Chapitre 20 Rapprochements
Tessa était passablement éméchée, comme à chaque fois qu'elle se retrouvait à passer la soirée avec ses amis. Elle savait pourtant qu'elle ne tenait pas l'alcool et que Melissa prenait un malin plaisir à laisser Kurz la saouler pour qu'elle réponde ensuite à leurs questions.
Mais elle s'était laissée faire. Sans doute que ça faisait partie du jeu. Et de toute façon, ils avaient tous trop bu. Même Milla ne savait plus ce qu'elle racontait. Elle expliquait à Kurz son dégoût des hommes et quand celui-ci lui demanda d'où elle tirait des idées pareilles, elle parla de Dim qui avait profité d'elle sans vergogne alors qu'il avait déjà quelqu'un dans sa vie. Puis elle enchaîna sur plusieurs autres membres du personnel de Mithril et elle fit plusieurs allusions à Alex qui complotait avec Dim dans son dos pour la mettre dans son lit.
Elle avait entendu des bribes de conversations entre les deux hommes à propos d'une fille russo-japonaise avec laquelle ils espéraient bien s'amuser. Et elle était la seule qui correspondait à cette description.
En entendant cela, Tessa retrouva partiellement ses esprits et voulut en savoir plus. Elle avait gagné face à Kaname dans sa relation avec Alex, ce n'était pas pour perdre ensuite contre Milla.
L'alcool calmait ses inhibitions, mais renforçait de beaucoup son coté compétitif. Elle décida donc d'aller enquêter sur le champ, et sans se soucier de l'heure, elle quitta l'appartement de son amie et descendit vers le bureau de l'agent des renseignements.
Quand elle arriva à l'étage voulu, elle se précipita sur la porte d'Alex et oublia de frapper. Curieusement, elle le trouva à sa place, en train de faire les cents pas devant la fenêtre. Il avait l'air passablement retourné et n'arrêtait pas de s'excuser.
Il fallut un instant à Tessa pour comprendre qu'il était au téléphone et malgré son esprit embrumé, elle comprit très bien qu'il parlait à une femme, dont il devait être très proche vu son ton plus que gentil et tendre et les surnoms idiots qu'il lui donnait à propos de colombe et de souris.
Elle voulut lui demander des explications, mais il s'arrêta net en la voyant.
Il était tellement pris par sa conversation qu'il ne l'avait pas entendue entrer et un instant, il perdit toutes ses couleurs. Il referma son portable sans un mot et, toisa la jeune femme en face de lui, il demanda froidement : « Vous êtes là depuis longtemps ? »
Tessa se redressa, n'aimant pas du tout l'air hautain qu'il affichait subitement et répondit d'une vois cassante : « Assez pour savoir que vous êtes un sacré menteur ! »
Alex sentit son cœur s'accélérer et tortilla nerveusement ses doigts autour de son téléphone. Qu'avait-elle entendu ? Et surtout, qu'avait-elle compris ? Il devait jouer fin pour savoir jusqu'où elle l'avait démasqué, mais il n'eut pas le temps de préparer une stratégie qu'elle s'emporta et partit dans une longue élucubration sur son comportement douteux, lui reprochant de manipuler les sentiments des autres et de se faire passer pour ce qu'il n'était pas. Bien sûr, en tant qu'agent infiltré, il devait avoir un penchant naturel pour la duplicité, mais de là à séduire plusieurs femmes à la fois, alors même qu'il avait déjà une relation ailleurs, c'était impardonnable.
Plus Tessa parlait, plus son discours ressemblait à une scène de jalousie plutôt qu'à une accusation d'espionnage.
Et Alex ne put que s'en amuser. Il n'avait pas imaginé une seconde qu'elle était du genre possessive.
Il se planta alors devant elle et la regarda droit dans les yeux. Depuis qu'il l'avait rencontrée, il s'était senti attiré par cette petite blonde. Seulement il n'était pas dans une position très facile pour tenter quoi que ce soit. Mais si maintenant elle venait jusqu'à lui, il n'allait pas laisser sa chance.
Tessa fut passablement troublée par leur proximité autant que par l'intensité qu'il y avait dans son regard. Quand il se pencha vers elle, elle réalisa qu'elle était sans défense et elle ne put retenir les battements anarchiques de son cœur qui s'emballait.
Il était si proche d'elle qu'elle sentait son souffle sur sa joue quand il se décida enfin à lui parler.
