ils vont nous attaquer! Ils ne sont pas censés savoir qu' on est dedans, et encore moins qu' ils n' ont plus rien à craindre de la part de se vaisseau…

- Contactez tout de suite l' un des vaisseaux ! Je m' écrie. Dites-leur que ce n' est plus un vaisseau dirigé par Esthar, vite ! Utilisez la radio !

- Vous voulez parler de la machine que vous avez détruite en tirant sur l' ingénieur en entrant, raille la femme co-pilote blessée.

Toi, ma vieille, si tu changes pas de ton, je te bousille l' autre bras, c' est vraiment pas le moment de me chercher. Comme je ne comprends pas de quoi elle parlait, le pilote désigne un boîtier que je n' avais pas remarqué d' où s' échappe un filet de fumée.

- Mais il doit bien y avoir un autre moyen, non ? Demande Etan.

- J' ai bien peur que non, soupire le pilote.

- Deux autres vaisseaux nous ont verrouillé, continue le copilote.

- Merde. Est-ce qu' il y a un moyen d' esquiver les missiles ?

- Ces vaisseaux sont beaucoup plus rapides que nous, parce qu' ils sont plus petits et donc plus légers. Je peux essayer de faire quelque chose, mais n' espérez pas trop.

Les vaisseaux font feu et deux secondes plus tard, le notre est violemment secoué.

- Merde merde et meeeerde ! je jure en tapant sur le tableau de bord.

- Alors qu' est-ce qu' on fait ? demande le pilote. On riposte?

- Mais certainement pas, espèce d' imbécile ! je m' énerve.

- Est-ce qu' on risque vraiment quelque chose ? Ce sont de petits vaisseaux, fait remarquer Etan.

- Ce sont des vaisseaux très évolués, et ils sont cinq. En s' y mettant tous, ils peuvent y arriver facilement, surtout si on ne riposte pas…

- J' ai dit hors de question ! Je hurle. Si vous touchez à un seul des canons, je vous envoie moi-même par dessus bord ! Vous pilotez et vous vous taisez, compris ?!!

Je me lève et je me mets à faire les cent pas dans la cabine. J' hallucine, on a enfin retrouvé Trabia, et non seulement ils ne savent pas que nous sommes là mais en plus ils nous attaquent! Une nouvelle secousse me fait presque perdre l' équilibre.

Il n' y a aucune façon de les prévenir, et ils vont continuer à nous tirer dessus. Il ne reste pas cinquante solutions.

- On évacue, j' annonce. On ne va quand même pas attendre à l' intérieur qu' ils nous réduisent en bouillie jusqu' à se qu' ils se rendent compte qu' ils n' attaquent pas les bonnes personnes.

Etan m' approuve d' un hochement de la tête.

- On va les laisser attaquer ; arrangez-vous pour que le vaisseau aille s' écraser le plus tard possible quelque part où il ne pourra pas faire de dégâts.

Le pilotes et les copilotes, que nous tenons toujours en joue, nous regardent d' un air effaré. Ils doivent craindre qu' on ne les oblige finalement à rester ici. Mais une parole donnée est une parole donnée.

- Vous n' aurez qu' à prendre un autre vaisseau. On avait dit que si vous nous aidiez on vous laisserait tranquilles.

Ils soupirent de soulagement, sauf la copilote à laquelle je jette un regard noir. Peu importe, après tout. Je veux juste ne plus avoir affaire à eux. On n' a plus de temps à perdre. Le pilote dirige le vaisseau vers un endroit désert tandis que les autres se précipitent hors de la salle pour courir au hangar. Une fois qu' ils ne seront plus aux commandes, il n' y aura pas intérêt à s' attarder. Puis il nous laisse également et court rejoindre les autres. Nous-mêmes nous dévalons les couloirs pour rejoindre les capsules de sauvetage. Nous pourrions les obliger à nous emmener toujours sous la menace de nos armes, mais je n' y tiens pas plus que ça. J' ai eu ma dose d' esthariens pour tout le reste de ma vie, merci bien. Zack part avec nous, bien entendu. Les vaisseaux de Trabia continuent à nous tirer dessus, et nous sommes parfois obligés de nous retenir aux murs pour ne pas être projetés à terre. Notre vaisseau commence à pencher dangereusement sur le côté, et je me demande si nous resterons encore longtemps dans les airs. Après une éternité, nous finissons par arriver à niveau des capsules de sauvetage. J' entends Etan pousser un juron.

