Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


3. Une question de conscience

Ce samedi-là, Koji se réveilla plus tôt que d'habitude. Il repensa à la chose. D'où venait-elle ? L'hypothèse d'une mutation due au lasernium était-elle la bonne ? Pourquoi n'avait-on pas retrouvé le Deltalame et les missiles après son passage ? Y étaient-ils restés coincés et avaient-ils été détruits en même temps qu'elle par le Rust Hurricane de Z comme le supposait le professeur Procyon ou est-ce que la chose les avait détruits elle-même ? Il soupira. Qu'est-ce que cela pouvait bien changer finalement ? Il ferait mieux de penser à autre chose. Il prit une douche et s'aspergea longuement la tête d'eau froide comme pour chasser toutes ces pensées. Le professeur ne devait pas être encore levé car il ne l'aperçut ni à la cuisine ni au salon. Il prit son petit-déjeuner. Il ne savait pas ce qu'il allait faire de son week-end. Du temps de la guerre contre Véga, les Aigles n'avaient pas souvent l'occasion de se distraire, mais maintenant c'était terminé et il faudrait tout de même qu'il pense à organiser ses loisirs. Il eut envie de téléphoner à Vénusia, cela ne devait pas être drôle pour elle non plus, au ranch, entre son frère et son père ! Mais c'était un peu tôt, elle dormait peut-être encore. Il décida de partir pour sa balade hebdomadaire en O.V.T. et de l'appeler en revenant. Il choisit de prendre Fossoirak. Si Vénusiak avait été, comme son nom l'indiquait, l'appareil principalement piloté par Vénusia, Fossoirak, quant à lui, avait été surtout utilisé par Phénicia. Muni d'une tarière, il avait permis à Goldorak d'opérer plus efficacement sous terre, lorsqu'il lui était jumelé.

« Fossoirak, Go ! »

L'O.V.T. décolla. Koji se dirigea vers une zone déserte. Lorsqu'il fut arrivé à destination, il choisit un rocher pour objectif.

« Missiles sigma ! »

Les missiles en forme de vrilles firent éclater leur cible. Le jeune homme tira sur quelques uns des rochers qui l'entouraient. C'était la première fois qu'il utilisait les armes des O.V.T. en balade, mais ce matin, il avait besoin de se défouler. Soudain, il entendit la voix du professeur Procyon.

« Koji, me reçois-tu ?

- Oui, Professeur.

- J'ai vu que tu n'étais pas au centre, alors j'ai pensé que tu étais déjà parti pour ta balade hebdomadaire. Les autorités de la côte m'ont appelé. Une nouvelle chose a été aperçue non loin de l'endroit où est apparue la première.

- Eh bien ! s'exclama le pilote. Ça n'aura pas traîné !

- Comme tu dis ! soupira Procyon. Veux-tu aller voir ?

- Entendu, j'y vais.

- Naturellement, lui précisa le scientifique, tu n'attaques pas. Je souhaite simplement que tu fasses un vol de reconnaissance. Tu as bien compris ?

- Parfaitement, Professeur. »

Fossoirak prit la direction du lieu indiqué par Procyon.

Lorsque Koji arriva, il aperçut une masse verte qui se tenait sur la plage ; elle semblait immobile. Il attendit un moment en tournant dans le ciel, elle ne bougeait pas. Il décida de faire un tour aux alentours en volant à basse altitude. Il prit des repères visuels qui lui permettraient de voir si la chose avait changé de place ou pas lorsqu'il reviendrait et s'en alla explorer les environs. Un peu plus loin, il aperçut une deuxième chose qui se déplaçait. Elle était beaucoup plus petite que celles qu'il avait déjà vues et semblait venir du village où la toute première était apparue. Koji l'observa durant un bon moment et finit par réaliser qu'elle se dirigeait vers la plage.

« C'est étrange..., songea-t-il. Elles ne se sont tout de même pas données rendez-vous ? Cet endroit a-t-il quelque chose de spécifique ? Cela fait la troisième fois qu'une algue mutante apparaît ici. Et le village ? Joue-t-il un rôle particulier ? »

Il eut soudainement très envie d'y retourner. Quelques instants plus tard, il atterrissait à proximité. Il sauta de son O.V.T. et s'y dirigea. Lorsqu'il y pénétra, il prit la direction de la place centrale. Quelque chose le surprit.

« Je rêve ou quoi ? se demanda-t-il incrédule. Ce n'est pas croyable ! »

Il regardait les murs des maisons, les toits, la chaussée, en se demandant s'il voyait bien clair. Ce qui le surprenait n'était pas une présence imprévue ou étrange ; non, c'était plutôt une absence, l'absence des morceaux de la chose qu'il avait vus lors de sa dernière visite. Cette fois, il n'y avait plus rien. Les murs étaient aussi nets qu'ils devaient l'être avant la venue de la masse verte. Koji y passa la main comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Il ne ressentit pas la sensation qu'il avait éprouvée lorsqu'il s'était saisi d'un fragment de la chose pour l'apporter au professeur. Les murs n'étaient ni visqueux ni collants. Il continua l'inspection du village et ne retrouva trace de cette chose nulle part. C'était comme si elle n'était jamais passée là. Il s'assit sur des escaliers, abasourdi. Il repensa à la masse qui progressait en ce moment même en direction de la plage et se dit qu'il devrait peut-être aller voir où elle en était. Celle-là était beaucoup plus petite que les deux autres, pourquoi ? Était-ce un bébé ? Un bébé, c'était drôle comme hypothèse... Et elle venait du village...

