CHAPITRE XIX
Ma mâchoire se décroche presque. On est chez Seifer ??
Un flot de pensées traverse mon esprit à toute allure, interrompu presque aussitôt par Etan.
- … Mais pas de souci, il n' y a aucun risque de le trouver ici, finit-il avec un sourire un peu crispé.
Je déglutis avec difficulté pendant qu' il ouvre la porte et entre. Ce que je peux être stupide… Mais pendant un moment… Pendant un moment, j' ai vraiment cru qu' il était là.
Que Seifer pouvait être encore vivant.
Zack, qui est à des milliers de lieues de ces pensées, suit Etan à l' intérieur sans remarquer mon mutisme. Il n' a très probablement jamais entendu parler de Seifer ; il ignore même tout nous, en dehors des quelques bribes que je lui ai apprises dans le vaisseau. Je reste là à observer stupidement la maisonnette, bouche bée, et je comprends soudain où nous nous trouvons. La prison de Seifer. L' endroit où mon père l' aidait à se cacher. Là où est né Etan, et où il a vécu avant de venir à la BGU. Difficile de faire plus étrange combinaison. Qu' est-ce que je ressentirais si la maison de mon enfance, le seul endroit où j'aie jamais vécu avec ma famille était le symbole du crime de mon père ?
Je me décide à entrer, mal à l' aise au possible. L' intérieur est tout petit et dans un état sans nom. Quelques rares meubles rafistolés tiennent debout tant bien que mal dans le minuscule salon. Les traces d' un grand feu assombrissent tout un côté de la pièce, et la couche de poussière sur le sol semble en cacher bien d' autres. Divers débris traînent un peu partout. Etan m' a dit que ceux qui étaient venus attaquer son père s' en étaient d' abord pris à sa mère et... Je n' ose pas imaginer ce qui a bien pu avoir lieu ici.
Je m' avance lentement en retenant mon souffle, m' attendant presque à voir surgir des fantômes de dessous les meubles. J' effleure du bout des doigts un éclat de vase posé sur la petite table couverte de poussière. Tout d' un coup, c' est comme si tous les cris, les pleurs rejaillissaient autour de moi, comme un tourbillon. L' éclat des lames, les visages pleins de haine. La peur. Le sang. La mort.
Le cœur battant, je retire ma main et je me hâte de rejoindre les garçons dans la pièce d' à côté.
- Ca fait un moment que je ne suis pas venu, dit Etan, la tête dans un placard. Désolé pour le ménage.
La cuisine n' est pas dans un meilleur état que la pièce précédente. Les placards sont à moitiés carbonisés et il manque des portes à plusieurs autres meubles.
Je peux comprendre sans difficulté qu' on n' ait pas très envie de rester dans un endroit pareil. Même moi je me sens oppressée pour toute l' histoire de cet endroit. Et Etan ? Qu' est-ce qu' il peut bien être en train de penser en ce moment ? Qu' est-ce que ça peut bien lui faire de revenir ici ? J' essaie de lire dans son regard, mais il semble éviter le mien, se mettant à farfouiller un peu partout en bavardant avec un entrain que je sais forcé. J' ai appris à le connaître, Etan. Et même si je ne peux pas prétendre savoir tout ce qui passe par sa tête, je suis persuadée qu' il n' est pas aussi calme et détaché à l' intérieur qu' il veut le faire croire. Mais à quoi bon en rajouter une couche ? Je ne suis pas la personne la mieux placée pour des confidences de cet ordre, je suppose.
- J' étais pourtant sûr d' avoir laissé quelques provisions ici la dernière fois que je suis venu… fait Etan en se grattant la nuque, l' air ennuyé.
- Et c' était quand « la dernière fois » ? je demande en attrapant une conserve périmée depuis sept mois.
- Euh… c' était il y a un moment, bredouille-t-il en me la prenant des mains pour l' observer avant de la jeter. Je crois qu' il va falloir trouver de quoi manger dans la forêt. Il doit y avoir quelques arbres fruitiers, et on peut pêcher, normalement dans le lac à côté de la maison.
Tant pis pour mon repas copieux.
La pêche n' est une partie de plaisir que pour Zack, qui est le seul à avoir la main heureuse. Nous nous jetons comme la misère sur le pauvre sur les cinq carpes microscopiques qu' il a attrapées, et nous nous partageons quelques abricots trop mûrs - dont certains contiennent des vers - que j' ai trouvés plus loin.
J' espère qu' on ne va pas avoir à rester longtemps ici…Sur l' échelle de nos besoins à court terme, maintenant que notre faim est à peu près satisfaite, nous hésitons entre un bon somme et un bon bain. Après notre petit plongeon dans l'océan, notre marche, puis l' escalade pour arriver jusqu' ici, nos vêtements sont à peu près aussi agréable à porter que du papier de verre, et j' ai l' impression de sentir à des kilomètres à la ronde. D' un autre côté, je suis tellement fatiguée que je pourrais m' allonger là sur le carrelage et dormir comme un bébé jusqu' à la semaine prochaine.
- J' ai fait le tour de la maison, mais je ne crois pas avoir vu la salle de bain… fait remarquer Zack.
- C' est parce qu' il n' y en a pas, répond Etan. C' est que… cet endroit, c' était la… euh… la… maison de vacances de mon père ; c' est un coin tranquille, personne ne passe jamais, alors il allait dans le petit lac derrière la maison…
- J' espère que c' est une blague ? je m' exclame.
- Tu n' as qu' à y aller avant, me propose-t-il. Il doit y avoir des vêtements dans le meuble de la chambre à l' étage, si tu veux, en attendant que les tiens sèchent. L' échelle se trouve près de l' entrée et…
- Me baigner dehors ? Alors que vous êtes là ? Et puis quoi encore ? je proteste en croisant les bras.
- On ne regardera pas, promis, fait-il avec un sourire en coin.
- Il ne manquerait plus que ça ! je maugréé, rouge de fureur. Qu' est-ce qui me garantit que vous n' allez pas vous cacher quelque part pour…
- C' est ton, frère, voyons ! intervient Zack.
- Hein ? je m' exclame, avant de me souvenir à quoi il fait allusion.
J' avais complètement oublié qu' il croyait toujours qu' Etan et moi sommes frère et sœur.
- Ah. Euh… oui, enfin… je bredouille, n' ayant pas spécialement envie de me lancer dans des explications interminables à l' instant.
