Chapitre 24 Duty first

Sosuke s'installa dans la baignoire, savourant l'eau tiède qui immédiatement l'aida à se calmer. La journée avait riche en émotions et il était bien content de pouvoir enfin se détendre.

Il s'assit confortablement, étendant ses jambes et s'immergeant jusqu'aux épaules. Seuls son cou et sa tête restaient au sec, sa nuque reposant tranquillement sur le rebord de la baignoire. Il ferma les yeux et se laissa bercer par les mouvements de l'eau autour de lui.

Il sentit Kaname venir se blottir contre lui, et il retint son souffle quand son dos se plaqua sur son ventre et que sa peau entra en contact avec la sienne.

Il savait bien ce que cela impliquait quand il avait accepté de la suivre, mais il ne pouvait empêcher sa nervosité de lui dévorer les entrailles maintenant qu'il était si près d'elle.

Ce n'était pas sa propre nudité qui lui posait problème, il avait l'habitude des douches collectives et de partager sa chambre depuis des années donc il n'était pas particulièrement timide à ce niveau là. Il était plutôt gêné par son corps à elle.

Comme si la voir ainsi brisait les derniers tabous qui auraient pu exister entre eux.

Ce n'était pas comme de la surprendre à la sortie de la douche sur son balcon parce qu'il avait cru voir une attaque ennemie, ou de la tenir dans ses bras toute une nuit à cause de ses cauchemars. Non, c'était une vraie intimité, du genre qu'on ne partage qu'avec quelqu'un en qui on a totalement confiance, quelqu'un qu'on aime.

Au fond de lui, il savait ce qu'elle éprouvait, mais c'était tout de même surprenant de la voir ainsi avec lui. Comme si en quelques heures toutes les barrières qu'elle avait mises entre eux s'étaient soudainement évaporées.

Elle était sans défense, à sa merci, offerte.

Cette idée était à la fois terrifiante et enivrante et il préféra ne pas trop y penser pour l'instant. Il était bien avec elle dans ses bras et visiblement, il n'était pas le seul.

Kaname se pelotonna contre lui et posant la tête sur son épaule, il la regarda fermer les yeux et soupirer en souriant.

Elle était satisfaite de cette situation, il n'allait pas tout gâcher par sa timidité déplacée ou ses fantasmes douteux.

C'était seulement un bain, elle n'avait rien demandé de plus. Et quand bien même elle attendrait de lui autre chose, il était parfaitement disposé à le lui donner. Seulement il ne voulait pas être celui qui prenait la décision de commencer. C'était elle qui dirigeait leur histoire depuis le début et il n'avait pas l'intention de changer cela.

Quand elle était revenue de son 'entretien' avec le client, elle avait repris tout naturellement où ils en étaient avant leur interruption et elle l'avait entraîné dans la salle de bain comme prévu. Il avait été un peu surpris de voir la facilité avec laquelle elle avait justifié la taille de sa baignoire mais il n'en avait rien montré.

« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, on est dans un bordel. Ca fait partie des accessoires de base. » Elle avait dit cela avec une voix blasée, et il avait choisi de continuer sur le même ton.

« C'est possible, mais figure-toi que je ne suis pas un expert en la matière... »

Elle lui avait souri avant de commencer à faire couler l'eau puis elle s'était déshabiller en lui tournant le dos.

« Si tu le dis. »

Il n'avait pas pu voir son visage, mais il devinait son air moqueur. Pas une fois elle ne s'était retourné vers lui et elle avait attendu, les genoux repliés sur la poitrine qu'il la rejoigne dans l'eau, comme si elle aussi appréhendait un peu cette intimité entre eux.

Elle n'avait pourtant pas eu d'état d'âme à lui parler de son choix d'habitat pendant qu'elle retirait ses vêtements, racontant d'un ton léger qu'elle servait plus ou moins de tenancière dans un établissement très réputé qui avait pour principe de toujours respecter les filles, avec une limite d'âge et des mesures d'hygiènes très strictes.

Elle semblait assez fière de son travail ici. Elle réglait les conflits quand un client avait des exigences un peu trop contraignantes ou refusait de se soumettre aux règles de base de l'hôtel.

C'était d'ailleurs à cause d'un abruti de touriste qu'elle avait dû s'absenter parce qu'il avait voulu profiter d'une des filles de façon déplacée. Elle ne rentra pas dans les détails de ce qu'il avait pu demander et Sosuke ne posa pas de question, préférant ne pas trop savoir ce qu'il se passait dans les autres pièces.

