Voici la suite! Comme promis, je ne vous ai pas fait attendre trop longtemps.
Un grand merci pour vos reviews! J'avais un peu plus peur avec cette fic qu'avec les Sentinelles ou les Yeux et je suis contente de m'être trompée!
Bonne lecture !
CHAPITRE 2 :
Dans un quartier résidentiel pour familles de militaires, une jeune mère et sa fille partagent le repas de midi.
-Maman, c'est quand qu'il rentre, Papa ?
-Je l'ignore, Sam. Finis ton assiette maintenant. Tu ne veux pas être en retard à l'école…
-On pourra lui écrire ce soir… pour lui demander ?
-On pourra.
-Je pourrai écrire la lettre moi-même ? La maîtresse dit que j'écris presque comme une grande. J'ai eu A à ma dictée… même que Mark, il
-Sam, l'interrompit la jeune mère. Maman a mal à la tête.
La fillette prit une bouchée de haricots et grimaça car elle détestait ça. Il y avait toujours des fils pour l'embêter. Elle laissa de côté les morceaux de poulet, déjà froids, et finit sa purée de pommes de terre. Moins d'une minute après, elle reprenait ses questions.
-Papa sera rentré pour le spectacle de l'école vendredi ?
-Sûrement, soupira sa mère, comprenant qu'elle n'aurait pas la paix avant d'avoir ramenée la petite pour l'après-midi.
Elle regrettait d'avoir été la chercher ; ça se voyait à son attitude et aux regards qu'elle lançait à l'horloge murale de la cuisine. Elle avait voulu montrer qu'elle était une bonne mère et qu'elle pouvait préparer un repas pour sa fille. Pourquoi continuait-elle de se leurrer ? Elle se sentait si seule et si fatiguée… trop pour s'occuper d'une gamine de sept ans. Elle n'avait qu'une envie : retourner sous les draps et prendre un somnifère pour oublier l'échec de sa vie et la cruelle absence de son mari.
La fillette, bien loin de se douter de la détresse émotionnelle de sa mère, continua un moment de jouer avec la nourriture. Déjà bien trop maligne pour son âge, elle semblait tout remettre en cause, même la réponse de sa maman.
-Comment tu le sais ? voulut-elle savoir.
-Comment je sais quoi ? répondit Mme Carter, excédée.
-Que Papa ne sera pas au travail vendredi.
La blondinette la regardait fixement, dubitative, et Ella Carter prit cela en pleine figure. Elle ne savait absolument rien de la vie de son époux et elle n'appréciait pas de se le faire rappeler par une enfant, quand bien même cette enfant serait la sienne ! Après tout, c'était elle, l'adulte ! Samantha n'était pas encore à l'âge où elle pouvait douter des réponses des grandes personnes.
Ella s'obligea à respirer profondément, afin de retrouver son calme. Elle avait sérieusement besoin d'un verre. Oui, c'était cela : un verre de rouge pour oublier sa misérable vie de mère et d'épouse. Sortir de sa tête que d'ici quelques années, sa fille s'en rendra compte elle aussi et qu'elle perdra l'amour de son enfant comme elle avait perdu celui de son mari, toujours en mission aux quatre coins du pays et celui de son fils Mark qui avait choisi de vivre en pension avec ses copains plutôt que chez lui avec sa mère et sa petite sœur.
La jeune mère de famille s'était servi un grand verre de Merlot, ignorant complètement son enfant. Elle s'apprêtait à reboucher la bouteille quand Samantha tira sur sa manche pour lui donner son assiette. La petite s'était forcée à manger la moitié des haricots verts et voulait l'aider à débarrasser. Elle souriait à sa mère gentiment. Celle-ci surprise de voir que sa fille l'avait suivie à la cuisine, sursauta et fit un mouvement maladroit. La bouteille, aux trois quarts pleine, se brisa sur le carrelage de la cuisine.
-Dieu… c'est pas vrai ! SAMANTHA ! Tu as vu ce que tu m'as fait faire ?
Le choc de la bouteille sur le sol et la vue du liquide et des morceaux de verres suffirent à faire perdre son sang-froid à sa mère. Samantha recula, les larmes aux yeux. Elle avait reçu des petits bouts de verre sur les pieds, à travers ses scandales d'été et plusieurs taches dues au vin imbibaient son uniforme d'école. Mme Carter continuait de crier sur elle, exprimant ainsi toute sa frustration et regrettant ses paroles à l'instant même où elle les prononçait.
-Qui t'as autorisé à quitter la table ? Je ne t'ai pas entendu demander ! Allez, hors de ma vue maintenant ! Monte dans ta chambre !
Et comme Samantha restait là, les yeux baissés, elle hurla littéralement :
-HORS DE MA VUE ! HORS DE MA VUE !
Elle était à 'ça' de la gifler.
