Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


4. Les enfants de Suprénia

La semaine se passa sans incident. Les travaux sur Marinak et Alcorak étaient en cours. Procyon et son équipe travaillaient sur le dossier Spatiorak. Le samedi matin Koji décida d'aller faire un tour avec Z. Ce serait sans doute la dernière fois qu'il l'utiliserait hormis pour le ramener au musée du robot. Se séparer de Z lui coûterait, il le savait, mais il n'avait pas le choix. Après une longue balade, il rentra au centre et retrouva Procyon dans le salon.

« Ta promenade a été plus longue que d'habitude », remarqua ce dernier.

Koji ne répondit rien.

« Hmm... Cela a un rapport avec Mazinger Z, n'est-ce pas ?

- Oui, reconnut le jeune homme. Il me manquera, mais je m'y ferai. Quand dois-je le ramener au musée ?

- Le professeur Yumi souhaiterait être avec toi lorsque tu le rendras. Tu comprends, il voudrait remercier le directeur du musée de vive voix. Il faudrait que vous vous retrouviez là-bas. Il souhaite que tu l'appelles dans la semaine pour fixer une date la semaine suivante.

- Alors cela veut dire que nous gardons Z encore une semaine ?

- Oui, Yumi sera trop occupé dans les prochains jours et ne pourra pas se libérer. »

Koji esquissa un sourire.

« Je vois que cela te fait plaisir.

- Oui, Professeur. Je ne m'y attendais pas.

- Bon, et si on parlait de cet après-midi ? Nous partirons vers quinze heures. Nous prendrons la navette du centre. Cela t'ennuierait-il de conduire ?

- Non, je prendrai le volant. Argoli m'a dit qu'il partait en voyage de noces demain matin pour quinze jours.

- Oui, c'est bien cela. Nous allons manger ? »

Ils se dirigèrent vers la cuisine. Procyon avait préparé le repas. Ils déjeunèrent en parlant de choses et d'autres. Le sujet de la mystérieuse masse verte fut naturellement abordé, sur un ton cependant assez léger puisque Koji avait résolu le problème en détruisant les cerveaux qui la commandaient, dans la grotte au milieu de l'océan. La chose ferait partie désormais d'un des multiples épisodes ayant jalonné la période de lutte contre les forces de Véga : un souvenir parmi tant d'autres.

Lorsque Procyon et Koji arrivèrent sur les lieux où devait se dérouler la cérémonie du mariage, ils furent accueillis par Cochyre qui était déjà là depuis un moment. Il y avait beaucoup de monde. Capella et Argoli étaient très accaparés et Procyon suggéra d'attendre un peu avant d'aller les féliciter. Riguel et sa famille arrivèrent ensuite, suivis d'Antarès. Mizar ne tenait pas en place et courait partout. Après la cérémonie, les mariés furent retenus pour la séance de photos et les invités conviés au repas se rendirent directement au restaurant qui avait été réservé exclusivement pour eux pour toute la soirée. Le dîner fut servi dans la salle de restauration au rez-de-chaussée puis les réjouissances se poursuivirent dans la salle du premier étage où ceux qui le souhaitaient pouvaient danser. Cette salle était munie de baies vitrées qui donnaient sur un grand balcon. De là, on pouvait admirer le parc se trouvant derrière le bâtiment. N'étant pas clôturé, une petite route de campagne, qui le longeait, servait à le délimiter.

Quelques convives se trouvaient sur le balcon. La nuit était douce et le ciel, très dégagé, laissait briller les étoiles. Les conversations et les rires allaient bon train. Les mariés étaient rayonnants et Capella toujours aussi belle. Elle se trouvait près de Koji et bavardait avec lui. Soudain, un bruit de verre brisé attira l'attention des invités qui se trouvaient là. Ils tournèrent tous la tête et aperçurent Antarès qui venait de lâcher sa coupe de champagne. Son visage était blême, son bras tendu indiquait quelque chose par-delà la rambarde du balcon. Toutes les personnes présentes orientèrent leur regard dans cette direction. Ils écarquillèrent les yeux et poussèrent des cris de stupéfaction en apercevant la masse verte qui se trouvait là, au ras du balcon. Elle occupait tout le parc et une partie de la route. Personne ne fut capable, sur le moment, de faire le moindre geste.

« Misère... ça recommence ! s'exclama Vénusia.

- Vite, tous à l'intérieur ! s'écria Procyon.

- Noooon ! Au secours ! »

Capella venait de pousser un cri désespéré. Un tentacule s'était enroulé autour de sa taille et la tirait vers l'extérieur.

« Capella ! » hurla Argoli.

