Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.
14. Un bien étrange comportement
Préoccupés par le sort de Tetsuya, les trois terriens n'avaient presque pas touché à leur repas. Les filles, allongées l'une près de l'autre sur le tapis, discutaient entre elles à voix basse, plus pour conjurer l'angoisse qu'elles ressentaient que par réelle envie. Koji s'était assis dos contre l'un des murs de la pièce, jambes repliées, le menton appuyé contre ses avant-bras qu'il avait croisés sur ses genoux ; le regard dirigé vers le sol, il réfléchissait. En tout premier lieu, il était parvenu à calmer l'inquiétude qu'il avait ressenti suite aux déclarations de Zhork en tentant de se résonner : Tetsuya n'était pas en danger immédiat, il avait de l'eau, il pouvait probablement survivre un jour ou deux, et peut-être même retrouverait-il son chemin contrairement à ce que supposait l'albinien ; il était quand même le pilote de Great Mazinger, celui qui avait combattu et tenu en respect les Mikènes, il avait de la ressource et avait prouvé à maintes reprises qu'il était capable de se sortir de situations délicates. Restait à savoir comment il serait accueilli s'il parvenait à regagner la cité des sables.
Cependant, même si Koji était parvenu à se rassurer quelque peu, une chose le tracassait : son frère était parti de nuit et ceci probablement pour que personne ne s'aperçoive de son absence. Alors pourquoi n'avait-il pas pris la précaution de rentrer à temps ? Il devait bien se douter que les albiniens s'apercevraient assez rapidement de son escapade et que celle-ci ne serait guère appréciée. Ce retard était donc inquiétant car il pouvait signifier que le pilote se trouvait en sérieuse difficulté. Koji soupira, il se sentait en partie responsable de ce qui était arrivé ; s'il s'était montré moins opposé à l'exploration de la planète lors de la discussion qu'il avait eu avec Tetsuya, peut-être que celui-ci lui aurait donné des détails sur sa sortie nocturne. D'ailleurs, n'était-ce que la première ou en avait-il déjà eu d'autres ? Le jeune homme tenta de se remémorer ce qui s'était passé la veille : à partir du moment où Zhork les avait informés du combat devant avoir lieu le lendemain, Tetsuya avait donné l'impression d'être plus soucieux et plus distant. Etait-ce cette annonce qui l'avait décidé à tenter le tout pour le tout afin de faire une éventuelle découverte en surface ? Ce n'était pas impossible du fait de l'incertitude dans laquelle ils se trouvaient tous les quatre quant au sort que leur réserverait Zhork ensuite. Si cette hypothèse était la bonne, cela signifiait qu'il s'agissait bien de sa première sortie.
C'est à ce moment-là de ses réflexions que les deux albiniennes du local d'en face vinrent chercher les plateaux et la vaisselle. Habitué à ce fonctionnement quotidien et perdu dans ses pensées, Koji ne bougea pas ; il entendit vaguement les jeunes femmes s'affairer à ranger les plats et les couverts sur les plateaux. Cependant, lorsque Daxia s'aperçut du peu d'appétit dont avaient fait preuve les terriens, elle suspendit ses gestes, leva la tête vers les filles et leur lança un regard interrogatif ce qui poussa Vénusia à lui donner une explication.
« Nous n'avons pas faim, s'excusa-t-elle, nous sommes trop préoccupés par l'absence de notre compagnon. »
En entendant ces paroles, Koji releva machinalement la tête au moment même où Daxia se tournait vers lui ; leurs regards se croisèrent et l'albinienne soutint celui du pilote avec une insistance non dissimulée. Le jeune homme ne put rompre ce contact visuel tant il se sentait troublé par la manière dont cette femme le regardait ; se trompait-il ? Il eut l'impression qu'elle cherchait à lui dire quelque chose...
« Qu'avez-vous donc à vous observer ainsi tous les deux ? intervint la fille de Yumi légèrement agacée par cette apparente complicité dont elle se sentait exclue.
- Laisse-nous tranquille, riposta le pilote. Cela te dérange-t-il tant que cela ? »
Sayaka haussa les épaules et les deux albiniennes ramenèrent les plateaux dans leur local. Ce fut Daxia qui revint ensuite ; elle se posta près de la porte de la salle d'eau et attendit.
