Les droits : Les personnages et les situations extraits de l'œuvre de Go Nagaï et des animes correspondants (Mazinger Z, Great Mazinger, Grendizer) et présents dans cette fiction sont la propriété de leurs auteurs.
19. Le retour
Koji resta silencieux durant tout le trajet qui l'emmenait du palais à l'aéroport où se trouvait le Cosmorak. Il regardait le paysage défiler sous ses yeux en réfléchissant à ce que lui avait dit Actarus à propos de Stella. Ainsi le prince avait demandé à ce qu'aucune femme ne fasse partie de l'expédition. Cela n'étonnait pas vraiment le terrien ; son ami avait toujours été protecteur vis-à-vis de la gente féminine. Il se souvenait qu'il avait mis du temps à accepter que Vénusia participe à la lutte contre Véga et qu'il n'avait pas voulu que le commandant Eurydie porte des vêtements militaires ; de même, il avait sans doute souhaité éviter qu'une femme soit exposée aux éventuels dangers pouvant se rencontrer sur Euphor. Mais la jeune scientifique s'y était rendue malgré tout. Pourquoi et comment ? Personne ne le savait.
Le véhicule arriva à destination ce qui interrompit les réflexions du pilote. Argoli et lui en descendirent et la voiture s'éloigna. Les deux terriens se dirigèrent vers l'entrée du bâtiment afin de régler les formalités de départ. Deux personnes se trouvaient là, près de la porte, immobiles, elles semblaient attendre quelque chose ou quelqu'un. Elles tournaient le dos aux arrivants mais du fait de la couleur de leurs cheveux, Koji supposa qu'il s'agissait de rubyniens. Soudain la femme se retourna et le cœur du jeune homme chavira ; c'était Orane. Stupéfait, le pilote s'arrêta net. Que faisait-elle là ? Pourquoi fallait-il qu'il se trouve de nouveau en sa présence ? Il lui serait encore plus difficile de partir désormais !
« Eh bien, tu viens ? » lui lança Argoli qui l'avait déjà dépassé de quelques pas.
Koji ne répondit pas mais reprit sa progression vers l'entrée du bâtiment, le cœur battant ; il ne parvenait pas à détacher son regard de la jeune femme.
« Tu as vu ? lui dit le chercheur. N'est-ce pas le médecin qui t'a soigné avant-hier ? »
Les deux rubyniens les avaient maintenant rejoints. Koji lança un regard rapide à l'homme aux cheveux verts qui lui faisait face puis reporta son attention sur celle qui le troublait tant mais ne parvint pas à articuler le moindre mot.
« Koji, lui demanda-t-elle sans préambule, pourrais-je te parler quelques instants ?
- Euh... oui..., bafouilla le jeune homme en constatant qu'elle l'avait tutoyé.
- J'aimerais te parler à toi seul », lui précisa son interlocutrice en désignant Argoli du regard.
Bien que quelque peu surpris par cette demande, ce dernier informa son coéquipier qu'il l'attendrait à l'intérieur du bâtiment et s'éclipsa. Koji se retrouva seul avec les deux rubyniens et la jeune femme reprit la parole.
« Kerto et moi nous aimerions nous rendre sur ta planète. Cela t'ennuierait-il de nous emmener ? »
Le pilote écarquilla les yeux de surprise et resta quelques instants sans pouvoir réagir. Il ne s'attendait pas à cela. Emmener Orane avec lui, jamais il n'aurait oser l'espérer, il n'y avait même pas pensé ! Son cœur se gonfla de joie mais ce fut de courte durée ; il y avait Kerto. La présence de son mari le ramena à la réalité et il réalisa brutalement qu'il ne pouvait pas emmener deux extraterrestres sur Terre. Qu'y feraient-ils ? Sans parler des problèmes qui ne manqueraient pas de surgir lorsque cela se saurait. D'ailleurs pourquoi voulaient-ils donc se rendre sur sa planète ?
