CHAPITRE 9 :

Jack O'Neill était entré dans son champ de vision à l'instant précis où elle croyait avoir tout sous contrôle. Ses émotions, soigneusement mises de côté et enfouies profondément, ne la torturaient plus autant. Elle avait pris sa décision, était venue au rendez-vous… Le Docteur Chadwick était à deux pas. Elle avait fait sa part ! C'était censé n'être plus qu'un très mauvais moment à passer. Ensuite, elle mettrait ces événements dans une pièce, fermerait à clef et l'enterrerait très profondément sur une planète inhabitée. Elle avait déjà fait ça.

Ca ne serait jamais ressorti.

Et le voilà qui débarquait… Massacrant l'ordre des choses. Piétinant son maigre mur de défense comme lui seul était capable de le faire.

C'était complètement injuste qu'il soit là. Inapproprié. C'était bien simple, il n'avait pas sa place dans cet hôpital ! Pas aujourd'hui, pas maintenant…

Etrangement, lorsque le second intrus apparut derrière le colonel, elle ne se sentait plus aussi déboussolée. Non, elle était carrément furieuse. La présence de Daniel modifiait la donne : ce n'était plus le destin qui mettait injustement le père de son bébé entre elle et son choix d'avorter, ça devenait une invasion pure et simple de sa vie privée.

–Daniel, mon colonel… Je peux savoir ce que vous foutez ici ?!

Combien étaient-ils à se croire invités ? Elle n'avait parlé à personne, n'avait vu personne et n'avait même pas mis un pied chez elle de toute la semaine. Et pourtant, ils étaient là ! Comment diable avaient-ils su ? Elena Chadwick lui renvoya un regard peiné quand elle se tourna vers elle… Visiblement, ils s'étaient passé des choses pendant son petit voyage jusqu'à Palmer Lake.

Ses équipiers ne mirent pas plus de quelques secondes à lui répondre. Pourtant ça parut plus long… sans doute parce que le colonel O'Neill ouvrit la bouche et qu'aucun son n'en sortit.

Mon Dieu ! Il sait !

Préférant donner son attention à Daniel, la jeune femme conclut qu'ils savaient tout les deux. Son ami le cachait mieux que Jack. Il n'avait pas l'air de porter tout d'un coup le poids du monde sur ses épaules mais, d'un autre côté, Daniel n'avait pas mise en cloque son officier subalterne. Il ne risquait pas la Cour martiale. Toute sa vie, professionnelle et sentimentale, n'était pas soudain exposée aux yeux de tous.

–Salut Sam, commença l'archéologue avec le ton doux qu'il employait lorsqu'il devait mener des négociations difficiles. Nous vous cherchons depuis… un moment.

Après un regard en coin à Jack, Daniel choisit de poursuivre. Sam et Jack ne se lâchaient pas des yeux et bien qu'il aurait préféré être n'importe où plutôt qu'ici, Daniel pensait préférable de ne pas laisser ces deux-là se parler tout de suite.

–Un problème avec l'iris. Besoin de vous de toute urgence… Le Général…

Sam comprit où il voulait en venir et Daniel se tut, surpris lui-même de ne pas savoir sortir de phrase complète.

Tout le visage de la jeune femme se ferma, comme elle remettait en place ses défenses. Le SGC. L'iris. Protéger la Terre… Tout cela arrivait avant son propre bien-être et ses problèmes personnels. Elle cessa de sonder son supérieur. Elle se foutait tout d'un coup, qu'il ait tout découvert. Comme à son habitude, il cachait bien ses émotions… Elle décida qu'il n'avait pas l'air concerné.

Et elle décida que ça ne changeait rien.

–Allons-y, dit-elle simplement aux deux hommes, d'un ton détaché.

Niant leur présence, elle se tourna ensuite vers la doctoresse et l'avertit qu'elle prendrait un nouveau rendez-vous dans la semaine.

–Bien sûr, Major.

