TURNING POINT

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Le point de non-retour

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Edit

Après avoir vu plusieurs de vos reviews, il nous semble important d'ajouter quelques petites précisions. Tout d'abord cette fic a une jumelle sur fictionpress avec des persos nommés Mathieu C. (Draco) et Samy J. (Harry). Ce sont des personnes réelles que nous fréquentions au quotidien et qui nous ont beaucoup inspirées. Cependant, il est vrai que nous crevions d'envie de publier sur fanfiction car nous fantasmions toutes deux (grâce à Amartia surtout qui a initié Tria au yaoi huhu) comme des bêtes sur le couple Drarry. Initialement, nous avions même prévu de ne publier que sur ffnet mais nous avons changé d'avis étant donné que c'était le "couple" Samy/Mathieu qui évoluait devant nos yeux, et non le couple Harry/Draco. Mais nous comprendrons très bien que certains d'entre vous trouvent que notre fic et nos persos originaux ont été dénaturés, nous leur conseillerons donc de s'en tenir à l'une ou l'autre des deux versions, selon leurs préférences. Nous vous rappelons aussi que la fic originale sur fpcom (vous pouvez la trouver sur le site sous le même nom) compte déjà quatre chapitres donc, si vous avez déjà commencé à lire sur ffnet, résistez à la tentation pour garder le suspens (s'il y a en un XD), et patientez pour voir ce qui va arriver à vos chéris préférés !!

Disclaimer :

Patànous... toujours pas pour notre plus grand désespoir. Toujours à Rowling, pour son plus grand bonheur (on espère).

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Détail important :

Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ).

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Bon, voilà la deuxième scène... en espérant qu'elle vous plaise autant que la première. Quoi dire de pas ennuyeux... quoi dire... XD Bonne lectuuuurrreeeeuh !!

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Scène 2 : Ah... l'amour !

Harry monta dans le bus, se rongeant nerveusement les ongles. Lundi matin, le début de l'enfer.

Par "enfer", il n'entendait pas "succession de cours monotones et doses cataclysmiques de devoirs". Non, il se fichait éperdument des cours dans la mesure où le lycée n'était pour lui qu'un vaste terrain de jeu.

Par "enfer", Harry entendait "soutenir le regard de Draco et mentir sans sourciller lorsque son meilleur ami demanderait ce qu'il avait fait samedi soir".

Parce que la soirée de samedi n'avait pas exactement été une soirée normale, ou du moins elle avait cessé de l'être après ce foutu whisky-coca de trop.

Harry sentit la nausée arriver au galop. Il se demanda un instant si ce qui lui serrait le ventre était le mal des transports, le souvenir du dernier verre, ou bien le souvenir de ce qui s'était passé APRÈS ce dernier verre.

Il eut un regard meurtrier pour le groupe de personnes qui campaient dans l'allée du bus, toutes voulant visiblement s'asseoir à côté de lui.

- Dégagez, bordel.

Tous écarquillèrent des yeux bovins et déguerpirent en trottinant.

Il respira à fond, les nerfs en pelote, et se concentra sur le paysage. Frottant ses mains moites sur son jean, il regarda sans le vouloir les bâtiments grisâtres qui défilaient derrière la vitre.

Oh non, je peux pas y aller... Je peux pas lui dire...

La gorge serrée par les remords, il repoussa vivement les images de la soirée qui revenaient le narguer.

Non mais quel con il avait été !

C'est trop tard, pauvre tâche. T'auras beau te sentir coupable et avoir honte à en crever, ça ne changera rien.

Et maintenant, tu vas devoir cacher quelque chose à Draco, quelque chose d'important, tu vas devoir lui mentir, et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même.

Parce que, mon pauvre Harry, si tu n'avais pas été SI FAIBLE, rien de tout cela ne serait arrivé !

Il jura tout haut, s'attirant quelques regards curieux.

Bon, il ne fallait pas paniquer. C'était le moment de penser rationnellement. Ce qui était fait était fait. C'était regrettable, mais il ne pouvait rien y changer.

