Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


9. Sur les bords du lac Motosu

La sonnerie du téléphone retentit. Le dormeur se réveilla brusquement, jeta un coup d'œil au réveil et soupira ; il était huit heures cinq. Qui pouvait l'appeler si tôt un samedi matin ? Il repoussa les couvertures, se leva, se dirigea vers le combiné et décrocha.

« Allo ?

- Tetsuya Tsurugi ?

- Lui-même.

- Je suis désolé de vous déranger à cette heure-ci. Je suis le professeur Yumi. Vous vous souvenez de moi ?

- Bien sûr, Professeur, mais je ne pensais pas avoir de vos nouvelles à une heure aussi matinale.

- Oui, je m'en doute. J'ai essayé de vous joindre hier soir, mais sans succès.

- Effectivement, je suis rentré assez tard. Le travail, vous savez ce que c'est...

- À qui le dites-vous ! Tetsuya, il faut que je vous voie, il se passe des choses graves dont j'aimerais vous entretenir. Sayaka et Koji sont en danger et...

- Koji ? Kabuto ?

- Oui, et il est possible que vous soyez concerné aussi.

- Moi ?

- Pourriez-vous passer au laboratoire dans la journée ?

- Hmm... Oui, vers 15 heures, cela ira ?

- Parfait. À tout à l'heure.

- À tout à l'heure, Professeur. »

Tetsuya raccrocha, il était songeur. Que pouvait-il donc bien se passer ?

Lorsqu'ils se retrouvèrent au laboratoire, Yumi mit Tetsuya au courant des derniers évènements : la tentative de destruction de la centrale photonique, la fuite de l'un des agresseurs et la mort des trois autres, la découverte de leurs particularités physiques et les révélations de Carina.

« Nous avons donc affaire à des extraterrestres, résuma le pilote.

- Oui et nous ignorons de quels moyens ils disposent et ce qu'ils projettent exactement.

- Qu'attendez-vous de moi ?

- J'aimerais que vous vous rendiez au musée du robot et que vous rameniez Great Mazinger. Le centre de recherches spatiales possède des O.V.T. armés pour parer à une éventuelle attaque tandis que nous n'avons rien ici pour nous défendre. Et Sayaka...

- Oui, je comprends... Bon, c'est d'accord.

- Le directeur du musée est au courant, il vous attend.

- Ah oui ? s'étonna Tetsuya. Vous étiez à ce point certain que j'accepterais ?

- Je dois dire que... eh bien oui, je vous connais peu mais j'ai vraiment pensé que vous ne refuseriez pas de nous aider. De toute façon, si vous aviez refusé, j'aurais demandé à Koji d'aller chercher Mazinger Z. Nous mettrons Great dans la piscine dans laquelle se trouvait Z.

- Bon, très bien, j'y vais. »

Le pilote se dirigea vers la porte, mais Yumi l'interpella avant qu'il ne sorte.

« Tetsuya !

- Oui ? lui répondit celui-ci en se retournant.

- Une dernière chose. Je ne sais pas ce qui se produira mais il est possible que vous ayez à vous battre aux côtés de Koji.

- Et alors ?

- J'espère que cela se passera bien entre vous deux.

- Ne vous inquiétez pas. »

Comme le professeur restait silencieux tout en l'observant attentivement, Tetsuya crut bon de poursuivre.

« Il est vrai que lorsqu'il était à la Forteresse de la science, je ne me suis pas très bien comporté : il retrouvait son père, et moi... »

Yumi hocha la tête en signe de compréhension.

« Mais lorsque Kenzo Kabuto est mort, je m'en suis vraiment voulu. Je me suis longtemps dit que si j'avais agi différemment... Enfin... Je me suis promis de ne plus refaire la même erreur.

- ...

- Par contre, ajouta le pilote en esquissant un sourire, si ce gamin impulsif commettait des imprudences, je ne me gênerais pas pour le lui faire remarquer. À plus tard, Professeur.

- Oui, c'est cela, à tout à l'heure, Tetsuya. »

Au même moment, au centre de recherches spatiales, Procyon s'entretenait avec ses collaborateurs.

« D'après Kallan et ses compagnons, les extraterrestres seraient encore dans l'atmosphère de notre planète.