« Du village ! s'exclama-t-il. Elle vient du village ! »

Il se leva d'un bond. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Il aurait dû comprendre tout de suite ! Les morceaux parsemés dans tout le village s'étaient rassemblés en une seule masse ! C'était pour cela qu'elle était plus petite et qu'il n'y avait plus de trace de son passage ! Il courut jusqu'à l'O.V.T., il fallait qu'il aille voir ce qu'elle faisait !

« Fossoirak, Go !

- Koji, me reçois-tu ?

- Oui, Professeur.

- Je détecte une autre chose sur l'écran, l'as-tu repérée ?

- Oui.

- Cela commence à devenir inquiétant, c'est la troisième en quelques jours.

- Non, je ne crois pas. Cela n'en fait que deux pour l'instant.

- Deux ? »

Koji mit Procyon au courant de ce qu'il avait vu au village et de ses conclusions. Pendant qu'il parlait, il se rapprochait de la plage et constata que la petite chose rejoignait bien la plus grosse comme il l'avait supposé. Elles étaient de plus en plus proches l'une de l'autre.

« Koji, lui dit Procyon, continue à les observer ! Je vais appeler Argoli, Antarès et Cochyre.

- Compris ! »

Qu'allait-il se passer ? Koji les regardait avec curiosité. La plus volumineuse ne bougeait toujours pas. L'autre se rapprochait puis toucha la première et s'aplatit pour n'en former plus qu'une avec elle.

« Quelle chose étrange ! murmura-t-il pour lui-même. Peut-être est-elle aussi capable de se fragmenter d'elle-même pour ensuite rassembler ses morceaux et se reconstituer à volonté ? Rassembler ses morceaux ? »

Une pensée angoissante venait de lui traverser l'esprit.

« Non ! s'exclama-t-il, c'est pas vrai ! »

Il tenta d'entrer en contact avec le centre.

« Professeur, ici Koji !

- ...

- Professeur ! Vous m'entendez ?

- ...

- Koji appelle le centre ! Procyon, répondez !

- ...

- Malédiction ! s'impatienta le jeune homme. Mais où est-il donc ?

- Ne t'énerve pas, je suis là, je téléphonais aux collègues. Ils vont arriver.

- Rappelez-les, vite ! Il ne faut pas qu'ils viennent !

- Mais qu'as-tu, Koji, tu sembles affolé ? Pourquoi ne doivent-ils pas venir ?

- Vénusiak ! Vénusiak est lui aussi rempli de morceaux qui peuvent se rassembler ! Imaginez qu'il y en ait une qui se promène autour du centre !

- Oh non ! OK, je les rappelle. Je préviens aussi Riguel, son ranch n'est pas très éloigné. Toi, rentre au cas où il y aurait des ennuis ici. À tout à l'heure.

- Oui, j'arrive. »

Koji jeta un coup d'œil en direction de la plage. La chose ne bougeait toujours pas. Il prit la direction du centre et accéléra. Il se sentait tendu.

« Calme-toi, se dit-il, il n'est pas dit que cela se passe de la même façon là-bas. »

Lorsqu'il arriva, il scruta les alentours avec attention mais ne vit rien de suspect. Il rentra Fossoirak, il n'avait pas envie de le laisser traîner dehors avec la menace qui planait sur le centre et les alentours. Il pensa à Z qui était à l'extérieur sous un abri de fortune. Même si le Jet Pilder était à l'intérieur du centre, cela l'inquiéta. Il courut dans les couloirs pour rejoindre Procyon.

« Ah ! Koji ! lui dit ce dernier lorsqu'il le retrouva. J'ai averti les autorités, leurs hommes vont explorer la région.

- Et les autres ? s'inquiéta le pilote.

- Riguel et sa famille sont prévenus, ils vont être vigilants. Nos collègues vont arriver mais ils seront prudents. Je t'attendais pour aller voir Vénusiak. »

Ils prirent tous deux la direction de la sortie et se dirigèrent prudemment vers l'endroit où avait été déposé l'O.V.T. submersible.

« C'est bien ce que je craignais, soupira Koji lorsqu'ils arrivèrent près de la machine, pas le moindre débris.

- Pas tout à fait, le contredit Procyon, viens voir par là. »

Le professeur lui désignait la cabine de pilotage ; la masse verte la remplissait totalement. Les deux hommes firent le tour de Vénusiak et s'aperçurent que les réacteurs en étaient également remplis.

« On dirait qu'elle se cache. Professeur, qu'en pensez-vous ? Vous y comprenez quelque chose ?

- Non, je ne comprends absolument rien à tout cela. En tout cas, cela me rassure, au moins, elle n'est pas en train de se balader dans les alentours. Mais il faudra qu'on la surveille. Nous en discuterons avec les autres. Rentrons.

- Vous ne pensez pas qu'il serait préférable de la détruire ? Avec Z, ce serait vite fait. Je peux m'en occuper tout de suite si vous le souhaitez.

- Et détruire Vénusiak en même temps ? Tu as peut-être raison, ce serait sans doute plus prudent. De toute façon, nous ne pourrons probablement plus utiliser l'O.V.T., mais attendons l'arrivée des autres, puis nous aviserons. »

Koji lui emboîta le pas. Alors qu'ils marchaient, ils entendirent un bruit de moteur.

« Ah ! les voilà ! dit Procyon en se retournant. Ils arrivent plus tôt que je ne le pensais. »

Mais au lieu d'apercevoir une auto comme ils s'y attendaient, ils virent avec stupéfaction que Vénusiak décollait.

« Non ! s'exclama Koji, ce n'est pas possible, qui le pilote ?

- C'est elle, lui répondit Procyon en insistant bien sur chaque mot, c'est la chose qui le pilote. C'est pour cela qu'elle a investi la cabine de pilotage, les réacteurs et probablement aussi le moteur, pour pouvoir le piloter. »

Koji regarda Procyon, les yeux ronds, sans pouvoir ajouter quoi que ce soit. Il passa la main dans sa chevelure qu'il ébouriffa ; cette fois, cela dépassait tout !