« Je suis désolé, répondit-il à regret à la jeune femme qui semblait attendre anxieusement sa réponse. Ce n'est pas possible. Que feriez-vous là-bas ? Et pourquoi voulez-vous vous y rendre ?
- Mon frère est sur Terre, expliqua la doctoresse au pilote de plus en plus consterné. Nous avons été séparés du fait de la guerre et je voudrais tellement le retrouver. »
Koji fronça les sourcils : soit Orane lui racontait des histoires et il ne voyait pas quelle pouvait être sa motivation, soit elle se trompait. Il fit un effort de mémoire qui lui confirma que ce frère ne pouvait pas se trouver sur la planète bleue : lorsque le commandant Eurydie y avait débarqué, elle était seule, aucun homme ne l'accompagnait.
« Non, tu te trompes, insista-t-il en employant à son tour le tutoiement sans vraiment s'en rendre compte. Ton frère ne peut pas être sur Terre, aucun rubynien ne s'y trouve d'ailleurs, je suis désolé.
- Je ne suis pas née sur Ruby, le corrigea la jeune femme. Kerto et moi, nous venons de Suprénia.
- Quoi ? s'exclama le pilote de plus en plus abasourdi. Suprénia ? Vous venez de Suprénia ?
- Oui, confirma Kerto en prenant la parole pour la première fois. Cela a l'air de beaucoup te surprendre. »
Koji en resta interdit. Il n'avait jamais pensé qu'il pourrait rencontrer un jour des supréniens en chair et en os ! Il les observa tour à tour.
« C'est étonnant que vous ressembliez autant aux rubyniens », remarqua-t-il, perplexe.
Orane interrogea son mari du regard, celui-ci lui fit un signe de tête affirmatif. Alors la jeune femme se tourna de nouveau vers le terrien. D'une main, elle remonta l'une des manches de sa robe jusqu'à son épaule et le pilote constata que la peau de son bras était d'une couleur semblable à celle d'une américaine de la Terre. Elle saisit ensuite ses cheveux et tira dessus, ôtant ainsi la perruque qu'elle portait. Sa chevelure se répandit sur ses épaules puis descendit en cascade le long de son dos ; elle était aussi noire que celle de Koji mais, ce qui la distinguait de la sienne, c'était qu'elle scintillait sous l'effet de la lumière.
« Oh ! » s'exclama le jeune homme en tendant machinalement la main en direction des cheveux d'Orane.
Cependant, au moment de les toucher, il réalisa ce qu'il allait faire et retira sa main en rougissant.
« Je... je suis désolé, bafouilla-t-il, confus. Je... je ne voulais pas... »
La jeune femme éclata de rire tandis que Koji lançait un regard à Kerto ; celui-ci semblait l'observer avec une attention particulière et le pilote se sentit de plus en plus mal à l'aise.
« Ne t'inquiète pas, le rassura la doctoresse. Ceux qui ont l'occasion de découvrir notre chevelure en sont toujours très surpris.
- Vous avez tous ces cheveux-là ? l'interrogea le jeune homme plus pour masquer son trouble que pas réel intérêt.
- Oui, confirma-t-elle en remettant en place sa chevelure violette, les cheveux de tous les supréniens sont noirs et scintillent. Ici, nous nous sommes procurés des perruques afin que les véghiens ne nous retrouvent pas. Alors ? Tu acceptes de nous emmener sur Terre ? Je sais que tu es proche de Kallan, je l'ai senti dès que je t'ai vu au palais.
- Eh bien... oui... mais..., commença le terrien avant de s'interrompre.
- Mais quoi ? insista son interlocutrice. Tu ne peux pas nous emmener ? Ton vaisseau est trop petit ?
- Non, non, rectifia le pilote, c'est vrai qu'il est petit, mais il y a deux couchettes, nous pourrions nous arranger pour dormir chacun à notre tour, ce n'est pas cela.
- Alors, qu'y a-t-il ? demanda Kerto. J'ai l'impression que quelque chose t'ennuie.