« Oui Daxia, nous avons tous pris notre douche, l'informa Vénusia, vous pouvez nettoyer. »
Lorsque la jeune femme à la peau claire eut terminé sa tâche, elle s'éclipsa silencieusement. Koji se leva, ouvrit l'armoire et se mit à inspecter minutieusement son contenu.
« Tu cherches quelque chose ? l'interrogea Sayaka, intriguée.
- Je regarde si Tetsuya n'aurait pas laissé un mot ou une indication quelconque, lui répondit le jeune homme. Je ne comprends pas qu'il soit parti comme ça, aidez-moi en inspectant les cavités murales. »
Mais les recherches ne donnèrent malheureusement rien. Avant de refermer l'armoire, le jeune homme se saisit de la corde qui restait.
« Eh ! Que fais-tu ? s'exclama Sayaka soudain très inquiète. Tu ne vas pas partir toi aussi ? Qu'allons-nous devenir si nous nous retrouvons seules ?
- Je veux juste inspecter les conduites d'aération ainsi que la salle dans laquelle se trouvent nos appareils, lui répondit Koji. Peut-être pourrais-je y découvrir quelque chose.
- Si les hommes de Zhork s'en aperçoivent, plaida Vénusia, cela ne fera qu'aggraver la situation. Je t'en prie, reste ici.
- Je ne serai pas long, précisa le jeune homme. Louna et Daxia ont changé les draps il y a deux jours et elles ont fait le ménage hier, il n'y a aucune raison pour qu'elles reviennent. Quant aux albiniens postés dans le couloir, je ne vois pas pourquoi ils vous dérangeraient, ils nous croient enfermés ici. Essaie de comprendre, Tetsuya est peut-être en danger, je ne peux pas rester là à attendre.
- Tu nous promets de ne pas quitter la cité ? insista la jeune femme, résignée par la détermination qu'elle percevait chez son compagnon.
- Ne t'inquiète pas, la rassura-t-il, je ne l'envisage pas pour l'instant, d'ailleurs tu vois bien que je n'ai pas pris ma gourde et je ne prendrais pas le risque de sortir sans eau. »
Comme à l'accoutumée, Koji utilisa les cubes pour atteindre les conduites d'aération puis il disparut à l'intérieur, referma la grille et entama sa progression en direction de la zone 5. Il ne remarqua rien de particulier sur le trajet. Lorsqu'il arriva à destination, au-dessus de la salle contenant les appareils terriens, il constata que celle-ci n'était pas éclairée. Il prêta cependant l'oreille durant de longues minutes par précaution mais ne décela aucun bruit. Il ouvrit donc la grille, y fixa la corde, descendit et se dirigea vers l'interrupteur qu'il actionna. Le jeune homme aperçut alors Alcorak et Marinak ; Tetsuya avait pris Fossoirak et Koji en éprouva un certain soulagement. En effet, l'appareil pouvait aller sous terre et le pilote pourrait s'y réfugier si la chaleur devenait trop insupportable en surface. Il entreprit alors d'inspecter la salle et les deux appareils.
A l'intérieur de leur local d'habitation, Vénusia et Sayaka attendaient le retour de Koji en faisant les cent pas elles se sentaient anxieuses tant elles craignaient une complication de la situation. C'est pourquoi toutes deux sursautèrent lorsqu'elles entendirent frapper à la porte ; elles se regardèrent en retenant leur souffle, le cœur battant, ne sachant que faire. De nouveaux coups se firent entendre.
« Si nous n'ouvrons pas, chuchota Sayaka, cela va paraître bizarre. »
Vénusia acquiesça d'un signe de tête et se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit ; l'un des hommes de Zhork lui annonça que Daxia avait omis de remplacer le savon de la salle d'eau et s'écarta pour que l'albinienne puisse pénétrer dans le local. Vénusia referma la porte et s'adressa à la jeune femme en désignant le savon que celle-ci tenait à la main.