Et comme parler de samedi soir était absolument inenvisageable, il n'avait qu'une solution : se la fermer. S'il se la fermait, tout se passerait le plus normalement du monde.

Calme-toi et n'y pense plus. Détends-toi.

Il alluma son MP3, espérant que les propriétés relaxantes de la musique étaient plus qu'une fichue rumeur.

Les notes chaleureuses d'un morceau de "Offspring" grésillèrent dans ses écouteurs, petits points roses et rouges dans ses idées noires. Il fit de son mieux pour se ressaisir et se força à sourire.

Mais oui, tout irait pour le mieux.

Dans moins de vingt minutes, il déposerait ses bagages à l'internat du lycée de Poudlard, et une semaine de débauche, d'éclats de rire et d'excursions nocturnes dans le dortoir des filles commencerait. Draco ferait péter un fusible à M.Binns, ils prendraient quelques heures de colle avec Rusard et iraient fêter leur libération avec leurs amis de l'internat (si toute fois ce vieux chieur les laissait vivre).

Il n'y avait pas de quoi s'en faire, se dit-il fermement. Samedi soir, c'était une erreur de jeunesse. Il n'allait quand même pas laisser quelques minutes d'égarement désormais figées dans le passé lui pourrir la vie !

Son sourire se fit un peu plus franc lorsque le bus s'arrêta devant le lycée et que des filles lui lancèrent des œillades séductrices depuis le trottoir.

Il était Harry Potter, nom de Dieu ! Tout le monde l'aimait, il était beau, il était jeune, et il partageait le trône du lycée avec Draco Malfoy.

Il traîna sa valise jusqu'à l'entrée, où il repéra Draco, invariablement entouré d'une masse humaine qui lui jetait des regards admiratifs, et à laquelle il daignait parfois adresser quelques mots.

Le dos nonchalamment appuyé sur un pilier, il soufflait la fumée bleue de sa cigarette avec des airs d'aristocrate. Pouce gauche dans un passant de la ceinture de son Levis, tête légèrement penchée sur le côté... Harry eut un petit rire.

- Eh, Calvin Klein !

Draco tourna la tête. Il sourit lorsque son regard gris-argent croisa celui de Harry et celui-ci cessa de se dire que la semaine pouvait aisément devenir un vrai cauchemar. Il ne pensa plus que le passé revenait toujours vous taper sur l'épaule, et que le mot-même de "passé" englobait certes samedi soir, mais aussi d'autres choses beaucoup, beaucoup plus dérangeantes.

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Le soir même, Harry soupira de bonheur en s'affalant sur son lit, chambre 5, internat des garçons.

Ça avait vraiment été une bonne journée. Il y avait eu un épisode particulièrement mémorable, lorsque la prof d'espagnol avait voulu leur montrer ce qu'elle croyait être "La Mouette et le Chat" en version originale. La pauvre ne s'était pas douté que Harry et Draco avaient très récemment subtilisé tous les films du labo de langues pour les remplacer par des oeuvres qu'ils affectionnaient particulièrement.

Elle s'était donc vue diffuser les premières minutes de "Rut à Bagdad", obtenant l'attention totale de ses élèves pour la première fois en vingt ans de carrière.

Harry eut un sourire, puis bâilla à s'en décrocher la mâchoire.

- J'suis mort.

- Chomp chomp chomp, lui répondit Draco en sortant de la salle de bain, brosse à dent en bouche et barbe de dentifrice coulant sur le menton.

Harry éclata de rire.

- Draco Malfoy se brosse les dents, ou "Comment pulvériser un image de sex symbol" !

Draco émit un "chomp chomp" menaçant avant d'aller se rincer la bouche ce qui eut pour effet de redoubler l'hilarité de Harry.

Un grommellement lui parvint des tréfonds de la salle de bain :

- Je t'explique TOUS LES SOIRS que pour certaines personnes, c'est physiquement impossible de retenir le dentifrice à l'intérieur de la bouche (1) ! Alors arrête de te foutre de moi !

