Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


16. Nostalgie sur la planète bleue

Un rayon de lune traversait la fente laissée par les rideaux légèrement écartés l'un de l'autre et Koji observait machinalement cette lumière qui pénétrait dans sa chambre et qui se profilait sur le lit. Cette nuit-là, le jeune homme n'arrivait pas à trouver le sommeil, il alluma et regarda l'heure : une heure vingt ! Que lui arrivait-il ? D'habitude il s'endormait à peine couché, mais ce soir-là, impossible. Certes, cela ne faisait que quelques jours qu'il était revenu sur la planète bleue et, les journées albiniennes étant plus longues que les journées terrestres, il subissait probablement les effets de ce décalage. Il éteignit et s'engouffra sous les couvertures bien décidé à trouver le sommeil mais les minutes continuaient de s'écouler sans apporter l'assoupissement attendu. Brusquement, Koji repoussa les draps et se leva d'un bond, agacé ; il était inutile d'insister, quelques pas lui feraient du bien. Il enfila rapidement une robe de chambre, chaussa ses pantoufles, sortit de la pièce et s'engagea dans les couloirs du centre, silencieusement. Il marchait sans but précis passant d'un couloir à l'autre, machinalement, avant de se dire qu'il devrait sortir ; l'air frais lui ferait certainement du bien. Il prit donc la direction de la sortie quand soudain il perçut un bruit. Il s'arrêta net et prêta l'oreille c'était un bruit de pas, le bruit feutré que faisaient des pantoufles sur le sol. Les pas venaient du couloir perpendiculaire à celui où il se trouvait. Koji s'approcha de l'angle où les couloirs se rejoignaient et risqua un œil : un homme se tenait là. Il lui tournait le dos, faisant face à l'ascenseur, mais Koji n'eut aucun mal à reconnaître le Professeur Procyon. Celui-ci portait un pyjama sur lequel il avait passé sa robe de chambre, il appuya sur le bouton d'appel de l'ascenseur ; Koji l'observait intrigué.

« Procyon…? s'interrogea-t-il, mais que fait-il là à cette heure-ci ? »

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Procyon disparut à l'intérieur. Koji surveilla l'indicateur d'étages situé au dessus de la porte et fronça les sourcils lorsque celui-ci cessa sa progression.

« Mais où va-t-il donc ? » se demanda le pilote de plus en plus surpris.

Il s'approcha de l'ascenseur, son doigt se posa sur le bouton d'appel mais il arrêta son geste ; il hésitait. Si le Professeur se rendait là-bas en pleine nuit, c'était qu'il n'avait sans doute pas envie que cela se sache. N'allait-il pas commettre un impair ou une indiscrétion ? Il soupira, son doigt se détacha du bouton et son bras retomba le long de son corps. S'adossant contre le mur, le jeune homme réfléchit. Durant les quelques jours qui s'étaient écoulés depuis son retour, Procyon lui avait paru plus distant que par le passé, il communiquait moins et le soir, il se retirait dans sa chambre dès la fin du repas. Koji avait bien remarqué ce changement d'attitude mais ne s'y était pas appesanti pour autant ; il avait supposé que le chercheur avait trop de travail, qu'il devait être fatigué, mais cette nuit il lui semblait brusquement qu'il s'était trompé, qu'il devait y avoir autre chose. Une évidence s'imposa dès lors à lui : il ne pouvait pas ignorer ce qu'il venait de voir, il se tourna vers l'ascenseur et, la tête vide, le regard fixe, il appuya sur le bouton. L'ascenseur remonta, Koji y entra, puis l'appareil redescendit. Lorsqu'il pénétra dans l'immense sous-sol où Goldorak était autrefois caché, il eut un pincement au cœur. Il n'était pas revenu là depuis le départ d'Actarus. Immobile, dans la pénombre, il observait la plateforme sur laquelle reposait le robot entre deux sorties. Des souvenirs lui revinrent en mémoire et il sentit son cœur se gonfler et ses paupières s'humidifier. Ses yeux s'adaptant à l'obscurité, il aperçut le professeur au bas de la rampe de lancement qu'avait maintes fois empruntée le robot ; il lui tournait le dos. Koji s'approcha lentement de lui.

« Il vous manque, n'est-ce pas ? », lui dit le jeune homme d'une voix teintée d'une certaine émotion.

Surpris, Procyon se retourna vivement.

« Koji ? s'étonna-t-il. Mais que fais-tu ici ?

- Je ne pouvais pas dormir, j'ai décidé de faire quelques pas en attendant que le sommeil vienne. C'est alors que je vous ai aperçu prenant l'ascenseur. Tout d'abord, je me suis demandé où vous alliez comme ça, en pleine nuit, et puis j'ai cru comprendre…

- Hmm… »

Procyon se détourna et n'ajouta rien. Il pencha la tête vers le sol, semblant perdu dans ses pensées. Koji s'approcha plus près de lui.

« À moi aussi, il me manque, lui avoua-t-il. Nous avons traversé tant d'aventures ensemble à lutter contre les envahisseurs, nous étions comme deux frères. Et puis, je ne crois pas me tromper en affirmant qu'il manque à tout le monde. Peut-être aurions-nous dû essayer de le retenir.

- Non Koji, lui répondit le chercheur d'un ton las. Redonner vie à Euphor était trop important pour lui, il n'aurait pas été vraiment heureux parmi nous, il valait mieux qu'il essaye de réaliser son rêve. »

Le jeune homme observa son aîné durant quelques instants ; le dos courbé, la voix lasse, l'air résigné, le chercheur lui paraissait réellement abattu. Il se devait de lui remonter le moral.

« Nous aurons bientôt de ses nouvelles, affirma-t-il sur un ton qu'il voulait convaincant. Ensuite, nous nous organiserons pour nous revoir ; après tout Euphor n'est pas si loin que cela, avec le Spatiorak le voyage sera rapide. »

Procyon esquissa un demi-sourire ; l'optimiste de son interlocuteur était touchant mais le chercheur savait que la réalité n'était pas aussi simple que cela.

