Chapitre 30 Romance tokyoïte Part 1
Depuis son arrivée au Japon, Kaname n'avait pas vu le soleil un seul instant et depuis son réveil quelques heures plus tôt, elle avait droit à une pluie fine et continue qui laissait l'air déjà moite encore plus lourd et insupportable.
Il n'y avait pas d'air et la chaleur en cette fin d'après-midi devenait vraiment suffocante.
Mais elle évita de se plaindre. C'était un temps assez habituel au Japon en cette saison et même si elle n'avait pas remit les pieds à Tokyo très souvent ces dernières années, elle savait à quoi s'en tenir avant de venir.
En plus, ce n'était pas pire que la mousson qu'elle avait dû subir aux Philippines, et après le froid de la Sibérie, elle trouvait presque la température agréable.
Les autres passagers du train, en revanche, étaient nettement moins tolérants qu'elle.
Malgré la climatisation, la chaleur dégagée par les corps rendait l'atmosphère étouffante et la foule qui se tassait un peu plus dans le wagon à chaque arrêt ne faisait rien pour améliorer la situation.
« On aurait dû prendre un taxi… » murmura la petite blonde à coté d'elle.
Kaname se retourna et lui sourit, voyant qu'elle s'était assise sur sa valise et s'éventait avec son billet d'avion.
« A cette heure-ci, on aurait été coincées sur le périph. C'est mieux comme ça. »
La jeune fille ne sembla pas convaincue et pinça les lèvres, réfléchissant à une réponse, mais finalement, garda le silence.
Il ne leur restait que trois stations avant d'arriver à l'aéroport d'Haneda, elle pouvait bien tenir. En plus, elle savait qu'elle n'avait pas intérêt à discuter face à Kaname.
Même si elle avait fait des progrès considérables pour contrôler ses humeurs, la jeune femme était toujours capable de s'emporter violemment pour un peu qu'on la prenne par le mauvais coté, alors mieux valait ne rien tenter. En tout cas, pas dans un lieu aussi confiné.
Mais dès qu'elles furent sorties du train, la plus jeune commença sa liste de doléances. Tout y passait, le temps, la pluie, la chaleur, l'odeur des gens, la promiscuité du métro, les horaires impossibles des avions, et même le temps qu'elle allait perdre avant de pouvoir embarquer à cause des prétendues attaques terroristes qui pourraient toucher les Etats-Unis et qui du coup, rendaient les services de douanes particulièrement vigilants vis à vis de tous les passagers à destinations de l'Amérique.
Elle ne réalisa qu'elle était sur un terrain dangereux que trop tard, une fois que les mots avaient franchi ses lèvres.
Elle était bien placée pour savoir de quoi certains groupes étaient capables et prendre les menaces aussi légèrement était plutôt déplacé, surtout devant Kaname, mais curieusement, l'intéressée ne dit rien.
Elle se contenta de soupirer, les yeux rivés sur le tableau d'affichage à l'entrée de l'aéroport, cherchant vers quel comptoir se diriger.
« La prochaine fois, fais appel à un transporteur privé, tu n'auras pas tous ces problèmes. »
Puis n'obtenant pas de réponse, Kaname insista.
« Ou alors, reste chez toi ! »
Elle eut un sourire en coin en devinant l'air offusqué de sa compagne et elle ne fut pas déçue quand elle se retourna vers elle et qu'elle la vit la regarder les yeux plissés et la bouche ouverte prête à lui détailler le fond de sa pensée.
Mais Kaname ne lui laissa pas le temps de parler, elle lui prit le bras et la traîna dans le hall, en lui proposant d'aller se chercher quelque chose à boire ce qui bien sûr calma immédiatement tous ses griefs.
Alors qu'elles se tenaient chacune avec leur goblet devant le restaurant où elles venaient d'acheter leur milk-shake, les deux jeunes femmes se firent siffler par une bande de garçons qui se rendaient à leur guichet.
Kaname leur décocha un coup d'œil assassin et sa compagne soupira.
« Ce n'est pas avec ce genre d'attitude que tu vas te trouver un mari, Kana. » annonça la plus jeune avec malice.
