CHAPITRE XX

Avant même d' ouvrir les yeux je sens qu' il y un problème.

Des pas s' approchent, de plus en en plus rapidement, comme de partout à la fois. Merde, on dirait bien que nous sommes en train de nous faire encercler. Les garçons et moi nous nous mettons dos à dos, pour parer à toute attaque. Zack a repris son sang froid et se tient prêt, mais je le sens nerveux.

- Qu' est-ce que c' est ? demande-t-il. Des monstres ? Et y en a combien ??

Une ombre se faufile entre les arbres et ressort sur la faible lueur que laisse notre feu de camp d' où nous nous trouvons. Environ deux mètres de hauteur, je dirais. Bipède. Plutôt costaud. Ce n' est pas un homme, mais impossible d' identifier la chose plus précisément.

- Ca va trop vite, dit Etan, d' une voix tendue. Soit ils sont une dizaine, soit ils se déplacent très vite…

Des yeux luisent dans le noir en face de moi pendant une seconde à peine, puis disparaissent.

- On s' est trop éloignés du camp, murmure Etan. Il faut se rapprocher du feu, on sera plus en sécurité, et au moins on y verra mieux.

Oui, si ces choses nous laissent passer…

Toujours en formation, nous avançons prudemment. Nous sentons toujours des présences autour de nous, mais rien n' approche, comme si l' ennemi se contentait de nous observer pour le moment. Nous regagnons le camp qui devait bien être aux dix mètres les plus longs à parcourir de notre vie, et nous nous postons dos au feu. Un simple coup d' œil nous permet de constater que nos sacs ont été fouillés. Une des couvertures se retrouve en lambeaux, et toutes nos affaires, éparpillées sur le sol sur plusieurs mètres.

L' avantage, si l' on peut dire, c' est que quoi que nos voleurs aient pu chercher, ils n' ont à coup sûr rien trouvé puisque nous n' avons absolument rien.

Plusieurs paires d' yeux luisants continuent de réapparaître entre les arbres, mais sans approcher davantage. Quoi que ce soit, ça n' a manifestement pas l' intention d' attaquer; mais, dans l' incertitude, nous restons sur nos gardes, et même Zack ne s' endort pas cette fois.

Lorsque le jour se lève, cinquante mille ans plus tard, nous n' avons plus senti leur présence depuis un bon moment. Mais nous nous empressons quand même de remballer nos affaires et de carapater vers la sortie de la forêt. Arrivés à la lisière, nous nous arrêtons, soulagés. Les monstres qui vivent dans les bois attaquent la plupart du temps pour défendre leur territoire et n'en sortent pas une fois leur squatteur délogé.

- C' était quoi, ça ? fait Zack, qui desserre les dents pour la première fois depuis des heures.

Nous avons tous des cernes larges comme des coquards sous les yeux, et je ne sens plus mes jambes. Se faire attaquer par des monstres de jour est une chose, mais de nuit, quand il est impossible de les identifier, de les dénombrer, et de les repérer précisément, c' est un cauchemar; surtout si en plus on a un débutant avec soi à protéger. On s' en est plutôt bien sortis, on est quittes pour une belle peur, mais c' est la dernière fois que je passe la nuit dans une forêt.

Etan s' assied et prend sa couverture.

- On ferait mieux d' essayer de dormir quelques heures maintenant. On ne peut pas partir dans l' état où on est. Quand il fera bien jour, on reprendra la route.

Et hop, ni une ni deux, il roule sa veste en boule, la glisse sous sa tête, nous tourne le dos et s' endort. Zack et moi le considérons un instant, sidérés.

Je sens qu' il aurait fallu continuer la discussion d' hier soir mais je ne m' en sens pas l' énergie, surtout pas devant Zack, et franchement, je ne saurais pas quoi dire. Notre dispute d' hier résonne toujours dans ma tête.

Etan.

Amoureux.

De moi.

Complètement surréaliste.

- Tu n' as qu' à dormir, toi, dit Zack, me tirant de mes pensées. Moi, impossible que je referme l' œil tant qu' on sera ici. Pas après cette nuit.

- On ne nous attaquera pas, je dis pour le rassurer, pas persuadée non plus de réussir à dormir après une telle nuit. Les monstres qui sont dans les forets se méfient du jour comme de la peste, ils ne mettent jamais les pieds à moins de deux mètres de la lisière. On ne risque rien ici.

- On est quand même encore trop près pour moi. Va dormir, je t' assure, je monte la garde.

Puisqu' il insiste... J' attrape un des sacs, en retire la couverture la moins trouée et je m' allonge, mais avec bien trop d' idées en tête pour pouvoir réussir à dormir.

De toute façon, j' ai à peine fermé les yeux que Zack se met à hurler:

- Là ! Encore les monstres ! Ils nous ont suivi !

Je me redresse, alarmée. Etan s' est remis sur ses pieds en un éclair, son arme à la main. Nous regardons dans la direction de la forêt, que Zack nous montre du doigt. Plusieurs masses à moitié dissimulées par les arbres s' avancent lentement vers nous, jusqu' à sortir dans la lumière.

Une exclamation de stupeur m' échappe, puis j' éclate de rire.

Des chocobos !

Eberlué, Etan a abaissé son arme et regarde les animaux qui s' approchent tranquillement.

- Qu' est-ce qui se passe ? fait Zack en nous jetant des regards ahuris. Ils approchent !

- Ce ne sont que des chocobos. Ils sont absolument inoffensifs, j' explique en me laissant tomber sur le dos, de soulagement.

- C' est une forêt de chocobos… dit Etan qui n' en revient pas. Ils devaient chercher de la nourriture. Ils ont été attirés par le bruit et le feu, évidemment...

- Des chocobos ? demande Zack, un sourcil levé.

