Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.


18. Une rencontre inattendue

Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'atmosphère de Ruby, les terriens furent immédiatement contactés par un homme chargé de la surveillance spatiale qui les somma de décliner leur identité ce dont Koji s'acquitta aussitôt.

« Mon nom est Koji Kabuto. Mon collègue Argoli et moi, nous venons de la planète Terre. Nous sommes des amis du prince d'Euphor et nous sommes à sa recherche. »

Face au long silence qui suivit la déclaration du jeune homme, celui-ci, intrigué, reprit la parole.

« Vous nous avez reçus ? Nous sommes des terriens et...

- Nous vous avons bien reçus, le coupa son interlocuteur. Ainsi vous êtes des amis du prince d'Euphor ? Très bien, vous allez atterrir, je vais vous donner les informations nécessaires et les principales caractéristiques de Ruby. »

L'homme énonça alors une série de chiffres ; les pilotes en déduisirent qu'ils pouvaient se passer de leur combinaison anti-G sur le sol de la planète et Koji dirigea le Cosmorak vers l'aire d'atterrissage indiquée. Lorsque l'appareil se fut posé, les deux hommes en sortirent munis de leur combinaison de vol et d'une ceinture contenant un pistolaser et un couteau. Des hommes en uniforme les attendaient et ceux-ci braquèrent leurs armes sur les terriens dès qu'ils eurent mirent pied à terre.

« Eh ! s'exclama Koji surpris par cet accueil. Qu'est-ce que cela signifie ?

- Je suis désolé, lui répondit l'un des hommes présents, nous ne vous voulons pas de mal mais nous devons nous assurer que vous n'êtes pas des ennemis. Donnez-nous vos armes et suivez-nous ; vous allez devoir demeurer ici le temps que nous puissions vérifier l'exactitude de vos dires.

- Quoi ? s'offusqua le terrien. Nous avons fait un long voyage pour voir le prince et la princesse d'Euphor, nous n'avons pas envie d'attendre. Conduisez-nous vers eux immédiatement !

- Koji, lui fit remarquer Argoli, il faut bien que ces messieurs fassent leur travail. »

Le pilote poussa un soupir de contrariété mais se rangea à l'avis du chercheur et obtempéra aux ordres du chargé de sécurité.

« De toutes façons, continua le rubynien en l'observant et en esquissant une moue dégoûtée, si leurs altesses royales daignent vous recevoir, il faudra auparavant vous laver et vous changer.

- Si leurs altesses royales daignent nous recevoir ? répéta le jeune homme interloqué. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne vois pas pourquoi Actarus et Phénicia...

- C'est bon, le coupa de nouveau Argoli, n'oublie pas qu'ici nos amis sont considérés comme des souverains. »

Koji poussa un second soupir encore plus prononcé que le premier, mais n'ajouta rien. L'impatience le gagnait déjà et il se demanda combien de temps il lui faudrait encore attendre avant de pouvoir rencontrer ses amis. Il suivit les rubyniens de mauvaise grâce jusqu'à leur bureau dans lequel un homme fit placer les terriens devant une caméra dans le but de prendre des photos. Durant tout le temps que dura la prise de vues, Koji et Argoli observèrent les hommes qui les entouraient. Leurs yeux étaient noirs tandis que leur chevelure leur arrivant à la base du cou était de couleur sombre, violette, verte ou bleue.

Au palais, dans l'une des chambres royales, Actarus observait Phénicia qui se contemplait dans son miroir sous les yeux admiratifs des deux domestiques présentes. La jeune femme se retourna vers son frère, remonta sa longue chevelure rousse qu'elle maintint de ses mains au-dessus de sa tête à la manière d'un chignon et l'interrogea en lui lançant un sourire malicieux.

« Alors Actarus, que penses-tu de ma nouvelle robe ? J'ai longuement hésité sur la couleur du tissu qui servirait à la confectionner et je me demande encore si j'ai fait le bon choix.

- Elle te va à ravir, lui répondit le prince en s'approchant d'elle et en lui entourant la taille de ses mains. Le bleu de l'étoffe s'harmonise merveilleusement avec celui de tes yeux. Sais-tu que tu as grandi petite sœur depuis quelques mois ? Tu es devenue une belle jeune femme et une vraie princesse. Cela n'a pas dû être facile de composer avec les exigences de la cour et je trouve que tu y arrives assez bien malgré quelques accrocs parfois, tu es même parvenue à obtenir des assouplissements du protocole, je suis fière de toi. »