« Viens, nous allons tâcher de le suivre sur l'écran du centre pour voir où il va. Cela ne m'étonnerait pas qu'il rejoigne la chose de la plage. »

Le Professeur avait probablement vu juste. Ils constatèrent effectivement que l'O.V.T. en prenait la direction. Sur ce, Argoli, Cochyre et Antarès arrivèrent et furent mis au courant de la situation.

« Mais pourquoi rejoindre sa congénère à bord de Vénusiak ? interrogea Antarès. Elle aurait très bien pu s'y rendre autrement.

- Peut-être parce que c'est plus rapide, supposa Argoli. Ces bestioles ne se déplacent pas très vite et nous sommes quand même loin de la côte. »

Le silence s'installa. Tous observaient l'O.V.T. avec attention. Il arriva à la plage et se posa près de la chose qui s'y trouvait, toujours aussi immobile.

« C'est peut-être leur chef ? plaisanta Antarès.

- Hmm ! répliqua Cochyre. Au point où l'on en est, il faut s'attendre à tout.

- Bon, que fait-on ? enchaîna Koji. Professeur, je pourrais prendre Mazinger Z et aller leur régler leur compte comme...

- Eh regardez ! l'interrompit Argoli. Elles bougent ! »

Ils se tournèrent tous vers l'écran géant. Vénusiak avait décollé et prenait de l'altitude. L'autre masse verte s'était mise en mouvement et s'éloignait de la côte. L'O.V.T. tournoyait au-dessus d'elle.

« Oui, Koji, je crois qu'il y a du travail pour toi et Mazinger Z.

- Je pars immédiatement. »

« Pildeeer on ! »

Koji réalisa subitement que s'il avait le plaisir de piloter Z, c'était grâce à la chose qu'il n'avait de cesse de détruire.

« Maziiiin Go ! »

Quand le problème serait réglé, il lui faudrait rendre sa machine. Il se surprit à souhaiter que l'apparition de ces monstres verts dure encore quelque temps. Puis il se dit qu'il se racontait vraiment n'importe quoi !

« Jet Scrander ! »

N'empêche que... il avait très envie de garder Z...

Les ailes s'arrimèrent et le robot s'élança dans le ciel qui était d'un bleu très pur ce jour-là.

Durant le trajet qui le menait au bord de l'océan, le professeur le contacta.

« Koji ! Me reçois-tu ?

- Cinq sur cinq.

- Vénusiak a plongé. Et l'autre chose a fait demi-tour, elle se dirige vers l'océan.

- Je vais allez plus vite, Professeur. Si elles croient pouvoir m'échapper, elles se trompent. Allez Z ! On fonce ! »

Lorsque Koji arriva à la plage, la grosse masse verte allait pénétrer dans l'eau.

« Toi, tu ne m'échapperas pas ! s'écria-t-il. Rust Hurricaaaane ! »

L'arme de Z fit son office. Comme la première fois, il ne resta rien. Mais là, Koji n'avait plus le cœur à se réjouir. Il contemplait l'endroit où se trouvait le monstre vert quelques instants auparavant. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être préoccupé.

« C'est trop facile, beaucoup trop facile, se dit-il. J'espère que cela ne cache rien. »

Puis il pénétra dans l'océan à la recherche de l'O.V.T. mais sans succès ; il dut se résoudre à rentrer bredouille.

Lorsque Koji fut de retour au centre, toute l'équipe s'installa au salon.

« L'heure est grave, commença Procyon. La chose détient désormais Vénusiak et nous ne savons pas ce qu'elle compte en faire.

- Ce qu'elle compte en faire ? s'étonna Antarès. Professeur, à vous entendre, on pourrait croire que ce monstre possède une conscience.

- Ce n'est pas exclu, lui répondit Procyon. En tout cas, il y a en elle une certaine intelligence. La manière dont elle a réagi lorsque Vénusia et Koji l'ont attaquée me le fait penser.

- Heureusement que nous avons Mazinger Z, fit remarquer Cochyre. Au moins, avec lui, le problème est vite réglé.

- Oui, confirma Koji. D'une certaine façon, cela m'inquiète d'ailleurs. C'est la première fois que je me trouve face à un adversaire avec lequel la victoire est si facile.

- Ce n'est pas si simple que cela, les avertit Procyon. On peut maintenant faire l'hypothèse qu'il risque fort d'en venir d'autres. J'espère que la fréquence de leur apparition n'augmentera pas sinon tu risques de passer ton temps à ça, Koji.

- Ce n'est pas pour me déplaire, au diable ces monstres verts ! Je vais leur régler leur compte, les uns après les autres. Il arrivera bien un jour où il n'y en aura plus.

- Que fait-on pour l'O.V.T. ? interrogea Antarès.

- Ce qui est sûr, répondit Procyon, c'est que nous ne pouvons pas le laisser entre les mains de la chose. Koji, je te charge de patrouiller quotidiennement à sa recherche. Tu utiliseras Fossoirak. D'une part, il est plus résistant qu'Alcorak, d'autre part, nous allons apporter des modifications à ce dernier, je vous en parlerai lundi. Avec Fossoirak, tu n'auras aucun mal à détruire Vénusiak.

- Avec plaisir, Professeur. Ce monstre ne perd rien pour attendre !

- Ne vaudrait-il pas mieux utiliser Mazinger Z ? demanda Argoli. Fossoirak n'est pas submersible.