- Qu' est-ce qui se passe ? je demande, en tentant de reprendre mon souffle.

C' est Zack qui répond d' une voix blanche en se tournant vers moi.

- Les capsules de sauvetage… il n' y en a plus une seule.

- Quoi ???

Je les pousse pour regarder le couloir. C' est pourtant vrai. Toutes les portes sont fermées, signe que les capsules de sauvetage ne sont pas en place. Pendant un moment je reste hébétée, puis je comprends.

Les prisonniers. Ils sont passés par là, évidemment, c' était aussi le seul moyen pour eux de s' échapper. Pourquoi est-ce que je n' ai pas pensé à ce détail avant ??

Alors il ne reste plus qu' une solution. Celle que me donne à chaque fois des sueurs froides.

- Je suppose qu' on n' a plus qu' à monter jusqu' au hangar, fait Etan, qui pense à la même chose que moi.

Oh mon Dieu, non, pas ça...

Une nouvelle secousse me rappelle à l' ordre. Ma vieille, c' est prendre un vaisseau ou attendre que celui-ci s' écrase quelque part… tu préfères quoi ?

Le choix est vite fait. Nous remontons donc en quatrième vitesse jusqu' au hangar en priant pour que, contre toute probabilité, le pilote et les autres soient toujours là.

Nous sortons de l' ascenseur en courant à en perdre haleine, et Etan défonce presque la porte du hangar. Il reste bien quelques vaisseaux, mais la porte extérieure ouverte nous indique que nous arrivons trop tard : les autres ont déjà filé. Elle nous permet aussi de voir que nous descendons vraiment très très rapidement, et que si nous ne voulons pas nous écraser, nous avons un choix plus qu' urgent à faire. Zack a l' air complètement désespéré et se laisse tomber à terre. Etan se tourne vers moi.

- On n' a pas vraiment le choix, Eva…

- Je n' ai pas le choix, je rectifie, me résignant. Bon, on va chercher un vaisseau, alors…

Nous parcourons le petit hangar à la recherche du vaisseau le plus petit et le plus facilement maniable possible. Je finis par choisir celui qui a le moins de boutons et nous sautons tous à l' intérieur. Je trouve rapidement le démarreur et j' allume sans plus perdre de temps. Je ne sais même pas à quoi sert la moitié des commandes, et je regarde les boutons clignoter devant moi, paniquée. Pas la peine de compter sur les garçons, ils sont encore plus largués que moi, et ne peuvent que me supplier de me décider en vitesse. Ce n'est pas exactement le moment idéal pour une leçon intensive de conduite. Désespérée, je finis par attraper une manette que je pousse à fond, et le moteur s' arrête. Merde, qu' est-ce que j' ai fait encore ?

- On a calé ou quoi ? demande Etan en avançant la tête.

- Le ferme, je grogne, nerveuse.

- Je voudrais pas t' affoler, mais là ça urge vraiment !

- La ferme !!

Je remets le moteur en marche. Bon, le problème ça doit être le frein. Mais où est-ce qu' ils l' ont mis, à la fin ? Et ça, c' est quoi ? Oups, non on va éviter de lancer une torpille ici. Bon et ça ? Alleluia, c' est bien le frein ! maintenant qu' il est débloqué, je pousse à nouveau la manette de tout à l' heure et nous traversons le hangar à toute vitesse, plus ou moins en direction de la porte. En la franchissant, l' une des ailes en emporte un bout et nous parvenons à sortir du vaisseau. Le fait que nous nous mettions immédiatement à tomber à pic me rappelle soudainement que je n' ai pas activé les réacteurs qui doivent nous maintenir en l' air.

- Mais qu' est-ce que tu fabriques ? crie Etan, tu tiens à ce qu' on s' écrase plus rapidement, c' est ça ?

- Tu veux peut-être prendre ma place ? je hurle tout en continuant à fouiller le tableau de bord à la recherche de cette maudite commande.

- Il arrivent ! crie Zack en montrant du doigt un des vaisseaux de Trabia s' approchant dangereusement.