A ces mots, Phénicia cessa de sourire et se dégagea de l'étreinte de son frère en poussant un soupir. Actarus ne fut pas dupe des causes du soudain changement d'attitude de sa sœur. Il savait que si celle-ci avait pu obtenir quelques satisfactions concernant les règles de convenance instituées à la cour, elle le devait en grande partie à l'intérêt que lui portait le fils du roi de Ruby qui avait intercédé en sa faveur auprès de ses parents. En effet, l'héritier du trône avait été séduit par le charme de la jeune euphorienne dès le premier regard et n'avait pas tardé à déclarer sa flamme en demandant sa main à son frère. Si Actarus n'avait pas passé plusieurs années sur Terre, il aurait sans doute répondu aussitôt par l'affirmative ; le jeune et séduisant prince rubynien se trouvait être un parti idéal pour une princesse dont la terre natale présentait un avenir encore très incertain. Mais l'ancien palefrenier qui avait côtoyé d'autres modes de vie souhaitait que sa sœur prenne la décision elle-même et en accord avec ses sentiments.

« Ce n'est pas moi qui ait obtenu ces aménagements, lui rappela Phénicia en faisant la moue. Si le prince n'était pas amoureux de moi, rien n'aurait changé.

- Quelle décision penses-tu prendre concernant sa demande en mariage ? »

Phénicia ne répondit pas tout de suite à la question de son frère. Certes, elle trouvait le prince très séduisant et l'intérêt qu'il lui portait ne la laissait pas indifférente mais elle ne se sentait pas suffisamment sure de ses sentiments pour prendre une décision qui l'engagerait pour sa vie entière. De plus, ayant été élevée sur Terre, elle n'avait jamais envisagé de se marier aussi jeune. Si elle ne pouvait pas nier que le fait d'être courtisée par son séduisant prétendant était très agréable, elle ne se sentait pas capable de prendre une décision pour l'instant.

« Tout s'est passé tellement vite, répondit-elle enfin. Notre départ de la Terre et la séparation d'avec nos amis, notre arrivée ici, le combat que nous avons dû mener contre les occupants de Ruby, le retour des souverains légitimes sur le trône et cette demande en mariage presqu'aussitôt après notre victoire, cette nouvelle vie si différente de celle que j'ai connue sur la planète bleue... De plus...

- De plus tu aimais bien Koji n'est-ce pas ? la taquina Actarus en souriant.

- C'est vrai, concéda la jeune femme en souriant à son tour. Je me demande ce qu'il devient d'ailleurs. Tu sais, il me manque, et Vénusia aussi, de même que ton père, Mizar, Riguel et tous les autres. »

Phénicia se tut soudain sentant une certaine nostalgie la gagner. Oui, ses anciens amis lui manquaient, la vie sur Terre lui manquait, et même si son existence actuelle avait présenté l'attrait de la nouveauté dans un premier temps, elle commençait à trouver que celle-ci ressemblait plus à une prison qu'à autre chose. Une prison dorée certes, dans laquelle elle était admirée et adulée mais la liberté dont elle avait joui autrefois se rappelait souvent à son souvenir. Cependant, elle était princesse d'Euphor et elle ne souhaitait pas non plus se soustraire à son devoir ; elle avait fait des efforts pour s'adapter à son nouveau mode de vie et même si elle n'avait fondamentalement pas changé, elle avait muri et était fière des résultats obtenus. Tout cela était vrai mais il y avait autre chose, la vie à la cour lui avait révélé une partie d'elle même dont elle n'avait pas pris conscience avant d'y être confrontée. Même si elle avait grandi sur Terre sans aucun souvenir de sa vie sur Euphor, même si elle ne connaissait rien de sa condition princière à l'époque où elle vivait aux côtés de son grand-père qu'elle ignorait être son percepteur, elle avait toujours été princesse dans l'âme. C'était sans doute pour cela qu'elle avait autrefois aimé s'entourer d'amis qui l'admiraient, qu'elle avait déjà des goûts prononcés pour les jolies robes et les bijoux, qu'elle ne s'occupait guère du prix que cela pouvait coûter et qu'elle avait traité Koji de haut à plusieurs reprises : elle était sa Grâce la princesse Phénicia d'Euphor et cette partie d'elle-même, elle savait désormais qu'elle ne pourrait pas la renier. Toutefois, elle se sentait tiraillée entre sa vie d'autrefois et les exigences de son rang actuel. Lorsqu'Actarus avait décidé de quitter la Terre pour tenter de redonner vie à sa planète natale, elle l'avait suivi comme une évidence mais cette décision n'était pas réellement la sienne et elle ressentait le besoin de prendre le temps d'effectuer un choix qui soit vraiment le sien en toute conscience des conséquences qu'il impliquerait. Autrement dit, elle ne savait encore pas bien où elle en était dans tous ces bouleversements qui avaient jalonné sa vie.