« Sauf que je n'en cherche pas. » Son ton était ferme et catégorique, mais cela ne suffit pas à la dissuader.
« Enfin tu n'es plus toute jeune… Et ce n'est pas comme si les prétendants se bousculaient… »
Kaname se retourna, prête à répondre, mais elle resta muette.
Un peu plus loin, elle remarqua un grand brun un peu perdu, avec un vieux sac à dos à la main et elle se dit qu'il était temps pour elle de mettre un terme à cette légende qui voulait qu'elle n'ait aucun succès auprès des hommes.
« Petite peste, tu vas voir s'ils ne se bousculent pas ! »
D'un signe de tête, Kaname lui désigna celui qu'elle avait repéré et elle ne put qu'être admirative face à son choix.
Il leur tournait le dos, mais il était clair qu'il était très bien fait. Son pantalon lui tombait à peine sur les hanches et montrait bien ses jambes solides et ses fesses parfaites. De même, son t-shirt beige mettait délicieusement en valeur la forme de ses épaules, carrées mais pas trop, tout en révélant ses bras forts et musclés, mais pas de manière artificielle.
Cet homme ne cherchait pas à séduire par son apparence, il était ainsi fait parce qu'il travaillait avec son corps, sans doute en extérieur vu son bronzage.
Kaname était sur le point de mettre en œuvre ses talents de séductrice quand elle fut bousculée par une femme entourée d'enfants qui se précipitait dans le couloir en criant.
Son verre lui tomba des mains, se renversant sur son débardeur et elle ne put retenir un cri de surprise, qui attira l'attention des gens à coté d'elle, mais aussi de celui à qui elle pensait jouer son petit numéro de charme.
Il se retourna d'un coup, et elle sentit son cœur s'arrêter.
Puis retrouvant ses esprits, elle murmura : « Ca va même être encore plus facile que prévu… » Et son sourire s'étendit dangereusement alors qu'elle avançait vers lui.
-oOo-
Sosuke quitta Honk Kong le lendemain de son entrevue avec Natsuki.
Il ne donna aucune explication à Tessa sur son envie de partir et se contenta de la remercier de lui accorder si facilement quelques jours de congé. Il avait promis de revenir immédiatement en cas de besoin, mais savait qu'en l'absence de mission prévue, il aurait droit à une bonne semaine de repos avant d'être dérangé.
Il avait limité autant que possible les contacts avec Mao et Kurz pour éviter de leur mentir et curieusement, aucun des deux ne lui avait posé de question.
Apparemment, le lieutenant s'était chargé de convaincre le sniper que leur ami avait besoin de se changer les idées et qu'en plus, depuis le temps, il devait retourner à Tokyo, au moins pour être capable de tourner définitivement la page de sa vie là-bas.
Sans nouvelles de Kaname depuis près d'un mois, il fallait se rendre à l'évidence et accepter de laisser derrière les souvenirs de leur relation. Et le meilleur moyen pour cela était de revenir là où tout avait commencé, histoire d'enterrer définitivement cette affaire.
Si en plus Sosuke rencontrait quelqu'un d'autre, alors c'était pour le mieux, ou du moins, c'était la vision que Kurz avait de la situation.
Il ne savait pas ce que Natsuki avait en tête en demandant au sergent-major de veiller sur sa colocataire.
Sosuke était déjà dans l'avion quand il reçut un message de l'espionne lui donnant quelques consignes supplémentaires pour retrouver son amie si jamais elle n'était pas chez elle, ainsi que plusieurs sous-entendus sur le fait qu'il serait souhaitable qu'elle ne sorte pas trop, voire qu'elle reste au lit, pour retrouver sa bonne humeur.
Il se retint de sourire, en pensant qu'il ferait de son mieux pour protéger la jeune femme, contre les dangers extérieurs et contre elle-même et il s'empressa de répondre à Natsuki pour lui assurer son dévouement entier et total à la mission qu'elle lui confiait.