Comment lui dire maintenant qu' on lui a raconté des bobards ? Je ne m' en sens vraiment pas l' énergie pour le moment.
- Et je te jure que moi je ne… continue-t-il.
- On va en profiter pour ranger un peu, nous deux. Je te promets que je le surveille, fait Etan en riant.
- Si je vois un seul de vous deux dans les environs, il va passer un sale quart d' heure ! je grogne en allant chercher des vêtements.
Je grimpe à la petit échelle qui mène à ce qui ressemble à première vue à un petit grenier très sale, mais qui doit bien avoir servi de chambre, à en juger par le mince matelas défoncé qui gît là, à côté d' une petite table de nuit. Des tas de feuilles sont rentrées par la fenêtre sans vitre et recouvrent entièrement le sol. Je trouve même deux souris qui ont élu domicile sous le matelas. A côté du mur a été placée une longue commode en bois joliment travaillé qui détonne étrangement avec tout le reste de la maison. Je me dirige vers elle, et j' ouvre le premier tiroir. Une odeur de moisi se dégage vaguement de l' amassement de tissus colorés. Il y a des jupes, des corsages, des robes, plus ou moins en bon état. Plutôt moins, en fait. Et plutôt trop petits, aussi. Je me résigne presque à enfiler les vêtements pour femmes enceintes du dernier tiroir quand je mets la main sur une longue jupe verte et un haut blanc qui ont le triple avantage, par rapport aux autres vêtements, de n' être ni déchirés, ni moisis, et d' être plutôt jolis, même si ce n' est pas le genre de chose que j' ai l' habitude de porter.
Ça me fait bizarre de me dire que c' était à la mère d' Etan. Elle est peut-être morte là où je suis en ce moment même… aargh non, ne commence pas à penser à ça, surtout…
Raah pas moyen de mettre la main sur des chaussures ou du savon. Tant pis. J' attrape un tissu à peu près propre pour m' en servir de serviette de bain et je me dirige vers la rivière.
Je parie qu'elle est gelée, en plus…
Je jette un dernier coup d' œil pour m' assurer que je suis bien seule. Pas que je sois parano, mais… Le bruit éloigné de meubles déplacés parvient jusqu' à moi. Alors, allons-y. Je me glisse avec délice dans l' eau fraîche et je fais quelques brasses pour rejoindre le centre de la rivière. Autour de moi, j' entends les oiseaux pépier, et le temps est magnifique. Finalement, c' est pas plus mal qu' une baignoire...
Je ne sais pas combien de temps j' y passe, mais j' en profite pour faire un petit tour qui me fait le plus grand bien, en prenant garde de toujours vérifier si personne ne traîne dans les environs. Débarrasser mes vêtements de toute leur crasse s' avère plus ardu. Une fois que c' est fait, je les étends et je retourne à la maisonnette prévenir les garçons qu' ils peuvent y aller.
Le résultat est étonnant. On ne se croirait plus du tout au même endroit. Tout est propre, plus de poussière ; un grand drap a été étendu sur le mur pour masquer les traces de l' incendie. Il y a encore du boulot pour en faire une jolie petite maison de vacances, mais au moins on n' a plus l' impression de se trouver dans une crypte. Les garçons, plus sales que jamais, courent vers la rivière.
Je décide de remonter dans la chambre faire un peu de rangement. Je me débarrasse des feuilles et des souris en réexpédiant le tout par la fenêtre, puis j' époussette les meubles à l' aide d' un bout de vieux drap dont je me sers de chiffon. Je bats le matelas, le remets en place puis y mets des draps. Je ne peux rien faire de plus. Ce n' est pas comme si nous allions y passer une semaine, de toute façon.
En regardant un peu partout, je trouve dans le tiroir de la table de nuit la photo abîmée d' une jeune femme blonde et d' un homme ressemblant à s' y méprendre à Etan, mais en plus âgé. Je m' assieds sur le matelas en dessous de la fenêtre pour observer le cliché. Le couple qui est là sourit, et il y a dans le regard qu' ils échangent ce que j' ai vu si souvent dans celui de mes parents. Le bonheur, l' amour. Leur identité ne fait aucun doute. Pourtant ça me fait un choc de les voir. Les parents d' Etan. Si paisibles, l' air heureux. Je me demande de quand elle date.
J' ai lu des tas de trucs sur Seifer. Je me suis jetée sur tout ce que j' ai pu trouver, en fait. La presse, tous les témoignages, toutes les minutes des procès auxquels j' ai pu avoir accès. Tout. Un traître, un homme sans scrupule, capable de tuer de sang froid, c' est ce qui ressort à chaque fois. J' ai toujours eu le sentiment qu' il était le mal incarné. Et que c' était une chose formidable que le monde en soit débarrassé. Est-ce que l' homme à l' air si tranquille de cette photo a vraiment pu faire ce dont on l' accuse ?
Et pourtant oui. Mon père m' a raconté ce qui s' est passé, avec sa façon bien à lui de laisser de côté le plus important pour aller à l' essentiel : sa maladresse dès qu' il s' agit d' exprimer des sentiments, que ce soient les siens ou ceux qu' il a pu observer chez les autres, ce qui laisserait montrer qu' il se soucie d' eux. Ce n' est que tout récemment, après tous ces évènements, que j' ai enfin réussi à m' imaginer ce qui avait bien pu passer par la tête de cet homme. Ou plutôt de cet adolescent. Il n' était pas tellement plus vieux qu' Etan ou moi, après tout. Seifer cherchait sa place dans le monde, la reconnaissance. Mais à ce moment-là, il n' avait pas trouvé le bon moyen d' y arriver. Ça n' allait pas assez bien, pas assez vite pour lui et il s' est tourné vers des personnes qui lui ont fait croire que tout était possible. Me retrouver ainsi dans l' univers de cet homme a quelques chose d' étrange. Je l' ai toujours haï de toutes mes forces, de façon viscérale, pour ce qu' il avait fait à mes parents. La cicatrice que mon père a sur le visage, c' est à cause de lui. Mais c' est une cicatrice, comme bien d' autres, je le sens, qu' ils ont en commun. J' ai toujours pensé que si je l' avais en face de moi, je le ferais payer pour tout ça, pour sa traîtrise. Et maintenant… Je ne sais plus. Je comprends ce que Kassandra voulait dire, dans un sens. Même s' il était encore en vie aujourd' hui, quel droit aurais-je de m' en mêler ? Je n' ai aucune place dans cette histoire. C' est tellement vieux. Ça ne me concerne pas. Ça ne concerne pas non plus Etan. Qu' est-ce que je sais de Seifer, au juste? Celui qui a vécu ici, l' homme de la photo, le père d' Etan et le criminel sont-ils vraiment une seule et même personne ?