« Je crains que les choses ne soient plus complexes que tu ne l'imagines, lui dit-il en soupirant. Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi Actarus et Phénicia étaient capables d'effectuer des sauts nettement plus hauts que ceux d'un terrien ?

- Euh... non, lui répondit le jeune homme intrigué. Vous le savez, vous ?

- La gravité de leur planète est beaucoup plus importante que celle de la nôtre. Nos organismes n'y sont pas adaptés, nous ne pourrions pas y survivre plus de quelques minutes. »

Sur le moment Koji ne trouva rien à répondre tant cette révélation lui fit un choc mais il ne tarda pas à se reprendre : si les terriens ne pouvaient pas vivre sur Euphor, il y avait d'autres solutions.

« Eh bien ce n'est pas grave, reprit-il avec assurance. Il nous suffira de rester à bord du vaisseau et nos amis nous y rejoindront. »

Ces propos ne manquèrent pas d'amuser le professeur ; décidément, le jeune homme avait réponse à tout !

« Oui Koji, concéda-t-il d'un ton grave, à condition qu'ils aillent bien et qu'ils soient toujours vivants ce qui est loin d'être une certitude. »

A ces mots, le pilote sentit une sourde inquiétude le gagner. Pourquoi le professeur lui tenait-il un tel discours ? Savait-il quelque chose que lui-même ignorait ? Aurait-il eu des nouvelles qu'il n'aurait pas révélées ? Malgré l'appréhension qui le gagnait, Koji voulut en savoir plus ; il interrogea aussitôt le chercheur mais ce que ce dernier lui apprit ne fit qu'amplifier ses craintes.

« Durant votre séjour sur Albina, lui expliqua Procyon, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec un physicien spécialisé dans le domaine de la radioactivité et de ses conséquences sur l'atmosphère. Je lui ai demandé s'il pouvait me donner une approximation du temps nécessaire à une planète pour reconstituer complètement sa couche d'ozone suite à une totale destruction de celle-ci.

- Et alors ? fit Koji de plus en plus inquiet. Que vous a-t-il répondu ?

- Vingt à cinquante ans, annonça le professeur la voix troublée par le chagrin qui l'oppressait.

- Vingt à cinquante ans ? répéta lentement le pilote tout en sentant sa poitrine se comprimer d'angoisse. Ce n'est pas possible... »

Le silence s'installa soudain. Sidéré par les propos de son aîné, Koji fut incapable de prononcer le moindre mot, sa gorge se nouait et ses yeux s'humidifiaient sous le choc de la révélation et l'horreur de ce qu'elle présageait. Le professeur se retourna lentement et croisa son regard.

« Je vais dormir », dit-il d'une voix à peine audible.

Le jeune homme acquiesça d'un léger signe de tête puis ils se dirigèrent tous deux vers la sortie de l'immense salle et regagnèrent leur chambre sans un mot.

Le lendemain, Koji eut du mal à se lever. La fatigue due à une mauvaise nuit sans doute mais également le trouble ressenti lors de son excursion dans les entrailles du centre quelques heures auparavant. Vingt à cinquante ans ! Ces mots résonnaient dans sa tête et l'obsédaient tout comme les questions qu'ils ne manquaient pas de susciter : pourquoi leurs deux amis les avaient-ils quittés ? Comment Actarus avait-il pu croire possible la reconstruction d'Euphor si peu de temps après la pollution que cette planète avait subie ? Comment avait-il pu envisager pouvoir y vivre sans danger ? Qu'étaient-ils devenus lui et sa sœur ? En fait, Koji devait bien se l'avouer : personne n'avait envisagé les choses sous cet angle dramatique jusqu'à ce que Procyon ne s'entretienne avec le physicien dont il lui avait parlé la nuit même. Tous pensaient que les euphoriens étaient en train de redonner vie à leur terre natale mais finalement personne n'en savait rien. Koji sentit l'angoisse lui étreindre la poitrine. Et si les choses ne s'étaient pas passées comme prévu ? Et s'il était arrivé quelque chose de grave à ses amis ? Essayant de contenir son inquiétude, il se dirigea directement vers la grande salle de l'observatoire sans prendre le temps d'avaler quoi que ce fut ; de toute façon, il n'avait pas faim. Le professeur Procyon et ses assistants étaient déjà là.

« Bonjour, lança le jeune homme sur un ton qu'il voulait léger.

- Bonjour Koji, répondirent en chœur Argoli et Procyon.

- Bien dormi ? », enchaînèrent Antarès et Cochyre.

Koji fit une moue qui voulait en dire long sur la nuit qu'il venait de passer puis il se dirigea vers son siège et se plongea dans son travail. Tous l'observèrent mais ne firent aucun commentaire. Seul Procyon comprit de quoi il en retournait et se promit de revenir sur leur conversation de la nuit dès qu'un moment favorable se présenterait et le plus tôt serait le mieux.

La journée se poursuivit comme n'importe quelle journée de travail, monotone et sans surprise. Ce n'était plus comme du temps des attaques de Véga où les choses pouvaient basculer d'un instant à l'autre.

« Qu'allez-vous faire ce week-end, les gars ? lança Cochyre au moment de quitter ses collègues.

- Ma femme et moi, répondit Antarès, nous allons rendre visite à mon beau-frère, il s'est cassé la jambe et nous allons l'aider un peu car il se déplace difficilement.

- Quant à moi, j'emménage dans notre nouvelle maison, poursuivit Argoli. Capella et moi, nous allons être très occupés. Nous allons devoir effectuer quelques travaux et nous pendrons la crémaillère dans un mois, j'espère que vous viendrez tous.

- Compte sur nous, continua Cochyre. Et toi Koji ? Tu pars après-demain pour les Etats-Unis n'est-ce pas ?

- Oui, lui répondit celui-ci en souriant, je vais enfin revoir Shiro. Je reviendrai dans trois semaines, une semaine avant la petite fête organisée par Argoli, j'y serai donc.