- Oh ! Que tu es susceptible ! En attendant, t'es quand même le seul type que je connaisse qui ait l'air d'avoir la rage à chaque fois qu'il se brosse les dents !

Draco (2) sortit de la salle de bain, offusqué :

- Je ne suis PAS le seul !

- Ah oui ? le nargua Harry en se redressant sur son lit. Et qui d'autre, alors ?

Draco baissa les yeux et murmura quelque chose de très peu compréhensible.

- Hein ? J'ai pas compris.

Draco perdit quelques peu de sa superbe.

- Crabbe. Ça lui fait aussi.

Là, Harry frisa littéralement l'apoplexie.

- Attend, Crabbe comme dans Crabbe-l'autiste-pouilleux-qui-bouffe-ses-crottes-de-nez ?

Devant l'air mortifié de Draco, Harry partit dans un fou-rire sauvage, un index moqueur pointé vers son ami.

- Ahaha, oh non, Crabbe... Ahaha !

Vexé mais souriant malgré lui, Draco lui balança son oreiller. Le rire communicatif de Harry ne tarda pas à le gagner, et ils finirent tous les deux pliés en deux, se tenant les côtes.

- Tu fais chier, dit Draco lorsque leur fou-rire diminua un peu, j'ai les abdos détruits.

Il entreprit alors de se changer, découvrant ces mêmes abdominaux, finement dessinés, tout comme les autres muscles de son corps.

Harry ne put s'empêcher de le regarder. Il faisait à peu près la même taille que lui (autour du mètre quatre-vingt). Son allure nerveuse, masculine, sa peau laiteuse qui s'accordait bien avec ses cheveux blond, tout lui donnait l'air d'un mannequin vedette.

Pas étonnant qu'elles lui tombent toutes dans les bras !

- Au fait, tu devais pas voir une fille, ce week-end ?

- Si, une Russe, répondit Draco en se glissant sous sa couette.

Harry ne pouvait s'empêcher d'envier la facilité avec laquelle Draco attirait les filles dans son lit. Lui-même, même s'il avait conscience d'être beau, était absolument nul question drague.

Cependant, quelque chose l'intriguait. Il ne comprenait pas pourquoi Draco refusait obstinément d'avoir une petite amie régulière. Les filles les plus belles et les plus intelligentes auraient tué père et mère pour être la petite amie officielle de Draco Malfoy, mais lui, il se contentait d'une baise toute les deux semaines sans donner suite à rien.

- Tu vas la revoir ? demanda-t-il, connaissant déjà la réponse.

Draco tourna vers lui son beau visage.

- Pas plus que les autres.

Harry fixa quelques secondes ces étranges yeux gris-argent.

- Pourquoi tu sors jamais avec ces filles ? Je veux dire... avoir une vraie relation. Pas une baise par-ci par-là.

Draco le regarda sans ciller, et Harry vit son regard se durcir légèrement.

- Tu sais bien que l'engagement, c'est pas mon truc.

- Mais je comprends pas pourquoi tu dis ça sans avoir essayé ! Draco, je te jure, c'est sympa d'avoir une régulière. OK, les meufs sont chiantes et elles font des caprices, mais des fois ça vaut vraiment le coup.

Draco fronça les sourcils.

- Romantisme à deux balles.

- C'est pas du romantisme, c'est la vérité. Avoir une copine, c'est sympa. T'es juste con de pas essayer.

- Comment tu peux me dire ça alors qu'avec Cho vous avez passé les deux mois qu'à duré votre relation à vous engueuler ?

Harry se renfrogna.

- Cho et moi, on a eu des bons moments.

- Oh oui, c'est sûr, renchérit Draco. Des bons moments au pieu ! La seule différence entre tes relations et les miennes, en fait, c'est que moi je m'encombre pas des mauvais moments.

Devant le cynisme de son ami, Harry préféra ne pas répondre. Le silence s'installa.

Après tout, il doit avoir ses raisons. Peut-être qu'une fille lui en a fait baver avant que je ne le connaisse, et que depuis, il ne veut rien retenter.