« Actarus, déclara-t-elle soudain à son frère, lorsque nous serons sur Euphor, je tiens à ce que nous transformions notre façon de vivre, je ne veux pas d'une monarchie basée sur des convenances et des règles trop strictes, j'ai envie de retrouver une certaine liberté que nous avons bien du mal à sauvegarder ici. »

Le prince acquiesça d'un signe de tête tout en se demandant s'ils pourraient réellement s'établir un jour sur leur planète natale. Certes, il en gardait l'espoir mais il ne le ferait que si l'équipe d'experts envoyée sur Euphor pourrait lui assurer qu'il ne ferait prendre aucun risque à son peuple. Dans le cas contraire, il lui faudrait trouver une autre solution mais il ne voyait pas ce qu'il pourrait envisager de satisfaisant et cette incertitude lui pesait.

Des coups frappés à la porte interrompirent ses réflexions, l'une des domestiques ouvrit et une jeune femme portant une petite mallette à la main pénétra dans la pièce, fit une révérence et s'approcha de la jeune euphorienne.

« Notre médecin s'est absenté si je comprends bien, déclara celle-ci à la nouvelle venue.

- Oui, princesse Phénicia, lui répondit cette dernière, mais il sera de retour à la cour dès demain. C'est moi qui le remplace comme chaque fois qu'il s'absente. Il m'a demandé de passer vous voir.

- Je vais mieux, précisa la jeune femme. Notre médecin se fait beaucoup trop de soucis pour moi, ce n'était qu'un banal mal de gorge sans gravité.

- Eh bien, je te laisse avec Orane, intervint le prince. A plus tard petite sœur.

- A plus tard Actarus », lui répondit celle-ci en lui adressant un magnifique sourire.

Les deux domestiques ouvrirent la porte que le jeune homme franchit suivi des jeunes femmes qui se postèrent dans le couloir pour attendre la fin de la consultation. Le prince s'éloigna, il devait s'entretenir avec le souverain de Ruby et plusieurs de ses homologues au sujet des prochaines actions à entreprendre pour la reconstruction des mondes récemment libérés du joug de Véga. Lorsqu'il pénétra dans les bureaux du roi, celui-ci l'accueillit chaleureusement.

« Mon cher ami, lui déclara-t-il le sourire aux lèvres, j'ai une nouvelle à vous apprendre qui ne vous laissera pas indifférent. Deux hommes sont arrivés à bord d'un vaisseau spatial, ils déclarent venir de la planète Terre sur laquelle vous avez séjourné durant plusieurs années. Leur objectif est de vous rencontrer.

- Quoi ? s'exclama le prince atterré. Mais ce n'est pas possible !

- Je trouve cela curieux aussi, lui répondit son interlocuteur en lui tendant des photos. C'est pour cette raison que je souhaiterais que vous les identifiiez. »

Troublé, Actarus s'en saisit et les observa en écarquillant les yeux de stupéfaction.

« Koji, Argoli, murmura-t-il toujours aussi déconcerté. C'est incroyable ! Comment peuvent-ils être ici ? »

Ce fut ainsi que quelques heures plus tard, les deux terriens furent escortés au palais à bord d'un véhicule rubynien. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la résidence royale, ils furent tous deux éblouis par la beauté de l'endroit. Le sol était constitué d'un matériau rappelant le marbre rose, des arabesques argentées ornaient les murs sur lesquels étaient accrochés de beaux tableaux, les fenêtres des couloirs traversés donnaient sur de magnifiques jardins. Lorsqu'ils furent introduits dans la salle du trône, Koji aperçut immédiatement Actarus assis sur un siège luxueux recouvert de velours bleu et, sans prêter attention au couple royal, il s'élança vers son ami sous le regard éberlué d'Argoli.

« Actarus ! s'exclama-t-il. Je te retrouve enfin ! »

Mais à peine avait-il fait trois pas que deux gardes s'interposèrent, des armes à rayon laser à la main.

« Halte ! lui intima l'un d'eux. Ne vous approchez pas des souverains, vous devez rester à distance ! »

Koji allait riposter mais Actarus se leva et se dirigea vers le trio.

« C'est bon, intervint-il en s'adressant aux deux rubyniens, laissez-le, c'est un ami, nous n'avons rien à craindre de lui. »

Les deux hommes s'effacèrent l'air désapprobateur mais s'abstinrent de prononcer le moindre mot. Actarus et Koji se retrouvèrent face à face et se regardèrent aussi émus l'un que l'autre. Assis sur le trône, le roi et la reine n'avaient pas fait le moindre mouvement ; ils observaient la scène avec intérêt.

« Je n'arrive pas à croire que tu es ici, articula l'euphorien en posant ses mains sur les épaules de son ami qui arborait un large sourire traduisant la joie qu'il ressentait. Viens, je vais te présenter. »

Les deux hommes se tournèrent vers les souverains et s'approchèrent du trône suivi d'Argoli. Les terriens s'inclinèrent puis Actarus les présenta. Le roi les assura de sa gratitude pour avoir prêté main forte au prince d'Euphor dans sa lutte contre les envahisseurs puis leur suggéra de se retirer afin de se retrouver entre amis.

