Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


6. les regrets de Boss

Le lendemain matin, Koji se leva, prit une douche et avala son petit-déjeuner en écoutant la radio. Il fut plus particulièrement attentif à la météo. Celle-ci prévoyait la journée du samedi ensoleillée et chaude. Par contre, le ciel serait couvert le lendemain et quelques ondées étaient à craindre. Après s'être restauré, il voulut vérifier le fonctionnement des appareils assurant la survie des extraterrestres. Il se rendit dans le local où ils étaient placés. Tout fonctionnait bien, il se sentit rassuré. Lorsqu'il en revint, il croisa Procyon qui comprit tout de suite d'où il venait.

« Tu ne devrais pas t'inquiéter pour eux, lui fit remarquer le professeur. Les équipements que nous avons installés sont parfaitement fiables. Il y a même un générateur de secours au cas où il y aurait une panne. »

Ce que venait de lui dire le chercheur ne fit que confirmer au jeune homme ce qu'il percevait déjà. Il se rendait bien compte que les précautions qu'il prenait étaient exagérées en regard à la sûreté des installations mais, pour une raison qu'il ignorait, il ne pouvait s'empêcher d'être soucieux. Cependant, il ne lui venait pas à l'idée de s'interroger sur l'origine de cette inquiétude. Il agissait tout simplement en fonction de ce qu'il ressentait.

« Oui, oui, admit-il en évitant de croiser le regard de son interlocuteur. Je sais bien, mais comme je m'absente ce week-end, je préférais y faire un tour, je partirai plus tranquille.

- Hmm... »

Gêné par cette attitude qu'il jugeait lui-même quelque peu étrange, mais sur laquelle il ne souhait pas s'appesantir, Koji ne s'attarda pas auprès de son aîné. Il regagna sa chambre et entreprit de mettre quelques affaires dans un sac de voyage en prévision du week-end. En milieu de matinée, il se rendit au ranch du bouleau blanc à bord d'Alcorak. Il atterrit et descendit de l'O.V.T. tandis que Mizar accourait vers lui.

« Koji ! s'exclama le jeune garçon, manifestement excité par la venue du pilote. Tu me fais faire un tour dans Alcorak, s'il te plaît ?

- Je n'ai pas le temps maintenant. Tu sais sans doute que je viens chercher ta sœur. Une autre fois, c'est promis.

- D'accord, acquiesça Mizar un peu dépité. Mais tu n'oublies pas, hein ?

- Si j'oublie, lui fit remarquer le jeune homme en lui faisant un clin d'œil, tu seras là pour me le rappeler.

- Salut Koji, lui lança Vénusia de loin, un sac sur l'épaule.

- Bonjour Vénusia. Monte dans l'O.V.T., je vais saluer ton père. »

Koji pénétra dans la cour du ranch et trouva Riguel très occupé. Un marteau à la main, il assemblait des morceaux de bois et le sol était jonché de tissus jetés ça et là, pêle-mêle.

« Salut Riguel. Que fais-tu avec tout cela ?

- Oh Koji, je ne t'ai pas entendu arriver. Eh bien, tu vois, je fabrique un épouvantail.

- Ah ? Tu es embêté par les oiseaux ?

- Pas du tout, tu vois bien qu'il est beaucoup trop grand. Si j'avais voulu faire peur aux oiseaux, j'en aurais fabriqué un de taille normale.

- Mais alors, à quoi va-t-il servir ?

- À éloigner les O.V.N.I. et les monstres verts ou d'une autre couleur d'ailleurs, affirma le père de Vénusia sur un ton des plus sérieux.

- Quoi ? s'exclama le pilote en se demandant s'il avait bien entendu. Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Eh bien, naturellement jeune homme. Tu verras, une fois terminé, il sera tellement horrible que plus personne n'osera s'approcher.

- Fais pas attention, Koji, lui lança Mizar en les rejoignant. Il est de plus en plus fêlé.

- Comment oses-tu parler de ton père de cette façon-là, petit insolent ? s'exclama Riguel. Faut-il que je te mette une fessée ?

- Attrape-moi si tu peux, le nargua Mizar en s'enfuyant à toutes jambes.

- Attends un peu, tu vas voir ! », cria Riguel à l'intention de son fils.

Puis se tournant vers son visiteur, il lui lança précipitamment :

« À plus tard, Koji, il faut que je m'occupe de ce garnement. »

Riguel s'élança alors tant bien que mal à la poursuite du petit garçon.

« Misère ! songea le jeune pilote en regagnant Alcorak. Mizar a raison, il perd vraiment la tête cette fois-ci. »

Il retrouva Vénusia qui s'était installée sur le siège pour passager.