Juste au creux de son oreille, il murmura : « Et quel est le problème au juste, mademoiselle Testarossa ? »
Elle frissonna. Elle n'avait pas été si près d'un homme de cette façon depuis longtemps et curieusement celui-ci éveillait en elle des choses qu'elle aurait préféré oublier.
Avalant difficilement, elle tenta de retrouver ses esprits et de trouver une parade. Reculant un peu, elle essaya un de ses regards froids et accusateurs, mais cela eut pour seul effet de le faire sourire d'une manière encore plus séduisante.
Contrairement à ce qu'elle avait cru ces derniers temps, Alex n'était pas un gentil garçon travailleur et appliqué. Il était aussi un manipulateur brillant, doublé d'un caméléon insaisissable. Il avait tellement de facettes qu'elle n'arrivait plus à le cerner.
Mais il n'en devenait que plus attirant. Il avait d'un coup un charme mystérieux et obscure qui subjuguait la jeune femme. Plus elle reculait, plus il se rapprochait et bientôt, elle allait se retrouver coincée contre le mur, entièrement à sa merci. Une part d'elle était terrifiée, mais une autre, plus importante, était impatiente. Sa nervosité n'était pas tant liée à leur promiscuité qu'à son appréhension de ce qui allait forcément arriver.
Elle s'était suffisamment dévoilée avec sa scène de jalousie pour ne plus pouvoir refuser ce qu'il allait certainement lui demander.
Continuant son petit jeu Alex poursuivit ses questions, sa voix à peine audible au-dessus des battements de plus en plus forts de son cœur.
« Vous me reprochez de vous avoir caché une partie de ma vie, mais je n'ai pas souvenir que quoi que ce soit me concernant vous ait jamais intéressée… »
Elle ne savait pas quoi lui répondre. Effectivement, il avait très aimable avec elle, il l'avait aidée dans ses recherches, elle s'était ouverte sur ses problèmes et ses peurs, mais pas une fois elle ne lui avait posé la moindre question sur lui. Vaguement sur son travail, mais seulement dans le but d'obtenir des informations sur Wraith ou sur les autres agents des renseignements.
Tessa se voyait rougir et voulut se justifier, mais il ne lui en laissa pas le temps.
« J'ai été poli et courtois avec vous et je n'ai cherché qu'à simplifier vos démarches, mais si vous avez mal interprété mes attentions, je n'y suis pour rien. Toutefois, je ne peux que m'interroger sur ce que vous attendez de moi maintenant… »
Il enroula une mèche blonde autour de ses doigts et remonta pour lui caresser la joue.
Tessa retint son souffle quand elle sentit le mur derrière elle. Il ne la quittait pas des yeux, et elle n'arrivait pas à décrocher son regard de ses lèvres, si proches…
S'il ne l'embrassait pas rapidement, elle allait sûrement prendre les devants elle-même. Tout son corps tremblait de le sentir si près et elle n'avait aucune envie de réfléchir aux conséquences. Il jouait avec elle, c'était une évidence, mais pour l'instant, elle était plus que consentante pour être sa marionnette.
-oOo-
Kaname sentait son coeur battre à tout rompre. Elle avait attendu et espéré ce moment depuis des années, ne se rapprochant jamais d'un autre homme même si plusieurs avaient essayé de la séduire.
Elle avait été fidèle à sa promesse, mais aussi à son éducation. Seulement maintenant qu'elle se retrouvait dans cette situation, elle hésitait à évoquer son état.
Ce n'était pas honteux, mais elle n'arrivait plus à en être fière, comme elle le prétendait si souvent quand ses partenaires abordaient si délicatement la question.
Elle avait peur et ne savait comment aborder le sujet sans passer pour une idiote. C'était elle qui avait fait clairement le sous-entendu, alors elle devait assumer. En plus, elle ne pouvait nier qu'elle avait envie de lui.
Quand ils durent s'arrêter à un carrefour à cause du trafic, elle ne se retint pas, et s'enroulant dans ses bras, elle chercha à nouveau ses lèvres. Juste un baiser chaste, beaucoup moins intense que le dernier mais qui en promettait long sur la suite. Elle resta la tête au creux de son cou plus longtemps que nécessaire, savourant tranquillement leur intimité.
Puis ils se remirent en route en souriant.
Le reste du monde n'existait pas. Elle était avec lui, il voulait d'elle, il la serrait contre lui, tout était parfait.