Il s'était senti un peu mal à l'aise et n'avait pas su quoi lui dire une fois qu'elle eut terminé son laïus sur sa vie à Hong Kong. Mais ce n'était rien à coté de ce qu'il avait éprouvé à la voir nue en face de lui, en train de s'installer dans la baignoire, attendant qu'il la rejoigne.

Kaname avait continué de parler, pour meubler le silence et surtout évacuer son stress. Elle était terrorisée de se retrouver ainsi exposée et en même temps, elle voulait partager ce moment avec lui.

Elle avait évité de le regarder pendant qu'il se déshabillait, sachant que ses joues trahiraient son émotion. Une fois encore elle s'était mise toute seule dans une position délicate mais elle refusait d'admettre qu'elle avait peur. La seule chose qui permettait de deviner son appréhension était son soudain silence au moment où Sosuke avait laissé son pantalon tomber au sol. Le claquement de sa boucle de ceinture sur le carrelage avait eu raison de son verbiage et elle n'avait plus rien trouvé à raconter. Sa voix elle-même aurait révélé toutes ses contradictions.

Alors elle avait attendu, recroquevillée sur elle-même, qu'il soit dans l'eau avec elle pour se détendre et oublier ses craintes puériles.

Sa tête se posa naturellement au creux de son épaule et elle se pelotonna contre lui avec un sourire béat.

Sosuke écarta une mèche de cheveux du front de Kaname et embrassa sa tempe. Elle lui sourit et entrecroisa ses doigts avec les siens sur son ventre.

Ils étaient enlacés l'un contre l'autre, n'osant pas vraiment bouger, de peur d'avoir un geste déplacé. Il appréhendait un peu ce qu'il pourrait voir si jamais il esquissait un mouvement et surtout il évitait de stimuler son imagination.

Il avait envie d'elle et malgré l'application qu'il mettait à contrôler ses instincts et maîtriser ses pulsions, l'idée de la posséder corps et âme faisait son chemin dans sa tête et dans ses veines.

Seule sa peur de tout gâcher le retenait de tenter quoi que ce soit.

Il ne résista pas longtemps à son besoin de la regarder et encore une fois, il fut partager entre la satisfaction de ce qu'il avait sous les yeux, la peur de ce qu'il risquait de découvrir et la déception de pas en avoir assez.

Ses cheveux lui collaient à la peau, couvrant une partie de ses épaules jusqu'à ses hanches. Ils offraient une merveilleuse protection contre sa nudité et lui évitait d'être trop tenté. Pourtant, c'était trop révélateur pour empêcher son esprit de rêver et trop pudique pour lui donner la confiance qui lui manquait.

Finalement, il choisit de lui demander son avis et brisa le silence.

« Tu ne crois pas qu'on va un peu vite ? » La question le taraudait depuis le début, aussi ridicule qu'elle puisse paraître. Il s'attendait bien sûr à la voir rire, ou au moins lui faire une remarque sarcastique, mais à la place, elle eut un sourire rassurant avant de s'appuyer un peu plus contre lui.

« C'est possible… »

Elle gardait les yeux fermés et Sosuke sentit que ce n'était pas uniquement pour profiter du bain. Elle évitait ainsi son regard comme si elle avait quelque chose à lui cacher.

Puis soudain, elle planta ses prunelles chocolat dans ses iris d'acier et avec un sourire en coin elle rétorqua : « D'un autre coté, depuis cinq ans que je rêve de me retrouver dans tes bras, je ne sais pas si on peut vraiment parler de précipitation… »

C'était exactement ce qu'il avait imaginé comme réponse et il ne put que lui sourire pour approuver. Ca ne résolvait en rien ses problèmes, mais au moins, il savait qu'elle était dans le même état d'esprit que lui.

Il la sentit se retourner et cette fois, elle se retrouva sur le ventre et il l'avait complètement plaquée contre lui, ses seins frottant dangereusement sur son estomac. Difficile de rester de marbre face à une telle provocation, mais comme elle posa simplement son menton sur son torse, il évita de trop réfléchir et se focalisa uniquement sur ce qu'elle lui disait.