« Donnez-le moi, lui dit-elle, je me chargerai de le mettre à sa place. »
Daxia observa la fille de Riguel quelques instants puis elle parcourut la pièce du regard elle s'avança de quelques pas pour regarder à l'intérieur de chacune des cavités murales dont les rideaux n'avaient pas été refermés puis elle se dirigea vers la salle d'eau. Les terriennes se sentaient de plus en plus mal à l'aise ; Sayaka devança la jeune femme et alla se poster devant la porte afin de lui en barrer le passage.
« Il... il prend une douche, bafouilla-t-elle. Vous ne pouvez pas entrer. »
Mais lorsqu'elle vit Vénusia lui faire de grands signes, elle se souvint qu'après le repas, celle-ci avait annoncé à l'albinienne que les douches avaient été prises et qu'elle pouvait nettoyer.
« Enfin, je veux dire, il... il est aux toilettes, tenta-t-elle de corriger. Laissez-nous le savon, nous nous en chargerons. »
Daxia posa le savon sur le cube qui se trouvait proche d'elle sans quitter des yeux la fille de Yumi puis, levant la tête vers le plafond, elle dirigea son regard vers l'une des grilles d'aération qu'elle observa attentivement ; Sayaka sentit sa gorge se nouer tandis que Vénusia devint blême. L'albinienne fit demi-tour et quitta la pièce après avoir jeté un coup d'œil soupçonneux à chacune des terriennes.
« Tu... tu crois qu'elle se doute de quelque chose ? balbutia Vénusia à sa compagne.
- Ça m'en a tout l'air, lui répondit la jeune femme en soupirant, d'autant plus que je ne me suis pas montrée très convaincante. Pourvu que Koji revienne rapidement.
- Eh bien, continua la fille de Riguel, s'il en est ainsi il faut espérer que tu as vu juste et que Koji l'intéresse.
- Hein ? répliqua son interlocutrice en fronçant les sourcils de contrariété. Qu'est-ce que tu dis ?
- Oui, confirma Vénusia, si elle est amoureuse de lui, elle ne nous dénoncera peut-être pas... »
Sayaka lui lança un regard noir mais convint qu'elle n'avait pas tort.
Lorsque Koji revint, il eut à peine le temps de poser le pied sur le sol du local d'habitation que Sayaka se mit à tout lui raconter mais elle s'abstint de faire la moindre allusion aux sentiments que l'albinienne pourrait éventuellement éprouver à son égard. Elle insista surtout sur le fait que Daxia avait observé l'une des grilles d'aération avec une attention évidente. Le jeune homme l'écouta sans l'interrompre tout en fixant des yeux le savon posé sur l'un des cubes.
« Elle voulait remplacer le savon... », répéta le pilote d'un air songeur lorsque le récit fut terminé.
Il se remémora la manière dont s'était déroulé le début de matinée ; il avait été le dernier à prendre sa douche et il ne se souvenait pas d'avoir remarqué que le savon était à remplacer. Intrigué, il se dirigea vers la salle d'eau, y pénétra, se saisit du savon et le montra à ses compagnes.
« Vous aviez remarqué que le savon était à changer, vous ? les interrogea-t-il d'un air entendu. Il est presque entier.
- C'est vrai ça, confirma Sayaka, maintenant que tu le dis...
- Mais qu'est-ce que cela peut bien signifier ? s'étonna Vénusia.
- Tout simplement que le savon n'était qu'un prétexte, lui répondit le jeune homme ; Daxia n'est pas venue pour cela. »
Il reposa le savon à sa place, ferma la porte et se dirigea vers la sortie du local sous les regards surpris de ses compagnes mais lorsqu'il ouvrit la porte, il se trouva face aux hommes de Zhork.
« Halte ! lui lança l'un d'eux d'un ton sec tout en le menaçant de son lasso. Il vous est interdit de sortir.
- Je veux parler à Daxia, répondit le pilote sur le même ton.