- J'y compte bien, lui répondit ce dernier, et Capella également. »

Après avoir pris congé de ses collègues, Koji regagna sa chambre et ouvrit la fenêtre. Le temps était frais. Il contempla un moment le coucher du soleil puis il s'étendit sur son lit, prit le roman policier qu'il avait commencé quelques jours auparavant et se plongea dans sa lecture. Du moins il essaya car son esprit vagabondait et il avait du mal à se fixer sur l'intrigue. Cela recommençait, ses pensées retournaient vers Phénicia et Actarus. Il était pourtant arrivé à se concentrer sur sa tâche durant cette journée, mais depuis qu'il avait terminé son travail, le souvenir de ses amis s'imposait malgré lui. De plus, ses paupières s'alourdissaient, résultat de la mauvaise nuit précédente et il avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. Il s'endormit au travers du lit, le livre lui glissa des mains pour se retrouver sur le sol.

Plus tard, la fraîcheur le réveilla, il faisait nuit. Il se sentait vraiment fatigué. Il ramassa son livre, se leva péniblement, ferma la fenêtre, sortit de sa chambre et se dirigea vers la cuisine ; Procyon ne s'y trouvait plus mais Misato était là en train de faire la vaisselle. Elle lui servit son repas en lui parlant de choses et d'autres. Même si elle voyait bien qu'il était soucieux, elle s'abstint de l'interroger ce que Koji apprécia ; il n'avait pas envie de confier ses soucis à quiconque, même pas à elle. La présence de la jeune femme à ses côtés l'apaisa cependant quelque peu ; elle était si douce et si attentionnée, si féminine et malgré tout capable de faire preuve de courage et de combativité lorsque la situation l'exigeait qu'elle avait jadis suscité son admiration. Toutes ces qualités semblaient tellement naturelles chez elle qu'il l'avait autrefois considérée comme la femme parfaite et il n'avait pas changé d'avis depuis. Elle avait su séduire son cœur d'adolescent lorsqu'elle avait fait irruption dans sa vie alors qu'il se trouvait au laboratoire d'énergie photonique et l'adulte qu'il était devenu ne put s'empêcher de songer que l'homme qui aurait la chance de l'épouser serait un époux comblé. Après le repas, malgré le fait qu'il aurait aimé s'attarder un peu plus longtemps auprès d'elle, il lui souhaita une bonne nuit et quitta la cuisine. Il ne dialoguerait pas non plus avec ses amis de Suprénia ce soir-là, il se sentait trop fatigué et n'avait qu'une envie : aller se coucher. Il dormit à poings fermés toute la nuit.

Le samedi matin, Koji s'éveilla plus en forme que la veille, la nuit avait été reposante. Cependant, aussitôt levé, il ne put s'empêcher de songer de nouveau à Actarus et Phénicia. Lorsqu'il pénétra dans la cuisine, son petit déjeuner était prêt mais il n'y avait personne. Un mot posé sur la table et rédigé de la main de Misato lui apprit que celle-ci s'était rendue en ville accompagné du professeur afin d'y faire des courses. Après s'être restauré, le jeune homme, toujours préoccupé par le sort de ses amis euphoriens, décida d'aller se promener. Il enfila une veste, sortit du centre et se dirigea vers les bois environnants. Il marcha durant un moment, sans but précis, tout en réfléchissant à ce qui avait éventuellement pu se produire sur Euphor pour que ses amis ne donnent toujours pas de nouvelles. Soudain, en arrivant dans une petite clairière, il se trouva face à Lhydra. Le jeune homme s'arrêta et l'observa attentivement. Elle était nettement plus petite que la dernière fois où il l'avait vue mais elle occupait cependant toute la clairière et était aussi haute que les arbres qui l'environnaient. Les supréniens n'en avaient conservé qu'un morceau non loin du centre, renvoyant la plus grosse partie à l'océan, mais ce qui restait d'elle en imposait malgré tout. Le jeune homme se demanda ce qu'un individu non prévenu pouvait ressentir lorsqu'il se retrouvait subitement face à l'algue mutante. Heureusement, les alentours du centre n'étant pas très fréquentés, cela ne devait pas se produire souvent.

Jusqu'alors immobile, Lhydra sculpta soudain un escalier dans sa masse. Amusé, Koji décida d'y grimper ; il monta ainsi jusqu'au sommet de l'algue mutante et s'allongea. Il la sentit se mouvoir sous son dos afin de lui réaliser un appui incliné. Le jeune homme sourit de l'attention et passa la paume de sa main sur sa surface pour remercier ses amis ; le contact était doux. Le ciel étalait son immensité bleutée sous ses yeux et Koji ne put s'empêcher de songer que quelque part, très loin de la Terre, se trouvait une planète vers laquelle se focalisaient régulièrement ses pensées depuis quelques dizaines d'heures. Alors qu'il réfléchissait, de petites protubérances émergèrent de la masse verte entre les doigts du jeune homme pour se rejoindre sur le dos de sa main et y exercèrent une légère pression durant quelques secondes ; les supréniens devaient percevoir son trouble.

Quelques minutes s'écoulèrent. Etait-ce l'influence réconfortante de Lhydra, ou plutôt celle de ses amis ou n'était-ce qu'une coïncidence ? Koji eut l'impression que ses inquiétudes s'apaisaient depuis qu'il s'était installé sur la masse verte. Malgré le fait qu'il songeait toujours aux euphoriens, ses pensées prenaient une tournure différente, plus positive. Il ferma les yeux et se détendit. Après tout, sans remettre en cause les compétences du physicien, d'autres scénarios étaient possibles : d'une part les capacités de renouvellement de l'ozone variaient probablement d'une planète à l'autre, d'autre part Euphor n'avait peut-être pas perdu entièrement sa couche d'ozone suite à l'attaque véghienne auquel cas le temps nécessaire à sa régénération serait inférieur à celui annoncé. Koji conclut donc qu'il suffisait d'attendre des nouvelles de ses amis mais se sentait simultanément incapable de faire preuve de patience ; malgré le fait qu'il se sentait moins inquiet, un doute persistait. Finalement, le meilleur moyen de se rendre compte de ce qui se passait réellement sur cette planète serait de s'y rendre... S'y rendre ? Koji trouva que ce n'était pas une mauvaise idée... Certes, la différence de gravité posait un problème de taille mais il était peut-être possible de le résoudre, il faudrait qu'il en parle à ses amis de Suprénia. D'autre part, le Spatiorak n'étant pas terminé, il suffirait d'utiliser le Cosmorak. Le jeune homme sentit une joie indicible l'envahir soudain : c'était décidé, il se rendrait sur Euphor ! Il ne restait plus qu'à convaincre Procyon de le laisser partir et il allait s'en charger immédiatement !