- Vous ne trouvez pas cela curieux, fit remarquer Argoli, nos appareils ne détectent pas la présence de soucoupes. Nous avons beau scruter le ciel, rien.

- Nous ne cherchons sans doute pas où il faut. Ils se trouvent peut-être sur Terre.

- Sur Terre ?

- C'est une éventualité à ne pas négliger. C'est pour cela que je propose que Vénusia et Koji explorent la région à l'aide des O.V.T. nous pourrions peut-être les localiser.

- Pas de problèmes, Professeur, s'exclama Koji. Cela nous rappellera des souvenirs, n'est-ce pas Vénusia ? »

La jeune femme haussa les épaules et fit la moue.

« Cela ne sera pas pareil, la patrouille des Aigles n'est plus au complet, maintenant.

- Hmm... oui, bien sûr, reconnut le jeune homme.

- Vénusia, Koji, reprit Procyon. Je vous demande cependant d'être très prudents. Souvenez-vous de ce que nous a dit Kallan : c'est un peuple particulièrement agressif et prêt à tout pour atteindre le but fixé. Ils n'hésiteront pas à vous combattre, même au péril de leur vie. D'ailleurs, les récents évènements sont là pour le confirmer.

- Ne vous inquiétez pas, Professeur, lança Koji. Ils ne nous auront pas.

- Hmm... Je crois t'avoir déjà dit que je m'inquiétais pour toi, justement.

- D'autant plus qu'Actarus n'est plus là pour nous aider », renchérit Vénusia.

Koji soupira.

« C'est vrai qu'avec Goldorak..., admit-il. Mais ne t'inquiète pas, j'ai la possibilité de récupérer Z si cela s'avérait nécessaire. Nous y allons ? »

Quelques instants plus tard, Alcorak et Fossoirak décollaient. Procyon suivit leur vol sur le grand écran puis se tourna vers ses collaborateurs.

« Monsieur Argoli, Monsieur Antarès, je vous remercie d'être revenus au centre un samedi. Vous pouvez regagner votre domicile maintenant, je ne pense pas avoir encore besoin de vous aujourd'hui.

- Eh bien, à lundi, Professeur. » répondirent les deux collaborateurs avant de quitter le centre.

Durant les deux jours qui suivirent, les deux pilotes patrouillèrent durant plusieurs heures, sans succès. Vénusia réservait le reste du temps à l'étude de ses cours par correspondance. Du mardi au jeudi, Koji patrouilla seul. Fossoirak était immobilisé au centre afin de l'équiper pour qu'il puisse fonctionner en utilisant l'énergie photonique. Le vendredi matin, Koji testa l'appareil, puis Vénusia le récupéra afin d'accompagner Alcorak en patrouille. Alors que les deux pilotes volaient au-dessus d'un des lacs Fugigoko, ils aperçurent un O.V.N.I. sur la berge.

« Regarde ça ! s'exclama Koji.

- Oui, j'ai vu. Il est gros. On dirait une sorte de golgoth très allongé. »

L'appareil ressemblait à un énorme serpent. Tout le long de l'une de ses extrémités, on pouvait distinguer des anneaux, de couleur marron, disposés les uns derrière les autres. À l'autre extrémité dont les couleurs dominantes étaient le jaune et le vert, les deux pilotes aperçurent deux hublots. Ils n'eurent pas la possibilité de l'observer plus longtemps, l'O.V.N.I. sembla ramper sur la berge et plongea subitement dans le lac.

« C'est pas vrai ! s'exclama Koji. Nos appareils ne sont pas submersibles, nous ne pouvons pas le suivre.

- Il nous faudrait Marinak. N'est-ce pas lundi que tu pratiques les essais en vol ?

- Si.

- Alors nous reviendrons. »

Le lundi matin, Koji testa Marinak qui venait d'être terminé. Vénusia suivit attentivement les essais en vol, le cœur battant. Le professeur lui avait dit que c'était la réplique même de Vénusiak excepté son nom, ses couleurs et son fonctionnement optionnel à l'énergie photonique. Elle observait les circonvolutions de l'appareil jaune et vert sur l'écran de contrôle avec une certaine satisfaction. Certes, elle utilisait Fossoirak sans problèmes mais Vénusiak avait été son appareil pendant si longtemps, ce n'était pas la même chose.