- C'est-à-dire..., hésita le jeune homme. Vos compagnons ont été maltraités durant leur captivité et... »
Koji s'interrompit. Il se demanda comment leur annoncer ce qui s'était passé.
« Eh bien ? » insista Orane visiblement inquiète.
Le pilote se décida, il était inutile de leur cacher la vérité, ils l'apprendraient forcément un jour, il respira profondément et annonça :
« Ils n'ont plus de corps.
- Oh ! » s'exclama la jeune femme.
Des larmes se mirent à couler sur les joues de la sœur de Kallan. Kerto la prit dans ses bras et la laissa pleurer contre son épaule.
« Ils voulaient les insérer dans leurs golgoths ? questionna le suprénien.
- Oui, confirma le terrien, pour certains d'entre eux du moins. Mais, ils vous expliqueront mieux que moi.
- Ils nous expliqueront ? répéta Kerto. Mais alors, tu acceptes de nous emmener ? »
Le pilote acquiesça d'un signe de tête, la jeune femme sécha ses larmes et ils se rendirent tous les trois dans les bureaux de l'aéroport où ils mirent Argoli au courant. Une fois les formalités de départ accomplies, ils embarquèrent tous les quatre à bord du Cosmorak. Koji s'installa aux commandes, Argoli prit place derrière lui sur le siège pour passager, Orane et Kerto s'étendirent sur les couchettes et l'appareil décolla en direction d'Euphor.
Lorsqu'ils arrivèrent, ils n'eurent aucun mal à retrouver le lieu où était placée la soucoupe rubynienne et constatèrent que Goldorak s'était posé à proximité. Le Cosmorak fit de même et les terriens, après avoir enfilé leur combinaison anti-G, quittèrent l'appareil et rejoignirent Actarus à bord de la soucoupe rose. Celui-ci leur apprit que Stella était malade et qu'elle avait beaucoup de fièvre. Le prince leur demanda de la prendre à bord de leur vaisseau afin de l'emmener sur Terre pour y être soignée.
« Sur Terre ? s'étonna Koji. Mais pourquoi ? Il serait préférable qu'elle retourne sur Ruby, le voyage est moins long et elle pourra y être soignée tout aussi bien.
- Non Koji, lui répondit Actarus d'une voix lasse. Sur Ruby les hôpitaux sont pleins, le personnel est débordé et il n'y a pas assez de médicaments pour tout le monde. D'autre part, j'ai décidé de suivre ton conseil, de retourner quelque temps sur Terre et d'aller voir la planète dont tu m'as parlé. Or j'aimerais interroger Stella sur les raisons de sa présence ici lorsqu'elle ira mieux, ce sera plus pratique qu'elle se trouve au centre de recherches spatiales. De plus...
- De plus...? », répéta Koji.
Le prince poussa un profond soupir avant de poursuivre.
« Tu te souviens d'Aphélie, de Végalia, d'Eurydie, d'Alyzée...? Il y a eu assez de morts à cause de cette guerre, je ne veux plus qu'il y en ait et surtout pas des femmes. Je serais plus tranquille si Stella était soignée au centre de mon père car si cela devait mal se passer pour elle sur Ruby, je m'en sentirais responsable. »
Koji ne fit plus d'objection. Le Cosmorak abritant déjà quatre personnes, il fut décidé qu'Argoli rentrerait avec Actarus à bord de Goldorak. Stella fut donc transportée à l'intérieur de l'appareil terrien où Orane put lui apporter les premiers soins. Le prince voulant profiter de sa présence sur Euphor pour que les experts qui s'y trouvaient puissent lui faire un premier bilan de la situation, il conseilla à Koji de partir le premier et lui assura qu'il ne tarderait pas à le rejoindre sur Terre.
Le retour à bord du Cosmorak fut plus pénible que l'aller du fait de l'exiguïté de l'appareil qui n'était pas prévu pour quatre personnes. Etant malade, Stella monopolisait une couchette à temps plein et les autres voyageurs avaient établi un tour de rôle pour l'occupation de la seconde. Kerto étant pilote, il put remplacer Koji pendant que celui-ci se reposait.