Pourtant, la magie de l'instant fut rompue par la sonnerie de son téléphone.
En soupirant, elle sortit l'appareil de son sac et répondit. Son ton était plutôt froid, mais rapidement, elle s'adoucit et tenta de rassurer son interlocuteur.
Sosuke s'efforça de ne pas écouter ce qu'elle disait, mais comme elle parlait en anglais, il la comprenait parfaitement. Et il entendait qu'elle avait des problèmes.
Quand il jeta un oeil dans sa direction, elle lui sourit faiblement et continua sa conversation sans s'occuper de ce qu'il pouvait en retenir. Puis soudain, elle s'arrêta et regarda son appareil, surprise.
« Un problème ? »
Elle haussa les sourcils et répondit simplement : « Je sais pas. Il m'a raccroché au nez, ce crétin... »
« Je ne parlais pas de ça... Tu avais l'air ennuyée par ce qu'il te disait. »
Kaname le regarda longuement et baissa la tête, l'air coupable.
« Je ne veux pas me mêler de tes histoires, mais tu n'es pas très discrète. » Il lui souriait toujours et elle se détendit.
« De toute façon, tu en sais déjà bien plus que je ne l'aurai souhaité... Alors, à quoi bon continuer à me prendre la tête ? »
Elle avait un air ironique qui lui allait bien, mais Sosuke était sérieux. Il s'approcha d'elle et lui dit droit dans les yeux: « Si tu veux que notre relation fonctionne, il vaudrait mieux que tu n'es pas trop de secrets... Mais je respecterai ton silence. »
Kaname pouvait lire l'inquiétude dans son regard et elle se sentit rougir. Puis avec un sourire un coin, elle demanda :
« Notre relation ? Parce que toi et moi... »
Il devina ce qu'elle voulait entendre et même si elle s'éloignait du sujet qui l'intéressait, il était prêt à rentrer dans son jeu.
« Aussi incroyable que cela puisse te paraître, je n'avais uniquement comme projet de te mettre dans mon lit et de ne plus jamais te revoir après. J'aimerais t'aider, mais il faut que tu m'expliques, et que tu me fasses confiance. » Puis lui jetant un regard de biais, il ajouta : « Ca fait cinq ans que je pense à coucher avec toi, alors je peux attendre quelques jours de plus que tu aies réglé tes problèmes ! »
Elle rougit un peu, coupable de ne pas se livrer davantage et de lui interdire l'accès à toute une partie de sa vie, et elle murmura qu'elle avait confiance, puis d'un coup, elle réalisa ce qu'il venait de dire.
« Cinq ans ? Comment ça cinq ans ? »
Sosuke eut de mal à ne pas rire à sa réaction. Il n'avait pas conscience de l'aveu qu'il venait faire, puisque pour lui c'était une évidence. Mais Kaname n'avait jamais envisagé l'attirer de cette manière quand ils étaient au lycée.
Il repartit vers la Ying-Fa et haussa simplement les épaules, ce qui ne fit que stimuler un peu la curiosité de Kaname.
« Je ne vois en quoi c'est si surprenant. J'étais chargé de ta protection, mais j'étais aussi un adolescent... Et tu m'as parfois donné des insomnies ! »
Elle se plaça derrière lui, et, l'encerclant de ses bras, elle lui chuchota à l'oreille : « Et à cause de quoi, au juste ? »
Il se retourna, passa son bras autour de ses épaules pour la garder contre lui tout en marchant. Puis il se pencha sur son cou et murmura : « Un bikini blanc qui m'a fait faire des cauchemars pendant tout un été. »
Il devinait son sourire et continua sur le même ton : « Mais par rapport à celui auquel j'ai eu droit récemment, je reconnais qu'il était plutôt innocent. »
Elle voulut protester et lui rappeler qu'elle n'avait porté ce maillot de bain que dans un but professionnel, mais il retrouva tout de suite son sérieux et revint au sujet qui le préoccupait.
« Maintenant c'est à toi de décider. Tu peux me raconter ce qui te tracasse, sans forcément me donner les noms de ce qui t'accompagnent si tu crains de me mettre mal à l'aise par rapport à Mithril, ou tu peux continuer à t'emmêler dans tes plans jusqu'à ce que Tessa découvre toutes tes manigances et… Je ne sais pas ce qu'elle fera, mais j'ai dans l'idée qu'elle ne va pas apprécier de s'être fait doubler et berner de cette façon. Et je ne sais pas si on pourra continuer à se voir... »
Kaname se braqua et un instant, il regretta d'avoir été aussi direct. Ils étaient enfin arrivés à se parler normalement et entrevoir un début de quelque chose, il avait tout détruit en la brusquant.