- C'est pour éviter de sortir le robot tous les jours, expliqua Procyon. Je vous rappelle qu'il ne nous est que prêté. De toute façon, cela m'étonnerait fort que Vénusiak reste longtemps sous l'eau. À mon avis, il va réapparaître très prochainement. Nous devrons être très vigilants et surveiller la côte sans relâche. Je m'en charge ces deux jours, comme ça, vous pourrez rentrer chez vous. »

Procyon les libéra. Koji téléphona aussitôt à Vénusia.

« Allo ?

- Salut Vénusia, c'est Koji.

- Oh Koji ! Quelle surprise ! Comment vas-tu ?

- Ça va. Enfin... pour dire vrai, je ne sais pas trop quoi faire de mon week-end, à part chasser les monstres verts, rajouta-t-il en rigolant.

- Ah oui, j'ai su ça, Procyon à téléphoné ce matin.

- Il n'y a plus de danger ici. Je te raconterai plus tard. Qu'est-ce que tu dirais de faire une balade demain ? Le temps promet d'être magnifique, nous pourrions pique-niquer. Et je suppose que ton père ne trouverait rien à redire, tu es une grande fille maintenant !

- Il n'a rien à dire effectivement ! Je ne suis plus une gamine !

- Alors, qu'en dis-tu ? Cela nous changerait les idées.

- C'est d'accord.

- Super ! J'arriverai avant midi.

- Je me charge du pique-nique. À demain.

- À demain, Vénusia. »


Lorsque Koji arriva au ranch le lendemain, Vénusia avait déjà tout préparé. Elle avait placé tout ce qui était nécessaire au pique-nique dans un sac à dos et elle avait sorti les chevaux. Riguel ne put s'empêcher de leur faire des recommandations de prudence.

« Surtout ne vous éloignez pas trop. Avec ces monstres qui se baladent partout, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

- Ne t'inquiète pas, lui répondit Koji, il n'y en a plus par ici. Et s'il y en a un qui montre son nez, Procyon me contactera sur ma fréquence personnelle.

- Ouais ! Faites attention quand même. »

Les deux jeunes gens avaient terminé leur repas. Assis sur l'herbe, ils bavardaient. Koji venait de finir le récit de ce qui s'était passé la veille à propos de la chose.

« Et alors comme ça, tu ne sais pas quoi faire de tes week-end ? lui demanda Vénusia.

- Tu sais, j'ai pris conscience que durant tout le temps qu'a duré la guerre contre Véga, nous n'avons pas eu beaucoup de contacts avec les gens de l'extérieur, nous étions assez repliés sur nous-mêmes, nous étions toujours ensemble. Et maintenant qu'Actarus et Phénicia sont partis et que toi, tu es retournée au ranch, je me sens un peu désemparé. La semaine, ça va, j'ai mon travail qui m'occupe beaucoup...

- Et les monstres verts à poursuivre », plaisanta-t-elle.

Koji se mit à rire.

« Non, ça, c'est aussi le week-end !

- Moi, c'est pareil. Ce n'est pas très gai au ranch. Bien sûr, j'aime beaucoup mon père et mon frère, mais je sens que j'ai besoin d'autre chose. Le problème, c'est que Phénicia et Actarus me manquent énormément et je n'ai pas envie de sortir ou de m'amuser sans eux.

- Oui, je comprends. Mais nous allons nous y faire. Il faut que nous nous organisions pour faire d'autres rencontres, cela viendra mais nous avons besoin de temps. »

À ces paroles, les yeux de Vénusia s'humidifièrent.

« Non, tu ne comprends pas, tu ne comprends rien ! s'exclama-t-elle. Cela ne viendra pas, je n'ai pas envie que cela vienne ! »

Et elle éclata en sanglots. Surpris par sa réaction, Koji la prit dans ses bras et la laissa pleurer contre son épaule. Il se sentait un peu embarrassé, il ne savait pas bien quoi lui dire.

« C'est à cause d'Actarus, n'est-ce pas ? » hasarda le jeune homme.

Elle ne répondit pas. Il se dit que sa question était stupide. Bien sûr que c'était à cause d'Actarus. Il savait très bien que Vénusia était amoureuse de lui, il en avait d'ailleurs lui-même fait les frais à l'époque où il ressentait de tendres sentiments pour elle. Elle se redressa et, la voix pleine de sanglots, elle lui dit :

« Je l'aime, tu comprends Koji, je l'aime et il est parti... Peut-être ne le reverrai-je jamais.

- Il ne faut pas dire cela, voyons, tenta-t-il de la rassurer. Je suis sûr que nous aurons bientôt des nouvelles. Cela ne fait que quatre semaines qu'ils sont partis, il faut leur laisser le temps d'arriver et de s'organiser. »

La jeune femme sécha ses larmes.

« Je ne sais pas, ils sont tellement loin, je ne sais pas quoi penser. Mais tu as raison, il faut attendre encore, c'est trop tôt... Et toi, Koji, Phénicia ne te manque-t-elle pas ?

- Bien sûr, ils me manquent tous les deux.

- Oui, naturellement, mais... ne me dis pas que tu n'avais pas un faible pour elle ? Tu étais bien un peu amoureux d'elle, non ? »

Koji se sentit rougir et se détourna.

« J'ai dit une bêtise ? demanda-t-elle, soudain préoccupée.

- Je... je ne sais pas, Vénusia, je préfère ne pas parler de ça.

- Je suis désolée..., s'excusa-t-elle.

- Non, ce n'est rien, ce n'est pas grave, la rassura-t-il en se tournant de nouveau vers elle. Ne t'inquiète pas.

- Bon, lui annonça-t-elle, je vais laver les assiettes à la rivière.

- Je vais t'aider.