Malgré les contraintes du voyage, le terrien apprécia beaucoup les moments durant lesquels Kerto dormait car Orane s'installait alors sur le siège passager et Koji pouvait bavarder avec elle. Lors des discussions qu'il avait eues avec Kallan et ses compagnons, le terrien ne les avait jamais questionnés sur les circonstances de leur capture par les véghiens de peur d'aborder un sujet douloureux pour eux et comme ses amis n'en avaient eux-mêmes pas parlé, il ignorait ce qui s'était passé. Ce fut donc durant ce voyage, en discutant avec les deux supréniens, qu'il fut mis au courant de la manière dont cela s'était déroulé.
Suprénia se situait, par rapport à la Terre, à l'autre bout de l'univers connu. Les véghiens ne s'étant jamais rendus dans cette partie lointaine du cosmos, la planète n'avait pas été agressée par leurs armées. Les supréniens étaient avant tout des scientifiques et leur technologie très avancée permettait à leurs appareils de franchir en peu de temps des distances fabuleuses. Très motivés par l'étude d'autres formes de vie et la découverte d'autres peuples, ils avaient envoyé plusieurs de leurs vaisseaux explorer différentes zones de l'univers.
Ce fut ainsi que celui que Dalak commandait arriva non loin de Ruby. Leurs occupants n'avaient pas pour objectif d'entrer en contact avec d'autres humanoïdes car leur mission était une mission d'observation afin de collecter des informations sur les mondes habités existant dans l'univers. Le vaisseau étant équipé d'un système anti radar, il avait peu de risque d'être détecté par les appareils rubyniens. Après l'avoir mis en orbite autour d'une planète du système solaire de Ruby, l'équipage avait utilisé des soucoupes afin de rejoindre cette dernière. Dès qu'ils avaient pénétré dans son atmosphère, les supréniens avaient senti qu'il s'y passait quelque chose de grave mais sans pouvoir définir ce dont il s'agissait exactement. Ils avaient alors dissimulé leurs soucoupes dans un lieu arboré et installé un campement près d'une zone urbaine. Quatre d'entre eux avaient dissimulé leur chevelure et s'étaient rendus dans cette ville afin de juger de la situation, Orane et Kerto en faisaient partie. Une fois arrivés, les membres du petit groupe furent contactés par télépathie. Leurs compagnons restés au campement leur apprirent qu'ils avaient été capturés par des véghiens et que ceux-ci s'apprêtaient à quitter l'atmosphère de la planète en les emmenant avec eux. Se sachant sans doute condamnés, ils conseillèrent au groupe resté à terre de tenter de rejoindre le vaisseau et de repartir pour Suprénia. Peu de temps après, le contact fut définitivement coupé.
Toutefois, les supréniens restés au sol ne purent se résoudre à abandonner les leurs mais, même si le vaisseau n'était pas facile à détecter, il fallait l'éloigner du système solaire de Ruby. Fort heureusement, les véghiens n'avaient pas découvert les soucoupes et Kerto put ainsi contacter l'ordinateur de bord afin de le programmer pour un départ en direction d'une planète d'un système solaire plus éloigné et pour une autodestruction au cas où des personnes non autorisées tenteraient d'y pénétrer. Il programma ensuite les soucoupes afin qu'elles s'autodétruisent et les quatre supréniens s'installèrent sur Ruby en espérant pouvoir retrouver les leurs un jour ou l'autre. Deux d'entre eux furent cependant capturés par la suite et seuls Orane et Kerto parvinrent à rester libres.