« Nous y allons, lui annonça-t-il. Alcorak Go !

- Tu as vu la dernière invention de papa ? lui demanda-t-elle avec curiosité.

- Oui, cela devient vraiment grave.

- Comme tu dis ! Enfin, au moins, il s'occupe, et il n'est pas toujours dans nos jambes à nous gêner pour faire notre travail.

- Pourquoi dis-tu cela ? Il s'ennuie ?

- Oui. Ce n'est pourtant pas que nous manquons de travail ! Mais papa estime que ce n'est pas le genre d'occupation qu'il lui faut.

- Ce n'est pas nouveau, ça.

- Comme tu dis ! soupira la jeune femme. Quand Actarus était là, c'était lui qui faisait la plus grosse partie du travail. Mais après, il a bien fallu que papa s'y mette car Actarus et moi, nous passions la plupart du temps au centre du professeur Procyon. Malheureusement, il a repris ses habitudes maintenant.

- C'est vrai que la présence d'Actarus doit bien vous manquer.

- Oui, soupira de nouveau la jeune femme, un brin de nostalgie dans la voix. Il manque à tout point de vue. Enfin, c'est comme ça. Bref ! Mizar et moi, nous n'y arrivons pas, et lorsque nous allons reprendre l'école dans quelques semaines, ce ne sera plus possible du tout.

- Nous ? s'étonna le jeune homme. Toi aussi tu reprends l'école ?

- Eh bien oui, lui confirma-t-elle. Il faut bien que je me fasse une situation. Je vais entamer des études en rapport avec l'agriculture et l'élevage. J'ai opté pour une formation par correspondance mais je devrai faire des stages de temps à autre.

- Ah oui ? fit Koji de plus en plus surpris. Je pensais que tu te serais plutôt dirigée dans une autre voie. Cela ne te dirait rien de poursuivre dans le pilotage ou la recherche spatiale ? Cela avait l'air de te plaire pourtant, et tu te débrouillais vraiment bien aux commandes de Vénusiak. »

La jeune femme baissa la tête et ne répondit rien.

« Vénusia ? »

Il l'entendit soupirer, elle poursuivit.

« Bien sûr, je reconnais que je me suis bien débrouillée, mais cela n'a pas été facile, il a vraiment fallu que j'aille contre ma nature, tu comprends ce que je veux dire, je ne suis pas vraiment faite pour cela. Si je suis entrée dans la patrouille, c'est à cause... enfin... c'est parce que... »

Sa voix se brisa, elle fit une pause et continua plus bas.

« Tu comprends ? Je me faisais trop de souci pour Actarus. Chaque fois qu'il partait se battre, je m'attendais à ne pas le voir revenir. C'était insupportable de rester là sans rien faire pendant qu'il risquait sa vie.

- Hmm... oui, je comprends. S'il n'y avait pas eu Actarus, tu n'aurais pas piloté.

- Non, je ne crois pas. Je ne regrette pas, cependant, cela m'a fait une bonne expérience et j'ai apprécié d'être à vos côtés pour lutter contre les envahisseurs mais de là à en faire une carrière... Non, je préfère me diriger vers les domaines de l'agriculture et de l'élevage. Cela me permettra de mieux gérer les activités du ranch et de plus, j'aime les animaux, et cela me plairait beaucoup de travailler auprès d'eux.

- Oui, je m'en étais aperçu lorsque je te voyais t'en occuper. Tu es très douce avec eux. Vous n'embaucheriez pas quelqu'un pour faire le travail au ranch ?

- Si, cela s'impose. Papa et moi, nous sommes en train de chercher une, ou peut-être deux personnes. Nous avons déjà reçu des candidatures. Nous allons rencontrer les postulants en début de semaine. Cela sera donc bientôt réglé.

- Tant mieux, cela te permettra d'effectuer tes études en toute sérénité. Mais, dis-moi, tu envisages de rester au ranch ?

- Dans un premier temps, je n'ai guère le choix. Mais par la suite, lorsque j'aurai fini mes études, eh bien... en fait, je ne sais pas trop, je verrai bien, je n'ai rien décidé pour l'instant. »

Ils gardèrent alors le silence pendant quelques instants. Puis la jeune femme reprit, d'une voix hésitante.

« Dis, Koji...

- Oui.

- Vous n'avez pas eu de nouvelles d'Actarus et de Phénicia au centre ?

- Non, rien pour le moment. Si nous en avions eu, je t'en aurais parlé.

- Tu penses que ce sera long avant que nous en ayons ? »

Koji soupira. Il connaissait l'attachement de Vénusia pour le prince et se doutait que celui-ci devait beaucoup lui manquer. Il aurait souhaité lui annoncer une bonne nouvelle mais il ne le pouvait pas.