Pendant qu'Argoli s'élançait en direction de sa femme, Koji l'attrapa et essaya de la retenir mais il fut saisi à son tour par un autre tentacule et entraîné avec elle. Tous deux passèrent par-dessus la rambarde et atterrirent sur la surface de la chose dans laquelle Capella s'enfonça aussitôt. Le jeune homme se releva, l'empoigna sous les bras et tenta en vain de la libérer tandis qu'Antarès et Cochyre retenaient Argoli qui voulait enjamber le balcon. Koji sentit le corps de la jeune femme s'alourdir et constata qu'elle s'était évanouie. Il entendit des sanglots et des cris. Au même instant, une légère dépression se forma sous ses pieds, il perdit l'équilibre et tomba sur le dos. Il sentit alors son corps pénétrer dans la chose.

« Non, ce n'est pas vrai, songea-t-il, cela ne peut pas se passer comme ça... »

Il lutta contre son emprise mais elle possédait une telle force qu'elle le maîtrisa rapidement. En quelques instants, à l'exception de son visage, tout son corps fut recouvert par la masse verte qui l'immobilisa. Il sentit sa chaleur se répandre en lui. Même si elle restait ferme, son étreinte se faisait simultanément plus douce, presque tendre. Il se sentait merveilleusement bien. Des sentiments contradictoires s'agitaient en lui : sa raison lui disait de ne pas céder mais son corps ne demandait qu'à se soumettre.

« Comment cela peut-il être possible ? se demanda-t-il. De quel pouvoir dispose-t-elle et qu'est-elle en train de me faire ? »

Ces sensations le déroutaient et, au fur et à mesure qu'elles s'accentuaient, sa volonté s'affaiblissait. Ses muscles se détendirent malgré lui, il cessa de résister, ses paupières s'alourdirent, ses yeux se fermèrent. Il se laissa envahir par la torpeur troublante qui le gagnait. Le temps paraissait s'être arrêté et il glissait doucement vers l'inconscience. Il ne percevait plus bien les limites de son corps comme si celui-ci se prolongeait dans la masse qui l'enlaçait, à moins que ce ne fut elle qui s'infiltrait en lui ; il n'aurait su le dire, mais il lui semblait ne faire plus qu'un avec elle. Alors, semblant émerger de nulle part, un contact s'établit.

« Le robot, nous voulons le robot, va le chercher. »

Ce n'était pas une voix. C'était une demande, ferme et tendre à la fois, qui pénétrait toutes les cellules de son corps. Un nom le traversa tout entier.

« Z...

- Oui, c'est ça, va le chercher, amène-le ici.

- Z... »

Koji avait reçu le message, il comprenait ce qu'il voulait dire : ceux qui avaient établi le contact avec lui voulaient Mazinger Z, ils voulaient son robot. Le jeune homme ne parvenait pas à réfléchir, il ne put même pas faire d'hypothèse sur les intentions de ses interlocuteurs ou s'interroger sur la meilleure attitude à adopter vu la situation dans laquelle il se trouvait. Il n'arrivait pas non plus à émettre une réponse quelle qu'elle soit. En fait, il n'essayait même pas. C'était comme si plus rien n'existait excepté cette évidence : ils voulaient Z.

« Z...

- Oui, nous allons te libérer, tu vas aller le chercher et l'amener ici.

- Le chercher... »

Subitement, Koji eut pleinement conscience de ce que cela signifiait. En une fraction de seconde, il réalisa qu'il devait leur donner sa machine. Cependant, malgré l'engourdissement de sa volonté, il ne pouvait pas s'y résoudre. Il essaya de bouger mais il n'en avait pas la possibilité. Il tenta de s'opposer à l'injonction qu'il recevait. Ses lèvres laissèrent échapper un gémissement.

« Non... pas Z...

- Tu te fatigues trop en résistant de la sorte. Détends-toi. Nous ne te ferons pas de mal. D'ailleurs, notre intention n'est pas de nuire à qui que ce soit, mais amène-nous le robot. »

Malgré l'insistance de ceux qui communiquaient avec lui, une certitude s'était imposée au jeune homme : il refusait de leur livrer sa machine et, désormais, il n'y avait plus que cela qui importait.

« Pas Z...

- Il le faut, Koji, il faut que tu nous amènes Mazinger Z.

- Non... laissez-moi...

- Lutter ainsi est inutile et cela va t'épuiser. Nous allons devoir couper le contact. Amène-nous le robot, sinon la jeune femme que nous retenons prisonnière mourra. Tu as bien compris ? elle mourra.

- Z... non... »

Tout devint noir, il perdit conscience.