Il se redressa aussitôt mais au moment où il allait se relever, un tentacule s'enroula autour de son avant-bras à une rapidité impressionnante et l'empêcha ainsi de se mettre debout.

« Laissez-moi partir, plaida-t-il, ce que j'ai à faire est urgent. »

Malgré sa demande, Lhydra ne le relâcha pas et Koji supposa qu'il s'agissait d'une initiative de Shane car il ne voyait pas bien Kallan, Dalak ou n'importe quel autre de leurs compagnons s'amuser à cela.

« C'est d'accord Shane, promit-il en soupirant, je te raconterai tout se soir, laisse-moi partir maintenant. »

Le tentacule se rétracta et un escalier se forma de nouveau dans la masse de l'algue ce qui permit au jeune homme de rejoindre le sol avant de reprendre la direction du centre de recherches spatiales.

Lorsqu'il fut arrivé à destination, il se mit à la recherche de Procyon ; il le trouva dans le salon, seul, assis dans l'un des fauteuils et plongé dans la lecture d'une revue scientifique.

« Bonjour Professeur, lui lança le jeune homme d'un ton enjoué.

- Bonjour Koji, lui répondit celui-ci en se réjouissant de la gaieté qu'il affichait. Je vois que tu as repris tes balades hebdomadaires. Quel appareil as-tu utilisé aujourd'hui ?

- Aucun. J'ai fait un tour à pieds et j'aimerais vous parler… »

Procyon percevait bien l'excitation du jeune homme et se demanda de quoi il pouvait s'agir d'autant plus qu'il semblait hésiter.

« Vas-y, l'encouragea-t-il, je t'écoute.

- Eh bien voilà…, commença le pilote en s'asseyant en face de son aîné et en le fixant dans les yeux. J'ai beaucoup réfléchi depuis la nuit durant laquelle nous avons parlé d'Actarus dans les sous-sols du centre. »

Procyon sourit ; il comptait bien revenir sur le sujet mais le jeune homme l'avait devancé. Ce dernier poursuivit.

« Depuis cette nuit-là, je ne peux pas m'empêcher d'être inquiet.

- Inquiet ? regretta le chercheur. C'est de ma faute, je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait. Je dois avouer que je n'avais guère le moral cette nuit-là et il est possible que j'aie exagéré la situation. Actarus et Phénicia sont peut-être en train de reconstruire leur planète tout simplement.

- Peut-être ou peut-être pas, lui répondit Koji avec véhémence. Bien sûr, c'était leur objectif, cependant, outre cette incertitude à propos de la couche d'ozone, est-il raisonnable de considérer qu'il est possible de vivre sans danger sur Euphor si peu de temps après ce que cette planète a subi ? Vous savez bien que le taux de radioactivité met très longtemps pour diminuer après contamination.

- Ta question est tout à fait sensée. Il est effectivement possible qu'il y ait un problème de ce côté-là. Mais je ne pense pas qu'Actarus agisse inconsidérément. Il a certainement pris ses précautions et effectué des vérifications. Goldorak est équipé d'un détecteur de radioactivité.

- Nous n'avons pas eu de nouvelles de lui depuis son départ, plaida le pilote qui sentait bien que le professeur tentait de le rassurer.

- C'est vrai, admit celui-ci, mais les appareils euphoriens permettant de communiquer à une telle distance ont dû être détruits durant l'attaque des forces de Véga. N'oublie pas qu'ils ont tout ravagé. Quant aux survivants, j'ignore si certains sont toujours sur Euphor ou si tous ont été réduits en esclavage par les hommes de Véga. Je me souviens qu'Aphélie disait qu'il y avait eu très peu de rescapés et que ceux-ci avaient été envoyés aux travaux forcés ou avaient servi de cobayes pour des expériences auxquelles se livraient les véghiens. Lorsque Phénicia et Actarus sont arrivés sur Euphor, ils n'ont peut-être trouvé personne. Quoi qu'il en soit, s'il y a effectivement des survivants, il n'y a peut-être pas parmi eux des techniciens capables de fabriquer de tels appareils. Et puis, je pense qu'ils ont d'autres priorités pour le moment.

- Hmm…, reprit le jeune homme, en fait, nous pouvons faire toutes sortes de suppositions. La vérité, c'est que nous ne savons pas ce qui se passe réellement. Nous pouvons légitimement supposer le meilleur comme le pire… Professeur ! et s'il leur était arrivé malheur ? »

Procyon fronça les sourcils et regarda intensément Koji. Celui-ci était en train de raviver ses angoisses et cela le contrariait.

« J'espère que non…, lui répondit-il simplement.

- Nous pourrions nous en assurer, suggéra le jeune homme. Vous savez qu'Actarus nous est cher à tous. S'il se trouvait en difficulté et que nous soyons là à ne rien faire… Cette pensée m'est insupportable.

- Je suis d'accord avec toi, concéda le chercheur, mais que pouvons-nous faire à part attendre de leurs nouvelles ?

- Je pourrais me rendre sur Euphor à bord du Cosmorak, proposa Koji d'une voix assurée. Cet engin est capable d'effectuer un tel voyage, n'est-ce pas ? D'autre part, les supréniens pourraient certainement nous aider à fabriquer une combinaison pouvant me protéger de la gravité de la planète.