Les terriens suivirent le prince dans les couloirs du palais et ils s'installèrent tous les trois dans l'un des salons qui se trouvait être vide à ce moment de la journée. Actarus leur raconta qu'après être arrivés sur Euphor, ils avaient trouvé des survivants mais qu'un certain nombre d'entre eux souffraient de maladies diverses probablement dues aux radiations ou du moins à la situation précaire dans laquelle ils s'étaient retrouvés après l'attaque véghienne. Actarus et sa sœur étaient donc repartis à bord de Goldorak afin de chercher de l'aide chez des peuples dont les planètes n'avaient pas été victimes d'une destruction aussi importante que la leur et ce fut ainsi qu'ils arrivèrent sur Ruby où ils durent livrer bataille aux côtés des rubyniens pour les libérer des troupes véghiennes. La victoire avait cependant été relativement rapide du fait que le moral de leurs ennemis avait subi un coup rude lorsqu'ils avaient appris la mort du Grand Stratéguerre et de sa fille ; ils n'avaient donc pas opposé beaucoup de résistance. Puis, les différents peuples des mondes ayant été victimes de la folie de Véga s'étaient prêtés main forte pour se secourir mutuellement. En particulier, les survivants d'Euphor et de Pallas de même qu'une bonne partie des prisonniers d'Akéreb avaient été accueillis sur Ruby afin d'y recevoir des soins. Mais face au nombre de personnes à soigner et aux infrastructures à reconstruire, tout le monde était submergé de travail. Les véghiens qui voulaient empêcher tout risque de communication entre les peuples des différentes planètes annexées, avaient détruit les appareils permettant de communiquer à longue distance et n'utilisaient que ceux se trouvant à bord de leurs soucoupes, ce qui expliquait qu'Actarus n'avait pas encore pu donner de ses nouvelles. Les terriens racontèrent alors ce qui avait motivé leur voyage puis Actarus fit appeler Phénicia.

« Je ne l'ai pas avertie de votre arrivée, les informa-t-il. Elle va être surprise ! »

Lorsque la princesse pénétra dans le salon et découvrit les nouveaux venus, elle resta quelques instants muette de stupeur mais elle ne fut pas la seule. Les terriens furent tous deux subjugués par la ravissante jeune femme qui leur faisait face et ne purent, dans un premier temps, prononcer le moindre mot. Certes, ils avaient toujours trouvé que Phénicia était très jolie mais, durant ces quelques mois, elle avait changé et était devenue une femme. De plus, la robe et les bijoux qu'elle portait magnifiaient sa beauté. Koji en particulier n'en revenait pas et, constatant sa consternation, Actarus ne put s'empêcher de sourire d'amusement. Puis, soudain, la jeune femme se ressaisit et s'élança vers le pilote.

« Koji ! Toi ! Ici ! s'exclama-t-elle en le rejoignant. Je n'en reviens pas.

- Phénicia, murmura le jeune homme ému. Je suis tellement heureux de te revoir... »

La jeune femme posa ses mains sur les avant-bras de son interlocuteur ; elle avait besoin de le toucher, de s'assurer qu'il était bien réel, d'être sure qu'elle ne rêvait pas, mais celui-ci eut aussitôt un mouvement de recul et ne put réprimer une grimace de douleur.

« Mais que t'arrive-t-il ? lui demanda la princesse à la fois surprise et inquiète.

- Ce n'est rien, s'empressa-t-il de lui répondre. J'ai simplement un peu mal au bras.

- Un peu mal au bras...? répéta l'euphorienne incrédule. Mais je t'ai à peine touché et tu m'as eu l'air d'avoir très mal !

- Depuis quand ton bras te fait-il souffrir ? demanda Actarus perplexe.

- J'ai dû me battre contre un monstrueux animal qui menaçait une jeune femme sur Euphor et je suis tombé sur le bras lors du combat. Mais ce n'est rien, ne vous inquiétez pas.

- Une jeune femme ? répéta Actarus, étonné. Tu es sûr ?

- Oui, confirma le pilote. Pourquoi ? Cela a l'air de te surprendre.

- J'avais insisté pour que l'équipe d'experts ne comporte aucune femme, maugréa le prince. Excusez-moi, il faut que j'en ai le cœur net, je vous reverrai plus tard. Phénicia, occupe-toi de lui. »

Actarus sortit de la pièce d'un pas rapide tandis que la princesse appuyait sur un bouton sous le regard surpris du terrien. Quelques dizaines de secondes plus tard, une domestique entra et fit une révérence.

