Petite mise en garde pour changer. Ce chapitre est un peu glauque, surtout sur la fin. Ames sensibles, ne soyez pas surprises par l'état des prisons soviétiques et de leurs occupants.
Chapitre 41 Stone
Sosuke tournait comme un lion en cage. Il avait donné son maximum pour ne perdre de temps et intégrer l'équipe qui interviendrait en Sibérie, mais il commençait à douter que le sauvetage se fisse. Depuis la visite de Kurz trois jours plus tôt, il n'avait plus aucune nouvelle de ce qui se préparait, et bien sûr, il n'était pas parvenu à joindre Kaname, ni même Natsuki.
Son instinct lui disait qu'il n'avait pas tous les éléments et il sentait qu'on lui cachait des choses.
L'ambiance avait changé et tout le monde semblait l'éviter. Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait, tout en étant convaincu que ça avait un lien avec Kaname.
Pas une fois il n'avait croisé Tessa, alors que normalement elle passait toujours pour saluer ses hommes, soit avant leur départ, soit à leur retour de mission. Mao et Clouzot étaient toujours enfermés au centre de commandement et même Kurz passait son temps avec l'équipe de maintenance pour vérifier les réglages des AS.
Ils ne s'y seraient pas pris autrement s'ils avaient cherché à gagner du temps.
Le seul avec lequel le sergent-major avait réussi à discuter était le capitaine en second, mais Mardukas n'avait évidemment rien laissé filtrer d'intéressant sur la situation en Sibérie.
Alors logiquement, Sosuke finit par perdre son calme.
L'opération de nettoyage était pratiquement finie, les quelques centres qui restaient à détruire ne relevaient pas explicitement de son unité et le Laevatein n'était plus nécessaire puisque les AS d'Amalgame avaient presque tous été détruits dans les précédentes attaques. Par conséquent, c'était le moment ou jamais d'aller chercher Kaname.
C'était du moins ce qu'il pensait.
Il n'avait pas envisagé une seconde que Tessa puisse lui refuser sa demande. Ni les raisons qui l'avaient poussée à ne pas agir plus vite.
Il s'était pratiquement invité de force dans son bureau pour lui parler, et il était sur le point de lui révéler le fond de sa pensée de façon peu amicale ni professionnelle, mais il se maîtrisa devant la mine déconfite de sa supérieure.
Quand la jeune femme, profondément ennuyée et visiblement exténuée commença à lui expliquer les problèmes auxquels elle avait dû faire face, Sosuke resta interdit.
Sans même demander l'autorisation, il s'assit, vidé par la nouvelle. Il écoutait à peine ce que Tessa avait à lui apprendre. Tout ce qu'il avait en tête, c'était qu'il était trop tard.
Il n'y avait plus de trace de Kaname, elle avait disparu. Encore.
C'était un cauchemar.
Doucement, il tenta d'organiser ses idées et de retrouver son calme. Tessa avait posé sa main sur la sienne et le regardait avec beaucoup d'inquiétude, comme si elle savait parfaitement ce qu'il ressentait.
« Je suis désolée, Sosuke, murmura-t-elle enfin en baissant les yeux. »
Ils restèrent silencieux, l'un en face de l'autre, sans même se regarder, puis Sosuke finit par demander pourquoi personne ne lui avait parlé. Il avait le droit de savoir, il était personnellement concerné.
Son ton n'était pas vraiment agressif, mais Tessa sentait tout de même les accusations qu'il tentait laborieusement de masquer.
« Je… je suis vraiment désolée. J'attendais, en espérant avoir des nouvelles. Quelque chose… Il y a eu ce message, reçu par Dana, et je pensais qu'on arriverait à le décoder… Et puis quand Dim s'est réveillé, il aurait pu nous en apprendre un peu plus. Il est très proche de Kaname… Et je… »
Elle s'embrouillait, la panique de l'avoir déçu, mais aussi la frustration de son impuissance dans cette affaire la faisait raconter tout et n'importe quoi et elle ne s'arrêta que par la force des choses, quand Sosuke la prit dans ses bras pour la rassurer.
Elle eut un hoquet de surprise, stupéfaite par cette démonstration de tendresse et resta immobile et complètement figée.