- La radio ! Il faut les prévenir. Il y a une radio ici? je crie en cherchant frénétiquement.

- Toi, pilote ! je vais la chercher la radio… dit précipitamment Etan.

Mince, les réacteurs, c' est vrai… Bon, ça, ça sert à quoi ? non, ça c' est pour activer l' autre torpille, c' est pas le moment.

- Il nous tirent dessus ! crie encore Zack.

Je relève les yeux et je vois un éclair rouge se diriger vers nous. Sans réfléchir j' empoigne les commandes et je tourne au hasard, les yeux fermés en attendant le choc. Etan me secoue l' épaule.

- Wow, t' as réussi à l' éviter, bravo ! c' était génial !

- Evidemment que j' ai réussi, je bougonne, sans réussir à y croire.

Où sont ces fichus boutons pour les réacteurs, à la fin ? ça, c' est pour les phares, là pour augment la vitesse… Merci, on descend déjà trop vite à mon goût. Et ça ?

Eurêka, je suis un génie ! le vaisseau stoppe immédiatement sa chute et nous sentons une grande poussée sous notre vaisseau. Surpris, notre poursuivant ne s' arrête pas à temps et son tir se perd dans les airs. Mais notre vaisseau va toujours trop vite pour moi. Je n' arrive pas à le faire rester stable, nous sommes secoués dans tous les sens, et je suis presque certaine que ce n'est pas normal. Je vois à peine ce que je suis en train de faire; je serais en train de foncer dans une montagne, je ne m' en apercevrais même pas.

- Où est-ce qu' on va ? demande Zack, un peu inquiet.

- C' est pas moi qui décide, j' arrive pas à contrôler le vaisseau ! je grogne en tentant de ralentir.

Tout ce que je veux c' est réussir à me poser sur le sol le moins violemment possible. Je demande quand même pas grand chose. J' ai réussi à remonter légèrement, on ne s' écrasera pas tout de suite. J' aperçois au loin la terre, une grande plaine où je devrais être capable de m' arrêter si ces imbéciles veulent bien arrêter nous tirer dessus. Un choc à l' arrière du vaisseau me fait momentanément perdre les commandes.

- On est touchés ! s' écrie Etan, comme si je ne m' en étais pas rendu compte toute seule.

L' un des réacteurs qui nous maintenaient en l' air est mort, je ne contrôle plus la direction de l' appareil, et on recommence à descendre plus vite que je ne le voudrais. Formidable; qu' est-ce que je suis censée faire, maintenant ?

Aidée par Etan, je tire de toutes mes forces sur les commandes pour nous redresser, pendant que Zack vérifie si on nous tire pas dessus à nouveau.

- Ca sert à rien, on va s' écraser, souffle Etan en se rasseyant. S' ils ne nous font pas exploser avant.

- Il s' en vont ! Ils s' en vont !! s' écrie Zack.

Surprise, je tourne la tête de son côté. A travers la fumée épaisse que dégage l' arrière de notre appareil, on voit clairement les vaisseaux de Trabia s' éloigner. Je n' aurais jamais cru ça, mais ça me soulage. A court terme c' est plutôt une bonne nouvelle.

- Evidemment qu' ils nous laissent, ils ont bien compris qu' ils n' avaient pas à se fatiguer, puisqu' on va s' écraser tous seuls… maugréé Etan.

- Hé, je fais ce que je peux hein… je proteste, toujours en m' agrippant au levier pour tenter de redresser l' appareil qui continue inexorablement de piquer du nez.

- J' ai pas dit ça pour toi… Bon sang, on va s' écraser dans la mer, regardez !

- Je sais pas nager ! fait Zack, paniqué.

- T' en auras pas besoin si on continue à cette vitesse, marmonne Etan en tirant lui aussi de toutes ses forces sur le levier.

J' écrase frénétiquement les boutons pour stopper le réacteur arrière, mais ça nous ralentit à peine, à cause du poids de l' appareil. Il faut vraiment que nous arrivions à nous redresser.


When it's just me and you.
Who knows what we could do.
If we can just make it through
The toughest part of the day.