Le trajet ne fut pas très long, mais Sosuke était tellement impatient qu'il lui sembla durer une éternité. Le pire fut l'arrivée à l'aéroport, où les douanes étaient débordées à cause d'une menace d'attentat vers les Etats-Unis et il se retrouva à faire la queue plus d'une heure avant de se faire fouiller se façon plutôt sommaire.
Bien sûr, il avait l'habitude des contrôles de police et savait comment cacher ses armes pour ne pas avoir d'ennui, mais dans le cas présent, toutes ses précautions furent inutiles.
Les gardes étaient tellement débordés qu'ils ne vérifiaient que les individus qui leur paraissaient suspects ou qui correspondaient aux signalements.
Manifestement, sa tête n'était pas mise en prix puisqu'il n'eut aucune difficulté à passer, malgré son glock et son couteau qu'il avait en permanence sur lui.
Soupirant devant l'incompétence des services de sécurité, Sosuke choisit de ne pas leur demander d'aide pour s'orienter, et il quitta le poste de frontière le plus vite possible pour aller récupérer son sac, puis une fois ses affaires retrouvées, il chercha un panneau ou une indication quelconque lui permettant de sortir de cet enfer.
Il n'utilisait presque jamais les aéroports civils, et encore moins ceux aussi énormes que celui-ci, par conséquent, il avait beaucoup de mal à se diriger au milieu de la foule de gens et d'informations autour de lui.
Il se fit bousculer à plusieurs reprises à garder le nez en l'air et il finit par se mettre à l'abri dans un coin plus calme vers la zone commerçante.
Il envisageait de demander son chemin à un des vendeurs de journaux quand il entendit un cri derrière lui et son instinct de soldat réagit immédiatement. Déjà les sifflements un peu plus tôt avaient attiré son attention, mais il n'avait pas jugé nécessaire de se retourner.
Cette fois en revanche, le cri strident le mit sur ses gardes et la série de jurons qui suivit ne fit rien pour le calmer.
Voyant l'auteur d'un tel vocabulaire, il sentit son cœur s'arrêter.
Grande, les cheveux relevés en queue de cheval, un bandana sur la tête ne laissant apparaître que quelques mèches blondes, avec une mini-jupe en jean lui arrivant à peine à mi-cuisse et un débardeur blanc couvert d'un liquide gluant et épais rose vif sous une chemise laissée ouverte, la jeune femme continua à pester, puis murmura quelques mots à sa compagne, blonde également et un étrange sourire se dessina sur ses lèvres.
Sosuke cligna plusieurs fois de yeux, les dévisagent l'une et l'autre et il fut extrêmement surpris par leur ressemblance.
La plus petite semblait plus jeune, de quatre ou cinq ans, ses cheveux étaient plus courts et détachés, mais sinon, elles avaient les mêmes yeux chocolat, avec cette même détermination dans le regard qui l'avait toujours fasciné.
Il n'eut pas le temps de décider ce qu'il devait faire que la plus grande s'approcha de lui et avec un coup d'oeil suggestif, le salua.
-oOo-
Kaname se dirigea vers sa proie, un sourire amusé aux lèvres, tout en réfléchissant à la meilleure marche à suivre.
Elle ne pouvait pas se jeter sur lui ni être trop directe, et en plus, elle n'était pas seule, donc elle devait être prudente sur ce qu'elle dirait.
Par chance, sa compagne resta en retrait, préférant la regarder faire à distance.
Elle s'imaginait sûrement qu'elle allait se faire humilier, ne serait-ce qu'à cause de sa tenue et son t-shirt couvert taché. Mais c'était grandement la sous-estimer !
Kaname accosta le jeune homme en face d'elle tranquillement et remarqua qu'il avait l'air perdu et par conséquent, elle se proposait de l'aider.
Apparemment, il était plutôt surpris de sa démarche, alors elle s'expliqua un peu plus.
Elle était venue accompagner sa sœur qui repartait pour les Etats-Unis et elle retournait à Tokyo après. S'il était près à attendre un peu, ils pourraient partager un taxi.
Le jeune homme parut hésiter, jetant un coup d'œil derrière elle pour regarder sa cadette, puis il finit par avouer qu'il n'allait pas au centre ville, mais plutôt en banlieue, du coté de Sengawa ou Chofu.