« Où suis-je ? murmura Koji en revenant à lui. Que s'est-il passé ? »

Il se sentait fatigué. Les étoiles brillaient au-dessus de lui. Il se rendit compte qu'il était étendu sur le dos à la surface de la chose ; elle l'avait libéré. Les souvenirs des derniers instants passés au sein de la masse verte lui revinrent en mémoire. Il passa les mains sur son visage, prit appui sur l'un de ses bras, se redressa et aperçut Capella près de lui, toujours prisonnière ; elle semblait dormir. Il se releva avec peine et se dirigea vers le balcon. Les autres le regardaient, médusés. Cochyre lui tendit la main et sans un mot, il l'aida à enjamber la rambarde. La surprise se lisait sur tous les visages, ils ne s'attendaient certes pas à le revoir vivant.

« Ils veulent Mazinger Z, annonça le jeune homme en soupirant. Ils gardent Capella en otage et la tueront si nous ne satisfaisons pas leur demande.

- Qui ça, « ils » ? l'interrogea Argoli d'une voix mal assurée.

- Ce sont probablement des cerveaux, des cerveaux qui animent la chose. Ils m'ont dit qu'ils ne feraient de mal à personne à condition que nous leur donnions Z.

- Mais que veulent-ils en faire ? lui demanda Procyon, perplexe.

- Je n'en sais rien.

- De toute façon, nous ne pouvons pas leur faire confiance, répliqua Antarès, ils ont essayé de tuer Vénusia.

- Elle avait attaqué la chose, lui répondit Procyon, celle-ci n'a peut-être fait que se défendre. Et puis, qui nous dit qu'ils l'auraient réellement tuée ?

- Professeur, vous exagérez ! s'emporta Riguel. N'oubliez pas qu'ils ont essayé de tuer Koji également.

- Qu'en dis-tu, Koji ? poursuivit Procyon. Crois-tu qu'ils soient sincères ?

- Là-bas, dans la grotte au milieu de l'océan, j'étais persuadé que la chose allait me tuer. Mais, je ne sais pas quoi penser, il y a aussi une telle douceur en elle, ajouta-t-il à mi-voix, encore troublé par leur récente intimité.

- Quoi qu'il en soit nous ne pouvons pas laisser mourir Capella, plaida Vénusia.

- Koji, enchaîna Procyon, viens avec moi, nous allons chercher Mazinger Z. Vénusia a raison, nous devons tout faire pour tenter de la sauver. »

Le jeune homme se tourna vers lui et le regarda intensément, il serra les poings, mais il hocha la tête en signe d'acquiescement.

« Quant à vous, ne tentez rien contre la chose, leur intima Procyon, il en va de la vie de Capella. Antarès et Cochyre, je vous laisse le soin de renvoyer les autres invités chez eux. »

Le Professeur regagna la navette et s'installa au volant. Koji prit place à ses côtés. Le silence s'installa. Procyon observait le jeune homme, il paraissait soucieux, les yeux dans le vague, il regardait la route sans la voir et sans rien dire. Lorsqu'ils arrivèrent au centre, Procyon immobilisa le véhicule, coupa le contact et prit la parole.

« Koji, je ne crois pas que la chose ait de mauvaises intentions. Elle n'a fait de mal à personne, pour l'instant, elle n'a fait que se défendre.

- Pourquoi veut-elle Z ? Une fois qu'elle l'aura, nous ne pourrons rien faire contre elle si elle décide de s'en servir pour tout détruire.

- Je n'en sais rien, mais si ce sont réellement des euphoriens qui la commandent, il n'y a à priori aucune raison qu'ils nous nuisent.

- Des euphoriens ? Si seulement Actarus était là...

- Il n'est pas là et il va bien falloir se débrouiller sans lui. Écoute, j'y retourne, rejoins-nous avec Z. »

Le jeune homme acquiesça d'un signe de tête et descendit de la navette. Celle-ci démarra et s'éloigna. Koji se sentait de mauvaise humeur. Non seulement il était forcé de leur livrer Z, ce qui était déjà difficilement supportable, mais ce qui le contrariait encore plus, c'était le pouvoir qu'ils avaient sur son corps et sur sa volonté. Là, cela devenait vraiment intolérable ! De colère, il jeta un coup de pied dans un caillou qui fut projeté au loin et, malgré la fatigue qu'il ressentait, il se mit à courir vers la porte d'entrée du centre.