Koji apprit également que la situation de Kallan et de ses compagnons n'était pas désespérée. Les supréniens maîtrisaient relativement bien le clonage et tous ceux qui exerçaient une profession dangereuse possédaient un clone, dépourvu de cerveau, et congelé dans un laboratoire spécialisé. Les voyageurs de l'espace en faisaient évidemment partie et si leur cerveau était intact, il était possible de lui redonner un corps. Si leur vaisseau n'avait pas été forcé, ce qui était probable, Orane et Kerto pourraient donc repartir en emmenant leurs compagnons avec eux et ceux-ci redeviendraient les hommes et les femmes qu'ils avaient été autrefois. Cette nouvelle remplit le terrien de joie même s'il regrettait qu'elle impliquait le départ de ses amis.
Durant le trajet, Koji prévint Procyon des derniers évènements et de l'arrivée des supréniens sur Terre. Quelques heures plus tard, le chercheur lui répondit que les deux extraterrestres seraient logés chez Capella et Argoli et qu'ils repartiraient à bord du Spatiorak en emmenant leurs compagnons que le professeur avait naturellement mis au courant ; au cours du voyage en direction de la planète indiquée par Daxia, le vaisseau terrien ferait un détour pour rejoindre l'appareil suprénien.
Quelques jours plus tard, adossée contre un arbre dans un pré proche du ranch du bouleau blanc, Vénusia attendait le cœur battant. Actarus lui avait téléphoné peu de temps après son arrivée sur Terre et lui avait donné rendez-vous à cet endroit. Il voulait lui parler en privé lui avait-il dit et la jeune femme ne savait pas trop quoi en penser ; elle espérait autant qu'elle appréhendait cette entrevue. Lorsqu'elle entendit le bruit d'un engin motorisé, elle sut que c'était lui et tourna la tête ; le prince arrivait à bord de sa moto. Elle se leva lentement tandis que le jeune homme stoppait et mettait pied à terre. Il s'approcha d'elle sans que la fille de Riguel ne puisse esquisser le moindre mouvement et plongea son regard dans le sien. Durant quelques instants, ils ne purent prononcer ne serait-ce qu'une parole tellement ils étaient émus, Vénusia sentit ses yeux s'humidifier et l'euphorien constata qu'ils se mettaient à briller.
« Vénusia, murmura-t-il. Je t'en prie, ne pleure pas. »
Les paroles du prince eurent un effet complètement inverse sur la jeune femme. Les larmes débordèrent de ses yeux, elle se détourna de lui et s'éloigna en courant. Elle courut sans même voir où elle allait, elle se sentait tellement oppressée qu'elle ne savait même plus ce qu'elle faisait, elle ne faisait que courir, droit devant elle.
« Vénusia, non, reviens ! lui cria Actarus. Vénusia ! »
Constatant qu'elle ne l'écoutait pas, le prince se mit à courir à son tour. Sa condition d'euphorien faisait qu'il était plus rapide qu'elle et il eut tôt fait de la rejoindre. Il l'attrapa par le bras et l'obligea à lui faire face.
« Je me suis fait tant de soucis pour toi, haleta-t-elle ente deux sanglots et en gardant la tête baissée. Tu ne donnais pas de nouvelles, j'ai tellement eu peur qu'il te soit arrivé quelque chose de grave.
- Je suis désolé, vraiment, regretta le prince en lui prenant les mains. Je n'avais pas les moyens matériels de vous joindre, mais je suis là maintenant, tu peux voir que je vais bien et Phénicia se porte bien également. »
Vénusia releva la tête et acquiesça.
« Que vas-tu faire, maintenant ? lui demanda-t-elle avec appréhension. Tu comptes repartir pour Euphor ?
- Je ne sais pas encore si ma planète est habitable, une équipe de scientifiques se trouve là-bas et le déterminera. En attendant, je pars demain à bord du Spatiorak pour explorer une planète qui pourrait peut-être nous convenir si rien n'est possible sur Euphor.
- Alors, je ne te reverrai pas ? questionna la jeune femme d'un ton implorant.