- Elle n'est pas ici, l'informa son interlocuteur. Elle et Louna avaient des courses à faire, mais je lui dirai que vous souhaitez la voir dès qu'elle sera de retour. »
Koji acquiesça d'un signe de tête et soupira ; décidément, rien n'allait comme il l'aurait voulu. Il referma la porte puis apprit aux terriennes qu'il n'avait rien découvert de particulier dans la salle qui abritait les O.V.T. et qu'il envisageait de partir à la recherche de Tetsuya si son absence se prolongeait encore de quelques heures. Suite à cette déclaration, ses compagnes insistèrent pour l'accompagner et, malgré les risques qu'une telle expédition comportait, le pilote finit tout de même par accepter. Il n'avait aucune confiance en Zhork et laisser les jeunes femmes seules entre ses mains l'inquiétait tout autant que les emmener avec lui.
Plus tard, Daxia se présenta au local des terriens. Après l'avoir fait entrer et avoir soigneusement refermé la porte derrière elle, Koji entreprit de l'interroger mais, bien qu'il l'ait assuré de sa totale discrétion, l'albinienne se contenta de répondre par la négative quand il lui demanda s'il elle savait quelque chose à propos de Tetsuya. Il en fut de même lorsqu'il aborda la question du savon ; la jeune femme ne fit que secouer la tête de gauche à droite tout en baissant les yeux. Après avoir insisté et lui avoir rappelé que le pilote se trouvait en danger de mort, le jeune homme comprit qu'elle ne lui révèlerait rien et la laissa partir.
« Je suis sûr qu'elle sait quelque chose, déclara-t-il à ses compagnes, mais elle doit être terrorisée à l'idée de nous révéler quoi que ce soit. En attendant, le temps passe et Tetsuya n'est toujours pas de retour, je crois qu'il va nous falloir partir à sa recherche.
- Zhork finira par s'apercevoir de notre absence, lui fit remarquer Sayaka, et il comprendra que nous empruntons les conduites d'aération. Cela compromettra définitivement nos chances de quitter Albina.
- Je le sais aussi bien que toi, lui répondit le jeune homme en soupirant, mais je ne peux pas me résoudre à l'abandonner.
- Nous pourrions peut-être y aller de nuit, suggéra Vénusia, tu ne penses pas qu'il pourrait tenir jusque là ?
- Si, nos appareils possèdent un système de régulation thermique et il a de l'eau. De plus, il a pris Fossoirak, il peut se réfugier sous terre. D'ailleurs, maintenant qu'on en parle, il est probable que nous ne puissions pas l'apercevoir en journée s'il se dissimule en profondeur mais il sortira cette nuit pour chercher à regagner la cité. Nous aurons donc plus de chances de le retrouver et Zhork ne s'apercevra pas de notre escapade. Et puis, qui sait, il sera peut-être de retour d'ici là. »
Tetsuya était parti en début de nuit après s'être assuré que les autres terriens dormaient car il se doutait que ceux-ci tenteraient de le retenir. La sortie de la cité s'était déroulée sans problèmes. Lorsqu'il fut parvenu à l'extérieur, il fixa sa corde sur le rocher le plus proche afin d'avoir un repère lorsqu'il rentrerait. Puis il choisit une direction au hasard et veilla à se déplacer en ligne droite, tout en surveillant le nombre de kilomètres parcourus. N'ayant rien découvert, il revint à son point de départ qu'il identifia à l'aide de la corde et repartit dans une autre direction. Il fit ainsi trois allers-retours mais ne découvrit rien. Peut-être aurait-il dû pousser plus loin son investigation mais l'aube se levait et il lui fallait rentrer ; cependant, il se rendit rapidement compte qu'il avait négligé un détail essentiel : le sas par lequel les appareils passaient pour se rendre à l'extérieur s'était automatiquement ouvert lorsqu'il s'en était approché, probablement grâce à des capteurs chargés de détecter l'arrivée des vaisseaux. Mais comment le système fonctionnait-il dans le sens inverse ? Il avait tenté d'en actionner l'ouverture en s'approchant au plus près de la surface du sol, sans succès. De plus, si grâce à la corde il savait qu'il se trouvait dans la bonne zone, il ne lui avait pas été possible de repérer l'endroit plus précisément du fait de l'absence de repères. Il refit quelques tentatives puis renonça à s'y prendre ainsi ; il était d'ailleurs fort possible que la commande d'ouverture du sas ne puisse être actionnée que par un vaisseau albinien ce qui présenterait l'avantage de protéger la cité de l'intrusion d'étrangers.