« Je n'en sais rien, Vénusia, lui répondit-il à regret.

- Cela ne t'inquiète pas ? lui demanda-t-elle, déçue par sa réponse.

- Non. C'est sûr que j'aimerais bien qu'ils nous contactent le plus rapidement possible mais il est probable qu'il leur faudra un certain temps pour pouvoir le faire. N'oublie pas que leur planète a été saccagée, les équipements de communication ont certainement été détruits ou tout du moins endommagés. Cela te fait du souci ?

- Oui, un peu. Et qu'en pense le professeur ?

- Eh bien, je n'en sais rien, en fait. Nous n'en avons pas parlé.

- Hmm...

- Ne te tourmente pas.

- Tu as probablement raison, reconnut la jeune femme. C'est vrai qu'ils ne sont pas partis depuis très longtemps, il faut encore patienter, mais que c'est long !... »

Les deux jeunes gens ne tardèrent pas à arriver au laboratoire de recherche du professeur Yumi où ils devaient retrouver leurs amis. Koji descendit le premier de l'O.V.T. et Boss se jeta littéralement sur lui. Malheureusement, celui-ci s'entrava dans une racine qui émergeait en partie du sol, il perdit l'équilibre, renversa Koji et s'étala sur lui.

« Eh ! s'écria le jeune homme. Sors-toi de là, Boss, tu vas m'écraser ! »

Boss se releva et, tout penaud, se confondit en excuses.

« Je suis vraiment désolé. Je suis si heureux de te voir, tu m'as tellement manqué. Je ne sais pas quoi faire pour m'excuser, je t'en prie, pardonne-moi, je ferai tout ce que tu voudras...

- Bon, bon, ça va. Je ne t'en veux pas, mais fais plus attention une autre fois. Moi aussi, je suis content de te revoir, cela faisait si longtemps. Sayaka, Nuke, Mucha, vous êtes là aussi. Nous allons passer un super week-end tous les six. »

Vénusia venait de les rejoindre.

« Vous connaissez tous Vénusia, continua Koji.

- Oui, oui, je me souviens très bien d'elle, fit Boss. Ravi de vous revoir, mademoiselle, lui dit-il en lui baisant la main.

- N'en fais tout de même pas trop, Boss, lui dit Sayaka en fronçant les sourcils. Ne fais pas attention Vénusia, Boss est très sympa mais il exagère parfois un peu. »

Koji poursuivit les présentations.

« Tu te souviens de Nuke et Mucha ?

- Oui, bien sûr, confirma la fille de Riguel. Contente de vous revoir.

- Bonjour Vénusia, s'exclamèrent les deux jeunes gens d'une seule voix.

- J'ai préparé le pique-nique, annonça Sayaka. J'ai repéré un endroit bien tranquille et très joli, vous verrez. Nous pourrions prendre les motos pour nous y rendre. Koji, la tienne est toujours ici, nous l'avons rangée dans le hangar où se trouvait Diana A. Je l'ai nettoyée et j'ai fait le plein.

- Oh ! s'enthousiasma le jeune homme, ça c'est une bonne idée, merci Sayaka, je vais la chercher. »

Pendant que Koji s'éloignait en direction du hangar, Boss lorgnait le panier fixé sur la moto de la jeune femme.

« Sayaka... mmmm... un pique-nique préparé par tes soins... je sens que nous allons nous régaler, j'en ai déjà l'eau à la bouche. »

Le jeune homme s'était rapproché du panier et risquait un doigt à l'intérieur.

« Ne touche pas à ça, Boss ! lui dit-elle fermement.

- Mais j'ai faim, moi ! » protesta-t-il.

Malgré le regard implorant du motard, Sayaka ne céda pas. Koji revint. Il fit monter Vénusia derrière lui et la petite troupe prit la route.

Ils s'arrêtèrent dans un très joli endroit près d'une rivière bordée d'arbres. Le soleil brillait et sa lumière chatoyait à travers les feuillages. Ils s'installèrent sur l'herbe et firent tous honneur au pique-nique préparé par Sayaka. Boss, en particulier, se régalait.

« Mmmmm..., ne cessait-il de répéter. Que c'est bon ! Décidément, Sayaka, tu es un véritable cordon-bleu. »

Après le repas, ils s'étendirent sur l'herbe et discutèrent à bâton rompu. Boss ne supporta pas longtemps cette inactivité, il éprouvait le besoin de bouger. Il se leva et fit les cent pas autour de ses amis tout en continuant à bavarder.

« Arrête Boss, lui dit soudain Sayaka. Tu me donnes le tournis.

- J'ai envie de bouger, s'excusa celui-ci. Je n'y peux rien.