À son arrivée, Mazinger Z se plaça face à la chose. Le Jet Pilder quitta sa tête et vint se poser à proximité de lui. Koji en descendit mais ne se résolut pas à s'éloigner, ne serait-ce que de quelques pas. Machinalement, il se plaça devant la soucoupe d'arrimage, comme pour la protéger. Il commençait à se sentir très fatigué. Les invités étaient partis à l'exception de Riguel, ses enfants, Procyon et ses assistants, mais ils se tenaient tous à distance. Ils observaient la chose. De longues minutes s'écoulèrent puis ils entendirent Capella les appeler. Ils levèrent la tête et l'aperçurent, elle leur faisait signe. La chose sculpta un escalier dans sa masse et Capella l'emprunta. Argoli s'élança vers elle et la prit dans ses bras.

« Tu n'as rien ma chérie ?

- Non, que s'est-il passé ? Je me souviens que la chose m'a attrapée, ensuite, je ne sais plus. »

Argoli l'entraîna à l'écart. Koji continuait d'observer la masse verte en se demandant ce qu'elle allait faire du robot. L'escalier se transforma et une cavité allongée fit son apparition. Un tentacule vint s'enrouler autour de ses épaules mais il n'y exerça qu'une légère pression. Le jeune homme comprit qu'il était invité à établir un nouveau contact. Il fit quelques pas dans la direction de la chose, Procyon l'arrêta.

« Tu y vas ? »

Koji se retourna vers lui.

« S'ils veulent me tuer, ils peuvent le faire très facilement et ils n'ont pas besoin de s'y prendre ainsi. Je ne crois pas qu'il y ait de danger. »

Il s'approcha du creux qui lui était apparemment destiné. Au souvenir du contact précédent, il eut un instant d'hésitation. La pression qu'exerçait le tentacule sur ses épaules se fit légèrement plus insistante. Il frissonna, jeta un coup d'œil à Mazinger Z puis s'allongea en espérant qu'il aurait quelques explications quant à l'utilisation qu'ils comptaient faire de son robot. Il ferma les yeux, la masse verte l'enveloppa. Il se laissa glisser vers cet état de semi conscience qui permettait d'établir la communication. Il perçut alors « leur » présence. Tout son être émit la question qui lui tenait à cœur.

« Pourquoi Z ?

- Ton robot possède les seules armes qui puissent vraiment détruire Lhydra.

- Lhydra ?

- C'est le nom de la masse verte au sein de laquelle tu te trouves et qui nous permet d'entrer en communication avec toi. Maintenant, ta machine est à notre portée, nous pouvons la prendre si nous le désirons et personne ne pourra plus rien contre nous. Mieux, nous pouvons tout anéantir en l'utilisant. Ce serait facile pour nous désormais.

- Vous allez... ?

- Nous te l'avons dit : nous ne voulons de mal à personne mais tu nous tires dessus dès que tu en as l'occasion, que ce soit effectivement sur nous ou sur Lhydra. Il n'a pas été facile d'établir le contact avec toi, tu te défends bien, tant physiquement que psychiquement. Tu nous as prêté des intentions qui ne sont pas les nôtres. Il nous fallait trouver un moyen de te convaincre. En ayant ton robot à disposition sans nous en emparer, nous espérons que tu le comprendras.

- ... Oui, mais, et Capella ?

- Nous n'avons jamais eu l'intention de la tuer mais si nous n'avions pas eu recours à ce chantage, tu ne nous aurais pas amené Mazinger Z.

- ...

- Nous te sentons trop fatigué pour poursuivre cette conversation. Nous la reprendrons plus tard. Nous te dirons qui nous sommes et pourquoi nous avons pris contact avec toi mais, pour l'instant, tu dois te reposer. Récupère ta machine. Lhydra va te libérer. »

Le jeune homme revint doucement à la réalité. Il ouvrit les yeux. Les autres s'étaient approchés et le regardaient l'air interrogatif.

« Nous pouvons rentrer, dit-il simplement. Nous n'avons rien à craindre d'elle. »


Cette nuit-là, Koji dormit profondément. À son réveil, il constata qu'il était déjà dix heures et demie. Capella et Argoli étaient certainement partis pour leur voyage de noces. En tout cas, ils se souviendraient de leur mariage pour le moins mouvementé ! Le jeune homme se sentait encore fatigué mais il fallait qu'il se lève. Il était attendu chez Riguel, ainsi que Procyon et ses assistants, pour le déjeuner. Après une toilette rapide, il rejoignit le professeur dans le salon.

« Comment te sens-tu ? lui demanda celui-ci.

- Encore un peu fatigué, mais ça ira.