Le vent souffle dehors, et une nouvelle brassée de feuilles mortes s' engouffre dans la chambre, réduisant à néant mes pauvres tentatives de rendre l' endroit un tant soit peu propre. Plusieurs viennent se ficher dans mes cheveux encore humides.
- Eva ? où est-ce que tu es ? appelle Zack. On a fini.
Je range en hâte la photo où je l' ai trouvée et je descends les rejoindre. Ils ont déjà commencé à préparer le repas du soir. Le soir tombe rapidement, et nous apprenons du même coup qu' il n' y a pas non plus d' électricité.
- C' était pas exactement un hôtel, après tout, fait Etan d' un ton léger où je sens percer l'amertume.
Je suis la seule à comprendre ce qu' il a voulu réellement dire par là, et mon cœur se serre à nouveau.
Nous partons donc à la recherche des bougies, puis nous finissons le repas aux chandelles, ce qui donne un aspect plutôt sinistre à l' endroit. Le repas est silencieux, comme si chacun essayait de deviner ce qui avait bien pu avoir lieu ici. Ne regarde surtout pas le drap, ne le regarde surtout pas…
Il n' y a pas beaucoup de place ; l' endroit était au départ prévu pour une personne, après tout, et ce n' était pas censé être un palace ; les garçons décident de me laisser la chambre à l' étage. Il vont s' arranger avec les couvertures et dormir en bas. Je suis harassée, mais, naturellement, une fois allongée, pas moyen de trouver le sommeil. Je n' arrête pas de penser à la photo dans le tiroir juste à côté.
Après m' être retournée dans mon lit une bonne centaine de fois, je décide d' aller faire un tour dehors pour prendre l' air. Je descends doucement l' échelle pour ne pas réveiller les garçons et je sors. L' air frais me fait tout de suite du bien, j' ai l' impression de pouvoir enfin respirer. Cette maison dégage vraiment quelque chose qui ne me plait pas. Je suppose que ce n' est pas très étonnant, vu son histoire. Seulement, je ne m' attendais pas à me sentir tellement oppressée.
Je fais quelques pas le long de l' étang avant de repérer une silhouette. A la lumière de la lune, je reconnais Etan. Il est assis et me tourne le dos, apparemment en train d' admirer le paysage, ou ce qu' on peut en apercevoir dans cette obscurité. Je décide d' aller le rejoindre. Il sursaute légèrement quand je m' assieds à côté de lui.
- Ah, tu ne dors pas ? demande-t-il stupidement.
- Bien observé, Sherlock...
- Euh… désolé, c' était bête comme question...
Je savais que nous nous trouvions en hauteur, mais je n' avais pas remarqué jusqu' ici que nous nous trouvions carrément au sommet d' une falaise. Ça descend à pic juste devant nos pieds. Une immense plaine s' étend à des centaines de mètres plus bas. Ce n' est pas le moment de déraper.
Quoi qu' il en soit, la vue est absolument stupéfiante. A la faible lueur de la lune, on aperçoit toute la plaine, jusqu' à la mer. De petits bois parsèment l' endroit. Au loin, d' immenses éclairs zèbrent le ciel noir encre au dessus de la mer. Ça a un effet presque hypnotisant. Au dessus de nous, le ciel est encore dégagé mais ça ne va pas durer longtemps. La brise fraîche a une odeur de pluie. Je ramène la longue jupe verte sur mes jambes.
- Alors c' est ici… c' est ici que ton père se cachait. Où est-ce qu' on est exactement ?
- Almaj Mountains. L' île du sud.
Autrement dit : l' endroit le plus paumé de la planète. C' est pas pour rien qu' on cachait Seifer ici, je comprends mieux. On est à des centaines et des centaines de kilomètres de toute civilisation. Aucun moyen d' arriver ou de repartir sans vaisseau, l' île est totalement coupée du reste du monde. Cet endroit est quasiment désert. Aucune ville, pas le moindre petit hameau, pas de port, nada. Personne n' est autorisé à venir ici, à cause du lien que cette île a eu avec Edea lorsqu' elle était sous l' influence des sorcières, même si je ne vois pas bien en quoi ça rend cet endroit si dangereux qu' il faille totalement l' isoler.
- Alors on est fichus, je soupire. On ne partira jamais d' ici.
- On trouvera un moyen. Ecoute, j' ai réfléchi ; je pense on devrait rester ici quelques temps. On doit absolument reprendre des forces ; Zack m' a dit être complètement épuisé, et moi-même, j' avoue que j je suis pas au meilleur de ma forme.
- Rester ici ? je demande, dubitative.
- Ca ne m' enchante pas spécialement non plus, mais c' est encore l' endroit le plus accueillant qu' on trouvera avant des dizaines de kilomètres.
- Combien de temps, à ton avis ?
- Au moins deux jours, mais pas plus. C' est trop dangereux si on se fait coincer ici, on n' a aucun moyen de s' échapper. La seule entrée, c' est celle par laquelle on est arrivés. J' ai pensé à autre chose. Il va aussi falloir entraîner Zack. On en a parlé, il était d' accord. Il a tenu le coup jusqu' ici, mais on devrait lui apprendre un truc ou deux avant qu' on ait d' autres ennemis à battre. Le problème, c' est qu' on n' a plus d' armes.
- Alors il va falloir se contenter de la magie. Toi, tu as ta gunblade, et moi mon G-Force. Ça devrait aller, non ?
Il acquiesce en silence et reporte son attention sur le paysage. L' orage se rapproche rapidement.
- Comment tu as su, pour cet endroit ? je demande, curieuse.
- J' ai cherché pendant longtemps parce que ton père refusait de me dire où c' était. Mais comme j' insistais et que je continuais à chercher sans rien trouver tout en m' attirant un tas d' ennuis, il a finit par accepter de m' emmener, avant que je me fasse tuer pendant mes recherches.
- Pas étonnant que tu n' aies jamais pu parvenir jusqu' ici…
- Oui, ils avaient pris leurs précautions.
- Et… qu' est-ce que ça t' a fait de revoir cet endroit ?