L'après-midi, les deux pilotes prirent place dans leurs appareils respectifs afin de tenter d'en savoir plus sur l'O.V.N.I. qu'ils avaient aperçu.

« Marinak, Go !

- Alcorak, Go ! »

Ils prirent la direction du lac. La jeune femme avait réellement l'impression de se trouver à bord de Vénusiak. Les deux appareils étaient vraiment identiques. Lorsqu'ils arrivèrent, ils n'aperçurent aucune trace de présence extraterrestre.

« Bon, je plonge, annonça Vénusia.

- Sois prudente. »

Vénusia explora le lac sans succès.

« Il n'y a rien, Koji. Ils ont quitté l'endroit.

- Attends ! Tu n'as pas remarqué l'entrée d'une galerie lors de ton inspection ?

- Non, mais comme ce n'est pas ce que je cherchais, je l'ai peut-être manquée.

- Alors, recommence. Les lacs Sai, Shoji et Motosu sont reliés par des galeries souterraines, cela pourrait expliquer que l'O.V.N.I. ne soit plus ici.

- D'accord, répondit la jeune femme en reprenant l'exploration du lac. Mais, tu sais, il a pu aller ailleurs.

- Tout est possible, mais il a plus de risques de se faire repérer par la voie des airs.

- Et tu crois que les galeries sont assez spacieuses pour qu'il puisse les emprunter ?

- Oui, je les ai utilisées avec Z, il pouvait largement passer.

- Oh ! Voilà l'entrée.

- Explique-moi où tu es exactement. »

Vénusia précisa sa position.

« Cette galerie relie ce lac au lac Motosu, l'informa Koji.

- Bon très bien, j'y vais. Je préviens Procyon.

- Je te rejoins là-bas par la voie des airs. »

Marinak s'engagea dans la galerie. Peu de temps après, il pénétra dans le lac Motosu.

Vénusia aperçut immédiatement l'O.V.N.I., il était immobile, posé sur le fond du lac.

« Koji, il est là, annonça aussitôt la fille de Riguel.

- Attention de ne pas te faire repérer, lui conseilla le jeune homme.

- Je crois que c'est déjà fait.

- Remonte ! »

L'O.V.N.I. venait de démarrer et se dirigeait vers l'appareil de la jeune femme. Il se mouvait en déplaçant sa partie postérieure. Elle hésita. Elle ignorait si le pilote projetait de l'attaquer ou pas mais si elle déclenchait les hostilités, il riposterait forcément. Elle décida de suivre le conseil de Koji et se dirigea vers la surface du lac. Marinak se trouvait assez proche de l'O.V.N.I. mais celui-ci ne manifestait apparemment aucune hostilité à son égard. Soudain, sa partie postérieure balaya l'eau et son extrémité toucha l'O.V.T. qui fut déstabilisé et projeté un peu plus loin. Koji entendit le cri de la jeune femme.

« Vénusia ! s'exclama-t-il. Que t'arrive-t-il ? Remonte !

- Ce n'est rien, le rassura-t-elle. Il m'a touchée avec sa queue mais ce n'était pas un gros choc. J'arrive. »

L'appareil extraterrestre se dirigea de nouveau vers elle.

« Si je ne l'attaque pas, songea-t-elle, il va de nouveau m'avoir. Ecronium ! »

Le rayon frappa l'O.V.N.I. mais celui-ci poursuivit son avancée.

« Cela n'a pas l'air de lui faire grand chose. Missiles Omega ! Deltalame ! »

Les armes de Marinak déstabilisèrent légèrement l'O.V.N.I. mais pas suffisamment pour le détourner de son objectif. De nouveau, il balaya l'eau avec sa queue mais Vénusia s'y attendait et elle eut les réflexes nécessaires pour esquiver le coup. Elle se dirigea vers la surface suivie de son agresseur.

« Koji ! Il me suit. Il n'est apparemment pas armé. Il m'a attaquée en donnant des coups de queue. Mais je crains que nos O.V.T. ne suffisent pas pour contrer ses attaques. Il n'est pas aussi gros qu'un golgoth mais c'est quand même un adversaire assez imposant comparé à nos appareils et le matériau dans lequel il est fabriqué semble assez résistant.