Harry soupira. Mais comment savoir avec Draco ? Il parlait peu, et en tout cas, jamais de lui.

Harry se rappela la fois où il avait enfin osé lui demander comment il s'était blessé à la main. Draco avait marmonné quelque chose à propos d'un scooter, le regard fuyant, la tête baissée.

Même un aveugle aurait vu qu'il mentait.

Plus tard, lorsque leur amitié était devenue plus stable et plus solide, Harry avait reposé la question, et Draco n'avait tout simplement pas répondu.

Alors il l'avait accepté tel qu'il était parce que malgré ça, Draco était quelqu'un de très intelligent, qui avait un humour corrosif et un sens aigü de l'amitié. Il savait s'amuser, et Harry ne s'ennuyait pas une seule seconde lorsqu'il était avec lui.

Un raclement de gorge le tira de sa rêverie.

- Ahem. Et toi ?

- Hein ?

Draco roula des yeux.

- Tu me prêches les vertus de la vie de couple, mais il me semble que c'est plutôt mort en ce qui te concerne de ce côté-là.

Piqué en plein dans sa fierté masculine, Harry rétorqua :

- Je te signale que même si je n'ai pas de copine POUR LE MOMENT, ça ne m'empêche pas d'avoir une vie sexuelle !

- Tu vois quelqu'un, donc ? demanda Draco, du tac au tac.

Harry sentit son cœur s'accélérer et se concentra très fort pour ne pas bégayer et prendre un air décontracté :

- Oh, euh, non. Rien de sérieux, tu sais ce que c'est. Un samedi soir en boîte...

Draco plissa les yeux.

- Pourquoi tu ne m'en as a pas parlé ?

- J-j-j- j'avais oublié...

Très bien. Très crédible, Harry.

Draco le regarda quelques instants, soupçonneux.

- Tu m'en as pas parlé parce que tu voulais pas que je sache qui c'est, c'est ça ? Quoi, c'est un thon ?

- Non.

- Oh ça va, dis-le moi putain ! T'étais bourré, tu t'es tapé un thon, ça arrive à tout le monde. Alors, c'était qui ?

- C'était personne.

- Harry...

- Je te dis que c'était personne, bordel !

Draco le fixa, impassible, puis lui tourna le dos et dit d'un ton amer.

- OK. Bonne nuit, alors.

Harry sentit son cœur se serrer.

Bien joué. Pauvre idiot.

Pourquoi n'avait-il pas pu mettre son orgueil de côté et dire à Draco que oui, sa vie sexuelle et sentimentale était morte ? Pourquoi avait-il fallu qu'il mentionne samedi soir ?

Mais nom de Dieu, c'est quoi mon problème ?

Harry éteignit la lumière, regarda les tâches de couleurs danser devant ses yeux quelques secondes, puis murmura :

- Bonne nuit, Draco.

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Draco se réveilla en sursaut avant d'écraser son réveil. En se laissant mollement retomber, il jeta un coup d'oeil à Harry qui, comme à son habitude, n'avait pas bougé d'un nanomètre. Roulé en boule dans sa couette, position du fœtus, il serrait les poings devant son visage avec l'air innocent d'un enfant qui dort.

Draco failli s'attendrir, avant de se rappeler que l'innocent poupon avait déclenché une dispute la veille, et qu'il méritait donc une baffe plus qu'une œillade affectueuse.

Il bâilla, et se frotta les yeux, déjà de mauvaise humeur. Le brouillard du matin se dissipant peu à peu, il se leva et frissonna jusqu'à la douche, leur dispute lui revenant de plus en plus clairement.

C'était à propos d'une fille. Et apparemment, pas n'importe laquelle, puisque Harry ne voulait pas en dévoiler l'identité même à lui, son meilleur pote.

Son meilleur pote, merde ! s'insurgea-t-il mentalement, avant de presser le tube de shampooing plus fort que nécessaire. Qu'est-ce qu'il croit ? Que c'est une fille qui me plaît et que je vais être jaloux ?