- C' est ça le plus drôle, fait-il avec un rire qui n' a rien de joyeux. Au moment, où j' ai remis les pieds ici, j' ai compris que Squall avait raison de me cacher cet endroit. Je n' aurais jamais du venir ici.
- Qu' est-ce que tu veux dire ? je demande, étonnée.
- Regarde un peu autour de toi. C' est l' image que tu voudrais avoir de ta vie ? C' est l' endroit que tu voudrais avoir comme « chez toi » ?
Je me rappelle l' état de la maison quand on est arrivés, et l' impression d' oppression que j' ai ressenti en y entrant. Ça a dû être dix fois pire pour lui.
- Tu cherchais quoi, alors, en essayant de trouver cette endroit ?
Il hausse les épaules.
- J' en sais rien… Je veux dire… je me doutais bien que je ne retrouverais pas une jolie petite maison avec mes parents qui m' attendaient tranquillement à l' intérieur. Mais… je sais pas… J' espérais… Réussir à me rappeler des moments que j' ai passé ici avec eux… Me dire qu' à un moment au moins, tous ensemble… on a été heureux ici. Qu'il n' y a pas eu que toutes les horreurs qu' on dit partout, tu vois ? je ne pensais pas retrouver… un mausolée. Rien ne m' est revenu, ça n' a rien changé. Je ne me rappelle pas de ce qui s' est passé. Je me souviens à peine de mes parents. J' ai juste… toujours les mêmes bribes qui me viennent à l' esprit. Ça n' a servi à rien. J' étais bête.
Il entoure ses jambes de ses bras.
- Ma mère est enterrée juste à côté. Au pied des arbres, à ma gauche. Tu avais vu ?
- Euh non… je réponds, mal à l' aise.
- Il n' y a rien de spécial qui le signale, de toute façon, dit-il simplement. Elle, elle ne méritait pas tout ça.
- Non, c' est vrai.
Je repense à la photo dans le tiroir.
- Et ton père ? qu' est-ce qui s' est passé pour lui ?
- Je n' en sais rien. Personne ne le sait exactement, en fait. Squall pense qu' après m' avoir laissé à la BGU il a voulu partir à la recherche de ceux qui avaient tué ma mère. Apparemment, ce sont eux qui l' ont trouvé en premier et lui ont réglé son compte. J' ai fini par découvrir qu' il avait été tué à son tour peu de temps après m' avoir laissé à la BGU.
Il a seulement eu le temps de te sauver la vie de son fils... c' est le genre de chose qu' aurait fait Papa, aussi.
Un nouvel éclair fend le ciel et le tonnerre roule au dessus de nos têtes. La pluie s' approche. Les yeux fermés, je m' autorise une pensée pour ma famille. Où est-ce qu' elle peut bien être, en ce moment ? qu' est-ce qu' ils font, tous ? sont-ils à notre recherche ? comment les retrouver ? est-ce je les reverrai un jour ?
- Laguna a été tué.
La phrase m' a échappée. C' est comme si un poids s' ôtait de mes épaules, et en même temps c' est terrible de le dire à voix haute. Il est mort. Mort. Lui, je ne le reverrai jamais plus. Lui non plus ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Etan tourne à nouveau la tête vers moi, les sourcils froncés.
- Qu' est-ce que tu dis ??
- Ils l' ont tué. Esthar. C' est Zukerdint qui me l' a dit.
- Et tu le crois ? me demande-t-il après une minute de silence où il a tenté de digérer l' information.
Je repense au moment où il est entré dans ma cellule, à son allure nonchalante, son sourire carnassier.
- Oui, je réponds, la voix enrouée. Ça l' amusait. Il a dit de ces choses…
Ma voix se brise. Je revois mon arme plantée dans sa poitrine, et les flots de sang s' échappant. Non, il ne fera plus rien à personne. Mais ça ne fera pas revenir mon grand-père.
- Je comprends, murmure Etan. Mais c' est fini, maintenant.
- Tu penses que j' ai eu tort de… de le tuer ?
- Je ne peux pas te dire que tu as raison de tuer qui que ce soit. Mais ce type était extrêmement dangereux. Tu l' as arrêté.
- Ce n' est pas pour ça que je l' ai fait. Pas pour sauver l' humanité, je rétorque, amère. C' est pour mon grand père, pour le venger. Et pour moi aussi. Parce que j' avais peur.
Peur… mais j' ai toujours peur.
- Il était dangereux et il aurait continué à te pourchasser, dit-il simplement.
- Et toi… tu as essayé de retrouver les assassins de tes parents ?
Etan fronce à nouveau les sourcils et se replonge dans la contemplation du paysage.
- Non.
- Pourquoi ? je demande, et j' ai tout de suite l' impression d' être allée trop loin.
Il met un moment avant de répondre.
- Parce que mon père l' avait mérité. Il a mérité ce qui lui est arrivé.
La réponse me coupe le souffle. D' accord, c' est aussi ce que j' ai toujours pensé, mais…
- Mais c' est quand même ton père…
- Lui n' a jamais hésité à trahir ou attaquer les gens qui le gênaient. Et c' est à cause de lui que ma mère a été tuée. C' est à cause de lui que j' ai toujours été traité comme un pestiféré et que j' ai dû me cacher des gens.
- Et alors quoi ? Tu ne veux pas savoir ce qui s' est passé exactement ? tu ne veux pas que les gens qui ont attaqué ton père paient pour ce qu' ils ont fait ?
- Je sais pas. Mais je ne pense pas qu' il mérite d' être vengé. C' était loin d' être un saint. Qui sait combien de vies il a gâchées ? C' est de lui que je voudrais me venger, des fois… comment est-ce qu' on peut être assez stupide pour faire tout ce qu' il a fait ? Et en même temps c' est vrai, c' était mon père. Il n' était pas comme ça avec moi et ma mère. Pas du tout. C' était quelqu' un de normal. Alors je suis censé faire quoi ? De toute façon rien ne changera ce qui s' est passé.
- Et si c' est à toi que ces gens-là s' en prennent après? Tu as passé je ne sais combien de temps sur les routes ces dernières années, tu es dingue ! s' ils ont réussi à retrouver ton père et faire ce qu' ils ont fait, tu devrais plutôt…
- Je ne peux pas toujours resté caché à la BGU.
- Et s' ils te retrouvent ? Tu crois que tu mérites de subir les conséquences de ce que Seifer a fait ?
