Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


13. Le plan de Zhork

Assises sur le tapis de leur local d'habitation, Sayaka et Vénusia discutaient à voix basse afin de ne pas déranger leurs compagnons qui se trouvaient dans les cavités murales leur servant de lit. Dès la fin du repas, avant même que les albiniennes ne viennent chercher les plateaux, Koji avait annoncé qu'il allait se reposer et Tetsuya l'avait imité sans prononcer le moindre mot. L'un et l'autre avaient pris soin de bien tirer les rideaux afin de s'isoler.

Étendu sur sa couche, Koji réfléchissait : une fois de plus, il s'était disputé avec Sayaka. Certes, il en avait toujours été plus ou moins ainsi depuis qu'il la connaissait mais ce qui pouvait s'admettre lorsqu'ils n'étaient encore que des adolescents lui semblait difficilement justifiable maintenant qu'ils avaient quelques années de plus. Bien sûr, vivre dans la même pièce que la jeune femme n'arrangeait rien et ne faisait même qu'amplifier le problème ; peut-être aurait-il mieux fait d'accepter la proposition de Zhork et se séparer des filles pour loger dans un autre local ? Il n'était cependant pas trop tard et il pouvait bien en parler à l'albinien mais il hésitait ; cela compliquerait certainement le projet qu'ils avaient de quitter la planète des sables et il n'était pas question qu'il prenne un tel risque. Il serait préférable que sa relation avec Sayaka puisse évoluer et prendre une tournure plus adulte, mais comment faire ? Il se sentait incapable de ne pas réagir lorsque celle-ci le provoquait, soit par ses actes soit par ses propos ; il avait beau y réfléchir, il ne voyait donc pas de solution.

Les cavités murales étant suffisamment spacieuses pour pouvoir s'y asseoir, Tetsuya s'était installé dos contre l'une des parois et repensait aux propos qu'avait tenus Sayaka lorsque Koji lui avait exposé leur plan d'évasion. La jeune femme avait raison : cela n'allait pas être simple. Même s'ils parvenaient à quitter la cité à bord de l'un des vaisseaux, les pilotes ne pourraient pas retrouver la direction de la planète bleue et c'était bien là le principal problème. Tetsuya poussa un profond soupir en reconnaissant qu'il s'était emballé trop vite, influencé par l'enthousiasme qu'avait manifesté Koji lorsqu'ils en avaient discuté tous les deux. Il ne fallait pas que cela se reproduise ; il veillerait à y être plus vigilant à l'avenir et à se méfier davantage du caractère impulsif du jeune homme. Mais de toute façon, cela ne changeait rien au problème ; si les terriens voulaient mener à bien leur projet d'évasion, il leur faudrait obtenir des données précises quant aux positions respectives des deux planètes. Ces informations devaient bien exister quelque part dans la cité puisque les albiniens avaient réalisé le voyage ; il suffisait donc de mettre la main dessus. Le pilote quitta alors sa couche et se dirigea vers celle de son frère sous le regard surpris des deux filles qui, du coup, interrompirent leur discussion. Les yeux clos et perdu dans ses pensées, le jeune homme sursauta lorsque Tetsuya tira le rideau.

« Que se passe-t-il ? interrogea Koji en se redressant brusquement.

- J'ai à te parler. »

Lorsqu'ils furent tous installés sur le tapis, Tetsuya exposa la conclusion de ses réflexions : afin de se procurer les données nécessaires à leur retour sur Terre, ils utiliseraient les conduites d'aération pour se déplacer et explorer ainsi les différents endroits susceptibles de contenir ces informations. Les jeunes gens discutèrent durant un moment à propos des lieux à visiter prioritairement ; ils exclurent les zones 3 et 5 qui ne leur semblaient pas appropriées mais ne purent guère aller plus loin vu qu'ils n'avaient aucune idée de ce qui se trouvait dans les trois autres zones. Pour ces dernières, il leur faudrait d'abord aller voir. Des coups frappés à la porte les interrompirent et Sayaka alla ouvrir ; les hommes de Zhork venaient les chercher.

Les terriens suivirent les quatre albiniens dans les couloirs de la zone 3 sous les regards inquiets et les murmures des passants qu'ils croisaient. Être escortés ainsi ne signifiait probablement rien de bon aux yeux de la population et était sans doute réservé aux dissidents si toutefois il y en avait. Ils franchirent la porte qui séparait leur zone de résidence du reste de la cité, les hommes qui les accompagnaient leur firent signe de les précéder dans le véhicule se trouvant là et à l'intérieur duquel Zhork les attendaient. Ce dernier les salua et ils démarrèrent. Les terriens n'étaient pas les seuls à quitter la zone 3 ; des hommes principalement mais quelques femmes également cheminaient à pieds aux côtés de leur véhicule en direction du hall central.