- Mais si, nous nous reverrons, la détrompa l'euphorien. Ce n'est qu'une question de temps. J'y ai déjà réfléchi. Si Euphor est jugée apte, le palais, les jardins et peut-être même les alentours seront construits sur des fondations comportant un système anti-G ; les terriens pourront donc y vivre sans danger et sans équipement particulier. Et si toutefois nous nous établissons sur la planète que nous allons explorer, alors il n'y aura aucun problème. Dans les deux cas, vous pourrez tous venir séjourner au palais aussi souvent que vous le souhaiterez. »
Vénusia ne répondit rien sur le moment. « Y séjourner » avait dit Actarus, il n'avait pas dit « y habiter » ou « y vivre ». Ne voulait-il donc vraiment pas d'elle ? Non, elle ne pouvait pas le croire, ce n'était pas possible, il n'avait pas pu lui donner ce rendez-vous dans ce pré, loin de tous, s'il n'avait pas l'intention de se déclarer, il y avait sûrement un malentendu.
« J'ai quelque chose d'important à te dire, reprit le prince après quelques instants de silence. Koji m'a dit que... »
Il s'interrompit, soupira, serra un peu plus les mains de son interlocutrice, baissa la tête et continua.
« Vénusia, je veux que tu sois heureuse, dit-il la voix empreinte d'émotion. Si tu ne l'es pas, je ne peux pas l'être non plus, tu m'es trop précieuse et ton affection m'a toujours comblé, elle m'a soutenu dans les moments difficiles. Vénusia, tu mérites le bonheur et si tu rencontres un homme avec qui tu pourrais faire ta vie, je ne veux pas que tu y renonces à cause de moi. »
Ces paroles firent l'effet d'une douche froide à la jeune femme qui retira brutalement ses mains de celles du prince et recula.
« Comment peux-tu me dire ça ? lui cria-t-elle tandis que des larmes se remettaient à couler sur ses joues. Tu me donnes rendez-vous ici, tu me dis que je suis précieuse pour toi, que tu ne peux pas être heureux si je ne le suis pas, que mon affection te comble et tu es malgré tout prêt à me laisser à un autre homme ! Comment peux-tu me tenir un tel discours ? Comment peux-tu me faire cela ?
- Vénusia..., soupira le jeune homme à la fois déçu et surpris. Je t'en prie, laisse-moi t'expliquer...
- Non ! cria de nouveau la jeune femme. Il n'y a rien à expliquer ! Je ne veux plus te voir, tu m'entends ! Plus jamais ! Je te déteste ! »
Sur ces mots, la fille de Riguel se mit à courir à perdre haleine en direction du ranch.
« Vénusia, reviens ! lui cria Actarus. Vénusia ! »
L'euphorien passa l'une de ses mains sur son front en soupirant, il se sentait abattu. Vénusia... Pourquoi ne comprenait-elle pas ? Que devait-il faire ou dire ? Il pensa à la rattraper encore une fois mais il sentit que cela ne servirait à rien. Il fallait qu'il réfléchisse, qu'il trouve les mots pour lui expliquer. Malheureusement, il devait partir le lendemain mais il décida qu'il la reverrait au retour de son voyage ; elle se sera calmée et il saura quoi lui dire cette fois-ci, les choses allaient s'arranger, il fallait qu'elles s'arrangent ! Il récupéra sa moto et regagna le centre de recherches spatiales.