Le levier se redresse lentement, le vaisseau aussi, et nous poussons un soupire de soulagement. Nous ralentissons aussi légèrement. En revanche, j'ai toujours du mal à nous maintenir la tête en haut, la direction ne répond pas. Et on descend moins vite, mais on descend quand même…

- Ecoute, de toute façon il va falloir atterrir, alors autant s' y préparer, fait Etan. Où est-ce que tu comptes nous écraser ?

Je lui lance un regard noir mais je reconnais qu' « atterrir » n' aurait pas vraiment été le terme le plus exact pour définir ce qui nous attend.

Scrutant le paysage, je m' aperçois que nous nous sommes complètement éloignés de la plaine que j' avais vu tout à l' heure. Il y a bien la terre là-bas, près de la forêt, mais elle est très éloignée... Reste à savoir comment y arriver en un seul morceau…

- Eva, regarde devant toi, à la fin !

- Aide-moi, dans ce cas ! Je cherche si ce sont pas des sièges éjectables…

- Des sièges quoi ? demande Zack d' une voix étranglée.

- Ca m' étonnerait… attend, je regarde, dit Etan en se penchant sur son siège.

- V… Vous voulez éjecter quoi ? demande Zack affolé.

- Non, apparemment il n' y a rien, finit par dire Etan, et on entend Zack soupirer de soulagement.

- Et des parachutes ? je demande.

Zack laisse échapper un gémissement plaintif tandis qu' Etan se lève à leur recherche.

- S… Sauter en plein vol ?

- T' as une meilleure idée, peut-être ?

Evidemment, qu' il n' en a pas.

- Non plus. J'ai regardé partout, dit Etan en se rasseyant.

- Génial, je grogne. Alors il va vraiment falloir trouver comment atterrir...

Tout d' un coup notre vaisseau est violemment secoué et se met à tourner comme une toupie. Nous nous accrochons comme nous pouvons où nous pouvons et je tente de reprendre le contrôle du vaisseau.

- Qu' est-ce qui se passe, encore ? je crie pour couvrir les bruits des alarmes qui se sont déclenchées.

- On dirait qu' un des vaisseaux est resté dans les parages, je l' avais pas vu ! crie Zack. On nous a encore tiré dessus !

Bon sang, mais ils vont pas nous lacher, à la fin ?? Je tire de toutes mes forces sur les manettes pour nous redresser, mais quand j' arrive à stabiliser à peu près l' appareil, il est trop tard. Nous heurtons violemment l' eau et une grande explosion fait voler en éclat la coque.

Lorsque j' ouvre à nouveau les yeux, je flotte dans les airs à quelques mètres de la surface de l' océan, au dessus des débris. Etan et Zack se trouve à côté de moi , les bras repliés devant leur visage dans un geste de défense. Et devant moi vole Sheba.

On l' a encore échappée belle.

Quand Sheba disparaît, épuisée par le choc qu' elle a dû supporter pour nous trois, nous retombons à l' eau. Zack arrive à se raccrocher à un débris du vaisseau en attendant que nous arrivions jusqu' à lui pour l' aider. Nous ne sommes qu' à quelques dizaines de mètres de la rive, nous ne devrions pas avoir de mal à y mener Zack si...

- Eva !crie Zack.

- Quoi ?

- Etan ! il a plongé !

- Quoi ?

Je tourne la tête dans tous les sens pour repérer Etan, en vain. Mais qu' est-ce que cet idiot est en train de fabriquer ? Il est quand même pas en train de se noyer ?? je pensais qu' il savait nager ! Mais où est-ce qu' il peut être ? affolée, je scrute l' eau, mais pas la moindre trace de lui. Il réapparaît au bout de deux minutes, à bout de souffle.

- On peut savoir ce que tu fais ? je crie, furieuse en nageant dans sa direction avec une envie folle de lui maintenir moi-même la tête sous l' eau.

- Ma gunblade… elle est… restée dans le vaisseau !

- Tu te moques de moi ? tu vas quand même pas…

Et il replonge aussi sec. Bon, sang, mais c' est juste une arme, il va quand même pas se tuer pour ça ? Et s' il reste bloqué là-dedans ? Je plonge à sa suite pour l' obliger à remonter. Sous l' eau, j' y vois à peine, mais je parviens quand même à repérer la carcasse du vaisseau qui sombre lentement. Les pieds d' Etan dépassent d' une des ouvertures et j' accélère pour le rattraper.