- Je n'ai pas voulu t'interroger hier soir mais j'aimerais bien que tu me dises ce qu'il en est concernant la chose. »

Koji lui raconta ce qu'il savait, puis il ajouta :

« J'irais bien voir si Lhydra est restée là où nous l'avons laissée hier soir.

- Inutile, elle est ici.

- Ici ?

- Oui, à proximité du centre. Je suis sorti faire quelques pas ce matin et je l'ai aperçue. Depuis, je vais voir de temps en temps, elle n'a pas bougé. Nous partons ? »

Koji acquiesça. Une fois dehors, il observa Lhydra de loin avant de rejoindre Procyon. Ils prirent la navette du centre pour se rendre chez Riguel.

Durant le repas, le jeune pilote fut naturellement sollicité pour faire de nouveau le récit de ses aventures avec Lhydra. Mizar l'écoutait subjugué.

« J'aimerais quand même bien savoir ce qu'ils veulent, dit Antarès.

- Nous le saurons bientôt, lui répondit Procyon. Ils ont dit à Koji qu'ils poursuivraient leur conversation d'hier.

- Puisqu'ils ont interrompu cette conversation du fait que Koji était trop fatigué, ils pourraient tout aussi bien la poursuivre avec l'un d'entre nous, fit remarquer Cochyre. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas envisagé cette possibilité.

- Moi je le sais, lança Riguel avec un sourire malicieux. Lhydra a été séduite par le charme de notre jeune et beau pilote. »

Tout le monde se mit à rire à l'exception de Koji qui n'appréciait pas la tournure que prenait la conversation.

« Je ne trouve pas ça drôle ! répliqua-t-il.

- Attention Koji ! le taquina Vénusia. Le jour où tu nous amèneras une jolie fille, ton amie Lhydra risque d'être jalouse.

- D'abord, ce n'est pas mon amie, rétorqua-t-il sèchement. Ensuite, ma vie privée ne la concerne en rien.

- Dis, l'interrogea Mizar, comment se sent-on lorsqu'on se trouve à l'intérieur de Lhydra ? »

À cette évocation, Koji sentit un frisson le parcourir. Le souvenir des sensations qu'il avait éprouvées au contact de Lhydra le troublait plus qu'il ne voulait se l'avouer, ce qui acheva de le mettre de mauvaise humeur. Il haussa les épaules, se leva, jeta un coup de pied dans un caillou qui se trouvait là et s'éloigna du groupe. Il perçut cependant une partie de la conversation qui se poursuivait.

« Moi, continua Mizar, je suis sûr qu'il nous cache quelque chose.

- Vous ne devriez pas le taquiner avec ça, leur reprocha Procyon. Ce type de communication doit être assez éprouvant nerveusement. Inutile d'en rajouter. »

Koji remercia mentalement le professeur et décida de faire quelques pas. Cela le calmerait. Il marcha un moment aux alentours du ranch sans but précis. Se sentant de nouveau assez fatigué, il s'allongea près d'un arbre et finit par s'endormir.

« Koji ! Réveille-toi ! »

Il entendit qu'on l'appelait et sentit qu'on lui secouait l'épaule. Il ouvrit les yeux, il vit dans un brouillard que le professeur était penché sur lui. Il avait trop chaud et se sentait mal.

« Cela fait un moment que nous te cherchons. Tu es brûlant de fièvre, nous allons rentrer et tu vas aller te coucher. »

Le jeune homme se leva péniblement et se laissa raccompagner. Une fois au centre, il se rendit directement dans sa chambre, se déshabilla, enfila un pyjama et s'étendit sur son lit, épuisé.


Koji fit de la fièvre toute la nuit. Au matin, il allait mieux mais passa quand même toute la journée au lit ce qui lui permit de récupérer. Il reprit son travail le mardi matin. L'équipe poursuivait l'étude du dossier relatif à la conception de Spatiorak. Les travaux de transformation d'Alcorak étaient terminés. Koji allait pouvoir effectuer les essais en vol. Procyon lui donna les dernières instructions.

« Nous avons installé un indicateur te signalant le niveau de remplissage du réservoir à photons. Tu ne peux utiliser l'alimentation photonique qu'à partir d'un taux minimum de remplissage indiqué par ce trait rouge. Actuellement, le réservoir est vide, tu vas donc démarrer en utilisant l'alimentation habituelle.

- Compris, Professeur. »

Koji s'installa aux commandes de l'appareil.

« Alcorak, Go ! »

L'O.V.T. décolla et prit rapidement de l'altitude. Procyon et ses assistants suivaient son vol sur l'écran du centre de recherches.

« Professeur, annonça Cochyre au bout d'un moment, Alcorak va quitter la troposphère et pénétrer dans la stratosphère.