Le pilote poussa un juron, il se retrouvait ni plus ni moins bloqué à l'extérieur et Zhork ne tarderait pas à constater son absence. Il ne voyait que deux possibilités : soit il utilisait la tarière de Fossoirak pour regagner la cité avec tous les dégâts que cela ne manquerait pas d'occasionner, soit il attendait l'hypothétique sortie d'un vaisseau albinien. De toute façon, dans un cas comme dans l'autre, il ne pourrait pas cacher sa sortie nocturne alors autant opter pour la seconde solution, moins destructrice, d'autant plus que le combat final devait avoir lieu peu avant le second repas, en admettant bien sûr qu'il ne soit pas annulé. Tetsuya décida donc d'attendre. Il posa son appareil à l'ombre d'un énorme rocher puis, épuisé par la nuit blanche qu'il venait de passer, il s'endormit.
Lorsqu'il s'éveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel ; il but un peu d'eau mais le manque de nourriture commençait à se faire sentir et il aurait bien mangé quelque chose. Il décolla afin d'inspecter les alentours. Tout d'abord, il n'aperçut rien d'autre que ces immenses étendues de sable à perte de vue puis, au bout d'un moment, il discerna quelque chose qui fendait le ciel... Un vaisseau... Bien que l'appareil fut assez éloigné, Tetsuya vit clairement qu'il s'agissait d'un vaisseau albinien. Il hésita quelques instants : s'il le suivait, il n'était pas sûr de retrouver son chemin, mais s'il ne le suivait pas, il manquerait peut-être une occasion de savoir ce qui se passait réellement sur Albina. La frustration d'avoir passé une nuit blanche pour rien et le fait de s'être dévoilé à Zhork eurent raison de son hésitation ; il allait le suivre.
Fossoirak prit donc l'appareil en chasse tout en gardant une certaine distance. Tetsuya ne se faisait cependant pas d'illusion, il se ferait probablement repérer, mais tant pis, le jeu en valait la chandelle. Après avoir parcouru quelques dizaines de kilomètres, le vaisseau se rapprocha du sol et finit par disparaître derrière un rocher tellement énorme qu'on pouvait l'assimiler à une petite montagne.
« Il a dû atterrir, présuma le pilote. Il ne me reste qu'à faire de même. »
Il posa son appareil tout près de la grosse masse rocheuse et en descendit. Il marcha sur le sable sur quelques centaines de mètres avant d'atteindre la base du rocher qu'il mit un certain temps à contourner. Lorsqu'il eut atteint l'autre côté, il remarqua la présence d'un énorme orifice et supposa que le vaisseau s'y était introduit. Il y pénétra donc et avança prudemment le long d'un énorme boyau qui le conduisit à découvrir une grotte immense à son extrémité. Le vaisseau était là mais il ne semblait n'y avoir rien d'autre excepté ses occupants qui en étaient descendus et qui se tenaient immobiles comme s'ils attendaient quelque chose. Tetsuya se plaqua contre la paroi rocheuse afin de se dissimuler aux regards des albiniens. Ces derniers l'avaient-ils entendu arriver ? L'un d'eux le héla et l'invita à le rejoindre.
« Ne vous cachez pas, lui déclara-t-il d'un ton affirmé. Vous n'avez rien à craindre de nous, approchez donc, nous vous attendions. »
Tetsuya sortit de sa cachette et lança un rapide coup d'œil à chacun des hommes présents pour constater que ceux-ci n'étaient pas armés. Il s'avança donc vers celui qui l'avait interpellé.
« Ainsi, vous êtes sorti seul de la cité et vous n'avez pas pu y pénétrer de nouveau, continua ce dernier d'un ton mi-amusé mi-ironique. Zhork risque de ne pas apprécier, mais je suppose que vous le savez, n'est-ce pas ? Il vaudrait peut-être mieux pour vous que vous n'y retourniez pas ; qui sait ce qui pourrait vous arriver désormais ?