Ce n'était pas vraiment dans les habitudes du sergent-major d'être aussi attentionné, mais d'un autre coté, ils étaient seuls, sans personne pour les regarder de travers ou colporter de fausses rumeurs et quand il murmura son prénom accompagné de paroles rassurantes, elle comprit qu'il réconfortait une amie plutôt que sa supérieure et que tôt ou tard, elle allait devoir lui rendre des comptes sur ses décisions.
Il la relâcha et Tessa s'essuya rapidement le bord des yeux, séchant les larmes qui menaçaient de couler. Elle allait le remercier quand il lui demanda : « Tu as parlé d'un message, je peux le voir ? »
La jeune femme cilla plusieurs fois, interloquée et fit le tour de son bureau pour récupérer le papier où était notée la série de caractères correspondant à la transcription de ce qu'avait reçu Dana.
Sosuke l'étudia un moment et le capitaine lui glissa gentiment qu'elle n'avait pas pu le décrypter et qu'aucun des agents des renseignements qu'elle avait contacté n'avait compris ce code.
« Et Dana l'a reçu directement ?
- Oui, quelques secondes avant que je… avant que je ne sente l'appel de Kaname. »
Sosuke fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire et Tessa marmonna quelques mots à propos de Résonance que Kaname aurait dû lui expliquer, mais il n'y prêta pas vraiment attention. Il restait concentré sur le message, réfléchissant à comment le déchiffrer quand il réalisa que sa supérieure continuait de lui parler.
Elle avait demandé de l'aide à beaucoup de gens, espérant vraiment trouvé un début de piste quelque part, mais tout ce qu'elle avait appris, par Wraith puis par Natsuki était que Kaname était une spécialiste du cryptage et qu'elle créait très souvent des algorithmes tordus pour envoyer des données. Et il n'y avait qu'elle qui pouvait ensuite les décoder.
C'était sa manière de se protéger. Elle avait à sa disposition tout un arsenal de programmes qui tournaient en permanence pour rendre illisibles toutes les informations disponibles à son sujet.
Même son téléphone était un modèle qu'elle avait trafiqué et qui utilisait une fréquence spéciale pour être intraçable.
La mention de son portable rappela à Sosuke que Kaname avait parlé d'un système particulier mis en place pour la joindre, mais uniquement si elle le souhaitait. Et elle avait installé le dispositif sur son téléphone à lui. Et il y avait aussi le programme qu'elle avait utilisé avec Al qui lui avait permis de la contacter au mois d'août.
C'était peut-être une solution.
Il se redressa et reprenant son ton professionnel, il demanda à son capitaine l'autorisation de faire ses propres recherches.
Tessa s'étonna un peu son revirement d'attitude puis, voyant la lueur d'espoir dans son regard, elle prit elle-aussi sa voix la plus stricte et lui accorda l'accès à une copie des données transmises à l'IA du sous-marin, et lui ordonna de lui faire un rapport détaillé de tout ce qu'il pourrait trouver.
Récupérer Kaname était devenue la nouvelle priorité de Tessa et elle mettrait tout en oeuvre pour la ramener en un seul morceau.
Elle le devait aussi bien à Sosuke qu'à Natsuki et il n'était pas question qu'elle les déçoivent.
Pas après l'aide qu'ils lui avaient apportée dans sa revanche contre Amalgame.
-oOo-
Assis dans le cockpit du Laevatein, Sosuke étudiait le message envoyé par Kaname et tentait en vain de trouver une piste pour la retrouver.
Il avait appelé Mao à la rescousse pour la partie technique, vu qu'elle était bien plus douée que lui en informatique et elle n'avait pas mis longtemps à faire le lien entre son portable et l'IA de l'unité. Ainsi, Al avait eu accès directement au programme installé par la Whispered, et avec les données qu'il avait encore en mémoire de sa manipulation en Thaïlande, il n'avait eu aucun mal à comprendre son algorithme.
Le problème n'était plus de décoder le contenu du message, mais plutôt de trouver un moyen pour entrer en contact avec son émettrice.
Kaname avait envoyé un programme succin qui permettait de la localiser, à condition qu'elle utilise son accès à l'Omni-sphère. Malheureusement, où qu'elle soit, elle ne semblait pas se servir beaucoup de ses capacités de Whispered.