- Non, repose-toi et laisse-moi faire. »

Elle se leva et ramassa les assiettes et les couverts. Il la regarda s'éloigner. Sa réflexion à propos de ses sentiments vis-à-vis de Phénicia l'avait troublé. Était-il amoureux comme avait l'air de le penser Vénusia ? Il ne s'était jamais vraiment posé la question. Certes il l'aimait beaucoup, il l'admirait aussi, c'était la première fille avec qui il pouvait rivaliser. Il appréciait sa compagnie même si elle lui tapait un peu sur les nerfs parfois, et maintenant, elle lui manquait, il ne pouvait pas le nier. Il se demanda comment leur relation aurait évolué si elle était encore là et jusqu'où cela aurait été. Peut-être que Vénusia avait raison finalement. Mais quand bien même, qu'est-ce que cela pourrait changer puisque la jeune princesse était partie ? Il vit que la jeune femme revenait vers lui. Elle lui sourit.

« Le week-end prochain, nous n'allons pas nous ennuyer, lui rappela-t-elle.

- Oui, je sais, Capella et Argoli se marient.

- Et le dimanche, vous venez au ranch.

- Oui, oui, je n'ai pas oublié, nous viendrons. »

Ils rangèrent leurs affaires et décidèrent de faire une longue balade à cheval.


Le lundi matin, Procyon fit un point sur les dossiers en cours.

« La construction de notre nouvel O.V.T. submersible démarrera demain matin. Je dois voir le chef du projet dans la journée. Les plans seront les mêmes que ceux qui ont été utilisés pour Vénusiak, sa fabrication sera donc rapide. Les commandes seront identiques, seul le nom de l'appareil différera, nous l'appellerons Marinak.

- Gardons-nous les mêmes couleurs, Professeur ? demanda Cochyre.

- Ça, c'est à nous de décider. Quel est votre avis ?

- La couleur verte n'a été utilisée pour aucun de nos O.V.T., fit remarquer Antarès.

- Oui, enchaîna Argoli, mais on devrait garder le jaune, sinon il ne sera pas utilisé non plus.

- Eh bien, jaune et vert ? suggéra Procyon.

- Peut-être un vert d'eau ? proposa Cochyre. Ce serait de circonstance.

- Tout le monde est d'accord ?

- ...

- Eh bien c'est réglé. Passons au dossier suivant. Il s'agit du photon capteur. Cela fait quatre semaines que nous avons repris ce dossier et cela a bien avancé. Nous allons pouvoir modifier l'alimentation en énergie d'Alcorak et installer un capteur plus puissant que celui qui nous a servi aux récoltes ces derniers temps. L'O.V.T. aura donc deux alimentations : celle que nous utilisions jusqu'à présent et celle utilisant les photons que l'on trouve dans l'espace. Lorsque ce sera fait, Koji pourra effectuer les premiers tests en vol. Des questions ?

- Quand commencerons-nous ces tests ? demanda le jeune pilote.

- Probablement la semaine prochaine, au plus tard celle d'après. D'autres questions ?

- ...

- Bon, passons à la suite. C'est le gros morceau : Spatiorak, notre futur vaisseau spatial. La première chose à faire, c'est le cahier des charges. Il est nécessaire que nous déterminions bien les caractéristiques du vaisseau en fonction de nos objectifs. Spatiorak nous permettra d'explorer l'espace et certaines planètes afin de trouver, si possible, d'autres sources d'énergie. Il devra héberger des cosmonautes pour un temps assez long et un ou plusieurs O.V.T., à nous d'en déterminer le nombre...

- Vénusiak ! » s'écria Argoli.

Argoli qui était placé face à l'écran géant venait d'y apercevoir l'O.V.T. submersible. Tous se levèrent et s'approchèrent. L'appareil venait manifestement de sortir de l'océan et tournoyait au-dessus de la plage. Procyon se tourna vers Koji.

« J'y vais », lui dit celui-ci.

Quelques minutes après, Fossoirak décollait.

Lorsque Koji arriva en vue de Vénusiak, il s'aperçut qu'une nouvelle masse verte était sortie de l'eau et qu'elle avait déjà progressé quelque peu vers l'intérieur du pays. Vénusiak tournait au-dessus d'elle. Koji visa l'O.V.T. avec cependant une pointe de regret pour le bel appareil.

« Missiles sigma ! »

L'O.V.T. submersible se déporta et évita le tir.

« Eh ben, s'exclama-t-il, c'est qu'elle est maligne avec ça ! Cela va peut-être être plus difficile que nous ne le pensions. »

Vénusiak lança des missiles et son rayon laser. Koji, qui ne s'attendait tout de même pas à ce qu'elle l'attaque, en fut tellement surpris qu'il ne réagit pas suffisamment tôt. Lorsqu'il chercha à esquiver, il était trop tard. Fossoirak fut touché de plein fouet et déstabilisé. Le jeune homme, étourdi par le choc, lâcha le levier de commandes et perdit le contrôle de son appareil. Procyon le ramena à la réalité.

« Koji ! reprends le contrôle ! Non seulement ton O.V.T. va s'écraser mais il se dirige tout droit sur la chose ! »

Koji réalisa qu'il fallait qu'il réagisse rapidement sinon il ne s'en sortirait pas, il atterrirait dans la masse verte et y serait englouti. Il s'agrippa au manche de commande de l'appareil, parvint de justesse à faire changer l'O.V.T. de cap et alla s'écraser non loin de la chose. Affalé sur le tableau de bord, il entendit la voix de Procyon.

« Koji ! Tu m'entends ? Comment ça va ?

- Ça... ça va, Professeur. »

Mais il n'était pas très sûr de ce qu'il affirmait. Il se sentait meurtri et avait mal partout.