« Savez-vous si Orane est encore ici ? s'enquit la jeune femme.

- Je pense que oui, princesse, lui répondit la servante. Je ne crois pas que son mari soit déjà venu la chercher.

- Alors faites-la venir, cet homme a besoin de soins.

- Hein ? s'exclama Koji pendant que la rubynienne se retirait. Je vais bien, je n'ai besoin de rien, il est inutile de...

- Ah oui ? riposta Phénicia en lui attrapant le bras. Tu crois vraiment ?

- Eh ! Mais ça ne va pas non ? s'écria le pilote en grimaçant. Tu me fais mal !

- C'est bien pour cela que tu vas voir un médecin, continua l'euphorienne d'un ton déterminé. Et il est inutile de discuter, c'est un ordre !

- Quoi ? rétorqua le terrien suffoqué. Écoute-moi bien Phénicia, tu peux peut-être donner des ordres à qui tu veux ici mais pas à moi...

- Décidément, le coupa-t-elle en levant les yeux au ciel, tu es toujours le même : un paysan ! Je t'offre le rare privilège de te faire soigner par le médecin de la famille royale et toi, tu fais le difficile !

- Le rare privilège de..., répéta le jeune homme qui n'en croyait pas ses oreilles. Mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Ton statut de princesse te monte à la tête ou quoi ? »

Sous le regard blasé d'Argoli, les jeunes gens continuèrent à se chamailler jusqu'à l'arrivée du médecin qui mit un terme à leur discussion. Lorsque la rubynienne entra, elle fit une révérence puis releva les yeux et croisa le regard du terrien qui la regardait d'un air soupçonneux ; il ne put s'empêcher de songer qu'elle semblait bien jeune pour avoir eu le temps de faire des études de médecine même en admettant que celles-ci fussent plus courtes que celles qui étaient demandées sur Terre. Phénicia mit Orane au courant de la situation et lui demanda d'emmener Koji à l'infirmerie afin d'examiner son bras. Pendant que la princesse parlait, la doctoresse continua à soutenir le regard du jeune homme qui, troublé par la profondeur de ces yeux noirs qui le fixaient avec tant d'intensité, ne parvenait pas à rompre le contact visuel. Lorsque Phénicia se tut, le médecin invita le pilote à la suivre.

« Euh..., balbutia le jeune homme encore perturbé, je vous assure que c'est inutile et...

- Douteriez-vous de mes capacités ? », le coupa Orane en esquissant un sourire.

Koji rougit sous l'insinuation, jeta un bref coup d'œil à Phénicia qui avait l'air de bien s'amuser puis soupira en se dirigeant vers la porte du salon suivi de la doctoresse. Inutile de résister à cette gamine qu'était la sœur d'Actarus, elle aurait le dernier mot de toutes façons, alors il valait mieux en finir le plus rapidement possible. Durant le trajet vers l'infirmerie, le pilote observa la jeune femme à la dérobée. Elle ressemblait aux autres représentants du peuple rubynien qu'il avait croisés depuis son arrivée. Sa peau était très blanche et ses yeux d'un noir intense, ses cheveux d'un violet sombre lui arrivaient à la base du cou, quelques mèches plus longues que le reste de sa chevelure ne manquèrent pas de lui rappeler la coiffure du commandant Eurydie, une rubynienne qu'il avait connue sur Terre, et malgré le fait qu'il n'était pas habitué à ce type de physique, il la trouvait ravissante. Elle portait une robe blanche lui arrivant sous le genou et munie de larges manches trois-quarts. Une fois parvenu à destination, le jeune homme fut invité à ôter le haut de sa combinaison et à s'étendre sur un lit. La doctoresse s'assit près de lui et lui palpa le bras puis le rassura sur son état.

« Il s'agit d'un problème musculaire, lui indiqua-t-elle, mais rien de grave malgré la douleur que vous ressentez. Je vais vous faire un massage avec une huile de ma composition. Fermez les yeux et détendez-vous, vous me semblez bien nerveux. »

Vexé que la jeune femme se soit rendue compte de son état aussi facilement, Koji s'exécuta sans prononcer le moindre mot. Peu après, il sentit que celle-ci appliquait l'huile sur sa peau et qu'elle commençait le massage. Ses muscles se détendirent rapidement sous les doigts experts de la rubynienne ; les gestes étaient précis et efficaces révélant une maîtrise certaine du toucher thérapeutique si bien que le jeune homme finit par conclure que ses premiers soupçons n'étaient probablement pas justifiés. D'ailleurs, lorsque ce fut terminé, il se surprit même à le regretter. Il ouvrit les yeux et croisa le regard d'Orane qui le troubla autant que la première fois mais il n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question car elle prenait déjà la parole.

« Dites-moi Koji, l'interrogea-t-elle en lui souriant. Vous permettez que je vous appelle Koji n'est-ce pas ?