- Te rendre sur Euphor ! répéta Procyon médusé. Tu n'y songes pas ! Nous n'avons aucune idée de ce que tu pourrais trouver là-bas et s'il t'arrivait malheur, je ne me le pardonnerai pas. Jamais je ne te laisserai commettre pareille folie ! »

Koji s'attendait à une certaine résistance de la part du professeur mais il n'envisageait pas de renoncer aussi facilement.

« Et s'il était arrivé malheur à Actarus et que nous le laissions sans secours, répliqua-t-il fermement, vous le pardonneriez-vous ? N'oubliez-pas qu'il s'agit de votre fils ! »

Le jeune homme ne se sentait pas très fier de pousser ainsi le chercheur dans ses derniers retranchements mais la fin justifiait les moyens et il fallait à tout prix qu'il se rende sur Euphor. Sa réplique parvint à déstabiliser suffisamment son interlocuteur qui blêmit sous la remarque ; le peu d'assurance que le professeur était parvenu à conserver fondit comme neige au soleil et il comprit que, face à l'incertitude dans laquelle il se trouvait, il allait céder à celui qu'il qualifia mentalement de gamin entêté.

« Je vais y réfléchir, assura Procyon d'un ton las.

- Professeur, insista Koji, nous n'avons plus le temps de réfléchir. Actarus et Phénicia sont partis depuis plusieurs mois et nous ne savons pas s'ils vont bien ou pas. Je dois y aller le plus rapidement possible !

- C'est bon, tu as gagné, capitula le chercheur, mais tu vas d'abord te rendre aux Etats-Unis. Durant ton séjour, nous fabriquerons des combinaisons adaptées et nous préparerons ton voyage. Ceci dit, je tiens à ce que tu ne partes pas seul. Tetsuya pourra peut-être t'accompagner, je comptais d'ailleurs l'appeler lundi pour lui proposer un poste de pilote à bord du Spatiorak, j'en profiterai pour lui poser la question. »

Koji se sentit soulagé. Actarus… Il allait sûrement le revoir bientôt… Cette pensée lui fit chaud au cœur, il se sentait capable de tout pour retrouver son ami.

Le lendemain, Antarès conduisit le jeune homme à l'aéroport d'où il s'envola pour un séjour de trois semaines aux Etats-Unis auprès de son jeune frère.

Lorsqu'il revint au Japon, les préparatifs du voyage étaient presque terminés. Procyon lui apprit que Tetsuya ne pouvait pas l'accompagner du fait de son travail mais qu'Argoli partirait avec lui. Il lui rappela que ce dernier pendait la crémaillère le samedi suivant et l'informa que Riguel avait téléphoné pour inviter le jeune homme à dîner le vendredi soir. Il lui apprit également qu'Argoli prenait quotidiennement des leçons intensives de pilotage dans le simulateur et qu'il effectuerait son premier vol dans le courant de la semaine.

« Naturellement, c'est toi qui piloteras, précisa le professeur, mais je serai plus tranquille de te savoir avec un coéquipier capable de prendre les commandes en cas de besoin.

- Riguel et ses enfants sont-ils au courant de notre projet de voyage ? interrogea le jeune homme.

- Non, lui répondit Procyon, seuls nos collaborateurs le sont. Je pensais avertir les autres lors de la petite fête qu'Argoli organise samedi. Vous partirez dans le courant de la semaine prochaine. »

La semaine se poursuivit comme prévu entre le travail habituel et l'achèvement des préparatifs nécessaires au départ pour Euphor. Le vendredi soir, Koji se rendit au ranch du Bouleau Blanc à bord d'Alcorak. Lorsqu'il l'aperçut de loin, il ressentit une certaine émotion ; Mizar devait déjà l'attendre avec impatience. Il aperçut deux hommes qu'il ne connaissait pas près de la clôture ; il s'agissait probablement des palefreniers que Riguel avait embauchés.

Le jeune homme posa son appareil près du ranch et en descendit. Il arrivait vers l'entrée lorsqu'il aperçut Vénusia et Riguel qui venaient à sa rencontre de même que Mizar qui courait vers lui.

« Waouh ! Koji ! cria le jeune garçon en lui sautant dans les bras.

- Eh bien ! lui lança le pilote, tu m'as l'air en forme toi !

- Bienvenue Koji ! s'écria Riguel. Comme ça fait plaisir, tu ne viens pas assez souvent.

- Ça tu l'as dit papa, confirma Vénusia. Il faudra nous rendre visite plus souvent à l'avenir, n'est-ce pas Koji ? »

Le jeune homme sourit puis se tourna vers les deux palefreniers que Riguel lui présenta ; Akeno et Yasuo lui serrèrent la main et Vénusia les invita tous à passer à table. Le repas se déroula dans la bonne humeur. Comme d'habitude, la discussion restait banale : le voyage de Koji aux Etats-Unis, la maladie d'une pouliche la semaine précédente, le nouveau camarade de classe de Mizar qui venait de s'installer dans la région, les études de Vénusia, le mal de dos de Riguel qui ne voulait pas guérir cette fois-ci.

« Je me fais vieux, grimaça celui-ci. J'espère que tu me présenteras bientôt un fiancé Vénusia. Il devient urgent qu'un homme prenne la direction de ce ranch ! »

La déclaration de Riguel jeta un froid. L'ambiance, jusque-là légère et gaie, s'alourdit subitement. Vénusia rougit et baissa la tête, Yasuo semblait gêné, Riguel se tut conscient d'avoir commis une maladresse et Mizar riait sous cape. Koji les regarda tour à tour, surpris.

« Bon, j'ai faim moi ! lança Riguel après un silence pesant. Vénusia, apporte-nous la suite ! »

La discussion reprit mais l'entrain n'y était plus et le dîner se termina dans une ambiance presque morose.

Après le repas, Riguel annonça qu'il allait faire le tour du ranch afin de s'assurer que tout allait bien dans les étables puis il sortit de la maison accompagné de ses deux employés et de Mizar qui tenait à souhaiter une bonne nuit aux animaux. Koji proposa à Vénusia de l'aider à débarrasser la table, faire la vaisselle et ranger un peu. Elle accepta avec plaisir et le jeune homme en profita pour l'interroger.