Evidemment, il n' en a certainement jamais entendu parler là où vivait. Moi même, je n' en avais jamais vu en vrai jusqu' ici, mais je sais que mon père en avait un il y a très longtemps. Quoiqu' on ne puisse réellement parler de possession pour un chocobo. Les chocobos ne « sont » à personne ; ils acceptent ou non de vous mener où vous le voulez, et s' ils vous apprécient, ils reviendront si vous les appelez. Je regrette de ne pas avoir de chocolégume sur moi…

Je me lève pour m' approcher de Zack qui semble maintenant fasciné par nos nouveaux amis. Il y a en là cinq, dont un tout jeune, vu sa taille.

- Ils sont complètement inoffensifs, tant qu' on ne les embête pas. Ce sont des animaux très vifs ; il faut se méfier de leur bec et de leurs griffes s' ils sont en colère. Mais ils n'attaquent pas sauf s' ils ont une raison de le faire. S' ils sont aussi appréciés, c' est parce qu' ils sont très résistants et qu' ils peuvent porter de très lourdes charges. Ceux-ci sont encore jeunes, on dirait, j' ajoute en tendant le bras vers leur plumage jaune de celui qui se trouve le plus près de moi.

Le chocobo commence par reculer sa tête pour observer ma main en émettant un petit gazouillis, puis accepte de se laisser caresser.

- A d' autres niveaux, ils peuvent même escalader des montagnes, nager, voler… je continue, essayant de me rappeler les quelques notions que je possède en la matière.

- Ouaaah…

Je retourne m' asseoir, épuisée. Immensément soulagée, certes, mais épuisée tout de même. Quand je pense qu' on a passé la nuit à angoisser à cause de ces stupides oiseaux… Zack, lui aussi rassuré pour le coup, tente de les approcher en leur tendant stupidement des touffes d' herbe, que les pauvres bêtes ont tout de même le bon sens de refuser. Un des chocobos vient fourrer son bec dans le sac d' Etan qui doit se hâter de le récupérer avant qu' il n' ait réduit en confettis ce qu' il n' a pas eu le temps de détruire hier soir. En fait, nous préférons tous les trois ranger nos affaires avant une nouvelle catastrophe. Et puisqu' il nous paraît évident au bout d' une heure qu' ils n' ont pas l' intention de nous laisser terminer notre nuit en paix, nous finissons par renoncer à toute idée de repos et décidons de reprendre la route. Le voyage promet d' être agréable, vu notre état, si nous devons être arrivés à l' orphelinat avant ce soir…

- Mais qu' est-ce qu' on est bêtes ! je m' exclame soudain.

Les garçons me regardent comme si mon cas était bien plus grave que ça.

- Quoi ?

- Les chocobos ! pourquoi partir à pied, puisqu' on a un moyen de transport juste là ?

- Tu as des chocolégumes sur toi ? demande Etan.

- Euh… non, mais peut-être qu' en leur proposant autre chose…

- L' herbe, ça marche pas, dit Zack d' un air dépité.

- Tu as déjà vu beaucoup de d'oiseaux herbivores ? maugréé Etan.

- Euh…

- Il doit bien y avoir un moyen, je soupire, désespérée.

Pas question que je me retape encore vingt kilomètres à pied sans avoir dormi de la nuit. C' est de la faute de ces bestioles, après tout. Elles n' ont qu' à réparer.

Maintenant assez habitués à nous, les chocobos se laissent approcher sans problème. Mais de là à ce qu' ils acceptent qu' on les monte, c' est une autre histoire. Même celui qui m' a laissé le caresser fait un bond de deux mètres sur le côté quand je tente de me hisser sur son dos. Les garçons n' ont pas plus de succès, et encore moins Zack qui s' entête avec ses touffes d' herbe. Au bout de plusieurs heures passées à leur courir après inutilement, nous comprenons que la seule chose que nous avons réussie à faire, c' est perdre notre temps.

- Y' en a marre ! je râle. J' abandonne, ça sert à rien.

Je me laisse tomber par terre, complètement harassée et de mauvaise humeur.

- Tant pis, on y va à pied. Mais je suis encore plus fatiguée que tout à l'heure, je geins en me laissant tomber sur le dos dans l' herbe, découragée.

Les chocobos, eux, continuent de me regarder de leur petit air surpris, la tête légèrement penchée, comme s' ils n' avaient pas compris ce que nous voulions. Et dire qu' avant je trouvais ça attendrissant. Je parie que ça les amuse.

- Je crois que t' as raison, fait Etan en appuyant ses mains sur ses genoux, à bout de souffle. On aurait déjà fait plusieurs kilomètres, à cette heure-ci ; on a perdu beaucoup trop de temps.

Moi et mes idées brillantes…

Nous ramassons nos affaires et nous remettons en route vers l' ouest, maussades. L' énervement me redonne de l' énergie, et c' est tant mieux ; nous avons du temps à rattraper : toujours pas d' orphelinat en vue.

- On ne s' est quand même pas trompés de direction ? je demande à Etan, sceptique.

- Il n' y a pas cinquante voies possibles, répond-t-il en haussant les épaules. L' orphelinat se trouve à l' ouest de l' île, tout au bout ; et l' ouest c' est dans cette direction. Alors c' est forcément par là.

Nous n' avons toujours pas reparlé d' hier soir et il agit comme si rien ne s' était passé, alors que j' ai l' impression que quelqu' un s' amuse à jouer avec un marteau dans ma tête tellement je me pose des questions. Il marche à toute allure malgré la fatigue qu' il doit éprouver tout comme nous, et avance, le visage fermé, muet. Je penserais avoir rêvé hier si nous n' avions pas passé la nuit à veiller. Etan évite soigneusement mon regard, et je me vois mal aborder le sujet devant Zack.

Et puis... je ne sais toujours pas quoi penser.