« Si les choses avaient différentes et s'il n'avait pas été chez moi ce soir-là, qu'est-ce qui ce serait passé ? Jusqu'où tu aurais été prêt à aller ? »

Il s'était posé la question plus de fois qu'il ne pouvait compter. Cette soirée, après les élections du nouveau conseil des étudiants. Leur dernier trajet ensemble, alors que tout allait bien. Quand il imaginait avoir trouvé la paix et l'équilibre de vie dont il avait besoin.

Il lui fallut rassembler tout son courage pour lui demander de lui donner la main. Et il avait été terrifié à l'idée de la laisser une fois au pied de son immeuble. Mais elle lui avait proposé de monter, de lui suivre. Et pas une seconde il ne l'avait lâchée. C'était ridicule de s'accrocher à elle de cette façon et pourtant, il n'avait pas pu desserrer ses doigts. Une fois qu'il l'avait touchée, il s'était senti attaché, comme si sa vie ne tenait qu'à cette main qu'il serrait.

Et si Leonard n'avait pas été chez elle à ce moment-là, comment la situation aurait-elle évolué ? Aurait-il eu la force de tenter autre chose, de l'embrasser, ou simplement la prendre dans ses bras pour l'avoir contre lui ?

La réponse était simple, évidente même. Il détestait se l'avouer et il détestait encore lui avouer à elle, mais depuis le temps qu'elle le connaissait elle ne serait pas surprise. Et ainsi, elle serait prévenue pour la suite.

« Tu sais, quand je suis avec toi, je n'ai peur de rien. » Il lui sourit et devant son regard pétillant, il baissa les yeux, sentant sa nuque commencer à chauffer.

« Seulement l'initiative n'est pas ma matière forte face à toi. J'ai toujours peur de ne pas m'y prendre comme je devrais, alors je préfère te laisser faire… »

Une lueur de déception passa dans ses yeux, si tôt remplacée par une de défi. Elle était toujours combattive et déterminée et ce n'était pas son manque d'expérience qui allait l'arrêter. Quand elle s'était retrouvé au front avec lui, à Khanka, elle avait été celle qui avait permis leur évasion, alors qu'il était bien plus habitué qu'elle à ces circonstances. Alors si elle avait réussi à le guider dans un milieu qu'elle découvrait et où elle ne connaissait rien, elle devrait bien réussir cette fois encore, puisqu'elle avait au moins des notions théoriques du sujet. Mais ce n'était pas une raison pour lui faciliter la tâche.

« Tu veux dire que tu attends gentiment que je te saute dessus ? » Son sourire promettait beaucoup, et vu la position dans la laquelle elle se trouvait, elle n'aurait pas beaucoup d'effort à faire pour obtenir ce qu'elle attendait. Mais il n'avait pas l'intention de se laisser avoir si facilement. Il enroula ses bras autour de sa taille, prévenant toute possibilité de mouvement et il lui répondit : « Non, je dis jusqu'à l'époque, je n'aurai pas été capable de beaucoup de choses parce que je n'avais aucune idée de ce que je pouvais espérer comme réaction et je ne voulais pas que tu me détestes pour avoir eu un geste déplacé. »

Puis resserrant son étreinte, il frôla sa tempe du bout des lèvres et murmura : « Mais maintenant, je sais, donc je peux réfléchir à la meilleure stratégie. »

Il embrassa doucement son front et lui sourit avant d'ajouter : « D'un autre côté, si ma méthode ne te plait pas, je suis ouvert à toutes les propositions… »

Kaname pencha un peu la tête et lui offrit un sourire amusé avant de l'embrasser. Ce n'était pas un baiser intrusif ou affamé, impliquant toute une suite élaborée, mais plutôt une marque d'affection rassurante.

Elle voulut s'installer plus confortablement sur lui, mais pour cela, elle dut prendre appui sur son bras, et elle ne put retenir un sursaut suite à la violente douleur qui pulsa dans son poignet et son épaule.

Immédiatement, Sosuke s'inquiéta et il se redressa pour observer ses blessures. Il attrapa délicatement sa main et palpa l'articulation avant de remonter pour faire bouger doucement son coude tout en appuyant sous sa clavicule.

Les mouvements étaient souples et fluides et il fut assez surpris de la facilité avec laquelle elle pouvait se mouvoir après seulement quelques heures de repos. Les tentons et les ligaments devaient être particulièrement entrainés pour se remettre si vite. Il concentra alors son attention sur les cicatrices qui marquaient tout l'avant de son bras, et il remarqua qu'elles n'étaient pas aussi nettes qu'elles auraient dû.