- Hmm... »

La voix de Procyon résonna dans les deux cabines de pilotage.

« Vénusia ! Koji ! N'insistez pas ! Revenez ! »

Les pilotes n'eurent pas le temps de répondre. Koji poussa un cri de stupéfaction en voyant Marinak projeté hors du lac en direction de la berge sur laquelle il s'écrasa. Son pilote fut éjecté.

« Vénusia ! » s'exclama-t-il, relativement inquiet.

La jeune femme était étendue par terre, elle ne bougeait pas. L'O.V.N.I. émergea à son tour et se dirigea vers Alcorak.

« Professeur, Vénusia a été éjectée de son appareil. Je n'ai pas d'autre choix que de me battre. »

Procyon soupira.

« Il faut que j'évite sa queue, se dit Koji. Je devrais y arriver en restant suffisamment loin de lui. Mortanium ! »

Le rayon frappa sa cible mais n'eut pas d'autre effet.

« Vénusia a raison, songea-t-il. Cela va être difficile ! Il faut que j'enchaîne mes attaques assez rapidement tout en gardant mes distances. Victorang ! Missiles alpha ! »

L'O.V.N.I. se trouva un peu déstabilisé par ces dernières attaques mais tenta de nouveau de s'approcher d'Alcorak. Koji manœuvra pour éviter cela. Au bout d'un moment, le jeune homme commença à s'impatienter.

« Cela risque de durer longtemps comme ça, songea-t-il. Il faut que je change de tactique, mais je ne vois pas comment... à moins que... oui, c'est ça, il faut que je... Mais ? Que fait-il ? »

L'O.V.N.I. venait juste de faire demi-tour, il s'éloignait maintenant d'Alcorak ; Koji ne tarda pas à comprendre qu'il se dirigeait désormais vers Marinak.

« Que compte-t-il faire ? s'inquiéta-t-il. Il faut absolument que je le rejoigne avant qu'il ne s'en prenne à Vénusia. »

Le pilote lança un regard en direction de la jeune femme. Celle-ci s'était relevée et s'était manifestement aperçue du danger. Elle se mit à courir en direction des arbres les plus proches. Lorsque l'O.V.N.I. arriva près de Marinak, Vénusia s'était déjà mise à l'abri. L'appareil extraterrestre donna un coup de queue sur l'O.V.T., ce qui referma la cabine de pilotage. Un second coup de queue le projeta dans le lac.

« C'est pas vrai ! fulmina Koji. Pour qui tu te prends ? Tu vas voir ! Je te réserve une surprise ! »

Koji manœuvra Alcorak de manière à se retrouver face à l'un des hublots de l'O.V.N.I., puis il visa et tira.

« Missiles alpha ! Victorang ! »

Le hublot fut touché par les armes de l'O.V.T., l'appareil fut déstabilisé et retomba en direction du lac dans lequel il s'enfonça.

« J'ai dû l'avoir, songea Koji. Vu sa trajectoire, son pilote a certainement perdu le contrôle. Bon, il faut que je récupère Vénusia. »

Alcorak se posa. La jeune femme sortit de sa cachette et Koji la rejoignit.

« Vénusia, ça va ?

- Oui, c'est bon, juste un peu secouée. Qu'allons-nous faire ? Marinak, tu as vu ?

- Ne t'inquiète pas, je le récupérerai avec Z.

- Z ?

- Oui, je vais devoir aller le chercher. Nos ennemis disposent probablement d'autres appareils, imagine qu'ils nous attaquent avec plusieurs d'entre eux simultanément, nous ne nous en sortirons pas. Viens, nous partons. »

Quelques instants plus tard, Alcorak décollait.

Après le dîner, Procyon suggéra aux pilotes de se distraire en regardant le film de la soirée qui passait à la télévision. Vénusia accepta avec joie et s'installa à ses côtés sur le canapé du salon. Koji annonça qu'il préférait faire une promenade en moto.