Le cri se répercuta dans les oreilles de la petite pendant plusieurs minutes tandis qu'elle pleurait à chaudes larmes en agrippant son oreiller, dans sa chambre. Par la porte restée ouverte, elle entendait sangloter sa maman dans la cuisine. Celle-ci regrettait déjà de s'être laissée emporter. Mais le mal était fait ; elle avait crié sur sa fille. Encore. Et celle-ci aurait trop peur de sa mère les jours suivants pour lui montrer la coupure sur son pied qui, quand enfin elle sera soignée, présentera une sérieuse infection et laissera une minuscule cicatrice.
& & & & &
Lundi matin, 11h20, salle d'attente, cabinet du Dr Chadwick :
Sam Carter avait bien conscience d'être en avance pour son rendez-vous. Après avoir tourné en rond au rez-de-chaussée de l'hôpital pendant vingt minutes, monté les six étages par les escaliers, s'être dirigée vers la maternité avant de changer subitement d'avis, l'astrophysicienne du projet le plus important de sa génération s'était décidée à attendre bien sagement son tour au milieu des futures mères.
Elle avait très peu dormi. Elle ne s'était pas non plus sentie capable de manger au matin, de peur que les nausées l'emportent sur sa volonté. Sa tête était pleine de questions et d'enchaînements incohérents. Elle n'arrivait pas à avoir les idées claires ! Penser au problème la rendait malade. Songer à la solution la rendait malade. Elle devait être plus blanche que la neige de P2N732.
Ce dont elle avait besoin, c'était de quelqu'un pour lui dire d'arrêter de penser. Quelqu'un qui le lui ordonnerait. Bref, quelqu'un comme Jack O'Neill.
Sam avait été tentée de l'appeler hier soir.
Elle avait fait route de façon mécanique jusque chez elle mais n'avait pu se résoudre à sortir de la voiture. Rentrer comme si de rien n'était, comme si sa situation était la même qu'à son départ de mission… non, elle en était incapable ! Ce n'était pas sa vie ! Là maintenant, ce n'était pas sa vie, c'était autre chose. Quelque chose avait basculé ! Et sa vie reprendrait son cours normal dès qu'elle aurait réglé ça.
La veille, sous la pluie battante, garée devant sa maison, elle avait compté les secondes, songeant à ces derniers mois et plus précisément à la mission qui l'avait menée aujourd'hui à porter l'enfant de son supérieur direct, elle qui avait passé sa carrière, déjà relativement longue et tout à fait exemplaire, à servir son pays sans le moindre faux pas. En colère contre elle-même, furieuse contre lui, elle avait sérieusement examiné la possibilité de lui téléphoner pour déverser tous ses problèmes sur lui.
Ensuite, elle s'était souvenu qu'il était toujours à la base et que même si ce n'avait pas été le cas, elle aurait fait une grossière erreur en agissant sous l'impulsion de sentiments qu'elle n'arrivait pas à gérer. Pour éviter d'être à nouveau tentée, elle avait éteint son portable et, comme si cela ne suffisait pas à limiter la tentation, elle avait retiré la batterie et jeté celle-ci par sa fenêtre ouverte. Enfin, Sam avait regardé sa maison et pris la décision de ne pas rentrer chez elle avant d'y voir plus clair.
Elle avait toujours un sac avec le strict nécessaire dans le coffre de sa voiture. Ce qu'il manquait, elle pouvait l'acheter. Si elle le voulait, elle pourrait donc tenir indéfiniment.
Après avoir roulée une partie de la soirée, elle s'était arrêtée dans un motel où elle avait payé une chambre pour une nuit qu'elle avait passée à essayer de dormir. Ses rêves la ramenaient vers une autre époque, un autre lieu. Elle n'avait pas envie de songer à sa mère. D'abord parce que ça lui rappelait toujours sa cruelle absence, ensuite parce que pour la première fois, ce n'était pas les bons moments qui lui revenaient mais tous ces instants plus pénibles de son enfance, quand son père était au loin et sa mère malheureuse.
Il n'y avait pas beaucoup de monde dans la salle d'attente du docteur Chadwick. Elle prenait certainement une pause-déjeuner à midi avant de reprendre ses consultations de l'après-midi et les deux personnes présentes quand Sam entra étaient en couple.
Deux militaires. Sam eut du mal à se détendre. Elle portait des vêtements civils et même si le couple l'avait saluée poliment, aucun d'eux ne pouvait savoir qu'elle était major dans l'Air Force, basée à Cheyenne Mountain et enceinte d'un officier supérieur de la même chaîne de commandement. Bon sang, ce n'était pas écrit sur son front !
Elle envoya un sourire légèrement crispé à la femme sergent. Elle devait en être à plus de six mois : son uniforme avait été retouché et, malgré cela, elle semblait engoncée dans ses vêtements.