- Que pourrait-on faire ? demanda Vénusia, soucieuse de lui venir en aide. Un tour à pied ?

- Ou un tour en moto ? suggéra Mucha. Qu'en dis-tu Koji, cela ne te plairait pas ? Je parie que cela faisait longtemps que tu n'étais pas remonté sur une moto, et je sais que tu aimes ça.

- C'est un peu ça, oui, confirma celui-ci, bien que cela me soit arrivé à quelques reprises durant la guerre contre Véga, mais ce n'était pas aussi fréquent que lorsque je me trouvais ici.

- C'est exact, enchaîna Vénusia en lui jetant un coup d'œil. Il faisait de la moto de temps en temps. Il faisait même la course avec Phénicia, la sœur d'Actarus.

- Ah, oui ? » susurra Sayaka en observant attentivement le jeune homme.

Vénusia continua.

« Même qu'il n'arrivait pas à gagner contre elle, si je me souviens bien. C'est bien cela Koji, je ne me trompe pas ?

- Nous étions tout de même ex æquo, répondit celui-ci d'un air maussade.

- Oh oh ! Koji ! souligna malicieusement Sayaka. Alors, comme ça, tu te faisais presque battre par une fille ! J'ignorais cela ! »

Le jeune homme haussa les épaules et lui lança un regard noir.

« Bon, alors, que fait-on ? insista Mucha. Nous y allons ? Vénusia peut monter avec l'un d'entre nous.

- Oui, renchérit Nuke. Profitons d'avoir nos motos pour faire un tour, et ça, c'est grâce à Sayaka qui a pris soin de celle de Koji.

- C'est vrai, ajouta ce dernier, c'est vraiment gentil de ta part d'y avoir pensé, Sayaka.

- Mais qu'est-ce que tu crois ? lui répondit celle-ci. Je pense à toi, moi !

- Qu'est-ce que tu veux dire ? répliqua le jeune homme. Chercherais-tu à insinuer que je ne pense pas suffisamment à toi, par hasard ? Qui a eu l'idée de cette sortie tous ensemble, donc avec toi, entre autres ? Ce n'est pas moi peut-être ?

- Ça, je te l'accorde, admit la jeune femme. Mais je ne peux que constater une chose : maintenant que tes amis de la patrouille des Aigles sont partis, tu penses à moi et à Boss. Mais avant, rien, pas de nouvelles, tu n'as jamais appelé, jamais écrit. Tu étais sans doute trop occupé. Au fait, comment s'appelait-elle déjà cette fille ?

- Quelle fille ? » soupira Koji.

Vénusia, Nuke et Mucha dissimulaient très mal leur amusement et se retenaient de rire. Seul Boss n'avait pas l'air de se divertir. Sayaka lança au jeune homme.

« Ne fais pas l'innocent. La fille avec laquelle tu faisais des courses de moto.

- Ah oui, Phénicia, mais...

- Eh bien, le coupa-t-elle, c'est ce que je disais, tu étais trop occupé.

- Où veux-tu en venir ? répliqua Koji un peu agacé. C'est vrai que nous étions très occupés, nous étions en guerre et toujours en alerte. Le danger était perpétuellement présent. Tu me reproches de n'avoir pas donné de nouvelles mais toi, tu n'en as pas données non plus. Boss nous a rendu visite par deux fois, tu aurais pu le faire aussi. »

La jeune femme se mit à rougir, elle se trouva prise de cours et chercha une réplique. Vénusia profita de ce temps d'hésitation pour s'interposer.

« Allons, vous n'allez pas vous disputer. Profitez plutôt de vos retrouvailles pour vous amuser et partons donc faire ce tour en moto.

- Oui, tu as raison », admit Koji.

Et en s'adressant à Sayaka :

« Écoute Sayaka, je suis désolé, je te promets que désormais, je te donnerai de mes nouvelles plus souvent.

- Hmm... Bon... très bien... je veux bien te croire. On va se balader ?

- Attends, intervint Boss, j'ai une meilleure idée. »

Ils se tournèrent tous vers lui, l'air interrogatif. En s'adressant à Koji, Boss exposa ce qu'il avait en tête.

« Nous allons faire une démonstration de cascade aux filles. On échange nos motos comme nous le faisions quand nous étions au lycée.

- Géniaaal ! s'écria Sayaka. Tu vas voir Vénusia, il va y avoir du spectacle ! Koji tu relèves le défi, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, confirma le jeune homme. Vénusia, veux-tu bien donner le départ ?

- OK. »

Les deux motards se mirent en place, face à face et à une bonne distance l'un de l'autre. Ils firent ronfler leur moto.