« Vénusia, la questionna-t-il, si je suis indiscret tu n'es pas obligée de me répondre. J'ai eu l'impression d'une gêne générale tout à l'heure lorsque ton père a fait allusion à un éventuel fiancé. Me suis-je trompé ?

- Non Koji, lui répondit-elle après quelques instants d'hésitation. Tu ne t'es pas trompé. »

Dans un premier temps, elle n'en dit pas plus mais face au regard interrogateur de son interlocuteur, elle lui donna quelques précisions.

« C'est que..., commença-t-elle d'une voix mal assurée, Yasuo m'a déclaré son amour.

- Hmm..., reprit le pilote d'un air entendu. Et ce n'est pas du goût de ton père, naturellement...

- Oh ce n'est pas cela ! le détrompa la jeune femme. Au contraire ! Yasuo fait du bon travail, il pourrait s'occuper très efficacement du ranch. De plus, ses parents ont tenu à ce qu'il fasse des études de vétérinaire, il est instruit. Il ne les exploite pas car il préfère travailler dans un ranch, c'est une vocation. Ses études rendent d'ailleurs de grands services ici. Et puis, il est beau garçon, papa serait ravi qu'il m'épouse.

- Je vois, poursuivit Koji. En fait, tu ne partages pas les sentiments qu'éprouve Yasuo à ton égard, si je comprends bien. »

Vénusia ne répondit pas et poussa un profond soupir. Elle lui tourna le dos et regarda par la fenêtre, le regard perdu. Aimer un autre homme que le prince d'Euphor lui semblait impossible ; elle l'aimait depuis qu'elle le connaissait et l'aimerait toujours quoi qu'il advienne, il ne pourrait pas y en être autrement. Après quelques instants de silence, Koji reprit la parole.

« Actarus, n'est-ce pas ? » supposa-t-il.

Vénusia se raidit, se retourna et fixa Koji droit dans les yeux.

« Je crois qu'il nous manque à tous, poursuivit Koji. Vénusia, je sais que tu étais amoureuse d'Actarus, ne nie pas, ça crevait les yeux. Et tu l'es probablement encore, ne crois-tu pas ? »

La jeune femme ne nia pas, elle le lui avait d'ailleurs avoué lors du pique-nique qu'ils avaient fait tous les deux quelques mois auparavant. Elle se contenta d'acquiescer d'un signe de tête, le cœur lourd.

« C'est bête, lui dit-elle après quelques instants de silence, mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer.

- Ce n'est pas bête. Yasuo est-il au courant ?

- Oui, je lui ai parlé d'Actarus. Il m'a dit qu'il serait patient et qu'il attendrait que je sois plus au clair avec mes sentiments...

- Chut… », murmura le jeune homme.

Mizar venait d'entrer et Koji changea de conversation. Quelques dizaines de minutes plus tard, il prit congé de ses hôtes et rentra au centre de recherches spatiales où il passa le reste de la soirée à dialoguer avec ses amis de Suprénia comme il le faisait chaque soir.

Le lendemain, Argoli et Capella pendaient la crémaillère. Ce samedi matin-là, Koji trouvait la vie particulièrement belle. Il décolla à bord de Marinak et prit rapidement de l'altitude. L'automne était déjà bien avancé et habillait la nature de ses couleurs chaudes. Que la planète bleue était belle ! Cela lui rappela le temps où il survolait la Terre aux côtés de Goldorak. Durant quelques instants, il se remémora certaines paroles d'Actarus un jour qu'ils revenaient tous deux d'un combat. Perdu dans ses pensées, il fut moins attentif au pilotage et ressentit une brusque secousse. Cela le ramena à la réalité.

« Cesse de rêver, se dit-il, ce temps-là est bien fini. »

Oui, cette époque était bien finie mais, Koji en était sûr, une autre débuterait certainement car il allait bientôt retrouver ses amis et ils trouveraient bien une solution pour se voir régulièrement. L'après-midi même, tout le monde serait au courant de son voyage et le mercredi suivant, il s'envolerait à bord du Cosmorak en direction de la nébuleuse de Véga. Il se demandait cependant comment Vénusia allait réagir vu la situation sentimentale dans laquelle elle se trouvait et quelles en seraient les conséquences sur ses relations avec Yasuo.

Après sa promenade à bord de l'O.V.T., Koji retourna au centre et déjeuna avec Misato et le professeur.

« À quelle heure partons-nous, Professeur ? s'enquit le jeune homme.

- À quinze heures trente. Cela nous laisse largement le temps de manger et de nous changer. Nous prendrons la navette du centre pour nous y rendre. »

À l'heure dite, Misato, Koji et Procyon montèrent dans la navette et prirent la route. Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, ils furent accueillis par leurs amis du ranch du Bouleau Blanc qui venaient juste d'arriver. Sayaka se trouvait là également. Capella et son mari sortirent de leur habitation et leur souhaitèrent la bienvenue. Puis Argoli leur fit faire une visite complète pendant que Capella préparait des rafraîchissements. Ils se retrouvèrent ensuite tous au salon pour prendre un verre et manger le gâteau préparé par la maîtresse de maison. La conversation allait bon train.

« Cochyre et Antarès vont-ils venir ? questionna Koji.

- Oui, mais ils arriveront dans un peu plus d'une heure, lui répondit Capella.

- En tout cas, lança Riguel, je trouve que notre ami Argoli a beaucoup de chance : une ravissante épouse, une belle maison… »

Capella rougit sous le compliment et Argoli eut beaucoup de mal à dissimuler son contentement.

« Et toi, Koji, tu ne songes donc pas à te marier ? continua Riguel.

- Ah, ah ! répondit celui-ci en riant, non, pas pour l'instant, j'ai bien le temps.

- C'est parce qu'il n'a pas encore rencontré l'élue de son cœur, poursuivit Capella en lui faisant un clin d'œil tandis que Sayaka, contrariée, fronçait les sourcils. Le jour où il la rencontrera, vous verrez qu'il sera très pressé de convoler.