Il visualisa le postérieur de Milli dans les mains de Harry avant de secouer la tête. Non. Draco n'était pas jaloux, pour la bonne raison qu'étant "handicapé du sentiment", comme disait l'autre, il ne s'attachait pas aux filles.

Ses futures ou anciennes conquêtes pouvaient donc s'envoyer ciel et terre, il n'en avait cure. Au contraire, si Harry avait couché avec Milli, il se serait empressé de lui demander si elle valait le coup. Et ça, Harry le savait.

Alors, j'avais raison hier, c'est un thon et il est mort de honte.

Draco envisagea sérieusement cette éventualité, avant de se traiter d'idiot.

Allons, il connaissait Harry, il n'était pas du genre à faire tout un plat de ce genre de choses. Il savait rire de lui-même. S'il avait véritablement pris son pied avec une mocheté, ça ne lui serait même pas venu à l'idée de le cacher : il aurait répondu en riant aux moqueries de ses amis et serait retourné faire la fête illico presto comme le bon-vivant qu'il était.

Draco sortit de la douche et tenta de capter le bruit significatif du Harry en train d'émerger.

Silence.

Putain de marmotte.

Il poussa un "pfff !" de frustration. Mais QUI était cette fille ?

Oh non...

Une horrible possibilité le frappa comme un mur en pleine face.

Une Intouchable !

La liste des Intouchables comportait cinq membres, qu'il passa en revue à toute vitesse : Marietta Edgecombe, la vache laitière qui refilait la chtouille ? Non. Même au seuil du coma éthylique, Harry n'aurait pas été aussi inconscient.

Lavande Brown, la malade qui trouait les capotes pour tomber enceinte ? Non plus. Il lui en aurait parlé.

Fleur Delacour, la prof d'anglais ? Mmm, elle était plus que bonne, mais vu qu'elle leur avait administré 15 heures de colle pour "sous-entendus vaseux et déplacés concernant l'anatomie du professeur", ils s'étaient formellement jurés de ne JAMAIS la toucher. Question de fierté. Et puis qu'aurait fait un membre du corps enseignant en boîte ? Et avec un élève, qui plus est ? Non. Draco élimina Fleur Delacour.

Il restait donc leurs mères respectives, adoptives ou non... Assailli d'images mentales traumatisantes, Draco cligna des yeux convulsivement. Il ne DEVAIT PAS envisager cette possibilité. Si Harry était son ami, il ne POUVAIT PAS l'envisager.

C'était impossible, voilà tout. Vaincu, il soupira. Oh, et puis merde, il n'avait plus d'idée.

Sentant se frustration céder à la place à de la colère, il décida d'arrêter de se torturer le cerveau avant que son humeur ne passe de "mauvaise" à "massacrante".

Il claqua la porte de la salle de bain en sortant et jeta un regard torve au corps sans réaction.

Il fut soudain pris d'une envie vengeresse de lui hurler dessus pour le sortir des bras de Morphée, mais réfréna la tentation et lui balança son tee-shirt.

Debout.

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Regardant le corps musculeux de Harry atterrir souplement sur le praticable après un remarquable salto avant, Draco se demanda si une étincelle allait se décider à mettre le feu aux poudres, ou si la journée allait se terminer comme elle avait commencé, à savoir dans une indifférence tendue.

- OK tout le monde ! Vous pouvez aller vous changer.

La voix du professeur de sport, Lee Jordan, résonna dans la salle de gym, et les élèves se précipitèrent vers les vestiaires.

Il entendit le rire tonitruant de Harry retentir derrière lui. Visiblement, celui-ci avait choisi l'option "je me comporte comme si de rien n'était avec tout le monde sauf avec toi".

Draco, lui, n'avait pas desserré les dents depuis le matin, passant de "pas bavard" à "littéralement muet".

Tu fais chier, Harry. On aurait pu passer une super journée, comme hier, Mais non, il a fallu que tu fasses un putain de complexe ou je ne sais quoi à propos d'une nana, et maintenant on a l'air de deux cons à se faire la gueule !