« Vous partez à 3. Attention... 1... 2... 3 ! »

Les motos s'élancèrent l'une vers l'autre. Un peu avant qu'elles ne se croisent, les deux jeunes gens lâchèrent leur guidon et s'élancèrent dans les airs pendant que les motos poursuivaient leur trajectoire. Ils firent un tour sur eux-mêmes pour atterrir ensuite sur la moto de l'autre.

« Super ! Bravo ! s'exclamèrent les filles.

- Formidable ! crièrent Nuke et Mucha.

- Tu t'améliores Boss, le taquina Koji. La dernière fois que nous avons fait cette cascade, tu t'es retrouvé par terre.

- Kabutoooo ! hurla Boss. Veux-tu bien ne pas dire ça devant les demoiselles ! »

Sayaka, Nuke, Mucha et Koji éclatèrent de rire.

« L'important, le défendit Vénusia, c'est que tu aies réussi aujourd'hui.

- Tout à fait, Vénusia. Tu es super sympa toi, en tout cas, plus que les autres.

- Oh, ça va ! bougonna Sayaka. Si on ne peut plus plaisanter ! »

Koji était plié de rire.

« Allez, ne vous fâchez pas, leur dit-il. Boss, on fait la course ?

- Ouais ! Et cette fois, ce sera moi le vainqueur !

- Ne parle pas trop vite, le prévint le pilote. Je ne vais pas te faire de cadeau !

- Bon alors, écoute, voilà le départ, lui expliqua Boss en traçant une ligne dans la terre. Ensuite on se dirige vers la pente que tu voies là-bas, on effectue un saut, puis on prend le virage plus loin et on revient jusqu'à la ligne de départ.

- Ok, on y va. À toi de donner le départ, Sayaka.

- D'accord. Vous partez à 3. 1... 2... 3 ! »

Les motos s'élancèrent dans un nuage de poussière. Elles arrivèrent au pied de la pente, accélérèrent jusqu'au sommet, s'élancèrent dans un saut prodigieux puis retouchèrent le sol un peu plus loin. Elles s'engagèrent alors dans le virage et revinrent à toute allure. Koji et Boss se serraient de très près. Ils franchirent ensemble la ligne d'arrivée.

« Ex æquo ! leur lança Sayaka. Tu perds la main Koji ou tu vieillis ? Tu te débrouillais mieux que ça quand tu étais là.

- Je manque d'entraînement, voilà tout, se défendit le jeune homme. Boss est toujours sur sa moto, c'est plus facile pour lui. Et puis, sa moto est récente, pas la mienne, ça compte aussi.

- Cause toujours, protesta le chef des motards. La vérité, c'est que tu n'es pas meilleur que moi.

- Attends un peu que je m'entraîne et que je me procure une moto équivalente à la tienne, on en reparlera, répliqua le pilote. J'étais meilleur que toi avant, il n'y a pas de raison que ça change.

- Oui, c'est vrai ça, fit remarquer Nuke, tu ne t'en souviens pas Boss ?

- Tu peux pas la fermer, toi ? s'énerva ce dernier. Tu veux mon poing dans la figure pour t'apprendre à te taire ?

- Bon, ça va, les interrompit Vénusia qui craignait le pire. Vous allez vous entraîner, puis vous nous referez une démonstration.

- Pourtant, c'est vrai que Koji était le meilleur, marmona Nuke. Pourquoi est-ce qu'il s'énerve, Boss ?

- C'est bon Nuke, lui souffla Mucha. Arrête un peu.

- Pfff... soupira Boss, de toute façon, c'est toujours pareil. Je sais bien que Koji se débrouillait mieux que moi en moto. Et quand nous combattions les hommes du docteur Hell, c'était la même histoire : Koji et Sayaka étaient efficaces avec leurs robots. Le mien n'était même pas armé, alors, moi, je ne pouvais pas faire grand chose. Tu vois, Vénusia, toi et moi, nous ne pourrons jamais faire quelque chose d'utile.

- Pardon, pardon, le corrigea Sayaka. Vénusia pilotait un O.V.T. durant la guerre contre Véga. Je l'ai vue à bord de son appareil lorsque je suis allée au centre de recherches spatiales du professeur Procyon.

- Alors, c'est encore pire... se lamenta Boss. Je me retrouve tout seul à ne pas être capable de faire quoi que ce soit. Moi aussi, j'aimerais pouvoir faire comme vous, défendre le monde contre les méchants.

- Tu n'es pas tout seul, gémirent Nuke et Mucha. Nous, c'est pareil.

- Tu exagères, Boss, lui dit Koji. Tu sembles oublier que Boss Borot nous a souvent été très utile.

- Pffff... Tu dis cela pour me faire plaisir.