Quelque chose ne collait pas. Normalement, les soviétiques ne s'en prenaient pas au bras droit, surtout si leur prisonnier devait travailler, ou écrire. Pourtant, les signes de mauvais traitements étaient évidents. Son épaule avait souvent été luxée ce qui expliquait la facilité avec laquelle Kaname avait pu la remettre et bouger. Mais les autres cicatrices révélaient plutôt de vilaines fractures, comme après une chute. Ou plutôt des chutes. Ce n'était pas les méthodes traditionnelles utilisées lors des interrogatoires ou les articulations étaient brisées proprement.

Sentant son regard insistant, Kaname s'assit sur ses talons et baissa la tête. Elle avait l'impression d'être bien plus nue maintenant qu'il contemplait son bras que quelques minutes plutôt alors qu'il pouvait voir tout le reste.

Elle se mordilla la lèvre quand il chercha ses yeux, attendant une explication. Il était parfaitement clair pour tous les deux qu'il ne lui demanderait pas ce qu'il s'était passé même les questions lui brulaient les lèvres.

Kaname hésitait. Elle savait ce qu'elle devait faire. Ce n'était pas si difficile de parler. En plus, c'était le seul moyen de se sortir de cette situation. Elle n'avait pas le droit pour l'instant de se complaire dans une relation avec lui. Elle avait utilisé Mithril pour finir ce qu'elle avait commencé des mois plus tôt et elle n'allait pas tout laisser en plan simplement pour rester tranquille avec Sosuke à se prélasser dans une baignoire ou dans un lit. Elle n'en avait pas le droit aussi tentant que cela puisse être.

Soupirant, elle finit par se redresser et il eut juste le temps de voir une curieuse cicatrice sur le bas de son ventre qu'elle le tirait hors de l'eau.

« On sera mieux au sec pour discuter. » Et sans un mot de plus, elle s'enroula dans une serviette et lui tendit un peignoir avant de quitter la pièce. Elle n'avait même pas pris la peine de le regarder pour lui parler. Ou plutôt, elle avait soigneusement éviter de le regarder.

Si jamais elle le voyait ainsi, elle risquait de perdre sa volonté et elle ne pouvait se le permettre. Pas après tout ce qu'elle avait enduré pour en arriver là.

Sosuke ramassa ses vêtements et voulut se rhabiller mais il entendit Kaname lui indiquer qu'il pouvait se servir dans l'autre chambre pour avoir des affaires propres. Dimitri et lui faisaient pratiquement la même taille d'après elle, et effectivement, il n'eut aucun mal à trouver son bonheur.

Quand il arriva dans le salon, Kaname était debout derrière le comptoir en train de préparer du thé et elle s'arrêta net en le voyant.

Définitivement, il était une distraction. Il avait enfilé un simple polo gris et un pantalon de toile beige qui lui tombait un peu sur les hanches, mais avec sa peau bronzée et ses cheveux en bataille, il était absolument irrésistible.

Kaname lui sourit avant de concentrer son attention sur la bouilloire. Elle ne devait plus se laisser déconcentrée, il n'allait pas rester avec elle de toute façon.

Sosuke remarqua son trouble et il ne sut comment l'interprêter. Il s'approcha d'elle et alors qu'elle remplissait la théière, il enroula ses bras autour de sa taille et posa son menton sur son épaule gauche. Ses cheveux étaient relevés en queue de cheval et comme elle portait un t-shirt un peu court, il était directement en contact avec sa peau, aussi bien au niveau de sa nuque que sur son ventre, ce qui la fit frissonner.

« Tu n'es pas obligée d'en parler si c'est un sujet sensible. Tout ce qui compte pour moi, c'est que tu ailles bien... »

Il vit ses mains tremblées et il sentit sa respiration devenir laborieuse. Elle était visiblement dérangée par quelque chose, mais elle ne cherchait pas à le repousser, ce qui était plutôt bon signe. Il décida de la retourner tout en la gardant prisonnière contre lui et une fois encore, il chercha ses yeux, qu'elle s'appliquait à garder baissés. Il devina son émotion et d'une voix concernée, il murmura : « Chidori ? »

Kaname leva immédiatement la tête vers lui, surprise de l'entendre l'appeler ainsi. Curieusement, elle était apaisée par la simple utilisation de son nom. C'était comme si toutes ces années n'avaient été qu'un mauvais rêve et qu'elle se réveillait enfin. Elle était dans la cuisine à préparer du thé, et peut-être le diner pour Sosuke et il n'y avait rien d'autre d'important.