- Très bien. Koji, tu vas pouvoir commencer à remplir le réservoir. Préviens-nous lorsque tu en auras suffisamment pour passer sur l'alimentation photonique.

- Bien reçu ! »

Quelques instants plus tard, Koji les informa qu'il était prêt. Il actionna la commande. Le passage d'une alimentation à l'autre ne fut perceptible ni par les scientifiques ni par le pilote, il s'effectua sans aucun problème.

« Impeccable ! commenta Procyon. Koji, tu vas effectuer quelques passages d'une alimentation à l'autre, puis tu feras le plein de photons et tu rentreras. J'aimerais que tu effectues le retour et l'atterrissage en utilisant l'alimentation photonique.

- Entendu Professeur. »

Lorsqu'Alcorak eut effectué l'ensemble des tests prévus et que Koji eut rejoint ses collègues, Procyon leur annonça qu'il était tout à fait satisfait.

« En attendant que Spatiorak soit construit, nous allons nous servir de Cosmorak pour passer à la phase suivante, à savoir, l'utilisation de l'alimentation photonique dans l'espace. Nous allons donc l'équiper et lui apporter quelques modifications. En effet, comme vous le savez, Cosmorak a été construit pour le combat et non pas pour héberger des voyageurs de l'espace. Nous étudierons ça demain matin. »


Le mercredi matin, Procyon et ses collaborateurs travaillèrent sur l'aménagement de Cosmorak. Il fut décidé que le module que pilotait Phénicia serait enlevé et que les deux autres ne seraient plus séparables. Le poste de pilotage où était placée Vénusia n'existerait plus. Un espace habitable et un espace de stockage seraient aménagés derrière le poste de pilotage où se trouvait Koji. Ce module serait agrandi dans le sens de la longueur pour permettre ces aménagements. Le vaisseau serait équipé d'un système de mise en orbite et d'un autre permettant le décollage au sol. Pour l'armement, il ne disposerait plus que du cosmolaser et des missiles cosmos. Ces derniers partiraient désormais du devant de l'appareil.

« Bien entendu, ces armes n'ont plus d'utilité actuellement, précisa Procyon. Mais puisqu'elles existent déjà sur le vaisseau, autant les conserver. Je ne vous cache pas que l'espace disponible derrière le poste de pilotage sera assez réduit. Mais l'objectif n'est pas d'effectuer de longs séjours dans l'espace avec Cosmorak. Pour cela, nous utiliserons Spatiorak. »

Dans l'après-midi, Procyon proposa à Koji de reprendre contact avec Lhydra.

« Si tu te sens suffisamment en forme, lui dit-t-il, nous pourrions aller voir s'ils sont d'accord pour reprendre votre conversation. J'aimerais bien savoir ce qu'ils veulent.

- Je me sens parfaitement bien. J'y vais.

- Attends, je t'accompagne. »

Ils se rendirent auprès de Lhydra. Ils constatèrent qu'elle n'avait pas bougé depuis son arrivée. Ils attendirent quelques instants puis une cavité se forma. Koji fit un signe de tête à Procyon et s'y installa. Dès que les conditions de communication furent remplies, ses « hôtes » l'établirent.

« Nous sommes ravis que tu ailles mieux.

- Merci.

- Nous t'avons promis de te dire qui nous sommes et pourquoi nous avons pris contact avec toi. Nous allons donc le faire. Tu sais que les hommes de Véga utilisaient les cerveaux de certains de leurs prisonniers pour piloter les golgoths. Nous étions, entre autres, destinés à cela lorsque Goldorak a détruit leur base sous-marine.

- Alors, vous venez de la planète Euphor ?

- Des cerveaux d'euphoriens étaient effectivement utilisés mais pas seulement. Nous venons de la planète Suprénia. Les habitants de cette planète possèdent des facultés psychiques beaucoup plus développées que les vôtres. Cela nous permet de communiquer entre nous malgré le fait que nous n'ayons plus de corps. Mais vous, les habitants de la Terre, vous ne possédez pas ces aptitudes, nous avons donc besoin d'une interface pour que les informations passent entre vous et nous. Pour cela, nous pouvons utiliser Lhydra qui est une algue qui a muté sous l'effet d'émanations accidentelles de lasernium. Du fait de cette contamination, elle est très perméable aux ordres que nous lui donnons. De plus, elle possède des propriétés particulières qui peuvent nous permettre de dialoguer avec vous. Naturellement, c'est nous qui l'animons, elle ne peut rien faire par elle-même.

- Qu'attendez-vous de moi ?