- Euh... oui... », bafouilla ce dernier assez surpris.

Le jeune homme ne put rien ajouter d'autre, il ne pouvait détacher ses yeux du visage penché sur lui et le trouble qu'il ressentait ne faisait que s'intensifier au fur et à mesure des secondes qui s'écoulaient.

« D'où venez-vous Koji ? reprit la rubynienne. Vous n'êtes manifestement pas originaire de cette planète, cela se voit à votre physique. Malgré le fait que vous pourriez éventuellement passer pour un natif d'Euphor ou de Pallas, l'examen musculaire le dément. Alors, d'où venez-vous ?

- De la planète Terre, répondit machinalement le jeune homme en s'éclaircissant la voix afin de masquer son trouble. C'est... c'est très loin d'ici. En fait, je ne suis que de passage, je ne vais pas tarder à repartir.

- Oh, je comprends mieux, continua Orane. Bon, je vais devoir vous quitter, je suis attendue. »

Koji ressentit un pincement au cœur à ces derniers mots ; Orane était attendue et il savait par qui : la servante avait fait allusion à son mari. La doctoresse ajouta que le médecin officiel de la cour reviendrait le lendemain et que c'était à lui qu'il faudrait que le jeune homme s'adresse dans le cas où son bras nécessiterait des soins supplémentaires. Lorsqu'elle lui dit adieu, la bouche du terrien refusa de prononcer le même mot et ne put articuler qu'un vague merci. La jeune femme quitta alors la pièce et Koji sentit une impression de vide le submerger. Sa poitrine se comprima, il sentit ses yeux s'humidifier, il aurait tellement voulu qu'elle reste un peu plus longtemps auprès de lui ; à peine l'avait-elle quitté qu'elle lui manquait déjà douloureusement. Il s'assit sur le lit et se prit la tête dans ses mains ; que lui arrivait-il ? Il ne comprenait pas, il n'avait jamais ressenti une telle attirance pour une femme, même pas pour Misato, et le fait que ce soit survenu si soudainement le perturbait profondément. Il poussa un long soupir, releva la tête et dirigea son regard vers la porte ; il fallait qu'il se lève, qu'il quitte cette pièce, qu'il retrouve ses amis pour lesquels il avait effectué un si long voyage, mais tout cela lui semblait maintenant si dérisoire face au manque qui l'étreignait. Il resta là sans bouger durant quelques minutes, le regard vide et le cœur lourd puis décida soudain de se ressaisir. Il fallait qu'il oublie cette fille ! Qu'il oublie le trouble qu'elle avait fait naître en lui et qu'il sorte de cette infirmerie le plus rapidement possible ! Il se leva d'un bond, gagna le couloir et demanda son chemin à la première servante croisée sans se douter que cette brusque décision ressemblait plus à une fuite qu'à autre chose.

Lorsqu'il pénétra dans le salon qu'il avait quitté une trentaine de minutes auparavant, le jeune homme constata que Phénicia et Argoli n'étaient plus là mais Actarus l'attendait. Le prince lui apprit que sa sœur avait regagné ses appartements afin de se préparer pour le dîner et il proposa au terrien de le faire accompagner à la chambre qui lui avait été réservée et dans laquelle il pourrait lui aussi se changer. Il termina en lui annonçant qu'il partirait pour Euphor le surlendemain à bord de Goldorak.

« Tu pars pour Euphor ? répéta Koji incrédule. Mais que vas-tu faire là-bas ?

- Je me suis renseigné, lui annonça Actarus l'air soucieux. Aucune femme n'a été envoyée sur ma planète et tous les survivants ont été évacués. Je veux savoir qui est celle que tu as vue là-bas et comment elle y est arrivée.

- Alors je vais avec toi ! répondit spontanément le terrien intrigué par ce que venait de lui apprendre son ami. Ceci m'a l'air curieux effectivement, je ne veux pas que tu y ailles seul.

- Non, je me débrouillerai, il va falloir que tu rentres sur Terre, père ne pourra pas se passer de vous deux trop longtemps.

- C'est vrai, reconnut Koji à regret, mais j'y pense, si je partais après-demain, je pourrais t'accompagner jusqu'à Euphor et nous nous séparerions là-bas. Concernant ton père, il faudrait que je lui envoie un message à l'aide du Cosmorak.

- Pas de problème, je te ferai accompagner après le repas.

- Dis ! A propos de ta planète, tu penses vraiment pouvoir y vivre un jour ? »

Actarus ne répondit pas immédiatement à la question qui venait de lui être posée. Il soupira, s'assit sur l'un des sièges et baissa la tête. Ce problème le taraudait sans cesse et malheureusement, il n'avait pas de réponse.