- Oh la la... Boss, que t'arrive-t-il ? s'exclama Sayaka. Tu sembles bien mélancolique. Écoute, jeudi prochain, Vénusia, Koji et moi, nous nous rendrons à la centrale photonique. Nous pourrions nous retrouver sur la plage après le travail, qu'en dis-tu ? Je crois que tu as surtout besoin de te distraire ! Rejoins-nous. Naturellement, Nuke et Mucha, vous êtes également les bienvenus.

- À la centrale d'énergie photonique ? s'étonna Boss.

- Oui, continua la jeune femme. Koji et le professeur Procyon vont la visiter ce jour-là. Ensuite, il y aura une conférence de presse, mais vous pourrez venir en fin d'après-midi. Vous nous attendrez dehors car elle est bien gardée, vous ne pourrez pas entrer. »

Les propos de Sayaka ne laissèrent pas Boss indifférent. La centrale... Elle était sûrement très bien gardée, effectivement. Y pénétrer sans autorisation représentait certainement un exploit. Sayaka pouvait y entrer, elle, et Vénusia et Koji y seront autorisés aussi. Mais lui, non. C'était toujours la même chose. Non, cela ne lui disait vraiment rien d'y aller.

« Alors, qu'en dis-tu ? insista la jeune femme.

- Hmm... la centrale... bredouilla Boss. Hmm... c'est gentil de ta part mais je ne suis pas libre jeudi.

- Mais si Boss, intervint Nuke. Nous sommes libres tous les trois ce jour-là.

- J'ai dit non ! répliqua le chef du trio. Je suis pris ailleurs.

- Mais je t'assure que..., continua Nuke.

- Mais ce n'est pas vrai ! s'énerva Boss. Retenez-moi... !

- Voyons, Nuke, lui dit Mucha. S'il dit qu'il n'est pas libre, cela signifie qu'il n'est pas libre ! Tu ne comprends donc pas ?

- Ne vous disputez pas pour ça, intervint Sayaka. C'est dommage mais ce n'est pas grave. Ce sera pour une autre fois. »

Ils changèrent de sujet et continuèrent à bavarder de choses et d'autres, étendus sur l'herbe. Boss ne participait pas tellement à la discussion, il semblait perdu dans ses pensées. Soudain, il se leva et annonça aux autres :

« Je vais faire quelques pas. Je reviens dans un moment. »

Il s'éloigna du groupe. Il marchait distraitement tout à ses réflexions. Il aurait bien aimé accomplir des exploits, lui aussi, avoir vaincu le Docteur Hell ou les forces de Véga. Etait-ce sa faute si Boss Borot n'était pas armé ? Qu'aurait-il pu faire avec une telle machine ? Oh, bien sûr, comme lui avait rappelé Koji, le robot avait été utile à certains moments, mais si peu... Qu'avait-il fait, lui, Boss, en comparaison de ce qu'avaient réalisé les autres ? Sans compter que, s'il en avait été autrement, les filles se seraient certainement intéressées à lui, Sayaka la première. Sayaka... une perle ! De plus, il aimait beaucoup sa cuisine. Mais il n'avait jamais été pour elle plus qu'un bon copain, à son grand regret d'ailleurs. Elle n'avait toujours eu d'yeux que pour Koji. Pourtant, Boss était toujours à ses pieds, prêt à exaucer ses moindres désirs. Koji ne se comportait pas ainsi avec elle, alors pourquoi le préférait-elle ? Boss n'y avait jamais rien compris. Et Vénusia ! Il la trouvait ravissante avec ses beaux yeux d'une douceur émouvante. Mais, elle aussi, elle avait fait mieux que lui, elle avait combattu les forces de Véga. Jamais elle ne s'intéresserait à un garçon comme lui ! Tout à sa mélancolie, il se sentait de plus en plus inutile, bon à rien et triste. Il continuait d'avancer un peu au hasard, ressassant son désespoir, quand, soudain, il repensa à la centrale. La centrale photonique... Un espoir pour l'humanité en matière d'énergie ! Un lieu extrêmement bien gardé et protégé. Pour y entrer, il fallait montrer patte blanche... Cette idée ne le quittait plus. Lorsqu'il revint vers ses compagnons, il y songeait encore. Il y pensa tout le reste de l'après-midi à tel point que les autres finirent par s'interroger sur son comportement.

« Qu'as-tu, Boss ? lui demanda Sayaka. Tu sembles absent, tu ne nous dit plus rien. Tu ne te sens pas bien ? »

Boss lui assura que tout allait bien mais qu'il se sentait fatigué. Ce n'était pas vraiment un mensonge. Certes, physiquement, il était en pleine forme, sa fatigue était plutôt psychologique. Il ressentait une certaine lassitude à être ce qu'il était. Il se serait voulu plus séduisant, plus courageux, plus doué... etc.