- Nous n'avons plus de corps mais nous avons envie de vivre quand même. Nous avons une faveur à te demander ainsi qu'au professeur Procyon.

- Une faveur ? »

Ce mot surprit Koji. Les supréniens semblaient plutôt en position de force, eux qui, s'ils le désiraient, avaient le pouvoir de le retenir prisonnier au sein de Lhydra sans qu'il ne puisse faire grand chose pour s'y opposer.

« Si nous avons survécu jusqu'à présent, c'est que les véghiens nous avaient placés dans des récipients remplis d'un liquide nourricier très concentré et munis d'un dispositif assez complexe de renouvellement des principes actifs et d'alimentation en oxygène. Mais ces réserves s'épuisent et nous allons mourir. Nous voudrions demander au professeur Procyon s'il accepterait de nous héberger au centre de recherche. Nous pourrons lui indiquer la composition du liquide dont nous avons besoin et l'endroit où nous nous trouvons, près de l'ancienne base sous-marine véghienne. Bien entendu, nous n'avons pas l'intention de vivre en parasites. Parmi nous, se trouvent des scientifiques qui pourront vous aider dans vos recherches, la technologie suprénienne est beaucoup plus avancée que la vôtre.

- Combien êtes-vous ?

- Quinze. Onze hommes et quatre femmes.

- Quinze ? Vous étiez quinze en attente d'être greffés sur des golgoths ?

- Non, la plupart d'entre nous étaient destinés à des expériences. Nos facultés psychiques intéressaient les véghiens et nous pensons qu'ils espéraient trouver un moyen de les utiliser pour améliorer les capacités de combat de leurs machines. Et nous n'étions pas quinze, mais dix-huit. »

Koji se souvint alors des cerveaux qu'il avait découverts dans la grotte. Il se sentit assez embarrassé.

« Je... je ne sais pas quoi vous dire... je suis vraiment désolé... j'ai tué trois des vôtres dans la grotte...

- Ne t'inquiète pas, nous ne t'en voulons pas, tu ne pouvais pas savoir. Notre façon de nous y prendre pour entrer en contact avec toi prêtait à confusion, mais nous n'avions pas d'autres possibilités. Nous avons essayé d'utiliser Vénusiak afin de tenter un contact radio avec le centre ; cela n'a pas fonctionné.

- Pourquoi moi ?

- Nous pensions que notre situation serait mieux comprise par une personne ayant participé de près ou de loin à la lutte contre Véga. Et parmi elles, il nous fallait quelqu'un avec qui nous avions une compatibilité psychique suffisante afin de pouvoir établir une communication correcte. C'est toi qui répondait le mieux à ces deux critères... Es-tu d'accord pour transmettre notre demande à Procyon ?

- Oui, bien sûr.

- Nous allons imprégner ton cerveau des informations que tu devras donner à Procyon pour fabriquer le liquide nourricier et nous localiser en mer. Cela permettra que tu les lui transmettes sans risque d'erreur. Pour cela, nous allons te placer dans un état encore plus proche de l'inconscience que celui dans lequel tu te trouves actuellement mais tu ne t'évanouiras pas, à moins que tu ne résistes. Ensuite, Lhydra te libérera.

- Oui, j'ai compris.

- Une dernière chose : nous comprenons que les sensations que tu éprouves au contact de Lhydra te perturbent. Il faut que tu saches que ce n'est pas son contact qui les provoque, elle en serait bien incapable. Ce sont les ondes psychiques que nous t'envoyons, par son intermédiaire, afin de détendre ton corps et ton psychisme qui en sont la cause. Mais sans une détente suffisante, nous ne pourrions pas communiquer. Ne t'en inquiète pas.

- Oui, je vais essayer.

- Tu es prêt pour l'imprégnation psychique ?

- Oui.

- Surtout n'aie pas peur. Tu ne risques rien. »

Les sensations qu'éprouvait Koji s'intensifièrent. Il eut l'impression que son corps était en train de se dissoudre dans la masse qui l'emprisonnait. Instinctivement, il se raidit.

« Non... pas ça...

- Détends-toi, tu n'as rien à craindre. Laisse-nous faire et tout se passera bien. »

La présence douce et rassurante des supréniens eut raison de ses appréhensions. Il se laissa aller. Lorsque ce fut terminé, il revint lentement à la réalité et constata que Lhydra ne le retenait plus.


Procyon réunit ses collaborateurs et leur exposa la demande des supréniens que Koji venait de lui transmettre.

« En tant que directeur du centre de recherche, je prendrai moi-même la décision. Mais j'aimerais quand même avoir votre avis avant de le faire.