Si c'était possible, la tension entre les trois membres de SG-1 s'amplifia encore. Sam marchait aux côtés de Daniel. Jack était silencieux. Il aurait aimé dire quelque chose, entraîner la jeune femme à part, mais il ne savait pas lui-même ce qu'il aurait dit. Elle était réellement furieuse. Ca pouvait échapper à un œil non averti mais lui la connaissait bien. Il avait passé les dernières années à guetter ses éclats de colère. Parce qu'elle était superbe, lorsque sa colère éclatait. Totalement sexy. Comme le jour de leur rencontre, ou cette autre fois, sur la planète…

Therra s'était battue avec Jonah pour qu'il soit moins protecteur envers elle.

Un autre souvenir auquel il valait mieux ne pas penser maintenant ! Ce qu'ils avaient fait 'juste après' ce moment était possiblement ce qui les amenait au jour d'aujourd'hui à devoir gérer une grossesse imprévue.

Donc définitivement pas ce à quoi il fallait penser.

Ils arrivèrent jusqu'à l'ascenseur sans qu'une parole soit dite. Ensuite, Sam, en mode professionnel, questionna Daniel sur le problème mais l'archéologue pouvait difficilement rentrer dans les détails. L'iris s'était bloqué plusieurs fois après avoir amorti des chocs. Le major Davis n'était pas parvenu à contourner la sécurité d'urgence modifiée par Sam et l'iris était resté fermé depuis lundi.

–Il y a deux jours, il a commencé à s'ouvrir et se refermer de manière incontrôlable mais le Général avait déjà ordonné qu'on soude un second iris sur le premier…

Sam intégrait les informations, commençant déjà à réfléchir à la manière de résoudre le problème. Elle trouvait incroyable que personne en son absence n'y soit arrivé et elle espérait qu'on ne lui reproche pas d'avoir été injoignable pendant cinq jours. Après tout, le Général lui avait ordonné de prendre des vacances…

Lorsqu'ils furent rejoints par Teal'c et deux soldats, Sam resta impassible. Elle n'aurait pu être plus tendue ni son attitude plus froide. Six hommes l'escortaient depuis la porte de son gynéco jusqu'à la Porte des Etoiles. Six hommes – dont trois d'entre eux étaient ses plus proches amis. Elle ne savait pas ce qu'elle avait fait d'immoral et de répréhensible pour mériter un tel châtiment – sans doute coucher off-world avec un officier supérieur – mais elle se sentait mortifiée.

Oui, mortifiée. Humiliée. Trahie.

Et son passage dans les couloirs du SGC, entourée par ses coéquipiers oh combien concernés par sa vie privée, ne fit rien pour améliorer son humeur.

& & & & &

Après avoir passé en revue l'étendue des dégâts, Sam estima le temps de travail à deux heures. Le Général ne lui avait fait aucune remontrance à son arrivée mais la jeune femme savait que rien n'était réglé. Hammond voudrait sans doute s'entretenir avec elle dès qu'elle en aurait fini avec l'iris.

Elle préféra ne pas penser que c'était peut-être la dernière fois qu'elle était autorisée à travailler sur la Porte.

De la même façon qu'elle avait ignoré les tentatives de paix de ses équipiers, elle ignora les soldats autour d'elle. Certains comprirent qu'ils étaient inutiles et qu'elle ne voulait pas les avoir dans ses pattes pour travailler. D'autres, comme Walter Harriman, lui furent d'une aide même minime et restèrent pour la seconder. A eux, elle tâchait de parler sans animosité.

Ca lui prit finalement plus de deux heures et demie pour avoir une réponse de l'iris. Sa solution marchait et ils n'auraient pas à jeter à la décharge un iris de plusieurs milliers de dollars… Elle aurait pu aller plus vite mais chasser de son esprit toutes pensées autres que professionnelles ne se faisaient pas aussi aisément. Elle y était parvenue tout le temps où Jack avait été dans la même pièce qu'elle – c'était une question de survie, chasser les images dangereuses sous peine de perdre tout contrôle et de sombrer – mais une fois entraîné ailleurs par Teal'c, Sam n'avait pas repris ses esprits. Elle s'était trompée de code lors de sa première tentative, puis elle avait confondu les systèmes de contrôle de l'iris de secours avec celui qu'elle devait réparer.