A l' intérieur, Etan tire de toute ses forces son arme coincée entre deux morceaux de tôle sans réussir à la faire bouger d' un centimètre. Je lui tape sur le bras pour lui faire signe de remonter, mais il secoue la tête en signe de négation. Je rêve, il est capable de rester là rien que pour ce fichu bout de métal alors que le vaisseau est en train de couler à pic ! Je n' ai pas d' autre choix que d' aider cet abruti ou il va finir par se noyer. J' agrippe moi aussi la garde et je m' appuie sur mes pieds pour tirer de toutes mes forces.


If we could

Stay here together
And we could
Conquer the world
If we could
Say that forever
Is more than just a word.


La tôle finit par céder et libérer l' arme. Elle pèse une tonne ; cette fois il a intérêt à se débrouiller tout seul pour la remonter… ça n' a pas l' air de lui poser problème, il remonte aussi facilement que moi jusqu' à la surface. Zack est toujours accroché à sa planche, le visage décomposé.

- Oh mon dieu… j' ai vraiment cru que… vous… que vous, bégaie-t-il, presque les larmes aux yeux.

Nous nous trainons à quatre pattes sur le sable, éreintés, Zack y compris. Lui c' est plus par la peur que par la fatigue, vu que c' est nous qui avons dû le soutenir jusqu' ici. Je me laisse tomber sur le dos, tentant désespérément de retrouver mon souffle, tandis qu' Etan, qui a bu la tasse, tousse à en cracher ses poumons, à quatre pattes sur le sable. Soudain, se retournant face à la mer, il nous désigne un point sombre plus loin et une grande trainée de fumée noire.

- Regardez un peu là-bas !

- Le Commandor ! s' écrie Zack, les yeux écarquillés.

Le vaisseau est lui aussi en train de sombrer dans l' océan à quelques kilomètres d' ici, et de grandes volutes de fumée sombre sont visibles d' ici. Je me relaisse tomber sur le dos en m' imaginant trainer Zack à bout de bras depuis là-bas… On l' a vraiment échappée belle.…

Malheureusement, aucun vaisseau de Trabia ne passe plus dans les environs. Nous nous décidons au bout de quelques heures, la mort dans l' âme, à quitter la plage pour parcourir un peu les environs et voir où nous nous sommes échoués. Aucune ville n' est visible depuis ici, en tout cas, c' est mauvais signe. La seule chose que nous ayons pu récupérer dans le vaisseau, c' est l' arme d' Etan. Tout le reste à coulé. Nous n' avons pour ainsi dire plus que nos vêtements. Là, j' ai beau essayer de m' imaginer comment la situation pourrait être pire, franchement, j' ai du mal.

Nous marchons lentement, harassés, mais conscients que rester sur la plage en priant pour qu' un vaisseau, et si possible allié, passe relève de l' utopie ou carrément de la démence. De plus, nos estomacs ne tardent pas à nous rappeler à l' ordre. Je ne me souviens même plus de mon dernier repas. Dans la forêt, nous finissons par attraper une bestiole que nous faisons griller, mais le cœur n' y est pas. Nous sommes encore tous trop choqués pour trouver le courage de parler de tout ce qui vient de se passer et de ce qu' on va devoir faire par la suite. Nous marchons au hasard, espérant finir par tomber sur un village quelconque. Nous traversons un lieu à mi chemin entre un marécage et une forêt multi-centenaire. Ça grouille de bestioles en tous genres, nous ne nous attardons pas. Nous grimpons ensuite sur une petite colline histoire de voir un peu les environs. Soudain Etan a une illumination.

- Mais… je sais où on est ! s' exclame-t-il tout d' un coup. Je sais où on peut aller ! C' est juste une petite maison, mais on devrait pouvoir s' y reposer un moment, le temps de reprendre des forces.

Ça ne m' étonne qu' à moitié. Je me demande où il n' est pas allé.

- C' est loin ? je demande, à bout de forces.

Si ce n' était que moi, je serais prête à m' allonger là, par terre, flaques de boue et bestioles buveuses de sang ou pas.