Etan et moi…

Ce que ça m' évoque, c' est tout sauf de l' amour. Les disputes à longueur de temps, des bagarres, même. Pour attirer mon attention ? C' est n' importe quoi... Bon, j' ai toujours été la plus acharnée de nous deux, je le reconnais. C' est moi qui commençais presque à chaque fois. Et pourquoi ? Malgré mes efforts, impossible de remonter jusqu' au commencement de notre mésentente. Je me remémore les photos de Zack, Etan et moi, à Tréhignac, et mon rêve. Si, petits, nous étions amis, il a bien dû se passer quelque chose…

Est-ce qu' il pourrait y avoir un lien avec le départ de Zack de la BGU ? Nous avions quoi… cinq-six ans à ce moment, d' après Maureen. Etan venait d' arriver à la BGU après la mort de sa mère. Et on peut supposer que c' est quelques semaines plus tard, peut-être même quelques jours seulement, que Zack et ses parents sont partis. A cause d' une première trahison de Harl. Ça reste des suppositions, évidemment, mais ça se tient. Toute cette période reste totalement obscure pour moi. Mes parents ne m' ont jamais parlé de Harl, Maureen, Zack, ni même de notre amitié avec Etan. Mais pourquoi ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Tout d' un coup, je sens qu' on me secoue par le bras.

- Regarde, me fait Zack en me désignant de menton la colline que nous venons de franchir.

Cinq silhouettes jaunes se détachent du ciel gris.

- J' y crois pas, les chocobos nous ont suivi ?! je constate, les yeux écarquillés par la surprise.

- Ouais, et sur des kilomètres, incroyable, hein ? fait Zack, ravi.

- Si ça c' est pas pour nous narguer, je bougonne.

En me retournant je croise le regard d' Etan qui détourne le tête et se remet à observer nos poursuivants. Il va quand même falloir qu' on parle. Je ne sais pas encore pour dire quoi, mais il va vraiment falloir qu' on parle.

Le troupeau accélère et nous rattrape rapidement, se mettant à trottiner autour de nous, visiblement fiers d' eux. Mais je ne peux pas m' empêcher de sourire quand le plus jeune des chocobos vient poser sa tête contre ma main. Je le caresse et il se met à battre des ailes de contentement tout en gazouillant. Bess ne me croira jamais quand je lui dirait que j' ai pu trouver un chocobo.

Nous avons compris le message, ils veulent bien nous escorter, mais pas davantage. Soit. C' est plutôt drôle de les voir gambader autour de nous, et dieu sait que tout ce qui est drôle est le bienvenu en ce moment. Nous arrivons à un endroit où la terre se fait moins large, la mer gagnant du terrain sur l' île. Les chocobos se sont mis à trotter joyeusement devant nous, les plumes ébouriffées par le vent comme pour nous ouvrir le passage. Si ce n' était eux, l' endroit semblerait complètement vide de vie. C' est réconfortant de les avoir finalement.

- Un phare ! s' exclame Zack en montrant un point devant nous.

Ce sol mot a pour effet de me réveiller sur le coup. Un phare ! oui, il y en avait bien un près de l' orphelinat, à ma connaissance ! Nous touchons enfin au but ! Revigorés par cette bonne nouvelle, nous accélérons le pas.

L' orphelinat… Son histoire, je la connais, comme tout le monde, plus ou moins, et plutôt moins même. C' est là que mon père et celui d' Etan, Selphie, Quistis, Irvine, Zell et tante Ellone ont grandi, avant que cette dernière ne soit obligée de partir pour se cacher. Un jour, une sorcière est arrivée à la recherche de quelqu' un à qui transmettre ses pouvoirs, et pour protéger les enfants, c' est Edéa qui les as pris. Mais à cause de ça c' est elle qui est devenue maléfique, et les enfants qu' elle élevait ne se sont retrouvés que bien des années plus tard, et pour l' affronter.

Encore un endroit chargé d' histoire… j' ignore quel rôle exact il a joué dans les évènements auxquels mes parents ont pris part, mais cet orphelinat y est clairement associé et je trouve ça fascinant. Tout ce qui a trait à cette époque, mes parents semblaient vouloir l' enfouir et ne plus jamais y repenser. Impossible de tirer quoi que ce soit d' eux là dessus, ni même de quelque autre professeur que ce soit. Je sais ce que tout le monde sait, que les Seeds ont vaincu plusieurs sorcières qui menaçaient le monde. Mais quel lien avec cet endroit ? Y a-t-il eu des combats là où je me tiens en ce moment-même ? Et alors ? ça ne signifierait pas pour autant qu' il soit maudit.

Nous parcourons un petit sentier pierreux en pente qui mène vers le bâtiment principal, laissant les chocobos derrière nous. Arrivés à quelques mètres de la porte – ou l' endroit où elle s' est vraisemblablement trouvée à une époque, vu le trou béant qui s' y trouve – nous stoppons.

- On est vraiment au bon endroit ? je demande, dubitative.

Ce bâtiment présente l' image même de la désolation. Les murs de pierre semblent prêts à tomber en poussière pour peu qu' on s' appuie un peu trop dessus, et la mousse, les mauvaises herbes et même de petits arbres ont pris possession des lieux, créant une véritable petite forêt vierge à l' intérieur de la maison. Plusieurs murs se sont en partie effondrés, ainsi que le toit, par endroits ; et le vent passant par les ouvertures siffle d' un air lugubre.

Je suis presque sûre que l' orphelinat où mon père a grandi n' a pas plus que cinquante ans. Il a du être bâti, quoi, peut-être une dizaine d' années avant que mon père y soit, quand Cid et Edéa ont créé les Seeds. Et tout a été rénové il y a quelques années quand ils ont voulu rouvrir l' orphelinat. Mais ces bâtiments devant nous sont aussi en ruines que s' ils étaient millénaires.

- Ca ne peut quand même pas être ici ! je m' exclame.

- Je ne vois pas ce que ça pourrait être d' autre, dit Etan en se grattant la tête. On est arrivés au bout de l' île il n' y a rien d' autre plus loin.

- Est-ce qu' on rentre ? demande Zack.

- Ca ne coûte rien d' y faire un tour, je soupire.