« Où vont-ils ? demanda Sayaka intriguée par ces déplacements.

- Ils se rendent dans la zone 4 pour y travailler, lui répondit Zhork. Je vous donnerai plus de détails sur le fonctionnement de la cité tout à l'heure. »

Ils pénétrèrent dans le hall central et le véhicule emprunta alors un autre couloir.

« Nous pénétrons dans la zone 1, commenta Zhork. Les différentes zones sont numérotées dans le sens des aiguilles d'une montre. Je vous donnerai plus de précisions sur chacune d'elles lorsque nous serons arrivés à destination. »

Quelques minutes plus tard, le véhicule stoppa, le petit groupe en descendit et franchit une porte gardée. Le couloir dans lequel les terriens se trouvaient désormais ressemblait à ceux qu'ils arpentaient quotidiennement à quelques différences près : ici les bancs, recouverts de coussins, semblaient réalisés en métal et possédaient des dossiers, les plantes étaient plus fournies et les murs joliment décorés. Zhork ouvrit la première porte qui se présenta à eux et les fit entrer.

Un bureau et des fauteuils recouverts de coussins étaient disposés au centre de la pièce. Au fond, se trouvaient trois armoires munies de tiroirs et de portes. Tous ces meubles avaient manifestement été réalisés en métal. Un écran et un clavier étaient fixés sur le mur de droite. Zhork s'installa à son bureau et invita les jeunes gens à s'asseoir sur les sièges lui faisant face tandis que ses hommes se postaient près de la porte.

« Vous vous trouvez ici dans le local où je travaille, déclara l'albinien d'un ton neutre. La zone 1 est réservée à l'élite. Les personnes qui y vivent ont un niveau d'intelligence comparable à celui des terriens les plus doués voire supérieur parfois. Elles ont reçu une instruction et occupent des emplois de type intellectuel ou accèdent à des postes à responsabilités. Les autres habitants de la cité vivent dans les zones 2 et 3 et y exercent des métiers manuels destinés à fabriquer les produits d'usage quotidien comme la nourriture ou les vêtements. Il s'agit en fait d'activités que l'on pourrait qualifier d'artisanales. La zone 4 peut être comparée à vos usines, nous y fabriquons des meubles en métal, des ordinateurs, les vaisseaux nous permettant de voyager dans l'espace, etc... Notre peuple est donc divisé en deux clans : les exécutants et les dominants. L'appartenance à l'un ou l'autre dépend des capacités intellectuelles.

- Autrement dit, remarqua sarcastiquement Sayaka, vous maintenez toute une partie de la population dans le clan des exécutants en leur refusant l'instruction afin de pouvoir les dominer. »

Les trois autres terriens ne firent pas de commentaires mais échangèrent des regards entendus qui trahissaient leur pensée : les albiniens n'avaient rien inventé ! C'est donc avec stupéfaction qu'ils entendirent la réponse que donna Zhork à Sayaka.

« Vous faites erreur mademoiselle, rectifia-t-il en la regardant droit dans les yeux. Si les exécutants pouvaient être instruits, cela nous arrangerait bien car les dominants sont en nombre insuffisant pour nous permettre de réaliser tout ce que nous voudrions. Si vous vous imaginez que nous n'avons pas tenté de les instruire, vous vous trompez. Malheureusement, s'ils sont très résistants physiquement, leurs capacités intellectuelles sont quasiment nulles ; ils se sont montrés réfractaires à tout apprentissage de ce type-là. »

Les jeunes gens restèrent quelques instants sans voix. Ils se souvinrent qu'ils avaient effectivement remarqué que les habitants de leur zone de résidence ne semblaient pas très malins mais ils n'avaient pas imaginé que cela pouvait prendre de telles proportions.

« Mais, insista Sayaka, il doit bien y avoir parmi eux des personnes d'intelligence moyenne, vous pourriez les instruire.

- Malheureusement non, répondit l'albinien en soupirant. Tous les enfants des exécutants sont testés de même que ceux des dominants d'ailleurs. Aucun d'entre eux n'a jamais fait preuve d'un niveau d'intelligence que l'on pourrait qualifier de moyen. Après les tests, les enfants changent éventuellement de zone selon les résultats obtenus.

- Quoi ? s'exclama Koji, outré. Vous séparez les enfants de leurs parents ?

- C'est cruel ! protesta Vénusia. Comment pouvez-vous faire une chose pareille ?

- Je dirais même monstrueux ! », renchérit Sayaka.

Devant la mine révoltée des terriens, Zhork crut bon de préciser la situation.