Lorsqu'il arriva dans la grande salle de l'observatoire, Procyon et ses assistants étaient en plein travail. Depuis le retour du Cosmorak, tous s'affairaient à préparer le voyage du Spatiorak. Etant pilote, Kerto y participait également tandis qu'Orane n'avait pas quitté le domicile d'Argoli au grand regret de Koji qui aurait bien aimé la revoir. Dalak et Kurz, ayant pris part à la conception du vaisseau, suggérèrent d'en inculquer le fonctionnement et les caractéristiques aux deux pilotes par imprégnation psychique afin d'en assurer une mémorisation efficace et rapide puisqu'une séance serait suffisante. Les deux jeunes gens quittèrent donc le centre et prirent la navette. Le terrien s'installa au volant et le suprénien prit place à ses côtés puis le véhicule démarra en direction de la clairière dans laquelle se trouvait Lhydra. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Koji stoppa la navette et les deux pilotes en descendirent. Kerto découvrit alors l'imposante algue mutante contrôlée par ses collègues et resta quelques instants interdit devant sa taille. Deux cavités allongées se formèrent dans la masse de Lhydra et le jeune homme s'étendit dans l'une d'elles après avoir ôté sa perruque verte, puis il ferma les yeux. Koji observait la scène avec intérêt et curiosité. Le suprénien possédait une structuration psychique lui permettant de se mettre lui-même en état de réception, il n'avait donc pas besoin de l'aide de ses compagnons pour cette première phase du processus et il aurait suffi que Lhydra enveloppe sa tête pour que Dalak et Kurz puissent lui transmettre le contenu à mémoriser. Cependant, la masse verte enveloppa son corps afin de le protéger du froid extérieur. Koji s'étendit à son tour, ferma les yeux et se détendit. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas utilisé les propriétés de l'algue mutante pour communiquer avec ses amis, depuis que Procyon avait installé le système informatisé en fait, mais il n'avait aucune appréhension ; il faisait confiance à Kallan et la séance se déroula sans problèmes. Lorsque ce fut terminé, les deux jeunes gens reprirent la route mais peu avant d'arriver au centre de recherches spatiales, le suprénien demanda au terrien de stopper le véhicule. Surpris, Koji gara cependant la navette sur le bord du chemin et interrogea son passager sur les causes de cet arrêt.
« J'aimerais te parler, lui annonça ce dernier. Descendons de la voiture. »
Sur ces mots, le jeune homme quitta le véhicule et s'en éloigna de quelques pas. Intrigué, le terrien le rejoignit et lui demanda ce que signifiait tout cela.
« J'aimerais te parler, répéta son interlocuteur. C'est au sujet d'Orane. »
Surpris et gêné à la fois, Koji se détourna de lui, il ne voulait pas croiser son regard et lui tourna le dos.
« Je n'ai aucune envie de parler d'elle, répondit le terrien, rentrons.
- Je sais que tu es amoureux d'elle, continua Kerto sans tenir compte de ce que venait de lui dire son interlocuteur. Je le sens, tu dois savoir que nous sentons certaines choses, mes collègues ont dû te le dire. »
Koji poussa un profond soupir. Oui, il était au courant de la capacité qu'avaient les supréniens à sentir les émotions d'autrui mais ne pouvait-on donc rien leur cacher ?
« Ne t'inquiète pas, reprit le terrien, je ne vais pas essayer de te la prendre.
- Je le sais, continua Kerto. Tu ne peux pas me la prendre d'ailleurs pour la bonne raison qu'elle ne m'appartient pas, mais je ne comprends pas pourquoi tu ne tentes pas ta chance auprès d'elle. Nous allons partir et si tu ne lui dis rien, tu ne la reverras jamais. »
Koji se tourna lentement vers le suprénien en se demandant s'il ne rêvait pas. Il le regarda dans les yeux.
« Que dis-tu ? le questionna-t-il incrédule. Orane est ta femme, l'une des servantes du palais l'a dit devant moi.
- Oh, je comprends mieux, mais ce n'est pas vrai, lui expliqua Kerto. Lorsque nous nous sommes retrouvés seuls sur Ruby, isolés dans un monde que nous ne connaissions pas, traqués par les véghiens, nous avons décidé de loger au même endroit, dans le même appartement, nous ne voulions pas être séparés. Nous nous sommes fait passer pour mari et femme afin d'éviter d'attirer l'attention mais il n'y a jamais rien eu entre Orane et moi. »
Koji sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, il n'en revenait pas ! Orane était libre ! Stupéfait, il continuait de regarder le suprénien, bêtement, sans pouvoir prononcer le moindre mot.
« Eh bien ? reprit Kerto. Qu'attends-tu pour aller lui parler ? Prends la voiture, nous ne sommes pas loin du centre de recherches spatiales, je rentrerai à pieds, cela me fera du bien de marcher un peu.