En fin d'après-midi, Sayaka, Vénusia et Koji rentrèrent au laboratoire d'énergie photonique tandis que Boss, Nuke et Mucha s'en retournèrent chez eux. Ils devaient se retrouver le dimanche. Sayaka avait préparé deux chambres pour ses invités. Elle avait laissé à Koji celle qu'il occupait du temps où il logeait au laboratoire et celui-ci apprécia la délicatesse.


Le lendemain matin, les trois amis s'étaient réunis dans le salon. Le temps était maussade, de gros nuages noirs obscurcissaient le ciel. Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Sayaka décrocha.

« Allo ?

- Sayaka ? C'est Mucha.

- Salut Mucha, pourquoi téléphones-tu ? Nous vous attendons.

- Écoute, lui répondit le jeune homme d'une voix hésitante. Nous ne venons plus, Boss ne se sent pas bien, il préfère rester à la maison.

- Il est malade ?

- Non, ne t'inquiète pas, il se sent fatigué.

- Bon, qu'il se repose alors. Je l'appellerai dans les prochains jours pour voir comment il va. À bientôt Mucha.

- Oui, c'est ça, à bientôt Sayaka. »

Elle raccrocha et mit les autres au courant.

« C'est vrai qu'il était bizarre hier, fit remarquer Vénusia. Peut-être couve-t-il quelque chose ? »

La pluie se mit à tomber. Les trois amis n'en furent pas surpris vu l'état du ciel ce matin-là mais ils auraient naturellement préféré une journée plus ensoleillée pour le week-end qu'ils passaient ensemble.

« C'est dommage qu'il pleuve... soupira Vénusia en regardant dehors.

- La météo l'avait plus ou moins annoncé, lui apprit Sayaka. Nous ne pourrons pas sortir mais nous pouvons rester ici. Il y a quand même des choses à faire. »

Ils s'occupèrent comme ils purent. Après le repas, ils jouèrent aux cartes tout en bavardant. La conversation finit par revenir sur les absents de la patrouille des Aigles. Sayaka ne comprenait pas qu'ils n'aient pas encore donné de leurs nouvelles à leurs amis dont ils avaient l'air si proches.

« Si vous étiez si liés, fit-elle remarquer, ils auraient déjà dû vous contacter, vous ne croyez pas ? »

Vénusia et Koji échangèrent un regard, ils ne savaient pas quoi dire. Certes, le jeune homme avait confiance en Sayaka mais devait-il lui apprendre que Phénicia et Actarus étaient des extraterrestres et qu'ils avaient quitté la Terre pour s'établir sur une planète dévastée par les forces de Véga ?

« C'est qu'ils sont partis assez loin, se contenta-t-il de répondre. Et là où ils sont, ils n'ont probablement pas la possibilité de nous contacter, du moins pour le moment.

- Quelle drôle d'idée de s'exiler dans un coin perdu loin de tout et privé de moyens de communication ! » s'exclama Sayaka.

Vénusia et Koji ne pouvaient qu'acquiescer. Certes, ils comprenaient que les euphoriens aient eu envie de redonner vie à leur planète natale, mais, dans leur fort intérieur, ils se demandaient quand même si leur projet était réellement réalisable vu ce que leur monde avait subi.

En fin d'après-midi, Vénusia et Koji repartirent pour le ranch du bouleau blanc, non sans avoir remercié chaleureusement Sayaka pour son accueil. A leur arrivée, ils aperçurent l'immense épouvantail qui trônait près de l'entrée du ranch. Comme l'avait annoncé Riguel, il était effectivement assez vilain.

« Que fait-on ? plaisanta Koji. À la vue de cette monstruosité, ne sommes-nous pas sensés mourir de peur et rebrousser chemin ?

- Oh ! s'exclama Vénusia. Il est pire que je n'aurais pu l'imaginer. Papa ferait mieux de l'exposer dans le musée des horreurs plutôt que de le placer à l'entrée de notre ranch. Il n'est vraiment pas décoratif. »

Lorsqu'ils se posèrent, Mizar accourut vers l'O.V.T. et s'empressa d'interpeller son pilote dès que celui-ci eut mis pied-à-terre.

« Koji, emmène-moi dans Alcorak, s'il te plait.

- Ecoute..., commença celui-ci.

- Emmène-le donc faire un tour, l'interrompit Vénusia. Pas forcément bien longtemps, cela le contentera. Il parle de ça régulièrement.

- Bon, eh bien, c'est d'accord, nous y allons. Je reviens vite, Vénusia.