Il la tenait contre lui, comme s'ils étaient un vrai couple tout ce qu'il y avait de plus normal. Cette idée lui plaisait.

« Je croyais qu'on avait dépassé le stade des formalités. » remarqua-t-elle avec un sourire en coin. Sosuke lui rendit son sourire, satisfait de la voir redevenir elle-même.

« Et comment suis-je supposé t'appeler ? » Il réfléchit un instant et avec un air moqueur il proposa : « Angel ? »

« Avec plaisir, Honey... » repondit-elle en accrochant ses bras autour de son cou avant de l'embrasser.

Dès qu'elle quitta ses lèvres, il demanda : « Et plus sérieusement ? »

Kaname se décrocha de lui et haussa les épaules. « Fais comme tu veux. Du moment que tu m'épargnes les surnoms ridicules... Au choix, j'ai droit à Ka-chan, principalement de la part de ceux qui travaillent avec moi, ma famille c'est plutôt Kana, mes amis Kana-chan ou Kaname... en fait, Chidori t'es réservé. Donc ça me va... » Puis elle finit par ajouter d'un ton plus sérieux : « Le seul problème c'est que tu ne dois pas l'utiliser en public. Je tiens à protéger ma soeur. Il ne faut pas que qui que ce soit puisse faire le lien entre elle et moi. »

Sosuke acquiesça en silence. Il aimait bien l'idée d'être le seul à utiliser son nom. Comme s'il était le seul à savoir qui elle était vraiment. Il la regarda finir de préparer le thé et il fut surpris quand elle ouvrit un placard à la recherche d'une boite de biscuits de constater que sa cuisine était remplie de plats tout prêt. Il y avait des ramens déshydratés, de la soupe en paques, des conserves en tout genre et même de la viande séchée. Un peu comme ce qu'il avait chez lui à Tokyo et qui la désespérait tant. Devinant ce qu'il pensait, elle lui dit simplement qu'elle n'avait pas été chez elle pendant plusieurs semaines, donc qu'elle ne pouvait se permettre d'avoir des produits périssables. Et qu'après ce qu'elle avait dû avaler pendant sa captivité, elle avait appris à être moins difficile.

Une fois encore, son visage se voila légèrement et il sentit qu'elle était perturbée. Il voulut lui rappeler qu'elle n'avait pas à se confier si elle n'en avait pas la force, mais d'un signe de la main, elle l'arrêta. Sa décision était prise et elle ne reviendrait pas dessus.

Kaname mit le thé, les tasses et les biscuits sur un plateau et elle s'installa sur le canapé, face à la fenêtre du salon, profitant de sa vue sur la baie. Elle ne pouvait voir le couché de soleil puisque la mer était à l'est, mais elle avait tout de même un spectacle magnifique avec le ciel nocturne qui commençait à arriver en face d'elle.

Sosuke s'assit à coté d'elle et remarqua qu'elle privilégiait toujours sa main gauche pour faire le service. Déjà à la cuisine il avait noté ce détaille, mais c'était encore plus frappant maintenant qu'elle lui remplissait sa tasse.

« Tu devrais peut-être bander ton poignet si ça te gêne. »

Il lui prit la théière des mains pour l'aider et Kaname s'installa confortablement au fond du canapé, les jambes repliées sur le coté. Elle attrapa sa tasse, toujours de la main gauche et avant qu'il ne puisse reformuler son conseil, elle commença son explication.

« Je ne suis pas très à l'aise avec ma main droite, mais ça ne date pas d'aujourd'hui. » Elle fit une pause, vérifiant qu'elle avait toute son attention et se lança dans un récit détaillé de comment elle s'était elle-même cassé le bras à plusieurs reprises, pour se rendre inutile. Elle avait tout d'abord déboité son épaule en se cognant contre le mur, puis quand ça n'avait plus été possible parce qu'ils l'attachaient, elle s'était attaqué au poignet, en forçant sur ses liens, et elle s'était fracturée le radius volontairement en ce coinçant le bras tant un étau. Elle ne détailla pas plus comment elle en était arrivée là, se contenta de parler du problème physiologique.