« Écoute, continua Procyon, il faut que tu décolles. Vénusiak se dirige vers toi, il va sûrement t'attaquer de nouveau. D'autre part, la chose se déplace dans ta direction. »

Koji tourna la tête et vit l'O.V.T. arriver mais il était beaucoup trop près de lui pour qu'il ait le temps de se mettre hors de sa portée ou de l'attaquer. Il s'attendait à recevoir des missiles ou son rayon laser d'une seconde à l'autre. Cependant, contrairement à ses prévisions, l'appareil se contenta de le survoler en décrivant des cercles au-dessus de lui.

« Pourquoi ne m'attaque-t-elle pas ? s'étonna-t-il. Elle est peut-être moins futée que je ne l'imaginais, ou alors elle me croit mort. »

Ce délai lui permit de récupérer quelque peu. Soudain, Vénusiak reprit de l'altitude et s'éloigna pendant que la chose se rapprochait dangereusement de son appareil.

« Non seulement il ne faut pas que je le laisse filer mais il faut aussi que je me tire de là en vitesse ! Allez ! un peu de courage mon vieux ! Fossoirak Go ! »

L'O.V.T. décolla, prit Vénusiak en chasse et le rejoignit rapidement.

« Tu as eu tort de ne pas m'achever ! Moi, je ne vais pas te louper, tu peux me faire confiance ! »

Au moment où Vénusiak amorça un demi-tour pour lui faire face, Koji cria :

« Tariero pulseur ! »

Fossoirak s'élança sur l'O.V.T. qui n'eut pas le temps de contrer l'attaque. La tarière le transperça. Gravement endommagé, il s'écrasa et explosa.

« Ouf ! »

Le jeune pilote était soulagé. Vénusiak ne serait plus un danger désormais, c'était déjà cela de réglé. Mais l'habileté de la chose pour le piloter l'inquiétait et le vexait.

« Comment s'est-elle débrouillée pour être aussi précise ? songea-t-il. Elle ne va tout de même pas piloter mieux que moi ! Qu'est-ce que tout cela signifie ? »

Koji jeta un coup d'œil en dessous de lui. Le monstre vert était toujours là et s'était immobilisé. Inutile d'essayer de le détruire ; pour cela, il avait besoin de Z. Il rentra au centre.


Pendant que Koji désinfectait ses plaies heureusement superficielles, Procyon résuma les faits.

« Donc, si j'ai bien compris, tu penses que Vénusiak t'a touché de telle façon que tu t'écrases sur la masse verte située en dessous. Tu es sûr que ce n'est pas une coïncidence ?

- Certain, affirma le pilote.

- C'est de plus en plus inquiétant. Si elle est capable de mettre en place de telles stratégies et de viser aussi juste, que va-t-elle nous réserver maintenant ? Pour l'instant, elle n'a pas fait trop de dégâts mais c'est vrai que nous ne lui en avons pas laissé la possibilité non plus. L'inconvénient de nos interventions, c'est que nous ne comprenons toujours pas ce qu'elle veut faire. Il va falloir changer de tactique. »

Le téléphone sonna et Argoli répondit.

« Professeur, la marine nous signale un monstre vert dans l'océan.

- Bon sang ! Mais ça n'arrête pas ! Donnez-nous les coordonnées du lieu où elle se trouve, Argoli. Nous allons regarder sur une carte. »

Tous se rassemblèrent autour d'une table et Cochyre déroula une carte maritime.

« Voilà, c'est ici, dit Procyon en pointant l'endroit à l'aide de son stylo. C'est ce que je pensais, il y a bien eu une base véghienne par ici, si j'ai bonne mémoire. Voulez-vous vérifier Argoli ? »

Quelques minutes après, Argoli confirma. Procyon regarda Koji.

« Je suis désolé de te mettre à contribution une nouvelle fois.

- Ne vous inquiétez pas, ce sera avec plaisir, Professeur. Je me réjouis à l'idée de détruire cette monstruosité.

- Attends, ce n'est pas forcément une solution de les détruire les unes après les autres. Je pense qu'avant de le faire, il faudrait tenter d'en savoir plus, savoir d'où elles viennent par exemple. Avant de la détruire, essaye d'explorer les alentours ou de la suivre pour voir où elle va. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons avoir une chance de résoudre le problème, sinon, je crains que ce ne soit sans fin.

- D'accord !

- Mais ne prends aucun risque. Je préfère que tu la détruises plutôt qu'il ne t'arrive quelque chose de fâcheux.

- Compris.

- Emmène un équipement de plongée au cas où tu en aurais besoin et surtout sois prudent. Ne quitte Z que si tu es certain que tu ne te trouves pas à proximité de la chose et qu'il n'y a pas de danger.

- Ne vous inquiétez pas. Je pars immédiatement.

- Si Koji, je m'inquiète, je te connais, tu es parfois trop impulsif. Veux-tu que j'appelle Vénusia ? Elle pourra peut-être t'accompagner ? »

Le jeune homme hésita un instant.

« Inutile de la déranger, n'oubliez pas que j'y vais avec Z ! Et puis, nous n'avons plus Vénusiak, elle ne pourra pas me suivre sous l'eau.

- Bon, comme tu voudras, nous restons en contact. Quand tu arriveras, le sous-marin qui l'a repérée aura quitté les lieux, il ne te gênera pas. »

Après avoir renfilé sa combinaison de vol et s'être muni d'un équipement de plongée, d'une lampe étanche, de la carte, d'un couteau et de son pistolaser, Koji se dirigea vers le Jet Pilder et y pénétra. La soucoupe d'arrimage décolla et sortit du centre. Elle rejoignit alors le robot.

« Pildeeer on ! »

La cabine de pilotage s'introduisit dans la tête de la machine dont les yeux étincelèrent.

« Ça y est Z, on y retourne ! Maziiiin Go ! »

Le robot démarra et se mit à courir.

« Jet Scrander ! »

Lorsque les ailes furent arrimées, le Mazinger s'éleva dans les airs et se dirigea vers l'océan.