Le visage de Kaname s'éclaira et elle annonça fièrement qu'elle aussi allait plutôt à l'ouest, c'était parfait. Puis désignant son t-shirt, elle lui fit un clin d'œil et proposa : « Je vais me reprendre un milk-shake, à boire cette fois, je vous offre quelque chose ? »
-oOo-
Sosuke suivit la blonde vers sa compagne, perplexe.
La plus jeune le regardait avec des yeux ronds, visiblement stupéfaite qu'il ait accepté l'invitation si facilement et elle resta la bouche ouverte pendant un moment alors qu'ils s'installaient à une table.
Finalement elle se posa à coté de lui et lui sourit timidement.
« Alors, qu'est-ce qui vous amène à Tokyo, monsieur… ? » demanda la plus grande, l'air intéressé.
Sosuke déglutit lentement, ne sachant s'il devait révéler sa véritable identité.
Quelque chose dans ses yeux lui disait qu'il pouvait parler sans crainte, alors il donna son vrai nom.
« Sagara. Sagara Sosuke. »
Elle lui sourit en hochant la tête et se présenta à son tour.
« Chidori Kaname, et voici ma petite sœur Ayame. »
Sosuke haussa les sourcils mais n'eut pas le temps de répondre qu'elle poursuivait : « Donc vous là en déplacement professionnel ou personnel ? Laissez-moi deviner… »
Elle le détailla méthodiquement et il sentit clairement déshabiller par sa façon de faire, puis elle se tapota le menton en pinçant les lèvres et proposa : « Vous n'êtes pas en costume, donc ce n'est pas pour affaires, mais vous n'êtes pas très équipé pour seulement du tourisme. Alors je dirai que c'est plus un retour au bercail. Vous venez voir de la famille ? »
Penchant la tête sur le coté, elle attendit sa confirmation, mais curieusement, il secoua la tête.
« Non, je viens voir des amis. »
« Des amis ou des amies ? »
Sosuke fut un peu surpris mais répondit tranquillement : « Les deux. » C'était bizarre de prétendre ne pas la connaître et surtout terriblement frustrant de ne pas pouvoir lui parler directement, la toucher, ou simplement prendre de ses nouvelles, mais avec sa soeur à coté, il devait jouer le jeu.
Elle voulut continuer, mais le serveur les interrompit pour prendre leur commande.
« Un milk-shake à la fraise pour moi. Ayame, la même chose ? »
La concernée acquiesça, et Sosuke choisit donc de suivre le mouvement lui-aussi.
Pour éviter de se retrouver pris dans un interrogatoire délicat, Sosuke décida de lui aussi obtenir des informations. Il savait ce que Natsuki lui avait dit, mais à aucun moment elle n'avait mentionné la famille de Kaname.
« Et vous, pourquoi êtes-vous ici ? »
Il les regardaient à tour de rôle, espérant en apprendre un peu plus sur la situation, mais Kaname ne put rien lui révéler de nouveau dans ces circonstances. Avec sa soeur qui écoutait, de même que tous les autres clients du café qui pouvaient les entendre, elle devait se limiter à une conversation futile qui n'attirerait pas l'attention.
Elle expliqua que sa cadette repartait pour New York, où elle vivait avec leur père et à ce moment-là, Sosuke en profita pour parler anglais, limitant un peu les possibilités de se faire comprendre.
Ca ne résolvait pas le problème d'Ayame, mais ça leur donnait une petite marge de manoeuvre, en particulier pour lui qui n'avait du coup pas de souci à s'inventer un passé d'étudiant qui revenait voir des anciens amis.
Après tout, ce n'était pas très éloigné de la réalité. Il s'inquit du départ éventuel de Kaname mais celle-ci le rassura.
Elle n'avait pas prévu de suivre sa soeur pour l'instant, son travail l'appelerait sûrement bientôt à Hong Kong, mais comme elle venait de finir une affaire avec un important client qui l'avait occupée près d'un mois, elle s'accordait un peu de repos, au calme, mais elle n'était pas contre un peu de compagnie de temps à autre.