Pourtant, elle ne s'échappa pas. Elle le tira simplement par la manche et pressa le pas.
« Je te préviens, ça va être long. Et la première chose que tu dois savoir, puisque tu t'intéresses tant que ça à ma vie, c'est qu'elle risque très bientôt d'être raccourcie, de façon drastique et définitive. »
Il la dévisagea avant de faire le tour des environs à la recherche d'un ennemi éventuel, mais ne remarqua rien de suspect. Les quelques passants qui étaient encore dans la rue étaient en majorité des hommes d'affaires qui finissaient leur journée de travail et qui étaient pressés de rentrer.
Il y avait quelques touristes et des badauds, mais personne dans son champ de vision n'était vraiment suspect.
Ils étaient dans une ville assez dangereuse et la police rodait en permanence, si bien qu'il était difficile de se promener avec une arme sans se faire arrêter. Lui-même était particulièrement vigilent dès qu'il quittait l'enceinte de la Ying-Fa.
Il était conscient que son statut de militaire le rendait coupable aux yeux des autorités. Il limitait donc son armement au minimum et se contentait de son Glock, bien caché dans le holster sous son bras gauche.
Juste comme il vérifia qu'il avait bien tout ce qu'il lui fallait pour se défendre en cas d'attaque, il vit passer une voiture de patrouille et il remarqua Kaname qui se tassait un peu plus contre lui.
Avant qu'il ne pose la moindre question, elle lui dit calmement : « Ma tête est mise à prix. Relativement cher. Et par beaucoup de monde. »
L'entraînant vers le bâtiment de Mithril, elle annonça non sans fierté : « Les Triades, la mafia Soviétique, quelques accords avec la milice locale, la police dans une certaine mesure et sûrement la moitié des tueurs à gages de l'Asie. Ils font de la surenchère, pour savoir qui réussira à m'abattre. Comme ils se détestent et qu'ils veulent tous ma peau et celle de Dove, ils se tuent même entre eux. C'est assez pitoyable. Mais je ne suis pas la plus à plaindre. »
Elle poursuivit son explication sur la situation de sa partenaire jusqu'à leur arrivée à la Ying-Fa et là, elle suivit Sosuke jusqu'à sa chambre. En réalité, il connaissait déjà l'histoire de Dove. Wraith leur avait dit qu'elle était une ancienne espionne aux services des Chinois et il avait bien compris, grâce aux erreurs des Mung que la jeune femme n'était pas une simple tueuse travaillant pour une famille puissante. Elle avait eu plusieurs mission avec les Triades, mais elle était en réalité un agent d'Amalgame qui s'était retourné contre ses employeurs. Et Kaname était certainement la raison de ce changement d'opinion, même si elle ne l'avouait pas.
Arrivée dans l'appartement du sergent-major, Kaname hésita. Elle avait commencé à lui parler, et elle était prête à continuer, seulement, elle avait aussi envie d'une soirée normale.
D'un autre coté, il était difficile de se jeter sur lui maintenant. Surtout qu'elle n'était pas vraiment sûre de ce qu'elle devait faire pour ce genre de chose. Elle soupira et se dirigea vers le lit.
Sosuke la regarda faire sans un mot, perplexe sur ce qu'elle avait en tête. Il la vit s'asseoir au bord du matelas et elle commencer à fouiller dans son sac à la recherche de son téléphone.
« Je sais pas pour où commencer... » Elle avait l'air épuisée d'un coup, et il réalisa qu'elle n'avait pas dormi depuis deux jours au minimum.
« Tu es sûre que ça va ? »
Elle fut surprise par sa question et réfléchit un instant avant de répondre.
« J'ai sommeil et j'avoue que ton lit est tentant... » Elle s'étira et ne résista pas son envie de s'allonger. Elle qui utilisait la séduction comme principale appât se retrouvait tétanisée face au garçon qu'elle aimait et incapable de faire le premier pas.