- Je pense qu'ils ont le droit de vivre, dit Cochyre. Ils ont assez souffert comme ça.

- Il est certain que ce sont des victimes de la guerre, reconnut Antarès, mais qui nous dit qu'ils sont réellement pacifiques ? Ils ont peut-être d'autres projets en tête... si je puis dire. Devons-nous vraiment courir ce risque ? Maintenant que nous savons où les localiser, nous pourrions tout aussi bien les détruire. Ils sont à notre merci. Qu'en penses-tu Koji ? Ne crois-tu pas qu'ils pourraient devenir une menace pour nous ? »

Koji se leva et se détourna d'eux. Il avait bien conscience qu'il ne pouvait plus être objectif. Une relation s'était établie entre les supréniens et lui, et cette relation était importante à ses yeux. Il souffrait à l'idée que ceux qu'il considérait déjà comme ses frères et sœurs d'un autre monde puissent être tués.

« Ne comptez pas sur moi pour les détruire », répondit-il après quelques instants de silence.

Percevant le malaise du jeune homme, Procyon se leva, s'approcha de lui et posa la main sur son épaule.

« Dis-nous ce qui se passe, Koji. »

Le jeune homme soupira et se retourna vers ses collaborateurs.

« Je ne sais pas si vous pourrez comprendre. J'ai détruit plusieurs masses vertes avec Mazinger Z, j'ai lutté contre elles aussi bien pour sauver Vénusia d'un danger qui n'existait pas que dans la grotte au milieu de l'océan où je pensais à tort que la chose en voulait à ma vie. J'étais bien décidé à me battre autant qu'il le faudrait pour les exterminer. J'ai même tué trois supréniens pour échapper à une menace qui n'en était pas une. Et puis, j'ai découvert que je m'étais trompé. Par le biais des contacts que j'ai eus avec eux, j'ai perçu leur humanité, et maintenant je me sens prêt à tout pour les défendre.

- Koji, lui dit Procyon, j'espère tout de même que tu ne t'en veux pas pour avoir tué trois d'entre eux. Qui aurait pu deviner qu'ils n'en voulaient pas à la vie de Vénusia ou à la tienne vu la façon dont la masse verte se comportait ? Tu n'es pas le seul à t'être trompé ; nous tous ici, nous avons fait la même erreur.

- Oui, je sais... mais maintenant, je suis sûr d'une chose : je veux qu'ils vivent. »

Il fit une pause, fixa le professeur dans les yeux et reprit en baissant la voix.

« Non, en fait, je devrais dire : j'ai besoin qu'ils vivent.

- Oui, je comprends. »

Procyon retourna s'asseoir et s'adressa à ses collaborateurs.

« Ce qui a l'apparence d'un monstre n'en est pas forcément un. La guerre contre Véga nous a peut-être aussi conditionnés à voir des agresseurs partout. »

Il fit une pause puis reprit.

« Bon ! S'ils sont sincères, les tuer ou les laisser mourir serait une sorte d'assassinat. Je pense que nous pouvons accéder à leur demande dans un premier temps et voir comment ils se comportent. Si toutefois ils nous attaquent, nous pourrons facilement les contrer puisqu'ils seront ici. À mon avis, nous ne prenons pas un gros risque. Et puis, la collaboration avec eux peut se révéler fructueuse.

- Où les mettrons-nous, Professeur ? interrogea Antarès.

- Dans une partie du centre placée sous haute surveillance, en tout cas. Lhydra restera dehors. De toute façon, elle ne risque rien. Il semble que rien ni personne n'ait les moyens de la détruire, excepté Mazinger Z naturellement. Et même si elle était détruite, je suppose qu'elle doit avoir des congénères dans l'océan Pacifique. Ce ne serait probablement pas un problème pour les supréniens d'en faire venir une autre ici. Je me charge d'organiser le rapatriement de leurs cerveaux. Koji, nous en parlerons ce soir au dîner et tu pourras les mettre au courant demain matin. Demande-leur aussi si Lhydra ne présente pas un danger pour la faune et la flore océaniques et si elle ne risque pas de se développer outre mesure. Si vous n'avez pas de questions, messieurs, nous retournons à notre travail. »


Le lendemain, avant midi, Koji laissa ses collègues un moment et sortit. Sachant que les supréniens seraient bientôt là, au centre et en sécurité, c'est avec émotion qu'il se rendit auprès de Lhydra. Lorsqu'il fut près d'elle, une cavité se forma dans sa masse. Le jeune homme s'y étendit puis il ferma les yeux. Il sentit que Lhydra l'enveloppait et s'abandonna aux sensations qui l'envahissaient.