- Pas très. Dans moins d' une heure on y est. Par contre le chemin passe par les montagnes qu' on voit là-bas.

- Génial, je grogne en regardant la haute muraille de pierre orangée qui se dresse sur notre droite. J' ai déjà hâte d' y être…

Le voyage est long – je jurerais qu' il a duré plus d' une heure - , pénible – ni eau, ni nourriture, juste une nuée de moustiques à notre poursuite, et divers bestioles dont il nous a fallu nous débarrasser. Le passage par la montagne est pire que tout. Ce que Etan appelle « un chemin » est tout juste une trouée dans la pierre, un passage très étroit qui ne doit pas être emprunté très souvent, si ce n' est par des lilliputiens. Comment font ceux qui vivent là où Etan nous amène ? les garçons arrivent tout juste à se faufiler. Par moments, il nous faut même ramper. Aller chez ces gens relève davantage de l' expédition spéléologique que de la simple visite de courtoisie. Mais la perspective d' un bon repas et d' un lit me fait supporter ces inconvénients malgré tout. Ce n' est pas comme si quelque chose de mieux nous attendait ailleurs. Les garçons eux aussi sont harassés, mais nous touchons finalement au but.

Lorsque nous sortons des rochers, c' est presque une vision paradisiaque pour moi : une petite cahute au milieu des arbres, juste à côté d' un petit étang. J' en pleurerais. Etan se dirige vers l' entrée et s' apprête à pousser la porte quand je l' arrête.

- Attend une minute, tu rentres comme ça ? sans frapper, rien ? on est chez qui, au fait ?

Je me rends compte maintenant que la question ne m'avait même pas effleurée jusqu' ici, trop occupée par l' ascension.


If you just walked away
What could I really say?
Would it matter anyway?
It wouldn't change how you feel…?


Etan hésite un instant avant de répondre :

- On est chez mon père.



commentaire de l' auteur :

tadaaaaa fini ! hihi je sais c' est vache de finir comme ça, surtout depuis le temps que je vous ai fait attendre, mais on ne se refait pas… Cette fois , pourtant le retard n' est pas entièrement de ma faute ! j' étais prête à le poster quelques jours après le précédent, ce chapitre, mais j' avais des soucis pour mettre le doc en ligne ! enfin, c' est réglé maintenant !

Bon, il s' agissait d' un chapitre d' un genre un peu différent, comme vous avez pu le remarquer; j' ai inclus les paroles d' une chanson de Staind que j' aime beaucoup : Everything changes ; comme je trouvais que les paroles s' y prêtaient bien, j' ai décidé de les inclure au chapitre au lieu de juste les mettre à la fin comme la dernière fois. Ici, les paroles de la chanson sont la continuité du point de vue d' Etan. Si vous n' aviez pas compris, c' est encore Etan qui parlait au début du chapitre , et à chaque fois qu' il y a des petites étoiles, c' est pour indiquer un changement de point de vue. Mais nan, je n' avais pas l' intention de laisser définitivement la parole à Etan; l' histoire se passe du point de vue d' Eva, c'est clair et net. Pour moi ce changement, c' était comme la fois où elle avait perdu connaissance dans le labo ; c' était juste histoire d' avoir un aperçu de ce que pensaient et voyaient les autres, mais ça restera exceptionnel. Bon le fait qu' ils se fassent ENCORE attaquer par un vaisseau, je sais, ça fait un peu surenchère… 3 vaisseaux en 2 jours, c' est bon quoi, faut pas exagérer lol pas vrai ? mais fallait bien que je trouve un moyen de les faire évacuer en catastrophe, et je me suis dit que le fait qu' ils se fassent massacrer par des amis ça pouvait être pas mal ; personnellement, j' adore le passage où ils sont tous les trois dans le petit vaisseau lol et c' est assez rare que ça m' arrive pour le signaler !

Sinon, que dire… cette fin de ce chapitre, je la voyais et j' en rêvais depuis des mois, c' est un des premiers trucs auxquels j' ai pensé pour cette histoire, le fait d' arriver chez Seifer je suis trop contente. Dites-moi ce que vous avez pensé de ce nouvel élément !

Encore un énooooooorme merci pour tous vos commentaires et votre patience !