Il sentit la lassitude le gagner alors qu'il poussait la porte des vestiaires. Est-ce que c'était lui qui avait une réaction disproportionnée ? Après tout, Harry ne le tannait jamais pour être au courant de toute sa vie. Il respectait le fait que Draco ait certains secrets. Peut-être aurait-il dû faire de même ? Ils n'étaient pas obligés de tout savoir l'un de l'autre.

Il soupira et commença à se changer, le rire de Harry résonnant à ses oreilles. Une petite pointe de tristesse lui serra le cœur. Cela n'arrivait jamais qu'ils se disputent, et encore moins pour quelque chose d'aussi futile. Et Harry, malgré ça, continuait à se marrer tandis que lui se morfondait.

Une triste pensée s'imposa à lui : si un jour la légendaire amitié de Harry et Draco prenait fin, il se retrouverait seul. Il n'était pas sociable comme Harry, il ne distribuait pas les sourires et les éclats de rire comme des bonbons et les gens n'allaient pas vers lui.

Oh, bien sûr, si leur amitié prenait fin, il y aurait toujours des filles pour se pâmer et des garçons pour admirer son charisme, mais ce n'étaient pas des amis. Et il se sentait plus seul au milieu de ces gens qu'au milieu d'un océan.

Harry, lui, retomberait toujours sur ses pattes, et même s'il souffrait, les gens qui le connaissaient et qu'il aimait le réconforteraient.

Sa dictature intérieure refit soudain surface avec la violence d'un électrochoc :

Arrête ! Tu penses comme une putain de tafiole ! Reprend-toi et arrête de chouiner comme si t'avais pas de couilles !

Il cogna rageusement dans son sac.

- Heu... Draco ? Ça va ?

Il se retourna pour faire face à Olivier Dubois, le capitaine de l'équipe de foot du lycée, et accessoirement séducteur invétéré pour tout genre confondu. Il sentit les traits de son visage composer son expression la plus antipathique. Il n'aimait pas Olivier.

- Ça va !

Le garçon le regarda en penchant la tête sur le côté, un pli d'inquiétude lui barrant le front. Dans un mouvement instinctif, il posa sa main sur son épaule pour le réconforter.

Draco, comme brûlé au troisième degré par ce contact amical, recula vivement.

- Wow ! Désolé mec, je voulais juste...

- J- J- J- Je sais ce que tu voulais... dit Draco, la voix soudain sifflante.

Il sentit la colère enfler comme une tumeur. Comment osait-il le toucher ? Comment osait-il seulement se montrer ? Il... Il ne...

- Désolé, répéta Olivier, visiblement ébahi par la réaction du jeune homme. T'avais l'air pas bien, j'essayais seulement d'être...

- Ouais ouais, c'est ça !

Il empoigna ses affaires et planta le garçon qui affichait un air d'incompréhension totale, tout comme les quelques autres qui avaient suivi cet échange.

- Putain de malade, entendit-il avant de claquer la porte des vestiaires avant de heurter violemment l'épaule de quelqu'un.

- Aïe ! Fais gaffe ! fit la voix de Harry, puis le reconnaissant : Oh, désolé... je t'avais pas vu.

L'air piteux, il lui fit un pauvre sourire, dans lequel Draco n'eut pas le temps de déceler l'ébauche de réconciliation : il était déjà parti, lui jetant un regard aigre. Harry soupira en se pinçant l'arête nasale.

- Draco, putain...

Mais Draco avait déjà quitté le couloir qui menait aux vestiaires. Montant les marches quatre à quatre jusqu'à sa chambre d'internat, il essaya de se calmer, sentant qu'une pichenette aurait pu lui déclencher les premiers symptômes d'une crise de violence.

Il s'allongea sur son lit, inspira puis expira à fond.

C'est bon. Calme-toi. Harry est un idiot et l'autre tafiole ne mérite pas que tu te mettes dans cet état.

Il repensa au jeune capitaine, son look de Dom Juan... Comment osait-il poser la main sur lui en prétendant être inquiet ? Croyait-il qu'il ne savait pas pour Gellert Grindelwald, ou Colin Crivey ? Olivier avait couché avec eux ! Il avait...