J' enjambe un muret et je m' engouffre à l' intérieur. Malgré le fait que plusieurs murs se soient effondrés et que le vent frappe violemment en dehors du bâtiment, il règne une chaleur étouffante à l' intérieur, et l' humidité du lieu remonte désagréablement jusqu' au nez. On ne pourra jamais rester dans un endroit pareil. Le toit menace de tomber à tout moment à en juger par les éclats de tuiles crissant sous nos pieds tandis que nous traversons la maison, et il y a à peine de la place pour poser le pied sur le sol sans écraser quoi que ce soit. Les quelques meubles qui n' ont pas été rongés par l' humidité tiennent à peine debout. Des poupées de chiffons, des vêtements d' enfants, des tasses, des assiettes brisées. Les objets du quotidien traînant sur le sol montrent que l' endroit a été quitté dans une grande agitation. Qu' est-ce qui a bien pu réellement pousser ces gens à partir, à abandonner l' endroit, puis a penser l' île ensorcelée ?

Alors que je marche de pièce en pièce à la recherche de quelque chose qui pourrait nous être utile, j' ai à nouveau la conscience étouffante des évènements qui ont eu lieu ici. J' ai l' impression d' entendre des pleurs, des cris. La solitude, la tristesse et la peur. Je peux dire ce que je voudrais, je sens bien que nous ne sommes pas n' importe où.

Nous enjambons les tas de pierre, écartant les plantes qui ont envahit les chambres ; ça a dû être un très bel endroit autrefois : sous la mousse, on reconnaît encore ce qui a du être de jolies colonnes de pierre, et les sculptures des meubles sont toujours visibles, même s' ils sont maintenant gonflés par l' humidité. Le jardin à l' extérieur, sans toutes ces mauvaises herbes et ces plantes grimpantes devait être ravissant lui aussi. Mais il nous faut bientôt nous rendre à l' évidence : il n' y a plus rien à tirer de cet endroit. Aucun moyen de communication, pas de nourriture ( on s' en doutait, certes… ), même pas de couvertures…

Les chocobos semblent s' être évanouis dans la nature. Ils nous avaient accompagnés à peu près jusqu' à l' entrée du chemin puis étaient partis explorer les lieux. Il n' y a plus la moindre trace d' eux, ils ont du retourner à leur forêt.

Tandis que nous redescendons vers la plage, nos pas nous mènent vers le phare qui se trouve au bout de la jetée. Il est à peu près aussi en mauvais état que l' orphelinat et ne semble plus tenir debout que par magie ; il n' est probablement plus en état de marche depuis longtemps mais ça ne coûte rien de vérifier, il nous serait extrêmement utile si nous pouvions nous en servir pour avertir de notre présence. Maintenant, évidemment, savoir qui nous avertirions est une autre question…

La porte s' ouvre plutôt facilement, mais une fois à l' intérieur, l' escalier de bois qui mène au sommet n' a pas l' air très stable. Comme je suis la plus légère de nous trois, nous décidons que je monterai vérifier s' il y a moyen de faire fonctionner tout ça.

J' arrive à me hisser malgré les marches manquantes, obligée parfois de prendre carrément appui sur les murs pour sauter jusqu' aux marches suivantes, au risque de tout faire s' écrouler. J' arrive enfin au sommet et je marche avec prudence sur le sol branlant jusqu' à l' espèce d' ampoule géante qui se trouve au centre de la petite pièce. Les vitres qui couvraient les ouvertures panoramiques de la salle ont toutes disparu, il ne reste plus que quelques éclats encore accrochés aux fenêtres, et les embruns remontent jusqu' ici. L' ampoule au centre de la pièce est brisée, elle aussi. Est-ce qu' elle pourrait quand même fonctionner ? Comment est-ce qu' on actionne ce truc ? Après avoir rapidement fouillé la pièce des yeux j' aperçois une manette rouillée dans un coin. Je ne vois que ça.

- Alors, il y a quelque chose ? me crie Etan d' en bas.

- Une manette ! je fais en essayant de l' abaisser.

Elle refuse de bouger. Je réessaie en y mettant tout mon poids, mais rien à faire.

- Ca a l' air coincé ! je crie a nouveau.

- J' arrive, fait Etan.

Il me rejoint pour m' aider, faisant horriblement craquer les escaliers au passage ; après plusieurs minutes d' efforts conjugués, nous parvenons enfin à abaisser la manette. Mais le phare ne s' allume toujours pas. Pas la moindre petite étincelle ou ronflement.

- Ca sert à rien, dit Etan. On ferait mieux de descendre d' ici avant que ça s' effondre. De toute façon l' ampoule est cassée, et avec toute cette humidité, c' est pas étonnant que ça ne marche pas.

C' était notre seul espoir de nous faire remarquer. Maintenant on fait quoi ? On attend tranquillement en comptant sur notre chance légendaire ?

- Hey, ça va ? demande Etan en se retournant vers moi en voyant que je ne bougeais pas.

- Oui, oui…

Il s' arrête et revient vers moi.

- On trouvera une autre solution. Promis.

Si seulement, il pouvait arrêter d' être aussi… rassurant, conciliant, attentionné… J' arrive à peine à le regarder dans les yeux depuis hier, c' est complètement stupide. On en a toujours pas reparlé, et j' ai l' impression que maintenant il me regarde comme s' il attendait que je dise quelque chose à propos de tout ça. Je sais que ce serait le moment d' en reparler. Mais il n' y a rien qui vient. C' est toujours aussi flou. Ça fait presque mal.

- Viens, je t' aide a descendre, dit-il finalement.

- C' est pas la peine, je fais précipitamment en passant devant pour sauter les marches.

Il me suit en silence et nous rejoignons Zack.

- Alors ?

- Rien. Ça ne marche plus.

- Et même si c' était le cas, on ne sait pas si ça aurait été une bonne idée de l' utiliser, de toute façon, fait Etan, sûrement pour nous consoler.

- Ca aurait toujours été mieux que de rester ici à jouer les Robinson Crusoé, je rétorque malgré moi. Même si ce sont des ennemis qui aperçoivent la lumière, au moins ils amèneront des vaisseaux et on aura une chance de partir d' ici ; dans le meilleur des cas, ça aurait été des alliés de la BGU.

- Sauf si les ennemis nous règlent notre compte avant que nous ne puissions tenter quoi que ce soit. De toute façon on n' aura pas à se poser la question, tranche Etan en regardant vers le sommet du phare.