D'un coté, c'était une bonne chose, puisque cela indiquait que ses ravisseurs n'en avaient pas après la Black Technology, mais d'un autre, c'était aussi mauvais signe, parce qu'alors ils n'avaient pas de raison de la garder en vie.
Dim lui avait dit de concentrer ses recherches en Asie centrale. D'après lui, c'était par là que Kaname avait été emmenée. Il ne lui avait donné aucune explication sur comment il savait ce genre de détails, mais il lui avait affirmé que la jeune femme était enfermée dans une zone enneigée et froide.
Il fallut presque deux semaines à Sosuke avant de trouver un signal et encore presque dix jours pour être sûr de l'endroit.
Mais grâce à Wraith et Natsuki, il put obtenir rapidement des informations sur les infrastructures et Tessa lui délégua aussitôt une équipe pour aller récupérer Kaname, et peut-être Alex et Leonard s'il avait de la chance.
-oOo-
Le paysage vide et gelé était douloureusement familier pour Sosuke. La montagne, pelée et sèche d'un coté, la rivière déchaînée et imprévisible de l'autre. Et entre les deux, rien. La neige, le vent, quelques rochers. Même les arbres ne poussaient plus au milieu de cette désolation.
Il n'était pas revenu là depuis des années, et encore moins à cette saison, mais ça n'avait pas changé.
La région du Pamir était une terre hostile et isolée, parfaite pour disparaître. Personne ne s'aventurait plus sur le glacier depuis que les Soviétiques avaient fermé les mines. Seuls quelques paysans, l'été, venaient promener leurs troupeaux, mais ils restaient le plus souvent dans la vallée, ils ne montaient pas si haut.
L'air était froid et surchargé en oxygène, mais par chance, Sosuke ne souffrait pas du mal des montagnes. Les hommes avec lui non plus. Ils étaient tous entraînés et même si les conditions climatiques étaient un avantage pour l'ennemi, il avait de son coté l'effet de surprise.
Et une excellente connaissance du terrain.
Trouver la base, même cachée au coeur de la roche ne fut pas bien difficile pour Sosuke qui connaissait chaque recoin par coeur et s'avait par où passer pour avancer le plus vite possible. En plus Al lui avait donné les coordonnées exactes de l'endroit où Kaname se trouvait, avec une erreur de quelques mètres seulement. Par conséquent, il n'avait pas été difficile de trouver l'entrer de la structure, perdue au milieu du glacier.
Ils lancèrent l'attaque de nuit et se déployèrent en quelques minutes, infiltrant les différents niveaux sans un bruit.
L'équipe fut scindée en plusieurs groupes afin de couvrir le plus grand secteur en un minimum de temps et surtout, empêcher quiconque de s'enfuir.
Sosuke avait donné à ses hommes l'ordre de tirer à vu, il ne cherchait pas à s'encombrer de prisonnier. Les gardes ne savaient certainement rien d'intéressant et les scientifiques qui travaillaient là ne méritaient pas de continuer à vivre. C'était tout du moins son opinion.
Mais elle était assez bien partagée par ceux qui avaient accepté de le suivre. Et dans une certaine mesure, il suspectait Tessa de penser la même chose puisqu'elle lui avait donné carte blanche et n'attendait pas d'autre information de sa part que celles lui confirmant l'extraction de Kaname et de ses éventuels alliés.
Le capitaine n'avait pas mentionné un seul mot sur les méthodes à utiliser et elle lui avait clairement fait comprendre qu'il était libre d'agir comme bon lui souhait. Cette mission n'était pas officiellement orchestrée par Mithril, il n'avait donc pas à suivre les règles traditionnelles employées par l'organisation.
Il se battait contre des terroristes et pour une fois, il avait le droit d'utiliser leurs méthodes.
Et il ne s'en priva pas.
Une fois à l'intérieur de la base, il élimina ses adversaires le plus silencieusement possible, utilisant en priorité son couteau pour éviter d'attirer l'attention ou de laisser des indices avec ses douilles et en peu de temps, il réussit à se faufiler au niveau le plus bas, là où étaient les cellules.
Il avait appris d'un des gardes que les scientifiques étaient tous regroupés au même étage, et il avait envoyé Kurz se charger d'eux pendant qu'il partait chercher Kaname. Il imaginait que puisqu'elle n'utilisait que très peu ses capacités de Whispered, elle devait être retenue prisonnière quelque part au plus profond des locaux.