Sosuke s'installa à coté d'elle et murmura : « Tu peux y rester autant que tu veux... »
Elle eut un petit rire ironique et répliqua : « Je ne suis pas de très bonne compagnie la nuit... Surtout si tu as l'intention de dormir ! »
Comme il ne répondait pas sa provocation, elle soupira lourdement. « J'aurai dû me méfier. C'était trop beau pour être vrai. Alors qu'est-ce qui te tracasse ? »
Sosuke enroula son bras autour de sa taille et apprécia de la sentir contre lui. Il n'avait pas besoin de plus pour l'instant. Et il n'était pas sûr de vouloir réellement plus. Tant qu'il attendait, il avait l'impression qu'elle reviendrait.
« Pourquoi tu ne te reposes pas plus ? Tu te tues au travail, et ce n'est même pas pour toi... »
« Je fais de cauchemars. Je ne peux pas dormir seule... » Elle rougit à son propre aveu et continua : « Et pas la peine de t'imaginer quoi que ce soit, parce que c'est pas ça du tout ! »
« Je n'ai rien dit ! »
Elle fixa le mur en face d'elle pour éviter de le regarder et commença à expliquer pourquoi elle restait enfermée au laboratoire. Ce n'était qu'une fuite de ses problèmes. Elle se cachait à la Ying-Fa et par conséquent, elle se sentait redevable.
La question suivante fut assez logiquement sur ce qu'elle fuyait, et elle reprit son histoire sur tous ceux qui lui couraient après pour diverses raisons.
Il y avait ceux qui voulaient la tuer, ceux qui la protégeaient, ou encore les observateurs anonymes qui se contentaient de compter les points en attendant l'opportunité pour passer à l'action.
Sosuke l'interrogea sur ces mystérieuses personnes de l'ombre et bien sûr, il mentionna Amalgame, ce qui lui fit comprendre qu'il n'était vraiment au courant de rien. Elle se releva pour poser son téléphone un peu plus loin avant de reprendre.
« Brouillage des communications. La sécurité ici est tellement mauvaise que c'en est risible.»
Il se retint de mentionner son capitaine et ses angoisses. Ce n'était pas le sujet. Il aurait tout le temps d'en discuter avec ses supérieurs plus tard.
Kaname revint à coté de lui, mais cette fois, elle lui fit face pour lui raconter son départ de Sibérie. Comment elle s'était enfuie avec Dim avant de retourner à Nelkan quelques mois plus tard pour récupérer sa partenaire, restée prisonnière à sa place. Et comment les choses avaient dégénéré quand elle avait accidentellement détruit toute leur base.
C'était un mal pour un bien en fin de compte puisque les dirigeants de l'organisation avaient enfin pris conscience de sa puissance et accepté de la laisser libre.
Ou du moins, elle l'avait cru quelques mois. Jusqu'à ce qu'elle apprenne ce qu'ils n'avaient plus vraiment besoin d'elle.
A nouveau, Sosuke voulut des précisions, et elle lui parlait de l'arme qu'elle avait développée. Elle ne rentra pas dans les détails techniques, elle lui expliqua seulement qu'elle mit au point un système très dangereux, dont elle avait bien sûr verrouillé l'utilisation. Malheureusement, elle avait découvert récemment que l'équipe d'Oborov avait trouvé un moyen de casser sa protection.
Il essaya de comprendre de quoi elle lui parlait mais il sentit qu'elle n'était pas capable d'en dire plus. Il sut seulement que c'était en lien avec ce que le scientifique lui avait fait subir et que Leonard était aussi impliqué dans le projet. C'était la raison pour laquelle elle ne pouvait pas en parler. Tant qu'elle restait dans le flou où qu'elle racontait le fonctionnement de son travail, elle n'avait pas de difficulté à s'exprimer.
Mais quand elle abordait des thèmes plus personnels, les mots ne sortaient plus. Il évita d'insister et la laissa poursuivre sur ses projets.
Avant de pouvoir passer à l'action, elle avait besoin de préparer son matériel et d'organiser correctement son plan d'attaque. C'était pour cela qu'elle passait autant de temps dans les laboratoires. Elle utilisait les ressources de Mithril pour préparer sa mission et se servait des connaissances de Milla sur le Lambda Driver à son insu pour la faire plancher sur certains de ses projets.
Kaname ne parla pas du rôle exact de Dim, puisque Sosuke savait parfaitement qui il était et comment il intervenait pour l'aider. Elle ne détailla pas plus ce qu'elle allait faire exactement mais elle avoua être seule à partir sur le terrain.