- Alors, qu' est-ce qu' on va faire ? demande Zack, à nouveau inquiet.

- Déjà, trouver un endroit où dormir, je dis en lui prenant le bras tout en souriant pour le rassurer.

Je passe également mon bras sous celui d' Etan qui sursaute et je les tire vers la plage côté sud de l' île, le seul endroit qui ne soit pas balayé par les rafales de vent, où nous avions laissé nos sacs. Ce n' est pas le moment de s' apitoyer, et inutile de faire paniquer Zack pour le moment en lui disant que nous n' avons pas la moindre idée de ce qui va nous arriver. C' est bien simple : il n' y a rien à faire de plus, ça ne dépend plus de nous. Nous sommes arrivés à l' endroit où nous sommes le plus susceptibles d' être découverts, mais si personne ne passe, nous ne pourrons certainement pas rentrer à la nage…

Nous sommes assis sur la plage, face à la mer, pour regarder le jour qui commence à décliner. Etan a allumé un petit feu autour duquel nous avons pris place, et Zack prépare des cannes à pêche avec des bois de bois et des fils qu' il a réussi à trouver. Les étoiles apparaissent peu à peu au dessus de nous tandis que le ciel prend des teintes orangées. C' est tout simplement magnifique.

Je n' arrête pas de m' imaginer ce qui a pu avoir lieu sur cette île. Si ça se trouve, Papa, Quistis, Zell et les autres jouaient ici-même dans le sable. Quelle enfance a pu avoir mon père dans cet orphelinat ? Et pourquoi Laguna n' était-il pas là pour lui ? Et puis, pourquoi est-ce que j' en suis à me poser de telles questions sur ma propre famille, c' est dingue… J' ai toujours détesté cette tendance qu' ils avaient tous à élucider mes questions – tout à fait légitimes pourtant, il me semble – en m' envoyant à une tache quelconque, en me proposant à un gâteau – quand ce n' était pas un sermon sur le passé qu' on doit laisser de côté pour se concentrer sur l' avenir. Je suis sûre que ça aurait résolu beaucoup de nos problèmes actuels, pourtant. Cet endroit n' est pas commun. Il s' est passé des choses importantes ici, j' en ai la conviction, mais on a voulu me laisser en dehors de ça, et maintenant, on se retrouve coincés…

Zack laisse errer son regard sur la mer sans parvenir à chasser cet air anxieux de son visage. Pas besoin d' être un grand génie pour comprendre la situation, il doit bien sentir qu' on est dans une sacrée galère. Au moins, ce n' est pas la nourriture qui manque : les poissons ont l' air autrement meilleurs ici que ceux complètement rachitiques que nous parvenions à peine à attraper dans l' ancienne cachette de Seifer. C'est plutôt une bonne nouvelle si on songe qu' on risque d' avoir à passer un bon moment ici…

J' aime cet endroit, en fait. Le calme, la sérénité, la beauté qui règnent ici sont tout simplement merveilleux… dommage que tout soit tellement délabré et que l'île soit aussi isolée.

Pouvoir juste fermer les yeux et penser ; j' ai l' impression que ça fait une éternité que ça ne m' a plus été possible. Et je n' en ai jamais eu autant besoin que maintenant. Ça fait plus de deux semaines que notre vie a complètement changé. Seize nuits passées dehors, livrés à nous mêmes, perdus, entourés d' ennemis innombrables… et tout ce temps là, il n' y a vraiment eu qu' Etan et moi.

Etan.

Entre tout ce dont je me rappelle de ces dernières années avec lui, ce que j' ai appris depuis que nous avons quitté la BGU, et ce qui s' est passé la nuit dernière, je me demande comment il est possible d' avoir autant vécu avec quelqu' un sans vraiment le connaître. On a toujours été liés, par l' histoire même de nos familles, c' est indéniable. Et pourtant, ça a créé tellement de malentendus. Comment est-ce que j' ai pu être comme tous les gens, à ne pas être capable de faire la différence entre la réalité et les superstitions ridicules ? Et ces croyances en une quelconque ressemblance entre Etan et son père, comme si le passé pouvait se reproduire à cause de ce simple lien, alors que je sais pertinemment que c' est complètement ridicule ? comment est-ce que j' ai pu croire des choses pareilles, moi aussi ?

Le sable crisse. C' est Etan qui s' approche et s' assied à côté de moi, pendant que Zack, les pieds dans l' eau, cherche notre dîner. Toute à mes pensées, je ne m'étais pas rendue compte que la nuit était bien avancée.

- Ecoute… hier soir, dans la forêt… j' aurais pas dû te dire que… enfin, ce que je t' ai dit. Je suis désolé. J' ai pas dit ça pour… je voulais pas te mettre mal à l' aise ou que ça complique les choses… Je sais bien que ça a du te paraître complètement dingue, et je regrette de te l' avoir dit. J' ai tout gaché, je sais. Mais…

Il se gratte la tête, ne sachant plus comment continuer. Eva, dit quelque chosetrouve quelque chose

- Bon, on devrait peut-être aller aider Zack, dit Etan en se relevant précipitamment, mal à l' aise. Sinon on est pas près de…

- Attends, je fais presque malgré moi en le rattrapant par le bras pour l' obliger à rester.

- Moi, je peux te le dire, pourquoi il est parti, ton Zack, fit le garçon avec un sourire mauvais.

La petite fille leva ses yeux pleins de larmes vers lui. Elle était assise, seule, dans la cour des petits, et un plus grand s' était approchée d' elle pour lui faire face.

- Qu' est-ce que tu racontes ?

- C' est à cause du nouveau, le fils de Seifer Almasy, affirma le garçon en croisant les bras. T' as pas compris ? il arrive, et tout d' un coup, Zack et son papa et sa maman doivent partir. C' est à cause du fils du traître. Mon papa savait que ça arriverait, il avait dit qu' il y aurait plein de problèmes à cause de lui et voilà. Le fils du traître va tout faire pour se débarrasser de tout le monde ici, comme son papa.