« Je ne sais pas, finit-il par avouer la voix empreinte de tristesse. Je n'en sais rien du tout mais si ce n'est pas possible, que vais-je faire pour mon peuple ? »

Koji l'observa quelques instants, il perçut la douleur de son ami et trouva cela très injuste. Le prince avait déjà suffisamment souffert, pourquoi ne pouvait-il pas vivre enfin en paix ? Pourquoi ne pouvait-il pas être heureux sur sa planète qui lui était si chère ? Alors qu'il réfléchissait tandis qu'Actarus gardait le silence, le jeune homme eut soudain une idée.

« Et si tu revenais sur Terre ? lui proposa-t-il. Cela te changerait les idées et cela ferait plaisir à tout le monde là-bas. D'autre part, ton père est en train de construire un vaisseau spatial dans le but de partir à la recherche de nouvelles ressources énergétiques. A mon retour, nous embarquerons à bord du Spatiorak afin d'explorer une planète qui devrait être habitable. Pourquoi ne viendrais-tu pas avec nous ? Cette planète pourrait peut-être vous accueillir si toutefois la vie sur Euphor se révélait être trop risquée. »

A ces mots, Actarus releva la tête. Certes, sa planète natale était celle sur laquelle il préférerait s'établir, cela ne faisait aucun doute, mais dans le cas où cela ne serait pas possible... Le prince sentit l'espoir le gagner, coloniser une planète inhabitée pouvait effectivement être une solution. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ?

« Je vais réfléchir sérieusement à ta proposition, assura-t-il à son ami. Et maintenant un domestique va t'accompagner jusqu'à ta chambre, je commence à avoir faim, pas toi ? »

Cette nuit-là, Koji ne trouva pas le sommeil facilement. Certes, il était heureux et soulagé d'avoir retrouvé ses amis sains et saufs, mais il ne pouvait s'empêcher de repenser à Orane. Il partirait le surlendemain et ne la reverrait jamais ; cette pensée lui était douloureuse mais il savait que c'était mieux ainsi, qu'elle n'était pas pour lui puisqu'elle appartenait à un autre. Pour se rassurer, il se dit qu'il finirait par l'oublier mais il avait simultanément la sensation que sa vie ne serait plus la même désormais, qu'il lui manquerait toujours quelque chose ou plutôt quelqu'un. Il soupira, il ne s'était pas bien occupé de sa vie sentimentale jusqu'alors et la rencontre avec la jeune rubynienne lui avait fait brutalement prendre conscience qu'il avait lui aussi besoin d'aimer et d'être aimé. Il sentit des larmes couler le long de ses joues et ne tenta pas de les retenir. Pour la première fois, il se sentait vraiment seul...

Le lendemain, Koji ne vit pas beaucoup ses amis euphoriens trop pris par leurs obligations. Heureusement, il y avait les repas durant lesquels il pouvait les apercevoir mais il n'avait guère l'occasion de bavarder avec eux du fait qu'Argoli et lui ne se trouvaient pas placés à la table réservée aux membres des familles royales de Ruby et d'Euphor. Il passa donc la journée à errer dans les couloirs et les jardins du palais et commençait à s'ennuyer sérieusement ; il trouvait le temps long et avait hâte de repartir pour la planète bleue. En fin d'après-midi, peu après avoir regagné sa chambre, un domestique l'informa que le prince d'Euphor souhaitait le voir et le conduisit à travers les couloirs de la somptueuse résidence jusqu'aux appartements princiers. Actarus lui confirma son départ pour sa planète le lendemain matin de bonne heure et lui suggéra de partir plus tard dans la matinée après avoir fait ses adieux à Phénicia. Il lui apprit également que le souverain de Ruby donnait un bal dans la soirée et que les terriens y étaient conviés.

« Je ne connais pas les danses d'ici, lui fit remarquer Koji, et je risque surtout d'être ridicule mais ta sœur m'acceptera peut-être comme cavalier malgré mon incompétence.

- Non, le détrompa l'euphorien, il ne sera pas possible que tu danses avec elle.

- Ah bon ? s'étonna son interlocuteur. Mais pourquoi donc ?

- En temps normal, elle aurait peut-être pu être ta cavalière mais le prince de Ruby a demandé sa main et il serait mal vu qu'un autre homme danse avec elle tant qu'elle n'a pas donné de réponse.

- Tant qu'elle n'a pas donné de réponse ? répéta Koji interloqué. Mais pourquoi ne lui répond-t-elle pas négativement ? Elle n'envisage tout de même pas de l'épouser ? Et si elle l'envisage, j'espère que tu empêcheras ça ! »

Ce fut au tour d'Actarus d'être surpris, il ne comprenait pas que son ami puisse lui tenir de tels propos, l'héritier du trône serait un époux parfait pour sa sœur ci celle-ci le souhaitait.