« Je ne serai pas long, Professeur, j'ai juste envie de prendre un peu l'air. Et puis, j'ai promis à Boss de refaire une course avec lui, alors je dois m'entraîner. Je trouve que j'ai un peu perdu la main.

- D'accord Koji, à plus tard.

- Fais attention de ne pas rencontrer d'extraterrestres, le taquina Vénusia. Ce n'est pas avec ta moto que tu pourras en venir à bout.

- Très drôle », marmonna le jeune homme.

Lorsque le film de la soirée fut terminé, Procyon éteignit le poste et réalisa qu'il n'avait pas revu Koji.

« Koji doit être revenu depuis un moment, dit-il à Vénusia. Je vais aller m'en assurer, avec les extraterrestres dans le coin, je ne suis quand même pas tranquille.

- D'accord, lui répondit la jeune femme en baillant. Moi, je vais me coucher, je tombe de sommeil. Bonne nuit Professeur.

- Dors bien Vénusia. »

Le jeune homme n'était ni à la cuisine, ni dans sa chambre. Procyon se dit qu'il s'entretenait peut-être avec les extraterrestres. Depuis leur installation au centre, il passait toutes ses soirées avec eux. Il décida d'aller voir.

Dans la salle de l'observatoire, Koji discutait effectivement avec les supréniens et avec Shane en particulier avec lequel il parlait du combat qui s'était déroulé l'après-midi même.

« (Shane) Je vois, cela n'a pas été facile.

- Oui, mais les hublots de l'O.V.N.I. constituent leur point faible. Leur surface est suffisamment importante pour pouvoir les atteindre même en visant d'assez loin. Reste à savoir s'ils s'y laisseront prendre une seconde fois.

- (Shane) Et vous n'êtes que deux. Mais je pourrais vous aider avec Fossoirak.

- Avec Fossoirak ? En y introduisant Lhydra ?

- (Shane) Oui, bien sûr, je n'ai pas d'autre moyen de le piloter.

- Ah non alors ! Nous avons déjà perdu Vénusiak, cela suffit comme ça !

- (Shane) A qui la faute ? Je te rappelle que c'est toi qui l'as détruit, pas moi !

- Oui, bien sûr, répondit Koji un peu gêné. Mais de toute façon, Lhydra l'avait envahi. Il était inutilisable, alors cela revient au même.

- (Shane) Tu te trompes, Lhydra est sous notre contrôle, nous l'aurions retirée en totalité, il aurait pu fonctionner de nouveau sans problèmes.

- Tu es sûr ?

- (Shane) Certain. Alors si tu veux...

- C'est gentil de me proposer ton aide mais je pense que cela ne sera pas nécessaire. Tout à l'heure, Procyon a téléphoné au musée qui conserve Z. Le directeur m'avait assuré qu'il le mettrait à notre disposition en cas de besoin. J'irai le chercher demain.

- (Shane) Comme tu voudras mais si tu changes d'avis, n'hésite pas.

- Oui, je te remercie.

- (Shane) Hmm... Il faudrait aussi...

- Oui ?

- (Shane) Je pense qu'il faudrait aussi que tu améliores ta technique de pilotage.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?

- (Shane) Tu es un bon pilote, c'est certain, mais tu as quelques points faibles. Je pourrais te donner des leçons si tu voulais.

- Me donner des leçons ? Je n'ai pas besoin que tu me donnes des leçons, je suis sûr que je pilote aussi bien que toi !

- (Shane) Ça, ça reste à prouver ! Veux-tu un exemple ?

- Dis toujours.

- (Shane) Tu te souviens de ton combat contre Vénusiak, tu étais aux commandes de Fossoirak ?

- Oui, et alors ?

- (Shane) Lorsque Vénusiak a précipité Fossoirak en direction de Lhydra, c'était un tir très précis. Je ne suis pas sûr que tu aurais pu en faire autant.

- C'est toi qui pilotait l'O.V.T. ?

- (Shane) Naturellement, il n'y a que moi qui sache piloter ici. Alors, ne penses-tu pas que mon tir était excellent ? »

Koji ne pouvait qu'acquiescer à la question du suprénien, il se souvenait que la masse verte l'avait vraiment impressionné lors de cette bataille.