- Tu dis n' importe quoi, cria la petite fille. Etan, il est pas…

- Et bientôt, il voudra prendre TA place.

- Quoi ?

- Il se débarrasse d' abord de Zack, continua le garçon avec une lenteur délibérée. C' était ton meilleur copain, non ? il était tout seul et hop, il prend sa place. Il n' a plus de parents ? Ben la prochaine fois, c' est TA place qu' il prendra. Regarde, tu le vois avec ton papa, là-bas ?

La gorge sèche, la petite tourna la tête vers le couloir au fond de la cour où on voyait de directeur de la BGU et le petit Etan marcher côte à côte et discuter.

- T' as vu ? Il a plus de papa alors il va prendre le tien. Et après, quand il fera comme son vrai papa : il essaiera de tuer le tien, puis tout le monde à la BGU. On le sait tous, mais ton papa veut écouter personne et un jour…

Perdue, la petite fille ne pouvait détacher ses yeux de son père et du petit garçon blond qui marchaient plus loin. Depuis quand son père ne l' avait-il plus emmenée se promener en la tenant ainsi par la main ? depuis qu' Etan était arrivé à la BGU, c' était vrai qu' il paraissait plus renfermé, plus distant et qu' il passait beaucoup de temps avec lui. Sa mère était nerveuse, et la petite s' apercevait bien que les conversations cessaient dès qu' elle arrivait. Mais ça ne pouvait tout même pas être vrai…

- Tu verras quand tes parents voudront plus de toi… avait perfidement conclu le garçon le garçon en s' éloignant.

Je me redresse en sursaut, avec l' impression de manquer d' air, comme si je sortais ma tête de l' eau. Blanc comme un linge, Etan me tient par le bras pour m' empêcher de tomber en avant tandis que je tente de retrouver mon souffle.

- Qu' est-ce qui s' est passé ?? qu' est-ce qui t' arrive ? Eva ??

Haletante, je porte la main à mon visage et je me rends compte que mes joues ruissellent de larmes.

- Eva ??

- Ca va, ça va, je souffle machinalement.

Au même moment, une vague de nausée me submerge et je dois m' éloigner.

- Tu en es sûre ? demande Etan en me rejoignant après que j' ai fini de cracher mes boyaux.

- Non…

- Qu' est-ce qui s' est passé ?

Il me prend le bras pour m' aider à me relever et nous retournons à la lumière.

- Je sais pas… j' ai eu… une espèce de flash.

- Une vision ?

- Non, pas une vision. Pourquoi est-ce que tu penses que ce serait ça ? faudrait que je sois une sorcière…

- J' en sais rien, tu me parles de flashs…

- Oui, un « flash », pas une « vision » !

Il me regarde l' air inquiet.

- Quand tu m' as attrapé le bras et que tu as sursauté, ça m' a fait penser à Kassandra quand elle a des visions, même si ce n' est pas aussi violent pour elle.

- Je te répète que…

- Ne t' énerve pas ! je te dis ce que j' ai vu, tu as réagi comme Kassandra… et puis, ta mère en était une, de sorcière ; en quoi est-ce que ce serait si extraordinaire qu' elle t' ait transmis une partie de ses pouvoirs ? Pour ce qu' on en sait… Eva, il y a les rêves que tu fais, tu ne peux pas nier que…

Deux larmes coulent à nouveau malgré moi et je sens mon sang se glacer. Mes rêves qui ressemblaient tellement à une réminiscence du passé… et ces impressions quand je touchais des objets à l' histoire particulière… Et s' il avait raison ?

- Mais ma mère n' a jamais eu aucune sorte de vision…

Etan hausse les épaules.

- Je t' explique juste que c' est une possibilité… C' est un truc dont je voulais te parler quand on était chez Harl et Maureen mais on avait été interrompus à ce moment. Le rêve que tu as fait ce jour là… ça s' apparentait pas mal à une prémonition, il me semble.

- C' est impossible… je proteste faiblement.

Etan jette un coup d' œil vers Zack qui ne s' est rendu compte de rien, concentré sur la cuisson des poissons.

- Qu' est-ce que tu as vu?

- J' ai fait… une sorte de rêve…

Ce n' était pas un rêve. C' était un souvenir, encore une fois, je le sais bien. Ni une hallucination, ni le fruit de mon imagination, ni un rêve. J' ai la conviction que ça s' est vraiment produit. Et c' est la réponse à mes questions. Voilà pourquoi je ne me rappelle pas la raison pour laquelle je le détestais. Parce que c' était une idée de petite fille manipulée. Cette fois les larmes me submergent.

- Ecoute, c'est pas grave si tu es une so… s' affole Etan.

- Je suis désolée… je hoquète.

- Quoi ? demande-t-il, perdu.

- Tout est-ce de ma faute… ça a toujours été ma faute.

- Mais qu' est-ce que tu racontes ? écoute, calme toi… Qu' est-ce que tu as vu ?

Réticente, je lui raconte mon « rêve ». A partir de là, les conclusions ne sont pas bien difficiles à tirer… C' est lui-même qui affirme depuis le début que ce sont des visions que j' ai, et qu' il faut les prendre au sérieux.

Il passe sa main dans mon dos pour me réconforter.

- Ecoute, c' est pas grave. C' est du passé, te mets pas dans un état pareil…

Le bruit a fini par attirer l' attention de Zack qui nous rejoint en courant.

- Qu' est-ce qui ne va pas ? Il s' est passé quelque chose ? demande-t-il, inquiet.

- Non, c' est rien… je fais en essayant de me calmer.

- C' est juste que… euh… un problème qu' on vient de régler. Ça va mieux maintenant.

Zack a l' air rassuré. Heureusement qu' il n' insiste pas, je me vois mal aborder mon nouvel état de sorcière devant qui que ce soit. Moi-même je ne me l' explique pas. Depuis que nous avons été obligés de quitter la BGU, j' ai eu plusieurs petites visions, mais ça n' avait rien à voir avec ce qui s' est passé tout à l' heure. Est-ce que ça pourrait dû au lien de cet endroit avec les sorcières ? ça aurait réveillé cette part de moi ?