« Pourtant, tu as encore des alliés ici qui pourraient t'aider. »
Kaname secoua la tête. Qu'il parle des autres personnes au sein même de Mithril avec lesquelles elle travaillait ou de lui, qui voulait s'impliquer dans sa vie, c'était la même chose. Elle devait le faire seule. C'était sa responsabilité et elle se devait d'assumer les conséquences de ses actes, même si elle n'avait jamais voulu en arriver là.
Sosuke essaya de la convaincre, lui rappelant qu'il n'avait plus aucun intérêt avec Mithril maintenant qu'il l'avait retrouvée, mais elle ne voulait rien savoir. Sa décision était irrévocable. Elle se sentit coupable encore une fois de le rejeter, mais elle savait que s'il découvrait ce qu'elle avait fait, il ne supporterait plus de la voir.
Si elle acceptait de l'emmener avec elle dans sa destruction des prototypes d'Oborov, Sosuke allait rapidement comprendre ce que le scientifique avait imaginé pour dépasser ses protections, et comment elle avait été utilisée. Et surtout, il ne pourrait pas lui pardonner les conséquences des manipulations des chercheurs. Il détestait Leonard, bien plus qu'elle, alors il n'y avait aucune chance qu'il accepte le lien qui avait été créé de force entre eux. Elle avait assez de mal à l'accepter elle-même, mais elle ne supporterait pas que d'autres soient au courant. Lui encore moins de n'importe qui.
Sentant la tension qui montait entre eux, elle se libéra de ses bras et se releva.
« Je ferai mieux d'y aller, je crois. »
Elle ne le regardait pas et se contenta de ranger son téléphone et de remettre ses chaussures laissées à l'entrée. Elle se sentait vidée et déçue. Elle était si bien avec lui qu'elle aurait voulu oublier le reste. Seulement il avait le droit de savoir. Il avait raison, elle ne pouvait espérer avoir une vraie relation avec lui sans lui parler un peu de ce qui la préoccupait. Mais si elle se dévoilait, elle le perdait aussi. Il n'y avait pas de solution.
Sosuke hésita. Il n'aimait pas cette façon qu'elle avait de le tenir constamment à distance. Une part de lui savait qu'elle ne lui disait pas tout et pas uniquement parce que c'était douloureux. Elle s'était beaucoup confié, mais le plus gros, le fond du problème, elle n'avait pas été capable de l'avouer, comme si elle avait honte ou qu'elle ne le croyait pas capable d'apprendre la vérité.
D'un autre coté, il s'était juré de respecter son silence et de lui accorder du temps. Il devait donc être patient et ne pas aller trop vite simplement parce qu'il voulait la garder pour lui.
Avant qu'elle ne sorte, il lui attrapa le bras et murmura : « Ne me laisse pas encore une fois. »
Kaname fut déroutée par son geste et ne sut comment y réagir. Elle n'avait aucune envie de partir, elle ne le faisait que pour éviter d'être rejettée. Elle était consciente qu'elle lui demandait énornément et fut ravie de voir qu'il acceptait sa réserve sans condition. Le seul problème qui lui restait était le même qu'au départ, elle ne savait comment réagir à une intimité réelle avec lui.
Comme elle semblait hésiter il lui rappela qu'elle ne pouvait se promener seule et insistant sur sa fatigue, il n'eut pas trop mal à la convaincre de rester avec lui pour la nuit. Pour dormir.
Alors là, vous devez vous dire que c'était bien la peine d'attendre aussi longtemps pour avoir ce chapitre et se retrouver à la fin au même point qu'au chapitre précédent. En fait, c'est pas du tout ça qui devait se passer dans ce chapitre. Mais je me suis rendue compte qu'on était déjà au chapitre 20 et que j'avais pas avancé des masses mon intrigue. D'où l'idée de faire parler un peu la demoiselle... Et pis aussi, je vous rappelle que cette histoire est un drame, et que non, ils vont pas coucher ensemble avant un moment, même si à la fin ils finiront surement ensemble.
Et si la fin du chapitre est pourrite, s'pas ma faute, j'avais tout bien réécrit, mais un abruti a joué à "loto prise electrique" là où était branché mon PC... Et forcément, j'ai gagné... Et donc perdu la moitié non sauvegardée de mon chapitre. Et après, je savais pu trop ce que j'avais écrit et j'avais la flemme de re-réfléchir. Pardon.