« Je te l'accorde, tu t'es bien débrouillé, mais j'ai pu dévier la trajectoire et Fossoirak n'a pas atterri sur Lhydra.

- (Shane) Ne m'en parle pas ! Je t'avais préparé un atterrissage en douceur et toi, tu as trouvé le moyen d'aller t'écraser plus loin. Quelle idée ! J'ai vraiment eu peur pour toi, tu aurais pu te blesser, voire te tuer.

- Tu as eu peur pour moi ?

- (Shane) Evidemment, mon intention n'était pas de te faire du mal.

- Oui, bien sûr... Je te rappelle aussi que c'est moi qui ai détruit Vénusiak.

- (Shane) Si j'avais voulu te tuer, j'aurais pu le faire facilement. Fossoirak venait de s'écraser et tu n'avais pas le temps de réagir. C'est moi qui aurais remporté la victoire. Tu n'aurais pas pu détruire Vénusiak.

- De toute façon, si tu as pu précipiter Fossoirak en direction de Lhydra, c'est parce que ton attaque m'a pris au dépourvu. Je ne m'attendais pas à ce qu'une algue, même mutante, puisse faire cela. Tu as bénéficié de l'effet de surprise. Je ne me serais pas laissé avoir sinon.

- (Shane) Je n'en suis pas convaincu, j'y serais parvenu quand même. Je pilote mieux que toi. Pourquoi ne veux-tu pas l'admettre ? »

Koji perçut un bruit et tourna la tête en direction de la porte. Procyon venait d'entrer et se dirigeait vers lui.

« Tu dialogues encore avec eux ? l'interrogea-t-il. Tu dois tout connaître de Suprénia, désormais !

- Suprénia ?

- Eh bien... oui..., c'est bien ainsi que se nomme leur planète, non ?

- Euh... c'est-à-dire..., balbutia Koji. En fait, nous n'avons pas du tout parlé de Suprénia.

- Ah oui ? s'étonna le chercheur. Mais de quoi parlez-vous donc ? »

Procyon n'avait pas l'intention d'être indiscret mais il était tellement intrigué qu'il parcourut machinalement le texte apparaissant dans la fenêtre de dialogue. Les supréniens perçurent sa surprise.

« (Kurz) Eh oui, Professeur ! Nos jeunes gens se chamaillent. De vrais gamins ces deux-là ! Que voulez-vous ? il faut bien que jeunesse se passe ! Mais ne vous inquiétez pas, ils n'y consacrent quand même pas tout leur temps. Koji nous a fait le récit de la guerre contre Véga et il lui reste encore des choses à nous raconter.

- La guerre contre Véga ? Cela vous intéresse ? demanda Procyon un peu étonné.

- (Kurz) Tout nous intéresse. Et puis il faut dire que nous nous sentons très concernés.

- Oui, bien sûr.

- (Kurz) Koji nous a également parlé d'Actarus et de Phénicia. À ce propos, les capacités de la princesse d'Euphor nous stupéfient. Je ne parle pas de son don de prédiction car des cas similaires se rencontrent chez beaucoup de peuples. Il semblerait que sur la plupart des planètes habitées, certains individus en soient dotés. Ce don peut-être héréditaire mais ce n'est pas toujours le cas. Par contre, nous n'avons jamais vu quelqu'un qui possède une telle faculté d'apprentissage. Mais c'est vrai que l'univers est grand et que nous sommes loin d'en avoir fait le tour.

- Oui, confirma Procyon, elle nous a beaucoup étonnés nous aussi.

- (Dalak) Sur Suprénia, nous avons développé une technique d'apprentissage très performante que nous avons nommée l'imprégnation psychique. Mais, même si cela est très rapide et très efficace, nous devons quand même y consacrer un minimum de temps. Phénicia, elle, ne semble pas passer par une quelconque étape d'apprentissage. Il semblerait qu'elle sache avant même d'avoir appris.

- Oui, c'est vrai, continua le professeur. Je me demande comment cela est possible d'ailleurs. Elle sait peut-être déjà tout faire de naissance.