« Ne vous y trompez pas, les exécutants nous admirent beaucoup, nous sommes presque des Dieux à leurs yeux, ils n'ont pas d'autre ambition que celle de nous satisfaire, ils sont fiers de nous donner leurs enfants qui se trouvent alors élevés au rang de dominants. Quant aux albiniens constituant l'élite, ils sont soulagés que d'autres se chargent d'élever des êtres possédant une intelligence très nettement inférieure à la leur.

- C'est révoltant, maintint fermement Vénusia. Moi je ne pourrais pas...

- Ne vous comparez pas à nous, la coupa Zhork. Cela fait très longtemps que nous fonctionnons ainsi. Sur Terre, vous n'avez pas ce type de problème et vous ne savez pas comment vos ancêtres auraient réagi s'ils s'étaient trouvés dans la même situation que nous. »

Choqués par ce qu'ils venaient d'apprendre, les terriens restèrent silencieux durant de longues minutes tandis que l'albinien les observait avec attention. Même s'ils comprenaient la complexité de la situation dans laquelle se trouvaient les habitants de la cité des sables, les jeunes gens avaient du mal à admettre qu'il ne puisse pas exister d'autres solutions. Puis, l'effet de surprise dissipé, ils revinrent à des préoccupations plus personnelles et ce fut Tetsuya qui rompit le silence.

« Et nous dans tout cela ? interrogea-t-il. Qu'avons-nous à voir avec vous ? Pourquoi nous avez-vous amenés ici ? »

Zhork se leva, se dirigea vers l'écran fixé au mur, le mit en marche en appuyant sur un bouton et actionna quelques unes des touches du clavier. Une image apparut ; elle représentait l'un des vaisseaux albiniens, des points rouges étaient dessinés à certains endroits de l'appareil.

« Nos vaisseaux n'ont pas été construits pour le combat, les marques que vous pouvez voir sur ce dessin signalent leurs points faibles. Vous pouvez constater que les hublots en font naturellement partie comme vous l'avez compris. Si nos appareils sont frappés à ces endroits-là, il n'est pas très difficile de les détruire. »

Zhork fit une pause et observa les jeunes gens qui ne voyaient manifestement pas où leur interlocuteur voulait en venir. Il se dirigea alors vers l'une des armoires et en ouvrit un tiroir duquel il sortit des feuilles de papier qu'il distribua aux terriens intrigués ; sur chacune d'elles, le vaisseau était représenté sous différents angles et certains endroits étaient marqués de points rouges.

« Vous allez mémoriser l'emplacement de ces points, ce n'est pas compliqué, il y en a peu. Puis vous vous rendrez quotidiennement en surface afin de vous entrainer à toucher nos vaisseaux aux endroits correspondants. Dans un premier temps, les missiles que vous utiliserez seront inoffensifs, ils se contenteront d'imprimer une marque sur la surface qu'ils auront touchée, nous en avons déjà fabriqués un certain nombre depuis votre arrivée. Puis, quand je constaterai que vos tirs sont suffisamment précis, vous emploierez de véritables armes et vous aurez pour tâche de détruire nos vaisseaux. »

A ces dires, les terriens ne furent tout d'abord pas capables de prononcer le moindre mot ; ils se demandaient si leurs oreilles ne les trahissaient pas, s'ils avaient bien compris ce que leur demandait l'albinien. Ils ne purent faire qu'une chose : fixer leur interlocuteur d'un regard ébahi.

« Vous... vous voulez que..., finit par balbutier Koji effaré par les mots qu'il prononçait. Vous voulez que nous détruisions vos vaisseaux ?

- C'est bien cela, confirma Zhork d'une voix assurée. Ils vous attaqueront, ils essayeront de vous abattre et vous devrez vous défendre. »

Les quatre jeunes gens ne purent s'empêcher de se demander si l'albinien n'était pas devenu fou.

« Mais pourquoi ? demanda Sayaka qui ne comprenait vraiment rien aux propos que l'homme à la peau claire venait de tenir.

- Vous n'avez pas besoin d'en connaître la raison, lui répondit fermement ce dernier. Il vous suffit de faire ce que je vous demande. Ce sont nos vaisseaux, nous en faisons ce que nous voulons.

- Auriez-vous peur d'une rébellion ? hasarda Tetsuya. Comptez-vous sur nous pour vous en protéger ? »

A ces mots, l'albinien éclata de rire.

« Avec tout ce que je viens de vous raconter, vous pensez vraiment que les exécutants se rebelleraient contre nous ?

- Je pensais plutôt aux dominants, continua le pilote.

- Pourquoi le feraient-ils ? enchaîna Zhork en retrouvant son sérieux. Ils font partie de l'élite de notre société.

- A quel clan appartenait Carina ? » s'enquit Koji qui n'avait toujours pas digéré non seulement la mort de la jeune femme et la façon dont elle avait été tuée mais surtout le fait qu'il s'était montré impuissant à la sauver.