- Où voulez-vous en venir ? riposta le terrien irrité par les sous-entendus de l'albinien. Qui êtes-vous ? Vous ne semblez pas surpris par mon physique. Nous sommes-nous déjà croisés dans les couloirs de la cité ? Et comment se fait-il que vous m'attendiez ?
- J'étais sûr que vous me suivriez si je me montrais à vous, lui répondit son interlocuteur, un sourire mystérieux sur les lèvres. Mais vous devez avoir faim et soif, entrez donc à l'intérieur du vaisseau, vous pourrez vous restaurer. Je suppose que si vous êtes sorti seul et que vous vous êtes promené de nuit, c'est que vous vous posez des questions sur cette planète ; vous serez certainement très intéressé par ce que je pourrais vous révéler... »
Tetsuya observa attentivement l'albinien en se demandant s'il pouvait réellement lui faire confiance et finalement, il décida d'en courir le risque. De toute façon, il n'en était plus à ça près. Il suivit donc son hôte et pénétra dans l'appareil suivi des autres hommes sur lesquels la porte se referma.
Dans la ville souterraine d'Albina, c'était le moment de prendre le second repas. Ayant boudé le premier, les terriens avaient faim et ce fut avec plaisir qu'ils virent arriver les deux albiniennes. Aussitôt qu'elles les eurent servis, les jeunes gens se mirent à manger avec un appétit non dissimulé tandis que Louna et Daxia quittaient la pièce.
Peu après le repas, Koji conseilla à ses compagnes d'étudier le plan de la cité afin de mémoriser le chemin à prendre pour se rendre de leur zone d'habitation à la salle contenant leurs appareils puis il s'étendit sur le tapis à quelque distance d'elles et ferma les yeux ; il se sentait fatigué. Il entendait les jeunes femmes s'interroger mutuellement sur le parcours qu'elles devaient retenir. Au bout d'un moment, elles lui annoncèrent qu'elles commençaient à bien connaître leur leçon et levèrent la tête vers lui. Elles constatèrent qu'il était étendu sur le dos, l'un de ses avant-bras sur son front, le visage assez pâle.
« Koji ! le héla Sayaka en s'approchant de lui. Tu ne te sens pas bien ? Tu es tout blanc et tu transpires.
- Je... j'ai terriblement mal... à la tête, balbutia le pilote à mi-voix, et j'ai de fortes... nausées.
- Tu es malade ? l'interrogea Vénusia. Viens, nous allons t'aider à te coucher, il ne faut pas rester par terre. »
Les jeunes femmes aidèrent le pilote à s'étendre sur sa couche et Vénusia utilisa un cube pour s'asseoir à ses côtés.
« Il ne peut pas rester comme ça, commenta la fille de Yumi, je me demande s'ils ont des médecins dans cette cité. »
En prononçant ces paroles, elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit pour se retrouver nez à nez avec les hommes chargés de leur surveillance ; elle les informa aussitôt de l'état dans lequel se trouvait Koji. L'un d'eux pénétra dans le local, jeta un coup d'œil au jeune homme puis annonça qu'il allait prévenir leur chef.
Zhork arriva un moment plus tard accompagné de Daxia et, après avoir observé le pilote et questionné ses compagnes, il se tourna vers l'albinienne.
« Cela m'a tout l'air d'être une indigestion, lui déclara-t-il. Le dernier repas contenait-il un aliment que les terriens n'auraient pas encore consommé jusqu'à aujourd'hui ? »
La jeune femme fit un signe affirmatif de la tête.
« Alors à l'avenir, il faudra l'exclure de leurs repas, continua-t-il. Je préfère quand même qu'un médecin l'examine, je vous laisse vous en charger Daxia, emmenez-le dans une des infirmeries, vous me tiendrez au courant. »
L'albinienne acquiesça puis sortit de la pièce. Zhork demanda aux terriennes si elles ressentaient un malaise quelconque mais elles répondirent par la négative. Puis il donna l'ordre à l'un de ses hommes de prévenir le médecin. Un moment plus tard, Daxia réapparut en poussant une table sur roulettes et Koji y fut installé ; il se sentait de plus en plus mal et, les yeux clos, il se laissa emmener sans broncher.