Bien sûr, Sosuke releva la perche, au plus grand étonnement d'Ayame qui suivait leurs échanges labouche ouverte, stupéfaite par l'habileté de sa soeur à amener la discussion exactement là où elle voulait pour séduire ce type;
Ils continuèrent leur petit manège un moment jusqu'à ce que Kaname ne réalise l'heure et s'excusant, elle laissa son invité seul le temps de s'assurer que sa cadette n'avait pas de problème pour enregistrer ses bagages et elle revint rapidement, l'air nettement plus détendu.
« Alors qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle en se rasseyant en face de Sosuke.
« Je suis en mission. »
Kaname haussa les sourcils, mais ne chercha pas à avoir des détails autres que pratiques.
« Pour longtemps ? »
« Je ne sais pas. Une semaine, peut-être plus. Ca dépend. »
« De quoi ? »
« De toi, essentiellement. »
Cette fois, elle fut clairement surprise et ne le cacha pas.
« Qu'est-ce que j'ai à voir avec ta mission ? J'ai fait ma part, et je ne suis au courant de rien… »
Sosuke lui jeta un coup d'œil en biais.
« Je sais. Mais je ne suis pas ici pour le compte de Mithril et je suis nettement plus libre. Donc si tu veux que je reste, je le ferai. »
Kaname le dévisagea.
« Tu ne travailles plus pour Mithril ? Mais pourquoi ? »
« Disons que j'ai pris quelques jours de congé pour rendre service à une amie. Elle m'a demandé de m'assurer de la sécurité d'une de ses relations. »
« Oh… je vois… Je suppose que ton amie est une superbe blonde aux yeux clairs qui veut que tu surveilles… »
« Elle est franchement brune, coupa Sosuke, mais je ne peux pas nier qu'elle est belle. »
Kaname pâlit et il se pencha vers elle pour lui murmurer : « Dommage qu'elle ait les yeux verts. Je préfère de loin les regards sombres. »
Puis se redressant, il passa les doigts dans ses cheveux et ajouta : « Et il semblerait que sa colocataire, que je dois surveiller, soit blonde. »
« Tu… tu… »
Se penchant un peu plus vers elle, pour lui parler sans que les autres clients du bar ne puisse les entendre, il lui poursuivit : « As rencontré la fiancée de Dim, Natsuki. Une femme charmante. Je l'avais déjà croisée fin juin et figure-toi qu'elle voulait absolument me présenter sa colocataire, qui d'après elle, était faite pour moi. J'étais plutôt surpris, parce qu'elle ne me connaissait pas du tout et pourtant elle avait vraiment l'air sûre d'elle... Du coup, en la revoyant hier, j'ai sauté sur l'occasion. »
Kaname cligna des yeux, stupéfaite, avant de retrouver ses esprits.
« Ah oui ? Comme ça tu cherches l'âme-soeur ? »
« Pas vraiment, mais j'étais curieux. » Il s'enfonça un peu plus dans sa chaise et croisa les bras tout en la dévisageant.
« Je ne devrais pas ? »
« Tu fais ce que tu veux. Juste je trouve ça un peu malheureux avec toutes les filles qui te tournent autour que tu ailles encore courir après une inconnue. Je ne t'imaginais pas briseur de coeur. Encore que tu l'étais déjà au lycée, donc c'est sans doute normal. »
Ce fut au tour de Sosuke d'être surpris et il lui demanda des explications qui vinrent facilement quand elle lui rappela comment il avait humilié cette pauvre fille qui lui avait écrit une lettre enflammée simplement parce qu'il croyait à une menace, puis elle embraya sur Tessa qui avait toujours eu un béguin plus qu'avancé pour lui et qu'il n'avait pas vu. En plus, il y avait Milla, qui transprait d'admiration pour lui, la fille avec laquelle il avait vécu à Namsak et certainement un paquet d'autres qu'elles ne connaissait pas.
Elle aurait aussi pu s'ajouter à la liste, mais elle ne voulait pas trop flatter son égo qui semblait enfler à vu de d'oeil.