A cette question, le visage de Zhork changea du tout au tout et prit un air grave et contrarié, son corps se raidit, un rictus de colère déforma sa bouche ; apparemment le jeune homme avait touché un point sensible. L'albinien se reprit cependant assez rapidement et déclara d'un ton sec :

« Carina était..., commença-t-il en cherchant ses mots. Elle était un cas particulier. Ce qui s'est produit n'aurait jamais dû avoir lieu. De toute façon, cela ne vous concerne pas.

- Et avec quoi voulez-vous que nous détruisions vos vaisseaux ? interrogea Tetsuya qui comprit qu'il valait mieux changer de sujet. Vos appareils ne sont pas armés. »

L'albinien retourna près de l'écran et appuya de nouveau sur les touches du clavier.

« Vous allez voir l'une des salles de la zone 5 par le biais d'une caméra qui s'y trouve et vous comprendrez. »

Zhork retourna s'asseoir pendant que s'effectuaient les réglages commandés par l'ordinateur. La zone dont il parlait était celle qui abritait les vaisseaux de la cité des sables, les terriens s'en souvenaient parfaitement. Ils observèrent donc l'écran avec une curiosité non dissimulée mais ce qui apparut les laissa bouche bée. A l'intérieur de la salle concernée se trouvaient Alcorak, Fossoirak et Marinak.

« Mais..., commença Sayaka interloquée.

- Ce sont nos appareils..., ajouta Vénusia toute aussi surprise que sa compagne.

- Que font-ils ici ? interrogea Tetsuya d'un ton ferme tout en observant intensément l'homme à la peau claire. Vous ne comptez tout de même pas les utiliser ? »

Dans le même temps, Koji avait bondi de son siège et plaqué les paumes de ses mains sur le bureau afin de faire face à l'albinien ; cette fois, c'était le comble ! Le pilote sentit la colère monter en lui et ne tenta même pas de la refréner.

« Qu'est-ce que cela veut dire ? s'exclama-t-il à l'intention de Zhork tandis que ses yeux semblaient lancer des éclairs. Non seulement vous nous avez amenés ici contre notre gré mais en plus de cela, vous vous êtes emparés de nos appareils ! Pour qui vous prenez-vous ? Vous vous croyez tout permis ! Savez-vous de quoi vous avez besoin ? D'une bonne leçon et je me ferais un plaisir de vous la donner !

- Asseyez-vous ! », lui répondit fermement l'homme à la peau claire.

Tous deux se défièrent du regard ; la tension qui existait entre eux était nettement perceptible. Craignant que la situation ne s'envenime, Sayaka se leva à son tour et posa une main apaisante sur le bras du terrien tandis que Vénusia se mordait les lèvres d'inquiétude et que Tetsuya se tenait prêt à intervenir pour calmer le jeune homme qu'il trouvait décidément trop impulsif.

« Fais ce qu'il te dit, lui intima la fille de Yumi. Fais ce qu'il te dit et calme-toi. »

Koji tourna la tête vers elle et croisa son regard durant quelques instants puis il jeta un coup d'œil en direction de la porte ; les hommes qui s'y tenaient, armés de leurs lassos, semblaient prêts à riposter. Le pilote soupira, serra les poings afin de tenter de canaliser sa colère et se rassit en baissant les yeux. S'il s'abstint de prononcer ne serait-ce qu'une parole, il n'en pensa pas moins que Zhork ne perdait rien pour attendre ; il était certain que l'albinien était en position de force pour le moment mais il arriverait bien un jour où il paierait pour son audace !

« Votre entrainement commence après-demain entre le premier et le second repas, annonça l'albinien sur un ton qui n'aurait souffert aucune objection. Je sais que vous êtes tous des pilotes confirmés mais j'ignore si vous connaissez tous les quatre le fonctionnement de ces appareils-là.

- Tetsuya et moi ne les avons jamais pilotés, l'informa Sayaka.

- Alors Vénusia et Koji vous apprendront à le faire, lui répondit Zhork avec fermeté.

- Je n'ai pas besoin que l'on m'apprenne quoi que ce soit, affirma Tetsuya avec aplomb. Je peux très bien me débrouiller seul.

- A votre aise, continua l'homme à la peau claire. Organisez-vous comme vous l'entendez, seul le résultat m'importe. La chaleur étant importante en surface, les entrainements seront de courte durée et nous vous fournirons suffisamment d'eau pour vous désaltérer. Vous messieurs, vous vous entrainerez tous les jours tandis que vous, mesdemoiselles, vous le ferez un jour sur deux à tour de rôle. Je tiens à ce que l'une de vous reste dans la cité au cas où vos compagnons envisageraient de me jouer un sale tour. Autrement dit, vous me servirez d'otage.