Une fois que les terriennes se retrouvèrent seules, Sayaka ne put s'empêcher de manifester sa déception.
« Cela tombe vraiment mal, soupira-t-elle. Je serais surprise qu'il se sente suffisamment en forme ce soir pour partir à la recherche de Tetsuya. Pourquoi a-t-il fallu qu'on nous ait introduit un nouvel aliment justement aujourd'hui ?
- Hmm..., lui répondit Vénusia en fronçant les sourcils. Et de quel aliment s'agirait-il à ton avis ? »
Surprise par la question de son interlocutrice, la fille de Yumi visionna mentalement les plats qui avaient composé le second repas.
« Mais..., finit-elle par articuler, ce n'est pas possible...
- Les aliments que nous avons consommés tout à l'heure nous ont tous été servis plusieurs fois depuis notre arrivée, confirma Vénusia. Daxia a menti et j'aimerais bien en connaître la raison... »
Dans le même temps, accompagné de la jeune albinienne, l'un des hommes de Zhork poussait la table roulante sur laquelle se trouvait Koji en direction de l'une des infirmeries de la zone 3. Lorsqu'ils arrivèrent, l'homme se retira après avoir informé la jeune femme que le médecin n'allait pas tarder. Celui-ci arriva peu après, interrogea le jeune homme sur ce qu'il ressentait, puis il l'ausculta sommairement.
« Hmm..., conclut-il, cela me semble bien être un problème digestif. »
Il se dirigea vers l'une des armoires, l'ouvrit et en sortit une boite dont il préleva un cachet qu'il remit à Daxia.
« Faites dissoudre ce comprimé dans un verre d'eau que vous lui ferez boire ensuite », lui déclara-t-il.
Daxia sortit un verre qu'elle remplit d'eau et dans lequel elle plaça le cachet. Le médecin s'approcha de Koji.
« Ne vous inquiétez pas, le rassura-t-il, cela ira beaucoup mieux dans un moment. Je suis désolé de ne pas pouvoir m'attarder mais l'on m'attend dans une autre infirmerie. Nous ne sommes que deux médecins pour l'ensemble de la cité et nous n'avons que rarement le temps de rester auprès de nos malades mais cette jeune femme va s'occuper de vous. »
Sur ces mots, il salua l'albinienne et quitta la pièce. Koji se tourna vers Daxia et eut la surprise de la voir se diriger vers la porte et d'en fermer le verrou. Puis elle retourna vers l'évier pour y vider le contenu du verre et s'approcha ensuite de l'armoire, s'agenouilla et passa l'une de ses mains dessous ; elle en retira un petit sac qu'elle posa sur l'un des cubes se trouvant dans la pièce. De plus en plus surpris, le jeune homme l'observait en se demandant pourquoi elle agissait de la sorte. Il commença à s'inquiéter lorsqu'il la vit extraire un flacon et une seringue du petit sac. Manifestement, cela lui était destiné. Il se demanda ce qu'elle allait lui injecter mais il se sentait beaucoup trop mal pour tenter de s'y opposer et ne put que la regarder s'approcher de lui de plus en plus soucieux. Elle lui prit le bras et dirigea l'aiguille vers le creux de son coude. Il tenta de s'y soustraire en retirant son bras mais elle le retint fermement.
« Voyons, Koji, lui déclara-t-elle amusée, ne fais pas l'enfant, il ne s'agit que d'une toute petite piqûre. »
Le jeune homme écarquilla les yeux. Elle lui avait parlé ! Il aurait pu s'attendre à tout mais certainement pas à cela ! Il en était tellement étonné qu'il sentit à peine l'aiguille pénétrer dans son bras.
« Voilà, c'est fait, poursuivit-elle en lui souriant. Dans quelques instants, tu te sentiras beaucoup mieux. »
Interloqué, Koji la regarda s'éloigner de lui, ranger la seringue et cacher le sac sous l'armoire. Il nota qu'elle l'avait tutoyé et se demanda ce que cela signifiait mais elle ne lui avait pas menti, son mal de tête et sa nausée disparaissaient. Quelques minutes après, il se sentait tout à fait bien, il se leva et s'approcha d'elle tandis qu'elle l'observait attentivement, un sourire sur les lèvres.