- (Kallan) C'est peu probable. Pour que ce soit le cas, il faudrait que ces informations soient transmises génétiquement donc qu'elles fassent partie de son patrimoine génétique. Koji nous a appris qu'elle avait réussi le jumelage avec Goldorak du premier coup et qu'elle était aussi à l'aise que lui sur un cheval, et cela dès la première fois. Or ce n'est pas le type d'informations qui se fixent sur les gènes, en principe. Sans compter qu'il aurait fallu que ses ancêtres le fassent aussi durant très longtemps pour espérer obtenir une adaptation génétique.

- (Shane) En fait, Kallan a une autre hypothèse.

- (Kallan) Il est possible que Phénicia possède une perméabilité psychique suffisante pour pouvoir capter les connaissances des individus qui l'entourent. Autrement dit, il s'agirait d'un apprentissage inconscient par télépathie. Le don de télépathie existe chez de nombreux peuples mais souvent, seul un petit nombre de leurs représentants en est doté, ce qui a l'air d'être le cas pour les euphoriens. Chez d'autres peuples, tous les individus le possèdent, nous en avons déjà rencontré et c'est également notre cas ; tous les supréniens sont télépathes. Tout comme le don de prédiction, la télépathie nécessite une certaine perméabilité psychique mais cette dernière peut avoir des inconvénients.

- Ah bon ? Lesquels ? s'étonna Koji.

- (Kallan) Quand tous les individus d'un même peuple sont concernés et cela depuis très longtemps, elle ne pose pas de problème car leur structuration psychique y est adaptée et réciproquement. En effet, les lois de l'évolution se chargent d'éliminer une faculté qui pourrait nuire à l'espèce, ou alors, c'est l'espèce qui finit par disparaître. Par contre, lorsque cette perméabilité psychique apparaît de façon isolée au sein d'une espèce, c'est plus aléatoire. Dans certains cas, cela est très bien géré par l'individu qui en est doté. Dans d'autres cas, cela peut déboucher soit sur des comportements de pouvoir soit sur une incapacité à se protéger suffisamment sur le plan psychique.

- Que veux-tu dire ?

- (Kallan) Je vais te donner un exemple. Un individu qui, sous prétexte d'un don de prédiction, tenterait d'influencer les autres en se présentant comme « celui qui sait » donc celui à qui il faut obéir, et en leur assurant de préférence que c'est pour leur bien, pourrait exercer un pouvoir sur eux.

- Mais le pouvoir s'exerce par la force ou par le statut que l'on occupe, non ?

- (Kallan) Il y a beaucoup de manières de prendre le pouvoir sur les autres, Koji, certaines sont très subtiles et se cachent sous des comportements apparemment très altruistes.

- Ah ? Et tu penses que Phénicia ?

- (Kallan) Je ne pense rien à propos de la princesse, je ne la connais pas. Je ne fais qu'énumérer les conséquences possibles d'une perméabilité psychique importante. Mais, dis-moi, j'ai l'impression que tu es fatigué. Nous devrions en rester là pour ce soir, ne crois-tu pas ?

- Oui, tu as raison. Il est tard et je commence à avoir sommeil. Bonsoir à tous.

- (Shane) Bonsoir et dors bien. Réfléchis quand même à ma proposition.

- De quoi parles-tu ?

- (Shane) Des leçons de pilotage.

- Hein ?

- (Clélia) Koji, Shane, il est tard, vous parlerez de cela une autre fois. »

Le jeune homme éteignit l'ordinateur et se tourna vers Procyon.

« Je vais me coucher, lui dit-il. Bonsoir Professeur.

- Bonne nuit Koji », lui répondit celui-ci en le regardant s'éloigner.

Mais au moment où il allait franchir la porte, Procyon l'interpella.

« Koji, je...

- Oui ? répondit le jeune homme en se retournant.

- Je sais bien que je n'ai pas à me mêler de ce que tu fais en dehors de tes heures de travail, mais... »

Il fit une pause, il ne savait pas bien comment exprimer sa pensée.

« Mais... ? répéta le jeune homme.

- Eh bien, je pense... enfin..., je trouve que tu t'investis beaucoup trop auprès d'eux », finit-il par dire en dirigeant son regard vers l'ordinateur.

Koji fit de même puis regarda de nouveau Procyon qui continua.

« Tu comprends ce que je veux dire, n'est-ce pas ?