Cette dernière blessure avait été particulièrement sévère, et mal soignée, si bien qu'elle avait perdu en dextérité. Elle controlait plutôt bien ses mouvements, mais certains gestes des doigts n'étaient pas toujours aussi précis qu'ils auraient dû. Pour cette raison, elle avait tendance à utiliser sa main gauche pour les taches quotidiennes.

Sosuke ne fut qu'à moitié surpris par ses révélations. Il la connaissait assez pour savor qu'elle était effectivement capable de se faire du tort si elle pensait que cela pouvait servir aux autres. Et dans le cas de sa détention, il était clair que le simple fait qu'elle soit en vie était pour elle un danger. Elle était une menace pour l'humanité à cause du savoir qu'elle possédait. C'était très clairement ce qui ressortait de son discours et il finit par s'interroger sur ses intentions réelles.

Kaname le rassura tout de suite, elle n'avait pas comme projet de mettre fin à ses jours. Elle avait trop de choses à réparer pour se permettre de disparaître. Cette réponse n'était qu'à moitié satisfaisante, mais il sut s'en contenter quand elle vint se blottir contre lui. Elle ne voulait surtout pas l'inquiéter inutilement.

Dès qu'elle aurait fini sa mission, elle comptait bien profiter de la vie. Elle avait même quelques projets pour après. Même si elle était relativement convaincue qu'elle ne survivrait pas face à la volonté de certains de ses adversaires de la voir morte, elle s'était prise parfois à imaginer sa vie dans d'autres circonstances et Sosuke était bien le seul qui méritait de rentrer dans la confidence.

Il l'écouta attentivement parler de ce qu'elle rêvait de faire et découvrit qu'elle espérait continuer dans la même voie que celle qu'elle avait ici à Hong Kong, avec une auberge traditionnelle, mais sans le coté exotique de cet hotel. Elle se voyait bien tenir une petite pension dans les îles du sud, près d'une source chaude.

Tout en racontant ses idées, elle emmêlait ses doigts avec ceux de Sosuke et elle oubliait ses résolutions. Elle était prise dans son illusion de vie normale et il ne faisait rien pour l'en sortir. Il était bien trop séduit par le tableau qu'elle lui présentait. Une vie paisible, avec elle, dans une petite ville tropicale, sans s'occuper du reste du monde, seulement du bien être des touristes. Il lui fit quelques propositions pour l'organisation générale de l'auberge, en prenant comme modèle celle où ils étaient allés des années plus tôt avec leurs camarades de classe et Tessa.

Les souvenirs ressurgirent et ils partagèrent leurs impressions sur ce voyage particulier. Ils discutèrent longuement, sans se soucier de l'heure qui avançait.

Tout aurait été parfait s'ils n'avaient pas été dérangés par le portable de Sosuke qui se mit à vibrer, les rappelant à la réalité. Ils comprirent tous les deux de quoi ou plutôt de qui il s'agissait, et leur réaction fut assez différente. Alors que Sosuke choisit d'ignorer l'appel, Kaname semblait attendre qu'il réponde.

Certes, ils étaient bien tous les deux, ensemble, à parler du bon vieux temps et d'un avenir impropable, mais elle savait bien que ce n'était pas possible de continuer de cette manière. Elle sentit un poids glacé se poser dans son ventre à l'idée de lui avouer la suite quand le silence revint subitement alors qu'il n'avait pas décroché. Comme s'il devinait son dilemme interne, Sosuke lui annonça simplement : « Je n'ai pas l'intention d'y retourner. Je te l'ai dit, je n'ai aucun intérêt avec Mithril maintenant que je t'ai retrouvée. »

Kaname parut réfléchir à ses paroles, et surtout chercher un argument à lui opposer, mais elle ne dit rien.

« Tu ne veux pas que je reste ici ? »finit-il par lui demander comme le doute envahissait son esprit.

En guise de réponse, elle enroula ses bras autour de son ventre et se serra un peu plus contre lui. Il fut plutôt rassuré par son geste et recommença à se détendre jusqu'à ce qu'elle se décide à parler.

« Je pense partir dans deux jours. »

Puis toujours pelotonnée contre lui, elle lui expliqua ses raisons. Même sans le problème avec Alex, elle avait prévu de quitter Mithril sous peu. Elle avait encore plusieurs affaires à régler et n'avait pas de temps à perdre maintenant qu'elle était privée des ressources de l'organisation et que ses autres soutiens extérieurs se rarifiaient.