« Milla sait parfaitement que je ne suis pas intéressé, donc on ne peut pas dire que je lui ai brisé le coeur. Et pour Tessa, tu exagères. La dernière fois que je me suis retrouvé dans son lit, elle était extrêmement embarrassée. »
Sosuke se régala de l'air choqué de Kaname à l'idée qu'il se soit retrouvé à passer la nuit avec son capitaine et il eut du mal à ne pas rire comme elle luttait pour ne pas lui faire une scène.
D'un coup, il mit sa main sur sa nuque et l'attirant vers lui, il l'embrassa. Profitant de sa surprise, il glissa sa langue sur ses lèvres avant d'approfondir un peu plus son baiser et de s'immiscer complètement dans sa bouche.
Il s'arrêta juste avant de perdre tout contrôle et, laissant son front sur le sien, il murmura : « Il ne s'est rien passé, on avait juste trop bu et elle s'est endormie sur moi. Et depuis le temps, tu devrais savoir qu'il n'y a que toi. »
Kaname esquissa un sourire, gênée d'être percée à jour sur ses incertitudes. Ce n'était pas par manque de confiance en lui, mais plus en elle et curieusement, il semblait le comprendre.
Se raclant la gorge pour masquer son embarras, elle lui proposa de partir, histoire de détourner la conversation. Même en taxi, ils en avaient pour une bonne heure de trajet et Kaname voulait rentrer avant le rush de fin de journée. Elle avait des courses à faire pour tenir le temps de son séjour, surtout s'ils étaient deux.
Soudain, elle réalisa qu'elle n'avait aucune idée de là où Sosuke comptait aller. Il avait peut-être encore son appartement en face du sien.
« Où est-ce que tu as prévu de rester ? Tu as toujours ta chambre à Chofu ? » Le voyant palir, elle ajouta en plissant les yeux : « Est-ce tu as un endroit où dormir au moins ? »
Mais devant l'absence de réponse, elle dut se rendre à l'évidence. Il avait sauté dans le premier avion pour Tokyo sans se poser de question et il n'avait rien préparé.
« Je trouverai bien un hotel du coté de Sengawa ou à Ikebukuro. »
Kaname le dévisagea, septique, puis elle se leva sans rien dire.
« Où tu vas ? » Sosuke suivit rapidement derrière elle, paniqué par son attitude.
« Je rentre chez moi. »
« On devait pas partager un taxi ? »
« Je pensais qu'on allait au même endroit, mais apparemment tu as d'autres plans. Alors je ne veux pas être dans le chemin. »
Elle s'appliquait à avoir l'air détaché, mais elle ne put retenir un sourire en coin en voyant sa mine déconfite.
Elle lui attrapa le bras et le traina vers la sortie sans ménagement.
« Allez, abruti, amène-toi. »
« Mais, je croyais que... »
Sa phrase fut interrompue par un violent coup sur la tête.
« C'est vrai que c'est pas très élégant, mais je ne vais pas te laisser aller à l'hotel alors que j'ai de la place. Sauf si tu penses que mon appartement n'est pas assez bien pour toi. » Croisant les bras sur la poitrine, Kaname le regarda durement et Sosuke ne sut quoi répondre.
« Non... je... tu avais l'air de... enfin, je... je ne voulais pas m'imposer... »
« Imbécile ! »
Elle se dirigea vers la tête de taxi et lui indiqua l'adresse avant de reprendre son explication, en anglais, pour limiter les risques d'être comprise.
« C'est que ce n'est pas une situation très facile. Tu t'imagines si je n'avais pas été toute seule, hein ? Si Ayame n'était repartie que ce soir, ou demain, qu'est-ce que j'étais supposée lui dire ? 'Ah, non, petite soeur t'inquiète pas, c'est un vieil ami qui passe à l'improviste', c'est sûr que je n'aurai eu aucune question... »
Sosuke bredouilla à nouveau quelques mots pour s'excuser mais elle n'en tint pas compte une seconde et continua sa tirade, sur une rencontre fictive entre lui et sa soeur, dans d'autres circonstances qui aurait sûrement posé problème mais qui par chance n'avait pas eu lieu.