- Je ne sais pas. Je veux simplement mieux les connaître.

- Ecoute, je vais te parler franchement. Tu es jeune et tu as besoin d'avoir des amis, je le conçois très bien mais je préfèrerais que tu fréquentes... »

Procyon s'arrêta et chercha ses mots.

« Vous préféreriez que je fréquente des amis en chair et en os, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est cela. Ne le prends pas mal.

- Qu'ils aient un corps ou pas m'est égal, Professeur. Je m'entends bien avec eux et...

- Surtout avec Shane, à ce que j'ai vu, répliqua Procyon en souriant. Il semblerait qu'il y ait une certaine rivalité entre vous.

- Ce n'est pas ce que vous croyez, Shane et moi, nous ne nous disputons pas. C'est difficile à expliquer... en fait, je crois que... »

Koji baissa la tête, songeur ; Procyon poursuivit.

« N'oublie pas non plus qu'ils ont des facultés psychiques assez développées. Je ne voudrais pas qu'ils t'influencent. »

Le jeune homme releva la tête et fixa son interlocuteur dans les yeux.

« Ils ne feraient pas cela..., affirma-t-il avec force. Pourquoi le feraient-ils ?

- Je ne sais pas. Ils ne le font probablement pas mais je voudrais simplement que tu y sois vigilant. Nous ne les connaissons pas tellement après tout. »

Koji acquiesça d'un signe de tête.

« Réfléchis tout de même à ce que je t'ai dit, continua son aîné. Tu passes beaucoup de temps auprès d'eux, cela m'ennuierait que tu t'attaches à eux.

- Pourquoi ? »

Procyon soupira.

« Koji..., je ne sais pas s'ils pourront survivre très longtemps. »

Le jeune homme ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose puis la referma. Il n'avait pas pensé à cela jusqu'à présent mais maintenant... Procyon avait raison, leur espérance de vie n'était probablement pas très élevée. Il sentit son cœur se serrer.

« Professeur, il y a peut-être une petite chance pour que...

- Pour dire vrai, je n'en sais rien, mais je préfèrerais que tu ne t'attaches pas trop à eux. Tu comprends ?

- Oui, oui, je comprends.

- Autre chose : je crains qu'avec les évènements qui se sont produits ces jours, tu ne doives encore patienter quelque temps avant de revoir ton frère.

- J'avais compris. Ce n'est pas grave, je me rendrai aux Etats-Unis quand nous aurons réglé cette affaire. À propos, j'espère que Sayaka est suffisamment en sécurité.

- C'est vrai, je n'y avais pas pensé. J'ai appelé Yumi cet après-midi pendant que vous reveniez du lac Motosu. Je n'ai pas pu lui parler mais j'ai laissé un message sur son répondeur pour l'avertir de ce qui se passait ici. Nous pourrions peut-être proposer à Sayaka de résider au centre durant quelque temps. »

Le jeune homme acquiesça d'un signe de tête.

« Je le rappellerai demain, continua le chercheur. Bonsoir Koji.

- Bonne nuit, Professeur. »

Procyon sortit de la pièce et Koji lança un coup d'œil à l'ordinateur. « Je préfèrerais que tu ne t'attaches pas trop à eux. » lui avait dit le professeur. C'était un conseil avisé mais trop tardif, il se sentait déjà très lié à ses amis de Suprénia. Il était prêt à tout pour qu'ils puissent vivre le plus longtemps possible, mais que pouvait-il faire ? Tant qu'il s'agissait de combattre des envahisseurs à bord de Z ou d'Alcorak, il n'y avait pas de problème, il se lançait dans la bataille avec un certain enthousiasme et ne reculait jamais même si la tâche était difficile. Mais là, il était question d'un tout autre combat, un combat pour lequel il se sentait démuni. Si ses amis étaient condamnés, il ne pourrait rien faire. Cette pensée lui était pénible. Il serra les poings, sa décision était prise : quel que soit leur avenir, il ne les abandonnerait pas : il continuerait à dialoguer avec eux, même si le lien qui les unissait devait se renforcer et rendre la séparation plus douloureuse au cas où elle se produirait. C'était tout ce qu'il pouvait faire.