Sam évita sciemment de regarder plus avant son ventre rond. A la place, elle attrapa la première revue de la pile et se plongea dans un article sans intérêt.
Cinq minutes plus tard, le couple entrait dans le bureau du docteur et Sam se retrouva seule dans la salle d'attente. Elle se sentait cernée. Partout autour d'elle : des posters de nourrissons ou de femmes enceintes. Le magasine qu'elle lisait jusqu'ici devait être le seul à ne parler ni d'allaitement ni de développement embryonnaire. C'était une revue People et la jeune femme y comprenait encore moins qu'elle l'avait imaginé. Était-ce sa faute si les stars changeaient plus rapidement que ses retours sur Terre ? Elle pouvait difficilement passer ses journées de repos à rattraper le retard dans un tel domaine. Elle comptait d'ailleurs sur Cassandra pour ça !
-Major Carter ?
Elle n'avait même pas entendu la porte s'ouvrir ! Pas fameux pour une militaire entraînée… Elle avait tout intérêt à retrouver ses esprits avant de reprendre les missions. En outre, elle avait des coéquipiers qui remarquaient le moindre changement d'humeur. C'était même Teal'c le plus perspicace.
La jeune assistante qui avait déjà appelé le couple un peu plus tôt semblait attendre une réaction de sa part et Sam s'empressa de se lever pour la suivre. Elle ne pouvait pas reculer. Elle n'avait pas envie de reculer. Le sourire qu'elle envoya à l'assistante médicale était certes un peu forcé mais c'était tout ce qu'elle pouvait donner pour le moment.
A peine entrée, Sam remarqua le Dr Chadwick qui se levait pour lui serrer la main. L'obstétricienne était tout à fait comme dans les souvenirs du major et à sa seule vue, elle comprenait qu'Elena Chadwick s'entende si bien avec Janet Fraiser. Elles étaient toutes deux des femmes fortes, des médecins capables et suffisamment conscientes de leur valeur pour ne pas jouer un rôle. L'astrophysicienne se sentait un peu plus détendue. Elle savait que le Dr Chadwick ne la jugerait pas et elle préférait s'adresser à une praticienne compétente mais moins proche d'elle que Janet.
-Major Carter, je suis ravie de vous revoir !
-Bonjour Docteur. Merci beaucoup de me recevoir si vite… Je sais que vous êtes très occupée et sachez que j'apprécie sincèrement.
-Je vous en prie, asseyez-vous.
Elena Chadwick lui envoya un sourire apaisant. Elle n'était pas de ceux qui tournaient autour du pot et elle était plutôt contente d'être mise une nouvelle fois à contribution pour un projet d'une telle ampleur que la Porte des étoiles. Même si ladite contribution devait être infime, elle était persuadée que ça serait passionnant.
-Que vous m'appeliez personnellement m'a interpelée, je l'avoue.
-Oui, c'est vrai. J'aurai pu passer par le SGC mais j'aimerai fortement que cet entretien reste entre nous. Dans la mesure du possible, évidemment…
-Parlez sans crainte, Major.
Sam la remercia d'un mouvement de tête. Elle avait conscience que le Dr Chadwick devrait partager ses informations avec le SGC si elle en recevait l'ordre mais il n'y avait aucune raison qu'Hammond apprenne qu'elle avait consulté. Elle comptait beaucoup là-dessus. S'il y avait une bonne étoile quelque part, parmi toutes celles qu'elle avait pu visitées ces quatre dernières années… Jack O'Neill n'était pas le seul, après tout, à croire en la chance !
La jeune femme regarda fixement le médecin. C'était à elle de parler maintenant. Pourquoi ne se sentait-elle pas plus sûre d'elle ? Elle y avait pourtant tellement réfléchi… Elle aurait même pu écrire une liste de « pour » et de « contre » mais il y avait tellement de « contre » que ça l'avait découragée.
-Je suis presque certaine d'être enceinte, avoua-t-elle dans un souffle.
La doctoresse se redressa légèrement sur son siège, pensant déjà à ce que cela impliquait d'un point de vue médical. Le major Carter possédait un sang particulier et elle avait été l'hôte d'un symbiote tok'ra.
-Je voudrais programmer une IVG avant la fin de cette semaine.
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-JACK ! Vous ne croyez pas qu'on perd notre temps ! s'exclama Daniel avant de se tourner vers Teal'c pour avoir son soutien.
Visiblement, le Jaffa préférait ne pas s'en mêler, laissant tout le loisir à Daniel de modérer le colonel. Ils étaient arrivés depuis vingt minutes devant chez Sam. Ils y étaient d'abord passés une première fois à midi, peu après avoir reçu l'ordre de la ramener à la base. Ils n'avaient pu que constater son absence. Magnanimes, ils s'étaient rendus dans les endroits où Sam avait l'habitude d'aller. Ils avaient téléphoné chez les Fraiser et Janet avait confirmé qu'elle ne l'avait pas vue. Ensuite, son club de sport et l'un ou l'autre lieu auquel ils avaient pensés.