« Tu sais Z, cette fois, il faut vraiment qu'on résolve le problème pour de bon, je compte sur toi, hein ? »

Koji arriva à l'endroit indiqué. Sous l'eau, la visibilité était moins bonne, mais il l'aperçut de loin. Contrairement aux autres, celle-ci était très petite, peut-être de la taille d'une voiture ou d'un camion. Il se tint à distance en espérant qu'elle ne le repérerait pas, sans trop y croire non plus ; il avait appris à connaître ses congénères et il n'y avait pas de raison, à priori, pour que celle-ci se comporte différemment ! Elle se mouvait assez rapidement, plus rapidement que sur terre, c'était assez logique puisqu'elle se trouvait dans son élément. Koji la suivit un bon moment, elle ne semblait pas s'être rendu compte de sa présence ou du moins, elle ne manifestait rien de tel dans son comportement. C'est alors qu'il aperçut des rochers et vit que la chose se collait contre. Le jeune homme regarda la carte que lui avait donnée Procyon ; il s'agissait d'un îlot rocheux. Son regard se dirigea de nouveau vers elle. Il la vit alors rétrécir petit à petit puis finalement disparaître. Il approcha le robot et constata que le rocher était creux à l'endroit où elle s'était éclipsée. Il remonta à la surface et se rendit sur l'îlot.

Il contacta le centre et mit Procyon au courant de ce qu'il venait d'observer.

« Professeur, je vais aller voir ce qu'il y a dans ce trou, annonça-t-il.

- Il n'en est pas question ! s'exclama son interlocuteur. C'est beaucoup trop risqué !

- C'est la seule façon de savoir ce qui se passe et peut-être de la détruire, argumenta le jeune homme. Je ne peux pas laisser passer une telle opportunité.

- Mais tu rêves ! se récria le chercheur. Ne te rends-tu pas compte que tu pénètres dans son antre ? Non seulement tu n'arriveras pas à la détruire, mais en plus tu seras à sa merci.

- Professeur, insista le pilote, nous n'aurons peut-être pas d'autres occasions !

- Qu'est-ce que tu peux être entêté parfois, soupira Procyon, tu en perds tout sens du discernement ! Et si c'était un piège ? N'oublie pas qu'elle est intelligente.

- Ça m'est égal ! Il faut que j'aille voir !

- Koji ! Quand deviendras-tu raisonnable ?

- Plus tard... ou peut-être jamais ! Je n'ai pas envie d'être raisonnable ! A tout à l'heure Professeur !

- Koji ! Tu es fou ! »

Le jeune homme coupa le contact. Il passa ses mains sur ses hanches et sentit son couteau d'un côté et son pistolaser de l'autre. Des armes bien faibles en réalité face à cet ennemi-là. Le Jet Pilder se retira de la tête du Mazinger et atterrit aux côtés du robot. Koji en sortit. Il se dit qu'en ce moment même, le professeur devait le traiter de gamin irresponsable et obstiné mais cela ne l'empêcha pas de revêtir son équipement de plongée. Certes, Procyon avait raison : il était en train de commettre une folie, il s'en rendait parfaitement compte, mais quelque chose de plus fort que lui le poussait à y aller. Il avait l'intime conviction que c'était ici que se trouvait la réponse aux interrogations qu'ils avaient tous depuis que la chose était apparue.

Il plongea, descendit et s'approcha du trou dans lequel la chose s'était enfilée. Il était largement assez grand pour permettre à un homme de s'y tenir debout. Il alluma sa lampe et y pénétra. Ce n'était pas une galerie naturelle, les parois étaient beaucoup trop lisses. Il s'y engagea résolument et marcha durant quelques dizaines de mètres. Il se trouva alors à une intersection face à trois galeries et hésita. Laquelle prendre ? Deux d'entre elles semblaient descendre dans les profondeurs selon une pente assez raide tandis que la troisième se poursuivait en une pente légèrement ascendante. Koji décida d'emprunter cette dernière. Il s'y aventura prudemment et poursuivit son ascension. Quelques instants plus tard, sa tête sortit de l'eau, suivie de tout son corps. Il était au-dessus du niveau de la mer. La galerie débouchait sur une vaste pièce qui, à l'exception d'un meuble situé au fond, était entièrement vide. Il y pénétra et la pièce s'éclaira. Elle avait été aménagée : le sol était recouvert de carrelage, la totalité du plafond émettait de la lumière et des grilles y étaient fixées ; il supposa que cela devait être des conduites d'aération. Il s'approcha du fond de la pièce et déposa son équipement de plongée et sa lampe dans l'un des coins. L'air était effectivement respirable. Il constata que cette pièce ne disposait que d'une seule issue, celle par laquelle il était arrivé.

Il s'approcha du meuble, tira sur la poignée et ouvrit la porte. Il eut un mouvement de recul et resta interdit en découvrant son contenu. Par réflexe, il dégaina son pistolaser. Sur chacune des trois étagères reposait un bocal transparent au sein duquel se trouvait ce qui semblait être un cerveau humain baignant dans un liquide probablement nourricier ! Des tuyaux reliaient chaque bocal à une grande boîte opaque. Le cœur au bord des lèvres, il se souvint que les véghiens utilisaient des cerveaux ayant appartenu à des euphoriens pour piloter leurs golgoths. Procyon voyait certainement juste en supposant un rapport entre la chose et Véga. Mais que faisaient-ils là ? Étaient-ils en attente d'être greffés sur des golgoths lorsque Goldorak détruisit la base sous-marine ou devaient-ils servir à autre chose ? Ses réflexions furent brutalement interrompues, il se sentit tiré en arrière, perdit l'équilibre et s'affala sur le sol. Son pistolaser lui échappa et échoua au bas du meuble. Un tentacule vert s'était enroulé autour de sa taille et le tirait vers l'orifice de la galerie par lequel il était arrivé et qui se trouvait désormais complètement obstrué par la masse verte. Il se débattit sans succès, la chose l'attirait à elle.