- Hmm…, ce ne sera pas pour tout de suite, riposta Koji.

- Oh, oh, tu sais, le taquina Riguel, cela peut arriver du jour au lendemain. Crois-en mon expérience ; c'est ainsi que cela s'est passé avec ma défunte épouse. Tu te crois libre comme l'air et puis tu croises le regard d'une belle jeune femme et te voilà enchaîné sans même t'en rendre compte.

- Eh bien, cela attendra encore un certain temps, lui lança Koji en rigolant. Pour l'instant, j'ai des projets tout à fait incompatibles avec ce genre de situation.

- Ah oui ? interrogea Riguel intrigué. Peut-on savoir ?

- Eh bien…, poursuivit le pilote en affichant un sourire énigmatique, j'envisage de faire un très long voyage. »

Exceptés Misato, Capella, Argoli et Procyon qui étaient déjà au courant, tous les autres le regardèrent avec curiosité et attendirent qu'il leur en dise un peu plus mais Koji se contentait de sourire en silence.

« Ne nous faites pas languir, le pressa Akeno. Où comptez-vous aller ?

- Je suis sûr qu'il le fait exprès, renchérit Mizar.

- Oui, je dois avouer que c'est vrai, confirma Koji. C'est que… la nouvelle est de taille, vous allez être surpris !… Argoli et moi, nous allons nous rendre sur Euphor.

- Quoi ! s'écria Vénusia médusée en lâchant la cuillère qu'elle tenait à la main. Vous allez vous rendre sur Euphor !

- Sur Euphor ! répéta Sayaka toute aussi surprise.

- Youpi ! lança Mizar. Alors tu vas voir Actarus ! Je veux aller avec toi ! »

A ces dires, Koji éclata de rire ; la spontanéité du frère de Vénusia était touchante.

« Ah non ! lui répondit-il, ce n'est pas pour un enfant de ton âge. Tu sais, c'est un très long voyage, il y aura peut-être du danger, et puis tu dois aller à l'école.

- Eh bien Koji, s'exclama Riguel, c'est vrai que nous ne nous attendions certainement pas à pareille révélation ! Vous avez eu des nouvelles d'Actarus et Phénicia, au centre ?

- Non, toujours pas, et c'est justement cela qui me pousse à entreprendre ce voyage.

- C'est vrai que cela commence à être inquiétant, continua Riguel, mais d'un autre côté, ils ont certainement beaucoup de choses à faire. Comment comptes-tu t'y rendre ? Tu pars bientôt ?

- Ils partent mercredi à bord du Cosmorak, intervint Procyon. Ils nous enverront des nouvelles dès leur arrivée, nous vous tiendrons au courant. »

Vénusia regardait fixement Koji tandis qu'il parlait de son projet. Cela n'échappa pas au jeune homme et encore moins à Yasuo. Par contre, personne ne s'aperçut de la mine contrariée qu'affichait Sayaka.

« Ah, ah, c'est tout à fait toi Koji, poursuivit Riguel. Toujours partant pour l'aventure, hein ? J'ai toujours eu un faible pour ta témérité. Actarus a de la chance d'avoir un ami comme toi, courageux et généreux.

- Hmm… tu crois ? », lui répondit Koji en rougissant.

Quelque peu gêné par ces compliments, le jeune homme s'empressa d'orienter la conversation sur un autre sujet.

Les réjouissances se poursuivirent tard dans la soirée. A un moment donné, Procyon annonça qu'il n'avait plus de tabac pour bourrer sa pipe et qu'il s'absentait quelques instants pour se rendre jusqu'à la voiture afin de prendre le paquet qui s'y trouvait. Koji, qui éprouvait le besoin de bouger, insista pour y aller à sa place puis il sortit de la maison sans remarquer le regard inquisiteur de Sayaka. Lorsqu'il fut dehors, il se dirigea vers le véhicule et ne put s'empêcher de lever la tête vers les cieux étoilés ; dans quelques jours, il s'envolerait pour Euphor. Il se sentait de plus en plus impatient de partir et trouvait le temps de plus en plus long. Une voix derrière lui le tira de ses réflexions.

« Tu l'aimes, n'est-ce pas ? »

Le jeune homme se retourna et aperçut Sayaka qui lui faisait face, les mains sur les hanches. Elle le regardait intensément et avait l'air furieuse ; cela ne présageait rien de bon.

« De quoi parles-tu ? répondit le jeune homme en soupirant.

- Tu sais très bien de qui je veux parler ! lui répondit-elle sur un ton agressif. Tu me prends pour une idiote ? Tu ne me feras pas croire que tu as décidé d'entreprendre un tel voyage uniquement pour te promener. »

Koji soupira de nouveau mais il ne renchérit pas ; il était lassé de ces disputes et se contenta de lui répondre sur un ton qu'il voulait le plus neutre possible.

« Cela fait plusieurs mois qu'Actarus et Phénicia sont partis et nous n'avons toujours pas de nouvelles, nous sommes tous inquiets, je veux savoir ce qu'ils sont devenus et si tout va bien pour eux.

- Pour eux ? répliqua la jeune femme en élevant la voix. Ne te moque pas de moi, Koji ! C'est surtout pour elle que tu entreprends ce voyage ! Oserais-tu prétendre le contraire ?

- Eh bien oui ! lui répondit le pilote en haussant le ton à son tour malgré ses résolutions. Je m'inquiète autant pour l'un que pour l'autre ! Ne peux-tu pas comprendre cela ? Tes insinuations sont ridicules ! »

Sayaka se mordit la lèvre ; elle recommençait ! Elle s'était pourtant promis de montrer à Koji qu'elle avait changé mais elle ne supportait pas l'idée qu'il puisse être amoureux d'une autre femme, c'était plus fort qu'elle. Elle fit un effort pour se calmer et ajouta plus doucement.

« Tu ne m'as pas donné de réponse. Dis-moi si tu es amoureux d'elle.