Par manque d'idées, ils s'étaient résignés à retourner voir chez Sam en espérant qu'elle était rentrée. Jack avait été aussi silencieux que Teal'c pendant tout le trajet et l'archéologue n'appréciait vraiment pas cette tension. Déjà qu'il soupçonnait que Sam ne serait pas heureuse qu'ils décortiquent sa vie, il craignait que les retrouvailles entre les deux militaires ne soient un peu froides.
-C'est bon, Daniel ! On rentre à la base dès l'arrivée de la relève… grogna O'Neill en continuant de fixer la maison de Sam comme si elle allait en surgir d'un moment à l'autre.
-Vous allez faire surveiller sa maison ?
-Bien sûr. Vous avez entendu Hammond. La présence du Major est indispensable pour qu'on puisse réutiliser la Porte.
Daniel partagea un regard avec Teal'c avant de se tourner à nouveau vers Jack. Il se sentait un peu mal à l'aise, sur le siège passager, à observer le voisinage de son amie.
-Vous avez remarqué qu'elle n'avait pas récupéré son courrier, fit-il remarquer d'une voix neutre.
Devant le silence de son coéquipier, il poursuivit :
-Il n'y a que moi que ça inquiète ?
-La Major Carter est une guerrière, Daniel Jackson. Je ne pense pas qu'elle soit en danger sur Terre.
-Je suis d'accord Teal'c mais elle ne répond pas au téléphone ! Ca ne lui ressemble pas…
Jack ne répondit pas. Ça faisait un moment déjà qu'il n'était plus fâché contre son second. Il commençait à être plutôt inquiet lui aussi… Son ventre se noua à l'idée qu'elle ait peut-être des problèmes. C'était angoissant d'être dans le pétrin, en équipe, sur une planète ennemie mais c'était autre chose d'être seul sur Terre. Et introuvable.
Une heure plus tard, dans le bureau du général Hammond, le colonel O'Neill obtint l'autorisation exceptionnelle de consulter les relevés téléphoniques du membre de son équipe porté disparu. L'iris était toujours inutilisable et Hammond croulait sous les appels du Pentagone qui le poussaient à régler la situation rapidement. Les huiles en haut lieu comprenaient difficilement que l'absence d'une seule personne ait de telles conséquences sur tout un programme.
Daniel rouspéta pour la forme. Son inquiétude bataillait avec sa conscience. Sam n'allait pas apprécié qu'on surveille ses appels ! Si – et il l'espérait fortement – elle avait juste pris le large pour sa semaine de permission, elle serait furieuse d'apprendre qu'ils avaient violé sa vie privée.
Pris d'une impulsion, l'archéologue avait passé un coup de fil au frère de Sam, Mark Carter, à San Diego mais ça n'avait pas été concluant. Mark n'avait aucune nouvelle de sa sœur et il en recevait très peu souvent. Visiblement, Sam et son frère n'étaient pas très proches…
Il venait de raccrocher quand il vit Jack revenir de son entretien avec Hammond. Ils étaient tous deux dans le bureau de l'archéologue et le colonel n'avait pas de nouvelles rassurantes.
-Alors ? s'informa Daniel.
Le visage du colonel n'était pas particulièrement expressif mais Daniel connaissait suffisamment son ami pour reconnaître une réelle inquiétude.
-Le seul appel sortant de son téléphone portable a été passé dimanche soir alors qu'elle quittait la base. Vers l'hôpital militaire de Colorado Springs.
-Oh.
Daniel pouvait comprendre pourquoi Jack serrait la mâchoire. Pourquoi l'hôpital ? Si Sam était souffrante, n'aurait-il pas été préférable de se rendre à l'infirmerie de la base ? Et pourquoi s'en cacher ?
-On sait quel service ? demanda-t-il ensuite.
-Nan. J'ai appelé mais il est trop tard pour aujourd'hui. On sait juste qu'elle n'a pas été admise. Il faut réessayer demain.
O'Neill soupira en se laissant tomber sur un siège. Aucun d'eux n'avait très envie d'attendre le lendemain mais ce n'est pas comme s'ils avaient le choix… C'était leur seule piste !
L'unique bonne nouvelle de la journée était le rapport du sergent Harriman concernant les six équipes retenues off-world. Toutes avaient pu rejoindre sains et saufs le site Bêta.
Il ne restait plus aux trois hommes de SG-1 qu'à patienter. Demain, aux premières lueurs du jour, ils se rendraient au cabinet du docteur consulté par leur amie, en quête de réponses.
A SUIVRE…