« Inutile de lutter ainsi, se dit-il en repensant à la capture de Vénusiak, elle est bien trop forte. »

Il saisit son couteau et parvint à sectionner le tentacule, ce qui le libéra. Il se souvint, avec une certaine angoisse, que cette pièce ne disposait que d'une seule issue. D'un bond, il se remit sur ses pieds et, voyant que la chose déployait un autre bras, beaucoup plus gros que le précédent, il plongea au fond de la pièce et alla s'écraser contre le meuble. Le choc lui fit lâcher son couteau qui fut projeté contre le mur, loin de lui. Malgré qu'il fut un peu étourdi, il parvint à se saisir de son pistolaser alors que le tentacule s'enroulait autour de l'une de ses chevilles. Il fut traîné sur le dos, pieds en avant, en direction de la masse verte.

« Tiens ! attrape ça ! »

Il tira quelques rafales qui entamèrent le bras qui le tenait prisonnier mais la chose riposta en déroulant un second tentacule qui vint s'enrouler autour de son autre cheville. Il continua de tirer, un troisième tentacule vint remplacer le premier. Rien à faire, la lutte était trop inégale. Ses pieds pénétrèrent dans la masse verte et il la sentit progresser autour de ses jambes, de ses genoux, puis de ses cuisses.

« Cette fois, je suis perdu !... » songea-t-il.

Il refusait pourtant de s'avouer vaincu. Même s'il n'avait aucune chance, il se battrait jusqu'au bout ! Il continua de tirer mais il était absorbé inexorablement, ses hanches disparaissaient maintenant à l'intérieur de la chose. Il la sentait lui enserrer le corps et lui communiquer sa chaleur. Curieusement, son contact n'était ni visqueux ni collant. Une torpeur, douce et enivrante, commençait à l'envahir.

« Non, ce n'est pas possible... » murmura-t-il.

Le fait d'entendre sa propre voix eut pour effet de le sortir quelque peu de l'engourdissement qui le gagnait. Il retrouva une certaine lucidité et repensa soudain à ce qu'il avait vu au fond de la pièce.

« A moins que... »

Il aurait dû y penser plus tôt. Il rassembla ses dernières forces, rejeta ses bras et sa tête en arrière et pointa son pistolaser en direction du meuble. La porte était restée grande ouverte. Il fallait qu'il fasse vite, la masse verte lui arrivait maintenant au niveau des aisselles.

« Si je dois mourir, je ne serai pas le seul ! Prends ça ! et ça ! et ça ! »

Il tira en visant tour à tour chacun des trois cerveaux. Dès qu'il eut détruit le dernier, il sentit l'étreinte se relâcher autour de sa poitrine et de ses épaules et constata que son corps s'immobilisait. La chose ne l'attirait plus. Ses muscles se détendirent, il se laissa aller et ferma les yeux. Il resta quelques instants étendu ainsi en reprenant son souffle. Quand il rouvrit les yeux, il vit que la lumière émise par le plafond faiblissait. Il se dégagea de la masse verte sans difficulté, se redressa, s'assit et passa les mains sur son visage. Il se sentait fatigué. Il se mit debout, récupéra son couteau et se dirigea vers son équipement de plongée qu'il revêtit. Maintenant il fallait sortir de cette pièce. L'orifice de la galerie par laquelle il était venu étant la seule issue, il lui faudrait forcer le passage. Il se saisit de son pistolaser, tira quelques rafales. La masse verte se désagrégea sous l'effet du rayon, elle avait perdu sa puissance et n'était plus qu'une masse inerte, la pièce s'assombrissait mais la voie était libre. Il utilisa de nouveau son pistolaser pour se frayer un chemin au travers de ce qu'il restait du monstre et regagna l'océan.

En apercevant Mazinger Z sur le rocher où il l'avait laissé, il songea qu'il s'en était fallu de peu pour que son robot ne retrouve pas son pilote. Procyon avait raison, il était décidément trop imprudent ! Il fit un clin d'œil à Z.

« Et toi ? Qu'en penses-tu ? Tu crois que je devrais devenir plus raisonnable ? »

Il posa les mains sur les chevilles de l'impassible machine.

« On y va..., » lui murmura-t-il.

Il avait hâte de rentrer pour pouvoir se reposer, il grimpa dans le Jet Pilder.


« Des cerveaux... ! s'exclama Procyon lorsque Koji le mit au courant de ce qui s'était passé. Des cerveaux commandaient ces monstres !

- Cela signifie que la chose avait une conscience, fit remarquer Argoli, vous aviez raison Professeur. Cela veut également dire qu'elle avait une intention, mais nous ne saurons jamais laquelle.

- Une mauvaise intention en tout cas, enchaîna Cochyre. Comment cela peut-il s'expliquer ? Nous sommes des victimes de la guerre contre Véga au même titre qu'eux.

- Peut-être que ces cerveaux avaient déjà été conditionnés à tuer du fait d'un traitement au lasernium.

- Heureusement que Koji a pu les détruire.

- Oui, cette fois, c'est bien fini, nous n'entendrons plus parler de Véga... »

Étendu sur le canapé du salon du centre de recherches, le jeune pilote fermait les yeux. Il sentait la fatigue l'envahir et n'arrivait plus à suivre la conversation. Il entendit à peine la voix du Professeur lui dire :

« Tu es épuisé, tu devrais dormir un peu. Nous reparlerons de tout cela plus tard. »

Il y eut le bruit d'une porte que l'on fermait et Koji sombra dans le sommeil.