Il sentit un frisson lui parcourir l'échine. Comment pouvait-il... vivre avec ça ? Être accepté, et même continuer à avoir du succès avec les filles ? Sa bisexualité lui avait même permis de doubler le nombre de ses conquêtes féminines !

C'était... répugnant.

Comment avait-il pu penser que Draco se laisserait tripoter et qu'il aimerait ça ?

Draco eut un tressaillement nerveux.

Pourtant, les gens aimaient Olivier. Ils n'avaient pas l'air de comprendre qu'il ne pouvait pas être gentil, ni drôle, ni charmant, car tout cela était vicié par sa déviance.

Dans chacun de ses gestes, Draco voyait l'empreinte de sa tare, et ses habitudes tactiles lui donnaient la nausée.

Lui, il touchait les filles pour baiser, et les garçons pour se battre ou pour faire semblant, comme quand il jouait avec Harry. Il n'avait pas besoin d'autre contact. PERSONNE n'en avait besoin, d'ailleurs, car tout autre contact était superflu.

Un instant, il pensa à Harry. Il était très tactile, lui aussi. Mais pas avec lui. Il devait sentir qu'il n'aimait pas ça. Oui, c'était sûrement ça.

Draco se rendit compte que ses mains tremblaient.

- OK. Aux grands maux les grands remèdes.

Il se leva et remit son sac de sport sur son épaule. Les élèves inscrits en option sport pouvaient demander les clefs du gymnase pour s'entraîner après les cours, et avec un peu de chance, Draco serait le seul à avoir besoin de se défouler ce soir-là.

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Quelques minutes plus tard, Draco dévalait les marches qui menaient aux vestiaires, pressé de pouvoir enfin relâcher la pression sur le terrain de basket.

Il allait tout juste poser sa main sur la poignée qu'un éclat de voix le stoppa net.

- Lâche-moi ! Je ne...

La voix s'abaissa soudain, comme si la personne venait de prendre conscience de la présence de Draco. Sa main resta suspendue au-dessus de la poignée, alors qu'il reconnaissait la voix de son meilleur ami.

- Mais regarde la vérité en face... fit une voix familière mais étouffée qu'il ne parvint pas à reconnaître.

Harry reprit dans un espèce de murmure hargneux :

- Tu FERMES ta GUEULE ! Je t'interdis de parler de ça, compris ?

Un petit rire ironique se fit entendre.

- Ah, parce que tu crois que tu vas t'en tirer comme ça ? Personne n'en parle, personne ne sait, ça fonctionne comme ça pour toi ?

- Fous-moi la paix ! J'me casse, j'ai plus rien à te dire.

Les pas de son ami se rapprochèrent alors de la porte, et Draco recula précipitamment dans les vestiaires des filles. Elle s'ouvrit à la volée, mais Draco ne put pas voir l'air catastrophé de Harry, ni l'identité de la personne qui sortit à sa suite.

Lorsque le silence retomba dans les vestiaires, Draco décida que Harry lui cachait un peu trop de choses.

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(1) : c'est vrai et prouvé presque scientifiquement, si on prend en compte les deux ou trois personnes qu'on connaît à qui ça arrive (et que ça complexe énormément) :-)

(2) : vous êtes plusieurs à nous avoir signalé le beug concernant le nom de "Mathieu" qui s'est malencontreusement glissé entre ces lignes. En fait, je n'ai pas vraiment d'explication, juste que j'ai essayé plusieurs fois de le changer mais que à chaque fois ça n'a rien modifié. Donc voilà, merci de votre compréhension, et en espérant que ce problème ne se réhitèrera pas.

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En espérant que vous ne vous serez pas trop trop emmerdés, on vous jure que le prochain chapitre sera beaucoup plus palpitant.

Partez paaaaaasssss !! :-)

Eeeettt… n'oubliez pas de reviewer (petit bouton en bas à gauche) -- grand sourire innocent avec yeux spéciaux chat potté --