- Quel tour pourrions-nous vous jouer ? s'étonna Tetsuya.

- Probablement aucun, concéda l'albinien. Si vous essayiez de vous échapper vous ne pourriez pas survivre longtemps hors de la cité et vos appareils ne vous permettent pas de quitter notre planète. Mais je préfère prendre mes précautions ; je n'oublie pas que vous faites partie d'une race intelligente.

- J'aimerais vous poser une question, intervint Vénusia. Dans un premier temps, vous sembliez vous intéresser au prince d'Euphor. Pourquoi ?

- Pour être exact, c'est Goldorak qui m'intéressait. Un robot est quand même plus puissant que vos appareils, il aurait donc été plus efficace qu'eux. Il y avait bien sûr les Mazingers mais ils sont trop gros pour être transportés par nos vaisseaux et ne peuvent pas se déplacer dans l'espace. »

Tout était dit. Zhork prit congé des terriens et chargea ses hommes de les raccompagner dans leur zone d'habitation. Durant tout le trajet, aucun des jeunes gens ne prononça ne serait-ce qu'une parole. Ce n'est que lorsqu'ils se retrouvèrent seuls dans leur appartement que Koji s'exclama :

« Vous y comprenez quelque chose, vous ? Moi, je n'y comprends vraiment rien.

- Je suis comme toi, lui répondit Sayaka, je ne vois vraiment pas où Zhork veut en venir. »

Tout à coup, Vénusia se dirigea vers la porte, l'ouvrit assez brusquement, sortit du local et la claqua derrière elle. Les trois terriens se regardèrent, surpris.

« Qu'est-ce qu'elle a ? s'étonna Koji. On dirait qu'elle est en colère.

- Elle n'est pas bien, lui répondit Sayaka en soupirant. Si elle a fait un premier repas à peu près correct ce matin, on ne peut pas en dire autant du second. Si elle continue ainsi, elle finira par tomber malade.

- Laissez-la donc tranquille, grommela Tetsuya, cela finira bien par lui passer. Concentrons-nous plutôt sur notre objectif. »

Sayaka et Koji s'assirent sur le tapis en soupirant et se plongèrent dans les schémas qu'ils devaient étudier. Tetsuya les observa quelques instants puis reprit la parole.

« Ce n'est pas à cela que je faisais allusion. »

Ses deux compagnons relevèrent la tête, surpris, et le virent ranger sa propre feuille dans l'armoire de laquelle il sortit le plan de la cité.

« Il doit faire très sombre à l'intérieur des conduites d'aération, nous ne pourrons pas consulter le plan, il faut donc mémoriser la direction à prendre pour rejoindre le hall central. Sayaka, toi et Vénusia vous resterez ici. Moi, je me rendrai dans la zone 5 demain entre les deux premiers repas. Koji, si tu veux venir aussi.

- Naturellement, acquiesça celui-ci en se relevant.

- Alors nous avons du travail, tu étudieras le vaisseau plus tard. »

C'est ainsi que lorsque la fille de Riguel revint, elle trouva ses trois amis en pleine concentration, les deux garçons penchés sur le plan et Sayaka plongée dans les schémas du vaisseau albinien. Vénusia était accompagnée de Louna qui portait un plateau contenant une assiette de légumes et de viande, une boisson ainsi qu'un dessert. Après avoir déposé le repas sur l'un des cubes, la jeune femme à la peau claire quitta le local tandis que la terrienne s'asseyait et commençait à manger. Les trois autres l'observèrent avec stupéfaction lorsqu'ils constatèrent qu'elle dévorait les plats avec un plaisir non dissimulé.

« Je suis contente de voir que tu retrouves l'appétit, commenta la fille de Yumi un sourire sur les lèvres.

- Il faut bien, répondit Vénusia entre deux bouchées. Je me dois d'être en forme pour mener à bien la tâche que Zhork nous a confiée. Dès que j'aurai terminé de manger, j'apprendrai ses schémas par cœur. Ainsi il veut que nous détruisions ses vaisseaux ? Eh bien, je vais m'en charger avec plaisir. Il va voir ce dont on est capable après avoir combattu aux côtés du prince d'Euphor ! »

Sayaka et Koji échangèrent un regard complice et satisfait ; ils étaient ravis de voir Vénusia reprendre le dessus puis, sur le rappel à l'ordre de Tetsuya, ils se replongèrent aussitôt dans leur travail.