- Cette question est déplacée, lui répondit le jeune homme de plus en plus agacé, tu n'as aucun droit de regard sur ma vie privée.

- Je veux savoir ! insista-t-elle.

- Je n'ai pas envie de répondre à tes questions, riposta le pilote. Tu es vraiment...

- Tu aimes Phénicia ! le coupa-t-elle. D'ailleurs, si tu n'étais pas amoureux d'elle, tu me le dirais carrément.

- Cela suffit Sayaka ! Je ne souhaite pas poursuivre cette conversation », lui rétorqua son interlocuteur fermement en lui tournant le dos et en s'éloignant.

Durant un instant, la jeune femme songea à le rattraper mais elle y renonça aussitôt. Elle s'y était mal prise une fois de plus ; dépitée, elle le regarda s'éloigner puis fit demi-tour et rejoignit la maison tout en se promettant de se comporter différemment à l'avenir. Même si Koji aimait la princesse, elle n'envisageait pas de renoncer à lui aussi facilement.

Cette nuit-là, Koji eut du mal à trouver le sommeil ; la discussion avec Sayaka l'avait contrarié. Pourquoi avait-il fallu qu'elle lui tienne un tel discours ? Comment pouvait-elle penser qu'il puisse être amoureux de Phénicia ? Certes, la jeune femme n'était pas la première à sous-entendre qu'il puisse aimer la princesse, Vénusia l'avait également suggéré. Bien sûr, il avait beaucoup d'affection pour Phénicia, c'était certain. Après ce qu'ils avaient vécu ensemble lors de la guerre contre Véga, comment en aurait-il pu être autrement ? Et puis, c'était la sœur d'Actarus, et cela, c'était important également. Phénicia était une jeune fille pleine de vie, elle l'amusait, il aimait la taquiner, elle l'énervait aussi quand elle en faisait trop. D'ailleurs, ils se chamaillaient assez souvent, un peu comme l'auraient fait un frère et une sœur. Il voyait en elle une bonne copine avec qui il pouvait faire les quatre cents coups et rivaliser comme avec un garçon, mais de là à envisager plus qu'une sincère amitié... En outre, il préférait les filles ayant un comportement plus féminin, comme Vénusia ou Misato elles avaient des personnalités qui correspondaient mieux à ce qui l'attirait chez une femme. Or la sœur d'Actarus était plutôt du genre garçon manqué, alors comment aurait-il pu être amoureux d'elle ? Mais il devait bien admettre que Sayaka n'avait pas entièrement tort : s'il ne l'était pas, pourquoi ne pas lui avoir dit franchement ? Pour l'agacer ? Ce n'était pas impossible car il supportait mal qu'elle s'immisce ainsi dans sa vie privée. Cependant, il devait bien reconnaître également qu'il avait fallu que ce soit Mizar qui l'interpelle sur les sentiments qu'il avait éprouvés pour Vénusia. Faudrait-il que ce soit Sayaka qui lui fasse prendre conscience de ceux qu'il ressentait peut-être pour la princesse ? N'était-il donc pas capable de s'en rendre compte par lui-même ? Au souvenir de ce qui s'était passé concernant la fille de Riguel, Koji ne sut pas trop que penser et conclut qu'il était urgent qu'il sache ce qu'il ressentait exactement pour Phénicia. Ce voyage tombait bien, il lui permettrait certainement d'y voir plus clair. Tranquillisé par cette perspective, il ne tarda plus à s'endormir.

Le mardi après-midi, Koji et Argoli avaient fait leurs adieux à la famille Makiba qui s'était rendue au centre de recherches spatiales à cet effet. A aucun moment Vénusia n'avait fait d'allusion particulière au prince d'Euphor mais son regard empli de tristesse n'avait pas trompé Koji et, touché par son chagrin, ce dernier s'était promis de s'entretenir avec Actarus à ce sujet. Le soir de ce même jour, le jeune homme avait passé un long moment à dialoguer avec ses amis de Suprénia qui lui avaient souhaité un bon voyage. Shane lui avait même fait promettre de tout lui raconter dès son retour.

Le mercredi matin, tout était prêt et les deux voyageurs avaient revêtu leur combinaison de vol. Au moment du départ, Procyon et ses collaborateurs les accompagnèrent au pied de l'appareil.

« Eh bien voilà, Koji, déclara le chercheur, le Cosmorak est à ta disposition.

- Merci pour tout Professeur, lui répondit le jeune homme un large sourire sur les lèvres. Il ne nous reste plus qu'à partir.

- Soyez prudents, leur conseilla Procyon. N'oubliez pas qu'en cas de problème, nous n'aurons pas les moyens de vous secourir.

- Ne vous inquiétez pas, lui affirma le pilote. Il ne nous arrivera rien de fâcheux.

- Si Koji, je m'inquiète, insista le scientifique, je connais ton intrépidité. Je te demande de m'envoyer un message lorsqu'Euphor sera en vue et de nous donner ensuite des nouvelles très régulièrement. Tiens-moi au courant de tout, d'accord ?

- Comptez sur moi Professeur.

- Alors, bon voyage à vous deux. »

Tous se dirent adieu, puis Argoli monta à bord suivi de Koji qui s'installa aux commandes.

« Cosmorak, go ! »

Le vaisseau décolla. Procyon et ses assistants le suivirent des yeux. Lorsque l'appareil ne fut plus visible, ils pénétrèrent dans les locaux du centre.

« Venez, dit le professeur, nous allons les suivre le plus longtemps possible sur le grand écran. »

Le vaisseau spatial prenait de la vitesse. Il diminuait à vue d'œil sur l'écran du centre sous les regards émus et quelque peu anxieux de Procyon et de ses collaborateurs.

« Koji, tu m'entends ? s'enquit le chercheur.

- Oui, Professeur, tout va bien à bord. Je vais passer à vitesse maximum. À bientôt. »

Le pilote se régalait ; c'était un vrai plaisir de conduire cet appareil.

« Cosmorak, méga mach ! »

Le vaisseau atteignit bientôt sa vitesse maximum ; le voyage pour Euphor venait de commencer.