Si Walter remarqua son trouble, il eut la sagesse de ne rien dire. Il avait vu avec quelle sollicitude elle avait fait fuir Daniel qui lui apportait gentiment un verre d'eau.

– Dans mon bureau, ordonna simplement Hammond, après qu'elle lui ait fait la démonstration des performances de l'iris.

– A vos ordres, Monsieur.

Le major fit un salut parfait et se présenta au garde-à-vous dans l'endroit indiqué. Le Général mit un moment à la rejoindre. Il donnait ses directives au sergent pour que les équipes en attente sur le site Alpha soient rapatriées. Elle l'entendit également demander à ce que SG-7 se tienne prête pour une nouvelle mission d'exploration.

Sam commençait juste à réaliser à quel point son absence avait paralysé le fonctionnement habituel de la base. Une once de culpabilité vint la chatouiller en songeant à son téléphone portable. Elle devait se racheter une nouvelle batterie. Ou un nouveau GSM…

C'était une faute professionnelle d'être restée injoignable si longtemps. Ca confirmait sa supposition que les hormones de grossesse avaient un impact sérieux sur sa capacité à raisonner. Il y a six mois, elle n'aurait même pas songé rester une seule journée sans lien avec la base…

Cette constatation – ou bien était-ce l'arrivée de George Hammond et la certitude de l'avoir déçu ? – fit croître la boule d'angoisse qui bloquait déjà sa gorge. Il lui demanda de se mettre au repos et elle modifia sa position, restant aussi tendue qu'elle l'était à son arrivée.

D'un geste amical, il la poussa à s'asseoir. Ensuite, il alla fermer la porte de son bureau et choisit de baisser les stores.

Pour ceux qui observaient de dehors, ce fut le noir total.

& & & & &

–Ca fait quoi… une heure qu'ils sont enfermés là dedans ? grogna Jack avant de poser sa tête entre ses deux mains.

Il aurait dû être là-bas, avec elle, et non dans la salle de briefing avec Daniel à attendre que tout cet enfer prenne fin.

–Ca fait seulement vingt minutes, Jack, le contredit celui-ci avec patience. Nous aurions peut-être dû passer par le mess d'abord, ça risque de durer encore, vous ne croyez pas ?

Aucun d'eux n'avait faim. Daniel ne proposait cela que pour tenter d'éloigner son ami de la ligne de mire du Général. Il connaissait suffisamment son ami pour savoir que celui-ci n'attendait que la plus petite occasion de se mêler de tout ça et il avait compris aussi que ce n'était pas du tout ce que voulait Sam.

Qu'elle refuse de leur adresser la parole l'ennuyait déjà suffisamment…

Pourtant il avait su ce premier jour lorsqu'ils surveillaient sa maison, qu'elle n'allait pas apprécier l'intrusion ! Il avait su mais n'avait rien trouvé pour empêcher tout ceci d'arriver ou pour amortir le choc pour elle.

–Peut-être que si on… commença Daniel avant d'être interrompu par l'arrivée de Sam.

La porte du bureau du Général s'était ouverte sur la jeune femme et celle-ci, sans les regarder, passa devant eux pour aller ailleurs. Elle paraissait soudain épuisée et Daniel était là à se demander qui de Sam ou Jack il valait mieux surveiller quand le général prit la parole.

–Colonel, veillez à ce que le major Carter fasse sa visite à l'infirmerie. Je compte sur vous !

Daniel chercha à déchiffrer ce que Hammond savait exactement mais le visage du Général était, pour une fois impénétrable. Jack hocha de la tête à l'ordre de son supérieur. Il s'était attendu à avoir, lui aussi, un entretien prolongé avec Hammond mais visiblement, le Général avait plus important à faire avec la remise en fonction de la Porte des Etoiles.