Il ne put s'empêcher de sourire à l'écouter ainsi envisager le pire scénario possible pour leurs retrouvailles, ce qui eut pour effet d'interrompre le monologue de la jeune femme.
« Ca t'amuse ? »
Il secoua vivement la tête, tentant veinement de nier ses accusations mais c'était peine perdue.
« Et qu'est-ce que tu as à dire pour ta défense au juste ? »
Sosuke cligna des yeux, réfléchissant rapidement à ce qu'il pouvait répondre, puis il choisit d'être honnête.
« Je n'ai pas vraiment réfélchi. Tu me manquais et je voulais te voir... »
Sa sincérité fut suffisante pour lui faire oublier toutes ses idées idiotes sur ce qui aurait pu se passer et se pelotonnant contre lui, elle le traita à nouveau de crétin avant de l'embrasser doucement.
Kaname aurait bien profité de ce moment d'intimité, mais elle sentait le regard du chauffeur et elle préféra éviter de se donner en spectacle.
Sosuke partageait son opinion et choisit d'en revenir à leur conversation de départ, histoire de garder l'esprit clair.
« Natsuki m'a dit que tu étais ici pour un mariage, mais à part ça, qu'est-ce que tu as de prévu ? »
Kaname regarda le paysage défiler par la fenêtre, pour elle-aussi retrouver son sang froid et elle entama sa liste en comptant sur ses doigts.
« Déjà me reposer parce que j'ai passé un mois épouvantable avec monsieur perfection qui m'envoyait faire ses corvées au quatre coins du monde et donc je l'ai bien mérité. Ensuite, je vais essayer de revoir Kyouko et les autres avant la fête de Ren et il faut aussi que je m'occupe du cadeau qu'Atsunobu-san m'a demandé. »
Elle s'arrêta un instant pour réfléchir puis voyant qu'ils n'étaient plus très loin, elle racourcit ses explications.
« Il faut aussi que je me trouve une nouvelle paire de chaussures, peut-être aller chez le coiffeur, récupérer ma couleur de cheveux, faire l'amour avec toi, finir le programme que j'ai promis à Dim et je rêve d'un oden depuis des semaines... »
Sosuke prit le temps de digérer l'information puis il attendit que le taxi les dépose enfin devant son immeuble et une fois dehors, il finit par demander : « Et il y a un ordre précis pour tout ça ? »
Il la suivit à l'intérieur, soulagé et nerveux de se retrouver à nouveau à cet endroit, presque cinq après, mais aussi en l'attente de sa réponse.
Kaname haussa les épaules et répliqua d'un ton détaché : « Plus ou moins, puisque tout ne dépend pas de moi... Mais je compte bien me reposer autant que possible et trouver un vendeur d'oden dès ce soir. Pour le reste, je n'ai pas de priorité. »
« Je vois. »
Ils étaient devant son appartement, seuls, sa main trouva la sienne et quand elle déverrouilla enfin la porte, Sosuke se retrouva des années en arrière, ce fameux soir où tout avait basculé.
Sauf que cette fois, Leonard n'était pas là pour leur gacher la soirée, et même si son ombre hantait encore un peu les murs et leur passé, il savait que pour le moment, ils étaient tranquilles.
Kaname enleva ses chaussures et posa ses clés, puis sans avoir le temps de se retourner, elle sentit Sosuke derrière elle qui l'enlaçait.
Pardon pour l'arrêt un peu brutal, mais je m'en sors pas avec la suite là tout de suite et comme ça fait déjà deux jours que je bloque, je préfère poster comme ça et mettre la suite la prochaine fois, parce que c'est encore long et si je coupe un peu plus loin, ce sera encore pire.
Bref, je suis pas très à l'aise avec la romance sucrée. C'est à se demander avec quoi je suis à l'aise en fait... Ah oui, j'aime les drames...
Et pour ceux que ça intéresse, j'ai mis un lien pour le début de BOMF sur mon profil, en VF bien sûr.