« Pourquoi m'y opposerais-je ? l'interrogea-t-il.

- Pourquoi ? s'emporta Koji, agacé. Mais parce qu'elle est trop jeune pour se marier ! Mais qu'est-ce qu'ont les femmes à se marier aussi jeunes sur cette planète ? Comment veux-tu que les couples fonctionnent bien longtemps dans de telles conditions ? »

De plus en plus surpris par les propos du terrien, Actarus ne trouva rien à répondre sur le moment. Il se demanda pourquoi le jeune homme se mettait dans un tel état et chercha ce qu'il pouvait bien lui dire pour le calmer.

« Que veux-tu ? finit-il par rétorquer d'un ton léger. Le destin d'une princesse est d'épouser un prince et les mariages princiers se concluent souvent très tôt dans la vie. »

L'euphorien avait lancé cette réplique plus pour détendre l'atmosphère que pour autre chose mais cela eut un effet totalement opposé sur les nerfs déjà bien malmenés de son ami. Koji serra les poings et s'avança vers lui ; la colère se lisait sur son visage.

« Ah oui ! lança-t-il en haussant la voix. C'est ta façon de voir les choses ? Et je suppose que tu considères également que le destin d'un prince est d'épouser une princesse ?

- Voyons, Koji, calme-toi. Qu'est-ce que tu as ?

- Je n'ai aucune envie de me calmer ! renchérit ce dernier. Je veux savoir, Actarus ! Est-ce que tu te marierais avec une jeune femme qui ne serait pas noble ? Une fille ayant été élevée dans une ferme, par exemple, et qui serait éperdument amoureuse de toi depuis longtemps ?

- Mais enfin, insista le prince déconcerté, où veux-tu en venir ? Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

- Où je veux en venir ? s'étrangla presque le terrien. Tu oses me demander ça ? Ne me dis pas que tu ne t'es jamais aperçu que Vénusia t'aimait !

- Vénusia ?... Mais...

- C'est tout ce que tu trouves à dire ? Vénusia t'aime et elle souffre énormément depuis ton départ. Elle souffre tellement qu'elle n'ose pas envisager une relation avec un autre homme et qu'elle risque de gâcher sa vie à cause de cela !

- Vénusia..., répéta Actarus abasourdi. Je... je ne veux pas qu'elle souffre, Koji, je t'assure que je ne veux pas, je l'aime trop pour cela..., je veux qu'elle soit heureuse. »

L'abattement soudain du prince apaisa le terrien mieux que n'importe quel discours et c'est d'une voix plus calme qu'il lui dit qu'il fallait absolument qu'il parle à la fille de Riguel le plus rapidement possible ; Actarus acquiesça d'un signe de tête.

Koji soupira, cette discussion l'avait éprouvé, il se dirigea vers la porte.

« Oh, Koji ! lui lança Actarus.

- Oui ? répondit celui-ci en s'arrêtant.

- Je suis désolé pour tout à l'heure, s'excusa l'euphorien, pour ce que je t'ai dit à propos du mariage des princes, je plaisantais bien sûr. Je ne pensais pas que cela te toucherait autant. »

Koji se retourna et lui fit face, il le fixa quelques instants puis se détourna.

« Laisse tomber ! », lui lança-t-il en quittant la pièce.

Actarus se tourna alors vers la fenêtre de laquelle il s'approcha, il en ouvrit un battant, il contempla le coucher du soleil sur les jardins royaux, l'air était doux, les fleurs fermaient leurs corolles, la nature rubynienne était belle. Cela lui rappela l'amour qu'il avait ressenti pour la planète bleue, pour sa verdure, ses arbres et ses fleurs.

« Vénusia..., songea-t-il tristement. Pourquoi n'as-tu pas compris mon amour ? »

Dès qu'il se retrouva dans le couloir, Koji s'adossa contre le mur et ferma les yeux quelques instants. La tension qu'il avait ressentie dans les minutes précédentes retombait peu à peu et il ne comprenait plus son attitude. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de réagir aussi violemment aux propos d'Actarus ? Cependant, une chose était sure : si Orane ne s'était pas mariée si jeune, si elle avait encore été célibataire, il aurait peut-être eu une chance auprès d'elle et cette pensée lui était insupportable.

Le lendemain, les terriens firent leurs adieux à la princesse mais Phénicia et Koji se promirent de se revoir dès que possible. Actarus était déjà parti depuis plusieurs heures pour Euphor et le pilote du Cosmorak allait en prendre également la direction dès qu'il aurait rejoint son appareil. Un véhicule rubynien attendait à la sortie du palais, Argoli y monta et Koji se retourna vers la somptueuse demeure. La gorge serrée, il eut une dernière pensée pour Orane avant de rejoindre son coéquipier et le chauffeur démarra.