Sosuke lui proposa son aide, lui rappelant qu'il avait une bonne expérience du terrain. Avant d'être un pilote d'AS, il était spécialisé dans le sabotage et la destruction de matériel militaire. Cet aveu fit sourire la jeune femme, à qui il n'était pas nécessaire de rappeler ses talents. Elle avait été témoin pendant huit mois de ses capacités à tout faire exploser et ne doutait pas une seconde de son efficacité. Le problème était qu'il lui serait d'un meilleur soutien s'il restait avec Mithril.

Le plus gros de sa mission était de l'infiltration et elle était la seule à pouvoir le faire parce qu'elle connaissait parfaitement les endroits où elle allait. Par ailleurs, elle avait aussi une bonne maitrise des technologies employées par l'ennemi pour se protéger et elle pouvait se défendre seule.

Son problème était plus pour les opérations d'envergure qui attireraient l'attention d'Amalgame sur les gros sites et donc affaibliraient les défenses sur les laboratoires qui l'intéressaient. C'était pour cela qu'elle avait fait passer ss informations à Mithril. Elle avait besoin qu'ils se chargent des centres les plus importants pour forcer ses adversaires à abadonner les petites unités et surtout les empêcher de s'étendre.

La recherche n'était pas leur priorité en période de crise et Kaname comptait sur Mithril pour maintenir la pression sur leurs adversaires afin qu'ils ne puissent pas reprendre leurs travaux avant qu'elle n'ait détruit tout ce qui relevait de la Black Technology et récupéré les prototypes d'Oborov.

Sosuke resta perplexe face à son aveu. Une part de lui se sentait trahi et utilisé, mais une autre comprenait ce qu'elle demandait. En plus, il voyait bien que ce n'était pas évident pour elle non plus. Seulement elle s'était battue depuis des mois, peut-être même des années pour rattraper ses erreurs, elle n'allait pas tout arrêter maintenant. Même pour lui.

Elle n'avait pas besoin de lui dire qu'elle aurait préféré oublier tout ce qu'elle avait vécu et se contenter de rester dans ses bras jsuqu'à la fin de ses jours. Tout dans ses gestes de la soirée le montrait.

Le téléphone se remit à vibrer et Kaname lui jeta un regard suppliant, mais à nouveau, elle ne lui dit pas un mot. Elle ne forcerait pas à rejoindre Mithril, c'était à lui deprendre la décision.

Sosuke la serra dans ses bras et attrapant son portable, il se contenta d'informer son interlocuteur qu'il rappelerait le lendemain. Pour le moment, il était occupé.

Kaname parut soulagée et quand il lui demanda s'il pouvait passer la nuit chez elle, elle accepta avec un sourire ravi. Pour cette nuit, ils laisseraient le passé derrière eux et vivraient normalement, comme si ces quatres années de cauchemars n'avaient pas existé.

Il était prêt à faire passer son devoir avant elle, et qu'elle en fasse autant, seulement il n'était pas à quelques heures près et ils avaient tous les deux mériter un peu de temps pour eux avant d'être à nouveau séparés.


Déjà pardon d'avoir mis aussi longtemps à accoucher de ce chapitre, mais je n'arrivais vraiment pas à en faire ce que je voulais. Et puis je n'ai pas eu de plainte, donc j'en conclus que tout le monde a réussi à survivre sans la suite de l'histoire.
Bon ensuite, je vais faire un peu de pub. COMO est enfin traduit en VF par la sentaa. Il y a 4 chapitres de dispo et le cinquième ne devrait pas tarder puisqu'il a été vérifié, il ne reste que la mise en page. Et en cadeau bonus, il devrait y avoir une autre petite histoire avant la fin du mois.
Voilà. Comme ça, si je traine encore pour écrire la suite, vous aurez tout de même de la lecture. Avec l'oeuvre originale en plus !
Et aussi que je vous prévienne, je fais de mon mieux pour avancer, mais je suis un tout petit peu débordée ces temps-ci, entre mon boulot et mes week-end qui sont bien remplis de choses inutiles mais obligatoires (je raconterai pas ma vie là ?) donc j'ai du mal à tout gérer. Mais je n'oublie pas cette histoire. C'est promis !!