- OK, à tout à l'heure. »

Koji installa Mizar sur le siège passager puis rejoignit le sien.

« Alcorak, Go ! »

L'O.V.T. décolla et s'éleva dans les airs. Mizar était aux anges, il posait toutes sortes de questions et voulait savoir à quoi servaient tous les boutons et tous les leviers.

« Quand je serai grand, annonça-t-il, je serai pilote moi aussi.

- Ah oui ?

- Oui, comme ça, je pourrai partir loin du ranch.

- Tu as envie de t'en aller ?

- Oh oui ! soupira le garçon. Ce n'est pas gai ici !

- C'est à cause de ce que fait ton père que tu dis ça ? Il n'a pas renoncé à son épouvantail pour chasser les soucoupes volantes et les monstres à ce que j'ai vu.

- Oui, il a de drôles d'idées, mais il est toujours comme ça. Il n'y a pas que cela ! Il y a aussi Vénusia !

- Vénusia ?

- Elle est souvent triste, parfois elle pleure. Alors ce n'est pas drôle !

- Hmm... oui, je comprends. Ne t'en fais pas Mizar, tu sais, elle doit être fatiguée. Vous avez eu beaucoup de travail au ranch ces derniers temps. Bientôt cela va être différent, et puis, tu vas retourner à l'école et retrouver tes copains.

- C'est vrai ça. Tiens, j'ai un copain, eh bien lui, il... »

Mizar se mit à raconter ses souvenirs de l'année scolaire précédente. Koji ne l'écoutait que d'une oreille distraite. Il pensait à Vénusia ; il soupçonnait fortement que sa tristesse devait être due à tout autre chose qu'à la fatigue.


Le lendemain, le travail reprit au centre de recherche de Procyon. Argoli était de retour de son voyage de noces. Procyon le mit au courant des évènements de ces deux dernières semaines.

Du lundi au mercredi, le professeur et ses assistants travaillèrent sur le projet Spatiorak en collaboration avec les supréniens. Après s'être informés du cahier des charges de ce projet ainsi que du niveau de connaissance des terriens en matière de technologie spatiale et des ressources en matériaux divers dont ils disposaient, ceux-ci leur firent des suggestions afin d'améliorer la conception de leur vaisseau. Elles furent étudiées et le mercredi après-midi, le projet commençait à prendre sa forme définitive.

Dès le lundi, Koji avait fait savoir à Kallan qu'il souhaitait dialoguer avec lui et ses compagnons en dehors des heures de travail afin qu'ils puissent mieux se connaître.

« Pourquoi pas ? lui avait répondu le suprénien. Cela nous fera plaisir à nous aussi. Et je pense que cela plaira tout particulièrement à Shane : il y a longtemps qu'il n'a pas bavardé avec un jeune homme de son âge. »

Ravi, Koji avait passé les trois soirs de ce début de semaine à dialoguer avec eux. Vers vingt heures, après le repas, il se rendait dans la grande salle de l'observatoire, mettait l'ordinateur en route et restait là jusqu'à plus de vingt-deux heures. Le mercredi soir, Procyon commença à se demander ce qu'ils pouvaient bien se raconter. Certes, cela ne le regardait pas mais il trouvait que le jeune homme avait tendance à trop s'investir auprès des extraterrestres. Non seulement il avait été très présent lors de leur installation au centre, prenant toutes sortes de précautions superflues, mais il avait, de plus, tenu à tout vérifier lui-même, en repassant derrière les techniciens. Et depuis, il s'assurait régulièrement du bon fonctionnement des installations pourtant très fiables. Le professeur ne l'avait jamais vu se comporter ainsi, cela ne lui ressemblait pas. Il se demanda quelle pouvait en être la raison. Le revirement de situation concernant les extraterrestres y était peut-être pour quelque chose. En effet, le fait qu'il les avait considérés comme des ennemis et combattus, alors que ceux-ci n'avaient aucune intention malfaisante, avait contrarié le jeune homme. Mais il y avait peut-être autre chose : les Aigles avaient été très liés et Actarus et sa sœur devaient certainement lui manquer. Dans quelle mesure ne compensait-il pas l'absence des euphoriens par un surinvestissement auprès des supréniens ? Procyon ne voyait pas cette éventualité d'un très bon œil. Il se demanda même s'il avait bien fait de lui autoriser l'accès à l'ordinateur en dehors des heures de travail mais il ne se sentait pas de revenir en arrière maintenant qu'il avait accepté. Pour se donner bonne conscience, il se dit que, de toute façon, cela n'aurait pas servi à grand chose de ne pas le lui permettre. En effet, si Koji et ses nouveaux amis avaient envie de communiquer, ils pouvaient tout aussi bien le faire en utilisant Lhydra.