- Oui... oui..., bafouilla Koji. J'y vais ! »
Le jeune homme courut jusqu'au véhicule, s'installa au volant et démarra. Il prit la direction de la maison d'Argoli en ne cessant de se répéter qu'Orane était libre. Lorsqu'il arriva, il quitta la navette, se précipita vers la porte d'entrée et frappa plusieurs coups. Ce fut la suprénienne qui lui ouvrit, elle le fit entrer et lui expliqua que Capella était sortie faire des courses. Elle portait sa perruque violette et le terrien se demanda pourquoi elle s'obstinait à la garder ; il préférait de beaucoup sa chevelure noire. Leurs regards se croisèrent ce qui troubla Koji jusqu'au plus profond de lui-même. La jeune femme l'interrogea sur les raisons de sa venue.
« Eh bien..., je... », commença le terrien en se sentant rougir.
Comment allait-il lui dire ? Il n'y avait même pas réfléchi ! Il s'était contenté de foncer sans penser un instant à la manière dont il pourrait lui déclarer ses sentiments. Une angoisse lui étreignit soudain la poitrine. Et si elle ne voulait pas de lui ? Après tout, elle était suprénienne, elle faisait partie d'une race aux capacités psychiques impressionnantes et aux connaissances scientifiques très avancées ; en quoi un simple terrien comme lui pouvait présenter un quelconque intérêt à ses yeux ? Le jeune homme se sentit blêmir devant l'évidence de ses réflexions. Etait-il bête ? Comment avait-il pu penser une seconde qu'elle pouvait s'intéresser à lui ? Et comment Kerto avait-il pu l'envisager également ?
« Eh bien ? insista la jeune femme.
- C'est-à-dire..., je..., c'est que..., bafouilla Koji de plus en plus gêné.
- Je pense que tu ferais mieux de ne rien dire, reprit Orane. Ne rien dire et m'embrasser, tu ne crois pas ?
- Hein ? s'exclama le jeune homme, stupéfait. Oui ! »
De plus en plus intimidé et troublé, Koji prit Orane dans ses bras et posa ses lèvres sur les siennes. Il sentit les bras de la jeune femme se nouer autour de son cou et une sensation de bonheur intense l'envahit. Leur baiser fut long et passionné et lorsqu'à bout de souffle leurs lèvres se séparèrent, Koji posa l'une de ses mains sur la perruque violette qu'il fit glisser ; la chevelure noire aux reflets scintillants se répandit jusqu'au bas du dos de sa propriétaire.
« Je préfère ainsi, lui chuchota-t-il dans le creux de l'oreille. Tu es tellement belle... »
Il glissa sa main dans la chevelure souple de la femme qu'il aimait et reprit ses lèvres.
Lorsqu'ils se séparèrent de nouveau, Koji poussa un profond soupir.
« Je te connais à peine, dit-il à la suprénienne, et tu vas déjà me quitter.
- Je ne peux pas laisser Kallan en ce moment, lui expliqua-t-elle, il faut que je reste auprès de lui mais je reviendrai quand tout sera terminé. Plusieurs de nos vaisseaux sillonnent l'univers, il y en a bien un dont le commandant de bord acceptera de venir jusqu'ici. De toutes façons, je trouverai une solution, je reviendrai, je te le promets.
- Je t'attendrai », lui murmura Koji avant de l'embrasser de nouveau.
Le lendemain matin, tout était prêt pour le départ. Tous les membres de l'équipage se trouvaient réunis : Koji, Tetsuya, Sayaka, Misato, et le personnel que Procyon avait récemment embauché. Actarus se joignit bien sûr à eux. Les supréniens embarquèrent également en emmenant l'algue mutante afin que leurs scientifiques puissent l'étudier. Elle fut placée dans l'une des soutes du vaisseau qui abritaient également Alcorak, Marinak et Phossoirak. C'est sous le regard ému du personnel du centre de recherches spatiales que le gigantesque appareil décolla pour son premier voyage.