- Mais c' est déjà le cas, Eva, fait-il avec un rire amer. Depuis toujours…
Ca me fait un coup au cœur.
C' est vrai, pourtant. Il a toujours vécu dans l' ombre des actions de Seifer. Je le sais bien. Nous sommes tous influencés par ce qui s' est passé à cause de cet homme. Moi la première.
- Je ne dis pas pour autant que je me laisserais faire si ces gens s' en prenaient à moi. Ils ont tué ma mère, ce sont des criminels… Mais je pense que le vrai responsable c' est mon père. Malade ou pas, il n' y a pas d' excuse pour ce qu' il a fait. C' est juste que je ne tiens pas à me lancer dans une vengeance aveugle comme il le ferait.
Et comme je l' ai fait.
La boule dans ma gorge a repris sa place habituelle. Peut-être que de nous deux, c' est moi qui ressemble le plus à Seifer, finalement.
Le silence retombe. Les premières gouttes se font sentir et nous décidons de rentrer. Lorsque le matin se lève, ni lui ni moi n' avons fermé l' œil. Zack, lui, a dormi comme un loir sans même remarquer notre absence. Il se lève plein d' entrain à la recherche d' un petit dèj'. Il est également très enthousiaste à l' idée de commencer un entraînement. Un petit peu trop, peut-être. Au premier essai, il loupe de deux bons mètres la cible et manque de mettre feu à la maison qui a bien déjà assez souffert comme ça. Nous passons la matinée à essayer de l' aider à contrôler ses attaques, sans trop de succès. Comme Etan est un peu plus doué que moi en magie, c' est lui qui reste aider Zack pendant que je me charge du déjeuner.
Vu mes trouvailles, le repas risque bien d' être aussi misérable que la veille. Je fais le tour de la petite forêt où je trouve bien quelques fruits, mais rien d' extraordinaire. Je réussis mieux à la pêche, j' attrape deux poissons de taille raisonnable qui devraient compenser. Je cours retrouver les garçons, toute fière de moi, lorsque j' entends une branche craquer de leur côté et un cri. Inquiète, j' accélère le pas.
- … solé !
- C' est pas grave, ça va, je crois que c' est pas grand chose finalement…
Zack est assis sur un rocher et se tient l' épaule en grimaçant. Du sang coule légèrement entre ses doigts.
- Qu' est-ce qui s' est passé ? je demande en me précipitant vers lui, envoyant le déjeuner bouler au passage.
- C' est rien, ne t' en fais pas…
- Tu saignes, ne me dis pas que ce n' est rien, je m' énerve. Comment tu t' es fais ça ?
- Etan a mal visé et sa foudre a touché une branche qui a failli me tomber dessus, mais…
- Mal visé ? je répète, ahurie, en me tournant vers Etan qui est rouge comme une tomate. Qu' est-ce que ça veut dire ? Comment tu aurais pu aussi mal viser ? Etan, je te parle !
- Je suis désolé… je…
Je lui envoie un regard noir avant de retirer la main de Zack pour regarder la blessure. Je la replace rapidement. Mince. L' entaille est légère, mais ça saigne beaucoup trop. Etan court chercher des herbes pour soigner ça pendant que je lance une magie de soin pour atténuer la douleur et diminuer l' écoulement du sang en attendant qu' il revienne.
- Bon, alors qu' est-ce qui s' est passé ? je demande, espérant que sans la présence d' Etan, Zack parlera plus facilement.
- Rien du tout, je t' assure, affirme-t-il. On s' entraînait en discutant, je n' étais pas assez concentré et je n' ai pas réussi à esquiver. Ça m' apprendra, rit-il.
Je l' observe attentivement. Il a l' air de dire la vérité. Tant mieux. Mais Etan aurait pu quand même faire gaffe, Zack n' a jamais reçu aucun entraînement, lui.
- Ca te va bien, dit gentiment Zack en désignant mes nouveaux vêtements du menton. Tu fais à peu près la même taille que la mère d' Etan, on dirait…
- Pas vraiment, en fait, je crois que…
Minute, y' a quelque chose qui cloche, là… la mère d' Etan ??
- Mais… Je croyais… que… que tu pensais que…
- Etan m' a dit que vous n' étiez pas vraiment frère et sœur.
- Qu.. Quand est-ce qu' il te l' a dit ? je demande, confuse.
- A l' instant, en fait, rit-il. Ça doit être ce qui m' a déconcentré.
- Oh. Je… Je suis vraiment désolée… je bredouille.
- Ce n' est rien...
- On ne voulait pas te raconter d' histoires, tu sais, c' est juste que…
- Je comprends, je t' assure. Vous deviez être prudents. C' est normal.
Il sourit toujours simplement, avec la même gentillesse que la première fois que nous nous sommes vus et je sens mon cœur fondre à nouveau. Le pauvre fait ce qu' il peut pour s' adapter à cette situation dingue dans laquelle il a été plongé du jour au lendemain. Pour l' instant ça va, mais s' il nous arrive encore quelque chose, qu' est-ce qu' il pourra faire ? on ne pourra pas toujours le protéger, il n' est pas soldat.
Etan arrive à ce moment avec les plantes et il soigne Zack en un rien de temps après s' être excusé un millier de fois. Quoique sans grande conviction à mon avis. Va falloir qu' on parle tous les deux.
Une fois fini de manger, nous reprenons l' entraînement, et cette fois je reste avec eux. Zack a fait de très rapides progrès pour quelqu' un qui n' a jamais touché à la magie. A la fin de la journée, il est capable de l' employer rapidement et en visant – à un mètre près, mais y' a quand même du progrès.
Le soir, épuisés, nous nous couchons tôt afin d' être le plus en forme possible pour le départ le lendemain matin. Nous avons décidé de partir au lever du jour. Au réveil, nous partons à la recherche de provisions pour la route, sans faire beaucoup mieux que la veille. Il faudra s' en contenter. Etan et moi sommes d' accord pour dire que si des gens ont trouvé cet endroit auparavant, il y a des chances pour que d' autres le connaissent. S' attarder plus longtemps ici relèverait du suicide.
Après avoir rassemblé nos affaires qui ont heureusement eu le temps de sécher, nous nous faufilons par la petite ouverture dans la roche et nous quittons cet endroit, avec soulagement pour ma part.