Ce fut donc ainsi que le lendemain, après s'être procuré une corde, les deux garçons entreprirent l'exploration des conduites d'aération, non sans avoir reçu les conseils préalables des filles : se déplacer le plus silencieusement possible afin d'éviter d'alerter les albiniens se trouvant dans les locaux et être à l'heure pour le repas suivant. Les cubes leur permirent d'atteindre les grilles du plafond qu'ils soulevèrent avec facilité du fait qu'elles n'étaient pas très lourdes et fixées uniquement par l'un de leurs côtés. Tetsuya était passé devant et Koji le suivait. Les tuyaux dans lesquels ils évoluèrent étaient suffisamment larges pour qu'ils puissent facilement se déplacer à plat ventre ; seul l'air propulsé à l'intérieur les gênait quelque peu. Les locaux occupés par les habitants de la cité leur permettaient d'y voir à peu près clair du fait de leur éclairage. L'exploration se compliqua lorsqu'ils pénétrèrent dans la zone 5 en effet, seul le couloir était éclairé du fait de la présence des albiniens qui en gardaient l'accès. Les salles dans lesquelles se trouvaient les vaisseaux étaient trop sombres pour que les terriens ne puissent y distinguer quoi que ce soit ; ils furent donc obligés d'y descendre pour pouvoir les éclairer et voir ainsi ce qu'elles contenaient. Dans chacune des trois premières, se trouvaient deux vaisseaux albiniens qui ne différaient les uns des autres que par leur taille. Lorsqu'ils atteignirent la quatrième salle, et après avoir fixé la corde à la grille d'aération, Koji y descendit et se dirigea à tâtons vers l'interrupteur. Une fois que la pièce fut éclairée, les jeunes gens constatèrent que leurs appareils s'y trouvaient et Tetsuya descendit à son tour. Tous deux s'empressèrent de visiter les cabines de pilotage des O.V.T. afin de voir si leurs pistolasers y étaient encore. Même s'ils ne se faisaient guère d'illusions, ils ressentirent tout de même une certaine déception lorsqu'ils s'aperçurent que leurs armes ne s'y trouvaient plus. Ils quittèrent les cabines puis se placèrent à quelques pas des appareils.

« Bon, conclut Tetsuya en observant les O.V.T., demain nous aurons une idée plus précise de la manière dont les choses se présentent en surface. Durant les jours qui viennent, nous continuerons l'exploration de la zone 5.

- Tu peux t'en occuper seul, lui répondit Koji. Je me chargerai de la zone 1, j'aimerais voir si je peux y trouver des informations qui nous permettraient de rejoindre la Terre.

- Comme tu voudras. Il faudra nous procurer une seconde corde, de préférence dans un local différent de celui dans lequel nous avons pris la première afin de ne pas risquer d'éveiller des soupçons. »

Koji hocha la tête en signe d'acquiescement. Tetsuya observa le jeune homme avec insistance durant quelques instants puis, dirigeant de nouveau son regard vers les machines, il le questionna :

« S'il m'arrivait quelque chose, tu saurais t'en sortir seul, n'est-ce pas ?

- S'il t'arrivait quelque chose ? répéta Koji surpris. Pourquoi me demandes-tu cela ? Il ne t'arrivera rien, nous partirons tous les quatre d'ici, sains et saufs.

- Tu n'as pas répondu à ma question, insista son interlocuteur.

- Bien sûr que je pourrais me débrouiller sans toi, mais...

- Lorsque je maîtriserai suffisamment ces appareils, le coupa calmement Tetsuya, je partirai explorer cette planète.

- Quoi ? Tu plaisantes ? s'exclama Koji, de plus en plus surpris. Je ne vois pas ce que l'exploration d'une planète désertique pourrait nous apporter. Il nous suffit de trouver les informations dont nous avons besoin et de nous en aller. Par contre, il nous faudra peut-être deux vaisseaux pour emmener nos O.V.T. ; j'espère simplement qu'il ne nous en faudra pas trois, les filles ne m'ont pas donné l'impression d'avoir envie de piloter ces engins.

- Nous verrons bien, continua Tetsuya toujours aussi calmement. Certains sont plus gros que d'autres, leur soute peut peut-être en loger deux. Cependant j'ai mieux à faire en attendant ; mon premier objectif est de découvrir ce qui se cache sur cette planète.

- Ah oui ? riposta Koji. Et tu crois vraiment que je vais te laisser te sacrifier inutilement ? Tu me connais mal.

- Ce n'est pas un sacrifice, poursuivit son interlocuteur en se tournant vers lui. Il y a surement des choses intéressantes à découvrir sur Albina. Ne me dis pas que tu penses vraiment que cette planète est entièrement désertique, ce ne serait pas logique, tu le sais aussi bien que moi. D'autre part, le projet de Zhork m'interroge également. Pourquoi veut-il que nous détruisions ses vaisseaux ? En fait, je suis persuadé qu'il nous cache beaucoup de choses et je veux les découvrir. »

Le jeune homme ne trouva rien à répondre sur le moment et se contenta de soutenir le regard interrogateur de Tetsuya ; il était bien évident pour lui aussi que Zhork leur dissimulait une part de la vérité mais fallait-il vraiment chercher à éclaircir la situation ? Leur seul objectif ne devait-il pas consister à rejoindre leur planète le plus rapidement possible d'autant plus qu'ils avaient la responsabilité de leurs compagnes ?