Pour détendre l' atmosphère, les garçons discutent de tout et n' importe quoi et racontent des bêtises plus grosses qu' eux ; je finis même par rire et la nuit passe relativement agréablement. Aucun d' entre nous n' a la moindre envie de dormir. Outre le fait que nous risquons d' avoir à passer un bon moment ici où nous n' aurons rien de mieux à faire, Etan a l' air véritablement plus léger, et dans un sens, moi aussi. Nous savons enfin ce qui s' est passé. Même si c' était une raison stupide, même si ça n' arrange rien de la connaître. Même si ça me tue d' avoir compris que c' était ma faute, parce que, petite et perdue, je m' étais laissée entraîner par les autres à cause de mes peurs. Ça aurait rendu tellement de choses différentes si je n' avais pas été aussi stupide…

Tout à coup, un éclair fend le ciel, nous projetant en pleine lumière et nous aveuglant momentanément. Nous protégeant les yeux, nous essayons de repérer la source de lumière.

- L… le phare ! balbutie Zack en se tournant vers Etan et moi quand la lumière se déplace lentement. Je… je croyais qu' il ne fonctionnait pas ?

- C' était bien le cas, fait Etan, les sourcils froncés.

Nous nous relevons d' un bond et nous courons vers le phare. C' est bien de là que vient la lumière, il n' y a aucun doute.

- L' ampoule était cassée, et la seule manette qui aurait pu l' actionner n' a rien déclenché… c' est complètement dingue, fait Etan en se grattant la tête. Et il aurait fallu que quelqu' un l' actionne et il n' y a que nous.

- C' est peut-être automatisé et ça ne marche que de nuit ? suggère Zack.

- Il va faire jour dans moins d' une heure, ça n' a aucun sens, je réplique en regardant le ciel qui s' éclaircit légèrement. Même s' il était programmé – et encore en état d' assurer ce programme – il aurait été allumé toute la nuit, pas seulement alors qu' il est sur le point de faire jour.

Soudain, une grande sirène se fait entendre, nous figeant sur place.

- C' était quoi ? demande inutilement Zack, les yeux exorbités.

- Ca venait de là je crois, répond Etan en se tournant vers la mer.

Le soleil se lève dans notre dos et le paysage face à nous est d' un noir d' encre, mélangeant la mer et le ciel. Impossible de distinguer quoi que ce soit, tant que la lumière du phare n' arrive pas jusque là.

- Peut-être qu' on a… juste rêvé… hasarde Zack.

Non. Il y a quelque chose qui bouge devant. J' aperçois une sorte de miroitement qui disparaît de temps à autre et semble se déplacer.

- Dis pas de b… commence Etan en s' approchant de l' eau.

- Attendez, je vois quelque chose ! je crie.

Et, sans prévenir, la mer, qui se trouvait une seconde plus tôt à cinq mètres de nous vient nous battre les chevilles.

- Quelque chose approche… je réalise, glacée jusqu' à la moelle.

- On recule ! hurle Etan. VITE !

Au même moment, un rayon du phare vient éclairer de plein fouet la mer. La vision que nous avons alors nous cloue sur place.

Un bateau !

Un bateau gigantesque approche de la plage, juste en face de nous.

Ou plus précisément : droit sur nous.

Pétrifiée, je n' arrive pas à en détacher mes yeux alors qu' il continue d' avancer. Etan m' attrape le bras pour me traîner en arrière tandis que des vaisseaux traversent le ciel et lâchent des salves de lasers dans notre direction. Stupéfaite, je bute sur un rocher en marchant à reculons et Etan trébuche dans le sable, entraîné par ma chute. Les vaisseaux s' approchent. Les yeux fermés j' attends le choc mais le bouclier de Sheba apparaît au dessus de nos têtes, nous protégeant des tirs. Etan en profite pour m' aider à me relever et nous mettons à courir comme des dératés à la suite de Zack.

- On ne sera pas à l' abri là-dedans, crie Zack tandis que nous nous ruons vers le bâtiment.

- Je sais, répond Etan, mais on sera cachés au moins.

- Merde, mais c' est qui cette fois ?? je hurle pour couvrir les bruits de déflagrations provenant de la plage.

- Tu veux peut-être te proposer pour aller demander ?

Nous courons à en perdre haleine pour traverser l' orphelinat, et en le rattrapant, nous manquons de heurter de plein fouet Zack, figé face à l' autre coté de l' océan.

- C' est pas le moment d' admi…

Je reste bouche bée en apercevant ce qu' était en train de fixer Zack.

La BGU.

Ma main agrippe la manche d' Etan.

- Dis-moi que j' ai pas une hallucination, je murmure, n' osant pas y croire.

- Si c' est le cas, on est deux, répond-t-il d' une voix tout juste audible.

Ils sont là ! Ils nous ont trouvés !

- On est encerclés, marmonne Zack. On est fichus…

- Non, Zack, fantastique ! je ris, hystérique. C' est notre fac !

- Votre quoi ? demande Zack, ahuri. Ça, c'est une fac ?? Vous voulez dire… Ce vaisseau, là ?

Au même moment, un tir atterrit tout près et fait voler en éclat un des murs qui se trouvait à notre droite.

- On va remettre les explications à plus tard, si ça vous dérange pas, tousse Etan.

- Ca venait d' où ? demande Zack en chassant le nuage de poussière qui nous a envahi.

- On s' en fout ! je crois que c'est pas une si bonne idée que ça de rester cachés, finalement, dit Etan. Il faut qu' ils nous voient ; la BGU, je veux dire.

Nous courons sur la plage en direction de la fac en faisant de grands signes des bras et en hurlant.

Il n' y a pas la moindre chance pour qu' ils nous repèrent de là-haut.

Les vaisseaux continuent à passer en sifflant au dessus de nos têtes et se dirigent vers la BGU en la prenant pour cible ; en les observant plus attentivement, je me rends compte qu' ils portent les couleurs d' Esthar.