Le chemin semble nettement moins difficile que la dernière fois, sans doute en grande partie parce que cette fois, il s' agit d' une descente, et nous sortons relativement rapidement de la montagne. Une fois arrivés au pied, il nous reste à choisir la direction. Il n' y a pas tellement de choix, en fait.
- De toute façon on ne peut rejoindre aucun continent, ça c' est clair, explique Etan en dessinant un plan sommaire de l' île dans la terre à l' aide d' un baton. Le nord est là en face de nous; c' est la direction de Balamb, si vous voulez.
- Je ne sais pas où est Balamb… fait Zack, que cette précision n' aide pas beaucoup.
- Peu importe. Bref. A l' est, on ne peut que se rapprocher d' Esthar, ce qui n' est évidemment pas une très bonne idée.
Zack approuve, les yeux affolés. Esthar, ça, ça lui évoque quelque chose.
- A l' ouest, on peut se rapprocher de l' université de Centra, mais il y a très peu de chances qu' ils soient encore là. Ils ont probablement évacué, là-bas, comme les autres universités. Mais ce qu' il faut savoir, c' est que d' un côté comme de l' autre on ne pourra pas partir sans aide extérieure, de toute façon. Mais ce serait quand même plus sensé d' aller de ce côté, évidemment. Ce qu' on cherche, c' est un refuge sûr.
- Alors pourquoi on est partis de là où on était ? demande Zack. On était en sécurité…
- Cet endroit, c' est un vrai traquenard. Il aurait suffit que les ennemis prennent l' entrée de la montagne et on était piégés, sans aucun moyen de s' échapper ; et dans ces conditions, même trois très grands Seeds ne pourraient rien faire, alors deux élèves et un civil... On va chercher un endroit où on pourra se barricader et se défendre sans problème en attendant qu' on nous trouve, explique Etan.
- Alors on peut sûrement aller se réfugier dans l' ancien orphelinat, non ? je propose. Le bâtiment est toujours là, je crois ? ça nous fera un abri. Je ne sais pas exactement où ça se trouve, mais…
- Tu penses vraiment que c' est une bonne idée ? intervient Etan.
- Pourquoi ça n' en serait pas une ? demande Zack, inquiet.
- Si cette île a été isolée, c' est pour une bonne raison, rappelle Etan.
Il y a des années, après la victoire contre Ultimécia, ils ont tenté de rouvrir l' orphelinat. On s' est rendu compte au bout de quelque temps que les enfants tombaient malades sans la moindre raison. Ils entraient dans une sorte de mutisme. Même le bâtiment semblait hanté. On avait beau reconstruire, essayer de rénover, l' orphelinat semblait chaque jour un peu plus délabré. Impossible de comprendre ce qui se passait. Les analyses, les hospitalisations, les enquêtes n' y ont rien fait. On en a conclu que c' était l' influence des sorcières qui avait perduré d' une façon ou d' une autre, et qui avait rendu cet endroit maudit, et on a interdit l' accès à l' île.
- Ne me dit pas que tu n' en a jamais entendu parler…
- Ce ne sont que des foutaises, je rétorque, agacée. Edea n' était plus une sorcière depuis des années.
- On ignore s' il est réellement possible pour une personne qui a été possédée d' en être débarrassée, je te rappelle.
Je n' ai absolument pas besoin qu' on me le rappelle, merci bien. On a traité ma mère de sorcière toute mon enfance, parce qu' on savait que c' était la seule chose qui pouvait faire du mal à la « fille du directeur ». ma mère n' est pas plus sorcière que moi, mais j' ai toujours détesté entendre dire ça d' elle.
- Elle est morte, aujourd' hui, je réponds, un poil énervée. Ultimécia n' existe plus non plus. Elles ne peuvent plus avoir aucune influence. Ils ont inventé cette histoire de malédiction parce qu' ils ne trouvaient aucune explication logique, c' est tout. Je ne vois pas ce que tu penses qu' on peut risquer.
- Ton père ne pense pas du tout que ce sont des foutaises. Il a toujours été très clair là-dessus, lui aussi trouve cet endroit dangereux. Et tu devrais être la dernière à sous estimer l' influence des sorcières.
- Tu ne me feras pas croire que tu n' a jamais été faire un tour là-bas ! je rétorque, agacée.
- Ton père était contre, je te le répète. Il m' emmenait directement ici, et on repartait tout aussi directement avec l' Hydre. Je n' ai jamais fait un pas sur l' île en dehors de cet endroit avec ton père.
- Mais si les Seeds de Centra sont toujours chez eux et qu' ils continuent de surveiller l' île, c' est là-bas qu' on aura le plus de chance de les voir, je fais remarquer.
Et ça, il le sait parfaitement. De toute façon, qu' est-ce qu' on peut faire d' autre ? A l' est, non seulement on ne sait pas exactement ce qu' on trouvera, mais en plus ça nous rapprochera d' Esthar, alors c' est tout décidé… Puisque de toute façon nous n' avons aucune chance de quitter l' île sans l' aide d' un vaisseau, autant choisir un endroit qui nous laisse une chance d' être repéré par des alliés.
Etan finit par se ranger à mon idée, à contrecœur. Il avait plutôt pensé aller vers le nord, essayer de repérer une forêt où nous aurions été plus ou moins protégés. Aucun de nous ne sait ce que nous trouverons exactement à l' ouest, ni à quelle distance se trouve l' orphelinat. Mais à force de la raisonner, il finit par admettre que ma solution est sans doute la plus sûre – si on met de côté toutes les rumeurs autour de l' ancien orphelinat d' Edea.
En route vers l' ouest, donc. Nous sommes plusieurs fois arrêtés par des groupes des monstres qui pullulent sur l' île, ce qui donne à Zack l' occasion de s' entraîner. A midi, éreintés, nous faisons une pause au bord de la mer.
J' ai les yeux collés à l' océan, espérant apercevoir à tout moment un vaisseau. A cet instant, peu importe qu' il soit ami ou ennemi. On ne peut quand même pas rester coincés indéfiniment ici alors que tant de choses importantes se passent ailleurs…
- C' est pas si mal ici, fait Zack en s' allongeant sur le sable, les bras derrière la nuque.
- Pas si mal pour le trou du monde, je peste. Et si on ne nous retrouvais jamais ?
- Quelqu'un va forcément passer, hein ? s' inquiète-t-il en se redressant sur ses coudes, pendant que Etan prend place à côté de moi.