« Cela m'étonne que tu te soucies ainsi de moi, reprit enfin Tetsuya d'un ton neutre. Quelle importance puis-je bien avoir à tes yeux ?

- Quoi ? lui répondit Koji, de plus en plus interloqué. Mais qu'est-ce que tu racontes ? Pourquoi est-ce que je ne me préoccuperais pas de toi ?

- D'ailleurs, poursuivit le pilote sans répondre à la question qui venait de lui être posée, je n'ai jamais compris ton attitude envers moi.

- Mais de quoi est-ce que tu parles ?

- Pourquoi t'es-tu montré si attentionné après le décès de Kenzo ? T'es-tu rendu compte qu'il était mort à cause de moi ? Tu aurais dû me détester ! »

Koji le regarda, sidéré. Il sentit sa poitrine se compresser au souvenir de cet évènement douloureux et serra les poings tout en se détournant de son interlocuteur. Pourquoi ce dernier lui parlait-il de son père maintenant ? Ce n'était vraiment pas le moment !

« Je n'ai pas envie de parler de ça, répliqua le jeune homme d'un ton ferme. Allons-nous-en. »

Tetsuya n'insista pas et ils reprirent le chemin de leur zone d'habitation à l'intérieur des conduites d'aération. Les deux pilotes ne reparlèrent pas de Kenzo Kabuto mais, le soir même avant de s'endormir, lorsqu'ils se retrouvèrent seuls à l'intérieur de la cavité leur servant de lit, ils ne purent s'empêcher de songer aux évènements tragiques ayant précédé leur victoire contre les Mikènes.

Dès le lendemain, les terriens démarrèrent leurs séances d'entraînement à l'extérieur. Ils purent constater qu'il faisait effectivement assez chaud en surface et que la planète, ou tout du moins la zone qu'ils parcouraient, était pour le moins désertique : du sable à perte de vue, quelques rochers parsemés ça et là, aucun point d'eau, pas la moindre trace de végétation. Durant ces séances, Zhork et ses hommes les accompagnaient. L'albinien voulait suivre de près le travail des pilotes et juger de leurs progrès. Les jeunes gens occupaient le reste de leur temps à leur guise et les deux garçons continuèrent à explorer la cité en utilisant les conduites d'aération. Koji n'avait pu accéder au bureau de Zhork que pendant les heures des repas car l'albinien l'occupait le reste du temps ; il l'avait minutieusement fouillé mais n'avait pas découvert ce qu'il cherchait. Cependant, les deux pilotes ne désespéraient pas et poursuivaient leurs investigations.

Un matin, alors que Vénusia et les garçons rentraient de leur séance d'entrainement, Zhork leur annonça qu'il était satisfait de leurs performances et qu'il avait programmé le combat final pour le lendemain un peu avant le second repas. Les jeunes gens avaient bien tenté d'obtenir des précisions sur les motivations de l'albinien et surtout sur le sort qu'il leur réservait s'ils étaient victorieux mais celui-ci n'avait rien voulu leur révéler. Il leur avait juste précisé qu'il laissait aux jeunes femmes le choix de décider laquelle des deux resterait dans la cité. En arrivant dans leur local d'habitation, les terriens mirent Sayaka au courant puis prirent chacun une douche comme ils le faisaient chaque fois qu'ils rentraient. La journée se déroula dans une ambiance morose ; Tetsuya, en particulier, semblait relativement soucieux et ne participa que très peu aux discussions. Ce n'était pourtant pas le combat en lui-même qui préoccupait les pilotes, ils se sentaient tout à fait capables de venir à bout des vaisseaux sans problèmes puisqu'ils connaissaient leurs points faibles et que leurs O.V.T. seraient armés ; mais que se passerait-il une fois que Zhork aurait obtenu satisfaction ?

Le lendemain, Vénusia se leva la première, fit sa toilette, s'habilla et attendit patiemment le réveil de ses compagnons, assise sur le tapis. Sayaka et Koji quittèrent leur couche presqu'en même temps et s'installèrent auprès d'elle après s'être lavés et vêtus.

« Tetsuya dort encore, fit remarquer Sayaka. Peut-être devrions-nous le réveiller ?