« Eh, mais tu parles ! s'exclama-t-il. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je croyais que cela t'était interdit ? Et qu'est-ce que c'est que ce produit miraculeux que tu m'as injecté ? Pourquoi n'as-tu pas suivi la prescription du médecin ? Et pourquoi as-tu fermé le verrou ? »
La jeune femme se mit à rire.
« Une question à la fois, si tu veux bien, lui répondit-elle de plus en plus amusée. J'ai placé de la déramine dans tes légumes. Cette substance est extraite d'une plante et elle a la propriété de déclencher des nausées. Ce n'est pas dangereux mais assez efficace, tu as pu le constater. »
Koji n'en croyait pas ses oreilles ; ainsi, elle l'avait rendu malade intentionnellement ! Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Où voulait-elle en venir ?
« Pourquoi as-tu fais cela ? l'interrogea-t-il de plus en plus intrigué.
- Pour t'empêcher de commettre une bêtise. Il n'aurait servi à rien que tu risques ta vie en quittant la cité, sans compter que tu aurais aussi dévoilé le seul moyen dont tu disposes pour passer d'une zone à l'autre. Zhork pense que Tetsuya est parvenu à duper les hommes qui surveillent les portes gardées, inutile de le détromper.
- Quoi ? Mais... Comment sais-tu que...? bafouilla le jeune homme, déconcerté.
- Parce que vous n'êtes pas les seuls à utiliser les conduites d'aération, le coupa-t-elle. Je le fais aussi. Je vous surveille depuis votre arrivée et j'ai entendu certaines de vos conversations. Albina est complètement désertique Koji, il est inutile d'y chercher autre chose que du sable et des rochers pour la bonne raison qu'il n'y a rien d'autre.
- Mais comment peux-tu savoir cela ? T'es-tu déjà rendue en surface ? As-tu visité la planète entière pour pouvoir l'affirmer ?
- Je sais beaucoup de choses, lui répondit-elle un sourire énigmatique sur les lèvres. Je sais tout ce que vous tentez de découvrir depuis votre arrivée. Mais le départ de Tetsuya complique la situation, j'ai donc décidé de te parler. Cependant, je ne pouvais pas le faire dans votre local d'habitation, les hommes de Zhork auraient pu soupçonner quelque chose ou nous aurions pu être surpris. Il fallait que je trouve un moyen pour t'en éloigner. J'ai donc introduit de la déramine dans tes légumes afin de provoquer une légère indisposition. Le produit que je t'ai injecté est un antidote.
- Une légère indisposition ? s'exclama le jeune homme quelque peu irrité. Tu appelles ça une légère indisposition ? J'ai cru que j'allais en crever, oui !
- Ne t'énerve pas, se défendit-elle, c'était la seule solution. »
Décidément, Koji n'était pas au bout de ses surprises, les questions se bousculaient dans sa tête et il avait hâte d'en apprendre plus. Une chose était sure, Daxia était intelligente et débrouillarde, elle ne pouvait être qu'une dominante ; que faisait-elle donc dans une zone réservée aux exécutants d'autant plus que Zhork ne semblait pas être au courant ? Y avait-il une menace de rébellion comme Tetsuya l'avait supposé ? Cependant, lorsqu'il fit part de ses réflexions à l'albinienne, la réponse de celle-ci ne fit que provoquer de nouvelles interrogations dans l'esprit du jeune homme.
« Non, Koji, lui déclara-t-elle, les dominants n'envisagent pas de se rebeller contre le pouvoir en place et je ne fais pas partie de leur clan pas plus que je n'appartiens à celui des exécutants. Mais si tu veux comprendre qui je suis, et qui était également Carina, il me faut te raconter l'histoire d'Albina.
- Carina ? répéta le pilote. Sais-tu qu'elle est morte ?
- Je m'en doutais puisque je ne l'ai pas revue, répondit l'albinienne d'un ton résignée.
- Eh bien... je t'écoute... », continua le jeune homme en s'asseyant sur l'un des cubes.