Personne ne passe jamais par ici en dehors des Seeds de Centra, mais même eux, c' est pas la peine de compter dessus en temps de guerre. Ils n' ont pas que ça à faire, vérifier que personne ne viole l' interdiction de se rendre sur l' île de la sorcière.
- Bien sûr que oui. Un jour ou l' autre… je soupire.
Quand la nuit commence à tomber, nous décidons de nous arrêter près d' un petit bois qui a l' air plutôt calme. Nous avons parcouru moins de chemin que nous l' avions prévu, ou nous avions sous-estimé la distance jusqu' à l' orphelinat. Nous ignorons même où nous trouvons exactement, en fait. On saura quand on tombera dessus, en gros…
Le campement est vite mis en place : nous n' avons pu récupérer que deux sacs qui contiennent trois couvertures à moitié mangées par les mites, et quelques maigres provisions. Zack, tout fier de son nouveau talent, nous fait joyeusement un petit feu de camp avec un brasier. Assis autour, nous voyons le jour décliner avec nervosité. Nous sommes en terre inconnue et dieu sait ce qui peut débarquer durant la nuit. Je ne suis plus si sûre que nous ayons bien fait de quitter la maison de Seifer. Nous nous mettons d' accord pour ne pas dormir afin de garder un œil sur ce qui se passe. Evidemment, au bout de cinq minutes, Zack s' est endormi, mais on peut difficilement lui en vouloir. La journée a probablement été plus rude pour lui que nous ne l' avons pensé. Autant qu' il se repose, Etan et moi pouvons très bien nous en charger, après tout.
Etan tend le bras pour remettre un morceau de bois dans le feu. Le petit brasier nous permet tout juste de nous voir et les branches prennent une teinte orangée au-dessus de nos têtes. Zack, à ma droite, dort la bouche légèrement ouverte. Il ressemble à un petit garçon comme ça. Au petit garçon de mon rêve. Impossible de ne plus avoir les images en tête en permanence, entre ces deux-là. Je suis constamment tiraillée par des sensations étranges, comme de déjà vu. Des bribes me reviennent de temps en temps, et je ne sais pas exactement s' il s' agit de réels souvenirs ou d' images fabriquées à partir des photos. Il faut vraiment que ça arrête de tourner dans ma tête, ou je vais devenir dingue. Je me lève pour remonter la couverture de Zack sous son menton, et je vais m' asseoir près d' Etan.
- Je ne suis toujours pas certain que ce soit une bonne idée, chuchote-t-il.
- Eh bien, si tu en as une autre, c' est le moment. Je ne comprends pas de quoi tu as peur, à la fin.
- Ce n' est pas une question de peur. Je me méfie de cet endroit. Les sorcières…
- Arrête de me parler des sorcières, je le coupe, irritée. Je sais très bien ce qu'elles ont fait, tu ne m' apprends rien. On me l' a répété des centaines de fois. Les gens ont peur. Une superstition ridicule, voilà ce que c' est.
- Tu ignores quels pouvoirs avaient exactement les sorcières. Qui sait ce qu' elles ont bien pu faire à cet endroit ?
- A mon avis tu te fais du souci pour rien. Et s' il y a vraiment un problème, on le verra bien, on pourra toujours faire demi-tour.
Etan ne répond rien, mais il a toujours l' air soucieux. Zack se retourne dans son sommeil, et sa couverture glisse de son épaule, découvrant son bandage. Ça me fait penser…
- Qu' est-ce qui s' est vraiment passé pendant que vous vous entraîniez ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ne me prend pas pour une idiote. Toi qui te trompes de cible au point de blesser un coéquipier… Franchement, Etan…
- Tu es en train d' insinuer que je l' ai fait exprès ?
- Non, mais je voudrais bien savoir ce qui t' a pris, c' est tout ( en clair, oui, j' insinue bien qu' il l' a fait exprès, je sais… ). Tu ne fais pas ce genre d' erreur, je t' ai déjà vu t' entraîner. Il y a bien dû y avoir quelque chose.
- Rien d' important.
- Alors, il y a bien eu quelque chose !
- Arrête d' insister !
- Etan, si ça doit mettre quelqu'un en danger encore, je préfèrerais vraiment être au courant.
- C' était juste une erreur, c…
- Ca a un rapport avec ce que Esthar t' a fait ? tu as eu un malaise ?
- M… mais non, voyons, fait-il, surpris.
- Alors quoi ? Ne me dis pas que tu as juste mal visé parce que je ne te crois pas !
Il soupire.
- On discutait, c' est tout, et j' ai été déconcentré, ça te va ?
- De quoi est-ce que vous discutiez?
- Bon sang, Eva, tu…
- De quoi est-ce que vous discutiez?
Il soupire à nouveau.
- Tu ne vas pas me lâcher, hein ?
- Non.
- Mais il n' y a vraiment aucune raison de…
- Il m' a raconté que tu lui avais dit qu' on était pas vraiment frère et sœur.
Etan fronce à nouveau les sourcils, sans quitter le feu des yeux.
- Il fallait bien le mettre au courant à un moment ou à un autre.
- Et tu lui as dit ça tout d' un coup ? C' est venu dans la conversation comme ça, et t'as décidé de lui dire ? je fais, sceptique.
- Non, bien sûr que non…
- Alors quoi??
- Mais qu' est-ce que ça peut bien faire ? s' énerve-t-il. Ça n' a aucune importance !
- Si ce n' est rien, pourquoi tu ne me le dis pas ?
- Mais… ( il soupire ). T'es vraiment impossible, tu le sais ?
- On a déjà du me le dire, oui. J' attends toujours, Etan.
Il hoche la tête.
- On parlait de toi, ça te va ? grogne-t-il.
- De moi ? je fais, stupéfaite.
- Il me disait que j' avais beaauuuuucoup de chance d' avoir pour sœur une fille aussi sympa, drôle, gentille, jolie que toi, fait-il en singeant Zack.
- Il a vraiment dit ça ??
- Oui, répond-t-il en levant les yeux au ciel. Alors je lui ai dit que t' étais pas vraiment ma sœur.
- Et c' est tout ?
- Oui, c' est tout.
- Alors qu' est-ce qui t' as tellement déconcentré là-dedans ?
- Laisse tomber, ok ? fait-il d' un ton sec en se levant.
- Mais…
Et moi qui me disais que je commençais à la comprendre… Il disparaît derrière un arbre, mais j' arrive à le rattraper et je l' arrête.