- Laisse-le se reposer encore un moment, lui conseilla Vénusia, il ne semblait pas très en forme hier suite à l'annonce du combat de ce matin. »

Des coups frappés à la porte leur annoncèrent qu'il était l'heure du premier repas. La fille de Riguel se leva et alla ouvrir. Comme tous les matins, les deux albiniennes pénétrèrent dans le local et disposèrent les plats devant chacun des terriens ; fidèle à son habitude, Daxia servit Koji en premier. Les jeunes femmes s'apprêtaient à quitter la pièce quand Zhork y pénétra brusquement suivi d'une douzaine d'hommes. Surpris, les terriens le regardèrent sans prononcer une parole.

« Où se trouve Tetsuya ? leur demanda l'albinien d'un ton sec.

- Tetsuya ? lui répondit Sayaka. Nous l'avons laissé dormir, il n'avait pas l'air de se sentir bien hier et...

- Ah oui ? Ainsi il dort ? » la coupa l'homme à la peau claire en se mettant à tirer les rideaux de chacune des cavités murales.

Les terriens échangèrent un regard étonné lorsqu'ils s'aperçurent de l'absence de leur compagnon.

« Tetsuya n'est pas ici et l'un des O.V.T. a disparu, poursuivit Zhork sur le même ton, ce n'est sûrement pas une coïncidence. Que compte-t-il faire ?

- Je vous certifie que nous l'ignorons, assura Vénusia. Nous étions persuadés qu'il dormait. »

L'albinien la regarda avec insistance avant de déclarer :

« Je vous interdis de quitter votre local jusqu'à nouvel ordre. Mes hommes se posteront dans le couloir et monteront la garde. »

Il s'approcha ensuite des deux albiniennes.

« Et vous ? les interrogea-t-il. Savez-vous quelque chose ? »

Les deux jeunes femmes secouèrent la tête de gauche à droite, Zhork soupira.

« Mais comment s'est-il donc débrouillé pour franchir les portes gardées ? déclara-t-il l'air soucieux. Je me demande ce qu'il manigance mais peu importe, le combat qui devait avoir lieu ce matin est reporté à une date ultérieure. D'ici là, il sera mort.

- Comment cela mort ? intervint Koji en se levant brusquement, aussitôt imité par ses compagnes.

- Vous pensez vraiment qu'il pourra survivre longtemps à l'extérieur ? poursuivit l'albinien sur un ton ironique. Vous ne vous êtes donc pas rendus compte de l'état dans lequel se trouve notre planète ?

- Mais, suggéra Vénusia soudain très inquiète, il peut certainement trouver une zone plus clémente.

- Je vous rappelle qu'Albina est complètement désertique ; il me semble pourtant vous l'avoir dit. Il n'existe aucune zone plus clémente à sa surface. Il n'y a qu'à l'intérieur de la cité qu'il est possible de survivre. Tetsuya se perdra et mourra de déshydratation.

- Il faut partir à sa recherche, s'exclama Koji. Je suis sûr qu'il est encore possible de le sauver !

- Il n'en est pas question ! répliqua l'homme à la peau claire. Puisqu'il tient à faire l'imbécile, qu'il en assume les conséquences jusqu'au bout. Je peux me passer de lui. »

Sur ces mots, il quitta la pièce suivi de ses hommes et des deux albiniennes.

Les deux terriennes se laissèrent tomber sur le tapis ; ce qu'elles venaient d'apprendre leur avait coupé l'appétit. Koji se dirigea vers l'armoire et en ouvrit les portes ; la gourde de Tetsuya et l'une des cordes avaient disparu.

« Il a utilisé les conduites d'aération pour rejoindre la salle dans laquelle se trouvent nos appareils, commenta-t-il en rejoignant ses compagnes. Il était persuadé qu'il existait autre chose que du sable sur Albina et je dois dire que je le pensais aussi, mais maintenant j'en doute, Zhork m'a paru sincère.

- Pourtant c'est la seule explication possible à la survie de la cité, plaida Sayaka.

- Je ne sais pas, lui répondit Koji à mi-voix, je ne sais plus. »

Le jeune homme s'assit sur le tapis et se mordit les lèvres. Que devait-il faire ? Bien sûr, il pouvait lui aussi se rendre à l'extérieur et partir à la recherche de Tetsuya. Zhork ne semblait pas se douter qu'ils empruntaient les conduites d'aération pour se rendre dans les autres zones de la cité mais l'entreprise avait peu de chance de réussir : d'une part, il n'avait aucune idée de la direction qu'avait pu prendre le pilote et d'autre part, il risquait lui aussi d'y laisser sa vie. S'il avait été seul, il n'aurait sans doute pas hésité, mais avait-il le droit d'abandonner Vénusia et Sayaka ? Certes non, mais pourrait-il rester là sans rien faire alors que son frère allait probablement mourir ?