L'intérieur de la base était sale, comme si l'endroit n'avait pas servi depuis des années et qu'il avait été laissé à l'abandon. Il y avait des infiltrations d'eau ici et là, la moisissure courait le long des murs, et si les couloirs n'étaient pas infestés de rats c'était uniquement grâce au climat, trop froid pour leur survie.
Sosuke s'enfonça un peu plus dans les sous-sols et découvrit les cellules basses, glacées et fermées par des barreaux de fer leur donnant un air de clapier plus que de prison.
Encore qu'un élevage porcin était certainement plus propre que cet endroit.
L'air était à peine respirable, la puanteur des corps en décompostion collait à la pierre, les traces de sang qui zébraient aussi bien le sol que le plafond laissait peu de place à l'imagination sur le genre de massacre qui s'était déroulé dans ces lieux. Les ossements trainant dans le recoin d'une cellule ne faisaient que confirmer ce qui advenait de ceux qui arrivaient jusque là.
Sosuke craignait le pire et à chaque cellule qu'il dépassait, il retenait son souffle, près à découvrir le corps mutilé de Kaname.
Il ne s'attendait pas à tomber sur Alex au fond d'une prison crasseuse, les pieds et les mains liés par de lourds anneaux métalliques enchainés directement dans le mur.
L'espion était visiblement mal en point, mais ses blessures étaient anciennes déjà et même si elles n'avaient probablement pas été traitées comme il aurait fallu, ses jours ne semblaient pas en danger.
Il était très amaigri, avait le visage tuméfié et du sang séché couvrait ce qui restait de sa combinaison au niveau du flanc droit, mais à part ça, il allait plutôt bien, surtout vu les circonstances.
Sosuke hésita à le libérer, ne pouvant s'empêcher de le considérer comme responsable de la capture de Kaname et il était sur le point de passer son chemin quand Alex émit un grognement plaintif et se redressant laborieusement à cause de ses entraves, il mit le soldat en garde sur l'état de Kaname.
Voyant qu'il avait l'attention du sergent-major, l'espion lui expliqua que la Whispered ne se laisserait sûrement pas approcher facilement et qu'elle ne serait probablement pas en état de reconnaître son sauveteur. Par conséquent, Alex conseilla à Sosuke de lui parler, doucement et en japonais de façon à ce qu'elle comprenne de qui il s'agissait avant de tenter quoi que ce soit.
Il ne détailla rien de plus et se contenta de lui demander de se dépêcher. Il ne chercha pas à obtenir sa libération ni son aide. Il resta prostrer contre son mur de pierres froides et referma les yeux, attendant son doute le coup de poignard ou la balle qui l'achèverait. Le souhaitant presque.
Mais Sosuke n'avait aucune intention de le tuer. Il se contenta de continuer d'avancer.
Il reçut un message de Kurz lui indiquant qu'il avait sécurisé le niveau du laboratoire mais qu'il n'avait pas trouvé Kaname et un autre de Yang l'informant que toutes les voies d'accès étaient sous contrôle.
Le sergent-major acquiesça et donna sa position à son sergent pour qu'il vienne récupérer Alex, puis il repartit explorer les autres cellules à la recherche de sa maitresse.
Au bout d'un couloir, il tomba sur un escalier étroit donnant sur une pièce nettement plus propre que les autres et relativement bien éclairée. Il y avait une immense console informatique avec des installations récentes et une énorme cuve oblonge, remplie d'un curieux liquide visqueux, mais ce qui était vraiment impressionnant c'était sa taille, près de deux mètres de haut et les sangles qui flottaient à l'intérieur comme pour retenir celui, ou celle qui était plongée à l'intérieur.
Cette idée frappa Sosuke, qui sentit son estomac se nouer et il dut lutter contre la nausée qui le menaçait. Parcourant rapidement la pièce du regard, il remarqua une petite porte dissimulée derrière une armoire d'où provenait le bip léger mais régulier d'un moniteur.
Sans faire un bruit, le sergent-major s'approcha, son Glock prêt à tirer, mais quand il repoussa le battant, son coeur s'arrêta.
Il s'attendait à beaucoup de chose, mais pas à ça.