- C' est quoi le problème, à la fin ? je fais, vraiment à bout cette fois.
- Mais pourquoi t' insistes ?
- Pourquoi tu ne réponds pas ?
- Qu' est-ce que tu veux que je te dise ? crie-t-il. Ce type a débarqué il y a quelque jours, on ne sait rien de lui ! Ok, il se trouve qu' en fait on le connaît depuis tous petits, mais il y a une semaine on n' en avait pas le moindre souvenir… Il débarque comme ça tout d' un coup, et vous êtes déjà dingues l' un de l' autre ! ça fait des années que j' essaie de t' atteindre et que je ne fais que me cogner la tête contre les murs ! Alors oui, ça m' a rendu furieux quand il m' a dit qu' il s' intéressait à toi ! Tu n' es pas ma sœur, c' est la vérité, non ? Je ne t' ai jamais considérée comme ça, je…
OK. Là, même chez une personne aussi bouchée que moi ça fait tilt.
Je le regarde, la bouche bée, les yeux écarquillés, complètement ahurie par ce que je viens d' entendre. Etan garde les yeux fixés sur le sol, regrettant probablement à mort ce qu' il vient de dire.
- Tu… tu n' étais p-pas sérieux ? je bégaie, persuadée franchement d' avoir mal compris.
- Je voulais pas le blesser… J' ai pas pu me contrôler, c' est tout. Je…
- Ce n' est pas de ça que je parlais.
- Je sais, soupire-t-il en s' asseyant à terre.
- Tu n' es quand même pas… pas vraiment…
Le mot n' arrive même pas à franchir mes lèvres. Etan, amoureux de moi ? C' est du délire… Il fronce les sourcils et baisse la tête. Puis il inspire un bon coup, comme pour se donner de la détermination.
- Si. J' étais complètement sérieux.
Il relève les yeux vers moi, visiblement au prix d' un grand effort.
- Mais… On a toujours… On s' est jamais… je bafouille, sous le choc. On s' est toujours détestés… Comment…
- Je ne t' ai jamais détestée, moi. Mais… je sais pas… c' était le seul moyen pour que… pour que tu ne m' ignores pas comme les autres. Aussi loin que je me souvienne, j' ai toujours été am… amoureux de toi, finit-il avec effort en baissant un peu plus la tête.
Alors là, j' en ai le souffle coupé. Je revois les photos chez Maureen et Zack, quand nous étions petits. Mes rêves… où nous étions la main dans la main. J' étais une des seules personnes à m' occuper de lui. Est-ce qu' à ce moment-là il a vraiment pu… Ça fait tellement loin, maintenant…
Qu' est-ce que je suis censée dire, au juste ? qu' est-ce que je ressens, au juste ? il y a quelque temps, je le haïssais… Depuis, j' ai appris à le connaître, oui, mais je là à…
- Etan, je… je commence, perdue, sans même savoir comment finira au juste la phrase.
Si j' avais imaginé que je me retrouverais dans cette situation un jour… Je dois rêver c' est pas possible. Non, Etan, je me regarde pas comme ça…
- Je…
- EVAAAA !! fait une voix rendue suraiguë par la panique un peu plus loin.
De surprise, je fais presque un bond de deux mètres. Zack ?
- EVAAAA ! ETAAAAN !!
Zack arrive en courant comme un dératé, haletant, et il se jette presque sur nous.
- Il y a quelque chose… là-bas… souffle-t-il en nous montrant l' emplacement du camp. Quelque chose m' a réveillé… ça tournait… autour de moi, et … et ça m' a touché !
Un bruit de craquement sur ma droite me fait sursauter. Et presque immédiatement, un autre à l' opposé. Mince, qu' est-ce qui se passe, encore ? Avec tout ça on ne faisait pas attention, on a du nous entendre à des kilomètres. Quels imbéciles on a été…
J' aperçois une ombre qui passe à toute allure entre les arbres, puis très vite une autre, et encore une autre.
- Il y en a plusieurs, murmure Etan, qui s' est relevé, sa gunblade à la main. Ils nous entourent…
Commentaire de l' auteur :
Je sais, comme d' hab', c' est pas très sympa de finir comme ça, mais en même temps, si je ne le faisais pas, personne n' aurait le courage de suivre mon histoire lol
Y' en a sûrement qui espéraient que Seifer serait encore en vivant, je sais, c' était fait pour ! lol. Toutes mes excuses à eux mais bon, ça ne m' avait même jamais effleuré, l' idée de le laisser en vie ; l' impact sur Etan aurait été moindre s' il avait quand même eu quelqu' un au monde, s' il avait su que son père était bien quelque part. Et c' est pas trop mon truc, de refaire débarquer des gens censés être morts au court de l' histoire. Qu' ils restent où ils sont, ils y sont très bien ! lol
Pour les lieux, au départ de la fic, j' essayais de coller au maximum au jeu. Puis avec tous les déplacements, j' ai fini par m' y perdre moi-même lol Je me suis surtout concentrée sur l' action. Avec ce chapitre-là j' essaie de resituer tout ça en gros, même si dans le détail du jeu ça ne va pas forcément correspondre. Etant en plein déménagement, je n' ai malheureusement plus l' occasion de rejouer pour voir si ça correspond. Il va falloir se contenter de ce que j' ai en tête pour le moment Bref, si vous ne voyez pas trop à quel lieu je fais allusion dans ce chapitre, le mieux c' est de chercher une carte de FF8 sur internet, et vous regardez l' île qui est toouuuut en bas, et c' est là que les personnages sont coincés. Un jour, je pense que je ferai un montage pour montrer où sont les personnages au fur et à mesure des chapitres lol ce sera plus simple. Même pour moi. hahaha
Ah. La déclaration d' Etan. Je déteste complètement. Honnêtement. Les histoires d' amour, c' est pas trop mon truc, à plus forte raison quand c' est moi qui les écris.
(Etan ( superénervé): « alors c' est pour ça que tu t' amuses à faire débarquer Zack à chaque fois au bon moment hein ? Hein ?? HEIN ?!! sadiiiiiique !! ») Hem, oui, y' a bien de ça, désolée, vieux. Mais je ferai pire la prochaine fois , promis !
Donc, voilà, pour ceux qui se demandaient s' il y aurait quelque chose entre eux. C' est pas gagné, en même temps, Eva est un peu paumée… Donc… au prochain chapitre !