Ou alors Carter n'avait rien révélé le concernant.

Il ignorait ce qui était le pire…

Il fallait en finir avec tout ça. Se parler ! Il n'en pouvait plus d'être le dernier au courant. Il avait appris dans une salle de briefing qu'elle attendait un enfant de lui ! Et là, le Général le chargeait de s'assurer qu'elle passe des examens médicaux confirmant la nature de cette grossesse. Qu'était-ce, sinon une façon discrète de l'autoriser à s'en mêler ?

& & & & &

Sam avait évité de se refugier dans ses quartiers car elle avait peur de ne plus jamais en sortir. Son envie de creuser un trou de souris et de se cacher dedans était si forte qu'elle n'était pas sûre de déverrouiller la porte de sa chambre un jour si elle tirait le verrou aujourd'hui.

Elle ressentait la faim mais ne pouvait se résoudre à se présenter au mess non plus. Bien trop de monde... Elle avait besoin d'un endroit calme où réfléchir. Tout ce qu'elle avait dit à Hammond, toutes les paroles qu'il avait dites, tournaient dans sa tête.

Malgré les directives de son supérieur, elle était fermement décidée à ne pas subir une nouvelle échographie. La prise de sang, à la rigueur, elle était habituée. On lui prélevait du sang à chaque retour de mission. Par contre, entendre le cœur du bébé, détourner la tête de l'appareil afin de ne rien voir de l'embryon qu'elle portait en son sein… Non, elle avait déjà donné et c'était parfaitement inutile. Janet ne découvrirait rien de nouveau que le Dr Chadwick n'avait déjà noté dans son dossier. Elle n'avait pas à subir ça encore.

S'installant à la table de son labo, elle alluma l'ordinateur et attendit que le papier-peint de l'écran apparaisse. Ensuite, aussi subitement qu'elle l'avait allumé, elle l'éteignit.

Elle n'arriverait jamais à travailler dans cet état d'esprit.

Elle devait se calmer. Absolument se calmer... Pensant qu'hier encore, elle était sous les mains d'une masseuse hors paire, elle se demanda où était passé cette sérénité, cette confiance… Elle savait ce qu'elle faisait à ce moment-là. Elle avait sa vie en mains. Des problèmes et des solutions.

Maintenant elle planait dans un chaos total. Sa vie était un océan d'incertitude…

Soupirant bruyamment, elle posa sa tête dans ses mains et laissa ses coudes prendre appui sur la table de travail. Ses yeux se posèrent sur le projet en cours. Elle travaillait sur l'utilisation du naquadah sous forme liquide avant d'atterrir sur P3R118… Elle avait remis en place tous les composants en revenant il y a deux semaines mais ça semblait si loin désormais.

Elle ne se sentait pas mieux quand, quelques minutes plus tard, elle sentit une présence l'observer depuis le couloir. Elle savait qui c'était. Et elle savait qu'elle n'aurait pas le courage pour cette conversation maintenant.

Non, c'était trop tôt. Trop… dur. Elle se sentait minable, présentement. Hammond n'avait rien fait pour la rabaisser mais l'échec de son plan A mettait à mal toute sa confiance en elle. Elle savait qu'il était là. Elle savait qu'il observait… et elle n'avait pas envie d'avoir son avis.

Avant P3R118, elle avait apprécié qu'il passe au labo, la regarde, dise quelques mots puis reparte à ses occupations… C'était une routine agréable. A leur retour, ils avaient mis une telle distance qu'il ne passait plus jamais par cette pièce.

Et aujourd'hui, il était là…

Il n'en avait plus le droit !

Levant bravement la tête, Sam comprit qu'elle allait le lui faire payer.

A SUIVRE…

Je sais que je coupe encore à un moment difficile... Ca vous console si je promets un gros chapitre des Sentinelles pour bientôt?