Il s'était préparé à retrouver Kaname mal en point, attachée comme Alex, ou battue comme tant d'autres prisonniers avant elle, et il pensait être capable de tout encaisser. Il était là pour la sauver et ne devait pas laisser ses sentiments personnels prendre le dessus sur sa mission. Ce n'était pas le moment.
Il en avait vu d'autres, et certainement de bien pires. En plus, Alex l'avait prévenu qu'elle ne serait pas en état de le reconnaître. Il savait.
Mais cette fois ce n'était pas juste une civile inconnue qu'il libérait, pas même un coéquipier, un sodat entrainé à ce genre de situation.
Et ce qu'il avait devant lui n'était pas juste le corps d'une femme torturée.
Ils avaient voulu la détruire. Il ne voyait que ça pour justifier ce qu'il avait sous les yeux.
Kaname gisait sur ce qui devait être un vieux matelas défoncé, les poignets noués directement au sommier et tout le corps entravé pour l'empêcher de se débattre. Elle avait une perfusion dans le bras gauche et une autre dans l'aorte, plus tout un tas de fils électriques qui semblaient directement reliés à son cerveau.
Dès qu'il s'approcha, il la vit se tendre, comme si elle sentait une présence étrangère et à peine essaya-t-il de la toucher qu'elle se mit à jurer en farsi. Elle chercha à se débattre et Sosuke remarqua alors les traces de sang sur ses bras, à force de tirer sur les liens supposa-t-il.
Il ne chercha pas à comprendre ce qu'on lui injectait en continue et il coupa l'arrivée de liquide. Il n'y avait aucune indication de ce dont il s'agissait, mais il partit du principe que ce n'était pas un produit vital, ni même bénéfique vu son état. Il essaya de lui parler, de la rassurer avant de la détacher mais elle ne semblait pas comprendre.
Kaname portait un curieux masque sur les yeux qui lui projettait en permanence des images psychédéliques et autres formules élaborées et qui l'empêchait de voir quoi que ce soit, mais elle pouvait facilement entendre le résonnement étouffé des pas sur le sol ou le souffle régulier d'une respiration. Elle avait appris à écouter. Malgré toutes les drogues qui saoulaient son organisme, elle arrivait à être encore consciente de son environnement. C'était d'ailleurs une des seules choses qui la rattachait encore à la réalité.
Le bruit et la douleur dans ses bras. Et parfois le goût du sang quand elle se mordait la langue, bien trop fort, juste pour vérifier qu'elle était encore en vie et ne pas perdre pied définitivement.
Quand elle reconnut les paroles réconfortantes de l'intrus, elle se contracta encore plus et serra les poings, chercha à s'enfoncer les ongles dans les paumes. Elle avait besoin de tenir encore un peu, quelques heures, quelques jours...
Mais même alors qu'elle se débattait, entaillant un peu plus la chair de ses poignets, la voix continuait de lui murmurer ces mots apaisants.
Doucement, elle sentit qu'on lui retirait le casque qu'elle avait sur la tête mais elle refusa d'ouvrir les yeux.
Pas tout de suite.
Elle n'arriverait pas à leur résister une nouvelle fois s'ils la remettaient dans leur appareil de malheur. Pas maintenant, alors qu'elle commençait à laisser son esprit divaguer.
Puis il y eut ces doigts sur sa joue, rugueux et en même temps, tellement délicats et tendres qu'elle retint son souffle.
Sans même qu'elle s'en rende compte, les larmes coulèrent sur ses joues et elle se surprit à ne pas pouvoir étouffer un sanglot alors qu'il lui murmurait que tout irait bien, qu'il ne la laisserait plus.
Dans un souffle qui ressemblait surtout à une question, elle chuchota son prénom et Sosuke ne put retenir son sourire.
Elle était vivante.
Et avec lui.
Le cauchemar touchait à sa fin.
Autant j'avais adoré le dernier chapitre, autant celui-ci me laisse une drôle d'impression... Et ça avance pas aussi vite que je voulais aussi. En plus, comme je me suis lancé dans le Nano, je vais mettre cette histoire en retrait pour tout le mois de novembre. Ca ne va pas dire plus de chapitre avant décembre, mais sûrement pas un par semaine. Mais promis, je me rattraperai après.