Evidemment. Zukerdint disait vrai : même si nous l' avons détruit lui, il n' est pas tout Esthar. On dirait qu' on a réussi à se retrouver en plein milieu d' une bataille entre la BGU et eux sans le faire exprès.

- Il faut quand même faire quelque chose, on peut pas rester là, dit Zack d' une voix angoissée. On sera coincés entre les deux pendant qu' ils vont se taper dessus s' ils ne se rendent pas compte qu' on est là.

Des grincements provenant de la plage que nous avons quittée nous parviennent. Nous courons faire le tour de la maison voir ce qui s' y passe. Le bateau est arrivé tout près de la plage et on dirait qu' il s' apprête à lâcher les soldats. C' est une bonne nouvelle. Au moins, on peut se défendre contre des ennemis qui se battent sur le plancher des vaches ; le problème, c' est les vaisseaux qui les accompagnent pour les couvrir.

Tout à coup Etan se raidit à côté de moi et se redresse d' un bond. Je dois le rattraper par sa veste pour l' empêcher de courir dans leur direction.

- Mais t' es dingue, qu' est-ce qu' il te prend ?? je hurle.

- Ma gunblade ! je l' ai oubliée, elle est restée sur la plage !

- Tu rigoles j' espère ?!

- Je dois y aller !

- Ce n' est qu' un bout de ferraille, Etan !! Revient sur terre, c' est du suicide ! Les soldats y sont probablement déjà !

- Je ne peux pas la laisser, c' était celle de mon père!

Celle de son père. Bien entendu. J' aurais du me douter d' un truc du genre. C' est pas vrai… Comme si on avait pas assez de problèmes !

Il est comme fou. Quoi que je dise, ça ne l' empêchera pas d' essayer d' aller chercher sa stupide gunblade, et il se fera tuer pour essayer de la reprendre. Je comprends mieux pourquoi il y tient autant, mais à quoi ça l' avancera s' il se fait réduire en charpie avant de l' avoir récupérée ? il n' a pas le moindre moyen de se défendre sans elle : pas de magie, un G-Force inutilisable, et des talents aux combat à mains nues magnifiquement inutiles face à une compagnie de soldats armés de blasters longue portée.

- Je vais y aller, je grogne.

- Non, pas question Eva, c' est mon

- Si tu y vas, je devrais te suivre pour te protéger, que tu le veuilles ou non ; alors si j' y vais toute seule, ça reviendra au même et tu resteras avec Zack.

- C' est trop dangereux, et si jamais ils…

- Et toi, tu comptais faire comment, au juste ?? je m' énerve. Tu la veux oui ou non, ton arme ?

- Il est hors de question que tu y ailles!

- C' est à prendre ou à laisser mon vieux, parce que je te garantis que tu n' iras pas non plus ! On peut aussi tous rester ici et laisser l' arme là où elle est !

- C' était celle de mon père, je peux pas, Eva, comprends-moi…

- Ah, mais je comprends parfaitement ! et je pense toujours que ça ne vaut pas le coup que tu te fasses réduire en bouillie pour ça. Alors maintenant j' y vais parce que plus je perds de temps à discuter de ça avec toi, plus les soldats ont le temps d' approcher.

- Eva…

- Pose tes fesses là et ferme-la ! Je hurle éxcédée. Moi, j' ai mon G-Force pour me défendre. Ils ne me verront même pas. De toute façon j' ai toujours été plus rapide que toi, je serai vite de retour.

Et avant qu' ils n' aient pu ajouter quoi que ce soit, je m' éclipse et cours en direction de la plage.

Y' avait bien longtemps que j' avais pas fait quelque chose d' aussi insensé…


note de l' auteur :

Je sais : tout ce temps là et même pas fichue de finir son histoire ! ça devait être le dernier chapitre, mais il m' a fallu me rendre à l' évidence : même en enlevant tout ce qui me paraissait le moins utile, il y avait toujours beaucoup trop de choses. Il y aura donc un chapitre XXI!

Comme vous avez pu le constater j' ai eu énormément de problèmes pour ce chapitre ; beaucoup de blabla ( et encore, j' en ai enlevé un paquet ! notamment une 2e petite scène avec les chocobos qui devaient réapparaître et les suivre jusqu' à l' orphelinat mais ça n' apportait rien de plus à l' histoire alors zouh, à la corbeille les chocobos) ; beaucoup de questionnements d' Eva, aussi, et pourtant là encore j' ai sacrément raccourci, mais surtout parce que je voulais pas que ça devienne trop mélo et que c' était bien parti pour ! l' horreur… au départ, j' avais prévu qu' Eva serait partie s' isoler pour réfléchir au « problème Etan » jusqu' à ce que celui-ci vienne la chercher ; mais au final, j' arrivais pas à lui faire avoir de réflexion claire et ça piétinait beaucoup trop alors j' ai modifié. J' ai tenté d' apporter une petite solution à la question qu' elle se posait, à savoir : pourquoi elle le détestait autant depuis toujours ; j' avais essayé de montrer plus ou moins ça depuis le début mais cette fois on en est sûrs ! en relisant, je trouve que c' est abordé de manière maladroite, mais j' espère que ça prendra plus son sens au chapitre suivant ( qui cette fois sera vraiment le dernier ! lol ).

Donc voilà, Eva est une sorcière ! Ha-haaaaaa… Forcément, les rêves que j' ai inclus de temps en temps, ils n' étaient pas là pour faire beau, c' étaient de vraies indications, pour commencer à montrer ce pouvoir qu' elle a ; Eva est jeune, ça se manifeste juste par les rêves ( en tout cas pour le moment, qui sait… héhé :p ) d' évènements passés. Voilà, je crois que c' est tout pour aujourd' hui ! Il me reste encore un bon bout à écrire pour le chapitre final, ça risque de pas mal bouger !

encore merci pour votre patience ( en même temps, si vous voulez la suite, on peut pas dire que vous ayez vraiment le choix, je sais… gomeeeeeen ) ; n' hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du chapitre !